mercredi 14 octobre 2026
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CRITIQUE, opéra. MONACO, Grimaldi Forum, le 9 février 2026. MOZART : Cosi fan tutte. A. Gonzalez, S. Hankey, P. Kellner, F. Manu, C. Bartoli, A. Corbelli. Orchestre de l’Opéra de Vienne. Lisa Padouvas / Patrick Lange

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Quel « Cosi », mes amis ! Donné avec l’Orchestre de l’Opéra de Vienne, ce Cosi fan tutte de W. A. Mozart a fait le bonheur du Grimaldi Forum de Monaco. Salle archi-comble. Près de deux mille personnes. Quasi fans toutes !

 

Ah, l’Orchestre de l’Opéra de Vienne ! On chercherait en vain plus de délicatesse, plus de souplesse, plus de précision, plus de velours pour servir la musique de Mozart. Cet orchestre semble dépositaire de l’esprit de ce compositeur. Le chef Patrick Lange, remplaçant Louis Langrée initialement prévu, l’a conduit à merveille.

On nous annonçait un spectacle « mis en espace ». Mais c’est à une vraie mise en scène qu’on a eu droit, avec décors (projetés sur grand écran), costumes, jeu d’acteurs. Les décors présentaient deux endroits d’un palace : un grand salon donnant sur la mer et un bar de luxe pour soirées glamour. Ambiance cosy pour ce « Cosi » ! Les personnages, en nœuds pap’ et robes du soir, utilisaient des téléphones portables, dont les sonneries étaient jouées au pianoforte, intégrées aux récitatifs mozartiens ! Le jeu d’acteurs avait été réglé on ne peut plus brillamment par la metteuse en scène Lisa Padouvas.

Nous parlions de l’esprit de Mozart . Il anima chacun des chanteurs venus de Vienne. En premier lieu Adriana Gonzalez, magnifique Fiordiligi – timbre lumineux, belle aisance vocale. Samantha Hanley nous servit une Dorabella élégante – mezzo chaleureux à l’aigu raffiné. Peter Kellner (Guglielmo) est le type-même d’une voix mozartienne : timbre clair, émission souple. Il paraît qu’il était souffrant (une annonce fut même faite…). On s’en est guère aperçu ! À ses côtés, Filipe Manu campait un Ferrando solide et séduisant, avec une voix plus belcantiste que mozartienne. Le vétéran italien Alessandro Corbelli fut un parfait Don Alfonso – grand ordonnateur des échanges amoureux qui constituent l’histoire de cet opéra. Ayant commencé sa carrière il y a… cinquante trois ans, il est toujours là à imposer son autorité et drôlerie.

Enfin, celle à qui l’on devait cette soirée enchanteresse : Cecilia Bartoli. Elle parut dans le rôle de Despina. Vive, malicieusement souveraine, parfaite musicienne. Elle a autant de présence scénique que l’ensemble de ses partenaires réunis ! Madame la directrice jouait la soubrette. Elle nous ravit dans l’un et l’autre rôle !

On a une requête à lui faire pour les années à venir : que Vienne revienne !

 

 

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CRITIQUE, opéra. MONACO, Grimaldi Forum, le 9 février 2026. MOZART : Cosi fan tutte. A. Gonzalez, S. Hankey, P. Kellner, F. Manu, C. Bartoli, A. Corbelli. Orchestre de l’Opéra de Vienne. Lisa Padouvas / Patrick Lange. Crédit photo (c) Opéra de Monte-Carlo

 

 

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VERSAILLES, Opéra Royal. LULLY : Roland. Lundi 9 mars 2026. Jérôme Boutillier, Karine Deshayes… I Gemelli, Emiliano Gonzalez Toro et Mathilde Etienne, direction

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Cette nouvelle production en version concert du Roland de Lully annonce un éclairage inédit sur la musique du premier compositeur du règne de Louis XIV. Passionné par les pratiques historiquement informées et la relecture des sources, l’ensemble I Gemelli fondé par Emiliano Gonzalez Toro et Mathilde Étienne propose ainsi une nouvelle lecture de l’un des plus beaux opéras de Lully, fondée en particulier sur un examen renouvelé du récitatif italien, de la déclamation (avec une approche spécifique sur le vers français).

 

 

Pour ce faire, I Gemelli s’associent aux Pages et aux Chantres du CMBV, préparés par Fabien Armengaud, et utilisent les instruments du parc instrumental du CMBV en approfondissant la réflexion sur les anches et les archets, mais aussi sur la déclamation, l’ornementation, le rapport au théâtre et à la danse.

un son jamais entendu jusqu’ici

Ce Roland n’est pas un pas de côté dans notre répertoire mais une suite logique. L’opéra est né à Florence et Lully est un Florentin émigré à Paris. (…) Notre méthode reste inchangée : autonomisation des chanteurs, respect des sources et de la partition. La nouveauté c’est l’approche sur la danse. Nous avons travaillé avec une chorégraphe pour comprendre les tempi et les articulations et l’orchestre qui est très fourni. Nous avons expérimenté la facture instrumentale (violons, archets, hautbois) et la position de l’orchestre. On s’attend à un son jamais entendu jusqu’ici » précise Mathilde Etienne.

 

De la comédie chez Lully

« Il s’agit aussi de faire ressortir la comédie de cette œuvre : pour une raison que je ne m’explique pas, on rechigne souvent à admettre qu’il y a de la comédie dans les opéras, et en particulier dans les opéras baroques. Le livret de Roland est tiré de l’Orlando furioso de l’Arioste, une épopée pleine de fantaisie et d’ironie, ce n’est pas un opéra sérieux. Tout notre travail musical, vocal et interprétatif sera donc de tâcher de faire ressortir l’humour et la légèreté, et cela passe par le respect à la lettre des indications du compositeur et du librettiste. » Emiliano Gonzalez Toro

 

 

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LULLY, ROLAND – version de concert
Lundi 9 mars 2026, 20h
VERSAILLES, Opéra Royal 
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’Opéra Royal de Versailles : https://www.operaroyal-versailles.fr/event/lully-roland/
3h, entracte inclus
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distribution

Jérôme Boutillier |  Roland
Karine Deshayes | Angélique
Alix Le Saux |  Logistille, la fée principale
Juan Sancho |  Médor
Lila Dufy |  Témire
Victor Sicard |  Demogorgon
Pierre Derhet |  Coridon, Astolfe
Nicolas Brooymans |  Ziliante, un suivant
Pierre-Emmanuel Roubet |  Tersandre
Amandine Sanchez Bélize | une suivante

Les Pages et les Chantres du Centre de Musique Baroque de Versailles
Ensemble I Gemelli
Emiliano Gonzalez Toro et Mathilde Etienne, direction

 

 

 

Roland, fragilité du héros amoureux

Roland de Lully (portrait ci-contre) est un ouvrage majeur dans le catalogue du premier compositeur de Louis XIV au sein de sa coopération avec le librettiste Quinault. Représenté à Versailles en présence du Roi le 18 janvier 1685, il est repris huit fois à la cour, puis au Palais Royal. L’ouvrage est à nouveau joué pour célébrer le mariage du duc de Bourgogne en 1697 et pendant tout le dix-huitième siècle jusqu’en 1755, à Paris comme à Versailles.
Au moment où le Roi est au sommet de sa puissance, depuis son palais où la cour à sa résidence définitive depuis 1682, Lully plonge dans l’histoire héroïque, inspiré de l’Orlando furioso de l’Arioste. La trame dévoile le pouvoir du désir et de l’amour : le héros Roland aime passionnément Angélique qui lui préfère Médor. La folie dévore le cœur de Roland qui recouvre la raison grâce à la fée Logistille.
La partition recueille le métier et l’expérience du Lully le plus inspiré : Roland est fait partie des 3 derniers opéras tullistes avec Persée et l’ultime Armide.
Le rôle-titre souligne la fragilité et l’humanité du héros, son délire et sa folie (Acte IV : « Je suis trahi ! Ciel ! »). L’autre protagoniste de cette partition fleuve est aux côtés du portrait profond, sincère de Roland, l’orchestre (à 5 parties). Lully en a conçut la partie pour un effectif important regroupant la Grande Écurie et la Chambre du Roy : la grande Chaconne annonce déjà l’ampleur et le souffle poétique de la Passacaille d’Armide.

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CRITIQUE, opéra. LILLE, Opéra de Lille, le 10 février 2026. JANACEK : L’Affaire Makropoulos. A. Stundyte, D. Pivniskyi, R. Adams, J.Hnyk… Kornel Mundruczo / Dennis Russell Davies

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Le souffle de l’éternité a balayé la scène de l’Opéra de Lille dans une reprise de la production acclamée de L’Affaire Makropoulos écrite par le maître tchèque Leoš Janáček. Signée par le cinéaste et metteur en scène hongrois Kornél Mundruczó, cette réalisation initialement créée pour l’Opéra des Flandres en 2016, a été ravivée pour la scène lilloise avec une intelligence scénique et une force musicale remarquables. L’union de la direction inspirée de Dennis Russell Davies à la tête de l’Orchestre National de Lille et d’une distribution solide, menée par l’électrisante Ausrine Stundyte, a offert une soirée d’opéra d’une profonde réflexion philosophique et d’une rare intensité dramatique.

 

Le choix de confier cette œuvre à Kornél Mundruczó s’est révélé une brillante idée (d’Aviel Cahn à l’époque…). Le directeur hongrois, dont le travail oscille constamment entre réalisme brut et transcendance, trouve dans le livret de Janáček un terrain d’expérimentation idéal. En lieu et place du traditionnel décor naturaliste, Mundruczó et sa scénographe Monika Pormale proposent un espace épuré, fluide et cinématographique. L’action, bien que restant ancrée dans le Prague des années 1920, est transposée dans des décors abstraits qui suggèrent plus qu’ils ne montrent. L’étude de l’avocat Kolenatý du premier acte devient un bureau aux murs de verre et de métal, froide cathédrale administrative où s’empilent des archives comme des preuves du temps qui s’écoule. La chambre d’hôtel du dernier acte, espace de la révélation ultime, est un lieu de confinement presque aseptisé, baigné par les lumières cliniques de Felice Ross, où l’héroïne semble prisonnière de sa propre existence.

Mundruczó excelle à matérialiser l’aliénation d’Emilia Marty. Il utilise la vidéo avec parcimonie, projetant parfois des fragments d’archives, des visages flous ou des paysages évanescents, comme des échos des nombreuses vies passées du personnage. Sa direction d’acteurs insiste sur la physicalité : les protagonistes sont souvent isolés au milieu de vastes espaces, leurs gestes empreints d’une lassitude ou d’une tension palpable. Ce traitement visuel renforce magistralement le propos central de l’œuvre : une vie étirée sur trois siècles brûle les sentiments, laissant place à un détachement glacial et à une fatigue métaphysique.

Le grand événement de cette reprise fut l’arrivée, en remplacement de Véronique Gens, de la soprano lituanienne Ausrine Stundyte dans le rôle-titre d’Emilia Marty. Spécialiste des héroïnes tourmentées (Ah ses incarnations de Lady Macbeth de Mtensk et autre Renata (dans L’Ange de feu de Prokofiev) à Lyon !…), l’incandescente soprano lituanienne a apporté une profondeur psychologique vertigineuse au personnage. Vocalement, son instrument est d’une souplesse et d’une puissance intimidantes, capable de lignes lyriques d’une grande pureté comme d’éclats dramatiques qui transpercent l’orchestre. Scéniquement, elle incarne à la perfection la femme-centenaire : une beauté marmoréenne, un port altier, mais surtout un regard d’une infinie lassitude, traversé par des éclairs d’ironie ou de désespoir. Son monologue final, où elle révèle son secret et renonce à l’élixir, fut un moment d’une densité dramatique absolue, porté par une vocalité à la fois fragile et lumineuse.

 

 

Elle était entourée d’un ensemble de comprimari d’une remarquable cohésion, à commencer par Robin Adams qui a campé un Baron Jaroslav Prus rigide et méfiant, dont la prestance de baryton s’est peu à peu fissurée pour laisser voir la fascination puis la blessure paternelle. Son chant, précis et autoritaire, a parfaitement servi la complexité du personnage. Denys Pivnitskyi (Albert Gregor) a offert son ténor ardent et désespéré, traduisant avec une énergie juvénile l’obsession amoureuse et l’avidité du jeune héritier. Son engagement scénique était total. Jan Hnyk (Dr Kolenatý) a impressionné par sa basse solide et son autorité naturelle, incarnant avec justesse l’homme de loi pragmatique et légèrement cynique, déstabilisé par les révélations surnaturelles de Marty. Jean-Paul Fouchécourt (Comte Hauk-Šendorf) a apporté une touche de pathos et de folie douce avec une composition mémorable. Son timbre ténor gardant des couleurs claires, il a été touchant en vieillard sénile revivant un amour perdu. Dans le personnage clé de Krista, Marie-Andrée Bouchard-Lesieur a déployé une émouvante voix de mezzo, contrastant avec la froideur de Marty. Son jeu a traduit l’admiration puis le rejet de la jeune chanteuse face au « modèle » qu’elle idolâtre. Florian Panzieri (Janek) a su rendre avec sensibilité la naïveté et la tragique passion du jeune fils de Prus, tandis que Mathilde Legrand, dans les doubles rôles de la Femme de ménage et de la Servante d’hôtel, a apporté une présence vocale et dramatique notable.

La grande force de cette production a également résidé dans la symbiose parfaite entre la scène et la fosse. Le chef américain Dennis Russell Davies a dirigé l’Orchestre National de Lille avec une maîtrise et une compréhension intime de la partition de Janáček. Il a su exalter la nervosité rythmique, les couleurs instrumentales acides et les brusques changements d’atmosphère qui caractérisent cette musique. Russell Davies a surtout fait ressortir le paradoxe musical de l’œuvre : une surface fragmentée, composée de motifs courts et répétitifs, qui traduit l’agitation du monde et la superficialité des interactions, sous laquelle couve un lyrisme intense et douloureux, libéré seulement dans les moments de vulnérabilité extrême du personnage principal. L’orchestre a répondu avec une agilité et une puissance sonore magnifiques, créant une tension dramatique continue, du prosaïsme du bureau d’avocat à l’épure tragique de la chambre d’hôtel.

Ensemble, tous ces fabuleux artistes ont donné vie à la question vertigineuse posée par Čapek et Janáček : une vie sans fin est-elle encore une vie ? La réponse, glacée et magnifique, résonne longtemps après la chute du rideau.

 

 

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CRITIQUE, opéra. LILLE, Opéra de Lille, le 10 février 2026. JANACEK : L’Affaire Makropoulos. A. Stundyte, D. Pivniskyi, R. Adams, J.Hnyk… Kornel Mundruczo / Dennis Russell Davies. Crédit photographique © Frederic Iovino

 

 

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ENTRETIEN avec Oliver GRUHN à propos de sa version des 7 derniers Lieder de Richard Strauss

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Le compositeur Berlinois Oliver GRUHN propose une nouvelle versiondes « derniers Lieder » de Richard Strauss ; si l’on savait qu’ils n’étaient en rien 4, mais… 5 (depuis la révélation du dernier Lied avéré « Malven », tenu secret jusque là par sa dédicataire, la cantratrice Maria Jeritza), Oliver Gruhn va plus loin encore ; après une enquête musicologique minutieuse, se précisent en réalité… 7 Lieder que Richard Strauss conçoit dans la dernière période créatrice, et qui approfondissent encore sa découverte des poèmes d’Hermann Hesse. Il revient au compositeur contemporain d’avoir ainsi rétabli pour certains dans une parure orchestrale complétée (« Nacht »), une nouvelle succession lyrique et orchestrale qui renouvelle totalement notre connaissance du dernier Strauss. Le résultat se dévoile dans son récent cd intitulé « BEZAUBERT », en une totalité renouvelée, dont la cohérence poétique et musicale convainc absolument. Explications…

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CLASSIQUENEWS :  Pourquoi avez-vous décidé de compléter le cycle des 4 derniers lieder ? Sur quels éléments historiques vous êtes-vous appuyé pour cet ajout ?

OLIVER GRUHN : Les « Quatre derniers lieder » m’accompagnent depuis très longtemps ; ils m’ont captivé depuis ma jeunesse. En examinant la partition, on remarque d’indiscutables incohérences dans les indications de date. La question qui en résulte est : que s’est-il passé dans le deuxième mois précisément, entre la composition d’« Im Abendrot / Le Crépuscule » et de « Frühling / Printemps », alors qu’il fallait généralement environ un mois à Strauss pour terminer chacun de ses autres lieder ? Cette question trouve rapidement une réponse : c’est « Ruhe, meine Seele », qu’il a orchestré pour la première fois, 54 ans après sa composition. Mais la succession actuelle elle-même des lieder interroge. Ce cycle des  » Quatre derniers lieder  » est une compilation de l’éditeur Dr. Ernst Roth, – réalisée après la mort de Strauss, pas par Strauss lui-même.
N’existait-il pas plus de lieder dans cette dernière période, et qui n’ont pas été retenus dans le cycle ? Si oui, pourquoi ? « Malven » n’existe que comme une mélodie pour piano. Maria Jeritza, à qui Strauss a dédié ce lied, l’a gardée pour elle-même, tout au long de sa vie, de sorte que Strauss n’a jamais eu la chance de l’orchestrer, même s’il a demandé son retour après l’avoir copiée.

En lisant la table des matières des carnets de croquis de Strauss, je suis tombé sur le fragment « Nacht » d’après le poème d’Hermann Hesse. Il y est noté directement après « Beim Schlafengehen / en se couchant », indiquant une cohérence chronologique directe (le coucher, puis la nuit). Il est également établi que Strauss avait déjà marqué certains des vers de Hesse dans son recueil de poèmes de Hesse, et « Höhe des Sommers » a été copié dans ce même carnet. Par conséquent, on peut supposer que les « Quatre derniers lieder », telles qu’elles sont actuellement connus, ne concentrent pas la totalité des œuvres orchestrale ultimes de Strauss. À mon avis, Strauss n’a tout simplement pas eu assez de temps à la fin de sa vie pour réaliser pleinement toutes ses idées, en raison de son âge avancé et de sa mauvaise santé. Ainsi, ce sont les incohérences dans les entrées datées révélant les deux lieder manquants, ainsi que le fragment « Nacht » qui sont directement liés aux lieder que nous connaissons, et qui, selon moi, sont inséparablement liés à eux.

 

CLASSIQUENEWS : Qu’avez-vous exactement compilé à cette fin?

OLIVER GRUHN : Le plus important, à mon avis, c’est de rétablir les lieder dans l’ordre chronologique. Mon expérience de compositeur me permet de comprendre le processus de développement d’un tel cycle de chansons.  À partir de « Im Abendrot », il ne s’agit pas d’un adieu, mais d’une interrogation. Le printemps (« Frühling ») qui suit est maintenant le premier poème de Hesse mis en musique. Le parcours se poursuit avec « Beim Schlafengehen / Au coucher » et « Nacht / Nuit », le manuscrit lui-même indiquant clairement la tonalité en ré mineur.
Il n’y a pas d’alternative raisonnable que de le placer là, car « septembre » commence en ré majeur. Cela a un effet immense lorsque, de cette couleur sombre, le mois de septembre se tourne à nouveau vers la lumière. Enfin s’isncrit le point final du cycle, dans la même tonalité qu’ « Abendrot », – cette tonalité que Strauss affectionnait particulièrement :  mi bémol majeur- : « Malven »/ les mauves.

 

CLASSIQUENEWS : Quelle est la signification générale, les thèmes des poèmes ajoutés ? Qu’apporte leur présence aux 4 lieder déjà connus ? 

OLIVER GRUHN : Dans le contexte de l’Après Guerre,  « Ruhe, meine Seele » a une toute autre signification. Timothy Jackson est d’avis depuis près de 40 ans, du point de vue de la théorie musicale, que l’orchestration de cette chanson est très étroitement liée aux autres lieder. « Nacht » est le prolongement profond de « Beim Schlafengehen / Au coucher » : dans cette mélodie, Strauss conclut la paix avec la mort ; il l’embrasse musicalement. Cela apporte une nouvelle dimension à ce cycle, ce n’est pas un adieu à la vie car les lieder suivants : « September » et surtout « Malven / Les mauves » effacent toute lourdeur. Chacun contemple la vie qui s’efface tout en exprimant confiance et sérénité.

 

CLASSIQUENEWS : Quels sont les éléments de votre orchestration ? Comment avez-vous réussi à composer dans le style de Richard Strauss et à vous en libérer ? Quels instruments, quels mélanges de sonorités avez-vous privilégié ?

OLIVER GRUHN : Je commence dans l’autre sens. Il est essentiel de se libérer complètement en tant que compositeur si l’on veut compléter Strauss. Il ne s’agit pas de copier son écriture, mais de s’y soumettre, de la comprendre pour trouver ainsi une suite à son idée musicale. Ce qui est vraiment difficile, c’est de savoir ce qu’il y a entre les partitions, ce qu’il fait quand et pourquoi ? Ce travail ressemble un peu à un « profiler », mais ici dans le sens musical, mon objectif étant de créer une solution aussi proche que possible du matériel musical existant, afin de développer la cellule musicale et de rendre l’intention de Strauss audible dans son propre sens. Il faut comprendre ce processus de création.
L’orchestration est très claire dans son œuvre tardive. Les cordes séparées et les connexions, en particulier avec les instruments à vent, sont extrêmement efficaces pour créer un son large qui correspond aux humeurs respectives des lieder. Dans le Printemps, à plusieurs endroits, les clarinettes jouent en position très haute avec les flûtes. Il s’agit d’un son très spécifique, et c’est exactement le coloris emblématique de ce lied.
Chacune de mes orchestrations souhaitent s’inscrire  dans la direction originelle, celle exprimée par Strauss. Dans « Malven », cela se fait par la combinaison des cordes avec les bois, où il faut savoir quel instrument joue dans un accord et dans quelle position ; par exemple, est-ce le hautbois ou la clarinette qui doit jouer les tierces ?

 

les derniers Lieder de Strauss
ne sont pas 4 mais … 7 !

 

CLASSIQUENEWS : Quels sont les éléments de votre orchestration ? Comment avez-vous réussi à composer dans le style de Richard Strauss et à vous en libérer ? Quels instruments, quels mélanges de sonorités avez-vous privilégié ?

OLIVER GRUHN : Je commence dans l’autre sens. Il est essentiel de me libérer complètement en tant que compositeur pour compléter Strauss. Il ne s’agit pas de copier son écriture, mais de s’y soumettre, de la comprendre pour trouver ainsi une suite à son idée musicale. Ce qui est vraiment difficile, c’est de savoir ce qu’il y a entre les partitions, ce qu’il fait quand et pourquoi ? Ce travail ressemble un peu à un « profiler », mais ici dans le sens musical, mon objectif étant de créer une solution aussi proche que possible du matériel musical existant, afin de développer la cellule musicale et de rendre l’intention de Strauss audible dans son propre sens. Il faut comprendre ce processus de création.
L’orchestration est très claire dans son œuvre tardive. Les cordes séparées et les connexions, en particulier avec les instruments à vent, sont extrêmement efficaces pour créer un son large qui correspond aux humeurs respectives des lieder. Dans le Printemps, il y a par exemple quelques endroits où les clarinettes jouent en position très haute avec les flûtes. Il s’agit d’un son très spécifique, et c’est exactement le coloris emblématique de ce lied.
Chacune de mes orchestrations souhaitent s’inscrire  dans la direction originelle, celle exprimée par Strauss. Dans « Malven », cela se fait par la combinaison des cordes avec les bois, où il faut savoir quel instrument joue dans un accord et dans quelle position, est-ce le hautbois ou la clarinette qui doit jouer les tierces ?

 

CLASSIQUENEWS : Quelle est la dramaturgie globale des 7 chansons dans son nouvel épisode ? En quoi cette nouvelle architecture musicale renouvelle-t-elle notre perception et notre connaissance du dernier Strauss? Comment cela éclaire-t-il le sens général du cycle?

OLIVER GRUHN : Jusqu’à présent, on prétendait que les « Quatre derniers lieder » étaient le testament musical de Richard Strauss. Du point de vue actuel et avec l’état actuel des connaissances, on peut constater que précisément les trois chansons mentionnées se rattachent à cette construction et que Strauss avait certainement encore des plans pour d’autres mélodies.
Alors que le « Abendrot / Soleil couchant » se trouve au début du nouveau cycle, une question se pose à laquelle il faut répondre dans les lieder suivants : « Est-ce la mort ? » S’ensuit la confrontation avec la détresse personnelle voire l’agitation dans « Ruhe, meine Seele / Calme, mon âme ».

Le changement harmonieux de « Frühling / Printemps » qui suit, incarne toutefois la floraison renouvelée. Cela se traduit par un changement rapide du do mineur initial à la solidification en mi bémol majeur.

Une nouvelle atmosphère, plus calme encore se déploie dans « Beim Schlafengehen / Au coucher ». Le grand solo de violon prépare le terrain pour « Nacht », là aussi le violon joue un rôle dans le poème d’Hesse. Ce lied montre la confrontation réelle avec la mort. Strauss fait la paix avec lui-même, mais cela ne veut pas dire qu’il ne veut pas continuer de manière positive. « September » montre la conscience de l’effacement et pourtant, en rétrospective, le regard affectueux sur la vie complète. Et « Malven / Les mauves » ne sont rien d’autre qu’une déclaration d’amour.  Gai et estival dans le geste, où les fleurs qui s’envolent ne montrent qu’une prémonition de l’adieu.

 

CLASSIQUENEWS : Quel est le lien poétique avec l’œuvre de Hermann Hesse ? Quels thèmes poétiques ont particulièrement inspiré Richard Strauss ?

OLIVER GRUHN : Strauss n’a découvert Hermann Hesse que le jour de sa mort. Néanmoins, vu de l’extérieur, cette conjonction est celle d’une combinaison idéale entre poésie et musique, une alliance réussie désormais emblématique du romantisme tardif. Je crois que quelque chose a changé dans la conscience de Strauss après qu’il ait lu cette poésie. Les poèmes qu’il avait encore l’intention de mettre en musique parlent des souvenirs de jeunesse, de son Italie bien-aimée, des Alpes, de la fugacité, du souvenir de la première guerre mondiale et de  » croyance, amour espérance « , comme il l’écrit lui-même.
Mais il nous parle surtout, du renouveau, comme cela paraît si joliment dans « Frühling / Printemps ». On ne peut qu’imaginer à quel point les poèmes l’ont ému ; l’impression poétique doit avoir été très forte ; ce n’est pas pour rien que douze des poèmes de Hesse ont inspiré Strauss pour des mises en musique, dont trois lieders sont bien connus aujourd’hui, et deux existaient jusqu’ici comme fragments, à savoir « Nacht », et le projet d’une ultime œuvre chorale (« Besinnung »).

 

CLASSIQUENEWS : Comment ce projet s’intègre-t-il dans votre œuvre? Comment Hermann Hesse vous inspire-t-il?

OLIVER GRUHN : La poésie de Hermann Hesse m’accompagne depuis des décennies. Elle a été et est toujours une source d’inspiration pour beaucoup de mes propres mélodies. Hesse sait saisir et exprimer chaque situation de la vie, dans l’émotivité et dans une formulation qui invitent à les habiller en musique. Une rencontre inattendue avec Richard Strauss s’est produite lorsque j’ai mis en musique le poème  « Höhe des Sommers / Hauteur de l’été » en 2014. Comme mes recherches ultérieures l’ont révélé, à ma grande surprise, c’était justement le poème que Strauss avait l’intention de mettre en musique après  « Malven ». Le compositeur l’avait noté dans son carnet de croquis, mais il n’a pas été mis en œuvre.

