mercredi 14 octobre 2026
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ENTRETIEN avec Julien FAVREAU, directeur artistique du Béjart Ballet Lausanne, à propos de leur tournée en France (11 mars – 19 juillet 2026)

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Ayant travaillé avec Maurice Béjart pendant plus de 10 ans, le danseur Julien Favreau est resté au sein de la compagnie lausannoise afin de transmettre ce qu’il a appris auprès du Fondateur et Chorégraphe. Un rôle majeur de passeur qu’il occupe en particulier depuis février 2024, lors de sa prise de fonction comme directeur artistique. A l’occasion de la tournée en France d’un programme emblématique, Julien Favreau évoque l’héritage de Maurice Béjart.

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Photo Julien Favreau © Anoush Abrar

 

 

CLASSIQUENEWS : Quels éléments de l’héritage de Maurice Béjart souhaitez-vous transmettre ?

Julien Favreau : Je souhaite mettre en avant ce que j’ai retenu de toutes les années où j’ai été danseur auprès de Maurice ; son langage universel, profondément humain, la générosité des spectacles qu’il a conçu où chaque danseur est conduit à se dépasser, à s’engager à fond. L’héritage de Maurice est très vaste ; il comprend des ballets pointus, d’autres plus populaires. Les œuvres que nous défendons à l’occasion de cette tournée à La Seine Musicale et dans les Zéniths / Arenas de France, permettent de mesurer la richesse et la variété de son œuvre (de Mozart et Wagner à Ravel et Pierre Henri). Le premier volet de ce triptyque  » Béjart et nous » est un montage particulièrement emblématique qui rassemble plusieurs extraits de différents ballets parmi ses plus emblématiques. Je parle de la générosité des spectacles de Maurice car il aimait offrir à son public de grandes fresques chorégraphiques ; songez qu’au lieu des spectacles actuels qui durent 1h voire 1h20, Maurice concevait des ballets de plusieurs heures comme c’est le cas du Ring (5h) ou de La Flûte enchantée (3h) où il mêlait les écritures et les styles… Outre sa grande inventivité en terme de langage chorégraphique (ports, arabesques, dégagés, pointes…), Maurice Béjart a mis en avant l’interprète masculin qui jusque là était confiné à servir de faire valoir à la première danseuse. Maurice a offert aux danseurs quelques uns de ses plus grands rôles, qu’il s’agisse du Sacre du printemps ou de l’Oiseau de feu…

 

CLASSIQUENEWS : Parlez-nous des pièces présentées lors de cette tournée en France…

Julien Favreau : Le spectacle de notre tournée dure à peu près 2h (avec entracte). Le premier volet « Béjart et nous » dure 1h et comprend plusieurs fragments de ballets connus dont le mérite aussi dévoile la très grande richesse des formes créées : ensembles, duos, solos… autant de figures et de dispositifs qui mettent en lumière chacun des talents de notre compagnie. Béjart concevait lui aussi des montages de ses propres ballets pour des spectacles qu’il appelait « L’art du pas de deux ». Dans « Béjart et nous », il s’agit aussi d’un voyage à travers des cultures et des styles divers car Maurice fut un très grand voyageur, nourrissant son œuvre de l’apport de ses déplacements : j’enchaîne ainsi plusieurs pas de deux sur les musiques de Mozart, du Tchad, avant un tango argentin puis une valse viennoise…

En complément j’ai ajouté L’Oiseau de feu dans sa version originale (25 mn) et comme une apothéose, Boléro, pièce mythique de la Compagnie (15 mn) ; les spectateurs pourront retrouver le groupe des 18 danseurs sur la table rouge, chacun exprimant le rythme tandis que les 3 interprètes féminines incarnent la mélodie. Ce sont autant de pièces célèbres, d’une grande puissance poétique.

 

CLASSIQUENEWS : quel est votre rôle au sein de la Compagnie ?

Julien Favreau : Comme danseur, j’ai rejoint la Compagnie depuis 30 ans et ai travaillé 13 ans avec Maurice. Je ne suis pas pas chorégraphe et n’entends pas me réaliser dans la création. Mon travail consiste à programmer chaque saison, réaliser les castings, les auditions, veiller à entretenir la diffusion des ballets de Maurice sans pour autant devenir un musée. Il est essentiel de transmettre aux jeunes générations l’expérience que j’ai vécu aux côtés de Maurice. De partager ce qu’il m’a permis de découvrir à l’époque où j’étais danseur.

Il s’agit aussi de renouveler le répertoire dans la continuité de l’héritage légué par Maurice. Béjart a été moderne à son époque ; il est devenu un classique après avoir été un novateur. Donc il faut perpétuer l’audace et l’innovation aujourd’hui. Ce que nous faisons en invitant les chorégraphes les plus talentueux de la nouvelle génération. Ainsi le duo italien Riva&Repele qui présente pour la Compagnie leur ballet « Oskar », entre audace et sensibilité. Nous travaillons aussi avec Andonis Foniadakis, Julio Arozarena, Tony Fabre, Valentina Turcu, Alonso King, Giorgio Madia…

Fort d’un catalogue particulièrement riche (250 ballets écrits), Maurice Béjart aura marqué l’histoire de la danse, à travers les 60 ans d’un itinéraire exceptionnel, au sein des Ballets du XXè siècle, puis à Lausanne. Il existe quantité de joyaux cachés, peu connus car peu représentés ; récemment nous avons pu redonné plusieurs ballets oubliés de Maurice tels « Mallarmé » (sur la musique de Boulez »), ou « Dionysos » et « Serait-ce la mort », deux perles jamais dansées depuis au moins 10 ans. Maurice ne cesse d’être une source d’inspiration pour les plus grands chorégraphes. C’est en diffusant toujours ses œuvres, en les questionnant que s’écrit la danse d’aujourd’hui et de demain.

 

Propos recueillis en février 2026

 

Plus d’infos sur le site des Béjart Ballet Lausanne : https://www.bejart.ch/

 

 

Agenda

Le BÉJART BALLET LAUSANNE en tournée en France
Du 11 mars au 19 juillet 2026
https://www.bejart.ch/spectacle/france-2026/

Béjart et nous, L’oiseau de feu, Boléro

La Seine Musicale, 11-15 mars 2026
Strasbourg, Zénith, 19 mars 2026
Reims, Arena, 21 mars
Bordeaux, Arkéa Arena, 26 mars
Nantes, Zénith, 28 et 29 mars
Toulouse, Zénith, 2 avril
Nice, Palais Nikaia, 4 avril
Nîmes, Arènes, 10 juillet

    Vienne, Théâtre Antique, le 19 juillet

 

 

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ON LILLE – ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE. Mer 11 mars : Concert des 50 ANS. Barraine, Barber, Brahms. Renaud Capuçon, Joshua Weilerstein (direction)

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3 B pour célébrer le premier cinquantenaire du National de Lille : Barraine, Barber, Brahms… le programme est audacieux et ambitieux, original même, sachant célébrer le génie orchestral d’une compositrice trop peu jouée sa manière énergique, voire éruptive, celle fulgurante d’une juste parmi les justes, Elsa Barraine (Symphonie n°2 « Voïna », 1938) qui remporta le Prix de Rome à … 19 ans (!); l’Orchestre lillois réalise aussi le rare Concerto pour violon de Barber (1939) ; enfin aborde les massifs surpuissants et voluptueux du solaire Brahms dans sa Symphonie n°1 (1876), équation personnelle, passionnelle et classique.

 

 

 

 

 

contexte de guerre

La première partie du concert anniversaire met en lumière 2 œuvres sœurs composées en contexte de guerre : Elsa Barraine écrit en 1938 sa Symphonie n°2 au moment où l’Allemagne hitlérienne annexe l’Autriche puis une partie de la Tchékoslovaquie… quand Barber au début de la 2è guerre mondiale, en 1939, achève son Concerto pour violon et quitte Paris…
« Voïna » signifie guerre en russe : Barraine a la claire conviction que les armes s’imposent à l’Europe, dans un basculement inévitable. Les 3 mouvements portent la fureur et l’œuvre de la fatalité martiale (presque hideuse cf le premier mouvement pourtant amorcé par la flûte, mais vite rattrapé par la course des cordes). La future résistante et communiste reçoit la commande du Ministère des Beaux-Arts : sa symphonie tend le miroir d’une époque angoissante qui doit affronter l’hydre guerrier. La compassion de la compositrice s’exprime sans entrave dans le cortège qui déroule sa marche funèbre dans le volet central (« marche funèbre – lento »), avant qu’une indicible légèreté se profile dans le très lyrique Allegretto final, détente amère cependant (« allegro giocoso e leggero ») dont l’insouciance supposée, l’entrain affiché n’écartent pas le sentiment de perte et de tension, ambivalence parfaitement maîtrisée qui rappelle Chostakovitch.

De retour de Paris où il a commencé le dernier mouvement de son Concerto pour violon, Barber rejoint sa maison de Pocono aux USA en sept 1939. Dans un isolement propice, le compositeur réussit l’écriture de son final, conçu comme un mouvement perpétuel où le violoniste pendant 200 mesures joue le même motif rythmique… un défi pour le soliste. L’épisode central quant à lui, introduit par le chant solo du hautbois, rappelle le lyrisme recueilli de son célèbre Adagio.

Comment poursuivre l’aventure symphonique après la 9è de Beethoven ? En se recueillant, pétrifié, sur la tombe du maître de Bonn à Vienne, Brahms suit la chute d’une petite plume sur la dalle funéraire : il y voit le signe qu’il doit commencer la composition de ses propres symphonies… Ainsi se précise la genèse de la Symphonie n°1 opus 68. Ebauchée à partir de 1862, puis réellement architecturée en 1876, la Première Symphonie s’affirme peu à peu jusqu’à sa création à Karlsruhe le 4 nov 1876 : un nouveau génie de la forme et du développement symphonique s’y affirme sans réserve.

 

 

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Mercredi 11 mars 2026
LILLE, Grand Sud – 20h
RÉSERVEZ VOS PLACES, INFOS directement sur le site de l’ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE, ON LILLE : https://onlille.com/choisir-un-concert/categories/our-50th-birthday-with-renaud-capucon

 

JOSHUA WEILERSTEIN, direction
Renaud Capuçon, violon

ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE
Julien Szulman, violon solo

 

 

programme
ELSA BARRAINE (1910-1999)
Symphonie n°2 « Voïna » (1938) – 17’
1. Lento. Allegro vivace
2. Marche funèbre
3. Finale (adagio – allegro giocoso e leggero)
SAMUEL BARBER (1910-1981)
Concerto pour violon op.14 (1939) – 25’
1. Allegro
2. Andante
3. Presto in moto perpetuo
– entracte –
JOHANNES BRAHMS (1833-1897)
Symphonie n°1 op.68 (1876) – 45’
1. Un poco sostenuto – Allegro
2. Andante sostenuto
3. Un poco allegretto e grazioso
4. Adagio – Piu andante – Allegro non troppo, ma con brio
LIRE le livret programme de ce concert des 50 ans :
https://bo.onlille.com/wp-content/uploads/20260204_PGRM-SALLE-Capucon-WEB-1.pdf

 

 

 

Programme repris à AIX en Provence, Grand Théâtre
le 28 mars 2026, 20h – plus d’infos : https://festivalpaques.com/editions/edition-2026/orchestre-national-de-lille

 

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CRITIQUE CD événement. BIZET : Carmen. A. Charvet, J. Behr, F. Valiquette, A. Duhamel… Choeur et Orchestre de l’Opéra Royal de Versailles, Hervé Niquet (direction). 3 cd + 1 dvd Château de Versailles Spectacles.

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« L’amour est un oiseau rebelle que nul ne peut apprivoiser… ». Les paroles de la célèbre habanera n’ont jamais aussi bien porté leur sens qu’en cette année 2025, qui aura vu le public succomber aux charmes indomptables de la plus célèbre bohémienne. Alors que la fin d’année est traditionnellement propice aux bilans et que le public lyricomane n’a pas manqué de s’interroger sur la santé du monde lyrique, pointant à raison du doigt des mises en scène de plus en plus désenchantées et qui refusent le rêve, une parution discographique et vidéographique revient remettre du baume au cœur des mélomanes – en ce début d’année 2026 -, et leur offrir ce à quoi ils aspirent secrètement : la beauté pure, l’authenticité et le génie mélodique. Le triple CD + DVD de Carmen de Georges Bizet (dans la version avec récitatifs de Guiraud) à paraître bientôt (le 27 mars) au label Château de Versailles Spectacles est un événement, une machine à voyager dans le temps, un choc esthétique et sonore qui restituerait presque l’odeur du soufre qui saisit le public de l’Opéra-Comique en 1875.

 

Pour qui a eu la chance d’assister aux représentations de janvier 2025 à l’Opéra Royal, ou pour ceux qui découvriront l’œuvre par le DVD inclus dans le coffret, le choc est le même. Là où tant de productions contemporaines oublient la part du rêve, la mise en scène de Romain Gilbert, basée sur la création historique, agit comme un antidote. Loin des concepts provocants et des transpositions souvent incohérentes qui dénaturent l’intrigue , Gilbert, fort des travaux du Palazzetto Bru Zane, nous offre un spectacle d’une vérité confondante. Le DVD est en effet un document inestimable. On y découvre l’univers pittoresque et coloré imaginé à l’origine : les costumes éclatants de Christian Lacroix, qui signe ici un travail d’orfèvre en réinterprétant avec génie les croquis du XIXe siècle, les décors peints d’Antoine Fontaine qui restituent la Séville des contes, et les lumières d’Hervé Gary qui sculptent chaque tableau avec un naturalisme époustouflant. La direction d’acteurs, millimétrée, redonne vie à une gestuelle oubliée, faisant de chaque figuration, de chaque choriste, un personnage de Goya. En ces temps de sobriété scénique imposée, ce faste n’a rien de poussiéreux ; il est au contraire d’une modernité saisissante, nous rappelant que l’opéra est aussi, et d’abord, un art du spectacle total et de l’enchantement des yeux. Voir cette Carmen « originelle« , c’est comprendre pourquoi l’œuvre a pu, à sa manière, révolutionner le genre.

Mais que serait la plus belle des reconstitutions sans des interprètes à la hauteur du mythe ? La distribution réunie pour ce coffret est tout simplement fabuleuse, un feu d’artifice vocal qui justifie à lui seul l’acquisition de ce coffret. Dès les premières mesures de l’Habanera, la Carmen d’Adèle Charvet s’impose comme une référence immédiate. Sa présence magnétique captive littéralement l’objectif de la caméra, car sa lecture du personnage est un modèle d’intelligence : elle joue moins de la provocatrice vulgaire que de la séductrice ensorcelante, avec un médium d’une richesse confondante et des graves capiteux qui font frémir. Elle incarne une Carmen terriblement humaine, touchante jusque dans sa rébellion, et son « Habanera » devient un moment de grâce pure où le charme opère avec une évidence désarmante.

Face à elle, le Don José de Julien Behr est une incarnation tragique de premier ordre. Son ténor, à la fois héroïque et lyrique, possède cette clarté et cette diction française exemplaires qui servent merveilleusement le personnage. Il excelle dans la progression dramatique, passant de la raideur du brigadier naïf à la passion dévorante puis à la folie meurtrière avec une justesse psychologique confondante. Sa « Fleur que tu m’avais jetée » est un moment d’anthologie, susurrée avec une ligne de chant d’une pureté infinie, tenue sans aucune emphase mais avec une intensité émotionnelle à couper le souffle. La Micaëla de Florie Valiquette, lumineuse et émouvante, apporte une bouffée d’air pur. Son timbre cristallin et sa ligne de chant impeccable donnent au personnage une force et une dignité qui transcendent le rôle souvent jugé fade. L’Escamillo d’Alexandre Duhamel est, quant à lui, d’une élégance rare et d’une autorité naturelle. Son « Votre toast » n’est pas une simple démonstration de force, mais un appel viril et charmeur, soutenu par une ligne de baryton souple et puissante. La distribution des seconds rôles (notamment les délicieuses compagnes de Carmen) est d’une homogénéité et d’un éclat qui témoignent de l’excellence de la distribution française.

Pourtant, le véritable héros de ce coffret est peut-être collectif. Sous la baguette survoltée et infiniment savante d’Hervé Niquet, le Chœur et l’Orchestre de l’Opéra Royal ne se contentent pas d’accompagner : ils brillent de mille feux, littéralement. Niquet, chef baroque jusqu’au bout des ongles, aborde cette partition avec un regard neuf. Il insuffle à la version avec récitatifs de Guiraud un élan, une transparence et un feu d’artifice rythmique qui font des couleurs de Bizet un véritable diamant.

À l’écoute des CD, la prise de son somptueuse restitue chaque détail : le piquant des cordes, la rondeur des vents, la percussion qui claque avec un naturel confondant. L’Orchestre de l’Opéra Royal est ici une pâte sonore d’une flexibilité idéale, tour à tour langoureuse dans les danses, dramatique dans les confrontations, et d’une légèreté aérienne dans les passages comiques. Le Chœur, préparé avec un soin méticuleux, est d’une présence scénique et d’une qualité vocale rares. On l’entend vivre, commenter l’action, vibrer avec une spontanéité qui rend chaque scène de foule incroyablement vivante. Le quintette « Nous avons en tête une affaire« , souvent traité comme un simple numéro, devient sous leur impulsion un moment de comédie virtuose irrésistible.

Ce coffret est donc la preuve éclatante que la tradition, loin d’être un carcan, peut être un formidable vecteur d’émotion et de modernité. Face aux interprétations souvent décevantes et aux productions confuses qui jalonnent les saisons lyriques, cette Carmen versaillaise est un triomphe. Elle rend hommage à l’œuvre de Bizet 150 ans après la mort du compositeur, en lui offrant ce qu’elle mérite : une lecture passionnée, savante et vibrante. Ce triple CD + DVD est le témoignage d’une soirée d’exception (ou d’une série de représentations) qui a redonné ses lettres de noblesse à l’un des opéras les plus célèbres du monde. Un objet d’art total, enthousiasmant de la première à la dernière note, qui fera date dans l’histoire discographique de l’œuvre. Chers lecteurs et discophiles, foncez, l’oiseau rebelle n’a jamais été aussi beau à regarder et à écouter !

 

 

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CRITIQUE CD événement. BIZET : Carmen. A. Charvet, J. Behr, F. Valiquette, A. Duhamel… Choeur et Orchestre de l’Opéra Royal de Versailles, Hervé Niquet (direction). 3 cd + 1 dvd Château de Versailles Spectacles. CLIC DE CLASSIQUENEWS.

 

 

 

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OPÉRA ROYAL DE VERSAILLES. GOUNOD : Faust (1859), les 22, 24, 26, 28, 30 mars 2026. Julien Behr, Vannina Santoni… Orchestre de l’Opéra Royal, Jean-Claude Berutti (mes) / Stefan Plewniak (direction)

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L’Opéra Royal de Versailles affiche un joyau lyrique romantique, d’autant plus attendu qu’il est défendu par une distribution prometteuse dont Julien Behr dans le rôle-titre et la soprano Vannina Santoni dans celui de Marguerite, aux côtés de Luigi De Donato en Méphisto… avec le Choeur et l’Orchestre de l’Opéra Royal sous la direction du bouillonnant Stefan Plewniak. 5 représentations incontournables : du 22 au 30 mars prochains.

 

 

Depuis sa création en 1859, le Faust de Charles Gounod (1818 – 1893) demeure le sommet de l’opéra romantique français ; c’est d’ailleurs avec l’ouvrage que son auteur connaît enfin gloire et reconnaissance. Le texte de Goethe inspire les compositeurs dont Liszt, Berlioz, Gounod ou Boito. A 20 ans, Gounod se passionne lui aussi pour le drame et le mythe, précisément pendant son séjour du Prix de Rome en 1839. Fataliste et sans espoir, le héros au crépuscule de sa vie, veut s’empoisonner car toute science et croyance sont vaines. Mais le Diable (par l’entremise de Méphistophélès) le tente et obtient contre son âme de lui rendre jeunesse, jouissance, amour…. Cette nouvelle vie suscite des plaisirs mais aussi une suite de péripéties dont il faut payer les conséquences… tragique en cela sa rencontre avec Marguerite. Dans une vision française du mythe faustéen, Gounod, croyant sincère, s’attache à soigner la trajectoire de Marguerite : sa passion pour Faust, ses souffrances puis son apothéose. Portrait de Charles Gounod DR.

Près de 20 ans furent nécessaires pour la construction du livret (rédigé par Carré et Barbier) puis pour la mise en place d’une partition ambitieuse et subtile, exposant dans des situations précisément représentées, une très vaste palette d’affects et d’effets théâtraux. Gounod et son librettiste proposent aussi une évocation très fouillée de l’Allemagne médiévale : le cabinet de Faust, la kermesse, le jardin, la chambre de Marguerite, l’église, la montagne, la prison… une fresque lyrique qui relève d’une eau-forte aux riches contrastes où chaque personnage est brossé avec caractère.… et cette élégance française dont Gounod (en roi de la valse) détient l’éternel secret. Reprise événement.

 

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Charles GOUNOD : Faust
Opéra Royal de Versailles
les 22, 24, 26, 28, 30 mars 2026
5 représentations événements

RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’Opéra Royal de Versailles : https://www.operaroyal-versailles.fr/event/gounod-faust/

Opéra Royal de Versailles
Durée : 3h30 mn dont un entracte

 

 

distribution
Julien Behr : Faust
Vannina : Santoni Marguerite
Éléonore Pancrazi: Siébel
Julie Pasturaud : Marthe
Luigi De Donato : Méphistophélès
Anas Séguin : Valentin
Jean-Gabriel Saint-Martin : Wagner
Académie de danse baroque de l’Opéra Royal
Chœur de l’Opéra de Tours
Chœur et Orchestre de l’Opéra Royal de Versailles
Laurent Campellone : direction
Jean-Claude Berutti : mise en scène
Rudy Sabounghi : décors
Françoise Raybaud : costumes
Christophe Forey : lumières
Reveriano Camil : chorégraphie et assistant mise en scène

 

 

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CRITIQUE, concert. NICE, Théâtre de l’Opéra, le 22 février 2026. KHATCHATURIAN / CHOSTAKOVITCH. Diana Tishchenko (violon), Orchestre Philharmonique de Nice, Lionel BRINGUIER (direction)

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Il existe des nuits où la musique cesse d’être une simple succession de notes pour devenir une expérience viscérale, un dialogue tendu entre l’ombre et la lumière. La soirée du 20 février dernier, à l’Opéra Nice Côte d’Azur, fut l’une de celles-ci. Sous la baguette incisive et survoltée de son « chef honoraire« , le Niçois Lionel Bringuier, l’Orchestre Philharmonique de Nice a offert, aux côtés de la soliste ukrainienne Diana Tischenko, un diptyque russe d’une intensité rare, qui s’est achevé par un triomphe mérité, devant un public aussi captivé qu’enthousiaste.

 

Le programme, aussi exigeant que captivant, mettait en regard deux géants du XXe siècle soviétique. Dans la première partie, le Concerto pour violon en ré mineur d’Aram Khatchaturian (1940) déploie un langage sensoriel et immédiat. Loin des tourments introspectifs de son ami Chostakovitch, Khatchaturian se nourrit du folklore arménien pour offrir une œuvre d’une vitalité débordante, un feu d’artifice de couleurs orientales, de rythmes obsédants et de mélodies généreuses où le violon soliste, tantôt chantant, tantôt virtuose, doit briller de son propre éclat. La jeune violoniste ukrainienne Diana Tischenko a littéralement électrisé la salle. Son entrée, fière et déterminée, annonçait une artiste habitée, et ce fut en effet une démonstration éblouissante de maîtrise. Dans les fulgurances du premier mouvement, son jeu, d’une précision diabolique et d’un son rond et chaleureux, a dévoré l’espace avec une fureur contenue. Mais c’est dans l’Andante sostenuto que sa grâce s’est véritablement manifestée : son violon a chanté une mélodie d’une nostalgie déchirante, d’une pureté presque suspendue hors du temps, portée par les bois de l’orchestre avec une tendresse infinie. Le final, pris à un tempo endiablé, fut un tourbillon de joie et de virtuosité, conclu par une ovation interminable. La complicité avec Lionel Bringuier était totale, chaque regard échangé, chaque respiration commune attestait d’une unité d’esprit rare.

Puis vint le séisme. Composée en 1937, en plein terreur stalinienne, la Cinquième Symphonie de Dmitri Chostakovitch est un monument d’ambivalence. Sous-titrée par le compositeur « La réponse d’un artiste soviétique à une critique juste », elle est en réalité un champ de bataille psychologique d’une puissance foudroyante. Depuis le vertige martial et implacable du premier mouvement jusqu’à l’ironie grotesque du second, en passant par le largo bouleversant, l’une des pages les plus déchirantes et désolées de tout le répertoire symphonique, jusqu’à l’apothéose finale, ambiguë et assourdissante, l’œuvre est un fascinant labyrinthe émotionnel.

