dimanche 11 octobre 2026
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CRITIQUE, comédie musicale. GENÈVE, Bâtiment des Forces Motrices, le 9 octobre 2026. SONDHEIM : Company. Loïc Suberville, Jasmine Roy, Jeanne Jerosme, Neïma Naouri… James Bonas / Larry Blank

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Ah, la superbe performance des chanteurs et acteurs de Company, dans la comédie musicale de Stephen Sondheim actuellement à l’affiche du Bâtiment des Forces Motrices, dans le cadre de la saison 26/27 du Grand-Théâtre de Genève !

 

Ils s’expriment avec autant d’aisance en français dans les dialogues qu’en anglais dans les chants. Et des dialogues, il y en a beaucoup. Il y en a même trop – bien qu’ils soient brillants, drôles, acérés. Dans la première partie du spectacle on parle plus qu’on ne chante. Heureusement que dans la deuxième, la musique arrive à trouver sa place. Cette deuxième partie commence avec la séquence majeure de la soirée : Side by side. On y chante, on y danse, on y fait des claquettes. Et la salle jubile.

Une chose est certaine, chaque fois qu’un chant arrive, c’est un régal. Le compositeur Stephen Sondheim est un cador de la comédie musicale. Il nous sert du B.D.Q.S. – Broadway de qualité supérieure ! Deux petites notes nous tiennent compagnie tout au long de la soirée : une tierce mineure descendante (sol-mi). Elles rythment les deux syllabes du prénom Bobby. Elles nous tournent dans la tête bien après la fin du spectacle – lorsqu’on rentre dans la nuit en longeant le Rhône au sortir du Bâtiment des Forces motrices de Genève, lequel se substitue au Grand-Théâtre pendant les travaux de rénovation…

Qui est ce beau Bobby ? Un célibataire new-yorkais observant cinq couples d’amis qui gravitent autour de lui et qu’il voit se déchirer, se raccommoder, s’ennuyer, se tromper. La distribution est on ne peut plus brillante. Loik Suberville est un Bobby épatant de présence, d’aisance et de qualité de chant. Jeanne Jérome est formidable de virtuosité vocale dans son rôle de femme saisie de panique au moment de se marier. La super Jasmine Roy fait exploser la soirée par sa prestation de bourgeoise ivre et désabusée. Mélanie Paiement nous charme en hôtesse de l’air ingénue. Son personnage n’a pas besoin de monter en avion pour planer ! Et puis il y a Noémie Naouri. Celle-ci déchaîne une énergie sauvage dans une scène située dans le métro. Elle a mordant, de la rage. Un vrai animal… de Company !

L’excllent Orchestre de Suisse Romande, rompu au classique, qui apparaît d’une rigueur beethovénienne dans la première partie, se laisse peu à peu gagner par le swing dans la seconde. Il est est entraîné par un spécialiste de comédie musicale, le chef américain Larry Blank. Dans un décor minimaliste, la mise en scène de James Bonas s’avère brillante.

Tout cela nous réjouit. On est vraiment en (très) bonne Company !

 

 

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CRITIQUE, comédie musicale. GENÈVE, Bâtiment des Forces motrices, le 9 octobre 2026. SONDHEIM : Company. Loïc Suberville, Jasmine Roy, Jeanne Jerosme, Neïma Naouri… James Bonas / Larry Blank. Crédit photo (c) droits réservés

 

 

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CRITIQUE, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 8 octobre 2026. SAY / R. STRAUSS / RIMSKI-KORSAKOV. Nelson GOERNER (piano), Orchestre national du Capitole, Lio KUOKMAN (direction)

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Ce soir, le chef hong-kongais Lio Kuokman, très apprécié de l’Orchestre national du Capitole et du public toulousain, est venu diriger un programme original en première partie et inratable en deuxième partie. Si le Bazar de Fazil Say est une composition agréable et facile d’écoute, elle ne contient rien de vraiment original. Les atmosphères sont variées dans un orientalisme convenu. Les percussions sont particulièrement mises en valeur. Et le basson termine sur une note suraiguë goguenarde du plus bel effet. Le jeune Guillaume Brun apporte au basson beaucoup de beauté sonore et de caractères variés tout au long de la soirée. Il sera à juste titre très applaudi. Ce petit hors d’œuvre est bien agréable ainsi dirigé avec précision par Lio Kuokman. L’orchestre est particulièrement engagé. 

 

Puis la Burlesque de Richard Strauss permet au pianiste Nelson Goerner de rejoindre la scène. Cette pièce brouillonne d’un Richard Strauss de première jeunesse déborde d’énergie et de fantaisie. L’impression est que tout part dans tous les sens. Évidemment, Nelson Goerner ne fait qu’une bouchée de sa partie. Tout va vite, rien ne ralentit son énergie quasi diabolique. L’orchestre caracole au vent, Lio Kuokman arrive à contenir tous les musiciens et évite la sortie de route. Nelson Goerner est très applaudi et offre un sublime Intermezzo de Brahms, faisant regretter le choix de l’œuvre précédente, peu apte à mettre en valeur le toucher subtil, les nuances délicates et la tendresse dont le pianiste argentin est pétri. 

 

 

La deuxième partie va devenir le plat principal de la soirée. Shéhérazade de Rimski-Korsakov est toujours une fête pour l’orchestre. Ce soir, cela a été une vraie consécration. L’Orchestre national du Capitole très rajeuni a permis à chaque soliste et chaque pupitre de briller. Dès les premières mesures, Lio Kuokman tient les rênes et maîtrise les nuances et la puissance. Puis le violon solo de Kristi Gsezi va dans un phrasé d’une subtilité inouïe invoquer Schéhérazade elle-même, sa douce voix et son envoûtant récit. Ce violon va revenir régulièrement apporter une véritable magie à la soirée. Densité du son, beauté sur toute la tessiture, les suraigus divins et narration persuasive sont les grandes qualités de cette interprétation. Mélisande Daudet à la flûte aura des sonorités diaphanes ou charnues de la plus grande beauté. Chi Yuen Cheng au hautbois est incroyablement émouvant. Pierre Gil dans ses solo de violoncelle est magnifique. Les cors ont eu une présence envoûtante. Les trompettes enthousiastes ou délicates sont magnifiques. Les gros cuivres majestueux et inquiétants, superbes dans les forte sont très mis en valeur. Les percussions ont été magnifiques dans toutes les nombreuses interventions. Les cordes dans une harmonie parfaite ont fait vibrer leurs nombreux thèmes si envoûtants. Lio Kuokman est un chef qui permet aux musiciens de s’exprimer avec beaucoup de liberté, tout en veillant à la parfaite construction de l’ensemble. Il nuance, colore à merveille cette belle partition. C’est véritablement une fête de l’orchestre qui a été donnée ce soir. L’orchestre du Capitole a merveilleusement été mis en valeur dans Shéhérazade.

L’enthousiasme du public a été grand et les applaudissements ont fusé devant tant de beauté partagée.

 

 

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CRITIQUE, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 8 octobre 2026. SAY / R. STRAUSS / RIMSKI-KORSAKOV. Nelson GOERNER (piano), Orchestre national du Capitole, Lio KUOKMAN (direction). Crédit photo (c) Romain Alcaraz

 

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CRITIQUE, opéra. TORONTO, Four Seasons Center for the Performing Arts, les 2 et 7 octobre 2026. VERDI : La Traviata. Kathryn Lewek / Andriana Chuchman, Long Long / Luke Norwell, R. Braun / Reginald Smith Jr… Arin Arbus / Paolo Carignani

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Pour l’ouverture de sa saison 26/27, la Canadian Opera Company (à Toronto) n’a pas voulu prendre de risques et a misé sur La traviata, l’opéra populaire et fédérateur de Giuseppe Verdi, avec une excellente distribution vocale et la production à succès garanti de la metteuse en scène américaine Arin Arbus.

 

Sur le plan vocal, les distributions principale et alternative ont affiché un niveau exceptionnel. Pour ses débuts dans la maison canadienne, la soprano américaine Kathryn Lewek a remporté un triomphe éclatant et amplement mérité. Dotée d’une voix de soprano lyrique-colorature lumineuse et veloutée, agile et à l’aigu facile, elle a livré une interprétation de référence de Violetta Valéry. Elle s’est particulièrement distinguée dans sa première aria, « È strano !… Ah, fors’è lui », puis dans la cabalette « Sempre libera », où elle a ébloui par son agilité et sa maîtrise du chant orné, couronnant sa prestation d’un contre-ut. En alternance dans le rôle, la soprano canadienne Andriana Chuchman a également livré une belle prestation. Dotée d’une voix au caractère plus lyrique, elle a surmonté avec brio les difficultés de la colorature du premier acte, faisant preuve d’une grande sûreté technique. Une fois ces exigences dépassées, son incarnation a gagné en profondeur à partir du deuxième acte, qui lui a offert un terrain plus propice à l’épanouissement d’un chant au lyrisme généreux, homogène, soutenu par un registre médian solide et une ligne vocale irréprochable. La netteté de son phrasé et son expressivité, enrichie d’accents dramatiques, lui ont permis de s’imposer progressivement, jusqu’à composer un dernier acte bouleversant, avec un « Addio, del passato… » empreint d’émotion et de vulnérabilité.

 

 

Du côté des ténors, le Chinois Long Long a campé un Alfredo Germont de belle envergure, grâce à une voix lyrique de grande qualité, moelleuse, d’une belle étendue et particulièrement à l’aise dans l’aigu. Son interprétation s’est toutefois révélée moins convaincante : malgré les nuances et les accents de son chant, il s’est montré avare d’expressivité, conférant au personnage une certaine froideur et une distance émotionnelle. Tout autre fut l’Alfredo du ténor américain Luke Norvell, en pleine ascension, qui s’est révélé une véritable révélation pour ses débuts dans la maison. Son incarnation du jeune amoureux, débordant de fougue et d’enthousiasme, s’appuyait sur une voix de ténor fraîche et chaleureuse, au timbre séduisant, à l’étendue généreuse et d’une grande homogénéité, particulièrement riche et brillante dans l’aigu. Il s’est distingué dans l’air « De’ miei bollenti spiriti », remarquable par l’élégance de sa ligne vocale, ainsi que dans la cabalette « O mio rimorso ! », à laquelle il a insufflé un élan juvénile irrésistible. Un nom à suivre de près.

Le Giorgio Germont du baryton canadien Russell Braun a constitué un véritable délice pour l’oreille. Malgré le passage des années, il conserve la beauté vocale d’antan ainsi qu’un remarquable pouvoir de communication. Sa voix homogène, désormais plus sombre et marquée par un léger vibrato, s’est révélée idéale pour conférer maturité et autorité au père d’Alfredo. Interprète intelligent et sensible, Braun s’est également distingué par la noblesse de son phrasé, la richesse de ses nuances et la justesse d’accents toujours adaptés aux différents états d’âme du personnage. Son interprétation de « Di Provenza il mar, il suol… » a été un modèle d’élégance et de musicalité, comptant parmi les plus beaux moments de la représentation. Les rôles secondaires ont été confiés à des chanteurs locaux de bon niveau, notamment Emma Pennell, dont l’Annina a révélé de remarquables qualités vocales, et Ariana Maubach, qui a prêté à Flora Bervoix un timbre d’une grande beauté. Peter Barrett a incarné un baron Douphol à la voix ferme et bien projetée, tandis qu’Owen McCausland a composé un Gastone particulièrement efficace.


À la tête de l’Orchestre de la Canadian Opera Company, le chef italien Paolo Carignani a proposé une lecture maîtrisée, riche en contrastes et parfaitement coordonnée, tout en restant fidèle au style verdien. Les préludes, ciselés dans leurs moindres détails et interprétés avec beaucoup de finesse, ont compté parmi les plus beaux moments de sa direction musicale.