Ainsi la conclusion sur le CD : « Sommerliebe / mon amour d’été », qui évoque comment la forme du lied avec orchestre trouve son chemin vers l’époque actuelle. Le chemin vers le cycle complet de Strauss a été assez long, il a commencé par l’orchestration de « Malven / Les mauves ».
C’était un travail qui s’est intercalé entre mes propres compositions en 2020. Plus tard, cela a continué avec une immersion plus profonde dans la création tardive de lieder de Strauss et mon achèvement de « Nacht ». Il s’agissait cependant d’un travail de recherche plus long qui, pour moi, a également mis en lumière le contexte musicologique et historique. Ce n’était pas mon intention d’incorporer mes propres idées dans l’œuvre de Strauss, mais simplement de faire entendre la musique fragmentaire du maître.
Aujourd’hui, la mélodie avec orchestre occupe depuis quelques années l’essentiel de mon travail. Pour moi, il est important de ne pas rompre avec la tradition, mais de s’appuyer sur elle et de la développer. Et le fait qu’Hesse continue d’être pour moi une source d’inspiration permanente se manifeste dans mon prochain cycle de lieder orchestraux pour basse « Das Buch der rauschenden Lieder  / Le recueil de mélodies », dans lequel j’ai mis en musique 12 poèmes exclusivement de Hermann Hesse.

 

Propos recueillis en février 2026

 

 

 

LIRE aussi notre présentation du CD « BEZAUBERT », les 7 derniers lieder de Strauss, nouveau cycle historique enfin recomposé par Oliver Gruhn :
https://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-bezaubert-les-7-derniers-lieder-de-richard-strauss-hommage-pour-le-150eme-anniversaire-de-la-naissance-de-hermann-hesse-diana-schnurpel-soprano-st/

Le compositeur Berlinois Oliver Gruhn questionne le dernier cycle orchestral et vocal de Richard Strauss (« Vier letzte Lieder »), un corpus envoûtant et crépusculaire bâti, pour les 3 premiers lieder, à partir des poèmes de Hermann Hesse (« Frühling / Printemps », « September / Septembre », « Beim Schlafengehen / L’heure du sommeil ».  En réalité un montage fabriqué de toute pièce par l’éditeur Eugen Roth. On sait à présent que les « 4 derniers lieder » ne sont pas 4 mais 5, depuis la redécouverte tardive du véritable dernier lied composé par Strauss en 1948, soit 1 an avant la mort de l’auteur en 1949 à 85 ans : « Malven » / Les Mauves.

 

 

approfondir
https://www.olivergruhn.de/
https://www.olivergruhn.de/booklet-bezaubert?lang=en

 

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OPÉRA ORCHESTRE NORMANDIE ROUEN. TCHAÏKOVSKY : Iolanta, les 5 et 7 mars 2026. Mané Galoyan, Thomas Lehman, Bogdan Volkov… Ben Glassberg (version de concert)

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Une jeune princesse aveugle, Iolanta, protégée du monde par son père, vit recluse dans un jardin magique. Doit-on lui dire qu’elle est aveugle ? Pour autant, préservée et solitaire, l’héroïne doit-elle être écartée de tout amour ? De l’ombre à la pleine lumière… Sa rencontre avec un jeune homme (le Chevalier Vaudémont) promet une métamorphose imprévue… et l’accomplissement de son destin.

 

 

 

D’un orientalisme fraternel voire humaniste, Iolanta (1892) est le dernier trésor lyrique livré par Tchaikovsky ; il est pourtant rarement joué sur scène. A Rouen, en version de concert, le spectacle révèle toute sa pureté musicale et émotionnelle. « Princesse du silence et des parfums », Iolanta, séquestrée, isolée, ignore tout du monde, jusqu’à sa propre cécité. Mais le temps de l’action est celui d’un miracle… quand elle rencontre l’amour, s’émeut, découvre tout un monde nouveau.

A la fois fantaisiste, fantastique, féerique, l’ouvrage relève d’une sublime parcours initiatique ; il inspire à Piotr Illiytch, l’une de ses plus belles musique : airs, duos, mais aussi chœurs enivrés et d’une rare beauté…
Dans cette version de concert, orchestre, chœur, solistes sans mise en scène déploient les seules ressources de la divine musique. Sous la baguette du chef Ben Glassberg dont c’est le dernier spectacle lyrique comme directeur musical, une distribution très convaincante devait exprimer chaque profil psychologique avec la finesse et la profondeur requises : Iolanta évidemment, princesse vouée à l’ombre, promise à la lumière ; Vaudémont, le libérateur ; le médecin maure Ibn-Hakia, le guérisseur imprévu…

Une heure quarante de musique envoûtante « où l’âme de Tchaïkovsky se livre dans toute sa sensibilité ».

 

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ROUEN, Théâtre des Arts
Piotr Ilitch Tchaïkovsky : Iolanta
Jeudi 5 mars 2026 à 20h
Samedi 7 mars 2026 à 18h
Opéra en un acte
Livret de Modeste Tchaïkovsky
Créé à Saint-Pétersbourg en 1892
Durée : 1h40, sans entracte
en russe surtitré en français
ROUEN, Théâtre des Arts
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’Opéra Orchestre  Normandie Rouen : https://www.operaorchestrenormandierouen.fr/programmation/iolanta-tchaikovsky/

 

 

distribution

Direction musicale : Ben Glassberg

Iolanta : Mané Galoyan
René : Ilia Kazakov
Robert : Vladislav Chizhov
Comte Godefroy de Vaudémont : Bogdan Volkov
Ibn Hakia : Thomas Lehman
Alméric: Maciej Kwaśnikowski
Bertrand :Nicolas Legoux
Martha : Lucile Richardot
Brigitta : Lise Nougier
Laura : Anne-Lise Polchlopek

Orchestre de l’Opéra Normandie Rouen
Chœur accentus / Opéra Orchestre Normandie Rouen

Concert enregistré par France Musique pour diffusion prochaine. Puis disponible en streaming sur le site de France Musique et l’appli Radio France.

 

Autour du spectacle / introduction à l’œuvre / Opéra, Théâtre des Arts
jeu 05 mars 19h / sam 07 mars 18h (Gilets vibrants)

 

 

 

 

entretien avec Ben Glassberg

Ben Glassberg. Opéra de Rouen Normandie. 18/01/2025. Photo Caroline Doutre
A l’occasion des deux représentations de Iolanta de Piotr Ilitch Tchaikovsky (en version de concert, les 5 puis 7 mars 2026), le chef Ben Glassberg précise sa propre vision de l’ouvrage ; il évoque aussi les défis spécifiques que doit relever les musiciens… c’est ainsi le dernier opéra qu’il propose comme directeur musical de l’Opéra Orchestre Normandie Rouen… LIRE notre entretien ici
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Photo portrait de Ben Glassberg © Caroline Doutre

 

 

 

 

approfondir

De fille séquestrée, infantilisée, elle devient femme désirable et conquise… A la suite de Tatiana d’Eugène Onéguine, Iolanta doit d’abord prendre conscience de sa cécité avant de trouver son identité, diriger son destin, devenir elle-même. La qualité et la richesse des mélodies qui se succèdent intensifient le drame, conçu en un seul acte sur le livret du frère de Piotr Illiych, Modeste. L’ouverture et la mise en avant des instruments à vents (chant plaintif et vénéneux, presque énigmatique du hautbois et du cor anglais, accompagné par les bassons et les cors…), cette aspiration échevelée aux couleurs et résonances de l’étrange réalisant une immersion dans un monde féerique et fantastique mais intensément psychologique (l’ouverture a été très critiquée par Rimsky), la figure du docteur maure Ebn Hakia (baryton), rare incursion d’un orientalisme concédé (beaucoup plus flamboyant chez les autres compositeurs russes comme Rimsky), la concentration de la musique sur la vie intérieure des protagonistes, l’absence des chœurs, tout l’itinéraire de la jeune fille aux résonances psychanalytiques, des ténèbres à l’éblouissement positif final-, fondent l’originalité du dernier opéra de Tchaïkovski : comme l’expérience d’un passage, de l’enfance aveugle à l’âge adulte (pleinement conscient), Iolanta est un huis clos où s’exprime le mouvement de la psyché d’une jeune femme à l’esprit ardent, tenue (par son père le roi René) à l’écart du monde.
Après la mort de Tchaïkovski (1893), Mahler assure la création allemande de Iolanta (Hambourg). L’oeuvre plus applaudie que Casse Noisette à sa création russe (Saint-Pétersbourg en 1892), traverse l’oublie jusqu’en 1940 quand la cantatrice russe Galina Vichnievskaïa, affirme et la figure captivante du personnage d’Iolanta, et la magie symphonique d’un opéra à redécouvrir. Car tout Tchaïkovski et le meilleur de son inspiration se concentrent dans Iolanta, véritable miniature psychologique. Et fait rare chez le compositeur de la Symphonie « tragique », le drame se finit bien.

L’INTRIGUE de Iolanta. L’Opéra Iolanta est en un acte et 9 tableaux. Alors que le Roi René tient à l’écart du monde, sa propre fille Iolanta, aveugle, absente à sa propre infirmité, le médecin maure Ebn Hakia (baryton) annonce que la jeune princesse doit prendre conscience de son handicap pour s’en détacher et peut-être en guérir…le Roi trop possessif demeure indécis mais le comte Vaudémont (ténor), tombé amoureux de Iolanta, lui apprend la lumière et l’amour : Iolanta, consciente désormais de ce qu’elle est, peut découvrir le monde et vivre sa vie. La jeune femme tenue cloîtrée, fait l’expérience de la maturité : en se détachant du joug paternel, elle s’émancipe enfin.
LIRE notre dossier Iolanta de Tchaikovsky : https://www.classiquenews.com/iolanta-a-lopera-de-tours/

 

 

LIRE aussi notre critique du cd IOLANTA / TCHAIKOVSKY avec Anna Netrebko (fév 2015) :

En jouant sur l’imbrication très raffinée de la voix de la soliste et des instruments surtout bois et vents (clarinette, hautbois, basson) et vents (cors), Tchaïkovski excelle dans l’expression profondes des aspirations secrètes d’une âme sensible, fragile, déterminée : un profil d’héroïne idéal, qui répond totalement au caractère radical du compositeur. Toute la musique de Tchaïkovski (52 ans) exprime la volonté de se défaire d’un secret, de rompre une malédiction… La voix corsée, intensément colorée de la soprano, la richesse de ses harmoniques offrent l’épaisseur au rôle-titre, ses aspirations désirantes : un personnage conçu pour elle. Voilà qui renoue avec la réussite pleine et entière de ses récentes prises de rôles verdiennes (Leonora du trouvère, Lady Macbeth) et fait oublier son erreur straussienne (Quatre derniers lieder de Richard Strauss).
L’interprétation de la diva convainc de bout en bout… D’abord dans le tableau féminin, d’ouverture, celui de Iolanta et de sa suite : la langueur démunie, rêveuse mais insatisfaite d’âmes cloîtrées se précise. Puis, introduit par une fanfare de cor noble vagement cynégétique, paraissent les hommes ; ainsi s’accomplit la rencontre de Iolanta avec celui qui va la sauver Vaudémont (Sergey Skorokhodov), grâce auquel la princesse aveugle osant affronter le risque et l’inconnu, se défait seule de l’aveuglement qui la contraint depuis sa naissance… Le rôle du médecin est lui aussi parfaitement tenu. Aucune faute de distribution en général sauf pour la basse Vitalij Kowaljow qui fait un Roi René un rien droit, placide et épais sans guère de trouble…

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LES TALENS LYRIQUES. MOZART : Ascanio in Alba. PARIS, Théâtre des Champs-Elysées, mercredi 25 mars 2026. Alisa Kolosova, Alasdair Kent, Eleonora Bellocci… Christophe Rousset (version de concert)

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A Vienne, Paris puis Lausanne, Les Talens Lyriques expriment au plus juste la passion dramatique, la finesse psychologique, la tendresse irrésistible du jeune Wolfgang Amadeus Mozart… Ainsi « Ascanio, ce n’est pas n’importe qui : c’est le fils d’Énée, lié à la fondation de Rome. Mais ici, il n’est pas un héros guerrier mais un amoureux transi. », précise Christophe Rousset.

 

 

 

 

A 15 ans, en 1771, inspiré par son sujet, le jeune Mozart signe une musique « époustouflante », c’est à dire virtuose et même éclatante, qui met en avant les chanteurs (leur irrépressible narcissisme : vocalises et autres airs de bravoure), mais trait de génie, la musique n’a rien d’artificiel. Bien au contraire : elle exprime la sincérité des cœurs et la profondeur des sentiments. C’est là tout l’apport du singulier Mozart, jeune compositeur doué d’une connaissance des passions, exceptionnelle alors.

 

Finesse psychologique
des premiers opéras de Mozart

Après une Betulia Liberata, très convaincante, voici un nouveau jalon dans l’exploration du premier Mozart que mène depuis leurs débuts, Les Talens Lyriques. Pour ce faire, la production réunit une distribution homogène et très impliquée : Eleonora Bellocci, Mélissa Petit, Anna El-Khashem, Alisa Kolosova et le ténor Alasdair Kent… agilité, délicatesse, finesse, épaisseur émotionnelle.

Un enregistrement devrait prolonger cette tournée en 3 escales, aux côtés des gravures déjà célébrées, toutes révélant davantage l’étonnante perspicacité psychologique du jeune Wolfgang : Mitridate ou récemment La Betulia liberata (déjà citée)… Aux Talens Lyriques, le mérite d’exprimer toutes les nuances et la profondeur des personnages des premiers opéras de Mozart : une acuité fascinante qui souligne la qualité de ses premiers ouvrages lyriques. Pourquoi ne pas manquer le spectacle ? : entre Mitridate et Lucio Silla, Ascanio in Alba fait partie des opéras de jeunesse écrits par un Mozart de 14 ans. Composée pour le mariage princier de l’archiduc Ferdinand d’Autriche avec la princesse Marie-Béatrice d’Este, Ascanio est une « sérénade théâtrale » d’une séduction immédiate. L’action adaptée au contexte de création, l’occurrence nuptiale, représente comment la future mariée précisément la vertu de cette dernière, est éprouvée par Vénus afin de s’avérer irréprochable avant les noces. Le sujet léger porte déjà en germes, tout le talent musical des succès à venir du Mozart mûr : la vitalité raffinée de la musique éclaire et sublime chaque protagoniste dont le compositeur dévoile vertiges et élans intérieurs. Il ne s’agit plus de prototypes et de personnages de convention, mais bien de cœurs enivrés, menacés, opprimés ou conquérants… C’est un vrai défi pour chaque interprète, de ciseler airs et récitatifs.

« Quant à l’histoire… c’est un amour de convention, écrit pour célébrer un mariage princier. Est-ce que les princes s’aiment ? Avec un peu de chance… ! Mais l’essentiel, c’est l’union des patrimoines et des royaumes » complète Christophe Rousset. Production incontournable.

 

 

 

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VIENNE, Theater an der Wien
mardi 10 mars 2026, 19h

 

PARIS, TCE
mercredi 25 mars 2026, 19h30
INFOS, réservations : https://www.theatrechampselysees.fr/saison-2025-2026/opera-en-concert/ascanio-in-alba
LAUSANNE, Opéra
dimanche 29 mars 2026

 

 

PLUS D’INFORMATIONS sur le site des Talens Lyriques :
https://www.lestalenslyriques.com/event/ascanio-in-alba/
Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1991) : Ascanio in Alba
Festa teatrale en deux actes à Milan au Regio Ducal le 17 octobre 1771 pour le mariage de l’Archiduc Ferdinand d’Autriche avec Marie-Béatrice d’Este, sur un livret de Giuseppe Parini.
Opéra en version de concert.

 

distribution
Mélissa Petit, Venere
Alisa Kolosova, Ascanio
Alasdair Kent, Aceste
Eleonora Bellocci, Fauno
Anna El-Khashem, Silvia

Arnold Schoenberg Chor (Vienne)
Jeune Choeur de Paris (Paris)
Ensemble Vocal de Lausanne (Lausanne)

Les Talens Lyriques
Christophe Rousset, clavecin et direction

 

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OPÉRA GRAND AVIGNON. FRANCESCHINI : Décaméron (création mondiale), les 7 et 8 mars 2026. Caroline Leboutte / Bianca Chillemi

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Un théâtre abandonné… 10 jeunes dans un huis-clos en sécurité, racontent chacun à son tour, des histoires… Dehors, le chaos qui menace, terrifiant ; comme Boccace dans son « Décaméron » (écrit au milieu du XIVème siècle) avait imaginé un groupe isolé, réfugié, où les reclus deviennent conteurs pour conjurer la peste et la peur. Chez Boccace, un tourbillon d’histoires grivoises, romanesques, cruelles, burlesques, … édifie un théâtre du monde où se croisent princes et pirates, ruses et désirs, illusions et vérités. Pour l’Opéra grand Avignon, le compositeur Matteo Franceschini réinvente la verve recréatrice de la parole qui devient musique, célébrant l’espoir fraternel partagé contre l’hydre de la peur. Ici, pas de reconstitution : juste dix corps pour tout incarner.

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Photo © Barbara Buchmann

 

 

Célébrer ce qui nous lie,
défier ce qui nous sépare…

La création à l‘affiche de l’Opéra Grand Avignon revisite le chef d’œuvre médiéval tout en renouvelant aussi l’expérience musicale et lyrique : le spectacle bouscule les codes de l’opéra. Pas d’orchestre, pas de hiérarchie entre les disciplines : d’abord une fête théâtrale, abolissant les frontières entre le chant, la parole, le jeu. Matteo Franceschini et Caroline Leboutte cultivent pour ce projet prometteur, l’énergie de la troupe, pour une cohésion partagée qui efface les frontières entre les styles et réinvente un nouveau cadre formel.

Raconter des histoires, c’est déjà résister ; se retrouver, c’est déjà choisir l’espoir…croire à l’énergie et la protection du groupe. Le Décaméron ne juge pas, ne tranche pas. Il provoque, amuse, dérange ; il célèbre ce qui nous lie, et défie ce qui nous divise. Et il nous rappelle surtout une chose essentielle : au cœur de la tourmente, c’est bien du collectif que peut naître le salut.

 

 

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Création à l’OPÉRA GRAND AVIGNON
Matteo Franceschini : Décaméron
2 représentation événements
Samedi 7 mars 2026 à 20h
Dimanche 8 mars 2026 à 15h
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’Opéra GRAND AVIGNON : https://www.operagrandavignon.fr/decameron#
Durée: 1h30
Dès 12 ans

 

Opéra de Matteo Franceschini
Livret : Stefano Simone Pintor d’après Il Decameron de Giovanni Boccaccio
Chanté en plusieurs langues et surtitré en français
Éditions Ricordi – Création mondiale
Conseillé à partir de 12 ans

Production Opéra Grand Avignon, avec le soutien du GMEM – Centre National de Création Musicale de Marseille, Institut Culturel Italien de Marseille, Petit Palais Diffusion, Fonds de création lyrique (fcl), la culture avec la copie privée

 

l’équipe artistique

Direction musicale et études musicales : Bianca Chillemi
Mise en scène : Caroline Leboutte

Dramaturgie Matteo : Franceschini, Caroline Leboutte et Stefano Simone Pintor
Scénographie et costumes : Aurélie Borremans
Chorégraphie : Fatou Traoré
Éclairages : Nicolas Olivier
Assistante mise en scène : Roxane Lefevre
Assistante costumes : Rita Belova

Interprétation : Charlotte Avias, Clara Barbier-Serrano, Elena Caccamo, Mathieu Dubroca,
Hélène Escriva, Elena Olga Groppo, Robin Kirklar, Laure Magnien, Laura Muller et Kenny Ferreira

 

 

autour du spectacle

Prologue
45 minutes avant la représentation, l’Opéra Grand Avignon et l’Orchestre national Avignon-Provence proposent un éclairage sur Décaméron auquel vous allez assister.
Entrée libre sur présentation du billet du spectacle/concert

Photo © Barbara Buchmann

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CRITIQUE, opéra. ROUEN, Théâtre des Arts, le 27 janvier 2026. WAGNER : Le Vaisseau Fantôme. A. Duhamel, G. Shkarupa, S. Aalto… Marie-Eve SIGNEYROLE / Ben GLASSBERG

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« Der frist ist um »… Un froid tenace fige l’atmosphère. Pour ce nouvel opus wagnérien rouennais, l’appel du « Vaisseau Fantôme » qui s’annonce à bien des attraits :  un casting vocal d’exception, dont la prise du rôle-titre par l’intrépide baryton Alexandre Duhamel, « Les adieux » annoncés de Ben Glassberg au poste de directeur musical du Théâtre des Arts et, une mise en scène engagée de Marie-Ève Signeyrole à découvrir. 

 

 

Naufrage de migrants à Bayreuth sur Seine Rouen

Avec son parcours d’auteure cinéaste, la metteuse en scène Marie-Ève Signeyrole a radicalement transformé l’œuvre de Richard Wagner en un manifeste social lié à l’exil… Jadis symbole de légende, d’ombres tutélaires, de héros romantiques et de salut, Le Hollandais volant converti en passeur de migrants exhibe ici une lecture contemporaine discutable de cet opéra. Une barge de migrants en péril jauge le public. Sans amoindrir la mise en œuvre complexe de ce choix et l’esthétique soignée alléchante du projet, cette vision surréaliste éclabousse mal à propos l’orchestre. Filmée et projetée sur écran, elle provoque une distorsion du lieu à l’aide de flots marins écrasants donnant une illusion de tangage et d’étouffement. Dans ce climat de forte pression, un petit groupe de figurants actifs à cette submersion, chanteurs du Chœur Accentus et du Choeur de l’Opéra Normandie Rouen vivent la noyade en live : cris, hurlements, écartèlement de l’embarcation, grincements de cordes, effusions déchirantes, visages déformés, chocs divers, jusqu’aux mimes excessifs de vomissements. Une théâtralité aléatoire et bruyante qui brouille l’attention et impose un déséquilibre sonore navrant entre l’orchestre et la scène.

Par contraste, la scénographie sobre et crédible de Fabien Teigné évolue dans une noirceur soutenue afin de concentrer ses lumières sur les artistes, et une estrade de bois noir amovible extensible qui représente chaque lieu de vie : bateau divers, maison de Daland, place de village, etc. Seule, au pied du ponton, une petite flaque d’eau évoque l’océan. Le monde parallèle de migrants s’infiltre là par touches symboliques, mais marque encore un décalage musical certain avec le livret : cadavre échoué, fillette seule à l’arrêt, ou détails anodins sans réelle connexion avec l’action en cours, etc.

 

 

Ben Glassberg, la respiration onirique du drame

Après un début précipité et confus de l’Ouverture, Ben Glassberg s’emploie à apaiser la tenue de sa phalange. Il mène sa propre barque en dépit du fracas scénique. Rien n’affecte l’inspiration et l’ascendant de ce très bon directeur musical sur l’Orchestre de l’Opéra Normandie Rouen. Dans l’ensemble, malgré une acoustique un peu soft de ce théâtre moyen pour du Wagner, l’audace de cette formation cadrée avec discernement tisse une palette de couleurs instrumentales miroitantes dans une version fluide et résolue de l’œuvre. En affinant sa gestuelle d’une élégance particulière, le chef concentre son attention sur les voix par un savant dosage de nuances et de malléabilité des tempi. Le drame respire. Les solistes soutenus s’appuient sur cette ligne dense et profonde et exprime le texte avec ferveur. Chœurs généreux et enthousiastes compris. 

 

Sauvetage des migrants par le casting vocal

En effet, c’est grâce à la distribution chatoyante de voix fraîches, résistantes et pulpeuses pour ce type de répertoire, que le public a pu être rassuré et comblé. C’est également par le choix de timbres marquants, idéales pour chaque rôle, et de projections vocales similaires compatibles, que les artistes lyriques se sont surpassés dans une homogénéité soyeuse. Un bonheur.

Pour son premier défi chez Wagner Alexandre Duhamel incarne Le Hollandais avec une humanité rare. Il crée une figure authentique et inspirante dans son errance de damnation éternelle. Fait pour ce personnage romanesque tourmenté, son chant dévoile l'invisible et dévaste la scène. Encapuchonné, il erre perdu dans un long ciré noir dégoulinant qui alourdi sa silhouette. Lorsqu’il découvre son visage, il prend racine et cristallise tout l’espace en quatre notes : « Der frist ist um ». La somptueuse évocation mélancolique qui précède dure douze minutes. Long, mais l’artiste se révèle et nous enveloppe de son timbre clair-obscur, percutant et liquide. Il donne à sa ligne de chant les inflexions abyssales des grands fonds, et flatte les mots de caresses moelleuses tel un bain de plumes. Son émission vocale flexible, sans heurts, rend le texte allemand parfaitement compréhensible. Poignant dans sa vigueur et sa virilité vocale, il affiche son intention dramatique et assume ce rôle comme s’il l’avait toujours chanté. Ce sera un Amfortas unique ! 

A ses côtés, l’ardente soprano finlandaise Silja Aalto aux accents colorés prometteurs de jeune dramatique (une future Kundry) fait des merveilles. Elle a à sa disposition le physique, et l’envergure vocale au-delà du rôle. Elle complète sa prestation par une profusion d’intonations qu’elle grave dans les modulations de son incarnation. Tantôt tendre, tantôt altière, elle se raconte et transcende par des suraigus de diamant impérieux la lame orchestrale fabuleuse rythmée de sursauts et d’abandons. Le duo d’amour entre ces deux artistes en osmose, l’un socle de l’autre, laissera l’autre exposer la tension mélodique d’une ligne vocale passagère pour mieux réapparaître. C’est à mon sens le vrai moment de grâce de cette soirée.

Dans un autre registre, c’est avec morgue et panache que la basse Grigori Shkarupa en Daland projette un timbre vigoureux, robuste et mordant pour révéler ses volontés insidieuses. On lui concède d’ailleurs quelques attaques un peu agressives, voire basses d’émission. Le rôle souvent ingrat d’Erik, l’amoureux éconduit, a trouvé ici aux vues de son engagement vocal et dramatique superbe, la voix exaltante du jeune anglais Robert Lewis, d’une expressivité de tout premier ordre. La mezzo française Héloïse Mas n’est pas en reste avec l’exploitation fiable et chaleureuse de son timbre ambré. Tenant sa partie avec conviction, elle campe une Mairie vigilante adéquate. Le seul bémol à ce plateau homogène reste le pilote de Daland, Julian Hubbard. Malgré un cabotinage scénique habile qui le remet sur les rails, ce n’est pas son soir, ou le bon répertoire.

 

 

Richard Wagner

Là où Richard Wagner élève le chant au pinacle de l’extase dans un marasme sonore d’éternité, quelle peut-être la place accordée à un message politico-social ? En quête d’un public de connaisseurs, c’est dans cette optique renouvelée que le Théâtre des Arts défend son agora. Précurseur du culte wagnérien, il produit ses opéras en français depuis 1891, brave la censure d’après-guerre, et réhabilite les livrets allemands au rythme d’une production par saison jusqu’en 1998. Cette institution normande devient alors le vestibule poétique de ses pairs, et mérite ce soir, son titre honorifique de Bayreuth… sur scène.