Et l’Orchestre Philharmonique de Nice a relevé le défi que constitue toute exécution de ce monument symphonique, avec une autorité qui force le respect. D’un geste aussi brillant que subtil, Lionel Bringuier a offert une lecture magistrale de la sublime partition de Chostakovitch, refusant les effets faciles pour plonger au cœur des abysses de la partition. Dès l’attaque du premier mouvement, il a sculpté un son d’une clarté tranchante, faisant émerger du chaos initial le thème célèbre, martelé avec une netteté implacable. Le deuxième mouvement, avec ses rythmes de valse désaxée, fut un pur moment de grâce ironique, où la clarinette et les cordes se sont livrées à une danse macabre d’une élégance vénéneuse. Mais le sommet de cette interprétation fut, sans aucun doute, le Largo. Bringuier a su instaurer un silence assourdissant, une tension intérieure palpable. Les cordes graves, d’une profondeur somptueuse, ont déployé leur lamentation funèbre, soutenues par une harpe cristalline et des pizzicati d’une délicatesse infinie. Ce fut un moment d’une émotion nue, presque insoutenable, où l’horreur et la beauté ne faisaient qu’un. Le final, explosif, ne fut pas joué comme une simple marche triomphale. Bringuier en a souligné la mécanique implacable, sa frénésie presque hystérique, laissant planer le doute sur la nature de cette joie forcée. L’accord final, d’une puissance tellurique, a libéré la salle de son souffle.

Ce fut un triomphe, et le mot n’est pas exagéré. Le public, venu en masse (la soirée affichait complet), a longuement acclamé un Orchestre Philharmonique de Nice dans l’un de ses grands soirs, dirigé par un chef dont l’intelligence et la passion font, sans aucun doute, des merveilles à la tête de la formation niçoise. Une soirée qui restera gravée dans la mémoire des mélomanes niçois !

 

 

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CRITIQUE, concert. NICE, Théâtre de l’Opéra, le 22 février 2026. KHATCHATURIAN / CHOSTAKOVITCH. Diana Tishchenko (violon), Orchestre Philharmonique de Nice, Lionel BRINGUIER (direction). Crédit photographique (c) Emmanuel Andrieu

 

 

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COFFRET CD. BERLINER PHILHARMONIKER / Kirill Petrenko : « The beginning of a partnership », 2017 – 2018 – 2019 (4 cd)

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Le coffret édité par le Berliner Philharmoniker témoigne à travers 4 cd, des débuts du chef Kirill Petrenko à la tête de la prestigieuse phalange berlinoise. Outre une idée significative du répertoire choisi (les 2 dernières symphonies de Tchaikovsky figurent aux côtés de deux symphonie de Beethoven dont sa 9ème, avec un focus sur 2 partitions plus rares signées Stephan et Franz Schmidt), chef et instrumentistes affirment une entente aux multiples arguments : ici, l’éloquence le dispute à une énergie phénoménale ; l’attention pour détails et nuances à l’éclat de l’architecture ; la finesse des accents à la direction générale et au sens des partitions… Réussir la grande forge orchestrale ne se limite pas uniquement à une virtuosité collective ; il convient de transmettre aussi la profondeur voire la spiritualité des œuvres abordées ; dans le cas de Tchaïkovsky et de Beethoven, le défi est idéalement relevé…

 

 

CD1 – En 2012, témoignage le plus ancien, le travail entre le chef nouvellement et les instrumentistes berlinois expriment toute la substance dramatique de Rudi Stephan (« In on movement ») ; s’y affirme une énergie narrative fabuleuse au sens strict, l’écriture flamboyante et conquérante de Rudi Stephan, volontiers rutilante se vit comme un festival de couleurs et de rythmes claquants, dans l’esprit des poèmes symphoniques de Strauss, faisant sonner tous les pupitres de l’orchestre.

Tchaikovski (Symphonie n°6,1893), remarquablement articulé, porté par un sentiment souterrain, une impérieuse vivacité qui nourrit peu à peu l’expression mordante du fatum, ce dès le premier mouvement d’un mordant fatalisme (à 13’ : cors puissants puis bassons lugubres et amples) auquel répond la sensibilité ardente et noble du compositeur dont Petrenko capte et exprime l’ardent désir de dépassement (à 15’ : tendresse murmurée, nuancée de la clarinette). Le désir et l’éclat palpable, lumineux se déploie avec grâce et de belles respirations, dans le flux très fluide des violoncelles de l’Allegro con grazia qui suit, seul vrai épisode d’apaisement dans l’insouciance… Petrenko s’y révèle peintre soucieux du détail, allégeant la texture, sculptant le relief des cuivres et des cordes. L’acuité ciselée de l’Allegro molto vivace trépigne par ses rythmes remarquablement et finement fouettés ; s’en dégage un électricité en rangs serrés, d’une plénitude heureuse et victorieuse (final flamboyant, électricisé par le sentiment d’une irrépressible conquête).
Tout bascule alors dans l’affliction dépressive et un désespoir noble, remarquablement énoncé dans la ligne des bassons … et des bois éperdus, à la fois tendres et d’une rancœur âpre, que le ruban enamouré des cordes ne parvient guère à adoucir. Ce sentiment riche, trouble fait toute la richesse expressive d’une lecture superlative. Dans cette vision si nuancé, toute la séquence adagio centrale exprime un ample et puissant lamento… l’adieu de Piotr Illytch à une vie de souffrance et d’incompréhension (à 3’45 : chant des cors, puis prière des cordes). De loin voilà l’une des pages les plus réussies et investies, – un accomplissement qui témoigne de la complicité entre chef et instrumentistes (le glas sardonique des cors avant le gong dont la résonance manifeste le passage vers l’outre-tombe). On imagine parfaitement à l’écoute de ce dernier mouvement serpentant avec infiniment de pudeur juste, entre les ténèbres angoissantes et la lumière d’une foi intacte, la confiance des musiciens vis à vis de leur nouveau directeur musical, alors en poste depuis 2015, soit depuis 2 ans au moment de la réalisation de l’enregistrement.

 

CD 2 – En 2018, les musiciens abordent ici Franz Schmidt (avril) puis à l’été (août), Beethoven et sa trépidante Symphonie n°7 opus 92.
La symphonie n°4 de Schmidt (1932) est une autre superbe révélation du coffret ; et son sublime solo de trompette introductif déploie ses ailes crépusculaires dans un chant là aussi ample, aux respirations profondes dont la somptueuse orchestration n’écarte pas le sentiment d’inquiétude et d’intranquillité sourde, entre plénitude et questionnement profond (solo de hautbois, grave et prudent). Le passage sans discontinuité avec le solo de violoncelle qui permet d’amorcer l’Adagio, lui aussi très développé et d’une durée supérieure à 10mn, captive par sa pudeur enchantée, d’autant que Petrenko sait alors alléger cordes et bois, dans la transparence et la couleurs.

La 7è de Beethoven déploie le même sens des couleurs et des timbres dès les premières mesures (« Poco sostenuto ») avant le Vivace, qui ouvre véritablement un portique majestueux, au souffle ample, épique. Le chef trouve un équilibre entre tension, précision, tendresse. L’Allegretto captive dans ses nuances piano, instaurant ce climat de recueillement propre à une marche funèbre, énoncé d’abord dans l’affliction puis grandissant vers la déflagration tragique. Le Finale porte toute l’acuité expressive et le souci architectural du chef : l’ « Allegro con brio » danse et rugit à la fois dans une joie communicative qui tout en soufflant sur les braises d’une énergie impérieuse, rythmiquement trépidante et particulièrement nerveuse, sait aussi s’attendrir et bercer, n’ôtant rien à l’électricité de la transe finale. Bel équilibre.

 

Les deux derniers cd (« disc 3 et 4 ») témoignent en 2019, de la complicité impressionnante entre le chef et les instrumentistes berlinois, dans le sens d’une jubilation collective totalement maîtrisée… d’autant plus au service de 2 partitions parmi les plus difficiles et exigeantes du répertoire.

CD2 – la 5ème de Tchaikovsky : dès le premier Andante, puis dans dans cet appel des cors, incandescent, impérieux, – de l’Allegro con anima qui suit et se déploie, Petrenko exprime la vitalité viscérale, l’urgence fragile, intranquille, la fureur (incisivité des cuivres dans tous les tutti) ultime qui est en jeu ; beau contraste avec la noblesse recueillie, si pudique d l’Andante qui suit (et son sublime solo de cor introductif – évanescent mais présent, lointain et pourtant enivré, enveloppant)… de même la morsure amère des violoncelles charme avant que ne déferlent les déflagrations rageuses de la dernière partie… à 6’55 quand l’orchestre chauffé à blanc entonne le motif du destin, qui a raison de l’explosion éperdue finale, un temps libératrice. Au mérite du chef de comprendre les enjeux profonds d’une partition éblouissante et hautement lyrique dont sa baguette saisit la radicalité dans la souplesse et une suggestivité jubilatoire (résolution finale de l’Andante, réalisée par la clarinette).
Nerveuse, d’une superbe agilité affinée, légère (unisson fugace et aérien des cordes), la Valse passe comme une eau vive, facétieuse (solo du basson), elle aussi au nerf électrisé.
L’arche, plus colossale encore, se déploie dans le dernier mouvement où c’est bien la main du destin qui s’abat sur le flux orchestral ; Petrenko enchaîne les séquences dans un brio délirant, admirablement maîtrisé dans le sens d’une marche elle aussi impérieuse dont la motricité roborative poussée à son paroxysme, exprime une transe collective à l’énergie irrépressible, toujours dans le souci du détail autant que la direction architecturale générale. C’est une lutte infernale qui balance entre la fatalité et le désir de s’en extraire, avec réservée aux cordes, le jaillissement de l’ultime chant libératoire.

CD4 – Kirill Petrenko accomplit dans la 9è de Beethoven (août 2019) un sommet d’équilibre entre surexpressivité, lumineuse intelligibilité, surtension et articulation. Il inscrit d’emblée dès l’Allegro initial, toute la partition de 1824, dans le souffle originel, celui du destin et de la création du monde ; c’est une remise à zéro, – une aube primordiale qui neutralise les forces. A 8’ : dans les déflagrations des timbales, au cœur des tutti s’expriment les fureurs cosmiques de l’orchestre à l’échelle des convulsions de l’univers ; elles sont peu à peu tempérées par la force organisatrice et civilisationnelle de la musique, réalisée non sans justesse comme l’emblème le plus élevé du génie humain : ainsi Petrenko nous fait entendre l’œuvre transcendante du génie beethovénien dont la valeur est sa capacité à dompter les forces barbares et sauvages, à les canaliser pour organiser et envisager un nouvel ordre, celui de l’humanité apaisée, pacifiée. Ce que nous invite à comprendre Petrenko dans la forge bouillonnante des éléments orchestraux, à la fois tempétueux et d’une somptueuse éloquence.
Particulièrement développé, le Molto vivace qui suit, affirme le nerf et la danse presque chorégraphique d’un véritable scherzo brillant, sanguin, vif où les coups de timbales (à découvert, isolées, cinglantes et élégantes à la fois) deviennent jeu, – emblème rythmique d’une énergie vive, primitive, de fait « vivace », comme l’est la flamme dansante, d’un feu de joie, restituée dans sa fulgurance originelle et dans ce pastoralisme idéalement maîtrisée (le solo du hautbois auquel répond le chant onctueux, aérien des violoncelles puis du cor lointain). Le geste fièvreux, exalté de Kirill Petrenko est d’autant plus convaincant qu’il demeure toujours précis, souple, détaillé, d’une rare nuance.

L’apaisement suspendu se déploie dans l’extase de l’Adagio, lui aussi comme les 2 mouvements précédents, de plus de 10 mn : cordes, clarinettes, cors se répondent et fusionnent amoureusement, alliant tendresse et pudeur. Rien de douloureux ici, sinon l’expression d’une sérénité qui aurait neutraliser toute menace et toute tension;
Après les 3 épisodes qui en préparent l’accomplissement, l’ultime mouvement avec choeur et quatuor de solistes (Presto) récapitule les intentions du premier mouvement et construit cet hymne pour un monde nouveau ; à travers l’énoncé de l’Ode à la joie de Schiller (d’abord proféré par les violoncelles), Beethoven appelle à la fraternité universelle ; message idéalement compris et comme explicité par le chef tout à son métier, entre éloquence et tension ; depuis son début, cette lecture est traversée par une espérance, et le souffle prométhéen, le sentiment de plénitude qui insuffle peu à peu un sentiment de victoire de plus plus intense, innervant instruments et voix- au sein du quatuor de solistes, l’engagement du superbe choeur (Rundfunk Berlin), le chant primordial, proche du texte et ardent de la basse Kwangchul Youn réalisent le bouillonnement final comme une transe joyeuse irrépressible, après l’éclat de la marche qui accompagne le solo du ténor (Benjamin Bruns : « Froh, froh… »). Petrenko permet aux seuls instruments de préparer l’ultime chœur fraternel, sort de choral laïque qui oblige l’humanité au seul dessein honorable sur cette terre : l’accomplissement de l’amour et de la paix. Le relief millimétré du texte final énoncé (choeur idéal dans ce sens), l’énergie détaillée des instruments tissent un vaste portique de fin dont l’impétuosité et l’impérieuse motricité rappelle de fait le final de Fidelio et aussi tout l’esprit de la Missa Solemnis. Pour qui doutait des qualités des Berliner Philharmoniker, cette 9è de Beethoven réalisée à l’été 2019, offre un démenti définitif. Au regard des effectifs requis et du son global, d’une exceptionnelle cohérence, la réalisation est magistrale. Intitulé « Kirill Petrenko and the Berliner Philharmoniker: The beginning of a partnership « , le coffret de 4 cd qui témoigne des « premiers pas » entre Kirill Petrenko et les instrumentistes berlinois, se révèle captivant. CLIC de CLASSIQUENEWS printemps 2026

 

 

 

 

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LIRE aussi notre présentation du coffret de 4 cd : Coffret CD événement, annonce. Berliner Philharmoniker / Kirill Petrenko (direction). Stephan, Schmidt, Tchaikovsky, Beethoven (4 sacd, 2012 – 2019 / Berliner Philharmoniker records)

Coffret CD événement, annonce. Berliner Philharmoniker / Kirill Petrenko (direction). Stephan, Schmidt, Tchaikovsky, Beethoven (4 sacd, 2012 – 2019 / Berliner Philharmoniker records)

PLUS D’INFOS sur le site du Berliner Philharmoniker : https://www.berliner-philharmoniker-recordings.com/petrenko-edition-1.html
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CRITIQUE CD événement. PORPORA : Polifemo. F. Fagioli, P. A. Bénos-Djian, J. Lezhneva, E. Pancrazi… Orchestre de l’Opéra Royal de Versailles, Stefan Plewniak (direction). 3 CD + 1 DVD Château de Versailles Spectacles

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L’histoire retient souvent les vainqueurs. En ce début d’année 1735, sur la scène du King’s Theatre à Londres, Nicola Porpora (1686-1768) était pourtant en passe de faire vaciller le colosse Haendel. À la tête de l’Opera of the Nobility, le maître napolitain pouvait compter sur un atout dans son jeu qui valait tous les oratorios du saxon : le castrat Farinelli. Pour son cinquième opéra londonien, Polifemo, Porpora réunissait un plateau de rêve (Farinelli donc, mais aussi Senesino et Montagnana) pour un livret de Paolo Rolli mêlant les amours d’Acis et Galatée aux ruses d’Ulysse. L’œuvre fut un triomphe. Puis le temps, cet arbitre partial, a fait son œuvre, reléguant Porpora au rang de faire-valoir de son rival haendélien, ne laissant surnager que le fameux « Alto Giove », popularisé par le film Farinelli.

 

 

Près de trois siècles plus tard, en décembre 2024, l’Opéra Royal de Versailles s’attaquait à cette partition mythique, et ce fut un triomphe (en dépit de commentaires mitigés sur la mise en scène de Justin Way…). C’est dire si l’on attendait avec impatience la parution du coffret (3 CD + 1 DVD) chez Château de Versailles Spectacles. La délivrance arrive donc avec ce coffret, et le verdict est sans appel : débarrassée des partis-pris scéniques discutables si l’on s’en tient aux CD…), la musique de Porpora reprend ses droits, éclatante et libérée. Ce que la scène a parfois empêché, le micro le restitue : la pureté d’une ligne de chant, la profondeur d’une douleur, l’incandescence d’une virtuosité. Stefan Plewniak, chef chouchou de l’Orchestre de l’Opéra Royal, signe ici une direction exemplaire, trouvant le juste équilibre entre la fougue napolitaine et l’élégance versaillaise. Son approche, plus maîtrisée que sur le vif, permet de savourer chaque récitatif accompagné, chaque solo instrumental, avec une clarté que la représentation publique n’avait peut-être pas pleinement offerte. L’orchestre, utilisant des instruments d’époque, déploie une palette de couleurs somptueuse, faisant chanter les bois pastoraux et rugir les cuivres à propos, incarnant avec un bonheur évident cette partition de défi.

Le plateau vocal, déjà acclamé sur scène, trouve dans le cadre acoustique exceptionnel de l’Opéra Royal une dimension éminemment plus intime et prenante. Bien sûr, le rôle-titre est dévolu à Polifemo, mais c’est bien dans le rôle d’Acis que brille l’étourdissant Franco Fagioli. Sa connaissance intime du style, sa diction incisive et ce souffle inouï qu’il déploie dans les longues phrases font toujours des merveilles. Son « Alto Giove », loin de la simple démonstration pyrotechnique, devient une authentique prière, poignante de ferveur. Il est le digne héritier de Farinelli, non pas par l’imitation, mais par l’incarnation d’une virtuosité qui est au service de l’émotion.

Face à lui, la Galatée de Julia Lezhneva est tout simplement sidérante. La soprano russe, qui avait déjà enregistré l’œuvre avec Petrou en 2022, semble avoir trouvé ici son rôle de prédilection. Sa voix s’est étoffée, gagnant en rondeur sans rien perdre de ses aigus cristallins. Ses vocalises a cappella, d’une précision d’horlogerie, sont de purs moments de grâce suspendue, où l’auditeur retient son souffle. La diction est nette, l’engagement total. Le duo qu’elle forme avec Fagioli atteint des sommets de beauté éthérée. De son côté, le magnifique contre-ténor français Paul-Antoine Bénos-Djian campe un Ulysse conquérant, à la projection héroïque. José Coca Loza est un Polyphème monumental, dont la basse somptueuse et le jeu nuancé rendent le cyclope terrifiant mais aussi étrangement humain dans sa détresse. Enfin, Éléonore Pancrazi prête à Calypso un timbre chaud et une souplesse vocale qui embrasent chacun de ses airs.

Au final, ce coffret est une revanche posthume pour Porpora, et une résurrection pour Polifemo. Là où la scène a parfois trahi l’œuvre, le disque la magnifie. On pourra toujours conserver le DVD pour le plaisir des yeux, pour les costumes de Christian Lacroix et la danse de l’Académie baroque, mais c’est les yeux fermés que l’on voyagera vraiment vers les rives enchanteresses de la Sicile mythologique !

 

 

 

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CRITIQUE CD événement. PORPORA : Polifemo. F. Fagioli, P. A. Bénos-Djian, J. Lezhneva, E. Pancrazi… Orchestre de l’Opéra Royal de Versailles, Stefan Plewniak (direction). 3 CD + 1 DVD Château de Versailles Spectacles. CLIC DE CLASSIQUENEWS 

 

 

 

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CRITIQUE CD événement. UNSUK CHIN : Gougalon, Graffiti,… Ensemble intercontemporain, Pierre Bleuse (1 cd Alpha classics 2025)

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Unsunk Chin captive par un foisonnement crépitant de couleurs et de rythmes, chamarrés, euphoriques, presque inquiétants, dès le « prologue / Dramatic Opening of the curtain », premier tableau de « Gougalon » (2009, révisé en 2011), auquel succède un lamento d’une suavité évanescente (« Lament of the Bald Singer ») que la flûte introduit dans un climat aussi étrange que trouble lui aussi…

 

 

Ces deux séquences expriment l’imaginaire foisonnant, funambule de la compositrice coréenne (née en 1960), dont l’écriture fébrile, versatile, tactile nous parle immédiatement, après action de son filtre personnel, où l’analyse et un certain humour dans une nonchalance feinte s’expriment par jalons. L’acuité et l’intensité du geste avec lesquels Pierre Bleuse et les instrumentistes de l’intercontemporain abordent chaque pièce renforce l’ampleur théâtrale, le délire spatial, la fluidité versatile d’une musique qui aime le surgissement et les révélations théâtrales, et semble cultiver un caractère improvisé.
La compositrice multiplie les champs / chants expressifs sans jamais diluer le flux, insérant chaque nuance de timbres associés comme des effets de miroirs, des ambivalences… pour mieux tromper dans une illusion active, l’auditeur et peut-être aussi l’interprète.

Tout aussi imprévu et comme jaillissant par vagues successives, et d’une vivacité organique, le Double Concerto (2002) fusionne en réalité le chant du piano (préparé) et des percussions avec l’onde orchestrale comme autant de traversées atmosphériques qui s’enchaînent, toujours dans un climat d’une exceptionnelle transparence ; chaque élément soliste n’étant au final que la composante d’un seul et même corps sonore, une sorte de mobile scintillant, suspendu dans un espace qui ne cesse de produire ses propres impulsions, éclats et formes divers.

Le (très urbain) triptyque « Graffiti » (2012) associe et enchaîne 3 climats totalement distincts, tous inspiré des espaces et lieux de la ville : fourmillement souterrain, inquiétant, proactif (« Palimpseste ») ; nocturne plus angoissé, menaçant que mélancolique (« Notturno urbano »), enfin « Passacaglia » dont le rythme brisé, haletant, syncopé, fragmente le motif mélodique et le diffuse à l’ensemble du corps sonore.
Articulés et ardents, suggestifs et précis, les solistes de l’Ensemble intercontemporain se régalent et transmettent cette célébration suractive de l’instant.

Les interprètes sont d’autant plus inspirés et flexibles qu’ils ont abordés en concert l’œuvre d’Unsuk Chin ; entre autres pendant la saison en cours (concert «  City life » de sept 2025 où paraissait Graffiti justement : https://www.classiquenews.com/ensemble-intercontemporain-paris-cite-de-la-musique-city-life-ven-19-sept-2025-chin-murail-reich/)
Voici assurément l’un des meilleurs enregistrements récents de l’EIC sous la direction détaillée, sculpturale de Pierre Bleuse, directeur musical.

 

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CRITIQUE CD, événement. UNSUK CHIN : Gougalon, Graffiti,… Ensemble intercontemporain, Pierre Bleuse (1 cd Alpha classics – enregistré à la Philharmonie de Paris, sept 2025)
Plus d’infos sur le site de l’éditeur Alpha classics :
https://outhere-music.com/fr/albums/unsuk-chin

 

 

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DISPARITION. Hommage à José van Dam, l’humble artisan du chant

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Son timbre imposait d’emblée un sens inné de la perfection et de la beauté. Les couleurs de sa voix tenaient à la fois des accents mélancoliques du violoncelle et de la verve victorieuse du trombone. José Van Dam était l’une des plus grandes voix de l’Opéra. Et pourtant il était également l’artiste le plus discret qui soit. L’artiste nous a quittés le 17 février dernier, mais il laisse l’empreinte d’excellence d’un artisan du chant qui a toujours préféré l’ombre de l’humilité à la lumière de la notoriété.

 

José Van Dam est né le 25 août 1940 à Ixelles en Belgique. A 13 ans, il déclarait vouloir être chanteur d’Opéra sans savoir de quoi il s’agissait vraiment. « A croire que c’était mon destin » Et pourtant rien ne le prédestinait à un tel cheminement. Nul musicien, nul chanteur dans sa famille. La musique n’en était pas moins présente dans l’enfance du jeune Joseph Van Damme qui se nourrissait des disques de chansons populaires achetés par sa mère. Le garçon avait un chant inné, spontané. Il n’avait jamais appris à chanter mais il respirait déjà comme un chanteur. Frédéric Anspach est devenu son professeur de chant. En réalité, il sera bien plus que cela : un conseiller, un mentor, un second père et il le restera jusqu’à sa mort en 1977. José fascinait déjà par son évidente facilité. Il étonnait aussi par sa force tranquille qui lui a permis de développer ses dons naturels et construire pas à pas la carrière exceptionnelle qui sera la sienne. Premier prix du Concours lyrique de Paris en 1961, il avait été remarqué par Gabriel Dussurget qui l’engagea. Il entra dans la troupe de l’Opéra de Paris. La période n’était pas glorieuse, elle était plutôt douloureuse pour le chanteur étranger en terre de France. On lui refusa les rôles importants de second plan car sur les conseils de Frédéric Anspach il n’acceptait aucun premier rôle qui pourrait mettre en péril sa jeune voix.