 

 

La production scénique visuellement séduisante d’Arin Arbus, metteuse en scène américaine reconnue pour ses mises en scène de Shakespeare et son travail dans le théâtre contemporain, est de celles auxquelles on adhère ou que l’on rejette. Créée par la Canadian Opera Company de Toronto en octobre 2015, en coproduction avec le Lyric Opera of Chicago et le Houston Grand Opera, elle a connu un succès notable sur plusieurs scènes nord-américaines. Malgré certaines libertés, il s’agit d’une proposition scénique très traditionnelle, qui permet au public le plus conservateur de profiter de l’œuvre sans trop de surprises. Arbus situe l’action dans le Paris du milieu du XIXe siècle, respectant ainsi le cadre historique de l’opéra, tout en y apportant un regard résolument féministe qui met en lumière l’hypocrisie d’une société prête à accepter Violetta comme objet de plaisir, mais non comme une femme capable de décider de son propre avenir. Parmi les principales réussites de cette production figurent le contraste saisissant entre la splendeur extérieure et la solitude intérieure de la protagoniste, l’attention portée aux détails et le soin apporté à la restitution de l’évolution psychologique de Violetta. Arbus ne cherche pas à imposer à l’œuvre une lecture étrangère à son essence, mais laisse sa dimension tragique émerger de la partition elle-même et du livret de Francesco Maria Piave.

Les décors de Riccardo Hernández et les costumes de Cait O’Connor ont transformé la fête chez Flora, au deuxième acte, en une sorte de conte de fées multicolore. Les invités déambulaient autour d’une table couverte de friandises, qui évoquait aussi bien les créations de la célèbre Magnolia Bakery new-yorkaise que la maison de la sorcière de Hänsel et Gretel. Ils arboraient des perruques extravagantes, dans le style de Marie-Antoinette, ornées d’immenses fleurs et d’accessoires capillaires tout aussi exubérants. La première scène du deuxième acte contrastait par son extrême minimalisme, avant de céder la place, lors de la fête chez Flora, à une véritable bacchanale chromatique. L’esthétique du Second Empire s’y mêlait à des touches modernes de décadence assumée, au milieu de squelettes de taureaux, de matadors et de gitanes à l’allure androgyne. Au dernier acte, la scène se dépouillait de nouveau de presque tous ses éléments, laissant la protagoniste seule face à ses derniers instants. Le résultat tenait du pastiche : des univers esthétiques séduisants pris séparément et cohérents en eux-mêmes, mais dont la coexistence ne convainquait pas toujours. La succession de propositions visuelles aussi différentes, loin d’enrichir la lecture dramatique, finissait par disperser l’attention et par affaiblir la portée tragique de l’œuvre. Deux aspects méritent toutefois d’être soulignés : la minutie avec laquelle Arbus dirige les solistes et les masses chorales, témoignant de sa profonde connaissance du théâtre et de son sens aigu de la scène, ainsi que le travail particulièrement soigné de Marcus Doshi sur les éclairages, qui contribuait à mettre en valeur l’esthétique visuelle de la production.

À l’issue de la représentation, le public a ovationné l’ensemble des interprètes et salué l’ouverture de la nouvelle saison de la compagnie torontoise, qui célèbre cette année le vingtième anniversaire de l’inauguration de son théâtre : le Four Seasons Centre for the Performing Arts !

 

 

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CRITIQUE, opéra. TORONTO, Four Seasons Center for the Performing Arts, les 2 et 7 octobre 2026. VERDI : La Traviata. Kathryn Lewek / Andriana Chuchman, Long Long / Luke Norwell, R. Braun / Reginald Smith Jr… Arin Arbus / Paolo Carignani.  Crédit photo (c) droits réservés

 

 

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ON LILLE, ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE. Les 4 et 5 nov 2026. Jean-Claude Casadesus & Nikola Meeuwsen. Finzi, Grieg (Concerto pour piano), Prokofiev (Roméo et Juliette)…

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Suite des concerts jalonnant la saison 2026 2027 du National de Lille, celle de son jubilé fabuleux (50 ans) dont le récent « Gala des 3 chefs » avait inauguré le cycle symphonique anniversaire en réunissant les 3 directeurs musicaux (LIRE notre compte rendu critique ce cette soirée mémorable du 24 sept dernier). Un second anniversaire marque aussi la saison car le chef fondateur, Jean-Claude Casadesus, tournera bientôt la page de ses 90 printemps ! Le programme festif permet d’écouter le jeune pianiste et vainqueur du concours Reine Elisabeth 2025, Nikola Meeuwsen, dans le Concerto pour piano de Grieg, couplé avec une œuvre contemporaine de Graciane Finzi et apothéose orchestrale déjà abordée, plusieurs extraits de Roméo et Juliette de Prokofiev.

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Photos © Ugo Ponte / ON LILLE

 

 

Avec Matière, Espace, Temps, la compositrice Graciane Finzi propose une exploration sensible du temps et de l’espace sonore. A 25 ans (1868), le compositeur norvégien Edvard Grieg compose son Concerto pour piano, véritable pilier du répertoire romantique. L’œuvre hautement lyrique et spectaculaire saisit immédiatement les esprits : début fracassant, à la Schumann (et comme le concerto de ce dernier, en la mineur), profondeur et introspection du mouvement lent, vertiges chorégraphiques du Final.
Pour conclure la soirée, Jean-Claude Casadesus a choisi l’une des pièces majeures du XXIème : la musique du ballet de Prokofiev, « Roméo et Juliette », en particulier la Suite tirée de la chorégraphie intégrale. Premier grand ballet de sa période soviétique (composé en 1935, créé en 1938 à Brno), la partition est l’une des plus puissantes, harmoniquement audacieuses, mélodieusement spectaculaire, l’amour y étant une force poétique phénoménale : ce que l’histoire et l’enchaînement des épisodes refusent aux adolescents amoureux, – les destinant à une lente destruction cynique, la musique le leur offre sans détour : une apothéose et une sublimation à l’échelle cosmique. Orchestrateur puissant, dramaturge né, Prokofiev dompte l’orchestre comme un fabuleux dragon pour exprimer la fabuleuse tragédie des amants de Vérone… Du mythe inspiré de Shakespeare, le compositeur déduit une fresque à la fois flamboyante et bouleversante, avec déchirante, l’ultime scène funèbre qui emporte en décalé, les deux jeunes âmes.
Pour attendre la création tardive du ballet, Prokofiev, bien conscient de la puissance expressive de sa musique, en déduit 2 Suites pour orchestre dont le bénéfice, est un résumé très efficace de l’action et musicalement, un condensé des meilleures séquences. La première est lyrique et dansante (comprenant la Scène du balcon et la mort de Tybalt) ; la seconde psychologique et dramatique (danse des chevaliers, Juliette enfant, Père Lorenzo, Roméo auprès de Juliette, au tombeau de Juliette, .…). Prokofiev réalise une 3è Suite en 1944, beaucoup moins contrastée et expressive.

 

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Jean-Claude Casadesus & Nikola Meeuwsen
« Une soirée exceptionnelle ! »
mercredi 4 novembre 2026 – 20h
jeudi 5 novembre 2026 – 20h
LILLE, Auditorium – Nouveau Siècle  / ± 1h30 avec entracte
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’ON LILLE,
ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE :
https://onlille.com/choisir-un-concert/categories/jean-claude-casadesus-nikola-meeuwsen

 

 

Finzi, Matière, Espace, Temps
Grieg, Concerto pour piano et orchestre
Prokofiev, Roméo et Juliette, extraits

 

concert repris en région :
Valenciennes, le phénix
vendredi 6 novembre 2026 – 20h
Dainville, Salle polyvalente
samedi 7 novembre 2026 – 20h

 

 

Autour du concert
Prélude musical
Avec les étudiants de l’École Supérieure de Musique et Danse — Hauts-de-France
mercredi 4 novembre 2026 – 19h
jeudi 5 novembre 2026 – 19h
Bord de scène
Par Max Dozolme. Rencontre avec les artistes.
mercredi 4 novembre 2026 – 21h45

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CRITIQUE CD événement – Alessandro SCARLATTI : Il Trionfo della Grazia. Céladon, Paulin Bündgen (1 cd Alpha Ricercar fev 2026)

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Céladon réalise ici un projet envisagé il y a 20 ans. L’enregistrement montre la justesse de l’entreprise : en jouant l’oratorio modèle Il trionfo della Grazia (1685), les musiciens révèlent un joyau de l’oratorio romain, véritable modèle du genre propre aux années 1680, où la virtuosité des lignes vocales croisent un continuo ardent et mordant, totalement asservi à l’éloquence sublime du texte sacré…

 

 

 

Quel est le style de l’oratorio romain en 1685 ? L’œuvre circonstancielle du palermitain Alessandro Scarlatti répond à la question : avec plus de 30 oratorios à son catalogue dont les joyaux que sont Il Primo Omicidio (révélé en 1998 dans l’enregistrement devenue mythique de René Jacobs) ou les deux versions de la Giuditta, Alessandro règne à Rome et à Naples, à travers ses « opéras sacrés » créés au moment du Carême. Il fixe un standard oratorien, lié à son métier perfectionniste appris à Rome où il est documenté dès 1672, non auprès de Carissimi mais d’Antonio Foggia (maître de chapelle à San Girolamo della Carità, fonction qu’il occupera à sa suite à partir de 1683).

Scarlatti soutenu par le mécénat de Christine de Suède, très amatrice de créations lyriques (ayant financé le premier théâtre d’opéra romain, le Tordinona en 1670), participe à l’essor de l’oratorio romain, comme Venise est devenu le temple de l’opéra et son centre de diffusion à l’échelle européenne.

Le compositeur de 25 ans conçoit Il Trionfo della Grazià sur le livret du cardinal Benedetto Pamphili (mécène et dramaturge) d’autant mieux indiqué qu’il a déjà écrit le livret d’Il Trionfo del tempo du jeune Haendel alors à Rome en … 1707. Fidèle à l’esthétique de la Contre Réforme, proche de l’écriture d’Alessandro Melani (Il sacrificio d’Abel, 1678, également d’après le livret de Pamphili), Il trionfo della Grazia répond au message moral requis : exprimer la vanité des plaisirs terrestres, venir à résipiscence, célébrer l’essence et la révélation d’une vie spirituelle dédiée à l’amour de Dieu. Ainsi ici le rôle central et sa lente métamorphose, de Maddalena : au point que l’oratorio s’intitule aussi La Maddelena penitente / La Madeleine pénitente, suscitant par son équilibre et l’éclat mordant de son arias et récitatifs, un immense succès en Italie (Modèle, Florence, Mantoue, Bologne, jusqu’à … Vienne en 1707 (où la Cour impériale est particulièrement amatrice d’oratorios spirituels).

A la création, l’oratorio en deux parties (sans sinfonia d’ouverture, mais avec un intermède instrumental précédant la partie II), pour 2 sopranos et 1 alto, est chanté par des castrats dont il Siface (Giovan Francesco Grossi); et parmi les instrumentistes, le compositeur Bernardo Pasquini.

 

CONVERSION DE LA PÉNITENTE
Madeleine synthétise la trajectoire mise en-avant, grande pécheresse mais pénitente exemplaire. La Grâce l’a touchée et a permis que se réalise sa lente et progressive conversion : son œuvre a conduit Maddalena d’une vie décadente à la révélation mystique de la vérité. Le style de Scarlatti s’inscrit dans ceux de Cavalli et de Stradella : d’une suavité éloquente privilégiant surtout l’arioso.
Les 2 chanteuses réunies autour de la Penitenza, droite puis attendrie de Paulin Bündgen, excellent dans la caractérisation de Madeleine ; Lise Viricel partage avec Marie-Frédérique Girod, un timbre brillant, cristallin, au relief linguistique particulièrement percutant. En outre, les deux sopranos déploient une superbe couleur adolescente, vive et claire qui renforce cette jeunesse consciente et aigüe qui cependant demande un cadre moral pour s’accomplir. Limpulsivité lumineuse habite le chant de la première. quand un angélisme plus onctueux encore, effectivement touché par le Grâce accompagne idéalement l’engagement de la seconde.
L’écriture musicale, d’une expressivité volubile et virtuose privilégie la clarification de l’action : abandon à toute sensualité (adieu aux plaisirs) dans l’air « Risolvo di più non vedervi » de la Pénitence (qui conclut la partie I). Ce dernier air de Maddalena est d’une remarquable plasticité, exprimant le travail psychique qui éprouve l’âme de la jeune femme (avec un dernier aigu qui semble l’aspirer vers le Ciel et ses promesses spirituelles).