 

 

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CRITIQUE, opéra. ROUEN, Théâtre des Arts, le 27 janvier 2026. WAGNER : Le Vaisseau Fantôme. A. Duhamel, G. Shkarupa, S. Aalto… Marie-Eve SIGNEYROLE / Ben GLASSBERG. Crédit photo (c) Caroline Doutre

 

 

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CRITIQUE CD événement. HAENDEL : Sosarme. R. Brès-Feuillet, S. Charles, E. Pancrazi, N. Balducci… Orchestre de l’Opéra Royal de Versailles / Marco ANGIOLONI (3 CD Château de Versailles Spectacles)

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À l’orée de l’année 2026, le label « Château de Versailles Spectacles » nous offre un deuxième cadeau aussi précieux qu’inattendu (après Médée et Jason de Salomon que nous venons de chroniquer dans ces colonnes) : l’enregistrement en première mondiale de Sosarme, Re di Media, l’une des perles les plus méconnues du génie de Georg Friedrich Haendel. Sous la baguette vibrante et passionnée du ténor et chef Marco Angioloni, à la tête du somptueux Orchestre de l’Opéra Royal de Versailles, ce triple-CD (disponible dès ce vendredi 13 février 2026) est une véritable redécouverte, une résurrection qui pulvérise la poussière des siècles pour nous restituer toute la splendeur dramatique et la richesse mélodique d’un chef-d’œuvre.

 

 

 

L’œuvre et son mystère : de Lisbonne à la Lydie antique

Composé à la hâte pour l’ouverture de la saison 1732 du King’s Theatre de Londres, Sosarme est né sous le signe d’un mystère et d’une réécriture politique. G. F. Haendel, alors à la tête de sa « Seconde Académie de Musique », entame l’écriture d’un opéra intitulé Fernando, Re di Castiglia, basé sur un livret d’Antonio Salvi situant l’intrigue dans le Portugal médiéval. Mais voilà qu’aux deux tiers de la composition, les noms des personnages et le décor changent radicalement : le Portugal devient le royaume antique de Lydie, et Fernando se transforme en Sosarme, roi de Médie. Pourquoi ce revirement ? La raison est diplomatique : le livret original mettait en scène un roi portugais en conflit avec son fils, une intrigue jugée trop sensible à l’égard du roi Jean V du Portugal, allié précieux de la Couronne britannique. En transposant l’histoire dans un Orient mythique, Haendel désamorce la polémique tout en conservant la puissance universelle du drame.

Ce drame, justement, est d’une modernité frappante. Loin des intrigues amoureuses conventionnelles de l’opera seria, Sosarme place au cœur de l’action un conflit familial aux résonances politiques brûlantes. À Sardes, le roi Haliate, aveuglé par les calomnies de son conseiller Altomaro, a déshérité son fils légitime Argone au profit de son autre fils, Melo. Argone se rebelle, s’enferme dans la cité assiégée par son propre père, tandis que la mère, Erenice, et la sœur, Elmira, sont déchirées entre les deux camps. Dans cette tempête, Sosarme, roi voisin et fiancé d’Elmira, intervient non en guerrier, mais en médiateur de la paix, tentant de réconcilier un père et son fils. Le public londonien de 1732 y voyait un écho transparent à la querelle publique entre le roi George II et son héritier, le prince Frederick. Cette tension entre passion familiale et raison d’État donne à l’ouvrage une densité psychologique rare, servie par un livret d’Antonio Salvi qui privilégie, selon les spécialistes, l’expression naturelle et émouvante des sentiments.

 

Marco Angioloni : le feu sacré d’un double talent

Confier la direction d’un tel ouvrage à Marco Angioloni s’avère une idée de génie de la part de l’infatigable et insatiable directeur artistique de l’Opéra Royal et de son label discographique, Laurent Brunner. Ce jeune ténor et chef, fondateur de l’ensemble (baroque) Il Groviglio, s’impose comme l’une des figures les plus prometteuses de la scène baroque. Son affinité avec Haendel n’est plus à démontrer, après son premier enregistrement, pour ce même label « Château de Versailles Spectacles », Poro, Re dell’Indie, que nous avions salué pour sa vitalité et sa compréhension intime du style du compositeur. Avec Sosarme, Marco Angioloni franchit un nouveau cap.

Dans le somptueux Salon d’Hercules du Château de Versailles (l’enregistrement fait suite au concert qui y a été donné en live le 16 décembre 2024), il insuffle à l’orchestre une énergie fiévreuse et une clarté rythmique qui font merveille. Les couleurs sont chatoyantes, des éclats cuivrés des trompettes guerrières aux doux gémissements des bois dans les moments de lamentation. Angioloni, en tant que chanteur, comprend instinctivement comment soutenir et faire respirer les voix. Sa direction est souple, dramatique, toujours au service de l’intensité de l’instant. On sent palpiter le cœur de chaque aria, depuis les fureurs belliqueuses jusqu’aux suppliques les plus intimes. Il fait de l’Orchestre de l’Opéra Royal, formation récente fondée en 2019, un instrument à la fois précis et passionné, parfaitement adapté à restituer le pont stylistique que constitue cette œuvre, entre la tradition lullyste et les innovations ramistes à venir.

 

Une distribution aux trois contre-ténors : triomphes et nuances

La distribution, rassemblant certains des plus brillants jeunes chanteurs de la scène baroque, est une des forces majeures de cet enregistrement. Rémy Brès-Feuillet (Sosarme) incarne le roi médiateur avec une noblesse et une chaleur de timbre admirables. Son chant allie une autorité naturelle à une tendresse palpable, particulièrement dans ses duos avec Elmira. La jeune soprano britannique Sarah Charles (Elmira), membre de l’Académie de l’Opéra Royal, est une belle découverte. Son soprano, d’une pureté cristalline et d’une agilité impeccable, traduit à merveille les tourments de la princesse partagée entre l’amour filial et l’amour conjugal – même si on aurait pu rêver d’un format vocal plus lourd (rappelons que le rôle fut créé par Ana Maria Strada, la créatrice également du rôle d’Alcina…). Marco Angioloni (Haliate) apporte toute l’expérience de l’interprète à son personnage. Son Haliate n’est pas un simple tyran, mais un père blessé, tour à tour inflexible et déchiré, dont la colère et les remords sonnent avec une vérité humaine poignante. Le ténor italien ne peut s’empêcher d’incarner, comme à sa bonne habitude, avec le plus profond engament possible chacun des personnages qu’il incarne, une constante chez ce chanteur passionné. Éléonore Pancrazi (Erenice) déploie un mezzo d’une riche profondeur pour camper une reine au cœur brisé, véritable pivot émotionnel de l’œuvre. Ses airs de désespoir sont d’une puissance dramatique saisissante. De leurs côté, Nicolò Balducci (Melo) et Logan Lopez Gonzalez (Argone), tous deux contre-ténors, forment un contraste fascinant. Balducci est un Melo d’une noblesse résignée et d’un timbre velouté. Lopez Gonzalez, en Argone rebelle, fait preuve d’une énergie et d’une présence scénique indéniables, même si son approche vocale, parfois moins nuancée, peut paraître plus directe, voire légèrement stridente dans les moments de plus grande tension, comparée à la finesse de chant de ses partenaires. Enfin, Giacomo Nanni (Altomaro) est un traître parfait. Sa basse sombre et son articulation percutante font du conseiller fourbe un personnage à la fois odieux et fascinant, moteur de toute l’intrigue.

 

Un enregistrement qui fera date

La parution discographique de Sosarme est un événement en ce qu’il comble un manque béant dans le catalogue haendélien – tout en prouvant -, si besoin était, que les trésors oubliés du répertoire peuvent nous parler avec une force intacte. Grâce à la vision à la fois savante et passionnée de Marco Angioloni et à l’excellence de ses interprètes, le label CVS nous offre une version de référence, aussi enthousiasmante sur le plan musical que captivante sur le plan dramatique. Un disque indispensable pour les amateurs de baroque et une splendide porte d’entrée pour les curieux souhaitant découvrir la dimension la plus humaine et politique du génie de Haendel.

 

 

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CRITIQUE CD événement. HAENDEL : Sosarme. S. Charles, E. Pancrazi, R. Brès-Feuillet… Orchestre de l’Opéra Royal de Versailles / Marco ANGIOLONI (3 CD Château de Versailles Spectacles). CLIC DE CLASSIQUENEWS.

 

 

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CRITIQUE, concert. PARIS, Philharmonie, le 9 février 2026. BRUCKNER : Symphonie n° 8. Royal Concertgebouw Orchestra, Klaus Mäkelä (direction)

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Le jeune chef finlandais Klaus Mäkelä (30 ans) fait son retour à la Philharmonie de Paris, quelques jours seulement après son programme dédié à Chostakovitch avec l’Orchestre philharmonique d’Oslo. On le retrouve cette fois à la tête du prestigieux Orchestre Royal du Concertgebouw d’Amsterdam, pour affronter la monumentale Huitième symphonie d’Anton Bruckner.

 

Si la nomination de Klaus Mäkelä en tant que chef principal de l’Orchestre du Concertgebouw sera effective en 2027, il est possible de l’entendre avec cette formation, dès ce début d’année, lors d’une tournée à Amsterdam, Paris, puis Cologne, à chaque fois avec le même programme. On ne présente plus le prodige finlandais, qui électrise les foules partout sur son passage, comme en témoigne la banderole « Love Mäkelä », déployée en fin de concert sur l’un des balcons de la Philharmonie. Ca n’est pourtant pas un « Bruckner orthodoxe » qu’il nous est donné d’apprécier, tant les tempi étirés, comme l’absence de vibrato, prennent le contre-pied de toute une tradition germanique, largement documentée au disque. Le Finlandais a préféré l’ultime mouture élaborée par Bruckner en 1890, après de longues années de révision (ce qui l’empêchera d’achever sa dernière symphonie). Le choix de l’édition Haas (1939) permet de profiter de plusieurs passages de la version initiale, ici réintégrés, ce qui allonge sensiblement la durée totale de l’ouvrage.

Dès les premières mesures de l’Allegro Moderato, les lignes claires aux cordes annoncent l’absence résolue de tout pathos, caractéristique des choix artistiques de Mäkelä : la souplesse des phrasés bénéficie de l’attention aux transitions et du sens de la relance du discours musical, impressionnants tout au long de la soirée. Plusieurs détails apparaissent dans cette vision chambriste, notamment aux contrebasses. Les passages verticaux plus cuivrés montrent davantage de muscle, avec des tempi plus allant en comparaison. Les ralentissements surprenants avant les grands tutti, souvent sur un tapis de cordes aux piani éthérés, jouent d’un effet de contraste avec les effets de masse qui suivent. Le jeu sur les dynamiques fonctionne bien ici, tant l’orchestre répond comme un seul homme à chaque indication, avec une discipline exemplaire. Comme à son habitude, Mäkelä privilégie la musique pure, en refusant aux vents toute virtuosité, donnant quelques sonorités volontairement raides et mécaniques. On reste fasciné par cette interprétation d’une grande maîtrise, qui sait lâcher la bride dans les envolées verticales, mais s’intéresse surtout à révéler d’infimes minuties, souvent noyées dans la masse de l’orchestration de Bruckner (beaucoup plus conséquente que dans les précédentes symphonies, même si les percussions restent sous-utilisées, en dehors des timbales).

D’abord franc et direct, le Scherzo, se ralentit ensuite pour mieux se concentrer sur ces miniatures qui font tout le prix de la direction de Mäkelä, même si l’immense Adagio qui suit se perd parfois dans les digressions, en un rythme très délié aux cordes au début. L’insistance sur la pulsation joue la carte d’une lisibilité implacable, contrastée par des tutti plus caverneux. Le Finale enchaîné sans pause (à l’instar des deux premiers mouvements) débute sous les fanfares volontiers viriles, avec des contrebasses mises en avant dans leur scansion, une fois encore. Les timbales, aussi déchaînées que péremptoires, apportent un ton martial que l’on retrouvera pour la toute fin, avant une variation de climats aux tempi mesurés et chambristes, d’un raffinement inouï. Comme à l’habitude avec ce chef, on ressort fasciné par la maîtrise technique exceptionnelle, tout en restant agacé par l’opposition trop caricaturale entre forte et piani.

 

 

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CRITIQUE, concert. PARIS, Philharmonie, le 9 février 2026. BRUCKNER : Symphonie n° 8. Royal Concertgebouw Orchestra, Klaus Mäkelä (direction musicale). A l’affiche de la Philharmonie le lundi 9 février 2026. Photo © Droits réservés

 

 

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CRITIQUE, opéra (en version de concert). MARSEILLE, opéra municipal, le 8 février 2026. VERDI : I Masnadieri. N. Machaidze, N. Alaimo, A. Poli, G. Manoshvili… Orchestre Phiharmonique de Marseille, Paolo Arrivabeni (direction)

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Ce dimanche 8 février 2026, l’Opéra de Marseille a réalisé un événement rare et vibrant en présentant, en « création marseillaise« , une version de concert de I Masnadieri de Giuseppe Verdi. Rare joyau de la galaxie verdienne, cette œuvre de jeunesse écrite en 1847 sur un livret d’Andrea Maffei d’après la pièce Die Räuber de Friedrich Schiller, a dévoilé avec une force saisissante toute la puissance dramatique et l’inventivité mélodique du jeune compositeur. Créée à Londres pour le prestigieux Her Majesty’s Theatre en présence de la reine Victoria et du prince Albert, avec la légendaire soprano Jenny Lind dans le rôle d’Amalia, l’œuvre est rapidement tombée dans un oubli relatif, d’aucuns la jugeant sévèrement à cause de son livret aux intrigues complexes et de son romantisme noir exacerbé. Elle fut même qualifiée de « l’opéra le plus laid de Verdi » par le musicologue Massimo Mila, une opinion qui a longtemps pesé sur sa fortune scénique. Pourtant, comme l’a magistralement rappelé la représentation marseillaise, cette partition recèle des trésors d’inventivité et annonce déjà le génie dramatique de la maturité.

 

L’intrigue, digne des frasques les plus sombres du romantisme allemand, est en effet un tourbillon de passions extrêmes et de coups du sort « abracatabrantesques ». Dans l’Allemagne du XVIIIe siècle, le jeune Carlo, fils aîné du comte Massimiliano, est injustement banni par son père, victime des machinations de son frère cadet Francesco, incarnation de la perfidie. Désespéré, Carlo prend la tête d’une bande de brigands (les masnadieri), tandis que Francesco, pour parachever son œuvre, va jusqu’à tenter d’enterrer vivant son propre père et de s’emparer de l’innocente Amalia, l’amour de Carlo. Le dénouement est d’une noirceur absolue, sans rédemption possible : rongé par la culpabilité et l’impossibilité de fuir son destin, Carlo poignarde sa bien-aimée pour la « sauver » de sa condition de bandit, avant de se vouer lui-même à la mort.

Une violence et un sens du tragique qui, sous la baguette fiévreuse de Paolo Arrivabeni, ont retrouvé toute leur force électrisante : la réussite totale de cette matinée repose pour beaucoup sur le fruit d’une direction musicale habitée. Paolo Arrivabeni, grand habitué de la maison phocéenne, a insufflé une énergie spectaculaire et une rare clarté à cette partition exigeante. Dès le magnifique prélude au solo de violoncelle empreint de mélancolie, l’Orchestre Philharmonique de Marseille s’est montré dans une forme olympique, restituant avec une précision et une ardeur remarquables les contrastes saisissants de l’œuvre : des cabalettes enflammées aux élans lyriques les plus déchirants. Le Chœur de l’Opéra de Marseille, quant à lui, a été un acteur de premier plan, incarnant la bande de brigands avec une verdeur et une sauvagerie sonore qui ont littéralement envoûté la salle.

Mais le cœur de la réussite a résidé dans l’excellence des quatre voix principales, formant un quatuor d’une homogénéité et d’une puissance expressives rares. Dans le rôle d’Amalia, la soprano géorgienne Nino Machaidze a offert une performance d’une grâce et d’une vaillance bouleversantes. Sa voix, d’un argent lumineux et d’une agilité parfaite, a traversé avec une aisance souveraine les difficultés des airs de bravoure, notamment dans la sublime prière de l’acte II, « Tu del mio Carlo al seno ». Elle a su incarner toute la pureté et la résistance héroïque d’Amalia face à l’horreur. Antonio Poli s’est imposé dans le rôle de Carlo par l’élégance tragique de son phrasé et l’intensité de son engagement. Il a magistralement rendu les tourments du héros, depuis la nostalgie du « O mio castel paterno » jusqu’à l’explosion de désespoir final, naviguant avec une justesse poignante entre la fureur du chef de bande et la vulnérabilité de l’amant trahi. Le baryton sicilien Nicola Alaimo a campé un méchant d’une dimension shakespearienne. Sa voix puissante et aux couleurs sombres a donné toute son épaisseur au personnage de Francesco, de la froide calculatrice de l’air « La sua lampada vitale » aux terreurs paniques de son cauchemar à l’acte IV, un duo avec le prêtre Moser qui préfigure déjà le grandiose face-à-face de Don Carlos. La basse géorgienne Giorgi Manoshvili, malgré un rôle musicalement moins exposé, a marqué les esprits par la noblesse et l’émotion contenue de son incarnation du vieux comte. Son grand récit de l’acte III, « Un ignoto tre lune or saranno », où il raconte avoir été enterré vivant, a été un moment d’une intensité dramatique et vocale absolue. De son côté, Carl Ghazarossian a prêté sa voix au personnage crucial d’Arminio, le serviteur du Comte Massimiliano, avec un chant coloré et d’une précision exemplaire. Thomas Dear a apporté au prêtre Moser sa voix de basse sombre et puissante, et insufflé une autorité morale et une gravité absolues à son personnage. Enfin, Raphaël Brémard, dans le rôle de Rolla, a incarné l’esprit de fraternité violente et de rébellion qui est le cœur de l’opéra, contribuant avec conviction à l’épaisseur dramatique des scènes de groupe et à la crédibilité de cette communauté de hors-la-loi.

Cette représentation de I Masnadieri a prouvé que cette œuvre de jeunesse, loin d’être un avatar mineur, est une étape cruciale où Giuseppe Verdi, nourri par le génie tragique de Schiller, forge déjà les armes musicales qui feront de lui le maître incontesté du drame lyrique. Un triomphe dont Marseille peut être fière, et qui, espérons-le, ouvrira la voie à de nouvelles productions de cette partition fascinante et injustement délaissée !

 

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CRITIQUE, opéra (en version de concert). MARSEILLE, opéra municipal, le 8 février 2026. VERDI : I Masnadieri. N. Machaidze, N. Alaimo, A. Poli, G. Manoshvili… Orchestre Phiharmonique de Marseille, Paolo Arrivabeni (direction). Crédit photographique (c) Christian Dresse

 

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CRITIQUE, opéra. Barokkfest TRONDHEIM, Frimurlugen Hall, le 29 janvier 2026. PORSILE : Spartaco. L. Morassi, A. Pichanick, S. Junker, D. Savinova, J.M. Lo Monaco, N. Pérez, H. Stensvold… Orkester Nord, Martin Wahlberg (direction)

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Retrouver une partition après quasiment trois siècles de silence est un événement en soi… La recréation en « première mondiale » de la version originale du Spartaco de Giuseppe Porsile (1726) était ainsi à l’affiche du dernier Festival de Trondheim (Barokkfest Trondheim, Norvège). Les confins boréaux de l’Europe ajoutent une note d’exotisme et d’audace à cet événement lyrique.

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Photos : © Arne Hauge

 

On sait l’engagement du chef Martin Wahlberg pour réussir des premières mondiales. On lui doit la résurrection de plusieurs opéras comiques français, dont « Raoul Barbe-Bleue » de Grétry ou récemment « Maison à vendre » de Dalayrac.Sans omettre la flamboyante « Ernelinde » de Philidor à l’Opéra d’Oslo ou bien l’année dernière, pour la Barokkfest de Trondheim 2025, la première mondiale de l’ « Arsace » d’Orlandini, une toute première version de l’histoire de Roberto Devereux adaptée dans la Perse antique.

A l’hiver 2026, c’est au tour du baroque viennois d’investir la belle salle de concert des Franc-Maçons de Trondheim. Cependant ce « Spartaco », unique opéra baroque sur le sujet, est bien loin du péplum héroïque versions Kirk Douglas ou de la récente série sur Netflix. « Spartaco » est l’oeuvre d’un duo de choc : le compositeur Giuseppe Porsile et le librettiste Giovanni Claudio Pasquini. Ce dernier, avec l’aide additionnelle d’Apostolo Zeno conçoit un livret dans la plus pure tradition vienno-vénitienne ; elle même l’intrigue amoureuse et « noble » à des scènes comiques désopilantes qui rappellent l’à propos de Da Ponte.

Spartaco est une découverte passionnante, outre les grands airs dignes des plus grandes pages de l’opera seria, certaines scènes sont d’une originalité fabuleuse dont la grande scène de délire de Spartaco à l’Acte III, unique en son genre, composée pour le bariténor Francesco Borosini. Ce même chanteur sera le créateur des plusieurs grands rôles chez Haendel : Bajazet et Grimoaldo dans Tamerlano et Rodelinda respectivement. Martin Wahlberg est bien inspiré de rendre à la vie une partition oubliée qui dormait encore dans les étagères de la Bibliothèque nationale autrichienne.

 

 

Spartaco bouleverse par sa vérité, d’autant que la distribution équilibrée et d’un goût très sûr, offre de superbes incarnations. Dans le rôle titre, Luigi Morassi, jeune ténor qu’on peut aisément qualifier de bariténor prend le rôle dans une tessiture parfaite pour cette partition aux difficultés impondérables. Le chanteur, à seulement 28 ans, possède une des plus belles présences vocales de sa génération : projection puissante, vocalises remarquablement précises, sens du théâtre naturel… Luigi Morassi nous promet des belles interprétations à venir. Sa performance nous rend impatients de le retrouver sur les scènes et les salles de concert.

Face à lui, Sophie Junker est une Vetturia idéale avec son timbre parfait pour ce rôle défendu à la création par Regina Schoonjans dont Sophie Junker est la digne et grandiose héritière. Dara Savinova est un Licinio de grande présence et d’une belle musicalité. Anthea Pichanick nous fait découvrir toutes les beautés de l’écriture de Porsile dans le rôle de Popilio, … elle aussi, une très belle incarnation toute en nuances. C’est aussi le cas de la mezzo-soprano José Maria Lo Monaco dans le rôle de Gianisbe, fille de Spartaco. Dans le rôle de la première femme de Spartaco, la mezzo-soprano française Natalie Pérez réalise une inénarrable virago mâtinée de Marzelline tout comme son partenaire comique, le baryton-basse norvégien Havard Stensvold, fabuleux de bout en bout dans le rôle Leporellesque de Trasone.

Orkester Nord électrisé par la direction inspirée de Martin Wahlerg se distingue par la puissance et l’attention aux détails en ciselant rythmes et dynamiques. Grâce au talent des instrumentistes et de la direction, l’écriture de Porsile a retrouvé ses couleurs, sa formidable vitalité dramatique et psychologique. Difficile de comprendre comment une telle partition n’ait pas été à l’affiche de toutes les saisons d’opéra. L’erreur est désormais réparée parce que ce « Spartaco » impressionnant est annoncé en tournée, avec un probable enregistrement. Superbe révélation.

 

 

 

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CRITIQUE, opéra. TRONDHEIM, le 29 janvier 2026. Barokkfest, Salle des francs-maçons.
Giuseppe Porsile (1680-1750) : Spartaco, opéra en 3 actes, livret de Giovanni Claudio Pasquini. Version de concert. Luigi Morassi, Spartaco ; Sophie Junker, Vetturia ; Dara Savinova, Licinio ; Josè Maria Lo Monaco, Gianisbe ; Anthea Pichanick, Popilio ; Håvard Stensvold, Trasone ; Nathalie Pérez, Rodope. Orkester Nord, direction : Martin Wåhlberg (direction)

 

 

 

LIRE aussi notre présentation de la recréation de Spartaco de Porsile, en recréation au Festival de Nordheim 2026 : https://www.classiquenews.com/norvege-barokkest-trondheim-giuseppe-porsile-spartaco-spartacus-recreation-mondiale-29-janv-2026-orkester-nord-martin-wahlberg/

 

 

 

(NORVEGE) BAROKKEST TRONDHEIM, Giuseppe PORSILE : Spartaco / Spartacus, recréation mondiale, 29 janv 2026. Orkester nord, Martin Wahlberg

 

 

 

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CRITIQUE, concert. LYON, Auditorium, le 7 février 2026. « Danses Polonaises » : Tchaikovsky, Szymanowski : Concerto pour violon n°2 / Thomas Zehetmair, violon), Lutoslawski. Orchestre national de Lyon. Marta Gardolinska, direction.

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La Pologne a tenu le haut de l’affiche de l’Auditorium-Orchestre national de Lyon ces 5 puis 7 février derniers. Non sans de solides arguments : pour preuve, la force créatrice de deux compositeurs polonais, ainsi superbement défendus et que l’on aimerait davantage écouter en concert. Dans le cadre d’un cycle dédié à la Pologne, la cheffe née en 1988 à Varsovie, Marta Gardolinska, actuelle directrice musicale de l’Opéra national de Nancy – Lorraine (depuis janvier 2021), dirige ce soir (7 février) les forces vives de l’Orchestre national de Lyon, dans un programme hautement expressif, exigeant même (tant il s’impose aux instrumentistes des cordes mais aussi des bois, surtout des cuivres. Dans la succession des œuvres s’est déployée toutes les séductions de la grande forge orchestrale.

 

 

Le programme propose une immersion symphonique polonaise, aussi spectaculaire que profonde. S’affirment en particulier l’ivresse extatique de Szymanowski comme la radicalité expressionniste de Lutosławski : la construction de son triptyque orchestral créé a Varsovie en 1954 saisit  par ses contrastes assumés, une exacerbation expressive, la magnificence sonore, l’éclatement progressif du spectre symphonique qui réussit dans des tutti incandescents, des séquences qui étirent les couleurs, osent des associations prodigieuses, une architecture sonore singulière, entre l’hédonisme d’ascendance straussienne, et un cynisme plus cru, acide et martial proche de Chostakovitch. Œuvre marquante de la seconde partie, le Concerto pour orchestre déploie tout cela dans le traitement de mélodies folkloriques [précisément de la région de Kurpie  / Mazovie, et des monts Tatras].

Pour se chauffer, ouverture en beauté et dans une orchestration rutilante qui annonce la suite : la Polonaise d’Eugène Onéguine de Tchaikovsky. Énergie, volupté sonore… la cheffe invitée réussit son lever de rideau, avec une attention très appréciée dans le dosage sonore du chant des violoncelles dans la partie centrale : fluide, suggestif, profond… l’émergence d’une gravité soudaine au sein du faste brillant, de la majesté exclamative.