Au bout de quatre ans, il décidait de quitter Paris pour l’Opéra de Genève. On essaya de le retenir en lui proposant Escamillo, qu’il interpréta finalement, mais cela ne changea rien à sa décision : le chanteur rêvait d’autres rives. Il réalisa alors son premier enregistrement avec Lorin Maazel qui trouvait enfin en lui son Inigo Gomez de L’Heure Espagnole qu’il cherchait désespérément depuis plusieurs mois. La troupe de l’opéra de Berlin l’accueillait alors en son sein. La rencontre avec Herbert Von Karajan et une première collaboration fructueuse avec Strehler sur un Figaro de légende à Versailles furent de l’ancien chanteur de troupe un soliste remarqué. Ce fut le début d’une brillante carrière menée avec intelligence et discrétion. José Van Dam fait en effet tout pour se tenir à l’écart d’un vedettariat trop pesant. Il ne souhaitait pas se laisser absorber par le monde. Sa discrétion confina sa notoriété aux connaisseurs et ce fut presque à son corps défendant que la popularité gagnant du terrain. Le réalisateur belge Gérard Corbiau contribua à cette mise en lumière. Il le fit découvrir au grand public en 1981 avec un magnifique portrait filmé pour la RTBF. Dans ce documentaire, le cinéaste se tenait en retrait dans une très discrète posture et regardait l’artiste chanter. C’est encore Corbiau qui fera de lui le protagoniste principal de son film Le Maître de musique.

 

la dimension humaine du personnage…

L’écoute de cette voix subjugue et interroge. Comment peut-on atteindre une telle perfection ? Le legato est une chose prodigieuse chez lui tout comme la diction, la portée de la voix, la ligne de chant. José Van Dam cherchait en effet inlassablement dans les héros qu’il interprétait la faille du cœur, la fêlure de l’âme. La dimension humaine du personnage était pour lui fondamentale. Ainsi, avait-il toujours refusé d’incarner sur scène Wotan, à ses yeux un personnage de Dieu loin des contingences de l’homme. Le chanteur était naturellement attiré par des personnages dont l’humanité, le sens de la justice et la très grande bonté conduisent au drame. Ceci expliquait son profond attachement à Figaro, Golaud, Simon Boccanegra, Hans Sachs. Le Figaro de José van Dam portait en lui une amère ironie. Il était le miroir de la réalité sociale des petites gens. A ses yeux, Figaro n’était pas un rôle comique, c’était un combat de tous les instants, celui du pot de terre contre le pot de fer. Sa vision rejoignait en tous points celle de Giorgio Strehler qui le mit scène dans le rôle en 1973. Strehler, personnage haut en couleur, dont les colères mémorables font encore trembler les murs des théâtres, a été, selon José Van Dam « l’une de sesplus grandes joies théâtrales ». Dans Le Nozze di Figaro, Strelher a laissé les ressorts de l’histoire faire seuls leur œuvre sans autres effets superficiels faussement comiques. José Van Dam qui n’aimait pas l’ostentatoire était particulièrement à son aise dans cette vision strehlérienne. Car aux agitations stériles, aux gesticulations inutiles, il préférait une élégante sobriété. « J’ai horreur de faire n’importe quoi. Le mouvement que je fais doit avoir un sens, c’est-à-dire que je veux savoir d’où il vient et où il va ». 

 

un très grand Philippe II…

Cette sobriété lui a valu de nombreux éloges, mais également quelques critiques. Son Boris Godounov, par exemple, n’était pas, pour certains, assez expressif, flamboyant. Et pourtant, le Tsar n’a jamais paru aussi noble, aussi digne. Cette sobriété tient José Van Dam à distance de la caricature et de l’exagération. Comme il l’a souvent répété, il n’est pas nécessaire de forcer le trait, le livret et l’écriture musicale disent déjà tout du personnage. C’est ainsi qu’ il donna des incarnations habitées, intenses mais sans outrance d’ Escamillo, Méphisto et des quatre Vilains des Contes d’Hoffmann. Le jeu intériorisé de José Van Dam faisait également de lui un très grand Philippe II. Dans une introspection émouvante, il confrontait sa voix aux tourments intérieurs du personnage. Son “Ella giammai m’amo” exprimait une lassitude. Celle de l’isolement du pouvoir. Il exprimait également la profonde tristesse de l’amour déçu qui faisait échos aux sanglots lents des violoncelles. Pour José Van Dam cet air était le seul moment où l’on pouvait voir l’homme derrière le souverain. On lui a fait souvent grief d’être un Philippe II trop humain. Pourtant quand un personnage exprime en un seul air autant de conflits intérieurs, c’est qu’il a précisément en lui une criante humanité. C’est sans nul doute dans le personnage de Golaud de Pelléas et Mélisande que José Van Dam donnait toute la plénitude de son talent. Le rôle est pourtant ardu, de par les longues phrases musicales écrites sur le ton de la conversation parlée. Dans cette œuvre, le phrasé et la diction du chanteur faisait donc naturellement merveille. Demeure dans les mémoires sa prestation dans une version filmée de Pierre Strosser pour l’Opéra de Lyon, une mise en espace elliptique et poétique sur le mode du rêve éveillé, une vision complexe mais d’une rare beauté. Le chanteur nous livrait un Golaud terriblement humain passant de la douceur un peu maladroite à la force brute dans une vulnérabilité bouleversante. José Van Dam mettait en exergue une douleur lancinante. L’homme « fait de fer et de sang » était ici un être vulnérable dépassé par ses émotions qui le conduisaient à commettre l’irréparable, non par mauvais instinct mais par fragilité.

Un autre personnage a également marqué la carrière du chanteur, Hans Sachs dans Die Meistersinger Von Nürnberg de Richard Wagner. « Je ne joue pas Sachs, je me mets à sa place ». Le chanteur faisait ainsi le choix de l’osmose en parcourant la scène, en observateur du monde. Il se tenait en retrait et portait un regard bienveillant sur ses semblables avec l’humilité de l’artisan et la douleur muette de celui qui renonçait à un amour qu’il croyait inconcevable. L’artiste ne se sentait guère d’affinité avec la musique contemporaine. Et pourtant il avait accepté de créer le rôle du Saint François d’Assises d’Olivier Messiaen. Un nouvel horizon musical, le grand respect du compositeur pour les voix, l’occasion unique de travailler avec le créateur de l’œuvre avaient emporté l’adhésion de l’artiste. José Van Dam marqua tant le rôle par un réalisme incarné qu’il n’est guère aisé aujourd’hui de trouver un autre visage et une autre voix pour St François.

Il aimait se produire en récital récital. Le lied et la mélodie française étaient pour lui le mode  d’expression vocale qui traduit le mieux “le chant comme don de soi”. Pour l’accompagner, il ne choisissait pas des célébrités du piano qui n’avaient jamais le temps, il préférait travailler en profondeur avec de jeunes musiciens comme Maciej Pikulski ou Roberto Giordano. Si José Van Dam s’était retiré de l’Opéra, il n’était pas pour autant mis en retrait du chant. L’enseignement n’était pas pour lui le passe-temps d’un chanteur en semi-retraite. C’était une conviction forte. C’était également la réaction d’un artisan du chant aux méthodes globales de l’enseignement moderne. Il prônait les fondamentaux les plus simples que beaucoup semblent avoir pourtant oublié. L’appui du souffle sur le diaphragme, la compréhension du texte qui nécessite l’étude des œuvres littéraires, sources inspiratrices des livrets et le travail sur les consonnes qui libère et la diction et améliore le legato. José Van Dam ne revenait jamais sur les souvenirs artistiques du passé. Il n’avait d’ailleurs conservé aucun vestige de ses prestations, aucun article de presse. Il ne gardait aucune trace, ni des louanges, ni des réprobations. Il vivait pour l’instant présent, laissant aux autres les regrets et les rancœurs. Il avait toujours privilégié les lieux qui lui ressemblaient, où le bel ouvrage artisanal est de mise. Aussi, préférait-il chanter à Lyon, Toulouse ou Marseille qu’au Met. « J’ai commencé en troupe où chacun était interchangeables. J’ai conservé toute ma vie cet esprit saltimbanque qui m’a empêché de me prendre pour une vedette, de me sentir plus important que je ne le suis ». Sa notoriété ne lui servait qu’à asseoir sa liberté, celle qui l’affranchit de toute pression. « La célébrité ne donne qu’un pouvoir, celui de choisir. Le chanteur doit avoir le courage de refuser les rôles dans lesquels il pressent qu’il peut décevoir. En même temps, il faut oser ce que l’on ne connaît pas. En somme, aller plus loin sans mordre la poussière ».

Il n’était lié exclusivement à aucun agent, personne ne décidait à sa place de son plan de carrière. Sa maison de disques, Forlane, était un petit label indépendant. En somme, il mena sa carrière comme sa vie. Avec la plus grande humilité. Ainsi était José van Dam.

 

 

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OPÉRA DE MASSY. Janacek, Adès : Le journal d’un disparu, Növények, les 13 et 15 mas 2026. TM+, Lukas Hemleb (mes) / Marc Desmons (direction)

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L’Opéra de Massy présente l’un des temps fort de sa saison 2025 – 2026 : le diptyque proposé, associant Adès et Janacek promet un (très) grand moment dramatique. Le programme double, réunissant deux maîtres de l’opéra, intitulé « Vanishings  / disparitions» immerge au plus profond de l’âme humaine ; il explore l’intime et le tourment du désir à travers deux œuvres poignantes qui se répondent ainsi : « Le Journal d’un disparu » de Leoš Janáček (1921) et « Növények » de Thomas Adès (2024). Distants de plus d’un siècle, les 2 partitions ainsi mises en dialogue, témoignent de la permanence du cœur humain : ses aspirations comme ses obsessions…

 

 

 

La musique plonge dans les méandres de l’amour qui, vertiges ou illusions, peut mener à l’extase ou à… la perte. Dans « Le Journal d’un disparu », Janáček exprime l’obsession d’un jeune paysan prêt à tout abandonner pour une femme, dans une confession musicale bouleversante. Un siècle plus tard, Adès, compositeur contemporain, tisse une réponse musicale à ce tourment, où la nature devient le miroir d’êtres voués à l’oubli.
Sous la direction de Marc Desmons et dans l’arrangement de Laurent Cuniot (qui a adapté le « Journal d’un disparu »), l’ensemble TM+ , en résidence à l’Opéra de Massy, crée un espace sonore inédit, où les sonorités d’Adès se fondent subtilement dans celles de Janáček, dévoilant une dramaturgie parallèle qui lie les deux compositeurs. Le projet double développe une réflexion sur la frontière fragile entre passion et destruction.
Ici, « point de fresque monumentale, mais des fragments d’existence saisis au seuil du gouffre. Un opéra qui n’en est pas un, mais où la tension dramatique est à son comble dans un dialogue musical et théâtral inédit ». Production incontournable et temps fort de la saison 2025 – 2026 de l’Opéra de Massy.

 

 

 

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Soirée « Vanishings » Janacek / Adès
Vendredi 13 mars 2026, 20h
Dimanche 15 mars 2026, 16h
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’Opéra de Massy :
https://www.opera-massy.com/fr/le-journal-d-un-disparu-noevenyek.html?cmp_id=77&news_id=1196&vID=61
DURÉE : 1h15 / Création à Massy

 

 

 

Aller plus loin
conférence
Ven. 13 mars à 18h30 (Gratuit sur inscription)
https://billetterie.opera-massy.com/selection/event/date?productId=10229378328574

 

 

distribution

Conception et mise en scène : Lukas Hemleb
Direction musicale : Marc Desmons
Arrangement pour ensemble du Journal d’un disparu : Laurent Cuniot
Scénographie : Margherita Palli
Costumes : Bianca Sarah Stummer
Vidéo : Luca Scarzella

Leos JANACEK : Le Journal d’un disparu
Janik (ténor) : Vladimír Šlepec
Zefka (mezzo-soprano) : Helena Milošević
Trois voix de femme : Angela Simkin, Laura Kimpe*, Olga Bystrova*

Thomas Adès : Növények
Angela Simkin, mezzo-soprano

Ensemble TM+

*Atelier lyrique de l’Opéra de Massy
Ville de Massy Essonne Ile de France, DRAC Île-de-France…

 

 

Leoš Janáček (1854 – 1928) compose le Journal d’un disparu (en tchèque : Zápisník zmizelého) en 1917. Le cycle de 21 mélodies pour ténor, alto, chœurs féminins et piano met en musique plusieurs poèmes anonymes en dialecte morave, publiés en 1916 dans un quotidien (« Lidové noviny ») alors publié à Brno ; les textes évoquent les aventures d’un jeune fermier (Janik) amoureux d’une gitane (Zefka) ; il décide de quitter son village avec la mère de leur bébé. Au début le jeune laboureur prend à témoins ses chers « petits bœufs » : il est obsédé par la tzigane qui hante ses nuits car elle l’a envoûté avec « ses yeux ensorceleurs »…

Janacek, déjà mûr et marié, y suggère sa relation avec Kamila Stösslová, de 38 ans sa cadette. Le compositeur habille chaque texte et la situation qui y est suggéré, avec une finesse dramatique exceptionnelle. Le Journal permet d’identifier nombre de motifs et formules expertes en lien avec ses opéras précédents (Jenufa,1904 ; Katia Kabanova). Le cycle de 22 numéros est créé au Palais Reduta à Brno le 18 avril 1921.

Les 22 poèmes mis en musique par Janacek

1 – J’ai rencontré une jeune tzigane — pour ténor
2 – La noire tzigane — pour ténor
3 – Des lucioles dansent — pour ténor
4 – Déjà de jeunes hirondelles pépient — pour ténor
5 – Que c’est pénible de labourer — pour ténor
6 – Ohé ! Mes bœufs gris ! — pour ténor
7 – J’ai perdu une chevillette — pour ténor
8 – Ne regardez pas tristement — pour ténor
9 – Bonjour, petit Yanik — pour alto, ténor et chœurs
10 – Ô Dieu lointain — pour alto et chœurs

11 – L’odeur du sarrazin fleuri — pour ténor et alto
12 – Une charmille sombre — pour ténor
13 – Piano solo
14- Le soleil monte — pour ténor
15 – Mes petits bœufs gris — pour ténor
16 – Qu’ai-je donc fait ? — pour ténor
17 – Personne n’échappe à sa destinée — pour ténor
18 – Je ne songe maintenant qu’à une chose — pour ténor
19 – Une pie vole — pour ténor
20 – J’ai une jolie aimée — pour ténor
21 – Mon cher papa — pour ténor
22 – Adieu, mon pays natal — pour ténor

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Dans « Növények » (2024), le plus grand compositeur britannique actuel, Thomas Adès (né en 1971) met en musique plusieurs poèmes hongrois, en citant Bartok et Kurtag. Il sublime la portée onirique des 7 poèmes ainsi retenus (empruntés aux poètes hongrois József, Radnóti, Weöres et Orbán), en soignant mélodies et harmonies. Dense, d’une rare efficacité dramatique, Adès cultive la force poétique autant que les effets de contrastes : son écriture est fulgurante comme c’est le cas de ses précédents opéras (Powder her face, The Exterminating Angel, The Tempest…).

 

 

 

 

 

 

informations

TARIFS :
Cat.1 : 30€ | massicois 23€
Cat. 2 : 25€ | massicois 19€
Cat. 3 : 19€ | massicois 14€
Étudiants : 10€ (Cat. 2 et 3)
-18 ans : -50%

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OPMC / ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE MONTE-CARLO. FAURÉ, POULENC, BRAHMS, dim 8 mars 2026. Momo Kodama (piano) / Christian Zacharias (direction)

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La pièce de Maeterlinck Pelléas et Mélisande a été une source d’inspiration notamment pour Schönberg et Sibelius. Peu avant que Debussy n’en tire à son tour son célèbre opéra (créé en 1902), Fauré lui consacra une très belle musique de scène pour une représentation… en anglais, à Londres !

 

 

Fin 1948, à l’issue d’une tournée triomphale aux USA, Francis Poulenc reçoit du Boston Symphony Orchestra, la commande d’un concerto pour piano. La tournée américaine qui suivit, vit la création le 6 janvier 1950 du Concerto achevé en 1949, sous la direction de Charles Munch qui la redonna dans la foulée à New York, Washington, Philadelphie… La partition (en 3 séquences) est créée en France en juillet 1950 (Festival d’Aix).
Après son délirant Concerto pour orgue, Poulenc réserve à son Concerto pour piano un style léger, primesautier, charmant dans l’esprit du Concerto champêtre. Il évoquera même sa couleur « mauvais garçon », en l’appelant « concerto à casquette »…
C’est à peine si le piano se distingue selon la tradition romantique. Badin mais fin et parfois facétieux, le clavier frais et éloquent participe à l’euphorie collective dans une texture qui fourmille et scintille, dans un esprit bien français. Plan : 1 – Allegretto (avec sa citation religieuse de Dialogues des Carmélites). 2 – Andante (comprenant une séquence diaphane, « ravélienne »). 3 – Presto (rondeau à la française d’un caractère impertinent, parfois provocateur où Poulenc joue sur de nouvelles citations : negro spiritual, matchiche carioca, très en vogue dans les années 1920, et même can-can).

Quand Schubert (20 ans) tente de percer sur la scène viennoise, Rossini (30 ans) règne sans partage : les Viennois ayant toujours, depuis le XVIIè marqué leur préférence pour les Italiens … la Symphonie n°6 (écrite à 21 ans en 1818) incarne l’ambition (réussie) de Schubert de percer sur la scène viennoise et dans son allant jovial, brillant et vivace, la claire volonté de rivaliser avec le modèle entre tous, Beethoven. Son mbre plane sur la partition de son cadet. La D 589 est dite « Grande Symphonie », et annonce directement la somptueuse D 944, aux dimensions prébrucknériennes. La 6è exprime un bouillonnement d’idées, à peine développées, où rayonnent le tapis scintillant des cordes, et surtout le caquetage virtuose, vif argent des bois, d’une exceptionnelle pétulance. Un défi et aussi un festival de délices pour les instrumentistes et les auditeurs.

 

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CONCERT SYMPHONIQUE / Musique française
dimanche 8 mars 2026 – 18h
Auditorium Rainier III, Monaco
RÉSERVEZ VOS PLACES
directement sur le site de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo :
https://opmc.mc/concert/c-zacharias-m-kodama/
Durée approximative du concert: 2h avec entracte
Tarif(s): 36, 26, 19€

 

 

programme

Gabriel FAURÉ
Pelléas et Mélisande, suite d’orchestre, op. 80

Francis POULENC
Concerto pour piano, FP 146

Franz SCHUBERT
Six danses allemandes, D. 820 (orchestration Anton Webern)
Symphonie n°6 en do majeur, D. 589

distribution

ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE MONTE-CARLO
Momo Kodama, piano ( Poulenc)
Christian ZACHARIAS, direction

 

infos pratiques

Réservations
+ 377 92 00 13 70

DU MARDI AU SAMEDI & TOUS LES JOURS DE CONCERTS DE 10h À 17h30
Réservez directement sur le site montecarloticket :
https://www.montecarloticket.com/0526/fListeManifs.aspx?idstructure=0526

En prélude au concert, présentation des œuvres à 17h par André Peyrègne.

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OPÉRA ORCHESTRE NORMANDIE ROUEN. Les 13, 14, 15 mars 2026. MAHLER : Le Chant de la terre. Nicky Spence (ténor), Beth Taylor (mezzo), Antony Hermus (direction)

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Le programme se dédie à la beauté de la Nature, mystérieuse, réconfortante, et à la profondeur des émotions humaines qui inspire à Gustav Mahler, en 1909, l’un des cycles pour voix et grand orchestre, parmi les plus saisissants jamais écrits : Le Chant de la terre.

 

 

En quête de sens et de vérité, Gustav Mahler s’inspire des vers du poète chinois Li Bai ; il édifie une symphonie cantate en six chants, célébrant la très profonde connexion entre l’homme et la nature. Les racines des saules, les étangs paisibles et le clair de lune sont entre autres, les vers choisis, au souffle mystique et universel, porteurs de gravité et d’espérance.

Les 6 Lieder composent une fresque sonore où chaque note résonne comme les éléments d’un acte réconciliateur où l’homme apaisé peut envisager son immortalité dans le sein salvateur de la Nature, son printemps renaissant à chaque nouvelle saison, dans un cycle infini. L’Orchestre au grand complet façonne un monde, « une géographie sentimentale dont la boussole pointe toujours vers la Terre », notre bien commun le plus précieux.

 

Gustav Mahler : Le Chant de la Terre

ROUEN, Théâtre des Arts
Vendredi 13 mars 2026 à 20h
Samedi 14 mars 2026 à 18h
LE HAVRE, Le Volcan
Dimanche 15 mars 2026, 15h
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RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’Opéra Orchestre Normandie Rouen : https://www.operaorchestrenormandierouen.fr/programmation/le-chant-de-la-terre/
Durée : 1h20, sans entracte
Tarif variable, Tarif C
de 10 à 38 €

 

Direction musicale : Antony Hermus
Ténor : Nicky Spence  –  
Mezzo-soprano : Beth Taylor
Orchestre de l’Opéra Normandie Rouen

Dans le cadre de la saison Unanimes !, initiative de l’Association Française des Orchestres

 

 

Le Chant de la Terre (1909), est une bouleversante fresque lyrique et orchestrale de Gustav Mahler, composée en une période très éprouvante pour la compositeur juif du début du XXè – le plus grand symphoniste germanique alors avec Richard Strauss. En témoignent les poèmes déchirants sur l’existence et la condition humaine que Mahler met en musique avec une frénésie extatique, à la fois symboliste et expressionniste ; partition majeure d’un auteur qui a perdu sa fille, apprend qu’il est viré de ses fonctions comme directeur de l’Opéra de Vienne (alors qu’il y menait une réforme inouïe, tant en terme de répertoire que de conditions nouvelles pour assister aux concerts symphoniques et aux opéras…), c’est aussi l’époque où Mahler, condamné, apprend qu’il est atteint d’un mal incurable aux poumons.

La partition est parcourue de doutes et d’inquiétudes : ceux d’un homme usé, en proie aux visions du gouffre profond car Mahler est malade, atteint, physiquement démuni quasiment au fond du désespoir. Au moment de la composition de sa 9è Symphonie (avec voix) soit à l’été 1908, isolé, solitaire, dans son cabanon de Toblach, obligé aux marches lentes, – un comble pour ce grand marcheur, il a le temps de réfléchir à sa condition misérable : dépression terrifiante, crise personnelle et sentiment d’une insondable douleur, en liaison avec l’échec de son couple avec la très volage Alma, adoucies cependant par le réconfort d’une musique d’une douceur maternelle. Ici les éclairs éperdus voisinent avec des accents de pur lyrisme halluciné… L’écart des émotions est d’une infinie diversité, au diapason d’une âme foudroyée.

 

Sincérité d’une écriture
et d’un chant crépusculaires

Viscéralement autobiographique, l’écriture joue des nuances symbolistes, impressionnistes, expressionniste… éléments fascinants de ce creuset magique qui compose l’attrait d’une imagination symphonique aussi exceptionnelle que peut l’être à la même époque celle de son confrère Richard Strauss. Ses partisans soulignent la sincérité d’une langage bouleversant. Ses détracteurs fustigent plutôt la vulgarité d’une écriture qui s’autoproclame en martyr du XXè.

L’Adieu dans l’espérance

Même le dernier hymne (sublime chant de la fin, du renoncement, de l’anéantissement assumé et conscient : « Der Abschied », L’adieu) où se fondent l’un à l’autre, et le temple de la nature et les aspiration de l’homme en témoin démuni, cite il est vrai la flûte du poète extrême-oriental ; mais ce qui inspire manifestement Mahler, c’est la justesse de l’évocation naturaliste ; car entre tentative panthéiste et assimilation de l’être au milieu pastoral suscité, paysage naturel et paysage mental ne font qu’un ici. Peu à peu la texture orchestrale se fond dans la prière finale, appel à la suprême sérénité où le mot “Ewig” (“Pour l’éternité”) est répété sept fois…

 

approfondir
LIRE aussi notre critique du cd Le Chant de la terre par Jonas Kaufmann (2017) : MAHLER : Das lied von der Erde / Le chant de la Terre. Wiener Philharmoniker. Jonas Kaufmann, ténor. Jonathan Nott, direction (1 cd SONY classical) : https://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-mahler-das-lied-von-der-erde-le-chant-de-la-terre-wiener-philharmoniker-jonas-kaufmann-tenor-jonathan-nott-direction-1-cd-sony-classical/

 

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CRITIQUE, concert. CANNES, Théâtre Debussy (Palais des Festivals), le 20 février 2026. PENARD / FARRENC / RAVEL. Orchestre National de Cannes, David Kadouch (piano), Benjamin Levy (direction)

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Une bonne nouvelle : en ces temps d’inquiétudes existentielles sur l’ascendant que prennent l’informatique et l’IA sur la musique et les musiciens, il est réconfortant de constater qu’il existe encore des compositeurs qui écrivent pour de vrais orchestres symphoniques constitués d’authentiques instruments à cordes, à vents, à percussions. Olivier Penard est de ceux-là – et il le fait avec talent !