Dans la partie II, plus articulée encore, la partition redouble d’expressivité naturelle, révélatrice de la Grâce qui traverse et submerge Madeleine : les effets de la Pénitence qui ouvre et referme cette 2è série (air initial et récitatif final) réalise la conversion décisive de l’ancienne pécheresse : les airs de la Pénitence (3 airs superbement construits dont « Sospenda le lacrime il ciglio » – intime et très recueilli, et des récitatifs cantando, modèles du genre), transforment Maddalena (« Godo ma come ») qui sait ne pas succomber aux ultimes tentations de la Jeunesse (« Fu mio canto ») : désormais Maddalena réunit jeunesse et discernement pour un mysticisme apaisé et fédérateur. Scarlatti démontre sur le plan formel sa maîtrise musicale : les notes et l’écriture du compositeur sachant magnifier les images du texte.

Céladon et Paul Bündgen favorisent la version de la création à Rome en 1685 : soulignant la force de l’œuvre originelle, sobre, directe, d’une beauté fulgurante (qui explique qu’elle fut reprise pendant 25 années, en véritable joyau exemplaire du genre oratorio romain). Sensibles à un remarquable travail de caractérisation vocale, les interprètes incarnent idéalement les 3 âges de la vie d’une femme : Gioventù (la Jeunesse : d’abord vive, provocante, facétieuse ; puis progressivement convertie ), « l’âge médian » (exprimant joie et doutes), surtout la maturité (la Pénitence / Penitenza : plus sévère et expressive, puis profonde et humaine enfin maternelle)…

Instrumentalement, les musiciens déploient une palette de nuances et de timbres variée, éclairant chaque air et situation, d’une vitalité comme improvisée selon le style de l’époque et exploitant les couleurs de l’effectif : clavecin jouant le luth, tasto solo de l’orgue, sourdine des violons, pizzicati des violes….

Tout œuvre à la clarification du discours musical, révélant les jalons d’un véritable drame opératique : par exemple, le choix d’inventer une sinfonia d’ouverture (« grave » de la Sonate n°10 pour clavier de Scarlatti produisant dans la sobriété recueillie requise, un lever de rideau solennel ; comme la sinfonia au début de la partie II (celle ci originelle), qui suggère la disposition des cieux prêts à accueillir Madeleine repentante… comme si les cintres de la scène s’ouvraient de façon spectaculaire.
Celadon établit chaque étape de cette conversion psychique saisissante. L’ensemble convainc d’autant plus que le dernier récitatif, implacable et lumineux dans sa fugacité épurée (« Erra l’Hunan desio »), y synthétise l’essence de ce joyau dramatique et mystique : son éloquence juste dont l’équilibre et la poésie fusionnent et éblouissent pour convertir.

 

 

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CRITIQUE, cd événement. Alessandro SCARLATTI : Il Trionfo della Grazia, 1685. Celadon, Paulin Bündgen (1 cd Ricercar) – CLIC de CLASSIQUENEWS automne 2026.
Marie-Frédérique Girod (Maddalena), Lise Viricel (Gioventù), Paulin Bündgen (Penitenza), Celadon – enregistré à Lyon en fév 2026. Durée : 1h19mn – PLUS D’INFOS sur le site de l’éditeur RICERCAR / OUTHERE : https://outhere-music.com/en/albums/scarlatti-il-trionfo-della-grazia
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CRITIQUE, opéra. OPÉRA DE RENNES, le 7 octobre 2026. MASSENET : Werther. Julien Behr, Lucie Peyramaure… Orchestre National de Bretagne, Chloé Durfresne / Ted Huffman

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La plus grande réussite de cette production de Werther de Jules Massenet est sa conception éminemment théâtrale qui rappelle sa source littéraire et l’importance du texte. L’œuvre qui en découle exige des chanteurs diseurs, en total dialogue avec l’orchestre. S’inscrit idéalement ainsi l’épure défendue par le metteur en scène Ted Huffman : la scène décantée, sans apports décoratifs superflus, renforce à la fois le brûlant réalisme comme l’intensité exacerbée des sentiments et des situations. Ainsi c’est moins un opéra proprement dit qu’une succession de tableaux humains, – scènes de genre ou duos / trios intimistes, dessinés avec une acuité redoutable.

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WERTHER / Opéra de Rennes oct 26 – Crédit : © Laurent Guizard

 

Le metteur en scène souligne la dimension théâtrale du sujet : Werther s’apparente à une arène psychologique dont le spectateur suit étape par étape la lente destruction obsessionnelle qui affecte le cœur solitaire et de plus en plus frustré du jeune homme. Cette immersion sans filtre dans le cœur de Werther s’exprime essentiellement à l’orchestre auquel Massenet a réservé une écriture d’un raffinement inouï, véritable mosaïque de couleurs et de nuances dont on redécouvre ce soir l’infinie richesse. Une telle descente aux enfers qui brosse le portrait de deux âmes amoureuses particulièrement éprouvées est d’autant plus significative dans la production de Massenet que l’auteur n’hésite pas à adapter l’histoire transmise par Goethe et à s’en détacher selon ce qui le passionne : dans le roman de l’écrivain romantique, Charlotte n’aime pas Werther qui meurt seul. Rien de tel chez Massenet qui façonne et sculpte un portrait bouleversant à deux visages…

 

fosse scintillante, éruptive

Dans la fosse la cheffe, Chloé Dufresne montre qu’elle est une maestra majeure, d’une efficacité redoutable, aux options superlatives, réussissant une direction à la fois détaillée et architecturalement puissante. C’est même une vision engagée et organique dont l’un des mérites est d’éclairer la lave émotionnelle qui submerge l’âme des deux protagonistes, trop faibles victimes de la passion amoureuse qui les submerge. Massenet a conçu une parure instrumentale continue, jouant sur les contrastes dont le plus manifeste dès le début du drame est cette répétition des chants de Noël en… juillet, au cœur de l’été ; écart déjà bouillonnant des températures qui éclairent en vérité les gouffres amers comme la tempête qui pressent l’âme tourmentée du jeune Werther et la passion destructrice dont il sera la proie. Très juste dans chaque jalon sonore de cette plongée fatale, l’Orchestre National de Bretagne fourmille de nuances, exprime toutes les failles, revers, élans, vertiges de ce romantisme essoré à l’aulne d’un réalisme acide et fulgurant, parfois cru. Sous la direction affûtée et vive de Chloé Dufresne, Massenet réalise en subtilité et hypersensibilité noire, l’analyse psychologique de Werther et de Charlotte, n’hésitant pas à rugir et même hurler quand les morsures émotionnelles se font trop aiguës.Tout converge vers l’acte fatal au moment de Noël qui n’est plus la fête bienheureuse mais le cadre de la catastrophe.

 

 

 

A Rennes, un Werther captivant

Charlotte et Werther vivent et éprouvent force et violence de l’amour (Lucie Peyramaure et Julien Behr à l’Opéra de Rennes) © Laurent Guizard

 

 

L’Opéra de Rennes offre ainsi un éclairage remarquable sur la partition, dans une lecture orchestralement captivante ; c’est aussi (surtout), une distribution nouvelle et plusieurs prises de rôles attendues. Être embrasé, foudroyé, le Werther de Julien Behr sait s’engager, crier sa douleur souvent contenue mais libérée à propos, et bien canalisée, tout en complicité avec l’orchestre volcanique et scintillant de Chloé Dufresne.
On a rarement suivi et mesuré chaque accord chant / orchestre dans une telle éloquence partagée : chaque inflexion du chanteur étant enveloppée, sublimée par la parure orchestrale nuancée, suractive. Chaque brûlure de l’âme éprouvée suscite un trait sec et définitif de l’Orchestre. Son ultime air « Pourquoi me réveiller ? » (acte III) demeure le plus bouleversant, verrouillant en réalité l’impasse d’un coeur solitaire qui se consume et qui depuis son début n’a jamais (souhaiter) discerner le réel du rêve, dénonçant le dégoût que lui inspire la triste réalité. Absent aux autres, absorbé par le seul amour que lui inspire Charlotte, Werther paraît ce soir comme un être décalé, noyé, exténué par impuissance et solitude.

Face à lui, la Charlotte de Lucie Peyramaure ne manque ni de texte ni de justesse, conciliant intelligibilité et sobriété tragique ; elle aussi réussit son fameux air des lettres, où le passé (quand Werther courtisait la jeune femme non encore unie à Albert), surgit et la submerge totalement. Tout cela compose un dernier acte puissant et bouleversant (dans l’œuvre de Massenet, l’une de ses meilleures pages) dont la direction de Chloé Dufresne exprime la lave noire et amère qui en fait le prolongement final et l’accomplissement de cette nuit cauchemardesque, lente mise en bière du trop fragile Werther.

 

Un être décalé, passionné, tragique et profond : le Werther de Julien Behr  © Laurent Guizard

 

En contrepoint du couple funèbre, chaque rôle additionnel accrédite davantage la cohérence de la mise en scène ; ils assurent par leur engagement la vraisemblance du contexte social ; les deux compères adeptes de la bonne chère (et du bon vin : cf. leur hymne hédoniste « vivat, semper vivat ») : impeccables Benoît-Joseph Meier (Schmidt) et Florent Karrer (Johann), comme le Bailli de Marc Scoffoni.
Deux personnages ont mesuré in fine le drame intérieur qui se noue et précipite le destin de Werther : son rival, dévoré par une jalouse froideur, Albert (économe et percutant Anas Séguin), comme la Sophie de Manon Lamaison dont la candeur lumineuse s’accompagne d’une attention tendre et profonde pour le jeune homme.

Noir et profond, ce Werther rennais éclaire magistralement le drame de Massenet ; il en restitue la théâtralité puissante et foudroyée. Magistral. A l’affiche les ven 9 puis dim 11 octobre 2026 : https://www.opera-rennes.fr/fr/evenement/werther

 

 

 

 

 

LIRE aussi notre présentation de la nouvelle saison 2026-2027 de l’Opéra de Rennes / L’art de la Rencontre : https://tickets.chateauversailles-spectacles.fr/fr/product/4774/cvs168_cd_inexorable_amour_marie_lys?utm_source=ClassiqueNews&utm_medium=affiliate&utm_campaign=marie-lys_ClassiqueNews&utm_term=famille&utm_content=banner

Rencontrons-nous ! – L’Opéra est ce lieu qui stimule et favorise les formes artistiques (musique, théâtre, danse, arts plastiques, performance…), l’altérité sous toutes ses formes (à travers son multilinguisme, son répertoire qui voyage à travers les siècles..)… C’est un formidable espace social où « les spectatrices et spectateurs, dans leur diversité, nous rejoignent dans un même élan pour quelques heures de pause et d’évasion dans un quotidien souvent bousculé ». Voici les temps forts de la nouvelle saison 2025-2026.

OPERA DE RENNES, saison 2026 – 2027 : « L’Art de la Rencontre ». Werther, Pinocchio, Cosi fan tutte, Platée, Orphée et Eurydice, No No Nanette…

 

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CRITIQUE, opéra. LAUSANNE, Opéra de Lausanne, le 4 octobre 2026. GOUNOD : Mireille. V. Santoni, T. Bettinger, G. Chauvet… Bruno Ravella / Jean-Marie ZETOUNI

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« La belle eut envie d’un joli panier ». C’est avec audace, dans une atmosphère douce d’été indien, que l’Opéra de Lausanne accueille pour son début de saison, Mireille, le drame lyrique en cinq actes de Charles Gounod, adapté du livret de Michel Carré. Longtemps au box-office de la Salle Favart, peu joué de nos jours, cette tragédie pastorale pittoresque tirée du poème épique provençal de Frédéric Mistral, Mireio, nous invite à un voyage solaire sur les terres de Camargue.

 

Créé en 1864, ce bijou poétique a subi nombre de coupures jusqu’en 1939, date d’une première version restaurée d’Henri Büsser ayant fait autorité jusqu’en 1880. Depuis, la découverte tardive des passages orchestraux originaux de la Scène de la Crau et du final, a permis de reconstituer l’œuvre intégrale de Gounod. Proposée ici par le chef québécois Jean Marie Zeitouni, cette partition dont la musique a gardé toute sa saveur, offre pourtant des enjeux divers à ne pas négliger : contexte folklorique marqué, nature du texte en vers suranné, solistes disposés au français et au style franc et naturel de la prosodie, longueur excessive, rôle-titre écrasant à pourvoir.

