dimanche 21 juillet 2024

CRITIQUE, récital lyrique. PARIS, Cathédrale Saint-Louis des Invalides, le 30 mai 2024. A ROOM OF MIRRORS : Airs italiens du 17ème siècle. Ensemble I Gemelli / Emiliano Gonzalez-Toro / Zachary Wilder.

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.

 

C’est une riche programmation qu’a concocté, pour la 30ème Saison Musicale des Invalides, la passionnée et très pédagogue (elle présente chacun des concerts mis à l’affiche) Christine Dana-Helfrich, la cheffe de la “mission musique” du Musée de l’Armée, sis dans l’Hôtel National des Invalides qui prête deux lieux exceptionnels pour la tenue des concerts : la sublime Cathédrale Saint-Louis des Invalides et le Grand Salon des Invalides. Alors que la saison 23/24 touche a sa fin, et que la non moins riche et intéressante programmation 24/25 vient d’être dévoilée, c’est dans la majestueuse nef de la Cathédrale, à quelques mètres du célébrissime cénotaphe de Napoléon 1er, qu’a lieu le concert du 30 mai, qui réunit l’Ensemble I Gemelli et son co-fondateur, le ténor suisse (d’origine chilienne) Emiliano Gonzalez-Toro, aux côtés son fidèle compagnon de route, le ténor britannaico-américain Zachary Wilder, pour interpréter la plupart des airs de leur magnifique album “A room of mirrors” (sorti en 2022). 

 

 

Ce disque, comme le récital de ce soir, fait la part belle au premier baroque italien, avec un ensemble d’arias tirés d’ouvrages du maestri italiens du 17ème siècle, dont peut-être un des noms est connus (Sigismondo d’India), mais tous les autres inconnus même de l’amateur de musique baroque (Andrea Falconeri, Angelo Notari, Biagio Marini…). Tous les airs retenus expriment avant tout les passions et vertiges émotionnels propre à l’ère baroque, avec ses airs de déploration, de jalousie, d’amours incendiaires, de rivalité amoureuse, et autre exaltation tragique (mais aussi parfois comique) de l’âme humaine. 

Après une présentation instructive et laudative de Mme Dana-Helfrich, ce sont les deux ténors qui endossent l’habit de “maîtres de cérémonie”, en prenant l’un après l’autre la parole pour présenter, de manière très didactique également mais avec souvent beaucoup d’humour, les différents airs interprétés – qui figurent tous dans l’album (qui en contient quatorze, parmi lesquels 12 ont été ici retenus). Nous ne les égrèneront pas tous les uns après les autres, cela serait fastidieux, mais nous retiendrons en premier lieu l’air “Damigelle tutta bella” de Vincenzo Calestani, d’une part parce que de l’aveu même des deux hommes, c’est leur air préféré du disque (qui figure d’ailleurs en première position dans l’enregistrement discographique, et qu’ils reprendront, et pour cause, en guise de bis à la fin du concert…), mais aussi parce qu’il nous trotte encore dans la tête au moment où nous écrivons ces lignes, au lendemain du concert ! Cette mélodie lancinante installe un vrai dialogue entre les deux artistes, par ailleurs remarquablement accompagnés par l’orchestre, aussi vif que parfaitement coordonné, dont on remarque la présence des fidèles Violaine Cochard (au clavecin), Nacho Laguna (au théorbe et à la guitare), Louise Bouedo (à la viole de gambe) etc. 

On retiendra également l’air “Dialogo della rosa” de Sigismondo d’India, dont la beauté est sublimée à la faveur de ces deux timbres de voix différents, mais aussi beau l’un que l’autre, unis dans un tendre et délicat dialogue qui finit dans un souffle évanescent… Plus drôle est l’aria “La Vecchia innamorata” (de Biagio Marini), interprété par Zachary Wilder, qui moque l’ardeur amoureuse d’une femme mûre pour un jouvenceau, mais en offrant toutes une palette d’intentions pour être tour à tour la vieille, le jeune amant, et la jeune promise ! Et bien sûr, tout cela est joué avec talent car le ténor est également  (on le savait déjà…) un excellent comédien ! Un air drolatique qui contraste avec deux sublimes  plaintes qui suivront, celle de Sigismondo d’India, “Piangono al pianger mio”, et celle de “Giunto alla tomba” (du même auteur), où la voix chaude de Gonzalez-Toro (ici en solo) fait merveille et étreint la gorge. 

Intercalées entre les pièces chantées, des pièces purement instrumentales, telle la « Folia echa mi señora » d’Andrea Falconieri, interprétée d’abord grand talent par Nacho Laguno, en solo à la guitare, puis repris avec une belle énergie par l’ensemble de la formation. Car les instrumentistes ne sont certes pas en reste dans ces nombreux dialogues où s’enlacent, dans d’éloquentes volutes, les voix deux compères – et comment ne pas citer ainsi la souveraine harpe de Marie-Domitille Murez ou encore la flûte virevoltante de Meillane Wilmotte, comme dans l’air Se l’aura spira d’Andrea Falconieri !

Plus qu’un programme réussi, ce concert est un plaisir irrésistible et un antidote aux afflictions du monde !

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CRITIQUE, récital lyrique. PARIS, Cathédrale Saint-Louis des Invalides, le 30 mai 2024. A ROOM OF MIRRORS : Airs italiens du 17ème siècle. Ensemble I Gemelli / Emiliano Gonzalez-Toro / Zachary Wilder. Photos (c) Emmanuel Andrieu.

 

VIDEO : Zachary Wilder et Emiliano Gonzalez-Toro interètent « Damigella tutta bella » de Vincenzo Calestani

 

 

Le disque « A room of mirrors » est également disponible sur le site de I Gemelli Factory :

Boutique 2

 

 

 

 

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