L’opulence instrumentale se densifie et s’active chez Szymanowski, dans son Concerto n°2 opus 61 (1932 – 1933), moins joué que le n°1. Ses crépitements sonores alliant extase et volupté, engagent immédiatement, sans préliminaire, le violon dans une fusion captivante qui ne se délite jamais, entre le violon et l’Orchestre. L’écriture du polonais postromantique qui a lui-même influencé Lutosławski, questionne jusqu’à la fin le cadre du dialogue, dans le sens d’une combustion concertante ; Szymanowski subjugue comme Strauss ou Korngold par sa luxuriante sonore dans laquelle le soliste apporte son brio solistisant qui doit s’intégrer et même se fondre plutôt que se détacher et surenchérir…
Ce que comprend parfaitement le violoniste Thomas Zehetmair d’autant plus convaincant qu’il joue les deux Concertos de Szymanowsky depuis l’âge de 35 ans,- les enregistrant même avec Rattle [à l’époque où ce dernier dirigeait le Symphonique de Birmingham].
Le violoniste visionnaire, pionnier militant pour la redécouverte du Polonais, réactive ce soir ce cheminement fascinant qui fait du violon un passeur inspiré, entre révélation et hallucination. Cette mystique musicale est d’autant plus attrayante que le jeu est clair, mesuré, droit, lumineux. D’une plasticité lunaire d’autant plus juste que ses tensions et son flux servent un legato souverain, y compris dans la Cadenza où l’instrument seul se livre à cœur ouvert dans une sobriété chambriste et électrique qui rappelle l’austérité universelle de Bach.

 

Après la pause, le Concerto pour orchestre de Lutosławski couronne la période d’après guerre juste avant son orientation vers le sérialisme [1960]. La partition souligne la maîtrise du compositeur polonais le plus important de la second moitié du XXème, et dans la grande forme et dans l’architecture. Celui qui n’a cessé de souligner combien la compréhension de son compatriote Chopin, restait réductrice (voyant en lui un génie méconnu de la forme Sonate), expérimente dans son Concerto, une étonnante maîtrise structurelle, un format inédit pour l’orchestre, dont il sait exploiter jusqu’à leurs ultimes limites, toute la ressource expressive des pupitres… Dans le prolongement de Stravinsky et de Chosta surtout, Lutosławski sollicite tout du long les formidables cuivres [trombones, trompettes, cors] dont les saillies impressionnent, jalonnent une partition qui fourmillent d’idées sonores, de trouvailles de timbres.

Cette équation qui associe le détail et l’ampleur, la ciselure et le spectaculaire inscrit le déroulement des 3 séquences successives de ce Concerto hors normes, dans un souffle apocalyptique que la cheffe mesure, exalte, fait respirer avec l’énergie et la sensibilité idoines.

 

 

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CRITIQUE, concert. LYON, Auditorium, le 7 février 2026. « Danses Polonaises » : Tchaikovsky, Szymanowski : Concerto pour violon n°2 / Thomas Zehetmair, violon), Lutoslawski. Orchestre national de Lyon. Marta Gardolinska, direction.

 

 

 

LIRE aussi notre présentation du concert DANSES POLONAISES, à l’affiche de l’Auditorium Orchestre national de Lyon, les 5 et 7 février 2026 : https://www.classiquenews.com/orchestre-national-de-lyon-saison-polonaise-jeu-5-sam-7-fev-2026-danses-polonaises-maria-gardolinska-thomas-zehetmair/

Directrice musicale de l’Opéra national de Lorraine (Nancy), Marta Gardolińska peut contempler avant chaque concert la statue de l’ex-roi de Pologne Stanislas Leszczynski, bienfaiteur du duché de Lorraine et de sa capitale, sur la somptueuse place qui porte son nom. Distinguée en 2016 par la Fondation Teraz Polska pour son rôle dans la diffusion de la musique polonaise, la cheffe née à Varsovie dirige à Lyon plusieurs partitions qui l’inspirent particulièrement. Le concert s’inscrit dans le volet POLSKA de la saison en cours de l’Orchestre national de Lyon

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CRITIQUE CD événement. Jean-Philippe RAMEAU : Pygmalion / Pierre ISO : Zémide. E. Nikolovska, R. van Mechelen, G. Blondeel, P. Estèphe… A Nocte Temporis, Reinoud van Mechelen (direction). 2 CD Château de Versailles Spectacles

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Au crépuscule de l’âge baroque français, où le goût du public versait déjà vers la simplicité italienne, la scène de l’Académie Royale de Musique avait développé un art singulier : celui de composer une soirée par la juxtaposition de courts « Actes de ballet ». Ce sont deux joyaux de ce genre, séparés par onze ans et un monde de notoriété, que l’indispensable label Château de Versailles Spectacles ressuscite aujourd’hui dans un double album qui est bien plus qu’une simple somme. Sous la houlette du ténor et chef Reinoud van Mechelen à la tête de son ensemble A Nocte Temporis, Pygmalion (1748) de Jean-Philippe Rameau, œuvre populaire et virtuose, et Zémide (1759) de Pierre Iso, rareté oubliée, entrent en un dialogue miroir où l’excellence révèle l’inconnu.

 

 

La genèse de ces deux œuvres résume les tensions d’une époque. D’un côté, J. P. Rameau, au sommet de son art, revisite le mythe ovidien du sculpteur amoureux pour en faire une fable scintillante, véritable manifeste du style français et écrin idéal pour la haute-contre, confié à la création à Pierre Jéliote. De l’autre, Pierre Iso, compositeur quasiment inconnu aujourd’hui, maître de musique à Moulins et défenseur acharné de la musique française face aux attaques de Rousseau, tente sa chance avec cet opus galant où l’Amour ruse pour vaincre le cœur d’une reine récalcitrante. Si Pygmalion fut un succès durable, Zémide ne connut qu’un maigre succès, vite balayé par les modes nouvelles. Ce couplage n’est donc pas anodin : il constitue une archéologie musicale sensible, rendant justice à un « petit maître » au talent affirmé en le confrontant à son modèle, et offrant une vision panoramique du génie français des années 1750.

Ce projet, porté par le flair de Reinoud van Mechelen, prolonge et magnifie la voie ouverte dans deux précédentes parutions au même label, après Céphale et Procris d’Élisabeth Jacquet de La Guerre et tout récemment Médée et Jason de Joseph-François Salomon ; le talentueux flamand confirme ainsi, avec Pygmalion / Zémide, sa quête exigeante et passionnante pour les trésors méconnus du répertoire versaillais. Sa marque de fabrique, à savoir une direction à la fois rigoureuse et inspirée doublée d’une prise de rôle vocal titanesque, trouve ici sa plus parfaite expression. Car dans le rôle-titre de Rameau, Reinoud van Mechelen se montre tout simplement époustouflant. Il embrasse le héros avec une palette vocale d’une richesse exceptionnelle, alliant un timbre velouté à des aigus radieux et des harmoniques graves d’une amplitude impressionnante. Mais au-delà de la technique, c’est la poésie qui domine. De la plainte désolée de « Fatal Amour » à l’extase mystérieuse devant l’éveil de la statue, son chant est un modèle d’intelligence et d’expressivité. Le point culminant est son air final, « Règne, Amour », mêlant virtuosité ornementale et lyrisme pur.

Cette performance vocale de chef-d’œuvre n’est rendue possible que par la symbiose qu’il entretient avec son propre orchestre. A Nocte Temporis, formé de vingt-trois musiciens, brille ici de mille feux. La direction de van Mechelen est vivace et chaloupée, d’un naturel parfait dans les nombreuses danses. La magie opère particulièrement au pupitre des flûtes, tenu par les excellentes Anna Besson et Sien Huybrechts, qui méritent tous les éloges : du pétillement des piccolos dans la Loure des Grâces à l’intimité des flûtes traversières dans la sublime Sarabande pour la Statue, elles tissent un fil sonore ensorcelant. Face à ce Pygmalion omniprésent, la distribution qui l’entoure est irréprochable. L’éveil de la statue, incarnée par Virginie Thomas, est un moment de grâce pure, chanté avec noblesse et grandeur, des accents d’une belle fraîcheur et une souplesse remarquable. Ema Nikolovska apporte toute la véhémence nécessaire à la jalouse Céphise, tandis que Gwendoline Blondeel campe un Amour malicieux à souhait, à la voix opulente et à la longueur de souffle impressionnante. Le Chœur de Chambre de Namur, enfin, apporte sa touche finale d’excellence avec une homogénéité et une articulation parfaites.

Mais l’audace de ce disque réside bien dans son second volet, qui s’impose comme une véritable révélation. On sort de l’écoute de Zémide de Pierre Iso avec le sentiment exaltant d’une découverte majeure. L’œuvre, d’une inventivité foisonnante, révèle un compositeur en phase avec son temps, doté d’une harmonie riche et souvent surprenante, et d’un sens théâtral évident. L’influence de Rameau est palpable, mais la personnalité d’Iso s’affirme dans des figures d’accompagnement originales et des textures orchestrales variées. La distribution, en partie commune, se réinvente avec brio. Ema Nikolovska passe avec aisance du rôle secondaire de Céphise à celui, titulaire et charnu, de la reine Zémide. Elle y déploie une voix limpide et mordorée à la fois ainsi qu’un sens aigu de la dramaturgie, particulièrement touchante dans la scène où elle est frappée par la flèche de l’Amour. Philippe Estèphe, en Phasis, est tout simplement superbe, séduisant par son aisance, la richesse de ses harmoniques et avec une prononciation d’une grande clarté. Le duo des amants, « Reçois nos vœux, Dieu que j’adore », est un moment de douceur envoûtante. Enfin, Gwendoline Blondeel, dans le double rôle de l’Amour, confirme son statut d’interprète de premier plan, magnifiant le style par sa voix et son engagement.

Cet enregistrement, réalisé au Grand Manège de Namur en décembre 2024, est d’une clarté et d’une précision exemplaires. Comme à son habitude, le label Château de Versailles Spectacles signe une présentation soignée, enrichie d’une passionnante notice de Benoît Dratwicki, indispensable pour apprécier la genèse et les enjeux de ces œuvres. En confrontant Rameau et Iso, Reinoud van Mechelen et A Nocte Temporis nous offrent le triomphe d’une esthétique et d’une quête musicologique passionnée, et surtout, de l’Amour comme force créatrice et libératrice. De la pierre animée de Galatée au cœur glacé de Zémide qui fond, le même souffle vivifiant parcourt ces partitions, porté par des interprètes au sommet de leur art. Ce double CD ne comble pas seulement un vide discographique, mais s’impose d’emblée comme une référence absolue, l’une des plus belles réussites du label CVS !

 

 

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CRITIQUE CD événement. Jean-Philippe RAMEAU : Pygmalion / Pierre ISO : Zémide. E. Nikolovska, R. van Mechelen, G. Blondeel, P. Estèphe… A Nocte Temporis, Reinoud van Mechelen (direction). 2 CD Château de Versailles Spectacles. CLIC de CLASSIQUENEWS

 

 

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CRITIQUE, opéra. FRANCFORT, Oper Frankfurt, le 7 février 2026. STEFFANI : Amor vien dal destino. M. M. Sala, M. Porter, K. Makula, T. Faulkner… R. B. Schlather / Váklav Luks

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S’il est moins célèbre que Haendel ou Vivaldi, Agostino Steffani n’est plus totalement un inconnu depuis que Cecilia Bartoli lui a consacré tout un album (« Mission », en 2012), que Donna Leon en a fait le héros d’un de ses romans (raté), et que certains de ses opéras ont connu l’honneur de la scène et du disque (Alarico, Niobe regina di Tebe, Orlando generoso – et récemment proposé au festival de Potsdam : La lotta d’Ercole). Sur la vingtaine de drammi per musica qu’il a composés, Amor vien dal destino est l’un des plus beaux, si ce n’est son chef-d’œuvre. Le livret écrit par Ortensio Mauro, librettiste favori du compositeur, s’inspire du chant XII de l’Énéide et conte les amours contrastées d’Énée et Lavinie.

 

Celle-ci, promise à Turnus roi des Rutules, n’a d’yeux que pour le héros troyen, au grand dam de son père qui tremble pour l’avenir de son royaume. L’action est compliquée par sa sœur Giuturna, éprise de Turnus, qui va ainsi semer le doute dans le cœur des deux protagonistes. Mauro n’est pas Busenello, et on a peine à croire à ce mariage politiquement arrangé et dont les péripéties résultent d’un malentendu qui mettra plus de trois heures à être dissipé. Une faiblesse dramaturgique largement compensée par une musique somptueuse. Représenté à Düsseldorf en 1709, bien que composé quelques années auparavant, en 1694 à Hanovre, cet opéra s’inscrit encore dans la tradition vénitienne par la présence de personnages comiques, Corebo et surtout Nicea, personnage travesti, digne des plus impayables nourrices de la lagune. Plus d’une cinquantaine d’arias et duos égrènent cette partition de près de quatre heures – écourtée ici d’une bonne demi-heure –, autant de joyaux d’une inventivité constante, sertis par un récitatif très expressif d’une grande ductilité, tandis que les airs sont parfois à da capo et parfois mono-strophiques, et très souvent accompagnés par un instrument soliste : la surprise, maître-mot du baroque, est ainsi toujours au rendez-vous.

Côté scène, on pourrait être surpris par le choix de la décoratrice Anna-Sofia Kirsch : un plateau tout vert entièrement nu et légèrement incliné, qui laisse deviner derrière des escaliers par où entrent et sortent les personnages. Aucun décor donc, mais de superbes costumes XVIIIe siècle de Katrin Lea Tag qui rappellent ceux de la production berlinoise. Les lumières subtiles de Jan Hartmann permettent de jouer sur les effets de clair-osbcur, en fonction des affects exprimés par les personnages (comme dans l’envoûtant lamento de Lavinia, « Prendimi il cor », quand les jeux volubiles de l’éclairage semblent sculpter les milles nuances pathétiques de son visage). La simplicité du dispositif scénique n’exclut pas la diversité des ambiances, comme en témoignent les feux qui parsèment la scène, laissant au sol des trous qui permettront aux deux personnages comiques de surgir juste avant le lieto fine.

La distribution réunie à Francfort n’est pas loin de dépasser celle réunie par Jacobs à Berlin, déjà remarquable. Dans le rôle de Lavinia, on attendait beaucoup de Margherita Maria Sala, mezzo exceptionnelle de justesse et d’engagement dramatique, qu’on a pu voir notamment à Innsbruck dans d’autres raretés (Idalma de Pasquini, Cesare in Egitto de Giacomelli). C’est à elle qu’échoient les plus beaux airs pathétiques de la partition (« Nell’aura che spira », « Ah, Lavinia se il corpo », deux airs parmi les plus bouleversants), une voix chaude et une technique irréprochable (superbes sons filés dans ses nombreux lamenti). Elle donne la réplique à un Énée excellemment incarné par le jeune ténor américain Michael Porter, pourtant peu rompu au répertoire baroque (quelques incursions chez Haendel exceptées), mais dont le timbre lumineux et agile fait merveille. Si les pépites ne manquent pas (« O tu mi rendi il cor », avec hautbois obligé ; « Corro pronto a vendicarmi », superbe aria di sdegno), le héros troyen est généralement dépeint comme un personnage falot et Steffani l’a bien compris qui lui attribue des airs de bravoure au style mécanique et standardisé (« Questo cor che mille spade »). Mais la star de la soirée est sans conteste Karolina Makula qui campe un Turnus exceptionnel de fougue, de virtuosité, à la tessiture sans limites et à la diction superlative. Impossible de tout relever, entre les airs d’une difficulté époustouflante (« Cangi voglie »), ses accents d’amoureux transi (« L’ardor dei tuoi lumi »), ses airs de fureur irrésistibles (« Non più sguardi, non più vezzi ») ou son grand air pathétique final (« Eccoti il petto »), un des sommets de la partition. Latino, le père de Lavinia, a le timbre solidement charpenté de la basse Thomas Faulkner. Steffani lui réserve toute une gamme d’affetti musicaux, de l’air martial (« Ritorna a vivere »), à la mise en garde paternaliste (« Semplicetta, ancor non sai »), en passant par l’extraordinaire aria d’ombra (« Larve, sogni »), proprement envoûtante. Dans le double rôle de Vénus et Giuturna et dans celui de Jupiter et Coralto, la soprano tchèque Daniela Zib et le contre-ténor allemand Constantin Zimmermann forment un excellent duo d’acteurs, d’une aisance remarquable et qui se voient confier de très beaux airs (« Tu corri al mar » pour la première, impressionnant aria di bravura « Non più turbini » pour le second). Un autre duo irrésistible est constitué par les deux personnages comiques de Nicea et Corebo. Le premier a les traits espiègles et la voix lumineuse et ductile de Theo Lebow aux faux airs de Jérôme Commandeur. Chacune de ses apparitions déclenche des éclats de rire mérités, tandis que Pete Thanap (qui interprète aussi le rôle secondaire du Faune), compense une voix parfois engorgée par une présence scénique toujours captivante.

Dans la fosse, Váklav Luks joue de ses ondulations corporelles pour donner vie à cette partition opulente, alternant avec brio l’ensemble de l’orchestre du Frankfurter opern-und museumorchester, avec la basse continue et les nombreux instruments solistes (hautbois et chalumeaux en particulier), toujours attentif à préserver l’équilibre des pupitres avec les voix porteuses d’affects. Il est incompréhensible qu’un tel chef-d’œuvre n’ait toujours pas été enregistré.

 

 

 

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CRITIQUE, opéra. FRANCFORT, Oper Frankfurt, le 7 février 2026. STEFFANI : Amor vien dal destino. M. M. Sala, M. Porter, K. Makula, T. Faulkner… R. B. Schlather / Váklav Luks. Crédit photographique (c)

 

 

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CRITIQUE, danse. AIX-EN-PROVENCE, Le Pavillon Noir, le 6 février 2026. « KillMe » par Marina OTERO

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Six ans après l’onde de choc provoquée par FuckMe (créé en 2020, mais que nous n’avions pu voir que deux ans plus tard, au Teatro Rivoli de Porto) et l’introspection minimale de LoveMe (que nous avions découvert, lors de sa création française, au Printemps des Comédiens de Montpellier), Marina Otero referme la boucle de sa trilogie existentielle avec KillMe, donné ce vendredi 6 février 2026 au Théâtre du Pavillon Noir, à Aix-en-Provence. Ce lieu mythique, conçu par Rudy Ricciotti pour le Ballet Preljocaj, écrin de béton et de lumière où la danse contemporaine respire dans toute sa noblesse, a exulté ce soir-là comme rarement. La scène, nue et immense, s’est transformée en un champ de bataille intime où la performeuse argentine, fidèle à sa réputation d’iconoclaste, a livré le plus déchirant et le plus abouti de ses autoportraits.

 

Avec KillMe, Marina Otero pousse l’exercice autobiographique jusqu’à ses limites les plus extrêmes. Ce dernier volet, loin d’être une conclusion paisible, est une plongée en apnée dans les abysses de la psyché. Le diagnostic posé – un trouble borderline – n’est pas ici un simple motif dramatique, mais le prisme déformant à travers lequel toute l’œuvre se réinvente. La performeuse parle frontalement, sans fard, de souffrance psychique, d’amours toxiques, de violences conjugales. Chaque mot est une lame, chaque silence un gouffre. Mais là où d’autres sombreraient dans le pathos, Marina Otero transforme cette matière brute en une cérémonie cathartique d’une puissance inouïe.

La scène du Pavillon Noir devient alors un territoire mouvant, peuplé de six interprètes. D’abord présentés comme des doubles, des miroirs dociles de son ego tourmenté, ils s’émancipent progressivement. Les corps se heurtent, se cherchent, s’abandonnent dans des tableaux chorégraphiques où le désir le plus brûlant côtoie l’autodestruction la plus sourde. Chaque interprète, en se libérant de l’emprise de la chorégraphe, révèle son propre chaos intérieur, créant une polyphonie de douleurs et de révoltes. Ce n’est plus un seul en scène, mais une constellation de fragilités exposées à l’état brut.

 

 

La musique, elle, amplifie cette tempête émotionnelle avec une intelligence rare. Le baroque sacré de Bach dialogue avec les tubes pop de Miley Cyrus, créant des contrastes saisissants qui soulignent l’écartèlement permanent de l’artiste. Les récits, entrecoupés de silences et de mouvements saccadés, dessinent un autoportrait intense où la provocation, concept si cher à Marina Otero, devient un cri de vérité. La mort, la mémoire, la violence et l’abandon se mêlent dans une danse macabre aussi éblouissante que dérangeante.

À la croisée de la danse contemporaine, de la performance et de l’autobiographie, KillMe s’impose comme un manifeste incandescent. L’art et la vie s’y embrasent dans une fusion totale, laissant le public du Pavillon Noir ébranlé, bouleversé, mais également émerveillé par une telle radicalité esthétique et humaine. Marina Otero, en achevant cette trilogie, ne signe pas un adieu, mais un testament artistique d’une sincérité rare : elle a offert à la scène le plus beau des cadeaux, celui de son intimité en feu, et le théâtre aixois, en retour, a rendu hommage à cette flamme par une ovation qui semblait ne jamais vouloir s’éteindre !…

 

 

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CRITIQUE, danse. AIX-EN-PROVENCE, Théâtre du Pavillon Noir, le 6 février 2026. « KillMe » par Marina OTERO. Crédit photographique (c) Marina Caputo

 

 

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54 ème PRIX DE LAUSANNE 2026 [1er – 8 fev 2026]. Palmarès des 14 lauréats

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Dans un communiqué daté du 7 février 2026, le Prix de Lausanne a annoncé les noms de ses 14 LAURÉAT[E]S. Précisément 9 bourses ont été attribuées, soulignant la domination parmi les représentés des candidats asiatiques spécifiquement de Corée du Sud et de Chine, dans une moindre mesure du Japon. Ils supplantent aisément les candidats américains et surtout européens [2 jeunes danseurs originaires de Belgique et de Roumanie]…

 

Au total ce sont 78 candidats qui ont participé aux Sélections du Prix de Lausanne 2026, dont 21 se sont qualifiés pour la Finale organisée le 7 février au Théâtre de Beaulieu, à Lausanne [Suisse].

À l’issue de la Finale, le jury, présidé par Kevin O’Hare, Directeur du Royal Ballet, a sélectionné 14 Lauréats. Grâce à leurs bourses, les 14 danseurs talentueux auront la chance de choisir l’école ou la compagnie qu’ils intégreront, parmi les institutions partenaires du Prix de Lausanne.

 

 

BOURSES

Les 9 Lauréates et Lauréats du Prix de Lausanne 2026 sont :

1e Bourse – Fondation Caris
424 — GYVES William (18.7 ans) — États-Unis

2e Bourse – Bourse Jeune Étoile
302 — YEOM Dayeon (17.1 ans) — Corée du Sud

3e Bourse – Bourse Astarte
301 — HUANG Jingxinyu (17.0 ans) — Chine

4e Bourse – Fondation Maurice Béjart
314 — QIN Yihan (18.1 ans) — Chine

5e Bourse – Curél
201 — SAI Yusei (15 ans) — Japon

6e Bourse – Bourse Jeune Espoir
213 — CAO Yufei (16.10 ans) — Chine

7e Bourse – Fondation Anita et Werner Damm-Etienne
309 — SHIN Ara (17.9 ans) — Corée du Sud

8e Bourse – Fondation Hélène et Victor Barbour
203 — THIJS Jetro (15.6 ans) — Belgique

9e Bourse – Aud Jebsen Scholarship
413 — GRAMADA Dragos (18.1 ans) — Roumanie

10e Bourse – Oak Foundation
306 — KIM Tae Eun (17.5 ans) — Corée du Sud

11e Bourse – Bourse Roland Petit Zizi Jeanmaire
417 — BANG Suhyeok (18.3 ans) — Corée du Sud

12e Bourse – Fondation Coromandel
418 — SON Mingyun (18.3 ans) — Corée du Sud

13e Bourse – Rudolf Nureyev Foundation
415 — DEMEULENAERE Milo (18.2 ans) — États-Unis

14e Bourse – Fondation Françoise Champoud
310 — JEON Jiyul (17.9 ans) — Corée du Sud

 

 

PRIX

Les prix suivants ont été décernés:

Prix d’interprétation contemporaine, offert par Minerva Kunststiftung
413 — GRAMADA Dragos (18.1 ans) — Roumanie

Prix Beaulieu, offert par Beaulieu SA
413 — GRAMADA Dragos (18.1 ans) — Roumanie

Prix du Finaliste, offerts par Bobst SA
les Finalistes à qui aucune bourse n’est attribuée reçoivent une somme de CHF 1000.

Prix du Public Web, avec le soutien de ARTE Concert et la Fondation en faveur de l’art Chorégraphique
107 — REGO DE SOUZA Pietra (15.8 ans) — Brésil

Prix du Public, avec le soutien de ARTE Concert et la Fondation en faveur de l’art Chorégraphique
302 — YEOM Dayeon (17.1 ans) — Corée du Sud

Prix du meilleur Candidat Suisse, offert par la Fondation Jacqueline de Cérenville
424 — GYVES William (18.7 ans) — États-Unis

 

 

 

VIDÉO – Remise des prix 2025

 

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PLUS D’INFOS sur le site du Prix de Lausanne : https://www.prixdelausanne.org/fr/https://www.prixdelausanne.org/fr/

 

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CRITIQUE, opéra. BONN, Theater Bonn, le 6 février 2026. RONNEFELD : Die Ameise. D. Henschel, N. Wacker, S. Blattert, R. Rachbauer, M. Morouse… Katerina Sokolova / Daniel Johannes Mayr

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« Die Ameise« , opéra kafkaïen, surréaliste et loufoque, est repris scéniquement pour la première fois depuis 1969. Le chef-d’œuvre de Peter Ronnefeld, dont l’insecte du titre est la métaphore d’une moderne « confusion des sentiments », est magnifié par une distribution sans faille et une direction superlative, une direction d’acteurs époustouflante et une scénographie qui ne l’est pas moins.

 

On ne saurait assez gré au Theater Bonn d’avoir eu l’audace de programmer cet ovni lyrique et entomologiste d’un compositeur passionnant, élève de Messiaen, mais hélas bien oublié. Créé à l’Oper am Rhein de Düsseldorf en 1961, alors que Ronnefeld n’avait que vingt-cinq ans (il mourra tragiquement quatre ans plus tard), l’opéra apparaît comme une « Métamorphose » de Kafka revue par Freud. Le livret, rédigé par le dramaturge Robert Bletschacher, met en scène un professeur de chant, Salvatore, accusé du meurtre de sa créature Formica, une jeune chanteuse, mais clame son innocence devant le tribunal. Le crime reste un mystère, alors que la jeune femme n’a subi aucune violence et que le professeur se demande pourquoi elle est partie en lui chantant un air italien en guise de remerciement. Le spectateur assiste ainsi à une reconstitution minutieuse des événements au cours des quatre actes de l’opéra qui porte chacun un titre italien (« Atto Drammatico » ; « Atto lirico » ; « Atto Commediante » ; « Atto Tragico ») et qui combine parties déclamées et parties chantées, rythmes de blues, ballets all’antica, sprechgesang et arias plus classiques. On apprend que le geôlier veut récupérer l’espèce rare que Salvatore possède et qui manque à sa collection, tandis que ce dernier s’adresse à la fourmi comme s’il s’agissait de son élève. Le rêve et la réalité se mêlent confusément, jusqu’à l’acte final où Salvatore se rend hagard dans un théâtre de music-hall qui reprend la même configuration que le tribunal du premier acte. Les filles du cabaret se sont transformées en insectes, mais la fourmi est malencontreusement foulée aux pieds provoquant l’effondrement de Salvatore.