 

 

C’est dans cette approche d’adaptation et de modernité que Bruno Ravella (Metteur en scène) et Barbara Limburg (Décoratrice), ont repensé l’œuvre afin de ne pas basculer dans le trop conventionnel, ou le cliché régional. Chaque tableau est présenté ici, dans une scénographie épurée et puissante, comportant un décor imposant d’osier tressé qui dynamise l’espace et happe le public. Dès l’ouverture du rideau, cet impact visuel symbolique en amont du drame, nous percute tel un sort inéluctable : dans une impression de chaleur intense et visionnaire, Mireille se tient seule sous un grand soleil d’épis d’or. Cette mise en valeur immédiate d’un climat, d’une région et du métier de vannier affilié au personnage de Vincent (le vannier), s’expose ici en manifeste d’une tradition ancestrale à caractère écologique, voire plus contemporaine et publicitaire, par l’emploi des symboles visuels marquants de ce territoire singulier : taureau, panier, porche d’église, gerbes de blé, couronne d’épis, épouvantail, guirlande de pompons colorés de féria etc. Les costumes simples du terroir arlésien, chapeau de paille inclus, confirment au gré des lumières ce climat méditerranéen dans cette mise en abîme vibrante aux Reflets de Provence. A ce propos, alors que les décors et costumes ont été fabriqués dans les ateliers de l’Opéra de Lausanne, la mise en œuvre globale du projet en collaboration avec le Palazzetto Bru Zane, est en coproduction avec l’Opéra de Marseille. Ceci expliquant cela, puisque cette œuvre du cru y fera halte du 22 avril au 2 mai 2027 pour un public d’aficionados.

 

 

Pour cette première, l’ouverture flamboyante de l’excellent Orchestre de Chambre Lausanne galvanisé par la baguette enjouée et convaincante de Jean-Marie Zeitouni, a donné vie à la fête des moissons. Intimant une ardeur communicative au chœur des Magnanarelles et au déroulement de l’action, Il a déployé une énergie réjouissante sur la partition. Optant pour une rythmique entraînante et flexible des différents thèmes d’intonation traditionnelle (Farandole. Valse-ariette, Marche, etc.), il a également entretenu le flux musical coloré et exotique du compositeur, en obtenant des pupitres un panel de couleurs scintillantes, chaudes veloutées, notamment aux archets dans les ombres bleutées chatoyantes du Val d’enfer. Attentif aux solistes, il a élevé son art de direction à une symbiose musicale en cherchant à honorer l’œuvre et la performance des artistes dans un soutien optimal.

 

 

Écrit pour un lyrique léger, le rôle titanesque de Mireille est assez proche d’un emploi pour jeune dramatique : une constante chez Gounod avec cette même ambivalence vocale pour le rôle de Marguerite dans Faust. La soprano corse Vannina Santoni, artiste confirmée et solaire qui incarne le rôle-titre pour la première fois, connaît parfaitement les écueils de cet ouvrage dont elle parle en avant-scène : telle une marche vocale physique épuisante des Saintes Maries, jusqu’au redoutable air de la Crau, qu’elle qualifie de climax. Hormis sa vaillance et la détermination de sa prestation, son allure frêle, distille un charme particulier et une grâce avérée à son personnage. Très à l’aise dans les passages calmes et aériens, elle surfe sur une palette de couleurs vocales subtiles, agrémentée de sons filés, pleins ou déliés et de pianissimi divins qui la rendent parfaitement crédible et émouvante. Néanmoins, sa diction pourvue d’un legato italianisant un peu trop couvert dans le médium, alourdit la prosodie de la première partie de ses deux airs. Cette couleur enveloppée, plus dramatique, est un piège vocal : il ralentit son débit et l’épuise jusqu’à appesantir la projection de ses aigus, arrachés à la ligne dans un élan tragique. Seuls accros inquiétants de ce cataclysme vocal ! C’est d’ailleurs dans la scène finale, transfigurée par son jeu, qu’elle semble le plus à l’aise et inspirée, en adoptant une position vocale translucide, beaucoup plus haute. Titubant sous l’astre solaire, elle se révèle alors grande tragédienne. A propos de Vincent, son amoureux, Thomas Bettinger, on regrette un peu le choix de ce ténor lyrique dans cette distribution. Placé ici dans une tessiture trop élevée, il peine à stabiliser son émission. Ses attaques sont brusques et instables, ce qui ne favorise en rien, ni son duo avec Mireille « O Magali ma bien aimée », ni vraiment la rondeur mélancolique de son air « Ange du paradis… ». Seules les lignes plus dramatiques lui permettent de libérer l’ampleur de sa vraie nature, retrouvant alors une homogénéité qui lui est propre.

 

 

Trois autres solistes font dans ce répertoire français des merveilles. Jean-Kristof Bouton (Ourrias) est un baryton franco-canadien au timbre lumineux. Son allure virile convient parfaitement à ce bouvier de Camargue à l’aiguillon prétentieux dont le premier air « Si les filles d’Arles sont belles » est chanté avec suffisance et aplomb dans un timbre rond, puissant presque menaçant. Plus loin, lors de sa malédiction « Tu veux donc que ma main te ploie », il affiche sa couardise dans un mixte d’intentions vocales allant de la morgue à l’effroi. Sa jalousie maladive accentue le pathétisme de son destin misérable, qui l’engloutit dans les gerbes mouvantes du marais de l’enfer. Matthieu Lécroart (Ramon) baryton-basse, est le père type d’un clan camarguais. Implacable, un rien misogyne, il est pourvu d’une diction sans failles qui rehausse ses sermons. Cet artiste convainc aussi par la richesse de sa musicalité et la beauté pleine de son chant. Malgré son air frustre et ce rôle ingrat de moralisme pesant, il reste une figure attachante de cette distribution. Géraldine Chauvet (Taven) campe une bonne sorcière, magnétique et sage. Son timbre ambré se pare d’une diction exemplaire qui donne du relief à son discours. Son duo avec Mireille d’une expressivité allègre « Voici la saison mignonne », est un des coups de cœur de cette soirée pleine d’élégance. A ce propos, je repense à un des moments suspendus de perfection auditive, lorsque le timbre cristallin de Maxence Billiemaz, a produit, par l’émission pure sans effets de son chant de berger, un élan de grâce, également ressenti au timbre ravissant d’une jeune choriste Lily Blanchard effectuant avec spontanéité, ce soir-là, le rôle de Clémence au pied levé. 

Bien que certains dialogues de cet ouvrage fassent sourire par leur parfum de lavande désuet, la musique de Gounod et l’atmosphère prenante du drame focalisent notre écoute sur un parcours initiatique captivant. J’y vois de la part de Gounod un élan avant-gardiste à conquérir. Son emprunt exagéré aux dogmes, bigotisme et autres superstitions est la marque d’un rebelle. Celle, d’un influenceur du XIX siècle guidant et éveillant un public d’opéra parisien pétrit d’éducation bourgeoise, grâce à une héroïne féministe en jupon, bravant les convenances.

C’est aussi, pour l’époque et pour un livret d’opéra, une vitrine étonnante et poétique de la Camargue. Ici et là, à l’aube des moissons, les champs d’or dans la moiteur incandescente de juillet, la vie des abeilles dans une lumière crue sans arbres, les éclats de mercure des marais, et plus loin, le désert de feu où rampent les griffes de sorcières, la terre sèche et salée qui exhale. « Et là-bas, là-bas, dans l’azur transparent des cieux, la terre promise, l’église des Saintes, le porche du Saint-Lieu ».

 

 

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CRITIQUE, opéra. LAUSANNE, Opéra de Lausanne, le 4 octobre 2026. GOUNOD : Mireille. V. Santoni, T. Bettinger, G. Chauvet… Bruno Ravella / Jean-Marie ZETOUNI. Crédit photographique (c) Carole Parodi

 

 

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CRITIQUE, festival. FESTIVAL VERDI DE PARME (Teatro Verdi), le 8 octobre 2026. VERDI : Alzira. M. Torbidoni, A. Poli, D. Luis De Vicente… Manuel RENGA / James CONLON

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Il y a des titres lyriques injustement relégués aux oubliettes, que seule la ferveur d’un festival comme celui de Parme peut ramener à la lumière. En ouvrant la XXVIème édition du Festival Verdi avec Alzira, le Teatro Regio de Parme a certes exhumé une rareté, mais également offert à son public une soirée de théâtre musical de haute volée.

 

James Conlon, qui dirigeait l’ouvrage pour la première fois, a insufflé à cette partition de jeunesse une énergie et une tension dramatiques saisissantes. Loin de traiter Alzira comme une curiosité d’archive, il en a révélé la veine mélodique généreuse, les élans pré-verdien déjà si personnels, et cette capacité à faire vibrer le drame intime sur fond de conflit colonial. À la tête de la Filarmonica Arturo Toscanini, il a su doser les masses orchestrales avec un art consommé de la fosse, laissant toujours les voix respirer, tout en donnant aux passages purement symphoniques une couleur sombre et fiévreuse qui rappelle les plus belles pages du Nabucco ou des Lombardi. Le Coro del Teatro Regio di Parma, préparé par Martino Faggiani, s’est montré tour à tour puissant et nuancé, notamment dans les scènes de foule qui ponctuent le drame.

 

 

La nouvelle production signée Manuel Renga frappe par son intelligence et sa sobriété. Renga a choisi de ne pas noyer l’action sous un luxe de reconstitution historique, mais de concentrer le regard sur les tensions humaines qui traversent l’œuvre : l’amour contrarié d’Alzira et de Zamoro, la violence de la conquête, la difficile coexistence des cultures. Les décors et costumes d’Aurelio Colombo, d’une beauté austère et géométrique, créent un espace mental autant que géographique, où le Pérou du XVIe siècle devient un miroir des déchirures contemporaines. Les lumières d’Emanuele Agliati sculptent les silhouettes et les visages avec une précision remarquable, tandis que les chorégraphies de Paola Lattanzi apportent une dimension physique et rituelle qui donne à certaines scènes une force quasi tellurique. On a rarement vu une mise en scène servir aussi efficacement la musique sans jamais la dominer.

Le public parmesan, réputé pour son exigence, a réservé un accueil triomphal à une distribution dont chaque membre faisait ses débuts dans son rôle. Marta Torbidoni, en Alzira, a conquis dès ses premières interventions par la pureté de son timbre et la noblesse de sa ligne de chant. Sa maîtrise des nuances, sa capacité à passer de la douceur élégiaque à l’élan dramatique le plus fougueux, font d’elle une interprète bouleversante. Face à elle, Antonio Poli campe un Zamoro d’une vaillance et d’une sincérité désarmantes ; son ténor, à la fois clair et incisif, donne au guerrier inca une humanité immédiate. Daniel Luis de Vicente, en Gusmano, incarne avec une autorité impressionnante le gouverneur espagnol déchiré entre le devoir et la passion, sa basse noble et profonde apportant une assise dramatique essentielle à l’ensemble. Les rôles secondaires, tenus par Agostino Subacchi, Erica Cortese, Carlo Raffaelli et Federico Bonghi, complètent cette galerie de personnages avec un engagement et une qualité vocale qui ne laissent place à aucun maillon faible.

Alzira n’est peut-être pas l’opéra le plus célèbre de Verdi, mais cette production démontre avec éclat qu’il mérite amplement sa place dans le répertoire. Grâce à l’édition critique de Stefano Castelvecchi et Jonathan Cheskin, qui restitue la partition dans toute sa richesse, et grâce à une équipe artistique de grande qualité, le Festival Verdi signe là l’une de ses plus belles réussites.

 

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CRITIQUE, festival. PARME, Teatro Verdi, le 8 octobre 2026. VERDI : Alzira. M. Torbidoni, A. Poli,  D. Luis De Vicente… Manuel RENGA / James CONLON. Crédit photo (c) Roberto Ricci

 

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OPÉRA DE MONTE-CARLO, les 15, 19 et 21 nov 2026. GERSHWIN : Porgy and Bess (nouvelle production). Jean-Louis Grinda / Lee Reynolds

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L’opéra de Gershwin, PORGY AND BESS (créé en 1935) dialogue avec les opéras français de Ravel et de Debussy, que Cecilia Bartoli, directrice artistique, programme à l’Opéra de Monte-Carlo depuis le début de son mandat. Un jeu d’admirations croisées rappelle des liens artistiques manifestes. Ainsi, l’admiration que George Gershwin portait à Ravel s’entend clairement dans ses concertos pour piano, quand Ravel se montra impressionné par les compositions de Gershwin et, plus largement, fasciné par les rythmes populaires américains, introduits en France dans les années 1920 par plusieurs ensorceleuses dont Joséphine Baker.