 

Un coup de cymbale et sa Deuxième Symphonie démarre.  Nous l’avons entendue par l’Orchestre national de Cannes sous la direction de Benjamin Levy. Les cordes se mettent à frémir et la musique s’épanouit peu à peu, par paliers mesurés, par petits intervalles, par glissements chromatiques. Au fur et à mesure, la matière sonore s’épaissit, teintée de notes métalliques du vibraphone, ponctuée d’éclats de cuivres. Le deuxième mouvement s’ouvre sur un beau dialogue entre la harpe et les bois (le hautbois en première ligne), proche de la musique de chambre. Les cordes tissent une atmosphère apaisée, comme un monde qui s’éveille où tintent des sons de cloches. Peu à peu, les cuivres éclairent le monde. Tout cela est maîtrisé, tenu d’une main sûre – même si la musique semble s’essouffler à la fin du mouvement. Et voici le finale. L’énergie syncopée qui s’y déploie fait penser aux orchestres américains. Gershwin n’est pas loin. La séquence de conclusion est particulièrement réussie. Voilà un beau travail qui fait honneur à la musique symphonique !

Le soliste du concert était David Kadouch. Ce pianiste aux allures de grand ado nous donna une version éblouissante du Concerto en Sol majeur de Maurice Ravel. Sous ses doigts fins et virtuoses, quelques rubati délicats apportaient un chic romantique supplémentaire à son interprétation. Puis, il nous fit aussi découvrir les Variations sur un thème du Comte Gallenberg (1841) de Louise Farrenc. Cette musicienne – l’une des premières femmes professeurs au Conservatoire de Paris – fait parler le piano avec une éloquence, une virtuosité, une inspiration dignes de Schumann. Il y a ainsi tant de femmes compositrices du XIXème. qu’on a à découvrir. Et qui était le Gallenberg dont Louise Farrenc emprunta un thème ? Un comte viennois que les parents de Giulietta Guicciardi contraignirent leur fille à épouser, afin de la détourner de l’amour qu’elle partageait avec Beethoven, auteur de la célèbre Sonate au clair de lune qu’il lui avait dédiée. 

Merci et bravo à l’Orchestre National de Cannes d’ouvrir ses bras aux compositrices, lui qui s’apprête à accueillir une femme à sa tête : Holly Hyun Choe ! Pour l’heure, c’est encore son actuel directeur artistique, Benjamin Levy, qui conduisait le concert… et il le fit fort bien!

 

 

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CRITIQUE, concert. CANNES, Auditorium Debussy, le 20 février 2026. PENARD / FARRENC / RAVEL. Orchestre National de Cannes, David Kadouch (piano), Benjamin Levy (direction). Crédit photo (c) André Peyrègne.

 

 

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VERSAILLES, THÉÂTRE MONTANSIER. PIRANDELLO : 6 personnages en quête d’auteur (création), les 10, 11, 12, 13, 14, 15 mars 2026. Compagnie Gabbiano / Thomas Bellorini

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A travers l’illusion théâtrale, où se situe la vérité de l’acteur qui joue un personnage ? Abandonnés par leur auteur en cours de création, six personnages trouvent refuge au Théâtre Montansier, où tant d’histoires ont été jouées, où errent entre ses murs, les fantômes des personnages qui l’ont habité.

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Photo théâtre © Philippe Fretault

 

 

 

 

fiction du spectacle,
vérité de l’acteur…

Pendant les répétitions en cours de la troupe de la compagnie Gabbiano, les personnages entendent défendre le fil de leur propre histoire. La pièce du dramaturge Luigi Pirandello questionne la sincérité du comédien : où est la vérité du personnage incarné ?
Chaque cheminement est une quête de lui-même un chemin vers sa vérité ; mais le déroulement ne serait-il pas qu’une impasse ? Et le cadre de la représentation théâtrale comme le texte du dramaturge ne dénaturent-ils pas la sincérité du comédien ?
Ce jeu de miroirs entre les comédiens et ces six personnages, qui résistent à leur incarnation à travers la représentation théâtrale, reflète l’abîme dans lequel tombent les êtres quand ils se posent cette question vertigineuse « qui suis-je ? », « quel est le sens de tout ceci ? » Jamais le texte de Pirandello n’a semblé plus troublant et juste. Photo : Luigi Pirandello (1867-1936) DR

 

 

 

VERSAILLES, Théâtre Montansier
Les 10, 11, 12, 13, 14, 15 mars 2026
6 représentations événements
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Réservez vos places directement sur le site du Théâtre Montansier de Versailles : https://www.theatremontansier.com/event/six-personnages-en-quete-d-auteur/

Création – coproduction

 

Page dédiée / 6 personnages en quête d’auteur de Pirandello / billetterie :
https://www.theatremontansier.com/?s=pirandello

 

 

Six personnage en quête d’auteur de Pirandello,
mise en scène et direction musicale : Thomas Bellorini,
collaboration artistique : Hélène Madeleine Chevallier,
lumières : Marc Gingold et Thomas Bellorini,
son : Nicolas Roy
avec Samy Azzabi, Elisa Berr, Jérémy Breut, Xavier Brière, Antoine Cartier, Hélène Madeleine Chevallier, Stanislas Grimbert, Agathe Saliou, Marie Seguin, Zsuzsanna Varkonyi et deux enfants
coproduction Théâtre Montansier / Versailles, Compagnie Gabbiano,
avec le soutien du Centquatre-Paris
Théâtre Montansier
13 rue des Réservoirs – 78000 Versailles
01 39 20 16 00
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ORCHESTRE NATIONAL DES PAYS DE LA LOIRE. CD Korngold, Krenek, Schreker nommé aux BBC Music Magazine Awards 2026

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Après avoir été distingué par notre CLIC de CLASSIQUENEWS à sa parution à l’automne 2025, corolé à un somptueux concert à la Seine Musicale (octobre 2025), le CD révélant non sans une acuité superlative le génie des Viennois dont le jeune démiurge Korngold (dans sa prodigieuse Sinfonietta), vient d’être sélectionné par le BBC Music magazine (catégorie « orchestre ») pour les prochains BBC Music Magazine Awards 2026.

 

Sous la direction musicale de Sascha Goetzel, directeur musical de l’Orchestre national des Pays de la Loire, l’enregistrement ainsi distingué souligne dans une constellation cohérente le tempérament créatif de 3 compositeurs viennois : Korngold, Schrecker, Krenek. Organisés par le BBC Music Magazine, ces prix internationaux distinguent chaque année les meilleurs artistes, chefs et orchestres de la scène musicale mondiale. Cette nomination constitue une reconnaissance majeure du rayonnement artistique de l’ONPL, ainsi particulièrement convaincant pour le pilotage exaltant, inspirant de Sascha Goetzel.

extrait de notre critique du cd :
Engagé, détaillé, fervent, l’ONPL Orchestre National des Pays de la Loire
dévoile le génie flamboyant du jeune Korngold… Déjà perceptible et superbement articulée dès le Schreker, la texture scintillante de l’orchestre élargit par ses respirations et la richesse ondulante de son expressivité, le spectre sonore, dans un vortex musical qui se déploie sans cadre… Ici l’infini épouse la virtuosité d’une écriture souverainement poétique qui, croisée avec l’exubérance juvénile de Wolfgang Korngold, le bien nommé, produit un véritable miracle symphonique. Avant de composer son opéra Die Tote Stadt / La ville morte de 1914, fruit d’un génie de 17 ans, Korngold stupéfie auparavant en concevant sa Sinfonietta qui a l’ampleur et la puissance poétique d’une symphonie à part entière : 11 mn pour le premier mouvement, presque 15 pour le 4è et dernier.

 

 

 

VOTEZ

SUIVEZ l’enthousiasme de la Rédaction de CLASSIQUENEWS et VOTEZ pour reconnaître et souligner la qualité de l’enregistrement Korngold, Krenek, Schreker par l ‘ONPL Orchestre National des Pays de la Loire : https://onpl.fr/l-onpl-nomme-aux-bbc-music-magazine-awards/

 

PLUS d’infos sur le site de l’ONPL Orchestre National des Pays de la Loire : https://onpl.fr/l-onpl-nomme-aux-bbc-music-magazine-awards/

 

 

 

LIRE aussi

notre critique du CD Sinfonietta de Korngold par l’ONPL Orchestre national des Pays de la Loire :
https://www.classiquenews.com/critique-cd-evenement-schreker-ouverture-des-stigmatises-korngold-sinfonietta-krenek-potpourri-onpl-orchestre-national-des-pays-de-la-loire-sascha-goetze-direction-1-cd-bis/

Entre ces deux œuvres exubérantes, mais d’une indiscutable puissance poétique (surtout dans le cas de Schreker, véritable magicien des textures instrumentales comme des climats poétiques voire psychologiques), s’affirme le génie à part du jeune Erich Wolfgang Korngold (1897 – 1957), ici compositeur précoce prodigieux, seulement âgé de 15 ans … sa Sinfonietta de 1912 révèle une maîtrise de la forme, une exceptionnelle intelligence de l’orchestration, surtout une pensée musicale qui construit, organise les séquences dramatiques, varie pour exprimer, surprend pour émouvoir. La maîtrise de l’architecture et du sens s’incarne avec d’autant plus de force qu’ils sont servis par une parure orchestrale des plus raffinées, surexpressive, convoquant l’orchestre de Wagner, Richard Strauss et Mahler… Rien de moins (!).

 

 

notre critique du concert Korngold à la Seine musicale , le 16 octobre 2025. TCHAIKOVSKY : Concerto pour piano n°1 / soliste : Andreï Korobeinikov ; KORNGOLD : Sinfonietta… Orchestre National des Pays de la Loire, Sascha Goetzel, direction :

CRITIQUE, concert. LA SEINE MUSICALE, le 16 octobre 2025. TCHAIKOVSKY : Concerto pour piano n°1 / soliste : Andreï Korobeinikov ; KORNGOLD : Sinfonietta… Orchestre National des Pays de la Loire, Sascha Goetzel, direction

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ENSEMBLE INTERCONTEMPORAIN. sam 7, dim 8 mars 2026. « Musiques démesurées »… Canat de Chizy, Avramidou, Chambon,…

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Un lieu historique inspirant… Usine de papier, manufacture de couteaux,  » le Creux de l’Enfer  » (site perchée au-dessus des rapides de la rivière Durolle), est aujourd’hui (depuis 1988), une friche industrielle, écrin d’un centre d’art contemporain. Le Festival « Musiques démesurées », s’y déploie en 2026 sous le pilotage artistique du compositeur Mikel Urquiza, prenant à son compte dans une acte militant admirable, le slogan des femmes iraniennes qui s’opposent au dictat phallocratique et patriarcale des ayatollahs : « Femme, vie, liberté ».

 

En écho à la configuration du lieu, l’Ensemble intercontemporain propose dans ce cadre un programme où brillent 7 compositrices : pièces solos ou pour petit ensemble de chambre, sans omettre la création de la nouvelle pièce (chambrette) de la compositrice franco-finlandaise Sophia Chambon (pour flûte, violon, violoncelle, percussion… révélée le 23 janvier 2025 lors des concerts Émergences consacrés aux étudiants des classes de composition et d’interprétation du Conservatoire de Paris.

 

 

samedi 7 mars 2026, 15h
THIERS, Le Creux de l’enfer
programme repris en partie
dim 8 mars 2026, 11h
CLERMONT-FERRAND
RÉSERVEZ VOS PLACES, INFOS directement sur le site de l’Ensemble intercontemporain : https://www.ensembleintercontemporain.com/fr/concert/musiques-demesurees-2026-03-07-15h00-thiers/

 

distribution
Emmanuelle Ophèle, flûte
Samuel Favre, percussion
Jeanne-Marie Conquer, violon
Renaud Dejardin, violoncelle

 

 

programme

Edith CANAT DE CHIZY
Irisations, pour violon

Sofia AVRAMIDOU
La Légende de Saint-Martin, théâtre musical pour violoncelle
Scène VI, pour flûte

Claire-Mélanie SINNHUBER
Danses douces, pour violon et violoncelle

Betsy JOLAS
Épisode premier, pour flûte

Golfam KHAYAM
Lost Wind, pour flûte et percussions

Sophia CHAMBON
Nouvelle œuvre, pour flûte, violon, violoncelle et percussion

Agata ZUBEL
mono-drum, pour grosse caisse

Photo : Le Creux de l’Enfer © Vincent Blesbois

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CRITIQUE, opéra (en version de concert). TOULON, Palais Neptune, les 17 et 19 février 2026. WAGNER : Der Fliegende Holländer. A. Keremenditchiev, D. Herbert, B. Gunnel, T. Schabel… Orchestre de l’Opéra de Toulon, Victorien Vanootsen (direction)

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Le Vaisseau fantôme de Richard Wagner a fait escale au Palais Neptune de Toulon pour deux soirées (les 17 et 19 février). Dans l’attente de la réouverture de l’Opéra, c’est dans cette salle que s’est vécu un grand moment de lyrisme romantique. Sous la baguette inspirée du directeur musical de la maison varoise Victorien Vanoosten, l’Orchestre de l’Opéra de Toulon et le Chœur « maison », renforcé par celui de l’Opéra de Montpellier, ont offert une lecture passionnée de cette fresque de la rédemption.

Dès les premières mesures, la battue précise et énergique de Victorien Vanoosten a insufflé une tension dramatique immédiate. Le jeune chef, ancien assistant de Daniel Barenbom, confirme ici tout son talent pour le répertoire germanique . Il sculpte la partition avec des contrastes dynamiques saisissants, ménageant des silences calibrés qui laissent affleurer l’émotion la plus pure. Sous sa direction, l’orchestre articule le discours avec une clarté remarquable, accompagnant la progression dramatique jusqu’au dénouement libérateur.

La distribution réunie pour l’occasion mérite les plus vives louanges. Le Hollandais du bayton bulhgare Anton Keremidtchiev impressionne d’emblée par sa matière vocale ample et dense. Sa voix grave, solidement ancrée, confère au personnage maudit une stature hiératique sans jamais sacrifier la lisibilité de la ligne de chant. Par un jeu subtil d’inflexions retenues, il laisse percer une forme de vulnérabilité poignante. Face à lui, la Senta de Dorothea Herbert est une véritable révélation. La soprano allemande, habituée des emplois wagnériens, déploie un timbre clair et lyrique d’une beauté rare. Sa voix circule avec une aisance confondante entre les élans puissants et les passages plus intériorisés, faisant évoluer la couleur vocale au rythme de l’obsession de son personnage.

Brenden Gunnell incarne un Erik au récit d’une articulation précise et mélodieuse. Son timbre, d’abord doux, se charge d’un grain plus sombre dans les moments de tension, avec un sens remarquable de la continuité expressive. Le Daland de Tobias Schabel séduit par sa basse grave et son timbre ouvert, tandis que Ahlima Mhamdi compose une Mary au timbre chaud et rond, créant un équilibre parfait avec les chœurs féminins. Enfin, le Timonier de Matthieu Justine apporte une touche de légèreté bienvenue : sa voix aisée et sa prononciation soignée illuminent chacune de ses interventions.

Les chœurs, impeccablement préparés par Christophe Bernollin et Noëlle Gény, méritent une mention spéciale : la masse compacte des hommes contraste magnifiquement avec le lyrisme affirmé des voix féminines, restituant à merveille l’atmosphère maritime de l’ouvrage. Au terme de cette traversée haletante, la salle attentive a éclaté en applaudissements nourris pour saluer l’ensemble des forces réunies.

 

 

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CRITIQUE, opéra (en version de concert). TOULON, Palais Neptune, les 17 et 19 février 2026. WAGNER : Der Fliegende Holländer. A. Keremenditchiev, D. Herbert, B. Gunnel, T. Schabel… Orchestre de l’Opéra de Toulon, Victorien Vanootsen (direction). Crédit photographique © Aurélien Kirchner

 

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ENTRETIEN avec Bruno MANTOVANI, directeur artistique du Printemps des Arts de Monte-Carlo, à propos de l’édition 2026…

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ENTRETIEN avec BRUNO MANTOVANI, directeur artistique du Printemps des Arts de Monte-Carlo, à propos de l’édition 2026… Nouveau cycle « Utopies », mise en avant des partitions et des interprètes, recherche constante du « sens », continuité et renouvellement, Bruno Mantovani précise en quoi le Festival défend une singularité saisissante, complémentaire aux autres institutions musicales à Monaco.

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Photo : Bruno Mantovani DR

 

CLASSIQUENEWS : Comment s’inscrit cette nouvelle édition par rapport aux précédentes ?

Bruno Mantovani : Elle reprend à la fois certains principes des éditions passées comme les cartes blanches à des solistes ou groupes de musique de chambre, et une forte thématisation mais ouvre un  cycle que j’ai intitulé « Utopies ». C’est donc un nouveau chapitre du festival qui débute avec cette programmation axée sur les principaux enjeux compositionnels que nous déclinerons pendant plusieurs années.

 

 

CLASSIQUENEWS : Pourquoi avoir choisi de mettre en lumière l’instrument ? Qu’avez-vous souhaité exprimer et partager ? De quelle façon s’invitent aussi la place et l’activité de l’interprète ?

Bruno Mantovani : L’évolution de l’organologie accompagne celle des langages. Si Maurice Ravel avait disposé uniquement du piano de Beethoven, il n’aurait jamais pu écrire certaines oeuvres. Si les violonistes jouaient exclusivement des cordes en boyaux, ils ne pourraient pas atteindre la puissance sonore nécessaire pour la musique contemporaine par exemple. Le tout est de proposer les bons interprètes pour les bons répertoires et les instruments les plus adéquats dans une volonté de placer les oeuvres au centre de la réflexion générale.

 

CLASSIQUENEWS : Quels parcours sonores, quelles expériences pour le festivalier s’annoncent à travers entre autres, les concerts du pianiste J.F. Neuberger ou des Ambassadeurs ?

Bruno Mantovani : Jean-Frédéric Neuburger va nous permettre d’explorer différents types de virtuosité à travers un très large répertoire et nous réfléchirons avec lui à la notion d’étude. Les Ambassadeurs, eux, présenteront plusieurs concertos pour claviers qui nous feront mieux comprendre le passage du clavecin au piano à la fin du 18ème siècle. Il y aura, je suis sûr, énormément de découvertes pour notre public.

 

CLASSIQUENEWS : Qu’apporte votre expérience de chef, de compositeur, dans la direction du Festival ?

Bruno Mantovani : Pour moi, le programmateur, le compositeur, le chef d‘orchestre, le directeur d’institutions se nourrissent mutuellement. C’est la notion de rhétorique qui est au centre de ma vie, elle s’exprime de façons multiples selon que j’écrive ou que je mette en relation des oeuvres d’époques différentes. Mais j’aime ce qui a du sens.

 

CLASSIQUENEWS : La diversité des formes, des effectifs, des sensibilités invitées chaque année, enrichit chaque édition du Printemps des Arts. De quelle façon ce fourmillement prolonge-t-il l’histoire et l’identité du Festival ?

Bruno Mantovani : La mission du Printemps des arts est de proposer de l’inédit, de l’inouï. Il y a déjà de magnifiques institutions musicales en Principauté avec notamment l’Opéra ou l’Orchestre Philharmonique…, le festival est là pour faire entendre encore autre chose. Il est aussi un laboratoire.

 

les œuvres sont
les héroïnes de cette programmation

 

CLASSIQUENEWS : Dans quelle direction un festival dans l’époque qui est la nôtre, doit-il s’orienter ?

Bruno Mantovani : Le Printemps des arts est une institution qui se pose la question du sens et qui résiste au star-system actuel qui touche trop souvent la musique savante occidentale. Ce sont les oeuvres qui sont les héroïnes de cette programmation.

 

CLASSIQUENEWS : Une anecdote ou un souvenir emblématique de la pérode où vous avez préparé et conçu la programmation 2026 ?

Bruno Mantovani : Elaborer une programmation est aussi une aventure humaine. Parmi les anecdotes, j’ai croisé Jean-Frédéric Neuburger l’été dernier dans un festival où je dirigeais la musique de Pierre Boulez. Il est venu me dire qu’il n’avait pas réalisé combien nos projets monégasques étaient d’une densité extrême et relevaient plus d’une suite de marathons que d’un paisible voyage musical ! Mais c’est un homme de défi et je pense qu’au fond, il est très heureux de le relever !

 

Propos recueillis en février 2026

 

 

 

 

présentation

LIRE aussi notre présentation de la 42ème édition du Printemps des Arts de Monte-Carlo 2026 : https://www.classiquenews.com/42eme-festival-printemps-des-arts-de-monte-carlo-11-mars-19-avril-2026-utopies-opus-1-80-oeuvres-50-compositeurs-12-creations-mondiales/

Intitulée « Utopies – opus 1 », la 42ème édition du Printemps des Arts de Monte-Carlo propose plus 80 œuvres de 50 compositeurs différents, interprétées par plus de 260 artistes. 12 créations mondiales seront présentées au public. Le Festival 2026 promet bien des (re)découvertes en questionnant en particulier les instruments. Le Festival 2026 inscrit davantage dans la programmation, cette quête du sens si rare de nos jours ; il amorce un nouveau cycle  » Utopies  » (qui engage un questionnement sur les enjeux de la composition), tout en promettant surprises, découvertes, partages…

 

 

 

42ème Printemps des Arts de Monte-Carlo : 11 mars – 19 avril 2026. « UTOPIES – opus 1 » : 80 œuvres, 50 compositeurs, 12 créations mondiales…

 

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ORCHESTRE LAMOUREUX. Rêveries, ven 13 mars 2026. Mélodies de Lili et Nadia Boulanger, Marie Jaell, Pauline Viardot…Marie-Laure Garnier, Hugues Borsarello, violon et direction

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L’Orchestre Lamoureux dévoile les joyaux d’un « matrimoine » enchanteur, d’autant mieux défendu que l’Orchestre parisien choisit une formation spécifique : chaque mélodie ainsi révélée a été spécialement réorchestrée pour ensemble à cordes. La sélection souligne l’inspiration des grandes compositrices françaises, chacune, douée d’un imaginaire et d’une sensibilité majeurs : les délicieuses et si raffinées sœurs Boulanger (Lili et Nadia) ; la passionnée et très lisztéenne Marie Jaell…

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Photo DR

 

 

 

 

sans omettre, le tempérament expressif taillé pour le théâtre de la cantatrice Pauline Viardot (égérie de tant de compositeurs dont Berlioz…) : sa scène d’Hermione exprime tous les sentiments passionnés du cœur humain… en particulier les désirs et les espoirs de la princesse Atride, fiancée d’Oreste, épouse de Néoptolème, le fils infidèle d’Achille…
Le parcours musical convoque aussi les œuvres de leurs contemporains, Gabriel Fauré, Claude Debussy et Guillaume Lekeu, autres piliers et acteurs d’une époque foisonnante en créativité et audace…

L’objectif de cette soirée est de proposer une nouvelle écoute de ce matrimoine musical, en mettant en lumière la richesse harmonique, la modernité, la puissance expressive de ces œuvres, replacées dans le contexte de leurs contemporains (dont Fauré et Lekeu, deux artisans majeurs du raffinement francais).

 

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Orchestre Lamoureux
PARIS, Salle Cortot
Rêveries…
Vendredi 13 mars 2026, 20h
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’Orchestre Amoureux : https://orchestrelamoureux.com/concerts/contes-en-musique/

 

distribution & programme
Hugues Borsarello, direction et violon solo
Marie-Laure Garnier, soprano
Lili Boulanger (1893-1918),
Dans l’immense tristesse
D’un matin de printemps
Nocturne
Nadia Boulanger (1887-1979),
Cantique
Gabriel Fauré (1845-1924),
Berceuse
Guillaume Lekeu (1870-1894),
Adagio
Henriette Puig-Roget (1910-1992),
Chinoiserie et Ariette
Marie Jaëll (1846-1925)
Der Sturm
Die Wang ist blass
Pauline Viardot (1821-1910),
Scène d’Hermione

 

 

Informations pratiques
01 58 39 30 30
[email protected]
www.orchestrelamoureux.com
Salle Cortot
Rue Cardinet
 – Paris (17e ardt)

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ENTRETIEN avec le chef Sebastian LANG-LESSING à propos des 7 derniers Lieder de Richard Strauss

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Révélation de ce début d’année 2026, le cycle de lieder orchestraux le plus joué au monde, crée l’évènement dans sa nouvelle forme complète… Les derniers Lieder de Richard Strauss ne sont plus 4, 5 mais bien 7, formant désormais un parcours poétique et musical dont la profonde cohésion fait sens. Hymne à la vie et donc à la mort, les 7 derniers lieder orchestraux de Richard Strauss recueillent toute la science, l’expérience du maître bavarois, son testament spirituel que la nouvelle parure ainsi restituée magnifie enfin pleinement. Le chef Sebastian Lang-Lessing qui a travaillé avec le compositeur Oliver Gruhn pour ce faire, témoigne des apports d’une telle entreprise ; il évoque le sens nouveau d’un cycle renouvelé en 7 séquences (en particulier la couleur spécifique de « Nacht »), tout en précisant son travail pour l’enregistrement du cd qui en est l’un des aboutissements les plus convaincants.

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Sebastian Lang-Lessing – photo © Natalia Sun

 

 

CLASSIQUENEWS : Quelle est votre vision et votre compréhension du cycle des « Quatre derniers lieder »? Selon vous, en quoi est-il légitime ou important de compléter le cycle connu ?