 

 

Il fallait une distribution exceptionnelle pour incarner cette partition proprement prodigieuse, aux lignes vocales tutoyant les extrêmes et d’une puissance dramatique rare. La scénographie colorée, changeante et dramatiquement séduisante de Nikolaus Webern (un tribunal formé de deux rangées de tribunes qui se transforme en salon privé en trompe-l’œil, puis en théâtre de music-hall) et les costumes très réussis et bigarrés, notamment dans l’acte final de Constanza Meza-Lopehandia, contribuent à magnifier la très intelligente mise en scène de Kateryna Sokolova qui dirige excellemment tous les acteurs-chanteurs de la production. Dans le rôle du professeur Salvatore, Dietrich Henschel, baryton racé rompu à ce répertoire (Der Prinz von Hamburg, Doktor Faust) est impérial de justesse, de fragilité, déclinant toute une gamme d’affects, de l’assurance à la folie, à travers une électrisante présence scénique. Nicole Wacker campe une Formica à l’ambitus impressionnant et dont la ligne vocale de soprano colorature est constamment tendue jusqu’à atteindre des sommets stratosphériques. La mère de la chanteuse est incarnée par l’excellente mezzo Susanne Blattert (qui fut l’élève de Christa Ludwig et Hermann Prey), particulièrement émouvante lors de l’impressionnant trio avec formica et Salvatore à l’acte III. Le professeur Mezzacroce, sorte de double maléfique et tentateur de Salvatore, trouve en Mark Morouse des accents de basse caverneuse qui font mouche, combinés avec un incontestable talent d’acteur. Dans le triple rôle de l’avocat de la défense, de l’aumônier et du directeur de la prison, Roland Silbernagl parvient à accorder à chacun des personnages sa spécificité grâce à une voix d’une extrême ductilité. Tous les autres rôles atteignent le même niveau d’excellence, que ce soit l’intransigeance du gardien de prison Jan Rusko ou les pitreries facétieuses des deux prisonniers Carl Rumstadt et Tae Hwan Yun. Une mention spéciale au Chœur du Theater Bonn, d’une force et d’une précision incroyables.

Dans la fosse du Theatre Bonn, Daniel Johannes Mayr est littéralement habité par l’œuvre et dirige les forces du Beethoven Orchester Bonn avec une rigueur évidemment digne d’un entomologiste, soignant constamment les nuances d’une partition qui oscille en permanence entre des passages tonitruants d’une variabilité constante où tout l’orchestre est convoqué, et les passages plus lyriques avec violon ou violoncelle solo. La redécouverte d’un authentique chef-d’œuvre !

 

 

 

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CRITIQUE, opéra. BONN, Theater Bonn, le 6 février 2026. RONNEFELD : Die Ameise. D. Henschel, N. Wacker, S. Blattert, R. Rachbauer, M. Morouse… Katerina Sokolova / Daniel Johannes Mayr. Crédit photographique (c) Bettina Stöss

 

 

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VOSGES DU SUD. 33ème Festival Musique et Mémoire, du 17 juillet au 2 août 2026. Les Traversées Baroques, Masques, Les Timbres… 17 concerts

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Le festival MUSIQUE & MÉMOIRE 2026 s’annonce sous les meilleurs auspices (cette année, 15 jours de festivités musicales du 17 juillet au 2 août 2026) ; fort de son public en pleine croissance (un nouveau record a été atteint en 2025), le Festival des Vosges du Sud poursuit sa carrière exemplaire, porté par une programmation aussi audacieuse qu’exigeante, conçue par son fondateur et directeur artistique, Fabrice Creux. Du merveilleux de l’opéra-ballet Pygmalion de Jean-Philippe Rameau aux célébrissimes et enivrantes Vêpres de la Vierge de Claudio Monteverdi, cette 33e édition célèbrera toute la force de la scène baroque européenne actuelle.

 

 

 

Plusieurs temps forts enrichissent à nouveau une programmation particulièrement prometteuse. La suite de l’exploration lyrique de l’ensemble Masques (Olivier Fortin, direction), avec notamment « Pygmalion » (1748), sommet dramatique et théâtral de Rameau en ouverture du festival (Luxeuil-Les-Bains, ven 17 juillet 2026, 21h). Cyril Auvity dans le rôle titre.

Le parcours en 5 actes des Traversées Baroques, qui pour sa 3è et dernière année de résidence, présente ainsi pas moins de 4 programmes en création : Le Combat des chefs (dim 26 juillet, 17h / Corravillers, église Saint-Jean Baptiste), une joute entre le cornet et le violon, imaginé avec l’ensemble Artifices ; la rencontre entre l’imaginaire d’Etienne Meyer et les madrigaux de Monteverdi ; sans omettre la super production réalisée en partenariat avec le festival de Beaune : les sublimes Vêpres à la Vierge du même génial Claudio Monteverdi (1610), point d’orgue et concert de clôture du Festival (dim 2 août, 21h / Luxeuil-les-Bains, basilique Saint-Pierre et Saint-Paul) ;

L’orgue continue d’être particulièrement fêté en 2026. Le cycle « orgues historiques » qui réalise à nouveau cette année, une passionnante mise en scène de l’orgue, grâce au trésor territorial : «  la Ligne des Orgues Remarquables, – séduisant concept franco-suisse ; seront célébrés dans 3 programmes inédits : Lumière et splendeur de la Renaissance espagnole à Grandvillars avec Jean-Charles Ablitzer et l’ensemble Barbaroco (jeu 23 juillet, 20h) ; suave dialogue de 3 cornets avec l’orgue italien de l’église Ste Odile de Belfort ; puis apothéose avec toute la richesse de l’orgue historique de la Basilique St Pierre de Luxeuil-les-Bains dans une étonnante célébration de Jean-Philippe Rameau (samedi 1er août, 21h / Luxeuil-les-Bains, basilique Saint-Pierre et Saint-Paul)

 

Le 33ème Festival Musique & Mémoire sait aussi cultiver des formats plus intimes mais non moins captivants : c’est ainsi la première participation de l’Achéron de François Joubert-Caillet qui célèbre les racines folkloriques de la musique italienne renaissante, tout en évoquant l’art de l’improvisation (dim 19 juillet, 11h / Faucogney-et-la-Mer, chapelle Saint-Martin) ;

Pour sa part, le claveciniste Laurent Stewart éclaire l’intense palette expressive des Partitas de Bach, puis remontant le temps évoque, avec la complicité d’amies musiciennes, la figure du grand humaniste Constantijn Huygens, dont les lettres abondent en références musicales et évoquent de nombreux compositeurs de renom, tels que Johann Jakob Froberger, Henri Du Mont, Carolus Hacquart ou encore Jacques Champion de Chambonnières…(dim 19 juillet, 15h / Héricourt, église luthérienne) ; ne manquez pas non plus le sublime solo de viole de Christine Publeau, une rencontre entre hier et aujourd’hui (programme « clair et obscur » / dim 2 août, 11h Melisey, choeur roman)…. ; le Dialogue à 2 à la Cour de Dresde ou encore à 3 avec l’ensemble Les Timbres (mer 22 juillet, 17h / Faucogney-et-la-Mer, église Saint-Georges, programme « Carré d’as » : Portraits de François Couperin, Antoine Forqueray, Marin Marais et Jean-Philippe Rameau)…
« Une édition ciselée au cœur des Vosges du sud pour parcourir la géographie musicale de l’époque baroque », annonce Fabrice Creux. La promesse est irrésistible !

 

 

 

LA BILLETTERIE EN LIGNE :
https://musique-et-memoire.vostickets.fr/Billet/FR/catalogue-MUSIQUE_ET_MEMOIRE.wb?REFID=gEQNAAAAAAAVAA

 

 

TOUTES LES INFOS, le détail des programmes, les artistes invités du 33è Festival Musique & Mémoire sur le site du Festival Musique & mémoire 2026 – 17 juillet – 2 août 2026:
https://musetmemoire.com/

 

 

 

 

 

TEMPS FORTS en  3 actes / 3 week ends

ACTE I

Vendredi 17 juillet, 21h
Luxeuil-les-Bains, basilique Saint-Pierre et Saint-Paul
RAMEAU : Pygmalion, opéra-ballet
Ensemble Masques
Olivier Fortin, direction
7 voix et 16 instrumentistes
Pygmalion : Cyril Auvity
La Statue : Hannah Ely
L’Amour : Judith van Wanroij
Céphise : Marie-Frédérique Girod
Circassien : Jef Everaert
Direction et clavecin : Olivier Fortin
Samedi 18 juillet, 17h30
Servance, église Notre-Dame de l’Assomption
O Villanella
Influences de la musique populaire italienne renaissante
L’Achéron
Céline Scheen, soprano
François Joubert-Caillet, violes de gambe et direction
Julie Dessaint, violone
André Henrich, archiluth & guitare
Pernelle Marzorati, harpe
Manon Duchemann, percussions
Dimanche 19 juillet, 11h
Faucogney-et-la-Mer, chapelle Saint-Martin
Folias !
L’Achéron
François Joubert-Caillet, basse de viole
Pernelle Marzorati, harpe
Si la mélancolie et l’intériorité sont souvent l’apanage du répertoire de la viole de gambe, les musiciens qui la
jouaient autrefois étaient pourtant aussi réputés pour la profondeur de leur chant que pour leurs prouesses
d’improvisateurs chevronnés : de la Renaissance au Lumières, que ce soit en Italie, Espagne, France, Allemagne
ou Angleterre, l’improvisation était partout…
Dimanche 19 juillet 2026, 15h
Héricourt, église luthérienne
Bach, Partitas
Laurent Stewart, clavecin
Publiées d’abord séparément à Leipzig entre 1726 et 1730, les 6 Partitas de Bach paraissent à compte d’auteur en 1731 comme Opus 1. Blandine Verlet précise : « Elles font coïncider son propre style avec l’esprit de la danse. Il écrit d’ailleurs ces pièces « pour la récréation des amateurs » et non pour leur « instruction » comme souvent… C’est sa propre « récréation » autant que celle des amateurs, « récréation » parce qu’il se sert de tout ce qu’il avait exploré et il le jette dans ces six Partitas avec une compréhension du clavecin, moins discrète que dans les Suites françaises, et plus perceptible que dans les Suites anglaises, plus chaleureuse. On dirait qu’il les a écrites pour s’en régaler lui-même au clavier. »

 

 

 

 

ACTE II

 

Mercredi 22 juillet, 17h
Faucogney-et-la-Mer, église Saint-Georges
Carré d’As : Portraits de François Couperin, Antoine Forqueray, Marin Marais et Jean-Philippe Rameau
Ensemble Les Timbres
Yoko Kawakubo, violon
Myriam Rignol, viole de gambe
Julien Wolfs, clavecin
Une plongée au cœur de la musique française baroque à travers quatre figures majeures : François Couperin, Antoine Forqueray, Marin Marais et Jean-Philippe Rameau. À l’image d’un jeu de cartes d’exception, ce programme réunit quatre compositeurs majeurs dont la singularité et le génie ont marqué durablement l’histoire musicale. « Les Timbres est un ensemble techniquement virtuose, musicalement complice, poétiquement juste. Que demander de plus ? » Classiquenew

 

Jeudi 23 juillet, 20h
Grandvillars, église Saint-Martin
Première partie
Battalas y danzas
Jean-Charles Ablitzer, orgue
Orgue espagnol Christine Vetter et Joaquín Lois Cabello
Splendeur et spécificité de l’orgue ibérique, les vigoureuses trompettes en chamade donnent un relief particulier aux batailles, style d’écriture dont les anciens compositeurs espagnols se sont montrés particulièrement friands. Ces traditionnelles narrations musicales de confrontation guerrière apparaissent comme une spécialité des compositeurs de la péninsule, mais aussi des musiciens du Nouveau Monde. Dans une alternance de guerre et de paix, les danses glosées, elles aussi typiques d’Espagne, apportent lors d’une phase de repos joie ou nostalgie, le temps de fourbir les armes…
Seconde partie
Glosas de Oro
Lumière et splendeur de la Renaissance espagnole
Ensemble Barbaroco
Ariane Le Fournis, mezzo-soprano
Eliaz Hercelin, dessus de viole et direction
Claire Gravelines, ténor de viole
Hyérine Lassalle, basse de viole
Lukas Schneider, basse de viole
Armin Yaldaei Morales, orgue
Ilan Hercelin, percussions
Vendredi 24 juillet, 21h
Lure, église Saint-Martin
(ou Faucogney, église Saint-Georges)
Bach, entre ciel et terre
Cantates
Ein feste Burg ist unser Gott, BWV 80
Jesus schläft, was soll ich hoffen? BWV 81
Brich dem Hungrigen dein Brot, BWV 39
Ensemble Masques
Olivier Fortin, direction
4 voix et 15 instrumentistes
Les cantates de Bach dépassent leur cadre liturgique pour toucher à l’universel. La BWV 80 impressionne par sa puissance et sa vigueur contrapuntique, la BWV 81 met en musique le passage du doute à la sérénité à travers des contrastes musicaux saisissants, et la BWV 39 célèbre l’élan de compassion humaine dans une fresque chorale majestueuse. Ces œuvres donnent voix aux grandes émotions qui nous habitent encore aujourd’hui : force, peur, consolation et solidarité.
Samedi 25 juillet 2026, 15h
Plancher-Bas, église Saint-Pancras
A la cour de Dresde
Sue-Ying Koang, violon
Vincent Bernhardt, clavecin
Ce programme met à l’honneur Johann Georg Pisendel (1687-1755), premier violon de l’orchestre de la cour de
Frédéric Auguste II, futur roi de Pologne et prince-électeur de Saxe à Dresde.
Dimanche 26 juillet 2026, 11h
Lure, parc botanique de l’abbaye
Bach : Sonates BWV 1001, BWV 1003, BWV 1005 et partita BWV 1002
Sue-Ying Koang, violon
« Comme [Bach] juge d’après ses doigts, ses morceaux sont extrêmement difficiles à jouer ; car il exige que les chanteurs et les instrumentistes fassent avec leur gorge et leurs instruments exactement ce qu’il peut jouer au clavier. Or, cela est impossible. » Johann Adolf Scheibe, Der critische Musicus, vol. 6, 14 mai 1737

 

Dimanche 26 juillet, 17h
Corravillers, église Saint-Jean Baptiste
Le Combat des chef.fes
Amour, virtuosité, rivalité : cornet à bouquin versus violon, l’histoire enfin dévoilée !
Ensembles Artifices et les Traversées Baroques
Alice Julien Laferrière, violon baroque
Judith Pacquier, cornet à bouquin
Maguelonne Carnus, violoncelle, viole de gambe
Laurent Stewart, clavecin et orgue
Vincent Bouchot, écriture et récitant
Etienne Meyer, regard extérieur
Deux instruments de deux familles différentes, mais qui ont en commun une tessiture brillante, un pouvoir de charmer et une virtuosité qui semblent n’avoir pas de limites, se sont affrontés au XVIIème siècle, via des interprètes et des compositeurs géniaux : le cornet, instrument à vent, et le violon, instrument à cordes.

 

 

 

ACTE III

Mercredi 29 juillet 2026
Fougerolles Saint-Valbert, écomusée du Pays de la Cerise
Bach et percussions
1 vibraphone, 2 marimbas et lames contrebasse
Trio SR9
Trio de marimbas
Paul Changarnier, Nicolas Cousin et Alexandre Esperet
Après dix années de tournées et un premier disque dédié à la musique de Jean-Sébastien Bach, le Trio SR9, trio de marimbas,
poursuit l’exploration de ce vaste répertoire.

 

Jeudi 30 juillet, 21h
Belfort, église Sainte-Odile
A tre cornetti
Les Traversées Baroques
Dagmar Šašková, soprano
Judith Pacquier, Liselotte Emery, Marc Pauchaud, cornets à bouquin – Laurent Stewart, orgue
En 1636, Marin Mersenne écrit dans son Harmonie Universelle à propos du cornet à bouquin : « le son qu’il rend est semblable à l’éclat d’un rayon de Soleil, qui paroist dans l’ombre ou dans les ténèbres… ».
Vendredi 31 juillet, 21h
Ecromagny, église Saint-Martin
Regards Croisés
Les Traversées Baroques
Dagmar Šašková, soprano
Judith Pacquier, cornet à bouquin
Laurent Stewart, orgue
« Claudio Monteverdi est une référence de taille. Je n’entends absolument pas me mesurer ou me comparer à lui, cela n’aurait évidemment aucun sens. Je me sers plutôt de sa musique comme d’un point de départ à la nouvelle composition ».
Claudio Monteverdi, Etienne Meyer : rencontre entre un compositeur d’aujourd’hui et la musique du génial maître de chapelle de la basilique de Saint-Marc de Venise… Comment un compositeur actuel s’approprie-t-il et transpose-t-il l’héritage d’un langage inventé il y a 400 ans ? Comment va-t-il utiliser les timbres des instruments anciens, les textes, les éléments mélodiques, les jeux d’écho, les harmonies… ? Une carte blanche aux allures de challenge proposée ici à Etienne Meyer.

 

Samedi 1er août, 21h
Luxeuil-les-Bains, basilique Saint-Pierre et Saint-Paul
L’école de Rameau, de l’opéra à l’église
Comment Rameau jouait-il de l’orgue et dans quel style ?
Splendeur et poésie de l’orgue des Lumières.
Jean-Charles Ablitzer, orgue historique
Jean-Philippe Rameau a été organiste toute sa vie, tout comme Claude Bénigne Balbastre. Tous deux sont nés à Dijon de pères organistes qui se partageaient les différentes tribunes de la ville. Les deux frères Rameau, Claude et Jean-Philippe furent les maîtres successifs de Claude Balbastre, Jean-Philippe proposant même, dès 1750, de l’aider financièrement à s’installer à Paris, considérant son compatriote dijonnais comme l’un des plus fameux organistes de son temps.
Si Balbastre, âgé de 25 ans, nous a laissé 40 pièces destinées à l’orgue dans son manuscrit de 1749, Rameau n’a écrit que pour l’opéra ou le clavecin.
Alors comment Rameau jouait-il de l’orgue et dans quel style ?
La confrontation et la mise en miroir des pièces de Balbastre avec des extraits des opéras de Rameau, transcrits pour l’orgue, montrent l’influence indéniable que la musique de scène a pu exercer sur le jeune compositeur et la proximité stylistique de l’ensemble des œuvres, Balbastre allant même jusqu’à emprunter quelques thèmes musicaux à son aîné. Ses pièces d’orgue de 1749 laissent alors possiblement entrevoir un Rameau inconnu, organiste et improvisateur.
À l’audition du programme proposé, l’influence de l’opéra sur la composition pour orgue à l’époque des lumières apparaît avec évidence au fil des pièces qui s’entrecroisent, dans une succession d’arias, de rondeaux, de dialogues et de mouvements de danse. L’orgue historique de la basilique né à l’aube du XVIIe siècle et enrichi au cours des siècles suivants des sonorités baroques sera un traducteur privilégié de cette évocation lyrique.
A 11h, rencontre avec Jean-Charles Ablitzer
Dimanche 2 août 2026, 11h
Melisey, choeur roman
Clair-Obscur
Christine Plubeau, viole de gambe
Ce programme a été conçu comme un voyage initiatique et amoureux à travers le répertoire de la viole de gambe, du XVIIe siècle à la musique contemporaine de Philippe Hersant. Vous découvrirez des chemins inédits où l’ancien et le moderne se rencontrent et dialoguent grâce aux sonorités chaudes et profondes de cet instrument.

 

Dimanche 2 août 2026, 21h
Luxeuil-les-Bains, basilique Saint-Pierre et Saint-Paul
Vespro della Beata Vergine
Claudio Monteverdi (1567-1643)
Chœur et orchestre des Traversées Baroques
Etienne Meyer, direction
31 musiciens
Intimistes ou monumentales, mystiques ou extraverties, les Vêpres de Monteverdi constituent non seulement une œuvre sans pareille, fabuleusement inventive, mais encore une expérience musicale aussi rare qu’inoubliable. C’est en 1610 que sont publiées les Vêpres de la Vierge, partition d’une exubérance sonore, d’une modernité et d’une diversité, absolument extraordinaire. Avec cette pièce maîtresse dédiée au pape Paul V, démonstration péremptoire et magnifique des hauteurs de son art et de son inspiration, illustration militante et exemplaire du dogme du culte de la Vierge réaffirmé par le récent Concile de Trente, Monteverdi se place. Rome, Caput Mundi, ne serait-ce pas le champ d’action idéal pour le plus grand compositeur de son époque? Hélas, les grands de ce monde ne prêtent pas toujours oreille aux pouvoirs de la musique. Il espérait attirer l’attention du Pape Paul V à Rome : c’est à Venise, trois ans plus tard, que Monteverdi trouvera un point de chute à sa mesure en devenant maître de chapelle à San Marco, la chapelle du Doge.

 

 

 

 

TOUTES LES INFOS, le détail des programmes, les artistes invités du 33è Festival Musique & Mémoire sur le site du Festival Musique & mémoire 2026 :
https://musetmemoire.com/

 

 

 

 

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CRITIQUE CD événement. THIERRY ESCAICH : TE DEUM pour NOTRE-DAME : Thierry Escaich, Alain Antinoglu ( 1 cd Alpha classic juin 2025)

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Superbe offrande composée par Thierry Escaich (né en 1965), l’un des titulaires du Grand-Orgue, improvisateur virtuose et ici compositeur des mieux inspirés pour honorer la grandeur éternelle de Notre-Dame de Paris, bâtisse martyrisée et récemment restaurée au terme d’un longue convalescence. On se souvient de la récente création de la cantate « Tombeau pour Aliénor », composé sur le texte d’Olivier Py, et créé par Patricia Petibon et les musiciens baroques d’Amarillis, sous la direction d’Héloïse Gaillard (avril 2023).

 

 

Même énergie brûlante et suractive ici, dans ce phénomène sonore qui transforme la pierre inerte (le gisant de la Reine Aliénor d’Aquitaine à Fontevraud) en hymne vibrant, le minéral en formidable creuset palpitant… – et de surcroît dans un format impressionnant (il n’en fallait pas moins sous la nef de Notre-Dame).

Lors de la création in logo en juin 2025 (pour la réouverture de la Cathédrale), l’effectif spectaculaire voire démesuré (180 musiciens : 3 chœurs, un orchestre, un orgue) édifie un somptueux retable – plutôt polyptyque que palla modeste : le TE DEUM ainsi conçu répond point par point à l’esprit et l’architecture de Notre-Dame : majesté et finesse, ampleur et élégance. Avec propre au genre du Te Deum, la célébration (du Tout-Puissant) et la grâce (des croyants exaucés).

Pour ce nouveau défi – quoi de plus paralysant qu’une commande officielle de surcroît pour célébrer la résurrection de Notre-Dame, Escaich retrouve la poétesse Nathalie Nabert déjà sollicitée pour « Le Dernier Évangile » [2000, d’après Saint-Jean]. Après nombre de compositeurs prestigieux tels Lully, Berlioz, évidemment Charpentier, Escaich aborde l’écrasante tradition du Te Deum sous un angle plus humain à travers la joie et l’exaltation de la louange. D’où l’évocation et l’activité des anges célestes.
Mais des anges lumineux tels qu’ils se précisent dans le Livre de Daniel [Cantique des 3 enfants dans la fournaise] ; d’où le déploiement de la partie II, intitulée « Anges de lumière ». La musique se fait aussi implorante et d’une ferveur plus inquiète dans la supplique du « Miserere nostri ». Avec la citation de la mélodie grégorienne elle-même s’impose progressivement lumineuse et de plus en plus explicite jusqu’au final en apothéose.

La réussite vient du dépassement assumé de la stricte liturgie ; Escaich réussit une cathédrale musicale digne de son écrin et sujet, dramatique, taillé pour la scène, dont la vitalité expressive s’appuie surtout sur le livret de Nathalie Nabert : y paraissent les figures qui ont marqué l’histoire de la Notre-Dame ; Saint-Louis, mais aussi parmi les personnalités profanes le conférencier du XIXeme, Frédéric Ozanam, sans omettre les personnages de Victor Hugo [Quasimodo et Esmeralda], comme ses textes eux mêmes [la Légende des siècles, Les Contemplations].
De cette évocation riche et dense, le compositeur a bâti son oratorio en 4 parties comme un cheminement qui part de la matière qui n’éclaire pas, à la flamme éblouissante qui éclaire mais ne brûle pas. Fournaise, combustion, fusion, élévation… l’auditeur passe d’un monde à l’autre, grâce à la formidable créativité du compositeur, grâce au bouillonnement impressionnant de sa forge sonore.
Cependant que le mythe et l’esprit agissant du feu et de la flamme, – claire référence à l’incendie du 15 avril 2019, s’enrichissent encore des citations de Pascal et de Péguy. L’un des points d’orgue expressifs de la partition qui est aussi une création poétique magistrale, est le lac de feu inspiré de Dante [Divine comédie] où cristallise un magma orchestral à partir des contrebasse et des grosses caisses.
À Escaich revient cette sublime trajectoire opérée dans la musique, du feu dévorant destructeur … au feu de résurrection, forge apocalyptique, puis arche d’espérance et de renouveau.

 

 

Pour la réouverture de Notre-Dame de Paris 
juin 2025

De la fournaise à l’élévation finale,
Le Te Deum incandescent, foudroyant de Thierry Escaich

 

La musique (ondulante et théâtrale, d’une grande finesse sensuelle aussi) se fait véhicule de transformation et de révélation ; mais la lévitation finale (et l’espoir qu’elle permet) doivent passer au préalable par la métamorphose : le feu initial c’est l’incendie du bâtiment séculaire (15 avril 2019), sommet d’incandescence sonore (« In ira furoris ») où Thierry Escaich exprime le comble de la fureur apocalyptique. Le Maître de la dramaturgie musicale sait dans « Anges de Lumières » (II) alléger la texture (swing jazz du marimba) ; réserver au chœur d’enfants, une succession de vagues vocales enivrantes. Plus inspiré encore, « Le Vaisseau marial » (III) exprime l’architecture de Notre-Dame, la longévité de son histoire… la séquence est la plus développée, dépassant 14 mn.

Plus opératique et tout aussi symboliste « La flamme percera » s’inscrit dans l’ombre et le mystère (passacaille introductive), avant la pleine lumière et la figure presque combative de la soprano solo dont la voix annonce l’avènement de la flamme, phare planétaire.
L’apothéose et le point d’accomplissement se réalisent enfin dans la reprise du Te Deum et l’Amen final. C’est donc tout un parcours de feu, crépitant, acteur, foudroyant et que la musique par son activité (et sa dramaturgie continue, très habilement contrastée) expose, de la combustion à la fusion : musique volcanique, musique de la forge iridescente, – partition vitrail qui frappe par la puissance de son orchestration comme la lumière de sa texture, l’oratorio de Thierry Escaich foudroie littéralement ; ici Vulcain / Héphaïstos danse pour que dans l’activité de la braise, se produise l’avènement d’un nouveau monde. Les mille nuances de l’écriture en façonne le fascinante langage ; de loin, un langage aussi personnel qu’original et qui propose du Te Deum, un authentique accomplissement contemporain.  La métaphore est éclatante et inscrit l’incendie traumatisant de Notre-Dame, comme une arche vers une nouvelle ère de son histoire.

Et c’est bien sûr l’orgue qui en accuse l’activité en jalonnant le parcours de 3 versets improvisés : plus inspiré que jamais, Thierry Escaich exploite toute les ressources expressives et sonores du Cavaillé-Coll (qu’il joue ainsi régulièrement).

Au diapason d’une écriture intime comme majestueuse, surtout viscéralement dramatique, l’orchestre détaille avec précision, les miroitements multiples de la prodigieuse orchestration escaichienne. Prodige articulé et d’autant plus suggestif que la nef étant grande,  tend à la dilution et l’éparpillement. Mais la prise de son rééquilibre la réalité du concert et restitue ce chef d’oeuvre sacré contemporain dans toute sa verve spirituelle et ses nuées de nuances poétiques. Un chef d’œuvre sacré et contemporain. Magistral.