 

Qu’il s’agisse de « Summertime », des rythmes jazz ou même des cris de rue – que Gershwin entendit lors d’un séjour d’étude à Charleston -, son unique opéra « Porgy and Bess » enchante par des motifs spécifiques qui s’inscrivent dans la réalité de son époque (l’Amérique des années 1930). La force dramatique voire tragique de l’œuvre, l’inventivité de son orchestration, la force de ses chœurs (qui forment un personnage véritable), l’intensité des airs de solistes… produisent une action aux accents bouleversants.

Dans la communauté laborieuse et pauvre de Catfish Row (à Charleston), règnent misère crasse, drogue, violence et sexe… Pourtant dans cet univers cynique et déshumanisé, le chant du choeur comme des solistes exprime un indéfectible espoir… Au cœur du drame se noue l’amour impossible de l’infirme mendiant Porgy et de la belle Bess, victime de la violence de son compagnon (Crown), comme de la «poussière du bonheur » que lui offre un trafiquant de drogue aussi séduisant que démoniaque (Sportin’ Life). Pour la première fois (entrée au répertoire de la Maison monégasque), l’Opéra de Monte-Carlo affiche le chef d’œuvre de 1935 pour 3 soirées incontournables.

LIRE aussi la présentation et l’entretien du metteur en scène Jean-Louis Grinda sur le site de l’Opéra de Monte-Carlo

 

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Gershwin : Porgy & Bess
MONACO, Grimaldi Forum
dimanche 15 novembre 2026 – 15h
jeudi 19 novembre 2026 – 19h (Sur invitation du Palais)
samedi 21 novembre 2026 – 20h (Soirée de gala)
Opéra en trois actes
Musique de George Gershwin (1898-1937)
Livret de DuBose Heyward et Ira Gershwin, d’après la pièce Porgy de DuBose Heyward et Dorothy Heyward
Création : Boston, Colonial Theatre, 30 septembre 1935
Nouvelle production
Dans le cadre de la Fête nationale monégasque
PLUS D’INFOS:
https://www.opera.mc/fr/saisons/26-27/porgy-and-bess
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’Opéra de Monte-Carlo :
https://indiv.themisweb.fr/0526/fChoixSeanceWidget.aspx?idstructure=0526&EventId=1603&request=QcE+w0WHSuCzWDnDWpkYGsQqvYDsJea2SZ42VP09Xn6TU1ao+6RyGmH9yzAL0bFWh08+WipZ04s=

 

 

Direction musicale : Lee Reynolds
Mise en scène : Jean-Louis Grinda

Porgy : Michael Sumuel
Bess : Brittany Olivia Logan
Crown : Bongani Kubheka
Serena : Leah Hawkins
Clara : Brandie Sutton
Maria : Adriana Bignagni Lesca
Jake : Donovan Singletary
Sportin’Life : Chauncey Packer
CHŒUR DE L’OPÉRA DE CAPE TOWN
ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE MONTE-CARLO

PORGY AND BESS is presented by arrangement with Concord Theatricals Ltd. on behalf of Tams-Witmark LLC. / www.concordtheatricals.co.uk

 

 

 

 

Acte I

Malgré la chaleur de l’été, la communauté afro-américaine de Catfish Row, à Charleston, aime se retrouver : Clara berce son enfant (« Summertime »), les hommes jouent (et trichent) aux dés. Parmi eux, Porgy, infirme sans le sou, se distingue par sa noblesse d’âme ; le couple composé de Crown, homme violent et cruel, et sa compagne Bess, au visage marqué par les revers du destin ; leurs voisins Robbins et son épouse Serena ; sans omettre Sportin’ Life, intrigant rusé, trafiquant de drogue qui sait exploiter et tirer parti de toutes les faiblesses humaines. Soudain, sous l’emprise de l’alcool, Crown tue Robbins et s’enfuit, abandonnant Bess. Sportin’ Life en passeur improvisé mais intéressé, lui propose de s’évader à New York, où il pourra se refaire. Bess rejette cette illusion. Un seul être la comprend Porgy qui l’accueille dans sa modeste cabane, en lui offrant refuge et dignité.
La nuit suivante, Serena accueille la communauté qui se rassemble pour les funérailles de Robbins. Tandis que la police enquête et recherche Crown, Porgy et Bess se rapprochent irrésistiblement.

 

Acte II

A Catfish Row, Porgy et Bess ont retrouvé la paix, tandis que Sportin’ Life éprouve la tentation de Bess en lui faisant miroiter une vie facile et confortable à New York.
Lors d’un pique-nique sur l’île de Kittiwah, où Porgy est absent, Crown retrouve Bess et l’oblige à le suivre. Après une semaine d’absence, Bess retourne dans la cabane de Porgy, détruite et atteinte : elle avoue sa terreur en confiant à Porgy qu’elle ne pourra jamais se libérer de l’emprise de Crown.
Une tempête s’abat sur Charleston : Crown réapparaît dans la chambre de Serena pour réclamer Bess qui est demeurée auprès de Porgy. Crown part braver les vagues pour secourir les pêcheurs en péril.

 

Acte III

Crown a survécu à la tempête et se bat contre Porgy pour récupérer Bess… Porgy tue Crown pour libérer Bess et rompre avec la fatalité tragique. Mais les policiers arrêtent Porgy pour meurtre. Ce qui permet à Sportin’ Life de tenter à nouveau Bess, désormais seule et abandonnée : elle quitte Catfish Row. Alors Porgy, libéré une semaine après, part à la recherche de celle qui ne peut lui être soustraite : son amour est plus fort que toutes les épreuves de la vie misérable.

 

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PARIS, 13ème édition des Rencontres Musicales Internationales Georges Enesco – Concerts & Concours international de chant (12 oct – 3 nov 2026)

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PROMOUVOIR L’ŒUVRE MUSICALE DU COMPOSITEUR GEORGES ENESCO ET LA CRÉATION CONTEMPORAINE – 

Entre le 12 octobre et le 3 novembre 2026, la 13ème édition des Rencontres Musicales Internationales Georges Enesco célèbre l’excellence, la transmission et la création contemporaine. Cette édition rend hommage à sa fondatrice disparue, Alina Pavalache. Au programme, 2 temps forts majeurs : le Concours International de Chant Georges Enesco et la série de concerts consacrés au répertoire enescien, roumain et français, mettant en perspective l’œuvre du compositeur avec des créations contemporaines.

 

Pas moins de 50 jeunes artistes se sont inscrits au Concours International de Chant Georges Enesco, dont l’originalité unique est d’accueillir à la fois de jeunes professionnels et des grands amateurs d’art vocal, tout en imposant le répertoire contemporain. Les sessions sélectives du Concours ont lieu les 12, 13 (au Conservatoire de Musique Rachmaninoff), les 14 et 15 octobre (à l’Espace Bernanos). Les concerts sont programmés les 12, 16 octobre puis 2 nov 2026, à l’Automobile Club de France et à l’Ambassade de France à Paris.

 

 

CONCOURS DE CHANT GEORGES ENESCO 2026

Le Concours International de Chant Georges Enesco s’inscrit dans la continuité du prestigieux concours international George Enescu, fondé en 1958 à Bucarest. Après une interruption durant la dictature communiste, ce concours a repris en 1991. En 2002, la section chant a disparu du calendrier du concours de Bucarest et a été refondée à Paris en 2014 par la Société Musicale Française Georges Enesco et l’Association Noesis, avec le soutien de la Société des Éditeurs et Auteurs de Musique (SEAM), de l’Institut Culturel Roumain de Paris et de l’Ambassade de Roumanie en France.
Du 12 au 15 octobre 2026, Paris accueille cette nouvelle édition (13ème) qui offre une plateforme exceptionnelle pour la découverte et la promotion du répertoire lyrique. Point d’orgue, la finale publique le 15 octobre à 18h30 à l’Espace Bernanos.

 

 

déroulement des épreuves de sélection

SECTION 1 : CHANTEURS PROFESSIONNELS

Étape éliminatoire : 12 & 13 octobre 2026
à huis clos au Conservatoire de Musique Rachmaninoff.

Demi-finale : 14 octobre 2026, publique à l’Espace Bernanos.

Finale : 15 octobre 2026 à 18h30, publique à l’Espace Bernanos.

SECTION 2 : GRANDS AMATEURS D’ART VOCAL
Épreuve unique : 12 octobre publique
au Conservatoire de Musique Rachmaninoff.

 

 

PRIX :

SECTION 1 : CHANTEURS PROFESSIONNELS
1er Prix – PRIX GEORGES ENESCO : 3 000 € (attribué par l’Institut Culturel Roumain)
2ème Prix : 2 500 €
3ème Prix : 2 000 €
Prix Spécial OPÉRA CONTEMPORAIN : 1 500 €
Prix Exceptionnel ALINA PAVALACHE : 1000 €
Prix Spécial HENRI NAFILYAN : 1000 €
Prix JEUNE TALENT MUSICA 2027 : 1000€ + un concert dans le cadre du Festival Musica Le Mans 2027
Prix Spécial PHILHARMONIE DE CHIȘINĂU – MOLDAVIE : un concert à la Philharmonie de Chișinău
Prix du Public – RODICA SOUTZO : 1000 €

SECTION 2 : GRANDS AMATEURS D’ART VOCAL
1er, 2ème et 3ème prix : un concert à Paris
Prix spécial RONDINO – DINU LIPATTI : un concert à Bucarest en 2027

 

 


JURY :

JURY POUR LA SECTION PROFESSIONNELS
• Jean-Luc TINGAUD, Président du jury — Chef d’orchestre, 1er chef invité de l’Orchestre de l’Académie Beethoven de Cracovie (France)
• Svetlana BIVOL — Musicologue, Directrice de la Philharmonie « Serghei Lunchevici » de Chișinău (Moldavie)
• Alexandra CHERCIU — Compositrice, Directrice du Conservatoire Dinu Lipatti de Bucarest (Roumanie)
• Lena HELLSTRÖM-FÄRNLÖF — Artiste lyrique, professeur, Directrice artistique de l’Académie de musique et d’opéra de l’Université de Mälardalen (Suède)
• Diana HIGBEE — Artiste lyrique et metteur en scène, Fondatrice-directrice du Festival « Musica » du Mans (France)
• Mathias GUILLAUMOND-KOPYTTO — Membre de la direction du casting à l’Opéra national de Paris, Paris (France)
• Elena MOSUC — Artiste lyrique, Professeur à l’Université nationale de musique de Bucarest (Roumanie)
• Daniel OTTEVAERE — Artiste lyrique, Professeur à l’École normale de musique de Paris (France)
• Juliette SABBAH — Pianiste et chef de chant, Grand Prix du Concours international de mélodies françaises de Toulouse (France)
JURY POUR LA SECTION GRANDS AMATEURS
• Henry NAFILYAN, Président du jury — Compositeur, membre du Conseil d’administration de la SEAM, Paris (France)
• Odile HEIMBURGER — Soprano colorature, a notamment enseigné à la London Oratory School (France)
• Anda TABACARU — Metteur en scène, professeur à l’Université de musique de Bucarest (Roumanie)

 

 

CONCERTS DES RENCONTRES GEORGES ENESCO

Les concerts des Rencontres Musicales Enesco 2026 mettent en perspective Georges Enesco dans un rapport dynamique avec d’autres compositeurs, passés ou contemporains. Au programme, 3 concerts où l’œuvre intemporelle du maître roumain dialogue avec pluisieurs pages du répertoire et de la création contemporaine.

 Le premier rendez-vous se tiendra le 12 octobre à 20h30 à l’Automobile Club de France (Salle Clément Bayard) avec Voix et souffles d’Europe : un voyage musical de Chisinau à Dublin. La soprano Kaarin Cecilia Phelps (lauréate 2024), la pianiste Angela Draghicescu et le Select Strings Quartet interpréteront mélodies françaises et roumaines d’Enesco, Aboulker, Messiaen et Thilloy, des œuvres de Poulenc et Saint-Saëns, ainsi qu’une création mondiale de Pierre Thilloy, des airs célèbres, musiques traditionnelles et thèmes klezmer.
Suivra ensuite le 16 octobre à 20h à l’Ambassade de Roumanie , la « Soirée de la création musicale : cordes d’exception ». Les violonistes Vladimir, Sarah et Deborah Nemtanu, l’altiste Daniel Wagner et la violoncelliste Diana Ligeti joueront entre autres une création mondiale d’Henri Nafilyan, des œuvres de Leclair, Kaufmann, Bartók et des pièces de Georges Enesco.
Enfin, un récital hommage à Alina Pavalache sera donné le 3 novembre à 20h à l’Ambassade de Roumanie par la violoniste Irina Mureșanu et la pianiste Dana Ciocarlie dans un programme intime et virtuose mettant en lumière les plus belles pages de la musique de chambre.