Sebastian Lang-Lessing : Le titre des  » Quatre derniers Lieder » n’est pas de Richard Strauss lui-même, mais une appellation choisie par l’éditeur pour des raisons essentiellement pratiques et commerciales. Il est important de rappeler que ce titre n’existait pas lors de la création mondiale du cycle. Les recherches approfondies de plusieurs musicologues, ainsi que les travaux du compositeur Oliver Gruhn, montrent clairement que Strauss pensait de manière beaucoup plus large et plus structurée à la fin de sa vie. Il ne s’agissait pas simplement de quatre chants isolés, mais d’un véritable parcours spirituel et poétique autour de la fin de l’existence.
Compléter le cycle, ce n’est donc pas le trahir : c’est au contraire tenter de se rapprocher de l’intention profonde de Strauss, de son ultime regard sur la vie, la mort et la réconciliation intérieure.

 

CLASSIQUENEWS : Le plan à 7 lieder modifie-t-il la dramaturgie et l’architecture du cycle ? Quelle en est la nouvelle signification poétique ? Quels thèmes de Hermann Hesse Strauss développe-t-il particulièrement ?

Sebastian Lang-Lessing : l’intégration des 3 nouveaux lieder : « Ruhe, meine Seele, Nacht et Malven » transforme profondément la dramaturgie du cycle. On passe d’une vision souvent perçue comme contemplative et lumineuse à un cheminement plus intérieur, plus intime, et surtout plus humain.
Ces trois lieder révèlent un artiste qui accepte progressivement la fin de la vie, sans pathos, et avec une grande lucidité.  » Nacht  » en particulier, me semble être l’un des textes les plus personnels que Strauss ait mis en musique : c’est presque la confession d’un musicien arrivé au terme de son parcours.
Chez Hermann Hesse, Strauss souligne avec une grande finesse les thèmes de l’acceptation, du silence, de la sagesse liée à l’âge et du détachement. « Malven » , par son symbolisme délicat, incarne cette paix intérieure, cette sérénité acquise après une vie pleinement vécue.

 

CLASSIQUENEWS : En quoi les trois pièces ajoutées, et surtout « Nacht » vous inspirent-elles ? Quels sont les défis pour l’orchestre ? Que nous révèle ce nouveau cycle du dernier Strauss ?

Sebastian Lang-Lessing : « Nacht » est devenu pour moi le centre émotionnel et spirituel de l’ensemble du cycle. Sa simplicité apparente, sa profondeur expressive et son climat sombre mais apaisé portent le message essentiel de cette musique : lorsqu’on accepte la fin, on accède à une forme de paix éternelle.
Pour l’orchestre, le défi est immense : il faut jouer avec une extrême retenue, une respiration collective presque chambriste, sans jamais perdre la tension intérieure. Chaque couleur, chaque silence compte.
Avec ces trois lieder supplémentaires, le cycle me paraît enfin achevé, équilibré et profondément cohérent. Il nous dévoile un Strauss dépouillé, sincère, presque fragile, et d’une vérité bouleversante.

 

CLASSIQUENEWS : Comment s’est déroulé le travail avec le compositeur Oliver Gruhn ? Sur quels aspects avez-vous mis l’accent ?

Sebastian Lang-Lessing : Oliver Gruhn et moi nous connaissons depuis le début de nos carrières musicales. Nous avons déjà collaboré, notamment lors de la création de son Concerto pour trombone et orchestre à Rostock. Nous partageons une passion profonde pour la musique de Richard Strauss et pour l’art du Lied orchestral. Oliver s’inscrit clairement dans la tradition straussienne, tout en la prolongeant au XXIᵉ siècle. Son langage musical est naturel, lyrique et profondément romantique — au sens le plus noble et le plus sincère du terme. Notre travail s’est concentré sur la continuité stylistique, la transparence orchestrale, le respect absolu du texte, afin que ces nouvelles pages s’intègrent organiquement au cycle existant.

 

CLASSIQUENEWS : Avez-vous une anecdote ou un souvenir marquant des sessions d’enregistrement du CD ?

Sebastian Lang-Lessing : Oui, un moment reste particulièrement gravé dans ma mémoire. À la fin d’une longue journée d’enregistrement, nous avons abordé « Nacht ». Après la dernière note, un silence profond s’est installé dans la salle — un silence rare, presque sacré. Nous avons tous eu le sentiment très fort que Richard Strauss était présent parmi nous. Cette première prise était d’une justesse et d’une intensité extraordinaires, presque irréelles. Le lendemain, nous n’avons pratiquement rien modifié. C’était un moment de véritable création, de grâce partagée, comme si la musique s’était imposée à nous d’elle-même.

 

Propos recueillis en février 2026

 

 

LIRE aussi notre ENTRETIEN avec le compositeur OLIVER GRUHN : les 7 lieder de Richard Strauss : https://www.classiquenews.com/entretien-avec-oliver-gruhn-a-propos-de-version-des-7-derniers-lieder-de-richard-strauss/

 

ENTRETIEN avec Oliver GRUHN à propos de sa version des 7 derniers Lieder de Richard Strauss

 

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CRITIQUE, danse. MONTPELLIER, Opéra Berlioz, les 18 février 2026. Thierry MALANDAIN : Les Saisons (d’après A. Vivaldi et G. A. Guido) par le Malandain Ballet Biarritz.

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Créé en novembre 2023 au Festival International de danse de Cannes, le ballet de Thierry Malandain “Les Saisons” fait escale à l’Opéra Berlioz de Montpellier, dans le cadre de la riche Saison 25/26 de Montpellier Danse / CCN Occitanie, désormais dirigés par le quatuor composé par Jann GALLOIS, Dominique HERVIEU, Pierre MARTINEZ et Hofesh SHECHTER.

 

Avec cette pièce, Thierry Malandain signe une œuvre magistrale, une ode à la fois gracieuse et puissante à notre humanité et à la nature qui nous entoure. Le pari était pourtant audacieux, presque risqué : entremêler les célébrissimes Quatre Saisons d’Antonio Vivaldi avec celles, bien plus méconnues, de son contemporain Giovanni Antonio Guido. Le résultat est d’une intelligence rare : dès le lever du rideau, le choc est visuel. La scène de l’Opéra Berlioz doit être sublime avec ce décor hypnotique signé Jorge Gallardo : un mur de pétales noirs monumentaux, baigné d’une lumière clair-obscur d’où émergent les vingt-deux danseurs de la troupe. C’est un tableau d’une beauté saisissante, une invitation à pénétrer dans un monde à la fois familier et onirique.

Ce qui frappe immédiatement, c’est l’extraordinaire musicalité de la chorégraphie. Thierry Malandain puise ici dans la moelle même des partitions, qu’elles soient archi-connues ou baroques, pour en révéler l’essence rythmique et émotionnelle  Sur la bande sonore pré-enregistrée (par l’Orchestre de l’Opéra Royal de Versailles), les corps des danseurs du Malandain Ballet Biarritz se font l’incarnation parfaite de la musique. On passe avec une fluidité confondante des grands jetés virtuoses et des rondes endiablées évoquant un folklore idéalisé, aux menuets élégants et aux figures plus graphiques d’une précision d’orfèvre. L’alternance entre les Saisons de Vivaldi et celles de Guido est magnifiquement mise en scène. Aux tableaux d’ensemble puissants et collectifs répondent des pas-de-deux d’une élégance folle, où les danseurs, parés de costumes chatoyants (jupes à panier, longs gilets), semblent tout droit sortis d’un tableau de Watteau.

Mais Les Saisons n’est pas qu’un simple exercice de style. Derrière la beauté formelle, le propos est profond, presque crépusculaire. Malandain, qui explore depuis longtemps le rapport de l’homme à la nature, ne nous épargne pas. Entre chaque saison, surgissent d’étranges et majestueuses créatures. D’abord seul, puis en duo, trio et quatuor, le charismatique Hugo Layer apparaît, le bras prolongé d’un long pétale noir, tel un spectre annonciateur de mauvais augures. Ces êtres ailés, en justaucorps couleur chair, semblent affaiblis, porter le deuil d’un monde qui vacille. Les corps, happés par le sol, les têtes basses, disent l’inquiétude d’une humanité chancelante face aux menaces qui pèsent sur le cycle du vivant.

Pourtant, il n’y a ici aucun didactisme lourd. La force de Malandain est de laisser parler la subtilité et la beauté. Ce n’est pas un discours, c’est une sensation. On oscille entre l’allégresse des rondes printanières et l’angoische diffuse de ces apparitions spectrales. Et lorsque, pour le tableau final, tous les danseurs revêtent ces justaucorps et brandissent une feuille mourante au bout des doigts, le message, universel, nous saisit en plein cœur. C’est une vision à la fois inquiète et lumineuse, qui dit le danger mais aussi la promesse d’un renouveau, la force du collectif.

Les Saisons consacre une fois de plus l’exceptionnel talent de Thierry Malandain, chorégraphe académicien au style néoclassique inimitable, et l’excellence de sa troupe basque, techniquement irréprochable et artistiquement généreuse, dont on se laisse aisément emporter par le tourbillon d’élégance, de virtuosité et d’émotion qu’il constitue. C’est un grand moment de danse, un de ceux qui vous rappellent pourquoi cet art est si essentiel.

 

 

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CRITIQUE, danse. MONTPELLIER, Opéra Berlioz, le 18 février 2026. Thierry MALANDAIN : Les Saisons (d’après A. Vivaldi et G. A. Guido). Malandain Ballet Biarritz. Crédit photographique © Olivier Houeix

 

 

VIDEO : Teaser des « Saisons » de Thierry Malandain par le Malandain Ballet Biarritz

 

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CRITIQUE, concert. MARSEILLE, Théâtre national de la Criée, les 17 et 18 février 2026. Récital d’Alexandre KANTOROW (Beethoven, Chopin, Scriabine…)

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Dans le cadre de sa saison 25/26, l’association Marseille Concerts avait convié le public phocéen à ce qui s’annonçait comme l’un des moments forts de l’année : un récital du prodige français du piano, Alexandre Kantorow. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’événement a tenu toutes ses promesses, et bien au-delà !

 

Fidèle à sa mission de diffusion de la musique classique sur le territoire marseillais, dirigé artistiquement par Olivier Bellamy (qui présente chaque concert…), Marseille Concerts s’attache à inviter les plus grands talents internationaux dans des lieux d’exception : le Théâtre national de La Criée, archi-comble pour cet événement, en était la plus belle illustration. Le public, un mélange d’habitués éclairés et de jeunes mélomanes venus acclamer celui que l’on surnomme déjà le « Tsar du piano » bouillonnait d’impatience. Et comment pourrait-il en être autrement ? Alexandre Kantorow, véritable étoile du piano mondial, n’est plus seulement un espoir : il est désormais une référence. Par sa technique sidérante, sa musicalité profonde et son charisme scénique, il s’impose aujourd’hui comme l’un des tous grands maîtres de son instrument, perpétuant avec éclat la grande école pianistique française.

Le programme, d’une exigence redoutable, était à son image : un défi pianistique et spirituel. La soirée s’ouvrit avec la transcription par Franz Liszt des variations « Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen » de Bach (S. 180). D’entrée, Kantorow imposa sa vision, faisant chanter le choral avec une ferveur religieuse, avant de déchaîner des tempêtes de douleur contenue. Ce fut un prélude grave et solennel, d’une noblesse rare, qui installa d’emblée le concert sous le signe du sacré. Vint ensuite la Sonate op. 5 de Nikolaï Medtner, une œuvre labyrinthique et d’une complexité rythmique folle. Là où beaucoup se perdent, Kantorow trouva une clarté lumineuse. Il déjoua tous les pièges de cette partition touffue avec une aisance déconcertante, faisant surgir des paysages sonores tantôt bucoliques, tantôt dramatiques. Ce fut une plongée fascinante dans un répertoire trop rarement joué, servi par un artiste qui en possède tous les secrets. Pour clore cette première partie, un court intermède de Frédéric Chopin : le Prélude Op. 45. Après la complexité de Medtner, ce fut un moment de grâce suspendue, une respiration. Kantorour en révéla toute l’introspection, avec un toucher d’une délicatesse infinie, comme une confidence murmurée au public médusé.

Après un entracte où l’on sentait la salle électrisée par ce déjà entendu, le pianiste revint pour une seconde partie placée sous le signe des forces obscures et de la lumière. Il attaqua avec « La Chanson de la folle au bord de la mer » d’Alkan, page d’anthologie du romantisme noir. Son interprétation fut hallucinée, d’une folie douce et poignante, où les notes semblaient vaciller comme une flamme dans le vent. Puis ce fut « Vers la flamme » de Scriabine. Kantorow construisit une progression d’une tension insoutenable, un véritable vortex sonore partant d’un murmure mystérieux pour exploser dans un embrasement final. La salle retint son souffle, comme suspendue au-dessus d’un abîme. Enfin, arriva le sommet  de la soirée: la Sonate pour piano n°32 op. 111 de Ludwig van Beethoven. Le dernier testament sonore du maître de Bonn. Dans le premier mouvement, Kantorow fit preuve d’une violence contenue, d’une rigueur rythmique implacable, presque tellurique. Puis vint l’inénarrable deuxième mouvement, l’Arietta. Là, le temps s’est arrêté. Sous ses doigts, ce thème d’une simplicité divine s’est mué en une méditation transcendante. Les variations se sont déployées avec une évidence organique, jusqu’à ces dernières pages d’une sérénité absolue, suspendues hors du temps. La note finale s’éteignit dans un silence plus fort que tous les applaudissements, un silence habité, recueilli. Puis ce fut l’explosion : une ovation debout, longue, chaleureuse, à la mesure du génie qui venait de se livrer. En guise de conclusion, Alexandre Kantorow termina son récital avec le compositeur qui l’avait ouvert, avec une interprétation a faire pleurer des pierres de « La mort d’Isolde » extraite de Tristan und Isolde de Richard Wagner dans un transcription de Franz Liszt.

Cette soirée restera gravée comme un moment d’exception, mais Marseille Concerts nous prépare de nouveaux chocs musicaux. Ne manquez pas ainsi la venue de la prodigieuse Arielle Beck le 15 mars ou d’Alain Planès le 29 mars, la « Soirée Dvorak » le 27 avril, ou encore le Quatuor Hanson le 30 mai !

 

 

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CRITIQUE, concert. MARSEILLE, Théâtre national de la Criée, le 17 février 2026. Récital d’Alexandre KANTOROW (Beethoven, Chopin, Scriabine…). Crédit photo (c) Emmanuel Andrieu

 

 

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CRITIQUE, ballet. PARIS, Palais Garnier, le 14 février 2026. PRELJOCAJ : Le Parc. G. Diop, D. Gilbert… Orchestre de chambre de Paris, Zoe Zeniodi (direction)

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Le jardin peut être un labyrinthe, une broussaille charmante ou un carré de buis taillé soigneusement que l’on admire de loin. Cet espace à la fois de mystère et d’élucidation, de fuite et de rencontres fascine dans son étendue sombre ou lumineuse entre les apartés du soleil perçant les feuilles translucides des feuillus inertes. Conçu en 1994, dans une époque de renouveau chorégraphique et musical, Le Parc d’Angelin Preljocaj porte en lui l’ambiguïté et le désir au bord du « camp » des peintures de Fragonard. Le Parc est une narration qui débute par un marivaudage et finit par un pas de deux iconique, peut-être un des plus beaux de toute l’histoire de la danse.

 

Le Palais Garnier en temple absolu de Terpsichore ouvre son grand carré scénique pour que ce Parc puisse nous faire vibrer de toute sa puissance et son onirisme fantastique. Preljocaj réussit, plus de trente ans après, à fasciner et à toucher par l’ample éventail des émotions qui s’y développe et se transforme comme une aile lépidoptère incandescente et nuancée. Le choix et la dramaturgie des musiques de W. A. Mozart est adroit et parfaitement en accord avec la construction du ballet. En revanche, ce sont les créations sonores de Goran Vejvoda qui semblent ici un peu hors sujet et surtout à l’écriture désormais dépassée. La chorégraphie et la présence des jardiniers en grand ordonnateurs de la narration est une idée formidable mais l’illustration musicale de ces épisodes ne convainc pas. Et c’est bien dommage, parce que leur apparition dans « Le rêve » au début du troisième acte est d’une rare beauté avec une Dorothée Gilbert en somnambule à la fois frêle et hiératique dans son rêve sous les étoiles.

Le Parc déroule son parcours amoureux avec la troupe des étoiles et premières et premiers de l’Opéra. Avec une belle cohérence et un sens de la musique qui paraît évident alors que certains des extraits de concerti et des divertimenti de Mozart n’apparaissent en surface que comme des pièces de circonstance, ici ces petits bijoux deviennent des évidences qui emportent le parcours initiatique dans ce jardin merveilleux. Les danses à 7 tiennent une place de flamboyants divertissements dignes des plus belles Fêtes Galantes, surtout avec les admirables costumes de Hervé Pierre. Tout dans Le Parc est pictural et superbe. Cependant c’est le dernier pas de deux sur l’Adagio en fa dièse du Concerto pour piano n°23 en la majeur qui rend ce ballet unique en son essence.

Dansé formidablement bien par Guillaume Diop et Dorothée Gilbert, ce pas de deux est bouleversant à la fois dans son dépouillement et sa sincérité. L’amour y est exposé dans son intimité et sa pureté au même niveau que le chant feutré de Mozart. On est saisi, emporté dans un torrent puissant de tendresse, jamais gâché par un surplus de désir, c’est l’amour dans sa plus pure essence, un sentiment irrépressible, impondérable mais simple. Guillaume Diop et Dorothée Gilbert ont su transmettre cette puissance par une maîtrise parfaite de la chorégraphie et une grâce magique dont la dynamique surgit naturellement de leur complicité.

Dans la fosse du Palais Garnier, la cheffe Zoe Zeniodi transmet chaque geste musical avec une belle clarté et une présence précise mais pas du tout écrasante. L’Orchestre de chambre de Paris est dans un répertoire qui lui va comme un gant, sans forcer les nuances et avec un dynamisme enthousiasmant.

A la fin, nous repartons vers les lampions de l’Avenue de l’Opéra avec le sentiment profond d’avoir poursuivi les rives du Tendre et les explorer tel Georges Moustaki: « On voit dans le jour qui se lève, s’ouvrir tout un pays de rêve, le tendre pays des amants.« 

 

 

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CRITIQUE, ballet. PARIS, Palais Garnier, le 14 février 2026. PRELJOCAJ : Le Parc. G. Diop, D. Gilbert… Orchestre de chambre de Paris, Zoe Zeniodi (direction). Crédit photo (c) Julien Benhamou / Opéra nationzl de Paris

 

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CRITIQUE, récital lyrique. PARIS, le Bal Blomet, le 13 février 2026. « Opéra et + si affinités ». Chantal Santon Jeffery (soprano,) Pierre-Yves Plat (piano)

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La soprano Chantal Santon Jeffery a réussi une prouesse musicale, artistique et technique que nul autre n’avait aussi bien mené jusque-là. Accompagnée du virtuose pianiste de jazz et de boogie Pierre-Yves Plat, les deux artistes ont donné au Bal Blomet un récital spectaculaire allant de Mozart à Barbara, Barbara Streisand à Offenbach, et de Cole Porter à Britney Spears ! Au Bal Blomet où se sont succédé depuis les années 20 les plus grands noms du jazz s’est produite le 13 février une grande dame de l’art lyrique que nous avons alors découvert être une grande dame du jazz, de la chanson, et de la voix tous répertoires confondus à nulle autre pareille. Non seulement tout était bon mais tout était beau, avait un sens, une justesse, comme si ce récital admirablement construit était une histoire dont chaque air ou chanson est un paragraphe.

 

Chantal Santon Jeffery était déjà ouverte à tous les répertoires lyriques. De Purcell à la création contemporaine, en passant par Wagner et les opéras français inconnus exhumés par le Palazzetto Bru Zane, on disait déjà d’elle qu’elle savait tout faire sans jamais trahir son exigence et ses qualités vocales. Nous avons pris conscience de la liberté totale de l’instrument et de l’art de Chantal Santon Jeffery lorsqu’après une version lyrique de Porgy and Bess, elle reprend entièrement le thème sous sa forme de standard pour en donner une version swing du tonnerre où nous défions quiconque de rester immobile sur sa chaise. Véritable acrobate de la voix, elle utilise à bon escient chaque technique vocale pour le répertoire adapté, du belting aux suraigus de la Reine de la nuit.

Le programme repose sur des couples d’airs, classiques et jazz qui se construisent sur une même harmonie, une même tonalité ou une même signature rythmique. Pierre Yves Plat passe d’un à l’autre avec une déconcertante fluidité qui fait qu’on ne sait plus vraiment si l’on écoute « Voi che Sapete » de Mozart ou « I’m just a Gigolo »de Louis Prima. Les liens musicaux et textuels sont très finement trouvés avec beaucoup d’humour. On sent de la part des deux artistes, en plus de leurs immenses talents, beaucoup d’intelligence. Le programme va crescendo, l’écart entre les pièces classiques et jazz devient de plus en plus surprenant et le résultat qui en découle nous met dans un état d’excitation et de joie peu communs.

Chantal Santon Jeffery a une remarquable façon de chanter chaque mot de telle façon qu’on en comprenne le sens profond. Elle incarne pleinement ce qu’elle dit de Barbara à la Reine de la nuit. Sans être jamais diva, l’immense prouesse technique de ce tour de chant n’est ni démontrée ni ressentie. Elle chante comme Fred Astair danse aussi simplement que s’il était emporté par l’amour et non pas par le travail. À propos de la scène, Chantal Santon Jeffery n’est jamais statique : elle se meut avec élégance sur la musique, avec les mots, de manière naturelle ou théâtrale quand elle veut incarner Carmen ou Chérubin. Son corps est libre, elle danse, nous regarde, se tourne vers le pianiste, comme les meilleurs chanteurs de chanson française.

Cette première donnera, nous l’espérons, suite de nombreuses autres représentations. Destiné à tous les publics, grands mélomanes de l’opéra ou simples fans de chanson, ce spectacle doit faire son Tour de France pour apporter à tous ceux qui le verront une heure et demie de joie, de texte, de littérature, de musique, de voix et d’art. La prochaine représentation est prévue à Igny, dans la salle culturelle des Ruchères, samedi 14 mars, alors à vos agendas !…

 

 

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CRITIQUE, récital lyrique. PARIS, le Bal Blomet, le 13 février 2026. « Opéra et + si affinités ». Chantal Santon Jeffery (soprano,) Pierre-Yves Plat (piano). Crédit photographique (c) Droits réservés

 

 

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CRITIQUE, concert. METZ, Arsenal, le 14 fév 2026. VICTORIA : Missa Salve Regina, motets [1572]. La Grande Chapelle, Albert Recasens [direction]

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Œuvre de la Renaissance ou du Premier Baroque, celui annonciateur de la Contre Réforme ? Esthétique du XVIème ou du XVIIème? Albert Recasens et ses solistes de La Grande Chapelle réalisent une voie médiane très juste au carrefour des deux siècles. L’écriture de Victoria s’en trouve régénérée, d’un équilibre souverain qu’humanise une activité millimétrée dans les choix vocaux. Le chef sait mesurer une remarquable caractérisation vocale, prémisses des passions Baroques sans jamais sacrifier l’équilibre solaire et circulaire d’un Victoria aussi apollinien que Bach. Le vitrail musical qui s’en dégage, édifie une prouesse sonore qui saisit par sa cohésion comme son sens superlatif des détails…

 

 

Aux 5 séquences liturgiques [qui composent la Missa Salve Regina proprement dite: Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus, Agnus], Albert Recasens ajoute pas loin de 6 motets qui datant des années 1570, attestent avec éclat de la précocité géniale du jeune Victoria. Un tempérament saisissant capable d’aspirer et de comprendre le meilleur de ses contemporains. Il y a certes l’héritage de Palestrina mais le nerf et le sang ardents qui jaillit dans chaque séquence, militent en faveur d’un Victoria déjà habité par l’or des sentiments. La ferveur superbement incarnée est celle de croyants conquérants, habités par une langueur sereine et confiante, emplis d’une certitude rayonnante, suspendue. Pas encore de doute mais une suavité raffinée, et l’éclat (solaire) des témoins de miracles célestes : la riche polyphonie dont Victoria détient le secret, convoque ce sentiment d’équilibre et de plénitude qui saisit les spectateurs du début à la fin.

 

 

 

 

La Grande Chapelle à l’Arsenal de Metz

Intimiste et spectaculaire
l’éloquente polyphonie de Victoria

 

Le souci d’éloquence, surtout cette caractérisation subtile de l’écriture musicale fusionnée au sens du texte, qui se singularise pour chaque phrase, sont le propre d’un Victoria déjà madrigalesque à l’égal des plus grands italiens. La diversité des formations, le jeu constant des contrastes, et dans le geste si millimétré de La Grande Chapelle, cette accentuation orfévrée de chaque mot, relève de facto d’un pur génie musical ; très subtile caractérisation qui affleure [et approche] la dramatisation du texte assumée chez les madrigalistes italiens contemporains.