 

 

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CRITIQUE CD événement. Thierry Escaich :  TE DEUM POUR NOTRE DAME (juin 2025), création mondiale, Maîtrise Notre-Dame de Paris, NFM Choir, Frankfurt Radio Symphony / direction : Alain Altinoglu – CLIC de CLASSIQUENEWS hiver 2026.

 

PLUS D’INFOS sur le site OUTHERE : https://outhere-music.com/fr/albums/thierry-escaich-te-deum-pour-notre-dame

 

 

Victoires de la musique classique 2026
L’enregistrement est sélectionné pour les 33èmes Victoires de la musique classique (20 mars 2026) : https://www.classiquenews.com/33emes-victoires-de-la-musique-classique-2026-ven-20-mars-2026-a-brest-quartz-liste-des-candidats-revelations-et-nommes/
Souhaitons que la partition de Thierry Escaich remporte la distinction tant le compositeur organiste réalise de fait, une partition majeure.

 

 

LIRE aussi notre critique création de Destins de Reine / Tombeau pour Aliéner, Olivier Py, Thierry Escaich. Fontevraud, avril 2023 :
https://www.classiquenews.com/critique-concert-fontevraud-le-14-avril-2023-destins-de-reine-creation-de-tombeau-pour-alienor-thierry-escaich-olivier-py-patricia-petibon-heloise-gaillard-amarillis/

D’emblée, le texte d’Olivier Py, admirable à plus d’un titre, très riche et troublant, à la fois déclamatoire et hallucinatoire, pose un immense défi d’incarnation, d’articulation, de suggestion à l’interprète ; mais Patricia Petibon n’en est pas à son premier exploit ; comme par son sujet, il convoque le fantastique et le surnaturel du fait de la figure spectaculaire qu’il célèbre, âme et muse de Fontevraud : Aliénor d’Aquitaine dont le gisant occupe l’église. Tel un spectre toujours vivace, Aliénor, auguste souveraine fut au XIIè siècle, souveraine trois fois : d’Aquitaine, de France, d’Angleterre. Illustre personnalité qui méritait bien ce « Tombeau » musical, composé par Thierry Escaich.

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CRITIQUE, opéra. NICE, Théâtre de l’opéra, le 5 février 2026. MOZART : La Clemenza di Tito. E. Scala, A. Constans, M. Lebèque, F. de Monès… Clarac & Deloeil-Le Lab / Kirill Karabits

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À l’Opéra Nice Côte d’Azur, la public mélomane n’a pas assisté à une simple représentation de La Clemenza di Tito, mais il a pu pénétré dans la machinerie même du pouvoir. Sous la baguette incisive de Kirill Karabits et dans la mise en scène conceptuelle et radicale de Jean-Philippe Clarac et Olivier Deloeuil (Le Lab), le dernier opera seria de W. A. Mozart se dépouille de sa toge romaine pour révéler, dans l’éclat froid du marbre et des écrans, une méditation fascinante sur l’image, la culpabilité et la permanence des jeux d’influence.

 

Si la production rappelle l’esthétique et l’audace de leur Rusalka (vue récemment sur cette même scène, en coproduction avec les Opéras de Marseille, Avignon, et Toulon), c’est ici le huis clos psychologique qui prévaut. Le plateau est transformé en un espace-temps abstrait : un salon présidentiel aseptisé, aux murs blancs, lieu de tous les compromis et de toutes les confessions. Un écran géant, omniprésent, ne se contente pas d’amplifier les visages : il les déforme, les projette en boucle, devenant le miroir brisé des consciences torturées. La grande idée des metteurs en scène est de placer l’action dans le regard rétrospectif de Vitellia, assise en tenue de gala à la veille de son mariage impérial. L’intrigue se déroule ainsi en flashbacks, comme autant de fragments mémoriels filtrés par son ambition et ses remords. Cette focalisation subjective transforme radicalement l’œuvre : il ne s’agit plus d’une célébration statique de la vertu du souverain, mais de l’exploration des mécanismes qui conduisent au crime d’État et, peut-être, à la rédemption. La production de Clarac et Deloeuil est, sans conteste, une proposition forte et exigeante. Elle requiert du spectateur qu’il accepte de lire entre les lignes, de décoder le jeu des apparences. En transposant l’intrigue dans l’antichambre du pouvoir contemporain, elle interroge brillamment la fabrique des images politiques et le poids de la représentation. Loin de trahir Mozart, cette vision radicale donne à sa musique une résonance aussi actuelle qu’universelle.

Au cœur de cette architecture glacée, le chef ukrainien Kirill Karabits, trop rare en France, insuffle une vie musicale d’une intensité et d’une clarté remarquables. À la tête de l’Orchestre Philharmonique de Nice, il défend une lecture qui allie une énergie implacable à une transparence absolue des textures, permettant à chaque pupitre – notamment les bois solistes dans les arias de Sesto et Vitellia – de briller sans jamais rompre l’élan dramatique. Sous sa direction, la partition du divin Mozart – souvent jugée froide – gagne ici une urgence et une nervosité qui épousent parfaitement l’angoisse des personnages.

Cette tension trouve son incarnation parfaite dans une distribution d’une cohérence et d’un engagement exceptionnels. Au sommet de cette pyramide, la soprano toulousaine Anaïs Constans est une Vitellia phénoménale. Elle incarne avec une autorité glaçante cette « First Lady » moderne, évoluant d’un sourire protocolaire de façade à la fureur la plus sauvage. Sa voix, un soprano aux couleurs sombres et à l’impact puissant, navigue sans faille entre le chant poli des réceptions officielles et les éclats rageurs du désir frustré. Son grand air de l’acte II, « Non più di fiori », devient un effondrement intérieur d’une vérité bouleversante, où la virtuosité n’est jamais gratuite mais toujours au service d’une émotion crue. Face à elle, Marion Lebègue, en Sesto, offre la performance poignante de la soirée. Son mezzo-soprano au timbre chaleureux et à la ligne de chant d’une élégance mozartienne parfaite, exprime avec une justesse troublante la déchirure du personnage . Habillée d’un costume androgyne qui accentue sa vulnérabilité, elle fait de « Parto, parto » bien plus qu’un exercice de style : c’est le cri étouffé d’un être dévoré par une passion destructrice. La complicité vocale et scénique entre Constans et Lebègue, dans leurs duos torturés, constitue le véritable moteur dramatique de cette production.

Dans le rôle-titre, Enea Scala impose un Tito d’une humanité complexe. Le ténor sicilien, réputé pour son excellence dans le répertoire belcantiste, apporte à l’Empereur romain une noblesse non pas distante, mais empreinte d’une lassitude palpable. Sa voix au médium solide et aux aigus claironnés (parfois un peu trop…) dessine un homme prisonnier de sa propre image de clémence, dont les récitatifs deviennent de véritables soliloques intérieurs. La scène du pardon final, où il apparaît en figure télévisuelle omniprésente, gagne une dimension à la fois politique et profondément mélancolique. Le reste de la distribution forme un ensemble sans faille, à l’instar de Faustine de Monès qui déploie un soprano d’une limpidité cristalline et d’une tenue impeccable dans le rôle de Servilia, rayonnante de sincérité juvénile. Coline Dutilleul (Annio), au contralto velouté et aux graves charnus, incarne avec une grâce touchante la loyauté et la tendresse, tandis que Gabriele Sagona (Publio) apporte avec sa basse ferme et son autorité contenue la nécessaire assise au dispositif scénique.

Une Clémence qui n’est plus un simple attribut princier, mais un choix humain arraché au cœur des ténèbres – et une réussite artistique majeure pour l’Opéra de Nice !

 

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CRITIQUE, opéra. NICE, Théâtre de l’opéra, le 5 février 2026. MOZART : La Clemenza di Tito. E. Scala, A. Constans, M. Lebèque, F. de Monès… Clarac & Deloeil-Le Lab / Kirill Karabits. Crédit photographique © Julien Perrin

 

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CRITIQUE CD événement. SALOMON : Médée et Jason. M. A. Bouchard-Lesieur, R. van Mechelen, L. Binon, C. Costanzo, M. Mofidian, M. Petit… A Nocte Temporis / Reinoud van Mechelen (2 CD Château de Versailles Spectacles)

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Le désormais mythique label Château de Versailles Spectacles, infatigable explorateur des trésors oubliés de la musique française, nous offre avec ce nouvel enregistrement un véritable joyau. Après le triomphe de Céphale et Procris l’an passé, le ténor et chef d’orchestre Reinoud van Mechelen et son ensemble A Nocte Temporis poursuivent leur quête avec une passion contagieuse en ressuscitant Médée et Jason, tragédie en musique de Joseph-François Salomon (1649-1732). Cet enregistrement, capté en juillet 2025 au Grand Manège de Namur, fait suite au concert-événement donné dans la somptueuse Grande Salle des Croisades du Château de Versailles… le 31 janvier 2026, il y a tout juste une semaine, démontrant une fois de plus le rôle indispensable du Centre de musique baroque de Versailles dans la valorisation de ce patrimoine.

 

 

La genèse de cette œuvre est en elle-même un récit fascinant. Joseph-François Salomon, instrumentiste toulonnais à la musique du roi, franchit le pas de la composition lyrique à un âge avancé : il a plus de soixante ans lorsque Médée et Jason est créé à l’Académie Royale de Musique en avril 1713. Cette œuvre sera son premier et l’un de ses seuls opéras, ce qui en rend la redécouverte d’autant plus précieuse. Contrairement à ce que son anonymat actuel pourrait laisser croire, l’ouvrage connut en son temps un succès notable, étant repris à plusieurs reprises tout au long du XVIIIᵉ siècle, jusqu’en 1749, et notamment à La Monnaie de Bruxelles en 1726.

Le livret est signé par l’Abbé Simon-Joseph Pellegrin, qui marquera plus tard l’histoire en collaborant avec Rameau pour Hippolyte et Aricie. Pellegrin offre ici une lecture psychologique remarquable du mythe, se distinguant de celle de Thomas Corneille pour Charpentier. Il renonce à des éléments spectaculaires comme la robe empoisonnée ou le deus ex machina pour resserrer l’intrigue sur les tourments intérieurs des personnages. Jason, par exemple, y est moins fanfaron, rongé par la culpabilité, tandis que Créuse devient une figure plus active et prophétique. Cette approche, qui s’inscrit dans le goût de l’époque pour « le terrible » et les émotions fortes, donne à l’ouvrage une densité dramatique exceptionnelle, couronnée par des actes IV et V d’une tension magistrale.

Musicalement, Salomon cultive un « beau simple » déjà loué par le Mercure de France en 1713. Son langage, d’une expressivité évidente, est caractérisé par une grande souplesse et une attention fine aux inflexions de la langue française. Les récitatifs, très développés, évitent toute sécheresse grâce à un continuo d’une mobilité constante. L’écriture orchestrale, notamment pour les cordes, est utilisée de manière expressive pour créer des tensions saisissantes. Si Salomon ne brise pas les codes, sa partition laisse entrevoir par touches des audaces harmoniques – comme dans le duo Jason-Créon de l’acte IV – qui annoncent déjà les couleurs de Rameau.

Cet enregistrement est un triomphe d’intelligence musicale et d’engagement, porté par des artistes qui semblent respirer au rythme de cette partition. Reinoud van Mechelen, à la fois chef et ténor, réalise ici un tour de force absolu. À la tête de son ensemble A Nocte Temporis, qu’il a fondé en 2016 avec la flûtiste Anna Besson dans le but d’exprimer une vision commune de la musique ancienne, il dirige une lecture à la fois engagée, structurée et d’une remarquable clarté. L’effectif, volontairement chambriste, permet une lisibilité parfaite des textures, où chaque instrument trouve sa place dans un équilibre idéal. Sous sa direction, l’ensemble respire avec tendresse, danse avec une grâce enlevée et se cabre avec vigueur dans les scènes infernales. Dans le rôle de Jason, Reinoud van Mechelen est tout simplement bouleversant. Il incarne le héros déchiré avec une éloquence et une suavité vocale qui lui sont propres, maîtrisant parfaitement la tessiture exigeante de la haute-contre. Son interprétation, plus fouillée encore que dans ses précédentes incarnations baroques, culmine dans la lamentation finale, d’une poignante humanité.

Marie-Andrée Bouchard-Lesieur (Médée) prête à la magicienne un mezzo-soprano ample et charismatique. Elle canalise avec intelligence cette puissance pour dessiner une Médée moins démoniaque que profondément troublante, dont la menace plane sur l’ensemble de l’ouvrage dès son entrée à l’acte II. Mélissa Petit (Créuse) compose une princesse au timbre charnu et ductile, d’une somptuosité envoûtante. Son interprétation est marquée par un soin extrême apporté au texte et à la conduite de la ligne musicale, particulièrement dans le songe prophétique de l’acte II, l’une des scènes les plus réussies de l’opéra. Cyril Costanzo (Créon) offre une prestation d’une grande finesse. Sa voix moelleuse et son excellente diction servent un personnage plus « bonhomme » que d’usage, avant de trouver des accents justes et poignants dans sa scène de folie, soutenue par des traits orchestraux incisifs. Lore Binon, dans son double rôle de Melpomène (la muse de la Tragédie dans le Prologue) et de Nérine (la confidente de Médée), offre une prestation de qualité. Sa présence est particulièrement notable à l’Acte II et à l’Acte IV, où Nérine conseille Médée, apportant une voix de raison face à la furie de sa maîtresse. Quant à Annelies Van Gramberen, qui interprète Europe (allégorie dans le Prologue) et Cléone (confidente de Créuse), elle se distingue également positivement. Son rôle de Cléone est crucial à l’ouverture de l’Acte II, où elle tente de rassurer Créuse, troublée par un songe prémonitoire.

L’ensemble A Nocte Temporis prouve une fois de plus qu’il est l’un des fleurons de la scène baroque actuelle. La précision des attaques, la mobilité du continuo et les couleurs instrumentales variées (basson et hautbois magnifiquement mis en valeur) servent le drame avec une acuité rare. Le Chœur de Chambre de Namur, quant à lui, est un pilier de cette réussite. Remarquable par la qualité de son français et son engagement constant, il passe avec une aisance déconcertante des murmures des plaisirs aux tonnerres des puissances infernales, apportant une couleur et une vitalité essentielles à l’œuvre. Les solistes issus de ses rangs, comme Virginie Thomas et le ténor au charme immédiat Maxime Melnik, assurent également leurs interventions avec brio.

Après le superbe Céphale et Procris, cette nouvelle parution discograhique confirme la cohérence et l’ambition de cette collaboration fructueuse. Elle s’impose comme un disque indispensable pour tout amateur de tragédie lyrique française, une porte ouverte sur un pan méconnu mais essentiel de notre patrimoine, et une expérience artistique d’une profonde émotion.

 

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CRITIQUE CD événement. SALOMON : Médée et Jason. M. A. Bouchard-Lesieur, R. van Mechelen, L. Binon, C. Costanzo, M. Mofidian, M. Petit… A Nocte Temporis / Reinoud van Mechelen (2 CD Château de Versailles Spectacles). CLIC de CLASSIQUENEWS

 

 

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CRITIQUE, danse. GENEVE, Pavillon de la Danse, le 5 février 2026. « Caen Amour » par Trajal HARREL et le Zürich Dance Ensemble

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Le Pavillon de la Danse à Genève, cette boîte blanche aux dimensions généreuses et à l’acoustique intimiste, est est formidable écrin pour accueillir des spectacles de danse. Ce 5 février 2026 s’y est déroulé une création qui ne s’est pas contentée d’occuper l’espace mais l’a transformée en une galerie des glaces temporelles. En investissant ce temple genevois dédié au mouvement, le célèbre chorégraphe Trajal Harrell et son Zürich Dance Ensemble ont offert une expérience, une plongée vertigineuse dans les strates oubliées de notre imaginaire chorégraphique.

 

Avec Caen Amour, Trajal Harrel signe une œuvre d’une intelligence folle et d’une sensualité contagieuse, qui agit comme un véritable séisme esthétique. Loin de la simple démonstration technique, Harrell nous convie à une archéologie des gestes. Il exhume des lambeaux d’histoire que la danse avait rangés au rayon des curiosités : les hoochie-coochie shows de la fin du XIXe siècle, ces spectacles forains où l’orientalisme de pacotille, le vaudeville et les premiers effleurements du strip-tease formaient un divertissement trouble et fascinant. Mais ce n’est là que le point de départ d’une odyssée beaucoup plus vaste.

Car ce qui saisit d’emblée, c’est la manière dont Harrell tisse sa toile. Il ne juxtapose pas, il fusionne. D’un geste souverain, il convoque les esprits de la danse moderne : la flamboyante Loïe Fuller et ses jeux de voiles lumineux, le butô viscéral et blafard de Tatsumi Hijikata, et jusqu’à la radicalité sculpturale de la mode selon Rei Kawakubo pour Comme des Garçons. Le spectacle devient alors un laboratoire à ciel ouvert où le cabaret, le voguing, le butô et la performance contemporaine se répondent dans un dialogue étourdissant. On y voit les codes se déliter, se transformer, se métisser sous nos yeux ébahis, dans une perpétuelle mutation qui interroge avec une ironie joueuse la sacralité même du geste artistique.

 

 

Sur le plateau, la troupe est un organisme vivant d’une beauté androgyne et déconcertante. Trajal Harrell, entouré des magnifiques Thibault Lac, Perle Palombe et Ondrej Vidlar, dirige un quatuor d’interprètes qui semblent constamment danser sur la ligne de crête entre plusieurs mondes. Iels se travestissent, se dédoublent, se dévoilent, jouant des apparences comme on joue des masques. Hommes et femmes brouillent les pistes avec une élégance désarmante, effaçant la frontière poreuse entre la représentation et le réel. Lorsque les spectateurices sont invité·es à circuler librement, à choisir leur point de vue, le Pavillon se mue en un véritable musée vivant. On déambule, on observe, on se laisse surprendre par un détail de costume, un frémissement de main, un regard en coin. L’histoire de la danse ne se raconte plus, elle se vit, elle se respire, elle se réinvente sous nos yeux.

Mais derrière cette fête des sens et des couleurs chatoyantes, Caen Amour porte un regard d’une acuité brûlante sur le monde. En jouant avec les voiles, les oripeaux et les peaux de rechange, Trajal Harrell déconstruit avec une précision d’entomologiste le regard occidental, ce regard qui a longtemps fantasmé, exotisé et marginalisé les corps, en particulier les corps perçus comme féminins ou autres. Il met en lumière les mécanismes de la séduction et du pouvoir, montrant que la scène est aussi un champ de bataille symbolique où se négocient les identités.

Caen Amour s’avère un espace trouble, sensuel et profondément politique. Une fiction immersive qui, en explorant les origines plurielles de la modernité chorégraphique, nous parle de notre présent avec une urgence et une poésie renversantes. La soirée du 5 février restera gravée comme un moment de grâce absolue, où le Pavillon de la Danse fut le théâtre d’une résurrection. Trajal Harrell confirme avec cette pièce magistrale qu’il est l’un des plus grands alchimistes de la scène contemporaine, capable de transformer l’histoire en matière explosive et en une célébration d’une beauté inouïe. Une claque et un enchantement mêlés !

 

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CRITIQUE, danse. GENEVE, Pavillon de la Danse, le 5 février 2026. « Caen Amour » par Trajal HARREL et le Zürich Dance Ensemble. Crédit photographique (c) Christophe Raynaud de Lage

 

 

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CD événement, annonce. « Bezaubert », Les 7 derniers Lieder de Richard Strauss – Hommage pour le 150ème anniversaire de la naissance de Hermann Hesse – Diana Schnürpel, soprano, Staffan Liljas (baryton-basse), Symphoniker Hamburg, Sebastian Lang-Lessing (1 cd)

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Le compositeur Berlinois Oliver Gruhn questionne le dernier cycle orchestral et vocal de Richard Strauss (« Vier letzte Lieder »), un corpus envoûtant et crépusculaire bâti, pour les 3 premiers lieder, à partir des poèmes de Hermann Hesse (« Frühling / Printemps », « September / Septembre », « Beim Schlafengehen / L’heure du sommeil ».  En réalité un montage fabriqué de toute pièce par l’éditeur Eugen Roth. On sait à présent que les « 4 derniers lieder » ne sont pas 4 mais 5, depuis la redécouverte tardive du véritable dernier lied composé par Strauss en 1948, soit 1 an avant la mort de l’auteur en 1949 à 85 ans : « Malven » / Les Mauves.

 

 

 

 

Les 7 derniers lieder de Strauss
un nouveau cycle redécouvert, rétabli, homogène

OLIVER GRUHN va même plus loin : il réorganise l’enchaînement des lieder et propose un nouvel ordre poétique… en ajoutant 3 autres lieder : « Ruhe, meine Seele », « Nacht » dont il complète l’orchestration, enfin, conclusion du nouveau cycle en 7 stations, « Malven » déjà cité. L’intégration dans cet ordre est justifié par les sources : après l’achèvement de « Im Abendrot », Richard Strauss a d’abord orchestré « Ruhe, meine Seele« , avant de poursuivre avec « Frühling » et « Beim Schlafengehen« . En parallèle, il esquisse « Nacht », mélodie parvenue en fragments. La composition de September a suivi, et enfin en 1948 Strauss écrivit « Malven » la dernière mélodie avérée.

Pour Oliver Gruhn, il ne s’agit pas uniquement de recomposer l’ordre des derniers lieder mis en musique par Strauss avant de mourir ; il s’agit surtout de rétablir la juste chronologie des dernières poèmes mis en musique par Strauss, et d’en déduire ainsi une nouvelle signification poétique. C’est aussi un vrai défi sur le plan orchestral, chacune des 7 séquences devant s’unir dans une nouvelle totalité cohérente que renforce aussi l’orchestration complète qu’il propose pour « Nacht ».

 

L’apport ne manque pas d’arguments comme de séduction ; et le nouveau cycle permet de mesurer désormais la puissance poétique du dernier Strauss, particulièrement inspiré par les textes tout autant denses et riches d‘Hermann Hesse (1877 – 1962) : leur essence panthéiste, initiatique, profondément nourri d’un humanisme spirituel. L’ensemble vient à propos célébrer le 150ème anniversaire du poète allemand, Prix Nobel de littérature en 1946. Enregistrement CLIC de CLASSIQUENEWS – prochaine critique complète sur CLASSIQUENEWS.

 

 

 

nouvelle succession des 7 derniers lieder de Richard Strauss
proposée par Oliver Gruhn :

1. Im Abendrot

2. Ruhe, meine Seele

3. Frühling

4. Beim Schlafengehen

5. Nacht

6. September

7. Malven

 

 

VIDÉO : « NACHT » le dernier lied de Richard STRAUSS, orchestré par Oliver GRUHN

Diana Schnürpel chante « Nacht », complété par Oliver Gruhn

NACHT – Richard Strauss (AV303) d’après un poème de Hermann Hesse – complété par Oliver Gruhn / Diana Schnürpel – Sopran, Symphoniker Hamburg, Sebastian Lang-Lessing, direction / Oliver Gruhn, compositeur

 

 

PLUS D’INFOS :

https://www.olivergruhn.de/

https://www.olivergruhn.de/booklet-bezaubert?lang=en

 

Achetez le cd BEZAUBERT / Oliver GRUHN / Richard STRAUSS / Hermann HESSE – sur AMAZON : https://www.amazon.de/dp/B0FSQ83VLJ

 

 

 

 

critique

CRITIQUE CD événement. « Bezaubert » / Richard Strauss, Oliver Gruhn : Lieder. Diana Schnürpel, Staffan Liljas, Symphoniker, Sebastian Lang-Lessing (1 cd – sept 2024)

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CHOEUR & ENSEMBLE POSEIDON. BACH (Cantate BWV 4) / HANDEL (Dixit Dominus). PARIS, les 14 et 15 février : Eglise Sainte-Elisabeth du Temple (le 14) et Eglise Notre-Dame des Blancs-Manteaux (le15)

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Fondé en 2018 sous l’impulsion du musicien et chef d’orchestre Arnaud Condé, le Chœur & Ensemble Poséidon s’est rapidement imposé comme une formation de référence dans l’interprétation du répertoire baroque sur instruments anciens.

 

L’ensemble, constitué de chanteurs et d’instrumentistes professionnels issus des grands conservatoires français, a pour vocation de proposer des concerts d’une haute exigence musicale. Son ambition va au-delà de l’exécution ; il s’engage dans un véritable travail de recherche et de reconstitution du patrimoine sonore des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles. L’objectif est de faire sonner ces œuvres avec une éloquence et un naturel qui leur rendent toute leur fraîcheur et leur impact émotionnel, comme si elles venaient d’être composées.

Né dans les Vosges, Arnaud Condé commence la musique très jeune et se forme au Conservatoire à Rayonnement Régional de Paris. Diplômé en flûte à bec, direction de chœur et écriture, il se spécialise ensuite dans les bassons historiques. À la fois instrumentiste et chef, il réunit dans sa pratique une compréhension profonde de la musique ancienne et une vision d’ensemble précise, dirigeant le Choeur et l’Ensemble Poséidon depuis sa création.

Depuis 2024, la formation s’est lancée dans l’enregistrement, avec déjà deux albums à son actif, disponibles en CD et en téléchargement sur sa page Bandcamp : « Crucifixus » (2024), leur premier album explorant des œuvres sacrées autour de la Passion – et « Bach / Buxtehude » (sorti en décembre 2025), leur deuxième opus, mettant en regard deux géants de la musique baroque allemande.

Ce même Chœur & l’Ensemble Poséidon invitent les parisiens et franciliens à un moment exceptionnel de musique baroque, dans le cadre prestigieux de deux églises parisiennes,les 14 et 15 février 2026.

 

Programme :

  • Johann Sebastian Bach : Cantate BWV 4 « Christ lag in Todesbanden »

  • Georg Friedrich Händel : Dixit Dominus HWV 232

Deux chefs-d’œuvre essentiels du répertoire sacré, portés par la fougue et la précision des musiciens de l’Ensemble Poséidon et la clarté de son chœur. Une plongée au cœur de l’intensité dramatique et de la ferveur baroques.

 

Dates & Lieux :

  • Samedi 14 février 2026, 16h
    Église Sainte-Élisabeth du Temple
    Rue du Temple, 75003 Paris

  • Dimanche 15 février 2026, 16h
    Église Notre-Dame des Blancs-Manteaux
    Rue des Blancs-Manteaux, 75004 Paris

 

Participation :
Pour rendre la musique accessible à tous et selon la tradition du libre accès à la culture, la participation aux frais est libre et consciente. Chacun contribue selon ses moyens à la sortie de l’urne, permettant à ces projets de voir le jour.

Venez nombreux célébrer la puissance et la beauté de Bach et Haendel, interprétés avec passion par le Chœur & l’Ensemble Poséidon !