 


LES 3 CONCERTS

Lundi 12 octobre 2026, 21h – Automobile Club de France, Paris 
VOIX ET SOUFFLES D’EUROPE : UN VOYAGE MUSICAL DE CHISINAU À DUBLIN
Avec : KAARIN CECILIA PHELPS (soprano, lauréate du grand prix 2024 du Concours International de Chant Georges Enesco) SELECT STRINGS QUARTET :  Viorica Agafița et Vasile Prepeliță (violons), Mihail Agafița (guitare) et Efim Pînzar (contrebasse) ANGELA DRAGHICESCU  (piano)



Vendredi 16 octobre 2026, 20h – Ambassade de Roumanie en France, Paris 
SOIRÉE DE LA CRÉATION MUSICALE : CORDES D’EXCEPTION 
Avec : Vladimir Nemtanu, Sarah Nemtanu, Deborah Nemtanu (violons), Daniel Wagner (alto), Diana Ligeti (violoncelle)

Mardi 3 novembre 2025, 20h – Ambassade de Roumanie en France, Paris 
RÉCITAL HOMMAGE À ALINA PAVALACHE
 / Avec : Irina Mureșanu (violon), Dana Ciocarlie (piano)

TOUTES LES INFOS sur le site du Concours et des Rencontres musicales Georges Enesco 2026 :  https://enesco-paris.com/

 

 

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CRITIQUE, opéra. PARIS, Opéra Bastille. WAGNER : Le Crépuscule des dieux. A. Schager, J. M. Kränzle, M. Kares, B. Mulligan, T. Wilson, S. Campbell Wallace… Calixto Bieito / Pablo Heras-Casado

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Après avoir plongé la tétralogie dans les angoisses de notre temps, entre dépendance aux nouvelles technologies, écocide et effondrement de la civilisation, Calixto Bieito concentre l’attention de ce dernier volet sur l’enfermement mental des protagonistes, occupés aux basses trahisons bourgeoises, loin d’une conscience de la fin du monde. Fidèle à lui-même, Bieito ne cherche pas le consensus, à l’inverse du plateau vocal d’exception, accueilli triomphalement par le public.

 

Dans un contexte de forte mobilisation lycéenne sur la place de la Bastille, les spectateurs ont d’abord dû se frayer un chemin vers l’entrée, d’autant plus difficile que certains grévistes essayaient d’en bloquer l’accès. Avant le lever de rideau, le directeur Alexander Neef a pris la parole pour remercier le public d’avoir bravé ces conditions, tout en se félicitant non sans humour de la durée conséquente du spectacle (5h50 avec deux entractes), à même de laisser le temps aux esprits de se calmer à l’extérieur.

Après cette entrée en matière inhabituellement houleuse, place à l’un des ouvrages les plus denses de la tétralogie : si le livret du Crépuscule des dieux (d’abord appelé La Mort de Siegfried) a été écrit en premier, Richard Wagner a ensuite décidé de remonter aux origines du récit pour composer les quatre opéras dans l’ordre. Le Crépuscule des dieux passionne tout du long par l’entrelacement des nombreux leitmotivs permettant de caractériser les éléments et situations symboliques. Ce plaisir strictement musical assure la cohérence du cycle et trouve un prolongement plus encore appréciable lorsqu’on peut entendre les quatre opéras à la suite, comme ce sera bientôt le cas lors du «Festival Ring». On se délecte aussi de la mise en valeur de plusieurs interludes qui jalonnent la partition, comme la grandiose conclusion privée de voix, assurant une place considérable à l’orchestre. Pour mettre en valeur ces défis, on retrouve Pablo Heras-Casado dans la fosse, où sa baguette privilégie des lignes claires et des sonorités doucereuses, avec des transitions souples, le tout en une certaine retenue expressive. Le chef espagnol évite soigneusement tout pathos et tout effet pompeux, quitte à lisser les contrastes, ce qui est particulièrement dommageable à cet ouvrage, parmi les plus éloquents en la matière. Les accélérations dans les tutti, aux sonorités sans vibrato, participent de cette lecture qui manque de relief et de force dramatique.

 

 

Avec ce dernier volet, Calixto Bieito continue d’explorer un mythe dépouillé de tout son apparat mythologique, au profit d’une vision résolument terrestre, en miroir d’une société contemporaine rongée par la dépendance aux «progrès» technologiques. Dans les épisodes précédents, la mise en scène avait progressivement installé cet effondrement, entre fascination pour les machines, rivalités de pouvoir, destruction de l’environnement et perte de repères collectifs. Ici, la fresque continue de naviguer entre les époques, comme si le récit embrassait un mouvement d’ampleur aussi irrésistible qu’inéluctable. Ainsi, dès le début de l’opéra, la présence des Nornes sur une machine à tisser de la fin du 19e siècle renvoie à l’ère de l’industrialisation et au début de l’asservissement progressif de l’homme à la machine.

Pour accompagner ces bouleversements, Bieito cherche à installer le malaise, en s’interrogeant tout d’abord sur le personnage ambigu qu’est Brünnhilde, aux revirements peu crédibles. Lorsque Siegfried la quitte en lui laissant l’anneau, son trouble face à l’objet révèle ainsi sa fascination pour son pouvoir de corruption. La suite du récit se tourne vers un autre foyer en décomposition, celui de la famille des Gibichungen : l’arrivée de Siegfried les fait clairement basculer dans un univers de décadence et de folie. Les personnages grimpent sur les tables, adoptent des comportements incongrus, comme si les conventions sociales n’étaient plus que les derniers vestiges d’un monde en perdition. Dans ce contexte, la scène de l’échange de sang résonne avec une force brute, d’autant plus marquante qu’elle accentue le premier degré prêté à Siegfried et Gunther. La direction d’acteurs fait ainsi ressortir les caractères avec une acuité volontairement dérangeante, Gutrune apparaissant comme une femme facile, là où Hagen est perçu comme froid et calculateur. Quant à Siegfried, il demeure un antihéros antipathique, sans éducation ni conscience de ses actes, rapidement grisé par les avantages superficiels offerts par son statut de nouveau riche.

Les décors projetés sur écran vidéo semblent eux-mêmes en état de désagrégation, tandis que les monuments autrefois glorieux de la civilisation humaine se déforment : le trou noir visible en fin de soirée renforce cette idée d’un monde condamné à être aspiré, où la catastrophe cosmique révèle l’insignifiance des médiocrités individuelles. La vision de Bieito tire ainsi sa force du décalage entre le sous-texte apocalyptique et la médiocrité des manigances bourgeoises. On pense plusieurs fois au film Melancholia de Lars von Trier, où l’apathie de l’héroïne fascine, avant de comprendre qu’elle accepte sereinement la catastrophe. De même, la dernière scène, très épurée, voit Brünnhilde embrasser son destin, tournant lentement sur elle-même, comme soulagée du fardeau de la disparition de Siegfried. Peut-être va-t-elle pouvoir le rejoindre dans la mort, sans véritable espoir ou certitude de rédemption.

 

 

Face à cette mise en scène exigeante dans son parti-pris de renouvellement du livret, le plateau vocal réuni n’appelle que des éloges, à l’instar des épisodes précédents. Andreas Schager impose un Siegfried d’une remarquable endurance, soutenu par un souffle solide et une émission claire, même si les accélérations du début laissent entrevoir quelques étranglements. Johannes Martin Kränzle apporte à Gunther noblesse et précision d’articulation, avec un sens de la caractérisation bienvenu. Mais c’est peut-être plus encore Mika Kares (Hagen) qui impressionne par son autorité naturelle et sans ostentation, à l’instar de Tamara Wilson. La résonance de sa voix et son impact renforcent la noirceur de son personnage, malgré un timbre un rien voilé dans les passages les plus exigeants. Toujours aussi impressionnante en Brünnhilde, Tamara Wilson allie endurance, projection et tranchant vocal à une justesse dramatique exemplaire. L’immense ovation obtenue en fin de soirée fait entendre toute la fascination et l’enthousiasme du public pour cette chanteuse résolument attachante. Enfin, parmi les seconds rôles tous parfaits, Eve-Maud Hubeaux se distingue en Waltraute : quelle présence et quelle intensité pour marquer les esprits dans sa touchante scène pour sauver sa soeur ! Une intervention brève, mais splendide, à la hauteur des interprètes principaux.

 

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CRITIQUE, opéra. PARIS, Opéra Bastille. WAGNER : Le Crépuscule des dieux. Andreas Schager (Siegfried), Johannes Martin Kränzle (Gunther), Mika Kares (Hagen), Brian Mulligan (Alberich), Tamara Wilson (Brünnhilde), Sinead Campbell Wallace (Gutrune, Troisième Norne), Eve-Maud Hubeaux (Waltraute), Aude Extrémo (Première Norne), Marie-Andrée Bouchard-Lesieur (Deuxième Norne), Choeur de l’Opéra national de Paris, Ching-Lien Wu (chef de choeur), Orchestre de l’Opéra national de Paris, Pablo Heras-Casado (direction musicale) / Calixto Bieito (mise en scène). A l’affiche de l’Opéra national de Paris jusqu’au 18 octobre 2026, puis dans le cadre du Festival de L’Anneau du Nibelung, les 13 et 22 novembre 2026. Crédit photographique : © Herwig Prammer – OnP

 

 

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CRITIQUE, opéra. OPÉRA DE LILLE, le 6 oct 2026. HAENDEL : Alcina. Karine Deshayes, Adèle Charvet… Emmanuelle Haïm / Ewelina Marciniak

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Dans cette production d’Alcina mise en scène par Ewelina Marciniak, le saphisme et l’amour libre sont à l’honneur ; ils rebattent les cartes des attractions amoureuses. Le Chevalier sarrasin Ruggiero, guerrier magnifique transmis par L’Arioste, pourtant très épris de Bradamante, est ce soir… une femme [épatante Adèle Charvet aussi à l’aise vocalement que scéniquement] ; il devenu elle, paraît aux côtés de la magicienne Alcina, qui la retient envoûtée sur son île.

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Photos : © Simon Gosselin / Alcina / Opéra de Lille

 

Bradamante de son côté n’est plus l’aimée de Ruggiero mais une amie qui accompagne l’époux de Ruggiero, Melisso… Cette nouvelle distribution renforce l’idée des couples libres à la sexualité ouverte, aux chassés croisés assumés, exposés… comme ne cessent de le rappeler la guirlande sinueuse et souple des 5 danseurs complétant l’action. Leurs gestes lascifs, leurs costumes masculins / féminins brouillent les pistes [surtout chez les 4 danseurs] ; ils nourrissent la volupté trouble des apparences. Cette Alcina multiplie l’artificiel factice, consacre le désir souverain… mais à ce jeu là, les victimes ne sont pas celles que l’on croit. Si dans l’ouvrage originel de Haendel, Bradamante réussit à reconquérir son aimé Ruggiero, rien de tel dans le spectacle lillois, mais une fin qui réécrit le choix final du chevalier femme, avec à la clé des distorsions relationnelles qui affectent surtout le sens ainsi dénaturé des airs de Bradamante… Cependant la ligne sentimentale contrariée entre Alcina et Ruggiero, trame principale de l’ouvrage, reste tout à fait lisible, entre le désarroi persistant de Ruggiero (son discernement intermittent, son indécision maladive) et l’inquiétude délirante d’Alcina qui n’est rien sans sa Ruggiero. Dans la vision d’Ewelina Marciniak, ce n’est pas l’Amour omnipotent qui gagne (laissant au final, dans le drame original, une Alcina défaite, détruite, impuissante malgré sa magie et ses sortilèges), mais bien la Magicienne, souveraine des cœurs dont reste éprise, sa compagne Ruggiero jusqu’à la fin.