Il revient aux interprètes en particulier à la direction précise, efficace, claire d’Albert Recasens, ce geste fluide et naturel qui insuffle à l’ensemble du programme une vitalité constante. Tant d’engagement mesuré exprime la puissance et la justesse de l’approche ; chaque pièce ainsi investie et habitée trouvant un juste équilibre entre l’abstraction suspendue, l’énergie circulaire de l’architecture polyphonique et déjà, la tentation [pré baroque] d’une individualisation dramatique de chaque partie. A ce titre le geste s’avère exemplaire. À 4, 5, 6 et à 8, le texte n’est jamais dilué et la lisibilité de la trame polyphonique, continûment préservée.

Cette lecture s’inscrit dans une série particulièrement aboutie que porte le directeur musical de La Grande Chapelle, musicologie autant qu’interprète. Pour chaque programme et souvent chaque enregistrement simultané, le chef questionne le sens du texte et les moyens de l’exprimer avec naturel et clarté. Ces derniers albums discographiques soulignent la justesse et le sérieux de la préalable : José de Nebra, Antonio Rodriguez de Hita, La mentabatur Iacob… autant de réalisations qui ont décroché légitimement le CLIC de CLASSIQUENEWS (lire en fin d’article).

Albert Recasens s’informe au plus près des sources, dans le respect des traités d’époque, traquant chaque témoignage d’époque pour autant que fiable et cohérent, il apporte un éclairage précis sur contexte, conditions et moyens du jeu à l’époque. S’agissant de Victoria, l’articulation si délectable des textes défendue ce soir, s’inscrit aussi dans la pratique madrilène à la fin du XVIe, quand Victoria était le compositeur et maître de musique de Marie d’Autriche, résidente au sein du Couvent royal des Clarisses déchaussées jusqu’à sa mort en 1603.
À l’articulation vivante et détaillée des textes répond une parure instrumentale qui renvoie directement au statut aristocratique de sa protectrice Habsbourg [Victoria composera pour ses funérailles son bouleversant Requiem].

La fille de Charles Quint, épouse de Maximilien II et qui fut (entre autres) Reine de Hongrie, suscite un ordinaire fastueux qui se lit clairement dans le luxe instrumental restitué [ici 2 sacqueboutes, 1 dulciane, 1 cornet à bouquin et pour le continuo de base : le trio orgue, viole et théorbe).

L’activité des interprètes sait exprimer toutes les nuances et les facettes du conteur Victoria, sa prodigieuse créativité architecturale,… de la dévotion intimiste voire implorante et très finement murmurée, – remarquablement introspective aux étagements conquérants et majestueux, d’une polychoralité parfaitement assumée,… aux vitraux miroitants d’une cathédrale qui s’inscrit dans l’ampleur et la noblesse.

Cette diversité des perspectives et des formats montrent assez le démesure d’une intelligence musicale qui annonce le souffle des grandes œuvres baroques à venir. Le geste de La Grande Chapelle en exprime idéalement tous les enjeux sans jamais sacrifier le naturel ni l’éloquente vivacité. Un prochain enregistrement est annoncé dans la foulée de la tournée dont Metz est une étape.

 

 

programme joué à Metz

Tomás Luis de Victoria (1548-1611)
Antiphon Salve Regina a 8
Kyrie a 8
Gloria a 8
Antiphon Sancta Maria sucurre
miseris a 4
Credo a 8
Motet Ne timeas Maria a 4 (solo)
Sanctus a 8
Agnus Dei a 8
Motet Domine, non sum dignus a 4
Motet Senex puerum portabat a 4
Motet Gaude Maria Virgo a 5
Antiphon Ave Maria a 8
Motet Quam pulchri sunt a 4
Motet Vadam et circuibo civitatem 6 Voices
Canticle Magnificat Primi Toni a 8

 

 

 

 

 

cd de La Grande Chapelle / Albert Recasens
critiqués sur classiquenews

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CRITIQUE CD événement. José de Nebra (1702 – 1768) : Répons de Noël / Responsorios de Navidad (1752). La Grande Chapelle, Albert Recasens, direction (2 cd Lauda Música)
https://www.classiquenews.com/critique-cd-evenement-jose-de-nebra-1702-1768-repons-de-noel-responsorios-de-navidad-1752-la-grande-chapelle-albert-recasens-direction-1-cd-lauda-musica/

 

CRITIQUE CD événement. Antonio Rodríguez de Hita (1722 – 1787) : l’œuvre sacré en latin. La Grande Chapelle. Albert Recasens, direction (1 cd Lauda)
https://www.classiquenews.com/critique-cd-evenement-antonio-rodriguez-de-hita-1722-1787-loeuvre-sacre-en-latin-la-grande-chapelle-albert-recasens-direction-1-cd-lauda/

 

CRITIQUE CD événement. MORALES (1500 – 1553) : Lamentabatur Iacob. La Grande Chapelle. Albert Recasens (1 cd Lauda Musica)
https://www.classiquenews.com/cd-evenement-critique-morales-1500-1553-lamentabatur-iacob-la-grande-chapelle-albert-recasens-1-cd-lauda-musica/

 

 

Photo ©classiquenews

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OPÉRA DE NICE. DONIZETTI : Don Pasquale, les 11, 13, 15 et 17 mars 2026. Federico Longhi, Mariam Battistelli… Tim Sheader / Giuliano Carella

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Joyau comique à l’Opéra de Nice. Vieux ronchon, Don Pasquale entend priver son neveu Ernesto de son héritage. Il décide d’épouser une jeune fille… croyant (à son âge) trouver le pur amour… Mais la pétulante Sofronia / Norina n’est pas celle qu’il croyait et l’aide du Docteur Malatesta sera bénéfique pour rétablir la fortune d’Ernesto… (tout en donnant au vieux séducteur une bonne leçon). Quiproquos, travestissements, faux mariage, jeu de dupes… jalonnent une action aussi subtile que trépidante.

 

Donizetti se surpasse dans son ultime comédie, conçue pour le boulevard parisien, déployant une verve exquise qui renouvelle le génie et la grâce de Rossini dans la veine comique. Aux côtés de Giuliano Carella, grand spécialiste de ce répertoire et fidèle de l’Opéra de Nice, le metteur en scène Tim Sheader propose une relecture inventive. Sa mise en scène pétillante, inspirée de l’univers des séries télé, imagine Don Pasquale en grand patron d’entreprise, victime des illusions du jeunisme. Maniant l’humour british avec la maîtrise qu’on lui connaît, Tim Sheader exploite toutes les ficelles comiques ; sa vision  » aussi originale qu’irrésistible  » rehausse le rythme des rebonds et péripéties. Photos : © Kevin Bouffard

 

Opéra de Nice Côte d’Azur
DONIZETTI : Don Pasquale, 1843
4 dates événements
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Mercredi 11 mars à 20h
Vendredi 13 mars 2026 à 20h
Dimanche 15 mars 2026 à 15h
Mardi 17 mars 2026 à 20h
Durée : 2h30 entracte compris
Tarifs : 12 € à 94 €
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’Opéra de Nice Côte d’Azur : https://www.opera-nice.org/fr/evenement/1277/don-pasquale

 

distribution

Don Pasquale : Federico Longhi
Norina : Mariam Battistelli
Ernesto : Paolo Nevi
Docteur Malatesta : Mikhail Timoshenko
Orchestre Philharmonique de Nice
Chœur de l’Opéra de Nice
Direction musicale : Giuliano Carella
Mise en scène : Tim Sheader
Décors : Leslie Travers
Costumes : Jean-Jacques Delmotte
Lumières : Howard Hudson

 

 

 

rencontre

« Face à Face » le mardi 10 mars à 18h
au Théâtre de l’Artistique, avec Giuliano Carella et Tim Sheader. Gratuit et sans réservation.

 

 

approfondir

Pourquoi ce Don Pasquale ? Créé au Théâtre des Italiens à Paris en 1843, le Don Pasquale donizettien approfondit plus encore la veine comique de Rossini en brossant un portrait de vieux troublant et magnifique, blessé et bouleversant jamais vu ailleurs, et bientôt accompli chez le vieux Verdi, celui de Falstaff. Le barbon devient figure de la désolation, âme crépusculaire impuissante et si naïve, véritable Don quichotte domestique. C’est un rôle à fort potentiel pour chaque baryton. Le génie de Donizetti atteint un sommet dans cet opera buffa réjouissant : Un vieux barbon rêve de faire » d’une pierre deux coups » : déshériter son neveu trop rebelle à son goût et lui ravir sa jeune fiancée. Mais la belle a plus d’un tour dans son sac… elle se montre même d’une violence insupportable pour ce vieillard devenu son époux et qui pensait gouter pour ses vieux jours au miel d’une jeune beauté tout à fait soumise. Le trio vocal principal emprunte à la tradition du Buffa italien le plus classique.

L’intrigue puise directement son inspiration dans la Commedia dell’arte : Don Pasquale figure ainsi Pantalone, son neveu Ernesto le Pierrot amoureux, Malatesta le rusé Scapin et Norina, la douce Colombine (prête néanmoins à tous les subterfuges pour arriver à ses fins).

Donizetti compose l’oeuvre en un temps record, onze jours si l’on en croit sa correspondance, non sans mettre à contribution plusieurs de ses ouvrages précédents. Le résultat est sans conteste l’une des plus éblouissantes illustrations du genre bouffe au XIXe siècle. Tous les ingrédients semblent rassemblés pour servir au mieux le génie de Donizetti.

 

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CITÉ MUSICALE-METZ. APPEL A CANDIDATURE pour les 7èmes Masterclasses de direction d’orchestre Gabriel Pierné / David Reiland (7 – 11 juillet 2026)

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A Metz, du 7 au 11 juillet 2026, le directeur musical de l’Orchestre national de Metz Grand Est, David Reiland, propose 5 jours de masterclasses de direction d’orchestre. A l’orée de leur carrière, 6 jeunes cheffes et chefs d’orchestre sélectionné·e·s sur dossier bénéficieront d’un temps de travail privilégié avec un orchestre symphonique professionnel au rayonnement international et son directeur musical. Les 5 jours de masterclasses seront clôturés par un concert de restitution dans la Grande Salle de l’Arsenal Jean-Marie Rausch, le 11 juillet 2026.

 

La date limite de dépôt des dossiers de candidatures est le 5 avril 2026.

Les candidatures pour l’édition 2026 des 7èmes Masterclasses internationales de direction d’orchestre Gabriel Pierné sont ouvertes, ce jusqu’au 5 avril 2026.

Télécharger l’appel à candidatures (Français) :
https://www.citemusicale-metz.fr/files/cf33755c/appel_a_candidatures_masterclasses_26_fr.pdf

Download the call for application (English)
https://www.citemusicale-metz.fr/files/d973fa8e/call_for_application_26_eng.pdf

Date limite de dépôt des dossiers de candidatures : 5 avril 2026
Communication des résultats : au plus tard 10 mai 2026
Limite d’âge : 35 ans.

 

 

 

 

5 jours d’un travail orchestral intensif

Du 7 au 11 juillet 2026, le directeur musical de l’Orchestre national de Metz Grand Est, David Reiland, propose 5 jours de masterclasses de direction d’orchestre. À l’orée de leur carrière, six jeunes cheffes et chefs d’orchestre sélectionnés sur dossier bénéficieront ainsi d’une session d’un travail approfondi avec l’Orchestre national, phalange symphonique professionnel au rayonnement international sous la pilotage de son directeur musical.
Disciple de Dennis Russel Davies, Pierre Boulez, David Zinman, Bernard Haitink, Jorma Panula ou encore Peter Gülke, David Reiland souhaite transmettre à son tour l’art de la direction d’orchestre, en coopération étroite avec les instrumentistes de l’Orchestre national de Metz Grand Est.
Chaque jour, travail intensif avec les instrumentistes de l’Orchestre national de Metz Grand Est (ONMGE) et David Reiland, puis débriefing vidéo avec le directeur musical.

 

 

ENGLISH
Orchestre national de Metz Grand Est music director David Reiland Gabriel Pierné International Orchestral Conducting Masterclasses 7th edition citemusicale-metz.fr David Reiland, music director of the Orchestre national de Metz Grand Est, offers for the seventh year in a row a five-day orchestral conducting masterclass from July 7th to 11th 2026.

Six young male and female conductors in the early stages of their career will be selected on the merit of their application and benefit from quality working time with the Orchestre national de Metz Grand Est and its music director. With this project, David Reiland, himself a disciple of Dennis Russel Davies, Pierre Boulez, David Zinman, Bernard Haitink, Jorma Panula and Peter Gülke, wishes to teach the highly demanding art of orchestral conducting in close collaboration with the musicians of the Orchestre national de Metz Grand Est.

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7èmes Masterclasses de direction d’orchestre Gabriel Pierné
avec l’Orchestre National Metz Grand Est / David Reiland
DATES : 7-11 juillet 2026
LIEU : Grande Salle de l’Arsenal, 3 avenue Ney, 57000
Metz (France)
RÉPERTOIRE
Alain Celo :
Lever de soleil sur le Grand Canyon, extrait (création)
Robert Schumann,
Symphonie n°4
Igor Stravinski,
L’Oiseau de feu, Suite (1945)

 

Cité musicale-Metz
Orchestre national de Metz Grand Est
Arsenal Jean-Marie Rausch – BAM – Trinitaires
Cité musicale-Metz (citemusicale-metz.fr)
Grande Salle
Arsenal Concert Hall,
3 avenue Ney
57000 Metz, France
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ORCHESTRE NATIONAL DES PAYS DE LA LOIRE. Alma et Gustav MAHLER (Lieder, Symphonie n°4). Les 8, 10 et 12 mars 2026. Sascha Goetzel, direction

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L’ONPL / Orchestre National des Pays de la Loire dévoile le tempérament d’Alma Mahler aux côtés de son époux Gustav : 4 Lieder avec orchestre éclairent ainsi ses dons de compositrice à redécouvrir d’urgence. De son côté, en 1930, Olivier Messiaen n’a que 22 ans lorsqu’il écrit « Les Offrandes Oubliées », méditation symphonique aux mélodies envoûtantes. Mystérieux, complexes et profonds, chacun des lieder d’Alma Mahler est un pur joyau musical à l’image de la personnalité de cette « immense musicienne ».

 

 

Voix « riche et veloutée », la soprano Annika Synnøve Beinnes, soliste invitée pour ce programme défricheur, en révèle l’érotisme bouleversant et la profonde tendresse avant de chanter le lied final de la Symphonie n°4 de Gustav Mahler : La vie céleste, sublime description d’un paradis imaginaire et féerique. Gustav Mahler y exprime en1900, un pur sentiment d’insouciance, une tranquillité qui demeure rare voire exceptionnelle dans ses autres symphonies. Peuplée d’images enfantines, la partition apaisée dans ses visions idylliques constitue comme une parenthèse dans la constellation des symphonies du musicien viennois. Création à Vienne en 1902.
Avec la Symphonie n°4 de Mahler, Sascha Goetzel poursuit sa quête d’excellence au service des grandes œuvres viennoise. Après un concert révélation où se déployait la flamboyante créativité du jeune Korngold (Sinfonietta), le directeur musical de l’ONPL invite « à rejoindre un monde nouveau, empli de poésie, de légèreté et d’insouciance retrouvée ».

 

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CONCERTS Alma et Gustav MAHLER
3 dates événements
Annika Synnove Beinnes, soprano
ONPL Orchestre National des Pays de la Loire
Sascha Goetzel, direction
Dimanche 8 mars 2026, 17h
ANGERS, Centre de congrès
Mardi 10 mars 2026, 20h
NANTES, Cité des congrès
Jeudi 12 mars 2026, 20h
ANGERS, Centre de congrès
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’ONPL / ORCHESTRE NATIONAL DES PAYS DE LA LOIRE : https://onpl.fr/agenda/mahler/

 

Déroulé de l’événement

Olivier Messiaen | Les offrandes oubliées – 11′

Alma Mahler | Lieder : Bei dir ist es traut – 3′
: Leise weht ein erstes Blühn – 4′
: Laue Sommernacht – 2′
: Hymne – 5’

– entracte –

Gustav Mahler
Symphonie n°4

 

 

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4ème SYMPHONIE : la vie céleste
C’est à Maiernigg, dans sa cabane retraite (le Häuschen) que le compositeur contemple la sainte et miraculeuse Nature, son essence inspirante, dyonisiaque, pour lui salvatrice ; il peut y réaliser de longues marches dans les Dolomites, excursion à valeur thérapeutiques et profondément bienfaitrices. Mahler achève la 4è symphonie à l’été 1900 (et l’orchestration à l’hiver 1900). Il n’a pas encore rencontré à Vienne, la belle Alma, qui sera la dédicataire secrète de la 5è Symphonie, ample poème de l’amour et de ses noces inespérées avec celle que tous les artistes adorent voire plus, Zemlinsky, Klimt…

La 4è prolonge l’extase de la 3è dont elle reprend certains motifs (alors entonnés par le choeur d’enfants et la soliste alto). Dans le climat pastoral et très apaisé de la 4è, Mahler écarte le chœur, et préfère la soprano qui seule, entonne le lied final, conclusion vocale de sa nouvelle symphonie.

A Vienne, la création de cette 4è (12 janvier 1902) est un fiasco, sujet de mordantes critiques des pseudo-spécialistes : vulgarité, bavardage, confusion… sont les reproches adressés à Mahler. L’accueil du public américain sera tout différent et suscite la défense des œuvres mahlériennes très tôt aux USA. Le compositeur y renouvelle encore les limites et la forme symphonique, réalisant une osmose rare entre lied et orchestre dans la quatrième et dernier section pour soprano et orchestre (« la vie céleste », extrait du cor enchanté de l’enfant : révélation de la vie au Paradis, loin de l’existence terrestre) : un temps suspendu, d’extase et d’accomplissement à relier avec sa rencontre inespérée avec celle qui devient sa femme Alma (leur mariage a lieu le 9 mars 1902, et leur lune de miel… en Russie).

 

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PERPIGNAN. 40ème Festival de Musique Sacrée : du 16 mars au 4 avril 2026 : « Allégresse, l’air de la fête »…

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Le Festival de Musique Sacrée de Perpignan affiche sa nouvelle édition, celle de ses 40 ans, du 16 mars au 4 avril 2026. L’événement fait vibrer toute la ville, accordant, recherche, création, patrimoine ; la diversité s’accorde ici à l’excellence et l’audace artistique. Chaque festivalier pourra découvrir, retrouver, repérer concerts d’exception, rendez-vous inattendus, soirées festives au village du festival, ouvert à tous… Le tout dans un souffle accessible qui permet de rendre possible l’idée de la démocratisation culturelle : 85% des rendez-vous sont en accès libre ! Parmi les événements 2026 : le retour du Grand Orgue de la Cathédrale, des duos improbables et prometteurs (jazz & choral, Bach & Klezmer). Le cycle porté par son histoire et l’esprit festif lié à ses 40 éditions précédentes, promet un feu d’artifice musical.

 

 

L’excellence musicale s’annonce
à travers les 4 concerts événements de la série « Florilège »

Pour le Festival de musique sacrée, de grands concerts spectaculaires et d’un véritable élan spirituel s’annoncent, cette année au Dominicains et à l’Archipel. Des soirées portées par le désir de réunir les artistes et le public et de partager ensemble la quintessence de la magie musicale. La Billetterie est à présent ouverte : tarifs de 1 à 30€. Le festival Musique Sacrée Perpignan invite chaque festivalier à vivre et ressentir dans la musique le souffle de la spiritualité et l’énergie de la vie. Lien vers la billetterie : https://www.mairie-perpignan.fr/festival_Musique_Sacree/florilege2026
Voici les 4 programmes événements (composant l’offre « Florilège ») :
« Waves of light » par le Paul Lay Trio et le chœur de chambre Les Éléments (le 27 mars aux Dominicains) ; «  Post Tenebras » par l’ensemble Irini (le 28 mars aux Dominicains) ; « Samâ-Ï, Alep la cosmopilite » par l’ensemble Canticum Novum (le 29 mars aux Dominicains) ; « Obsession » par La Tempête (le 31 mars à L’Archipel) ; «  Vers la Paix » par Le Caravensérail (le 2 avril aux Dominicains, création) ; Plus d’infos : https://www.mairie-perpignan.fr/festival_Musique_Sacree/florilege2026

 



[ Télécharger la BROCHURE 2026 • Allégresse • Festival de musique sacrée, du 16 mars au 4 avril 2026 ]
 »Pour son 40e printemps, le festival fête la musique sacrée ; il invite à partager un sentiment de paix, de plénitude, et de joie. L’histoire de l’humanité d’hier à aujourd’hui, comme source d’inspiration, la transmission aux jeunes générations, le renouveau artistique, c’est tout cela que la musique cristallisera, portée par les équipes qui rêvent d’embarquer le public dans leur ronde. »

 

 

 

 

 

VIDÉO : Allégresse 2026, le festival Musique Sacrée Perpignan fête son 40e printemps !

Le festival Musique Sacrée Perpignan vous invite à puiser dans la musique le souffle de la spiritualité et l’énergie de la vie. Rendez-vous du 16 mars au 4 avril 2026

 

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concerts, programmes,
temps forts
Coups de cœur de CLASSIQUENEWS
sélection 2026

Tous les programmes, les artistes invités,
les nouveautés, les événements réservés au festivaliers :
https://www.mairie-perpignan.fr/Festival_Musique_Sacree

 

 

WAVES OF LIGHT
Chant choral & jazz
Paul Lay Trio
vendredi 27 mars 2026, 21h
Dominicains
tarifs de 1 à 26 euros
https://www.mairie-perpignan.fr/festival_Musique_Sacree/florilege2026#cadre_104644

 

 

POST TENEBRAS
Spero luce, création
Ensemble Irini
samedi 28 mars 2026, 21h
Dominicains
tarifs de 1 à 26 euros
https://www.mairie-perpignan.fr/festival_Musique_Sacree/florilege2026#cadre_104645

 

 

SAMÂ-Ï, ALEP, LA COSMOPOLITE
Ensemble Canticum Novum
dimanche 29 mars 2026, 18h30
Dominicains
tarifs de 1 à 26 euros
https://www.mairie-perpignan.fr/festival_Musique_Sacree/florilege2026#cadre_104646

 

 

OBSESSION
Compagnie La Tempête
mardi 31 mars 2026
https://www.mairie-perpignan.fr/festival_Musique_Sacree/florilege2026#cadre_104647

 

 

VERS LA PAIX
Musique baroque
Cantates pour alto de JS Bach
Ensemble Le Caravensérail
jeudi 2 avril 2026, 21h
Dominicains
tarifs de 1 à 26 euros
https://www.mairie-perpignan.fr/festival_Musique_Sacree/florilege2026#cadre_104648

 

 

 

 

OFFRE SPÉCIALE
Pass coupe-fil – 3 / 15 euros
offre 3 concerts « Mosaïque »
https://boutique.perpignantourisme.com/festival-musique-sacree/pass-coupe-file-3-concerts-mosaique

 

 

 

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LES ARTS FLORISSANTS. Gesualdo Passione (26 fév – 19 juin 2026). Paul Agnew / Amala Dianor

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Entre danse et chant ardent, le spectacle « Gesualdo Passione »  questionne l’impact et les enjeux du geste musical accordé secrètement, intimement aux mouvements des danseurs. Le chant devient espace et action. La danse, quête de l’intime. Associant chant a cappella et tension / ivresse des corps en mouvement, « Gesualdo Passione » marque l’aboutissement du travail de Paul Agnew et des Arts Florissants sur la musique de Gesualdo, et dans une création contemporaine du chorégraphe Amala Dianor.

 

 

Aujourd’hui, l’image de Gesualdo, prince de Venosa, reste noire voire sanglante : le génie du madrigal italien n’a-t-il pas commandité le meurtre de sa femme et de son amant ? Passionné jusqu’au crime, Gesualdo porte texte et musique à incandescence. Le spectacle des Arts Florissants éclaire un autre aspect de cet envoûtant créateur la véritable passion de Gesualdo : la foi !

En 1611, peu de temps avant sa mort, Gesualdo publia ses Répons pour la Semaine Sainte. Écrits pour les 3 derniers jours de la Semaine Sainte, les Répons racontent les derniers moments de la vie du Christ dans une polyphonie élaboré. L’intensité du sujet inspire le compositeur à écrire certaines de ses musiques les plus belles et les plus expressives, dans un cadre qui fait imploser le simple madrigal.
Le chorégraphe Amala Dianor ajoute son regard personnel, inspirée par les textes sur la souffrance et l’amour du Christ. Ici le geste vocal fusionne avec la direction des corps : méditation, suspension, essence… Autant d’éléments qui inspirent une danse aux multiples facettes inspirée des techniques classiques, contemporaines, urbaines.

Dans « Gesualdo Passione », l’équilibre et le dialogue des arts, – 6 chanteurs et 4 danseurs, redéfinissent l’espace et l’action même du spectacle musical. Spectacle événement en février à Grenoble, mars au havre et juin à Lyon.