 

 

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CD opéra baroque, annonce. Jean-Baptiste Lully (1632-1687) : ATYS (1676). Vidal, Piau, Christoyannis, Gens… Pages et Chantres du CMBV, Les Ambassadeurs – La Grande Écurie CMBV (3 cd Alpha – mars 2024)

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À l’occasion des 350 ans de la création d’Atys de Jean-Baptiste Lully à Saint-Germain-en-Laye devant Louis XIV (10 janvier 1676), le Centre de musique baroque de Versailles (CMBV) ressuscite l’opéra du Roi, Atys, dans un regard « résolument neuf », produisant une proposition sonore particulièrement documentée pour réaliser la tension tragique et glaçante du sujet inspiré d’Ovide. Ici le geste interprétatif prolonge un préalable de recherche très fouillé qui s’appuie entre autres, sur une analyse du livret original de 1676…

 

 

Porté par les équipes musicales et scientifiques du CMBV, le présent enregistrement discographique concentre les apports de l’institution versaillaise pour notre connaissance de l’opéra baroque lullyste. Il propose précisément un nouveau regard, très documenté, concernant l’effectif (cordes, vents, percussions,…), la répartition (petit et grand chœur), la disposition de l’orchestre et des choeurs ; le style du chant (déclamation), le fonctionnement du petit et du grand chœur pendant la représentation….
Le choix des solistes entend ressusciter les caractéristiques des chanteurs de la création (1676), – dont sont connues beaucoup de leurs particularités vocales et théâtrales. Le plateau réunit ainsi en mars 2024 : entre autres, Mathias Vidal, Véronique Gens, Sandrine Piau et Tassis Christoyannis, les Pages et les Chantres du CMBV, Les Ambassadeurs ~ La Grande Écurie, instrumentistes experts de ce répertoire…

Autant de précautions scientifiques et artistiques ne doit pas au final, freiner la justesse et la naturel des chanteurs et des instrumentistes. Qu’en est-il sur ce point ? Réponse dans notre critique complète à venir sur classiquenews.com

 

 

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CD opéra baroque, annonce. Jean-Baptiste Lully (1632-1687) : ATYS (1676). Vidal, Piau, Christoyannis, Gens… Pages et Chantres du CMBV, Les Ambassadeurs – La Grande Écurie CMBV (3 cd Alpha – mars 2024)

 

Avec Mathias Vidal • Véronique Gens • Sandrine Piau • Tassis Christoyannis • Hasnaa Bennani • Éléonore Pancrazi • Adrien Fournaison • David Witczak • Antonin Rondepierre • Virginie Thomas • Marine Lafdal-Franc • Reinoud Van Mechelen • François-Olivier Jean • Constance Palin • Madeleine Prunel • Carlos Rafael Porto • Marie Baron • Henri De Montalembert • Les Pages et les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles (Fabien Armengaud, direction artistique) • Les Ambassadeurs ~ La Grande Écurie
PLUS D’INFOS sur le site Outhere music : https://outhere-music.com/fr/albums/lully-atys

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CRITIQUE, concert. EVRY, Conservatoire Yannis Xenakis, le 4 février 2026. Fanny MENDELSSOHN : Das Jahr / Marie VERMEULIN (piano)

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Quoi, il faut venir dans la ville nouvelle d’Evry, avec sa cathédrale ronde symbole d’architecture moderne et son conservatoire qui porte le nom de Xenakis, pour découvrir l’oeuvre de Fanny Mendelssohn ? Hier soir 4 février, dans ledit conservatoire, l’excellente pianiste Marie Vermeulin nous a fait découvrir l’éblouissant cycle Das Jahr qui n’est jamais joué, dans lequel la sœur de Félix Mendelssohn, si longtemps tenue dans l’ombre, évoque les douze mois de l’année.

 

Superbe découverte qui précède la sortie d’un disque en mars. On sait que le père et le frère de Fanny Mendelssohn avaient voulu la réduire au silence, la condamnant aux seules tâches domestiques. Quelle horreur ! Cette femme avait du génie et devait l’exprimer. Dans Das Jahr, les premières mesures de janvier, graves comme un ciel d’hiver, nous font entendre une âme qui s’exprime. Les mois de février et d’avril, auraient pu être écrits par Mendelssohn frère – mais c’est Fanny qui les a écrits. Le mois de juillet aurait pu être composé par Beethoven – mais c’est Fanny qui l’a composé. Le mois d’août aurait pu sortir de la plume de Schumann – mais c’est de celle de Fanny qu’il est sorti. Liszt aurait pu être l’auteur des mois de septembre ou de décembre – mais c’est Fanny qui l’a été. Quant au postlude, il réveille tranquillement le fantôme de Bach. On voit par là que Fanny Mendelssohn se hisse au niveau des plus grands.

Ce soir-là, Marie a tendu la main à Fanny. Et quelle main ! Une main souple, caressante, sûre, virtuose, énergique. En un mot une main – et même deux mains ! – de grande pianiste. Marie Vermeulin a mis en relief les pleins et déliés d’une musique qui est comme un journal intime, avec sa mélancolie profonde, ses joies éphémères, ses passages contemplatifs étalés tout au long de l’année. On croyait fanée l’oeuvre de Fanny. Marie lui a offert une sève nouvelle. Elle a fait mieux qu’interpréter sa musique, elle s’est glissée dans sa personne. Marie a incarné Fanny. Marie était Fanny. Et nous avons aimé cette Fanny d’Evry !

 

 

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CRITIQUE, concert. EVRY, Conservatoire Yannis Xenakis, le 4 février 2026. Fanny MENDELSSOHN : Das Jahr / Marie VERMEULIN (piano). Crédit photo (c) André Peyrègne

 

 

 

 

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CRITIQUE, concert. LYON, Salle Molière, le 4 février 2026. Récital pianistique de Joseph MOOG (Beethoven / Chopin / Debussy / Liszt)

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iuufifuIl est des soirées où l’air même semble chargé d’électricité, où chaque silence suspendu précède une déflagration de beauté. Ce mercredi 4 février 2026, la Salle Molière de Lyon a vécu l’une de ces nuits d’exception, offerte par l’institution « Piano à Lyon«  (et son directeur artistique Jérôme Chabannes). Dans l’écrin historique du Palais Bondy, baigné par l’atmosphère des quais de Saône, le jeune et prodigieux pianiste allemand Joseph Moog a livré un récital de haute volée, couronné par une ovation debout d’un public lyonnais conquis.

 

La prestigieuse saison 25 / 26 de « Piano à Lyon », réputée pour son audace et son exigence, a une fois de plus frappé fort en accueillant ce jeune artiste déjà célébré. Considéré comme l’un des interprètes les plus intéressants de sa génération, Joseph Moog a montré pourquoi sa réputation le précède sur toutes les grandes scènes mondiales, du Wigmore Hall de Londres au Concertgebouw d’Amsterdam.

Le programme, savamment construit et très « éclectique », était un voyage à travers l’histoire du piano, exigeant une maîtrise technique absolue et une profondeur d’interprétation rare. Le voyage a commencé par les orages et les élans lyriques de la Sonate « Pathétique » de Ludwig van Beethoven, dont Moog a restitué toute la puissance dramatique avec une clarté de propos saisissante. Puis, l’univers de Frédéric Chopin a pris vie sous ses doigts : la fierté noble de la Polonaise op. 26 n°1, la rêverie introspective du Nocturne op. 15 n°2, et enfin le tourbillon démoniaque du Scherzo n°1 op. 20 ont démontré une palette expressive d’une finesse extrême. La première partie s’est achevée dans l’éblouissement avec « L’Isle joyeuse » de Claude Debussy, une pièce où les jeux de lumière et de rythme ont trouvé en Moog un interprète idéal, capable de peindre avec les sons.

La seconde partie, entièrement dédiée à Franz Liszt, a été le terrain de jeu de sa virtuosité phénoménale. De la « La Leggierezza », étude de concert exigeant une légèreté aérienne, à la fougue de la Polonaise n°1, le pianiste a navigué avec une aisance déconcertante. Puis vint le cœur poétique du récital : les Sonnets de Pétrarque (47, 104, 123). Dans ces extraits des Années de pèlerinage, Moog a transcendé la technique pour atteindre une spiritualité et un lyrisme bouleversants, faisant véritablement chanter le piano. Le voyage italien s’est conclu en apothéose avec « Venezia e Napoli ». La mélancolie de la Gondoliera, la chanson populaire de la Canzone et la frénésie irrésistible de la Tarentella finale ont transporté l’auditoire des canaux vénitiens aux fêtes napolitaines, dans un final d’une énergie et d’une précision vertigineuses.

Face à un public debout, acclamant chaleureusement, Joseph Moog est revenu devant son Steinway, affable et souriant, pour offrir pas moins de… 5 bis ! Dans un français parfait, il a présenté une transcription « toute personnelle » de « It’s Wonderful » de George Gershwin, un clin d’œil jazzy et raffiné qui a ravi l’assistance, mais la vraie surprise fut le premier bis, une pièce du compositeur Charles-Valentin Alkan, maître du romantisme virtuose, et l’un de ces petits trésors cachés que Moog aime à exhumer… mais il a poursuivi, devant les enthousiastes rappels du public lyonnais, avec des pièces de Schumann, Rachmaninov et enfin Scarlatti… éclectique et généreux on vous dit !…

Cette soirée résumait parfaitement l’art de Joseph Moog : une virtuosité transcendante mise au service d’une musicalité profonde et d’une curiosité insatiable. Sa capacité à passer de l’intimité la plus fragile à la puissance la plus spectaculaire, sans jamais sacrifier la clarté du propos, a offert une expérience pianistique totale. Le public lyonnais, exigeant et connaisseur, lui a réservé un accueil triomphal, reconnaissant en lui l’un des grands pianistes de notre temps.

Et cet événement majeur ouvre la voie à une série de concerts tout aussi exceptionnels dans le cadre de la Saison 25/26 de « Piano à Lyon« , durant laquelle les mélomanes lyonnais auront le privilège d’entendre (par exemple, et d’ici la fin de la saison…) : le britannique Benjamin Grosvenor, à la poésie et à l’élégance reconnues mondialement, ou l’argentine Martha Argerich, légende vivante du piano, dont chaque apparition est un événement, ou encore le jeune phénomène russe Alexander Malofeev, qui fascine la planète musicale par sa maturité et son talent flamboyant. Ces concerts prestigieux se tiendront tantôt dans l’intimité acoustique de la Salle Molière, tantôt sur la grande scène de l’Opéra de Lyon, poursuivant la mission d’excellence de l’institution culturelle lyonnaise dirigée par l’infatigable défricheur de talents qu’est Jérôme Chabannes !…

 

 

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CRITIQUE, concert. LYON, Salle Molière, le 4 février 2026. Récital pianistique de Joseph MOOG (Beethoven / Chopin / Debussy / Liszt). Crédit photographique (c) Emmanuel Andrieu

 

 

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CD événement, annonce. Edmond DÉDÉ : Morgiane ou le Sultan d’Ispahan. Opera Lafayette Orchestra et OperaCréole Ensemble / Patrick Dupre Quigley, direction (recréation mondiale, 2024 – 2 cd Delos)

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L’éditeur Delos, l’Opera Lafayette Orchestra et l’OperaCréole Ensemble réalise ce premier enregistrement mondial du plus ancien opéra complet composé par un Afro-Américain. Plus d’un siècle après avoir été achevé, l’opéra Morgiane d’Edmond Dédé ressuscite ainsi ; la recréation est rendue possible grâce entre autres, à l’engagement de Giovanna Joseph (fondatrice d’OperaCréole), du chef d’orchestre Patrick Dupre Quigley…

 

 

Né en Nouvelle-Orléans en 1827, le compositeur Dédé s’échappa d’une situation semblable à l’apartheid, qui était le lot des hommes libres de couleurs dans le sud des États-Unis ; il réussit à quitter le continent américain pour bâtir sa carrière en France qu’il rejoint en 1855. L’artiste créateur en retire un nouveau métier, un enrichissement de son art et de sa créativité : l’opéra Morgiane en témoigne ; la partition dévoile la synthèse d’influences croisées, fusionnant les styles américain et français, « noir et blanc, puissant et marginalisé ».

Après avoir été recréé sur le territoire américain (dont New York ou Washington…) en 2024, l’opéra de Dédé, achevé en 1887, est enfin accessible en Europe grâce à cet enregistrement. L’Opera Lafayette, à l’instinct défricheur exemplaire, s’associe ici avec OperaCréole, basé à la Nouvelle-Orléans ; ainsi se concrétise la réalisation qui rend honneur à l’invention du compositeur afro-américain oublié : Dédé. Son ouvrage créé en France en 1887, est bien le plus ancien opéra connu composé par un noir américain. Il était temps ! Considérée comme perdue, la partition a été redécouverte en 2011 (à la bibliothèque Houghton de l’université de Harvard). Patrick Dupre Quigley, directeur musical de l’Opéra Lafayette en a déduit le matériel musical pour la série de représentations puis l’enregistrement.

Le librettiste Louis Brunet, (inspiré du conte arabe Ali Baba et les quarante voleurs), situe l’action en Perse. Amine, va se marier avec Ali, mais Beher, le serviteur de Kourouschah, le sultan d’Ispahan, l’enlève… pour l’épouser. Les parents d’Amine, Morgiane et Hagi Hassan, la suivent à Ispahan avec Ali. Le Sultan cesse toute démarche quand il comprend que Morgiane est son… ex-femme et Amine, sa propre fille.

Dédé respecte le genre opéra-comique (et ses rebondissements abracadabrantesques) ; il ménage des séquences séduisantes voire charmantes. La vivacité porte toute la partition qui sait exprimer un orientalisme habile sans poncifs, malgré une intrigue déjà vue et écoutée. Dédé voit l’orchestre en grand (vrai argument de l’ouvrage)… avec en particulier un renfort des cuivres (2 trompettes, 4 cors, 3 trombones sans omettre un ophicléïde) et des percussions en nombre, en particulier quand il s’agit d’enrichir la caractérisation des scènes pittoresques et « couleur locale » (comme la scène du marché de l’acte II).

 

 

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CD événement, annonce. Edmond DÉDÉ : Morgiane (1887), avec OperaCréole Ensemble, Opera Lafayette Orchestra, Patrick Dupre Quigley, Givonna Joseph, Nicole Cabell, Chauncey Packer, Joshua Conyers, Mary Elizabeth Williams, Jonathan Woody, Kenneth Kellogg – 2 cd – Delos – Prochaine critique complète sur classiquenews.com
PLUS D’INFOS sur le site d’Outhere : https://outhere-music.com/fr/albums/edmond-dede-morgiane-ou-le-sultan-dispahan

 

 

 

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LIVRE événement, annonce. Éric-Emmanuel SCHMITT :  » Juste après dieu, il y a papa  » (Album Michel). La relation entre Mozart et son père Leopold éclairée par un mozartien inspiré

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L’auteur Éric-Emmanuel SCHMITT connaît d’autant mieux Mozart, sa vie, son œuvre, la puissance de sa musique, sa sincérité comme sa justesse, qu’il a précédemment écrit « Ma vie avec Mozart » (même éditeur, 2005). Tout est dit. 20 ans ont passé et sa flamme mozartienne est inchangée. Avec finesse et humour, l’écrivain évoque le quotidien de la famille Mozart au complet : la mère qui a terriblement souffert de la mort de ses nouveaux nés (sur 7, seuls 2 ont survécu : Wolfgang et Nannerl) qui ne supporte plus sa prison domestique ; le père violoniste assidu, forcené du travail et de la discipline… ;  la sœur Nannerl, complice, témoin affectueuse,…

 

Léopold / Wolfgang
Le père, le fils et la Sainte Musique…

Sans omettre évidemment  tel un joyau miraculeux, le génie de leur garçon Wolfgang, dont la vitalité et la pertinence créative chaque jour s’expriment avec une force croissante… La narration suit les décennies qui font passer l’aventure familiale, en particulier filiale, dans la relation père / fils, de l’enfant Wolfgang à l’homme Mozart, lui-même époux de Constance et père du jeune Karl… EE Schmitt analyse ce que Leopold le père a transmis au fils : la quête de l’excellence jusqu’à sacrifier le fils, ou l’expression d’un amour infini dont la musique est l’aliment en partage, ce feu qui embrase tout…

A travers une écriture vivante et très précise, le profil du fils Wolfgang, celui du père Leopold s’éclairent dans plusieurs tableaux et situations détaillées, fourmillantes… probablement fruits délectables d’une recherche documentaire particulièrement fouillée.

 

 

Présentation de l’éditeur
« Papa ! », le plus beau mot du monde, celui qui naguère suffisait à effacer tous les tracas.
Le petit Wolfgang adore son père, Léopold Mozart, son guide, son modèle, son dieu vivant. Mais vient le temps où l’enfant prodige s’élève plus haut que le maître, et l’admiration se mue en dédain. L’un rompt, s’émancipe, grisé de passions nouvelles ; l’autre souffre, se résigne, cède sa place, contraint d’inventer des liens différents. Un drame silencieux qui, peut-être bien, s’immisce dans toute relation entre père et fils…
Avec la grâce du compositeur, Éric-Emmanuel Schmitt fait vibrer le plus déchirant des chants, celui de l’amour filial et paternel quand il est nourri d’un attachement aussi tendre que maladroit, celui de deux êtres que la vie sépare mais que la musique ne cessera jamais de réunir.

 

 

 

 

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LIVRE événement, annonce. Éric-Emmanuel SCHMITT : Juste après dieu, il y a papa (Album Michel). – PLUS D’INFOS sur le site de l’éditeur Albim Michel : https://www.albin-michel.fr/juste-apres-dieu-il-y-a-papa-9782226488589#event-78435
Parution : 26 février 2026 – 19,90 € – 205.00 mm x 140.00 mm – 208 pages – EAN : 9782226488589   –  Critique complète à venir sur CLASSIQUENEWS.COM

 

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THÉÂTRE IMPÉRIAL DE COMPIEGNE. Jeu 26 mars 2026. VALÉRIE LESORT, Orphée et Eurydice (d’après Gluck) – Opéra avec marionnettes (jeune public et familles) : « Petite Balade aux enfers »

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L’histoire d’amour entre le poète et chanteur Orphée et sa bien aimée Eurydice est l’un des mythes fondateurs de l’histoire de l’opéra. Tragique, exposant les émotions les plus saisissantes et aussi représentant le pouvoir du chant et de la musique, le chef-d’oeuvre de Gluck, inspire le spectacle de la plasticienne Valérie Lesort… avec humour et légèreté, l’artiste en déduit un monde personnel et féerique, habité par des créatures désopilantes. Un drôle d’opéra pour tous, à voir en famille.

 

Lorsque Orphée perd sa femme Eurydice, il tombe dans un désespoir profond. Le dieu Amour, touché par son deuil et la douleur qui accablent le poète, lui permet de retrouver sa tendre… aux enfers. Seules conditions, Orphée devra braver monstres et furies grâce à son chant, grâce au charme de sa musique, mais surtout, ne jamais regarder sa femme. Arrivera-t-il à ressortir des Enfers indemne, avec sa bien aimée Eurydice ? La musique et l’amour seront-ils plus forts que la mort et la fatalité tragique ?

 

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VALÉRIE LESORT : Petite balade aux enfers
Opéra avec marionnettes
Spectaces pour les familles – dès 6 ans
Compiègne, Théâtre Impérial
Jeudi 26 mars 2026, 20h
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site du Théâtre Impérial de Compiègne :
https://www.theatresdecompiegne.com/petite-balade-aux-enfers-600
Durée : 50 mn
Accès / lieu :
Théâtre Impérial
3 Rue Othenin
60200 COMPIEGNE

 

 

Valérie Lesort, artiste associée aux Théâtres de Compiègne, fait apparaître 3 chanteuses-comédiennes sous une forme drôlissime, mi-humaine, mi-marionnette. Grâce à un jeu astucieux de lumières, de décors, d’illusions visuelles entre le vivant et les marionnettes, d’étranges personnages prennent vie ; ils présentent au public une interprétation parlée et chantée semée de drôleries et autres saillies délirantes, décalées, comiques.
« Petite Balade aux Enfers » compose un parfait premier pas dans l’opéra pour les plus jeunes, mais aussi pour leurs parents et leur famille.

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OPÉRA DE MARSEILLE. POULENC : Dialogues des Carmélites, 25, 27, 29 mars 2026 (nouvelle production). Louis Désiré / Débora Waldman

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Voila 20 ans que l’Opéra de Marseille n’avait pas présenté l’ouvrage choc de Francis Poulenc. « Dialogues des Carmélites » est un opéra singulier dans l’histoire de l’opéra, créé à Milan en janv 1957. Cette nouvelle production répare cette absence. Au moment de la terreur, quand les religieux sont pourchassés s’ils ne se soumettent pas à l’ordre républicain (c’est le cas du curé qui les visite et célèbre la messe…), les Carmélites de Compiègne jusque là préservées, affrontent le souffle de l’Histoire. Touché par leur sort tragique, Francis Poulenc, croyant convaincu, s’inspire de la pièce de Bernanos ; il aborde leur martyre et construit une machine lyrique spectaculaire dont la l’architecture prépare au tableau final, le plus saisissant, celui où chacune des Carmélites sont conduites à la guillotine, y compris celle qui prise d’angoisse avait d’abord décider de rejoindre sa famille pour échapper à la mort.

 

 

« Comment arriver à dépasser sa peur de la mort en lui donnant le sens sacré d’un sacrifice collectif ? » Tel en est le sujet. A la fin de l’acte I, Poulenc qui dépose ses propres angoisses dans une partition au fonds autobiographique, représente la terrible panique de la Prieure Madame de Croissy, son vertige désespéré face à la mort… Poulenc édifie un mausolée musical pour les Carmélites martyrisées où les rôles masculins sont rares : concentrés autour des membres de la famille de Blanche, son père et son frère  (le Chevalier de la Force) qui souhaitent dès le début que Blanche se préserve et s’éloigne des tensions révolutionnaires. Après les créatrices légendaires, Denise Duval (qui chante Blanche, et deux après Dialogues, La Voix humaine), Régine Crespin et Rita Gorr, la distribution réunit dans cette nouvelle production de l’Opéra de Marseille, plusieurs tempéraments prometteurs, propres à incarner chacune des Carmélites emportée malgré elle jusqu’au sacrifice final : Blanche de la Force, Madame de Croissy, Madame Lidoine, Sœur Constance ou Mère Marie de l’Incarnation (qui succèdera à Croissy et pronocera le vœur du martyre)… Ainsi les spectateurs pourront mesurer l’implication de la nouvelle génération de chanteuses : Hélène Carpentier, Lucie Roche, Angélique Boudeville, Ana Escudero ou Eugénie Joneau… Nouvelle production événement.

 

 

 

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Opéra de Marseille
POULENC : Dialogues des Carmélites
3 représentations événements
25 mars 2026, 20h
27 mars 2026, 20h
29 mars 2026, 14h30
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’Opéra de Marseille, saison 2025 – 2026 : https://opera-odeon.marseille.fr/programmation/dialogues-des-carmelites
OPÉRA EN 3 ACTES
Livret de Emmet LAVERY d’après un drame de Georges BERNANOS, inspiré de Gertrude VON LE FORT 
- Création à Milan, au Teaotro alla Scala, le 26 janvier 1957
 – Dernière représentation à Marseille le 19 novembre 2006

 

NOUVELLE PRODUCTION
Direction musicale : Debora WALDMAN
Mise en scène : Louis DÉSIRÉ
Décors et costumes : Diego MÉNDEZ-CASARIEGO
Lumières : Patrick MÉÉÜS
Blanche de la Force : Hélène CARPENTIER
Madame de Croissy : Lucie ROCHE
Madame Lidoine : Angélique BOUDEVILLE
Sœur Constance : Ana ESCUDERO
Mère Marie de l’Incarnation : Eugénie JONEAU
Mère Jeanne : Laurence JANOT
Sœur Mathilde : Esma MEHDAOUI
Le Marquis de la Force : Marc BARRARD
Le Chevalier de la Force : Léo VERMOT-DESROCHES
L’Aumônier : Kaëlig BOCHÉ
Le Geôlier : Gilen GOICOECHEA
Le 1er Commissaire : Yan BUA
Le 2ème Commissaire / L’Officier : Frédéric CORNILLE
T
hierry : Thomas DEAR
Orchestre et Chœur de l’Opéra de Marseille

 

AUTOUR DU SPECTACLE
Conférence présentée par André PEYRÈGNE Samedi 21 mars 2026 – 17h
Opéra de Marseille, Foyer Ernest Reyer
Accès libre dans la limite des places disponibles.

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CRITIQUE, concert. LYON, Auditorium, le 2 février 2026. « Tango & Co ». Lucienne Renaudin Vary (trompette), Félicien Brut (accordéon) Grégoire Rolland (orgue)

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Une soirée d’exception ! C’est par ces mots que l’on pourrait résumer le concert du 2 février à l’Auditorium de Lyon, qui a réuni trois prodiges de la scène musicale actuelle : l’organiste Grégoire Rolland (artiste en résidence sur la saison 25/26 de l’AO), la prodigieuse trompettiste Lucienne Renaudin Vary et le virtuose de l’accordéon Félicien Brut. Ensemble, seuls, en duo ou en trio, ils ont offert une performance d’une énergie communicative et d’une maîtrise époustouflante, sous le signe de l’éclectisme et de la joie pure.

 

Dès les premières notes, l’alchimie fut palpable. Chaque artiste, avec une générosité rare, a pris la parole à tout de rôle pour présenter les œuvres, créant une proximité chaleureuse et unique avec le public… avec un détail qui a marqué les esprits : Lucienne Renaudin Vary a illuminé la scène de sa trompette… pieds nus ! Un symbole de liberté et de connexion pure à la musique qui a accompagné toute la soirée.

Le voyage a commencé avec la fougue slave. La Fantaisie slave de Carl Höhne, interprétée avec brio par Lucienne Renaudin Vary, a immédiatement captivé par sa virtuosité étincelante. Puis, l’orgue puissant de Grégoire Rolland et les couleurs de l’accordéon de Félicien Brut nous ont transportés dans les Danses polovtsiennes de Borodine avec une puissance narrative fascinante. Le Concerto pour trompette d’Aroutiounian a permis à Lucienne Renaudin Vary de déployer toute l’étendue de son art, alliant puissance dramatique, lyrisme poignant et agilité technique absolue. Après une création originale et envoûtante, Luminous Bells de Grégoire Rolland, explorant les timbres mystiques de l’orgue, la Danse slave n°2 de Dvořák, revisitée en trio, a clôturé la première moitié dans une joyeuse exubérance.

En seconde partie de soirée, l’atmosphère a basculé vers la sensualité du tango avec le génie d’Astor Piazzolla. La Milonga del Ángel, d’une mélancolie envoûtante, et les extraits explosifs de María de Buenos Aires (dans un arrangement brillant de Jérôme Ducros et Domi Emorine) ont mis en lumière l’incroyable complicité du trio et la capacité de l’orgue à se faire instrument à vent, à se fondre dans l’univers de l’accordéon. L’hommage à la chanson française avec L’Hymne en rose (Domi Emorine) fut un moment de grâce et de douceur, suivi par l’entrain irrésistible des Trois Temps de Jo de Jo Privat. Le clou de la soirée fut sans conteste la création des Trois Danses pour trompette, accordéon et orgue de Richard Galliano, spécialement écrites pour ce trio. Ce fut un dialogue vertigineux, une fête rythmique et harmonique où la liberté de chaque artiste s’épanouissait dans un ensemble d’une cohésion parfaite. Le final avec le Tango pour Claude du même Galliano a soulevé la salle d’enthousiasme.

Grégoire Rolland, Lucienne Renaudin Vary et Félicien Brut ont écrit, le temps d’une nuit lyonnaise, une page de musique chaleureuse, virtuose et profondément humaine. Un grand bravo à eux trois !