 

En femme amoureuse (é)perdue,
Ruggiero demeure fidèle à Alcina

 

Acte III : Le grand air de Ruggiero, associé à un numéro de pole dance, dans la mise en scène d‘Ewelina Marciniak – Photo © Simon Gosselin

 

Parlons immédiatement des voix qui sont le maillon fort de cette nouvelle production. Génie de l’Opéra, Haendel, alors champion de l’opéra sera à Londres (1735), réussit en partie sur deux principaux points : l’examen psychologique des protagonistes et la capacité à exprimer chaque étape de leur cheminement émotionnel d’autant plus mis à mal dans ce labyrinthe des passions irrépressibles, incontrôlables (un élément souvent au cœur du théâtre baroque depuis Monteverdi) ; c’est aussi une écriture orchestrale particulièrement somptueuse [où s’illustrent, en plus des cordes, 2 hautbois, 1 piccolo pour le final et 2 trompettes pour le dernier air de Ruggiero, sans omettre quelque beaux solos instrumentaux dont la viole de gambe]. Outre de sublimes arias dévolus à Alcina ainsi portraiturée dans un lent et inéluctable effritement de son pouvoir, Haendel éblouit tout autant dans plusieurs airs remarquables, orchestralement flamboyants qu’il sait judicieusement réserver aux autres caractères, en particulier Morgana et Oronte ; sans omettre le fameux trio des 3 cœurs liés : Alcina, Ruggiero, Bradamante, à l’acte III.

De ce point de vue l’Alcina de Karine Deshayes est somptueuse, humaine, tragique, royale et victime à la fois, vocalement sans tension, une souveraine dans son royaume dont le premier air souligne son accord amoureux avec la Nature ; plus dramatiques, précisant une femme profondément atteinte : ses deux grands airs qui jalonnent le drame amoureux : « Ah ! Mio cor » puis « Ombre pallide »… ils dessinent la fragilité de l’amoureuse plus humaine que magicienne, prise dans la toile de sa propre magie, dans cette nuit amoureuse de plus en plus inquiétante, à mesure que se précise l’éloignement (apparent) de Ruggiero…
Soumise à cet empire dont on pense qu’elle ressent peu à peu l’artifice, le Ruggiero d’Adèle Charvet captive de bout en bout, déployant une soie vocale dont la couleur s’inscrit idéalement dans cette conception globale qui privilégie la volupté, le désir, l’arc impérial de la sensualité. L’un des sommets de ce cheminement vocal affublé de la mise en scène érotico-lascive précédemment évoquée, est réalisé au III, dans son air guerrier (se préparant à la bataille présumée contre les armées d’Alcina : « Sta nell’Ircana », avec 2 cors, impeccables de justesse). Exaltée, conquérante, la magnifique mezzo inspire comme un double sensuel, un numéro de pole dance réalisé simultanément par l’un des danseurs…

 

Et si Ruggiero était une femme… comment s’exprimerait son attachement à Alcina ?
Photo © Simon Gosselin

 

 

Côté rôles « secondaires », la pétulante et brillante Morgana de Lilit Davtyan, éprise de Bradamante (travestie en beau Riccardo) séduit par sa vivacité dramatique ; même enthousiasme pour le Bradamante de Jasmin White : le mezzo riche en grave et d’un abattage tout aussi assuré, affirme un superbe tempérament vocal et psychologique pour celle qui n’a rejoint l’île enchantée que pour aider Melisso à reconquérir son épouse Ruggiero.

Les deux voix masculines sont également solides en particulier l’Oronte de Josh Lovell : d’abord démuni après que Morgana l’a trahi pour… Riccardo [Bradamante] ; puis ardent, astucieux, voire facétieux pour la reconquérir au III : son superbe air [« un momento di contento »] déploie finesse et intensité d’un cœur dont Haendel sait exposer la flamme sincère et la joie intérieure retrouvée [autant dans la partie vocale qu’instrumentale : l’amant écarté sait ainsi comment reconquérir celle qui l’a fait souffrir]. Comme une comète embrasée paraît également l’Oberto de Camille Chopin, à la recherche de son père [transformé par l’enchanteresse] : son 2ème air [« Barbara »], incandescent, éruptif, véritable réquisitoire contre la barbarie d’Alcina fuse et captive par sa justesse.

Dans la fosse, pilote avec efficacité et entrain Emmanuelle Haim, digne ambassadrice des vertiges amoureux haendéliens. La directrice musicale du Concert d’Astrée exprime tous les vertiges d’un opéra musicalement sans défauts. Visuellement et scéniquement, chacun se fera son propre jugement – était-il bien nécessaire de réécrire l’équilibre des relations et le jeu des attractions / résistances, tels que légués par Haendel et son librettiste Broschi en 1735 ? Nonobstant, solistes, orchestre et chef sont indiscutables et méritent amplement d’être applaudis.

 

APPARTENANCE... Pour autant la relecture proposée s’inscrit idéalement dans la thématique générique de cette nouvelle saison de l’Opéra de Lille (« l’Appartenance »)…L’opéra originel de Haendel soulignait un renversement cynique : sur une île où règnent sortilèges et illusions, seul l’amour d’Alcina pour Ruggiero est bien réel et par ironie se retourne contre la magicienne : Haendel analyse cette lente et progressive désillusion.
Mais relecture opportune dans cette production [eu égard à la thématique de saison], Ruggiero in fine [après bien des balancements], fait justement acte d’appartenance, en décidant de rejoindre… Alcina et de lui rester fidèle [quand Melissa et Bradamante n’ont cessé depuis le début de l’action de convaincre Ruggiero qu’il était la proie d’un enchantement].

 

 

 

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CRITIQUE, opéra. Opéra de Lille, le 6 octobre 2026. ALCINA – Opéra de Georg Friedrich Händel (1685-1759).
Livret de Riccardo Broschi d’après Orlando furioso de L’Arioste
Créé en 1735 à Londres.
Nouvelle production de l’Opéra de Lille – à l’affiche les 8, 11, 13, 15 puis 17 octobre 2026 – Réservez vos places directement sur le site de l’Opéra de Lille : https://www.opera-lille.fr/spectacle/alcina/

 

Avec
Karine Deshayes : Alcina
Adèle Charvet : Ruggiero
Jasmin White : Bradamante
Josh Lovell : Oronte
Lilit Davtyan : Morgana
Camille Chopin : Oberto
Ashley Riches : Melisso
Danseurs
Warren Anicet-Siger, Yohann Baran, Camerone Bida, Florie Laroche, Hartmut Reichel
Le Concert d’Astrée
Direction musicale : Emmanuelle Haïm
Mise en scène : Ewelina Marciniak
Scénographie et costumes : Natalia Mieczak
Lumières : Monika Stolarska
Chorégraphie : Mikolaj Karczewski
Assistante mise en scène : Lea Theus
Dramaturgie : Miron Hakenbeck
Charvet : Ruggiero
Jasmin White : Bradamante
Josh Lovell : Oronte
Lilit Davtyan : Morgana
Camille Chopin : Oberto
Ashley Riches : Melisso
5 danseurs
Le Concert d’Astrée
Emmanuelle Haïm
Mise en scène : Ewelina Marciniak

 

 

Photo © Simon Gosselin

 

 

 

Présentation / annonce
LIRE aussi notre annonce de la nouvelle production d’Alcina à L’opéra de Lille : https://www.classiquenews.com/opera-de-lille-haendel-alcina-6-17-oct-2026-karine-deshayes-ewelina-marciniak-emmanuelle-haim/

OPÉRA DE LILLE. HAENDEL : Alcina (nouvelle production), du 6 au 17 oct 2026. Karine Deshayes, Adèle Charvet, Jasmin White… Ewelina Marciniak / Emmanuelle Haïm

 

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ORCHESTRE DE CHAMBRE DE TOULOUSE. « Guitare vs Mandoline » (Rodrigo, Calace, Vivaldi). Auditorium St-Pierre des Cuisines, les 3 et 5 nov 2026.

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Fondé en 1953 par Louis Auriacombe, l’Orchestre de chambre de Toulouse (OCT) est le plus ancien orchestre de chambre français et l’un des plus anciens du monde. Constitué à l’origine de douze cordes solistes, il s’est imposé au fil des décennies comme une formation incontournable de la vie musicale toulousaine et bien au-delà, avec plus de 7 000 concerts donnés dans une trentaine de pays depuis sa création. Aujourd’hui co-géré par Carlos Vizcaino et Philippe Fournier Murphy, l’ensemble propose plus de 50 concerts par an, explorant un répertoire qui s’étend du baroque à la musique contemporaine, avec une prédilection pour les programmes originaux et les rencontres artistiques inattendues. Cette ouverture d’esprit, l’OCT la cultive depuis sa création : revisiter les grandes pages du répertoire avec des instruments historiques, commander des œuvres nouvelles, ou faire dialoguer des univers esthétiques que tout semble opposer. Le programme « Guitare versus Mandoline » – les 3 et 5 novembre prochain à l’Auditorium des Cuisines à Toulouse – en est l’illustration parfaite.

 

« Guitare versus Mandoline » : un duel de cordes pincées à Toulouse

Les 3 et 5 novembre, l’Auditorium Saint-Pierre des Cuisines accueillera l’Orchestre de chambre de Toulouse pour un concert intitulé « Guitare versus Mandoline ». Un titre qui annonce la couleur : deux instruments souvent relégués au second plan, la guitare classique et la mandoline, vont se voir confier les premiers rôles, portés par deux solistes d’exception, Philippe Mouratoglou et Julien Martineau. Le programme, qui sera repris les 24 et 25 novembre à l’Escale de Tournefeuille, dans la banlieue sud de Toulouse, propose un voyage à travers trois siècles et trois esthétiques, du baroque italien à la musique espagnole du XXe siècle, en passant par un concerto romantique signé Raffaele Calace.

 

Un programme entre Vivaldi, Calace et Rodrigo

La soirée s’ouvre avec Raffaele Calace (1863-1934) et son Concerto n° 2 pour mandoline et cordes. Figure centrale du renouveau de la mandoline à la fin du XIXe siècle, Calace était à la fois virtuose, compositeur et luthier : c’est lui qui a porté l’instrument de la sphère populaire napolitaine vers les scènes de concert, en lui offrant un répertoire d’une ambition symphonique. Son Deuxième Concerto, d’une écriture lyrique et généreusement mélodique, déploie toutes les ressources expressives de la mandoline, que Julien Martineau défend avec une ferveur communicative.

Place ensuite à Joaquín Rodrigo (1901-1999) et à son Concierto de Aranjuez pour guitare et orchestre. Impossible d’évoquer la guitare classique sans penser à cette page devenue universellement célèbre, dont le célébrissime Adagio a nourri d’innombrables relectures, du jazz à la variété. Créé en 1940 à Barcelone, le concerto est une évocation nostalgique et lumineuse des jardins du palais royal d’Aranjuez, où Rodrigo avait passé une partie de son enfance. Philippe Mouratoglou, guitariste à l’approche ouverte et curieuse, s’empare de cette partition avec la liberté de ton qui le caractérise, sans jamais trahir la profondeur mélancolique de l’original.

Le concert se referme sur un sommet du répertoire baroque : le Concerto pour mandoline et guitare RV 532 d’Antonio Vivaldi (1678-1741). Rare exemple de double concerto où deux instruments traditionnellement associés au « continuo » ou à la musique de chambre se voient propulsés au premier plan, cette page vive et enjouée est l’occasion d’un véritable dialogue entre les deux solistes. Après avoir brillé chacun de leur côté, Martineau et Mouratoglou unissent ici leurs timbres pour un final où la complicité le dispute à l’émulation.