 

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GESUALDO PASSIONE
Les Arts Florissants / Compagnie Amala Diacor
6 dates événements
26 février 2026, 20h
GRENOBLE, MC2
26 mars 2026, 20h
27 mars 2026, 19h
LE HAVRE, Le Volcan
17 juin, 10h30
18 juin, 20h30
19 juin, 20h30
LYON, Maison de la Danse

 

RÉSERVEZ VOS PLACES & INFORMATIONS directement sur le site des Arts Florissants : https://www.arts-florissants.org/en/evenements/gesualdo-passione
distribution
Paul AGNEW, ténor, direction
Amala DIANOR
et Alicia Sebia Gomis, chorégraphie
Les Arts Florissants (solistes en alternance):
Miriam ALLAN, soprano
Hannah MORRISON, soprano
Adèle HUBER, soprano
Mélodie RUVIO, contralto
Sean CLAYTON, ténor
Edward GRINT, basse
James MAWSON, basse
Dancers of Compagnie Amala Dianor :
Damiano Bigi
Dexter Bravo
Clément Nikiema
Elena Thomas

 

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CRITIQUE, concert. MONACO, Auditorium Rainier III, le 15 février 2026. WEBER, SCHUBERT, BRAHMS. Pierre Génisson (clarinette), Jean-Baptiste Fonlupt (piano) et Solistes de l’OPMC

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Quel plaisir de pouvoir replonger dans la mémoire de ce magnifique concert de dimanche ! L’Auditorium Rainier III de Monaco a vibré hier d’une énergie toute particulière, et ce concert de musique de chambre offert dans le cadre de la saison 25/26 de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo nous a offert un rare moment de grâce musicale. Loin des effectifs pléthoriques des grandes Symphonies, c’est dans l’intimité et l’exigence de la musique de chambre que l’OPMC a une nouvelle fois prouvé l’étendue de son excellence, avec deux invités de choix : le pianiste Jean-Baptiste Fonlupt et la clarinettiste Pierre Génisson !

 

La soirée s’est ouverte sur les couleurs vives et virtuoses du Grand Duo concertant de Carl Maria von Weber. Dès les premières mesures, la symbiose entre les deux artistes invités était palpable. Pierre Génisson à la clarinette a déployé un son d’une beauté saisissante : ronde, charnue dans le grave, et d’une agilité confondante dans les traits endiablés. Face à lui, Jean-Baptiste Fonlupt au piano faisait preuve d’un toucher à la fois puissant et délicat, construisant un écrin parfait pour le chant de la clarinette. Leur dialogue dans l’Andante con moto était d’une tendresse infinie, avant de laisser place à la fougue et à l’esprit virtuose du Rondo final. Un véritable feu d’artifice pour démarrer en beauté !

Place ensuite à un monument du répertoire, le Quintette pour piano et cordes de Schumann, où quatre talentueux solistes de l’OPMC – Liza Kerob et Rennosuke Fukada au violon, Federico Hood à l’alto et Thierry Amadi au violoncelle – ont rejoint Jean-Baptiste Fonlupt au piano pour former un quintette à cordes d’une cohésion remarquable. L’attaque du premier mouvement a été fulgurante, d’une intensité dramatique qui a tenu l’auditoire en haleine. La fameuse « Marcia funebre » a été un moment de recueillement absolu, d’une gravité poignante, magnifié par la sonorité veloutée de l’ensemble. Et quel souffle, quelle joie communicative dans le Finale ! Une interprétation magistrale, portée par un équilibre parfait entre le piano et les cordes.

Après l’entracte, nous attendions le chef-d’œuvre ultime : le Quintette pour clarinette et cordes  de Johannes Brahms. C’est là que la soirée a atteint des sommets d’émotion. Pierre Génisson a retrouvé ses partenaires à cordes pour une plongée dans l’introspection la plus profonde. Dès les premières notes de la clarinette, un sentiment de sérénité mélancolique a envahi la salle. Le jeu de Pierre Génisson, d’une noblesse et d’une expressivité rare, semblait dialoguer avec l’éternité. Chaque phrase était un souffle de vie, chaque soupir une confidence. Le quatuor à cordes, attentif et inspiré, tissait autour de lui un tapis sonore d’une richesse incroyable. Le deuxième mouvement, d’une lenteur hypnotique, et les variations finales, d’une tendresse résignée, ont laissé l’auditoire suspendu, comme hors du temps. Et à la dernière note, ce fut une explosion d’applaudissements chaleureux et mérités pour saluer ces cinq artistes qui venaient de nous offrir un moment de musique absolue !…

 

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CRITIQUE, concert. MONACO, Auditorium Rainier III, le 15 février 2026. WEBER, SCHUBERT, BRAHMS. Pierre Génisson (clarinette), Jean-Baptiste Fonlupt (piano) et Solistes de l’OPMC. Crédit photo (c) Cécile Vierne

 

 

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ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE. Ciné-concert « THE KID » de Ch. Chaplin, les 21, 23 fév (Opéra de Lille) puis 2 mai 20226 (Paris). Timothy Bock (direction)

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L’Orchestre National de Lille / ON LILLE poursuit une expérience émotionnelle unique et singulière en fusionnant vertiges symphoniques et cinéma. C’est déjà le 5ème film de Chaplin que les instrumentistes lillois accompagnent et questionnent, produisant depuis 2007, un rv régulier entre musique orchestrale et 7ème art…  » The Kid  » (1921 en est le nouveau jalon événement.

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Photo DR

 

 

 

Ainsi l’Orchestre réinvite le chef Timothy Brock, 2 ans après « Le Dictateur ». Le ciné-concert « The Kid » (1921) est le fruit d’une fidèle collaboration avec le maestro et arrangeur américain autour de « Charlot » entamée en 2004 avec « Les Lumières de la ville ».
Après « Les Temps modernes » (2007 et 2018), « La Ruée vers l’or » (2010) et récemment « Le Dictateur » (2024), les musiciens Lillois proposent 4 représentations de la célèbre comédie dramatique « The Kid » à l’Opéra de Lille en février puis à la Philharmonie de Paris en mai. Le film nous touche toujours autant depuis sa création : Charlie Chaplin y dépose avec cette finesse attendrissante qui lui est propre, les éléments bouleversants de sa propre vie.

 

Le chef-d’œuvre du cinéma muet
réorchestré en direct à l’Opéra de Lille

 

Le premier long-métrage de Charlie Chaplin, accompagné en direct par l’ONL sous la direction de Timothy Brock, grand spécialiste mondial de la musique de Chaplin est un chef-d’œuvre du cinéma muet. Le vagabond légendaire recueille un enfant abandonné. La fable contient en réalité un autoportrait intime de Chaplin lui-même, marqué par sa propre enfance dans les rues de Londres et la perte tragique de son fils quelques jours avant le tournage… Entre larmes et tendresse, The Kid touche par sa justesse et sa sincérité humaniste.

L’Orchestre National de Lille joue la partition originale, composée par Chaplin lui-même à l’âge de 82 ans – soit 50 ans après la sortie du film – et dans la version réorchestrée par Timothy Brock en 2016. Le chef d’orchestre américain, qui a restauré 15 partitions de Chaplin, a dirigé les plus grands orchestres du monde, du New York Philharmonic à l’Orchestre de Paris. Événement symphonique à Lille puis Paris. Dernières places disponibles.

 

 

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« The Kid » (1921)
film de Charlie Chaplin (1889-1977)
Musique originale : Charlie Chaplin / Timothy Brock
SAMEDI 21 février 2026 – 18h
LUNDI 23 février 2026 – 20h
Opéra de Lille – place du Théâtre
Tarifs de 9 à 28€
Dernières places disponibles
RÉSERVEZ VOS PLACES depuis le site de l’Orchestre National de Lille : https://www.onlille.com/choisir-un-concert/categories/the-kid
www.onlille.com / Téléphone : 03 20 12 82 40
/ Billetterie de l’ONL au 3 place Mendès France à Lille
SAMEDI 2 mai 2026 – 20h
DIMANCHE 3 mai 2026 – 11h
Philharmonie de PARIS
221 avenue Jean-Jaurès Paris 19ème
Tarifs de 22 à 40€
Séances complètes
https://philharmoniedeparis.fr
/ Téléphone : 01 44 84 44 84

 

Orchestre National de Lille
Timothy Brock, direction
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CRITIQUE, danse. AVIGNON, Festival « Les Hivernales » (Opéra Grand Avignon), le 13 février 2026. « Carcaça » par MARCO DA SILVA FERREIRA

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L’Opéra Grand Avignon vient de vivre un séisme chorégraphique. Dans le cadre de la 48e édition du festival « Les Hivernales« , le chorégraphe portugais Marco da Silva Ferreira a présenté sa pièce « Carcaça« , une œuvre politique et viscérale qui marque un nouveau tournant dans son parcours.

 

Pour comprendre l’émotion qui a saisi la salle avignonnaise, il faut d’abord planter le décor de cette manifestation unique. Depuis sa création en 1982 par Françoise et Dominique Dupuy, Les Hivernales d’Avignon sont devenues le rendez-vous incontournable de la danse contemporaine en hiver. Pendant près d’un demi-siècle, ce festival a su conjuguer exigence artistique et ouverture au public, transformant la cité des papes en une fourmilière de corps en mouvement. De la jeune création aux maîtres consacrés, des danses de rue aux écritures les plus conceptuelles, la manifestation a toujours porté une vision : celle d’une danse multiple, ancrée dans son temps et ouverte sur le monde. Cette 48e édition, riche d’une programmation éclectique, ne déroge pas à la règle. Entre les propositions audacieuses venues d’Europe et les découvertes internationales, le festival continue d’explorer ce que les corps ont à dire de notre époque. C’est dans ce terreau fertile qu’a germé hier l’une des claques artistiques de l’année.

Pour celles et ceux qui suivent son travail (dont nous faisons partie !), Marco da Silva Ferreira n’est plus un inconnu : le chorégraphe portugais a construit un langage fascinant à la croisée des chemins, entre la rigueur de l’athlète qu’il fut (il était nageur de haut niveau) et la liberté des clubs où il a puisé son amour du mouvement. Depuis son premier opus « Hu(r)mano » en 2014, il interroge la construction des identités et la manière dont nos corps portent les mémoires du passé. A travers deux de ses pièces vues récemment, « A folia » au festival « Le Temps d’aimer la danse » à Biarritz en septembre dernier, puis en décembre, cette fois « chez lui » à Porto (au Teatro Rivoli), avec « F*cking Future« , nous avons eu loisir de voir l’évolution. A Biarritz, il présentait une pièce plutôt épurée mais déjà habitée par cette quête identitaire, tandis qu’à Porto, on sentait déjà une urgence, un besoin de passer de l’abstraction du mouvement à un propos plus frontal. Avec « Carcaça« , il franchit encore un cap.

Dès les premières minutes, le ton est donné. Les onze interprètes, baskets aux pieds et costumes bigarrés aux couleurs fluorescentes, envahissent le plateau dans un fracas de lumière. Leurs semelles frappent le sol, et ce bruit devient immédiatement une partition. Car ici, tout est matière sonore : les frottements, les appuis, les courses. Ces sons physiques, produits par les corps, dialoguent avec une batterie jouée en live par João Pais Filipe et la musique électronique de Luis Pestana. Ce duo crée une bande-son haletante qui navigue entre la fanfare, la marche militaire, la techno la plus abrasive et des sons postmodernes. C’est un collage temporel, un pont sonore entre la mémoire collective portugaise et les nuits de clubbing d’aujourd’hui.

La construction de la pièce est celle d’une exploration anthropologique. Les danseurs commencent par un jeu de jambes (footwork) qui leur colle à la peau, venu du clubbing, des batailles de rue, des cyphers et des studios. Ce langage du présent, fait de micro-articulations et de déplacements latéraux fulgurants, va peu à peu se confronter à d’autres formes. Marco da Silva Ferreira convoque alors des danses folkloriques, ces danses du passé qui se sont cristallisées, immuables, portant en elles la mémoire d’un héritage parfois rigide, parfois autoritaire. La réponse de da Silva Ferreira à ces différentes danses est un exercice d’équilibriste : il intègre le passé et le présent sans les hiérarchiser. Les danseurs passent de la transe club à la ronde folklorique avec une fluidité déconcertante, comme s’ils exhumaient les fantômes de leurs ancêtres pour les faire danser avec les ombres des clubs de la nuit.

Mais le moment de grâce politique, celui qui a saisi la salle par les tripes, survient plus tard. L’un des danseurs s’isole et, avec une application presque enfantine, trace en lettres fluo sur un pan du décor une phrase qui résonne comme un manifeste : « Tous les murs doivent tomber« . Le plateau devient alors une caisse de résonance. Dans un cri du cœur à onze voix, la troupe évoque la condition féminine au travail, la vie dans les basses couches de la société, ces existences que l’on oublie trop souvent, en bute contre la Bourgeoisie qui les exploite et les dirigeants politiques qui les oppriment. La chorégraphie se fait plus tendue, plus heurtée. Les baskets, simples et fonctionnelles, ne sont plus seulement des outils de percussion ; elles deviennent les chaussures de celles et ceux qui arpentent le bitume, qui courent après le temps, qui résistent à l’usure. Les échanges entre énergies cinétiques et lumineuses produisent des tableaux d’une beauté fulgurante, parfois joyeuse, parfois tragique. On passe de l’euphorie collective d’une fête populaire à la solitude assourdissante d’un ouvrier dans la nuit.

Avec « Carcaça » – ce mot portugais qui signifie à la fois la « carcasse« , ce qui reste, mais aussi la « structure » – Marco da Silva Ferreira signe une œuvre totale. Elle est politique sans être didactique, physique sans être gratuite, historique sans être poussiéreuse. Hier soir à Avignon, sous la chaleur des projecteurs des Hivernales, onze corps ont fait tomber bien plus que des murs : ils ont ouvert une brèche dans nos cœurs.

 

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CRITIQUE, danse. AVIGNON, Festival « Les Hivernales » (Opéra Grand Avignon), le 13 février 2026. MARCO DA SILVA FERREIRA : « Carcaça » (pour 11 danseurs). Crédit photo (c) Emmanuel Andrieu et Droits réservés

 

 

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ENTRETIEN avec Ben GLASSBERG, à propos de IOLANTA de Tchaïkovsky, à l’affiche de l’Opéra Orchestre Normandie Rouen (les 5 et 7 mars 2026)

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A l’occasion des deux représentations de Iolanta de Piotr Ilitch Tchaikovsky (en version de concert, les 5 puis 7 mars 2026), le chef Ben Glassberg précise sa propre vision de l’ouvrage ; il évoque aussi les défis spécifiques que doit relever les musiciens… c’est ainsi le dernier opéra qu’il propose comme directeur musical de l’Opéra Orchestre Normandie Rouen…

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Photo portrait de Ben Glassberg © Caroline Doutre

 

 

CLASSIQUENEWS : Quelle est votre vision globale de la partition de Iolanta, orchestralement et dramatiquement ?

Ben Glassberg. Opéra de Rouen Normandie. Janvier 2025. Photo © Caroline Doutre

BEN GLASSBERG : Cette pièce est tellement bien écrite : c’est très concis.Tchaïkovsky nous apporte toutes les émotions possibles en très peu de temps. Il faut bien trouver toutes les couleurs, toutes les émotions, mais aussi la grande ligne entre l’obscurité du début et la majesté de la fin. Sans mise en scène, on est obligé de vraiment utiliser nos oreilles. Je trouve que, dans cette pièce en particulier, les émotions sont toujours évidentes, simplement dans la musique de l’orchestre et les voix. J’aimerais bien les faire sonner.

 

CLASSIQUENEWS : Comment cette nouvelle réalisation s’inscrit-elle dans votre travail global avec l’Orchestre et l’Opéra de Rouen ?

BEN GLASSBERG : En fait, c’est le dernier projet lyrique que je fais en tant que Directeur musical de l’Opéra Orchestre Normandie Rouen. Donc cela représente la fin de notre voyage ensemble dans ce répertoire. Après six années de répertoire lyrique très divers, j’ai voulu terminer avec une pièce où la musique est vraiment au centre. Nous avons traversé un répertoire allant jusqu’au sommet du canon, y compris Wagner, Poulenc et Richard Strauss. En revanche, nous n’avons pas fait d’opéra en russe ensemble, et ce répertoire est très riche ; j’aimerais bien l’ouvrir un peu avant de partir.

 

CLASSIQUENEWS : Comment avez-vous choisi les chanteurs ?

BEN GLASSBERG : Cette distribution réunit parmi les plus grands chanteurs du monde. Le premier choix pour moi a été mon amie Mané Galoyan dans le rôle d’Iolanta. Elle incarne des rôles de soprano lyrique d’une façon incomparable, et cette prise de rôle arrive à un moment parfait de sa carrière. Autour d’elle, nous avons choisi une distribution avec à la fois des chanteurs expérimentés et reconnus dans ce répertoire (Bogdan Volkov, Ilja Kazakov, Thomas Lehman), de nouveaux prodiges (Vladislav Chizhov) et des chanteurs fidèles et très aimés chez nous (Lucile Richardot).

 

CLASSIQUENEWS : Quels sont les bénéfices et les défis d’une lecture sans mise en scène ?

BEN GLASSBERG : Sans mise en scène, évidemment, l’histoire est moins explicite. Mais cela nous permet de suivre l’histoire sans concept, dans une situation où la musique nous guide. J’adore le faire parfois (sûrement pas toujours, car le théâtre est mon premier amour), parce que cela évite toutes les préoccupations hors de la musique. Cela donne le pouvoir à nos oreilles.

 

Propos recueillis en février 2026

 

 

Iolanta de Tchakikovsky à l’affiche de l’Opéra Orchestre Normandie Rouen OONR, les jeudi 5 et samedi 7 mars 2026 : https://www.operaorchestrenormandierouen.fr/programmation/iolanta-tchaikovsky/

 

 

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CRITIQUE, opéra (en version de concert). PARIS, TCE, le 11 février 2026. CHERUBINI : Médée. M. Rebeka, J. Behr, M. Petit, M. A. Bouchard-Lesueur… Le Concert de la Loge, Julien CHAUVIN (direction)

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La soirée du 11 février 2026 au Théâtre des Champs-Élysées restera gravée dans les annales de l’institution parisienne. Grâce à l’initiative du Palazzetto Bru Zane, Centre de musique romantique française, le public parisien a pu redécouvrir le chef-d’œuvre de Luigi Cherubini, Médée (1797), dans sa version originelle française. Portée par l’immense soprano lettone Marina Rebeka, héritière d’un rôle mythique immortalisé par Maria Callas, et survoltée par l’énergie déployée par la phalange baroque du Concert de la Loge dirigé par Julien Chauvin, cette soirée fut un séisme lyrique.

 

Avant toute chose, il faut saluer le travail de fourmi, ou plutôt d’orfèvre, du Palazzetto Bru Zane, cette institution musicale dédié à la redécouverte du patrimoine musical français du XIXe siècle qui est l’artisan principal de cette résurrection. C’est grâce à son travail musicologique que nous avons pu entendre Médée dans sa pureté originelle, débarrassée des ajouts et des traductions qui ont longtemps masqué le génie de Luigi Cherubini. Leur projet, aboutissant à un enregistrement à paraître prochainement sur leur label, est un cadeau inestimable fait aux mélomanes.

Car il faut bien mesurer la rareté de l’événement. Médée est une rareté sur les scènes françaises, et même si l’Opéra-Comique a eu le mérite de la remettre à l’affiche l’an passé, l’ouvrage n’en reste pas moins un invité exceptionnel. Cette rareté s’explique par son histoire complexe. Longtemps, c’est la version italienne Medea, agrémentée de récitatifs composés par Franz Lachner en 1855, qui a circulé, portée par la légende de La Callas. Ce soir, nous étions loin de cette tradition avec la version française, celle voulue par Cherubini, c’est-à-dire un opéra-comique, donc une pièce où les airs et les ensembles musicaux alternent avec des dialogues parlés (mais ici ré-écrits par le musicologue / chef d’orchestre Alain Curtis… en récitatifs chantés !). Ce style, hérité de Gluck, place la diction et la vérité dramatique au cœur de l’expression. La musique n’est plus seule à porter le drame ; elle naît de la parole et s’y mêle dans une fusion incandescente que nous avons pu admirer mardi soir. C’est cette rareté, cette authenticité, que le Palazzetto Bru Zane a choisi de défendre, et le résultat est tout simplement bouleversant.

Dans le rôle-titre, Marina Rebeka n’a pas simplement chanté Médée : elle fut Médée. Le fantôme de Maria Callas, qui a envoûté le rôle dans les années 1950, planait forcément sur la soirée. Mais la soprano lettone a eu l’intelligence et le talent immenses de ne pas lutter contre ce spectre. Elle s’en est nourrie pour mieux s’en affranchir et imposer sa propre lecture. Dès son entrée dans une somptueuse robe couleur carmin, sa présence scénique magnétique a imposé le drame. Vocalement, c’est une déesse du feu. Sa ligne de chant est d’une pureté classique, sa diction française d’une clarté exemplaire, essentielle pour cette version où le texte est roi. Mais ce qui frappe le plus, c’est sa capacité à exprimer l’indicible. Sa Médée n’est pas seulement une Furie vengeresse : c’est une femme meurtrie, une mère déchirée, une étrange rejetée par une société corrompue. Dans les dialogues parlés, elle a atteint des sommets de vérité dramatique, rivalisant avec les plus grandes tragédiennes. L’air « Vous voyez de vos fils la mère infortunée » fut un moment de pure grâce, où la douleur le disputait à la rage contenue. Quand la fureur éclate enfin dans « O détestable hymen ! », l’incandescence de son timbre et la puissance de ses aigus ont littéralement emballé la salle. Grandissima !

Mais une tragédie de cette ampleur ne saurait reposer sur les seules épaules de son personnage-titre. La force de cette soirée résidait aussi dans l’écrin de talents qui l’entourait, une distribution à la fois solide et bouleversante. Face à cette Médée de feu et de glace, le jeune ténor français Julien Behr campait un Jason d’une complexité fascinante. Le rôle est un véritable chemin de croix vocal, oscillant entre l’élan amoureux, la lâcheté et le désarroi le plus profond. Behr, avec son timbre clair et sa vaillance (poussée parfois jusque dans ses retranchements…), en a fait un guerrier abattu, un homme rongé par ses choix. Il a dû batailler ferme contre l’orchestre de Chauvin, et il en est sorti victorieux, les armes à la main. Son engagement physique et vocal était total, faisant de Jason non pas un simple traître, mais un homme tragique, lui aussi victime de la malédiction.

Marie-Andrée Bouchard-Lesueur a été la révélation poignante de la soirée. Dans le rôle de Néris, la servante fidèle, elle a offert un moment de grâce absolue. Sa voix, l’une des plus prometteuses de la jeune génération française, est d’une beauté sombre et veloutée. Dans son air « Ah ! nos peines seront communes », elle a su allier la douceur résignée à une intensité dramatique déchirante. Face à la furie de Médée, sa Néris apportait une humanité fragile et lumineuse, rendant le contraste encore plus cruel. Sa présence sur scène, d’une noblesse et d’une pudeur rares, a conquis le cœur du public.

Dans le rôle de Créon, la basse belge Patrick Bolleire a imposé une autorité souveraine. Sa voix est un monument de lyrisme français : ample, ronde, d’une projection royale. Son Créon était moins un tyran qu’un roi fatigué, soucieux de protéger sa fille et son royaume. Son face-à-face avec Médée fut un choc de titans, où l’autorité terrestre rencontrait la puissance magique. Dans la distribution, on ne saurait oublier la grâce juvénile de Mélissa Petit en Dircé, dont la plainte touchante de l’air « Cet heureux jour » a apporté une bouffée d’innocence bien vite rattrapée par la tragédie. Enfin, Hélène Carpentier (Première servante), Margaux Poguet (Deuxième servante) et Pierre Gennaï (un Coryphée) complétaient cette distribution sans faille. Enfin, la soirée peut aussi compter sur la magnifique prestation des Chantres du Centre de musique baroque de Versailles, superbement préparés par Clément Buonomo.

Dans la fosse, Julien Chauvin et son Concert de la Loge ont signé une performance absolument survitaminée. Fidèle à son esthétique, Chauvin a dirigé avec un geste nerveux et une passion communicative. Là où certains chefs pourraient verser dans le pompiérisme ou, à l’inverse, dans une froideur académique, Chauvin a choisi la flamme. Son orchestre baroque, avec ses sonorités plus âpres et tranchantes que les formations modernes, a insufflé une énergie folle à la partition. L’ouverture, menée à un train d’enfer, a immédiatement plongé l’auditoire dans un climat de tension dramatique extrême. On a senti toute la modernité de Cherubini, ce pré-romantisme fiévreux qui regarde vers Beethoven et annonce Berlioz. Les couleurs des vents, les attaques des cordes, tout était d’une précision clinique au service d’un seul but : le drame. L’orchestre a dialogué avec les chanteurs, les a portés, défiés, et a littéralement rugi dans les moments de paroxysme. Cette lecture, à la fois historiquement informée et viscéralement moderne, prouve que la musique de Cherubini, débarrassée des scories du XIXe siècle, a encore des choses brûlantes à nous dire.