 

 

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CRITIQUE, concert. LYON, Auditorium, le 2 février 2026. « Tango & Co ». Lucienne Renaudin Vary (trompette), Félicien Brut (accordéon) Grégoire Rolland (orgue). Crédit photographique (c) Emmanuel Andrieu

 

 

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STREAMING opéra. MOZART : Don Giovanni (Opéra des Flandres, fév 2026). Ven 27 fév 2026 : Michael Arivony, Marie Lys… Tom Goossens / Francesco Corti

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Qui peut résister à Don Giovanni ? Séducteur hédoniste, jouisseur libertin… le Chevalier ose tout pourvu qu’il jouisse de son pouvoir de séduction. Qu’il réalise forfaitures, qu’il aille jusqu’au terme de l’entreprise de prédation… importent peu. Pourvu qu’il ressente l’ivresse de la toute puissance sur les autres (d’où l’air trépidant, impérieux, dit du champagne dont le rythme même est le moto de toute sa fulgurante et électrique carrière. Depuis sa création (triomphale) à Prague en octobre 1787, la « comédie joyeuse » / drama giocoso de Wolfgang Amadeus Mozart ne cesse elle aussi de séduire, fasciner, saisir… Le 2ème opéra écrit à quatre mains par Da Ponte et Mozart poursuit ainsi la pleine réussite de leur premier : les Nozze di Figaro, 1786). Vienne et l’empereur Joseph II freineront brutalement l’essor espéré de l’ouvrage : la reprise à Vienne de l’opéra suscite indifférence et ennui (!).

 

 

Pourtant la musique de Mozart est aussi raffiné et aboutie que le drame dramatiquement passionnant… le séducteur sans morale outrage la bienséance ; éprouve chaque femme croisée, provoque et manipule (ici Don Elvira qui amoureuse, le suit comme une victime abandonnée, Donna Anna éprise mais tiraillée par le doute, sans omettre la paysanne Zerlina qui pourtant fiancé à Masetto, doit subir les avances assidues du Libertin). L’ordre moral et la conscience s’incarnent dans la statut du commandeur (qu’il a tué à l’acte I) qui lui offre une dernière occasion de se repentir. L’ouverture souligne le climat de l’action : tension et précipitation. Elle est construite sur le final de l’opéra quand s’opposent le libertin et son censeur, le Commandeur. Ainsi Mozart « anticipe avec audace l’événement crucial de l’opéra » : l’ultime confrontation qui se solde par la chute attendue du héros.
La nouvelle production du chef-d’œuvre de Mozart à l’Opéra Ballet Vlaanderen est confiée au jeune metteur en scène Tom Goossens. Approche épurée et respect du texte ont déjà été saluées dans Le Nozze di Figaro précédemment diffusé sur OperaVision (2023). Le metteur en scène prend à témoin les spectateurs et les invite à réfléchir aux schémas de transgression et de quasi-rédemption qui jalonnent le parcours de Don Juan.

 

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VOIR le STREAMING opéra sur OperaVision, MOZART : Don Giovanni  (Opéra Ballet Vlaanderen) :
https://operavision.eu/fr/performance/don-giovanni-4
Diffusé le vendredi 27 février 2026 à 19h CET
Disponible jusqu’au 27.08.2026 à 12h CET
Enregistré le 01.02.2026

 

 

 

 

distribution

Don Giovanni : Michael Arivony
Donna Anna : Marie Lys
Donna Elvira : Arianna Vendittelli
Don Ottavio : Reinoud Van Mechelen
Il Commendatore : Edwin Kaye

Livret de Lorenzo Da Ponte
Tom Goossens, mise en scène
Francesco Corti, direction musicale

 

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ORCHESTRE SYMPHONIQUE D’ORLÉANS. Concert de la Saint-Valentin, sam 14 février 2026. Quintette de cuivres de l’OSO

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Les solistes de l’OSO / Orchestre Symphonique d’Orléans proposent un programme romantique pour la soirée de la St Valentin. Flûte de champagne offerte à partir de 18h30. Environ 1h vous est ainsi proposée pour séduire votre cher/chère et tendre avant le dîner. L’OSO joue la carte de la séduction… Au programme, airs d’opéras, duos tendres et volupté sonore tissée, ciselée par les cuivres de l’Orchestre orléanais

 

 

Cuivres à l’Opéra
Mozart, Rossini, Tchaïkovski, Puccini, Wagner, mais aussi Berlioz, Saint-Saëns et Lehár s’invitent au cours de cette soirée lyrique et romantique à travers les voix de Chloé Jacob, soprano, et Anne-Claire Couchourel, mezzo-soprano, accompagnées du son chaleureux et brillant du quintette de cuivres de l’Orchestre Symphonique d’Orléans.

 

 

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ORLÉANS, Salle de l’Institut
Samedi 14 février 2026, 19h
Concert de la Saint-Valentin
Durée : 1h15mn, sans entracte
Placement numéroté
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’OSO Orchestre Symphonique d’Orléans : https://www.orchestre-orleans.com/

 

 

 

 

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Coffret CD événement, annonce. Berliner Philharmoniker / Kirill Petrenko (direction). Stephan, Schmidt, Tchaikovsky, Beethoven (4 sacd, 2012 – 2019 / Berliner Philharmoniker records)

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Juin 2015 : Kirill Petrenko est élu « nouveau chef d’orchestre » des Berliner Philharmoniker ; il a pris ses fonctions en 2019.  Le coffret présente quelques uns des enregistrements majeurs de cette séquence préalable, celle des débuts d’une complicité à construire , « entrée en matière » aux apports déjà significatifs. Les enregistrements remontent aux années 2012 à 2019 ; ils couvrent donc la période des premières rencontres et collaborations, avant et après la nomination du maestro sur le podium berlinois.

 

 

 

 

Ainsi les 4 compositeurs à l’affiche, les interprétations d’œuvres de Beethoven, Tchaïkovski, Franz Schmidt et Rudi Stephan révèlent non seulement les premières directions de la collaboration amorcée, dont un sens de l’engagement et de la complicité, manifeste.
Le coffret événement se présent tel un « instantané musical de la première collaboration entre le Berliner Philharmoniker et moi-même, et en même temps l’étincelle initiale de notre association », ainsi que le précise Kirill Petrenko dans la préface de l’édition.
3 volets du répertoire semblent s’affirmer dans les choix artistiques futurs. D’abord la musique russe, avec laquelle Kirill Petrenko a grandi (Symphonies n°5 et 6 de Tchaïkovsky). Leur lecture confirme une passion partagée qui interroge jusqu’à la puissance de ces œuvres, sans écarter leurs détails et leurs nuances.
Kirill Petrenko s’intéresse tout autant aux compositeurs injustement oubliés. Paraissent dans ce ce sens, deux compositeurs à la frontière entre le romantisme tardif et le modernisme : Rudi Stephan et Franz Schmidt. La Symphonie n°4 de ce dernier se révèle ici : musique pleine de sonorité et de douleur dont le chef exprime les vertiges intérieurs les plus enfouis. Et puis – comme pierre angulaire du partenariat – il y a le classicisme germano-autrichien et le romantisme.
Axe crucial (depuis Karajan), la place de Ludwig van Beethoven, présent dès les premières saisons du chef russe : en ouverture des saisons 2018/19 et 2019/20, les Symphonies n°7 puis n°9 ont été respectivement mises en avant. Les deux performances sont également documentées ici. La Neuvième de Beethoven a également marqué le début du mandat de Kirill Petrenko en tant que chef d’orchestre principal. La performance n’était pas seulement une déclaration programmatique, … elle révélait encore une fois la qualité interprétative de ce partenariat tant les affinités avec le bouillonnement beethovénien s’affirme avec naturel et ampleur (somptueuses respirations). Il est vrai que Petrenko a désormais argumenté la qualité de son Beethoven : énergie souterraine conçue comme un bouillonnement viscéral mais aussi impérieuse vitalité construite dans les nerfs et les muscles.

 

Les enregistrement figurent sur 4 SACD (qui peuvent être lus sur n’importe quel lecteur de CD ou SACD en qualité audio haute résolution et avec un son surround). Confort auditif optimal. CLIC de CLASSIQUENEWS hiver 2026

 

 

 

 

 

track listing

Berliner Philharmoniker
Kirill Petrenko, direction

 

Ludwig van Beethoven
Symphony No. 7 in A major op. 92
Symphony No. 9 in D minor, op. 125
with final Chorus “Ode to Joy” for four solo voices,
chorus and large orchestra

Peter Ilyich Tchaikovsky
Symphony No. 5 in E minor op. 64
Symphony No. 6 in B minor op. 74 “Pathétique”



Franz Schmidt
Symphony No. 4 in C major

Rudi Stephan
Music for Orchestra

Bonus

 

bonus
Kirill Petrenko in conversation (49 min)

 

 

 

PLUS D’INFOS : https://www.berliner-philharmoniker-recordings.com/petrenko-edition-1.html

 

 

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ORCHESTRE NATIONAL DE LYON. Jeu 5, sam 7 fév 2026. « Danses polonaises ». Szymanowski / Tchaïkovski / Lutoslawski. Thomas Zehetmair (violon), Marta Gardolinska (direction)…

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Directrice musicale de l’Opéra national de Lorraine (Nancy), Marta Gardolińska peut contempler avant chaque concert la statue de l’ex-roi de Pologne Stanislas Leszczynski, bienfaiteur du duché de Lorraine et de sa capitale, sur la somptueuse place qui porte son nom. Distinguée en 2016 par la Fondation Teraz Polska pour son rôle dans la diffusion de la musique polonaise, la cheffe née à Varsovie dirige à Lyon plusieurs partitions qui l’inspirent particulièrement. Le concert s’inscrit dans le volet POLSKA de la saison en cours de l’Orchestre national de Lyon

 

 

D’abord la brillante «Polonaise» d’Eugène Onéguine (acte III) de Tchaïkovsky. Puis le Concerto pour violon n°2 de Szymanowski (soliste : Thomas Zehetmair, violon) fait écho à la musique populaire des monts Tatras. Enfin le Concerto pour orchestre, – partition maîtresse de Lutosławski, fusionne avec brio traditions folkloriques de la région de Kurpie et formes baroques. Entre romantisme et modernité, la musique polonaise n’a jamais sonné avec autant de tempérament et de caractère.

 

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Auditorium Orchestre national de Lyon
DANSES POLONAISES
Jeudi 5 février 2026, 20h
Samedi 7 février 2026, 18h
Durée : 1h10 + entracte de 20mn
Grande Salle de l’Auditorium
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’Orchestre national de Lyon : https://www.auditorium-lyon.com/fr/saison-2025-26/symphonique/danses-polonaises

 

 

programme

 

Piotr Ilyitch Tchaïkovski
«Polonaise», extraite d’Eugène Onéguine

Karol Szymanowski
Concerto pour violon n° 2, op. 61
Thomas Zehetmair, violon

Witold Lutosławski
Concerto pour orchestre
Marta Gardolinska, direction
Orchestre national de Lyon

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CRITIQUE, opéra. TOURS, Grand-Théâtre, le 1er février 2026. MOZART : L’Enlèvement au sérail (en VF). F. Valiquette, G. Blondeel, M. Vidal, E. de Hys, P. Bolleire… Michel Fau / Alizé Léhon

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Dans un choix artistique audacieux et révélateur, l’Opéra de Tours met à son affiche « L’Enlèvement au sérail » dans la langue de Molière, redonnant toute sa fraîcheur et son intelligibilité immédiate à l’œuvre de W. A. Mozart. Cette décision, portée par une équipe artistique au sommet de son art, a transformé la soirée en une célébration vibrante et profondément accessible du génie mozartien.

 

Cette production, fruit d’une coproduction entre l’Opéra Royal de Versailles et l’Opéra de Tours Centre-Val de Loire, a fait le pari brillant de la version française historique. Chanter la partition mozartienne dans notre langue a décuplé l’impact comique et dramatique, permettant à chaque nuance des dialogues parlés et à chaque mot des airs de toucher directement le cœur des spectateurs. Sous la direction toujours éclairée et brillante du metteur en scène et comédien Michel Fau, lui-même extraordinaire dans le rôle parlé du Pacha Sélim, et la baguette énergique de la jeune cheffe Alizé Léhon, cette version francophone s’est imposée comme une évidence joyeuse et a obtenu un véritable triomphe auprès du public tourangeau !

Le choix du français a permis aux six interprètes de déployer une présence scénique et une expressivité vocale d’une rare puissance, chaque mot étant porté avec une clarté et une intention parfaites. La soprano québecoise Florie Valiquette (Konstanze) a transcendé l’air périlleux « Tourments, tourments de toute espèce ! » (« Martern aller Arten »). Sa performance, alliant une agilité technique vertigineuse à une diction cristalline, a fait de ce numéro un sommet dramatique et vocal où chaque souffrance était palpable. De son côté, Mathias Vidal (Belmonte) a insufflé une noblesse touchante à son personnage. Dans l’air « Ô combien est vive l’alarme » (« O wie ängstlich »), son timbre de ténor clair et son phrasé élégant ont parfaitement exprimé l’anxiété amoureuse, rendue plus immédiate encore par la langue française. La soprano wallone Gwendoline Blondeel (Blonde), en servante anglaise espiègle et déterminée, a brillé dans son air « Par un tendre et doux sourire », apportant une vivacité et un mordant qui annonçaient déjà la future Susanna. Sa joute verbale avec Osmin dans le duo « Je pars, mais je te le conseille » a été un morceau de bravoure comique. Le bondissant et agile Enguerrand de Hys (Pedrillo) a captivé par sa ruse et son énergie. Sa romance de l’Acte III, « Au doux son des guitares », chantée avec une simplicité et une justesse émouvantes, a suspendu le temps dans le Grand-Théâtre. Patrick Bolleire (Osmin) a magistralement incarné la colère bouffonne du gardien. Son air « Ces gueux, ces fripons par la faim conduits » (« Solche hergelaufne Laffen »), servi par une basse tonitruante et une articulation parfaite, a déclenché des rires sonores, chaque injure portant à merveille. Enfin, Michel Fau, dans le rôle parlé de Pacha Sélim a fait montre de son art de la diction et du sous-texte, trouvant dans ce personnage haut en couleurs un terrain de jeu idéal. Chaque réplique, chaque silence pesait d’un poids dramatique immense. Sa décision finale de clémence, exprimée dans un français d’une noble sobriété, a été le point d’orgue émotionnel de la soirée.

Le même Michel Fau qui a donc signé une mise en scène élégante et fluide, situant l’action dans un Orient de fantaisie du XVIIIᵉ siècle. Les dialogues, loin d’être des interludes, sont devenus de véritables scènes de théâtre, menant avec justesse aux numéros chantés. Et les décors d’Antoine Fontaine, de même que les costumes de David Belugou, ont offert un écrin visuel raffiné à cette comédie humaine.

En fosse, Alizé Léhon a dirigé l’Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire/Tours avec une énergie et unetransparencequi ont servi la voix avant tout. Dès l’ouverture aux couleurs « turques », son sens du rythme et des équilibres a créé un écrin parfait pour les chanteurs. Elle a veillé avec une attention constante à ce que l’orchestre soutienne sans couvrir, permettant à chaque syllabe du texte français d’être entendue. Cette synergie entre la fosse et la scène a été la clé de voûte du succès de cette version chantée.

Ce choix du français n’est pas anodin. Il s’inscrit dans la tradition des représentations en langue vernaculaire qui a longtemps permis au plus grand nombre d’accéder aux œuvres lyriques. En optant pour la traduction historique de Pierre-Louis Moline (celle-là même qui fut utilisée de son vivant), la production a redonné ses lettres de noblesse à une version trop souvent ignorée, révélant combien la langue française, avec ses rythmes et ses sonorités, épouse magnifiquement la musique de Mozart. Le triomphe unanime du public de Tours est venu récompenser cette audace, qui est avant tout une leçon de théâtre musical et un pur bonheur partagé..

 

 

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CRITIQUE, opéra. TOURS, Grand-Théâtre, le 1er février 2026. MOZART : L’Enlèvement au sérail (en VF). F. Valiquette, G. Blondeel, M. Vidal, E. de Hys, P. Bolleire… Michel Fau / Alizé Léhon. Crédit photographique (c) Marie Pétry
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ENTRETIEN avec l’altiste WALTER KÜSSNER, professeur au sein de la Villars Music Academy, à propos de la prochaine édition de cet été : 5-12 juillet 2026

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Walter Küssner a rejoint l’équipe pédagogique de la VILLARS MUSIC ACADEMY fondée et conçue par sa consœur Aline Champion. Personnalité artistique reconnue, il est altiste au Berliner Philharmoniker depuis l’ère Karajan, professeur à la Hochschule für Musik Hanns Eisler de Berlin, membre du board du Berliner Philharmoniker, membre du board de Villars Music et donc professeur à la Villars Music Academy. Alors que les inscriptions pour la prochaine Villars Music Academy (5-12 juillet 2026) sont ouvertes (jusqu’au 28 février 2026), le musicien précise ce en quoi l’enseignement, le déroulé des journées, l’ambiance et l’environnement composent en Suisse, un écrin unique, propice à l’excellence, à l’empathie, au dépassement…
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Photo © Villars Music Academy

 

 

 

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Qu’est ce qui singularise la VILLARS MUSIC ACADEMY (VMA) des autres académies européennes et internationales ? Quels sont ses atouts majeurs ?

WALTER KÜSSNER : L’Europe offre en effet de nombreuses masterclasses de haute qualité, chacune avec ses propres forces et sa propre orientation, autant de proposition qui ne devraient pas être comparées. L’Académie de musique de Villars définit son identité par la manière dont l’excellence musicale est intégrée dans un cadre humain et artistique plus large, directement lié aux réalités de la vie musicale professionnelle d’aujourd’hui. L’enseignement instrumental grâce à l’engagement de pédagogues exceptionnels, reste central, mais il est intégré dans un environnement qui s’adresse au musicien dans son ensemble.

 

 

CLASSIQUENEWS : Outre l’excellence artistique, la VMA offre des valeurs spécifiques à partager : quelles sont-elles ?

WALTER KÜSSNER : Faire de la musique ensemble sans hiérarchie crée une atmosphère artistique différente. Les étudiants sont encouragés à s’engager en tant que musiciens plutôt qu’en tant qu’élèves, ce qui renforce la responsabilité, les compétences d’écoute, l’individualité artistique. Cette expérience musicale partagée favorise la confiance et la personnalité artistique tout en maintenant un niveau musical élevé.

 

 

CLASSIQUENEWS : Pour chacun des académiciens, à quelles qualités humaines et artistiques êtes-vous particulièrement attentif ? Qu’est-ce qu’un bon élève ?

WALTER KÜSSNER : Être un musicien professionnel aujourd’hui nécessite plus que la maîtrise technique seule. L’équilibre physique, la concentration mentale, la capacité de réflexion sont essentiels pour la longévité artistique. La gymnastique matinale, les conférences sur la concentration, le trac et la relaxation, ainsi que des moments de réflexion sur des questions plus larges, ne sont pas des ajouts aux côtés de la musique proprement dite. Ce sont des éléments soigneusement intégrés qui soutiennent la concentration, la résilience et la clarté artistique au fil du temps.

 

 

CLASSIQUENEWS : Que vit précisément chaque élève pendant l’Académie ? Comment constatez-vous chaque avancée, chaque progrès ?

WALTER KÜSSNER : Ces discussions offrent un rare niveau d’honnêteté. Les solistes, musiciens de chambre, concertmasters et autres joueurs du Philharmonique de Berlin parlent ouvertement de leur vie, de leurs peurs, de leurs défis, de leurs routines de pratique. Chaque aspect représente une réalité professionnelle distincte. Pour de nombreux étudiants, ces perspectives sont nouvelles et aident à démystifier les carrières professionnelles, offrant une orientation réaliste et précieuse pour l’avenir.

 

 

CLASSIQUENEWS : au fial, comment synthétiser l’esprit et le déroulement de l’Académie ?

WALTER KÜSSNER : L’objectif est de soutenir les jeunes musiciens, réfléchis, conscients, responsables dans leur parcours et qui souhaitent devenir des artistes complets. L’excellence technique est essentielle, mais elle n’est pas suffisante à elle seule. Tous les éléments de l’Académie servent finalement un seul objectif : permettre aux musiciens de faire de la musique avec clarté, intégrité et liberté.

 

Propos recueillis en janvier 2026

 

 

 

 

 

 

VILLARS MUSIC ACADEMY
Inscriptions ouvertes jusqu’au 28 février 2026
Toutes les infos ici : https://www.classiquenews.com/villars-sur-ollon-suisse-villars-music-academy-2026-ouverture-des-inscriptions-jusquau-31-mars-2026/

La prochaine édition de la Villars Music Academy aura lieu du 5 au 12 juillet 2026 à Villars-sur-Ollon, au cœur des Alpes suisses. Elle est devenue en quelques années l’une des 3 meilleures académies de musique dédiées aux cordes (violon, alto, violoncelle), du fait de l’excellence de son offre pédagogique, des valeurs très fortes offertes en partage dans un esprit fraternel et humaniste, grâce aux conditions d’apprentissage et d’accueil, par son rythme aussi, alternant cours individuel, jeu collectif, rencontres, conférences,… autant d’activités aussi diverses que complémentaires qui composent aujourd’hui une académie parmi les plus formatrices. EN LIRE PLUS … https://www.classiquenews.com/villars-sur-ollon-suisse-villars-music-academy-2026-ouverture-des-inscriptions-jusquau-31-mars-2026/

 

 

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OPÉRA DE MARSEILLE. VERDI : I Masnadieri. Dim 8 février 2026 (version de concert). Nino Machaidze, Nicola Alaimo… Paolo Arrivabeni (direction)

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L’Opéra de Marseille réalise la création marseillaise d’un opéra de Giuseppe Verdi jamais joué à ce jour. : I Masnadieri. La maison lyrique massilienne poursuit son exploration des opéras du jeune Verdi, rarement donnés sur scène, alors qu’ils dévoilent déjà les prodiges d’un génie accompli, taillé pour le théâtre. Après Macbeth à Florence, Verdi répond à l’invitation du Théâtre de Sa Majesté à Londres, et la création a lieu en présence de la reine Victoria. Verdi s’inspire de la pièce Les Brigands de Schiller, auteur qui lui fourni de nombreuses autres sujets (dont Jeanne d’Arc de 1845, avant I Masnadieri (1847), puis Luisa Miller (1849), et Don Carlos (1867). La force souterraine, l’énergie spectaculaire de la musique indiqueraient-ils dans le cas de Verdi et Schiller, une équation miraculeuse ?

 

 

I Masnadieri développe une sombre histoire de jalousie fraternelle et de trahison qui se termine par l’assassinat de l’héroïne et le suicide d’un des deux frères. Le romantisme noir, tragique saisit immédiatement, suscitant toutes les forces créatives et poétiques du jeune Verdi, alors stimulé par un théâtre aussi radical. Les chœurs, le quatuor du 1er acte, le cauchemar de Francesco et le final sont quelques-uns des grands moments d’un ouvrage révélé au public par un fabuleux enregistrement de Montserrat Caballe, Carlo Bergonzi, Piero Cappuccilli et Ruggiero Raimondi. Les amateurs de beau chant devraient être à la fête lors de cette soirée en version de concert qui promet de vivre un accomplissement lyrique, digne des plus illustres heures marseillaises.

 

Opéra de Marseille
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Dim 8 février 2026, 14h30
VERDI : I Masnadieri
version de concert
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site l’Opéra de Marseille : https://opera-odeon.marseille.fr/programmation/i-masnadieri
OPÉRA EN 4 ACTES
Livret de Andrea MAFFEI d’après le drame de Friedrich von SCHILLER 
 – Création à Londres, Her Majesty’s Theatre, le 22 juillet 1847 – 
Création à Marseille
VERSION CONCERTANTE
Amalia : Nino MACHAIDZE
Carlo : Antonio POLI 
Francesco : Nicola ALAIMO
Massimiliano : Giorgi MANOSHVILI
Arminio : Carl GHAZAROSSIAN
Moser : Thomas DEAR
Rolla : Raphaël BRÉMARD
Orchestre et Chœur de l’Opéra de Marseille
Direction musicale : Paolo ARRIVABENI

 

L’œuvre au noir / Verdi à l’école de Schiller

Il semble que Verdi n’a jamais été mieux inspiré qu’en adaptant la force tragique et ténébreuse des drames de l’immense Schiller (1759-1805). I Masnadieri / les Brigands sont applaudis jusqu’au triomphe à Londres (grâce entre autres à l’engagement du « rossignol suédois », Jenny Lind, dans le rôle bouleversant d’Amalia (création au Her Majesty’s Theatre, 1847, en présence de la Reine Victoria). L’ouvrage disparaît ensuite pour être « redécouvert » en 1951 (pour les 50 ans de la mort de Verdi).
Le livret porte aussi, outre les éléments de la lyre tragique schillérienne, les idéaux des partisans indépendantistes italiens : il est rédigé par le mari de la Comtesse Maffei (Andrea Maffei), figure admirable, proche des patriotes italiens et de Verdi. Le romantisme noir de l’action se colore aussi de sentiments nationaux, contre l’autorité imposée, contre les lois liberticides. Le grand Verdi s’y montre digne de la barbarie poétique du sujet : le Prélude en ré mineur (avec solo de violoncelle, dédié au soliste de l’Orchestre, Alfredo Piatti, proche de Verdi), le quatuor vocal de l’acte I, le duo Moser / Francesco préfigurent déjà le Verdi shakespearien de la maturité. Comme dans les autres opéras inspirés de Schiller (Luisa Miller, Don Carlos,…), I Masnadieri expose le chemin de mort des héros sacrifiés : dans l’Allemagne du XVIIIè, au centre de l’action, Carlo Moor a tout perdu : l’amour de son père et celui de son aimée, Amalia à cause de l’œuvre destructrice de son propre frère Francesco. Ce dernier n’a cessé de le dénigrer. Devenu chef des brigands, Carlo peine à se libérer de l’ostracisme dont il est victime (il a été chassé du château paternel par son père Massimiliano). Écrasé par la tragédie, les héros sont broyés, victimes et maudits, destinés à un destin peu à peu destructeur. Illustration : portrait de Friedrich Schiller (1759 – 1805) DR.

SYNOPSIS
ACTE I. Carlo est banni du foyer paternel. Son frère cadet Francesco n’a cessé de le dénigrer : après avoir fait chasser son frère, il entend épouser Amalia, la fiancé du banni.
ACTE II. Faisant croire à la mort de son frère Carlo et de leur père Massimiliano, Francesco séduit Amalia qui cependant résiste à ses avances, d’autant plus qu’Arminio lui dévoile le plan haineux du manipulateur …
ACTE III. Amalia retrouve Carlo qui lui cache être devenu un brigand (« Qual mare, qual terra »). Celui ci libère le père Massimiliano, retenu captif par Francesco. Ses brigands accueillent le vénérable.
ACTE IV. Préfigurant le fameux duo de Don Carlos, entre l’Inquisiteur et Philippe II, Francesco, pris de remords, se confesse au père Moser qui refuse de lui accorder l’absolution pour ses deux crimes impardonnables : le parricide et le fratricide. De son côté, aussi torturé et tiraillé que son frère cadet, Carlo rongé par la honte, finit par poignarder Amalia, la sacrifiant à ses brigands (ses  » démons « ), puis il se destine à mourir (« Ora, al patibolo ! / maintenant, au gibet ! »). Propre au théâtre de Schiller, pas de rémission ni aucune issue pour les héros maudits. Seule la mort les libère en cessant leur souffrance.

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