 

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CRITIQUE, opéra (en version de concert). PARIS, TCE, le 11 février 2026. CHERUBINI : Médée. M. Rebeka, J. Behr, M. Petit, M. A. Bouchard-Lesueur… Le Concert de la Loge, Julien CHAUVIN (direction). Crédit photographique (c) Emmanuel Andrieu

 

 

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CD événement, annonce. ELGAR : the Dream of Gerontius. Huddersfield Choral Society, Orchestra of Opera North, RNCM CHAMBER CHOIR, Martyn Brabbins, direction (2 cd Hyperion)

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Hyperion édite la nouvelle lecture d’un pilier de l’art choral anglais, et aussi, l’une des partitions les plus élaborées et sincères de l’immense Elgar : « The Dream of Gerontius ». Un vieil homme parvenu à la fin de sa vie, prie Marie et Jésus, se prépare à l’ultime voyage, de ses doutes au Purgatoire à l’expiation de ses fautes, de son angoisse à l’intercession de l’Ange, de son face à face avec Dieu à la promesse du Paradis et de la gloire éternelle…

 

 

 

 

GERONTIUS, un sommet elgarien… Dès l’ouverture de Froissart (1890) jusqu’aux cantates The Black Knight (1889–92) et les Scènes de la saga du roi Olaf (1896), l’oratorio The Light of Life (1896), sans omettre le spectaculaire, Caractacus (1897– 98), Elgar, premier compositeur de l’Empire britannique, a réfléchi à ce que serait une œuvre clé, chorale et lyrique, dramatique et orchestral, les synthétisant tous : Gerontius. La partition exprime l’ambition d’Elgar avec ses fameuses Variations Enigma (1899), le sommet de son écriture. Pourtant, la création à l’hôtel de ville de Birmingham le 3 octobre 1900 fut un échec. Le chœur manqua de temps pour bien préparer sa partie, même Elgar acheva l’orchestration (phénoménale) au dernier moment, totalement livrée en… août 1900.

Il est vrai que spectaculaire et ambitieuse, la partition de Gerontius exprime aussi un questionnement spirituel voire mystique particulièrement sensible. Un sujet paralysant pour le compositeur ? A l’issue d’une vie remplie, l’âme de Gerontius se présente devant Dieu pour être jugée.  Si le compositeur travaille à la sérénité finale dans le Finale où l’Ange célèbre la puissance miséricordieuse de Dieu (« Alleluia » / « Seigneur du chœur, tu as été notre refuge »), il n’en omet pour autant la fureur et les déflagrations comme en témoigne le wagnérien sommet orchestral quant l’Âme rencontre enfin son créateur.

Heureusement le chef d’orchestre Hans Richter, qui un an plus tôt a créé les Enigma Variations, veille à la tenue des répétitions et atténue la catastrophe annoncée. De son côté, Elgar, touché par la défaite de la création, déclare définitif : « J’ai toujours dit que Dieu était contre l’art et je le crois encore… J’ai permis à mon cœur de s’ouvrir une fois — il est maintenant fermé contre tout sentiment religieux et toute impulsion douce et douce pour toujours. »
Cependant les critiques, pour autant que fut frustrante la création, saisissent l’originalité et la puissance de la partition, surtout sa sincérité ; donc la justesse de l’écriture. Le premier succès publique survient en 1901 et c’est l’Allemagne et non l’Angleterre qui porte en triomphe la partition. Richard Strauss admiratif, a déclaré alors : « Edward Elgar est le premier progressiste anglais ».

Intensité juste, conscience spirituelle, culpabilité et remord, l’itinéraire de Gerontius dépasse une stricte trajectoire catholique voire cette « sentimentalité » culpabilisatrice, cette «prostration hystérique du confessionnel »  (dont parle le critique de E A Baughan en 1906). A contrario des commentaires de ce dernier, c’est sa pudeur et sa sincérité là encore qui défendent l’œuvre d’Elgar. Elle trouve justement sa propre voie, lumineuse, fraternelle, entre la tendresse du Requiem Allemand de Brahms ou la grandeur majestueuse des oratorios de Haendel. Parmi les éléments les plus réussis, la sensualité wagnérienne assumée d’Elgar, d’autant plus suave qu’il distribue à l’Ange une voix féminine, et lui réserve un superbe duo (extatique) avec l’Âme. Autant de ferveur explicite heurte une partie de l’Angleterre victorienne plutôt puritaine.  La nouvelle lecture éditée par Hyperion, s’impose par sa cohésion artistique ; elle éclaire la ferveur sincère d’Elgar qui offre à son ample méditation sur la mort, une parure musicale digne de Wagner et de Richard Strauss. Critique complète à venir sur CLASSIQUENEWS

 

 

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SIR EDWARD ELGAR (1857–1934)
The Dream of Gerontius, opus 38
words by Cardinal John Henry Newman (1801–1890)
Gerontius : DAVID BUTT PHILIP, ténor
Angel : KAREN CARGILL, soprano
Priest & Angel of the Agony : ROLAND WOOD, baryton

 

HUDDERSFIELD CHORAL SOCIETY
ORCHESTRA OF OPERA NORTH
RNCM CHAMBER CHOIR
Martyn Brabbins (direction)
2 cd Hyperion CDA68461/2

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LES ARTS FLORISSANTS. ARIODANTE au cinéma : les 5, 7, 8, 19, 22, 28 mars, 23, 28 avril, 14 juil 2026

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Pour la toute première fois, Les Arts Florissants sont au cinéma grâce à un film documentaire qui suit chanteurs et instrumentistes dans leur interprétation du chef d’oeuvre de Handel : Ariodante. Sous la direction artistique du fondateur de l’ensemble, William Christie, rendez-vous avec l’émotion dans les salles obscures, pour une expérience au cœur de la musique…

 

 

L’opéra Ariodante est considéré à juste titre comme l’un des plus grands chefs-d’œuvres du compositeur baroque Handel. Outre ses « tubes » inoubliables, l’intrigue est aussi riche qu’un scénario hollywoodien : amour passionnel, trahison, injustice, désespoir… manipulation. Jamais l’opéra baroque sous la plume du Saxon Haendel, n’a mieux exprimé les vertiges des passions humaines. Jusqu’au happy end final !
Forts de cette conviction, le réalisateur Frédéric Savoir suit Les Arts Florissants et William Christie lors de leur production de cet opéra à la Philharmonie de Paris. En résulte un film musical qui révèle et magnifie la magie de l’opéra, dans une ambiance conviviale, au plus près des artistes – au cœur de l’émotion. Avec dans le rôle-titre la suave et très habitée Lea Desandre…

INFOS et RÉSERVATIONS :
https://www.arts-florissants.org/evenements/ariodante-au-cinema

 

 

 

 

TEASER VIDÉO : Ariodante au cinéma

 

Filmé à la Philharmonie de Paris, le film musical s’immerge dans le chef-d’œuvre d’Handel, au plus près des musiciens, chanteurs et instrumentistes, grâce à une qualité d’image 4K et son 7.1. Synopsis: C’est une histoire d’amour. Le prince ARIODANTE est amoureux de la princesse. Le roi, son père, approuve le mariage. La fête se prépare … Puis… un rival jaloux sème mensonges, déploie intrigues et manipulations… Tout s’écroule. Le bonheur, n’est jamais acquis… il se construit et se mérite.

 

 

 

présentation du film, critique

LIRE notre annonce du film présenté lors du Festival Dans les jardins de William Christie 2025 : https://www.classiquenews.com/critique-festival-sainte-hermine-14e-festival-dans-les-jardins-de-william-christie-cinema-de-sainte-hermine-le-25-aout-2025-handel-ariodante-un-film-de-frederic-savoir-a-partir-dun-con/

CRITIQUE, festival. SAINTE-HERMINE, 14e Festival « Dans les Jardins de William Christie » (cinéma de Sainte-Hermine), le 25 août 2025. HANDEL : Ariodante (un film de Frédéric Savoir à partir d’un concert capté en live à la Philharmonie de Paris)

Le film Ariodante (opéra de G. F. Haendel), réalisé par Frédéric Savoir et produit par Lucy Allwood et Frédéric Savoir en co-production avec Les Arts Florissants, a été projeté en exclusivité au Cinéma Le Tigrede Sainte-Hermine ce mardi 25 août 2025. Cette séance s’inscrivait dans le cadre du 14e festival « Dans les Jardins de William Christie« , offrant ainsi une prolongation artistique à l’expérience festivalière. Le film avait préalablement été présenté en première mondiale au Grand Rex de Paris le 30 juin 2025, marquant un événement culturel majeur pour les amateurs d’opéra et de baroque… Lea Desandre incarne le rôle-titre avec une puissance vocale et émotionnelle rare. Son interprétation d’Ariodante, guerrier épris de Ginevra, est tout simplement renversante. Elle maîtrise avec agilité les coloratures exigeantes de Haendel, tout en exprimant avec une profondeur touchante les doutes et les souffrances de son personnage. Son air Scherza infida, moment clé de l’opéra, est livré avec une intensité poignante qui captive immédiatement le public…

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CRITIQUE, opéra. VERSAILLES, Opéra Royal, le 12 février 2026. LULLY / MOLIERE : Le Bourgeois gentilhomme. Denis Podalydès / Eric Ruf / Christian Lacroix / Christophe Coin

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Hier soir jeudi 12 février, l’Opéra Royal de Versailles a vibré au rythme des fastes de la comédie-ballet versaillaise. Pour la première d’une série de dix représentations tant attendues, la reprise du Bourgeois gentilhomme du duo Molière / Lully mis en scène par Denis Podalydès a une fois de plus fait mouche. Portée par une équipe artistique au sommet de son art, cette production – rodée sur les plus grandes scènes francophones depuis sa création il y a 15 ans au Théâtre des Bouffes du Nord ! – a trouvé un écrin à sa mesure dans le mirifique cadre de l’Opéra Royal, pour enchanter un public conquis d’avance.

 

Dès les premières mesures dirigées par le maestro Christophe Coin depuis son violoncelle, c’est une évidence : nous ne sommes pas là pour assister à une simple pièce de théâtre, mais pour vivre une expérience totale, une recréation savante et joyeuse de ce que fut le génie fusionnel de Molière et Lully. À la tête de musiciens de son Ensemble La Révérence (placés à cour), Christophe Coin tire de ses musiciens une énergie à la fois élégante et bondissante. Les intermèdes musicaux ne sont pas de simples pauses, mais de véritables respirations dramatiques, portées par la virtuosité des instrumentistes, avec un clavecin particulièrement étincelant sous les doigts d’Yvan Garcia.

Mais le théâtre, c’est d’abord une affaire de corps et de voix, et Denis Podalydès signe une mise en scène d’une intelligence lumineuse. Il restitue l’intégralité de l’œuvre, faisant dialoguer le texte ciselé de Molière et la musique dansante de Lully avec une fluidité confondante, sans jamais que l’un ne prenne le pas sur l’autre. Sa lecture met en avant la capacité d’étonnement et d’émerveillement de son héros, rendant son extravagance aussi touchante que risible. Et pour incarner cette folie douce, il fallait un comédien hors pair, qu’il a su trouver en la personne Pascal Rénéric : un Monsieur Jourdain monumental ! Il est tout à la fois, avec une énergie folle : le parvenu naïf, l’élève appliqué, le mari berné et l’illuminé du « Mamamouchi ». On rit de ses maladresses, mais on est étrangement ému par son désir d’être un autre. Face à lui, Isabelle Candelier campe une Madame Jourdain magnifique de bon sens et de verdeur populaire. Son franc-parler est un roc inébranlable dans le délire ambiant, et sa complicité avec la servante Nicole est un pur régal. Manon Combes, justement, est une Nicole irrésistible, insolente et drôle, dont la sincérité désarme et fait mouche à chaque réplique. La troupe des comédiens est d’une homogénéité rare. On savoure aussi les facéties de Julien Campani, aussi à l’aise en Maître de musique maniéré qu’en Dorante le parasite aristocrate, tandis que Jean-Noël Brouté compose un Covielle futé et complice, véritable moteur de l’intrigue  Autour d’eux, tous, du maître de philosophie aux laquais, servent la farce avec une précision d’horloger.

Visuellement, le choc est à la hauteur du lieu. Les décors d’Éric Ruf, fait d’immenses rouleaux de draps blancs évoquant à la fois l’étoffe du drapier et les coulisses du théâtre, installent une scénographie à la fois simple et d’une élégante évidence. C’est le terrain de jeu idéal pour les costumes, signés Christian Lacroix. Le couturier s’en est donné à cœur joie, opposant le monde austère et sombre de la bourgeoisie au technicolor flamboyant de l’aristocratie. Les costumes de la cérémonie turque sont un feu d’artifice, un délire baroque qui transporte littéralement le public dans un songe oriental. Et parce que le Bourgeois est aussi un ballet, la chorégraphe Kaori Ito insuffle de son côté une énergie virevoltante aux trois danseuses réunies ici : Windy Antognelli, Flavie Hennion et Artemis Stavridis. Leur présence, omniprésente et gracieuse, rythme les intermèdes et ajoute une touche de poésie aérienne à l’ensemble.

Côté musique, en plus de l’orchestre, les voix sont à l’avenant. La soprano Cécile Granger égrène ses airs de cour avec une grâce infinie, tandis que le haute-contre Romain Champion fait montre d’une maîtrise impressionnante, avec des aigus d’une clarté rare. Le ténor Jean-François Novelli et le baryton Marc Labonnette complètent ce plateau vocal d’exception, ce dernier étant un Grand Mufti mémorable, à la fois solennel et grotesque, lors de la cérémonie d’anoblissement, véritable morceau de bravoure du spectacle.

Lorsque pour finir, toute la troupe, comédiens, chanteurs, musiciens et danseurs, réunie sur le plateau, entonne le chœur final « Quels spectacles charmants, Quels plaisirs goûtons-nous !« , l’osmose est parfaite. Le public, debout, n’a pas tari d’applaudissements, saluant chaque artisan de cette fête totale. Sous le somptueux plafond royal, cette équipe de rêve a offert hier soir une leçon de théâtre musical, un moment de grâce pure où le génie de Molière et Lully a retrouvé toute sa jeunesse et sa superbe. Un enchantement à ne manquer sous aucun prétexte, jusqu’au 22 février à l’Opéra Royal donc !…

 

 

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CRITIQUE, opéra. VERSAILLES, Opéra Royal, le 12 février 2026. LULLY / MOLIERE : Le Bourgeois gentilhomme. Denis Podalydès / Eric Ruf / Christian Lacroix / Christophe Coin. Crédit photographique (c) Baptiste Lacaze / Opéra Royal de Versailles

 

 

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CRITIQUE, opéra. RENNES, Opéra, le 11 février 2026. DONIZETTI : Lucia di Lammermoor. Laura Ulloa, César Cortes, Stavros Mantis… Jakob Lehmann / Simon Delétang

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Première scène nationale à présenter le spectacle de Simon Delétang (objet d’une tournée globale de 17 dates dans l’Hexagone), l’Opéra de Rennes (récemment labellisé Théâtre d’intérêt national) convainc sans réserve : cette nouvelle Lucia relève tous les défis de l’opéra belcantiste. En fosse dans un rapport scène / salle toujours aussi délectable, le chef (Jakob Lehmann) sculpte et aiguise toutes les aspérités expressives du drame, quitte parfois à couvrir certains solistes, ou tendre jusqu’à la rupture l’arche des contrastes. Mais il obtient des musiciens de l’Orchestre National de Bretagne, une très riche palette de couleurs et de timbres (cors, bois, harpe, ruban incisif des cordes, jusqu’à l’harmonica de verre subtilement saillant et enveloppant au III) et à mesure que l’action avance et que peu à peu se profile le fameux grand air de folie de Lucia -sommet de l’ivresse désespérée [et ses visions éperdues], la baguette s’assouplit pour s’unir avec délices, aux voix du plateau.
Peu à peu comme l’Orchestre accompagne dans son calvaire [clarinette] la victime sacrifiée (Lucia), cette lave orchestrale, râpeuse et électrique, construit avec justesse, une vision glaçante qui fait de l’ouvrage une irrépressible machine cynique.

 

Au centre de cette arène déshumanisée, la force centrale rien que haineuse [ce, dès le premier chœur qui recherche l’étranger Edgardo, ennemi désigné des Ashton], s’immisce et règne sans limites, la rage d’Enrico, le frère diabolique prêt à vendre sa sœur pour sauver le clan. Ce système qui broie les individus au nom des intérêts claniques, achève tout autant l’aimé de Lucia, Edgardo qui dans la dernière scène, se suicide. Le ton est donné. Et la trajectoire sanguinaire et sacrificielle suit son fil grâce à l’implacable fatum produit par la fosse.

Donizetti renouvelle ainsi à sa façon, le Roméo et Juliette de Shakespeare, avec ce don personnel pour l’efficacité et l’étonnante diversité active de l’action : dans cette version originale (en trois actes, 1835), où tous les airs sont chantés, le spectateur peut à loisir mesurer, le rythme des enchaînements, et la grande inventivité des formes qui se succèdent : airs, duos, chœurs, avec le climax de la fin de l’acte II, sextuor sublime qui verrouille les destins opposés (au moment de la noce scellant le mariage forcé de Lucia avec Arturo).

 

 

Esthétique, glaçante, cynique…
la LUCIA de Simon Delétang
triomphe à l’Opéra de Rennes

 

Lucia di Lammermoor / Donizetti – sextuor de l’acte II (final)
Opéra de Rennes / Février 2026 – ©Laurent Guizard

 

La mise en scène de Simon Delétang, directeur du Théâtre de Lorient est sobre, épurée, esthétique, avec de claires références  à la peinture classique : les 3 arches néo antiques rappellent la sobre et monumentale lisibilité du Serment des Horace de David [même sens de l’épure et de la clarté], sans omettre l’immense représentation en 2 panneaux distincts disposés à cour et à jardin de la Judith décapitant Holopherne du Caravage [pour la scène de la folie, acte III, où Lucia paraît après avoir assassiné l’époux imposé, Arturo].
Le metteur en scène sans surligner à l’excès comme c’est souvent le cas, évoque de façon très habile, le contexte de l’Ecosse au XVIIè / XVIIIè, en jouant aussi sur les styles et les époques, comme les fraises Renaissance pour certains chanteurs du choeur, surtout pour la robe de mariage de Lucia, dont l’allure des étoffes et la grande corolle blanche ont rappelé  – situation semblable, la fameuse scène des noces dans le film La Reine Margot de Patrice Chéreau, – également contrainte par son frère (Charles X)… A Rennes, l’excellent chœur dynamise chaque séquence chorale avec une fraicheur expressive tout aussi remarquable (Mélisme(s), chœur en résidence à l’Opéra de Rennes). Tout cela est très finement réalisé, et pour sa première à l’opéra, le metteur en scène convainc tout du long.

Vocalement, l’homogénéité de la distribution est un facteur très favorable. Le trio central est superbement défendu : l’Enrico du baryton Stavros MANTIS est sobre, puissant, naturel, d’un démonisme glacial et manipulateur (en particulier quand il force Lucia au début de l’acte II, à se sacrifier, donc à accepter d’épouser Arturo pour sauver son propre honneur) : la jouissance de ce cynique fratricide quand elle cède est parfaitement exprimée … L’Edgardo de César CORTES incarne avec une intensité et une ardeur communicatives, à la fois l’aimé de Lucia mais aussi l’héritier tiraillé d’une famille meurtrie (les Ravenswood), assassinée (par Enrico). La performance compte de très beaux phrasés et une belle épaisseur émotionnelle.

 

Donizetti : Lucia di Lammermoor – Opéra de Rennes / fév 2026 – ©Laurent Guizard : Laura ULLOA (Lucia)

 

 

Dès son premier air (à la fontaine, évoquant le spectre à la lune), la Lucia de la soprano cubaine Laura ULLOA affirme une trajectoire convaincante aussi agile, tendre et délicate qu’intense et travaillée, … sachant bien marquer les passages où la jeune femme amoureuse du I affronte le macchiavélisme de son frère au II ; s’effondre psychiquement après l’intervention du chapelain Raimondo (très engagé Jean-Vincent BLOT) ; assassine puis délire dans la scène de folie au III. La voix est certes parfois petite mais son souci de la finesse et sa musicalité expriment toutes les nuances du rôle-titre avec une acuité d’autant plus séduisante que la cantatrice maîtrise son jeu scénique. Dans ce sens, son apparition en ange blanc tenant l’épée et le lys, au début de la scène de folie, est une image mémorable, alliant esthétique et vérité. Photos : © Laurent Guizard / Opéra de Rennes février 2026

 

Lucia di Lammermoor / Donizetti – Opéra de Rennes / Février 2026 – ©Laurent Guizard – Lucia et Edgardo

 

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Nouvelle production incontournable, à l’affiche pour 17 dates – Encore 2 dates à l’Opéra de Rennes, les 13 puis 14 février 2026 :
Lucia di Lammermoor | Opéra de Rennes
https://opera-rennes.fr/fr/evenement/lucia-di-lammermoor

 

 

Production événement reprise après Rennes, à Angers Nantes opéra, au Théâtre de Lorient, au Théâtre Impérial de Compiègne, à l’Opéra de Massy, à l’Opéra de Rennes.
Théâtre de Lorient – Centre dramatique national
3, 5 mars 2026
Angers Nantes Opéra – Grand Théâtre d’Angers
25 mars 2026
Angers Nantes Opéra – Théâtre Graslin de Nantes
12, 14, 15, 17 avril 2026
Opéra de Massy
22, 24 mai 2026
Théâtre Impérial – Opéra de Compiègne
30 mai 2026
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CRITIQUE, opéra. MONACO, Grimaldi Forum, le 9 février 2026. MOZART : Cosi fan tutte. A. Gonzalez, S. Hankey, P. Kellner, F. Manu, C. Bartoli, A. Corbelli. Orchestre de l’Opéra de Vienne. Lisa Padouvas / Patrick Lange

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Quel « Cosi », mes amis ! Donné avec l’Orchestre de l’Opéra de Vienne, ce Cosi fan tutte de W. A. Mozart a fait le bonheur du Grimaldi Forum de Monaco. Salle archi-comble. Près de deux mille personnes. Quasi fans toutes !

 

Ah, l’Orchestre de l’Opéra de Vienne ! On chercherait en vain plus de délicatesse, plus de souplesse, plus de précision, plus de velours pour servir la musique de Mozart. Cet orchestre semble dépositaire de l’esprit de ce compositeur. Le chef Patrick Lange, remplaçant Louis Langrée initialement prévu, l’a conduit à merveille.

On nous annonçait un spectacle « mis en espace ». Mais c’est à une vraie mise en scène qu’on a eu droit, avec décors (projetés sur grand écran), costumes, jeu d’acteurs. Les décors présentaient deux endroits d’un palace : un grand salon donnant sur la mer et un bar de luxe pour soirées glamour. Ambiance cosy pour ce « Cosi » ! Les personnages, en nœuds pap’ et robes du soir, utilisaient des téléphones portables, dont les sonneries étaient jouées au pianoforte, intégrées aux récitatifs mozartiens ! Le jeu d’acteurs avait été réglé on ne peut plus brillamment par la metteuse en scène Lisa Padouvas.

Nous parlions de l’esprit de Mozart . Il anima chacun des chanteurs venus de Vienne. En premier lieu Adriana Gonzalez, magnifique Fiordiligi – timbre lumineux, belle aisance vocale. Samantha Hanley nous servit une Dorabella élégante – mezzo chaleureux à l’aigu raffiné. Peter Kellner (Guglielmo) est le type-même d’une voix mozartienne : timbre clair, émission souple. Il paraît qu’il était souffrant (une annonce fut même faite…). On s’en est guère aperçu ! À ses côtés, Filipe Manu campait un Ferrando solide et séduisant, avec une voix plus belcantiste que mozartienne. Le vétéran italien Alessandro Corbelli fut un parfait Don Alfonso – grand ordonnateur des échanges amoureux qui constituent l’histoire de cet opéra. Ayant commencé sa carrière il y a… cinquante trois ans, il est toujours là à imposer son autorité et drôlerie.

Enfin, celle à qui l’on devait cette soirée enchanteresse : Cecilia Bartoli. Elle parut dans le rôle de Despina. Vive, malicieusement souveraine, parfaite musicienne. Elle a autant de présence scénique que l’ensemble de ses partenaires réunis ! Madame la directrice jouait la soubrette. Elle nous ravit dans l’un et l’autre rôle !

On a une requête à lui faire pour les années à venir : que Vienne revienne !

 

 

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CRITIQUE, opéra. MONACO, Grimaldi Forum, le 9 février 2026. MOZART : Cosi fan tutte. A. Gonzalez, S. Hankey, P. Kellner, F. Manu, C. Bartoli, A. Corbelli. Orchestre de l’Opéra de Vienne. Lisa Padouvas / Patrick Lange. Crédit photo (c) Opéra de Monte-Carlo

 

 

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