 

Deux jours plus tard, un autre concert à l’Abbaye de Fontfroide : l’Orchestre de Chambre de Toulouse en clôture du festival « Ma Vigne en Musique » 

Deux jours après la seconde représentation toulousaine de « Guitare versus Mandoline », l’Orchestre de chambre de Toulouse conclura la 10ème édition du festival « Ma Vigne en Musique » par un concert de gala à l’Abbaye de Fontfroide, le vendredi 7 novembre. Fondé et dirigé artistiquement par le pianiste et chef d’orchestre Cyril Guillotin, ce festival, qui déploie depuis dix ans l’excellence de la musique classique dans les plus beaux domaines viticoles du Narbonnais, a choisi pour sa clôture un programme d’une ambition exceptionnelle, entre création mondiale et pages beethovéniennes parmi les plus aimées du répertoire. Au programme : le Concertino pour piano de Laurent Lefrançois, création mondiale commandée par le festival ; le Concerto pour piano n°1 op. 15 de L. van Beethoven ; et le Concerto pour violon op. 61 de Beethoven. Cyril Guillotin, fondateur et directeur artistique du festival, sera au piano pour la création et le concerto de Beethoven, et assurera aussi la direction. La violoniste Manon Galy – Révélation aux Victoires de la musique classique 2022 et 1er Violon principal invité de l’OCT – sera la soliste du Concerto pour violon. Une soirée de gala entre création contemporaine et grands classiques viennois, dans le cadre prestigieux de l’abbaye audoise.

 

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ORCHESTRE DE CHAMBRE DE TOULOUSE. « Guitare vs Mandoline » (Rodrigo, Calace, Vivaldi). Auditorium St-Pierre des Cuisines, les 3 et 5 nov 2026. Crédit photo (c) droits réservés

 

 

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CRITIQUE, opéra. TORONTO, Four Seasons Center for the Performing Arts, le 3 octobre 2026. MOZART : Cosi fan tutte. L. Kilsby, J. Allison, D. Okulitch, L. Fagan, M. Myskohild, T. Dahl… Atom Egoyan / Johannes Debus

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Deuxième titre de la présente saison, la Canadian Opera Company propose Così fan tutte, o sia La scuola degli amanti, troisième et dernière collaboration entre Wolfgang Amadeus Mozart et le librettiste Lorenzo Da Ponte, après Le nozze di Figaro et Don Giovanni. Créé au Burgtheater de Vienne en 1790, l’ouvrage fut présenté à peine dix mois avant la mort du compositeur. Derrière les apparences d’une comédie de quiproquos se dissimule un regard beaucoup plus corrosif sur l’amour et les relations humaines. Mozart et Da Ponte déconstruisent avec ironie la prétendue solidité de la fidélité, soumettant leurs personnages à un jeu où désir, inconstance et illusion de soi finissent par faire voler en éclats toute certitude sentimentale. Plus qu’une simple satire de l’infidélité féminine, l’œuvre remet en question l’idée même de l’amour comme sentiment immuable et révèle à quel point nos convictions amoureuses sont conditionnées par les conventions sociales.

 

Dans l’opéra, les jeunes officiers Ferrando et Guglielmo parient cyniquement avec le vieux philosophe Don Alfonso que leurs fiancées, Fiordiligi et Dorabella, leur resteront à jamais fidèles. Pour les mettre à l’épreuve, ils feignent de partir à la guerre avant de revenir déguisés, chacun courtisant la fiancée de l’autre. Avec la complicité de la servante Despina, la supercherie finit par ébranler les certitudes amoureuses des quatre protagonistes.

Sur le plan vocal, le sextuor réuni au Four Seasons Center for the Performing Arts ne pouvait être mieux choisi et constitua le principal atout du spectacle. Dans le rôle du jeune et naïf Ferrando, le ténor britannique Laurence Kilsby a ébloui, dans une partie qui semblait avoir été écrite pour sa voix. Doté d’un timbre chaleureux et velouté, d’une ligne vocale impeccable et d’une projection claire et incisive, Kilsby s’est également révélé un interprète raffiné, musical et d’une grande élégance stylistique. Chacune de ses interventions fut un véritable plaisir pour l’oreille, notamment dans l’air « Un’aura amorosa », où il sut traduire avec une délicatesse exceptionnelle l’idéalisation amoureuse qui caractérise son personnage. Chapeau ! Dans le rôle de son ami et compagnon d’armes Guglielmo, le baryton-basse canadien Joel Allison, ancien membre de l’Ensemble Studio de la compagnie, s’est montré très convaincant, avec une voix riche, robuste et souple, ainsi qu’un chant aux accents nobles, expressif et profondément respectueux du style mozartien. Son duo avec Dorabella, « Il core vi dono », fut l’un des plus beaux et des plus applaudis moments de la soirée. Le baryton-basse canadien Daniel Okulitch incarnait quant à lui le vieux philosophe Don Alfonso avec une voix sombre, de beaux graves profonds et une projection ferme, auxquels s’ajoutait une appréciable dimension lyrique. Son interprétation était empreinte d’un profond cynisme et d’un sarcasme mordant, mettant particulièrement en relief le caractère manipulateur et caustique de son personnage.

 

 

Du côté des voix féminines, la soprano australienne Lauren Fagan a incarné une Fiordiligi — la plus rigide et apparemment vertueuse des deux sœurs — dotée d’une voix ample, d’un médium d’une remarquable solidité et d’un registre aigu particulièrement assuré. Son célèbre air « Come scoglio », chanté avec assurance et brio, constitua un autre grand moment de la soirée. Dans le rôle de sa sœur Dorabella, plus libre et séductrice, la première à succomber aux charmes du nouveau prétendant, la mezzo-soprano canadienne Martina Myskohlid, qui faisait ses débuts avec la compagnie, a laissé une impression très favorable grâce à un timbre argenté, lyrique et agile, conduit avec aisance et une remarquable musicalité. Enfin, la soprano canadienne Tracy Dahl incarnait une Despina pragmatique, intelligente et sceptique à l’égard des conventions amoureuses, un rôle qu’elle connaît à la perfection et auquel elle apporta sa proverbiale maîtrise scénique ainsi qu’un remarquable sens de la comédie. Sa voix, au timbre brillant, agile et d’une précision exceptionnelle, conserva toute sa fraîcheur et sa facilité, avec une colorature incisive et une diction d’une grande clarté. Dahl a exploité également avec beaucoup d’efficacité le côté espiègle et déluré de Despina, devenant l’une des présences scéniques les plus séduisantes de la soirée.

Le Chœur de la Canadian Opera Company, préparé par Sandra Horst, s’est acquitté avec efficacité de ses brèves interventions. Sur le plan musical, Johannes Debus, à la tête de l’Orchestre de la Canadian Opera Company, a proposé une lecture au son net, fluide et raffiné, attentive aux détails, sans jamais manquer de vivacité dans les tempi ni de vigueur dans les attaques. Il a également su maintenir un excellent équilibre entre la fosse et la scène.

 

 

La production scénique signée par Atom Egoyan, figure majeure du cinéma canadien contemporain, fut créée en 2014 et, malgré quelques améliorations apportées à sa conception originale, peine toujours à convaincre. Et non parce qu’elle manquerait d’esprit, de fantaisie, de théâtralité ou d’engagement de la part de la distribution vocale ; bien au contraire, la proposition regorge de ces qualités. La difficulté tient plutôt à une conception scénique dont les différentes idées ne parviennent pas toujours à s’articuler en une lecture véritablement cohérente de l’œuvre. L’un des principaux écueils réside précisément dans le jeu des identités et de la supercherie. Ici, les jeunes femmes ne tombent pas naïvement dans le piège : dès le début, elles connaissent le plan et décident de se prêter au jeu, au point que celui-ci finit par prendre pour elles une véritable dimension affective. Dès lors, les grands airs du deuxième acte sont abordés sans la distance ironique qui accompagne souvent cette œuvre, comme de véritables expressions de sentiments. L’idée est ingénieuse au départ, mais finit par se heurter à une contradiction difficile à résoudre. En inversant les termes de la supercherie, Egoyan modifie précisément le mécanisme sur lequel repose la révélation finale : ce sont les femmes qui manipulent les hommes, alors que le livret de Da Ponte repose sur le principe inverse. Le dénouement perd ainsi une grande partie de sa portée dramatique et débouche sur une sorte de non-conclusion, davantage déroutante qu’éclairante. La question fondamentale posée par Così fan tutte — comment les jeunes femmes peuvent-elles succomber à la supercherie ? — se trouve tout simplement annulée : elles ne tombent pas dans le piège.

Cherchant à rendre hommage au concept de « La scuola degli amanti » qui figure dans le titre, la scénographe et costumière Debra Hanson situe l’action dans un établissement scolaire privé réservé à des élèves issus de milieux privilégiés et transforme la scène en laboratoire scientifique, où l’amour, l’identité et le comportement humain deviennent objets d’expérimentation. Des papillons apparaissent partout : dans les décors, sur les perruques, projetés, suspendus ou démesurément agrandis, comme pour souligner la fragilité de la liberté. Le problème est que cette profusion symbolique finit par prendre le dessus sur l’action, sans toujours entretenir de rapport clairement perceptible avec ce qui se déroule sur scène. Pour ajouter encore à la confusion, le rideau reproduit Les Deux Frida de Frida Kahlo, les deux figures reliées par les veines et le cœur à nu, dans une tentative d’établir un parallèle avec les deux sœurs de Così fan tutte. Le problème n’est pas que la scénographie manque de sens, mais exactement l’inverse : elle en contient trop et ne parvient pas toujours à les hiérarchiser. Le papillon signifie la liberté, l’épingle le contrôle, le laboratoire l’expérimentation, Les Deux Frida l’identité dédoublée, le cœur la vulnérabilité, les ciseaux la rupture… La scène finit ainsi par expliquer constamment l’œuvre, au lieu de laisser l’œuvre s’expliquer par elle-même.

À l’issue de la représentation, l’accueil du public fut chaleureux et soutenu, particulièrement enthousiaste à l’égard de la distribution vocale.

 

 

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CRITIQUE, opéra. TORONTO, Four Seasons Center for the Performing Arts, le 3 octobre 2026. MOZART : Cosi fan tutte. L. Kilsby, J. Allison, D. Okulitch, L. Fagan, M. Myskohild, T. Dahl… Atom Egoyan / Johannes Debus. crédit photo (c) Droits réservés

 

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OPERA DE BIARRITZ PAYS BASQUE. Gare du Midi, le dim 11 octobre 2026. Carte blanche à Marina VIOTTI

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Le dimanche 11 octobre 2026, à 18 heures, la Gare du Midi de Biarritz accueillera l’un des rendez-vous lyriques les plus attendus de la saison. La mezzo-soprano franco-suisse Marina Viotti, Lauréate aux Victoires de la musique et d’un Grammy Award, se produira dans le cadre d’une Carte Blanche imaginée par ses soins. Un concert porté par l’Opéra de Biarritz Pays Basque, structure lyrique fondée et dirigée par le chef d’orchestre et compositeur australien Nicholas McRoberts.

 

Fondé en 2023 avec le soutien de la Ville de Biarritz, l’Opéra de Biarritz Pays Basque s’est donné une mission claire : rendre l’opéra accessible, vivant et exaltant pour tous les publics. À sa tête, Nicholas McRoberts, chef d’orchestre et compositeur australien formé notamment au Victorian College of the Arts de Melbourne et au CNSM de Paris, incarne une vision moderne et humaine de l’art lyrique. L’Orchestre Symphonique de l’Opéra de Biarritz, composé de musiciens talentueux issus du Pays Basque ou des grandes scènes françaises et internationales, incarne l’exigence et la passion de la structure, et sera placé sous sa direction, de même que le Chœur de l’Opéra de Biarritz, qui réunit choristes amateurs et professionnels.

Marina Viotti n’est pas une mezzo-soprano comme les autres. Franco-suisse, née à Lausanne en 1986 dans une famille de musiciens, elle étudie d’abord la flûte avant de se consacrer au chant jazz, au gospel et au heavy metal. Diplômée en philosophie et littérature, elle entame ensuite une formation vocale à Vienne, qu’elle poursuit au Conservatoire de Lausanne où elle obtient un diplôme de soliste. En 2024, sa participation à la Cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris aux côtés du groupe de metal Gojira a marqué les esprits et lui a valu un Grammy Award — une consécration rare pour une artiste lyrique. Elle a également triomphé dans des rôles aussi exigeants que Carmen au Teatro alla Scala de Milan, et s’est produite sur les scènes de l’Opéra national de Paris, du Teatro di San Carlo ou encore du Dutch National Opera.

Pour cette soirée biarrote, Marina Viotti a construit son programme comme on écrit une lettre. À ses côtés, l’Orchestre Symphonique et le Choeur de l’Opéra de Biarritz seront placés sous la direction de Nicholas McRoberts. Et le basse-baryton russe Mark Kurmanbayev, révélation de la scène lyrique européenne, la rejoindra pour des duos. Au programme : Bizet et Saint-Saëns, parce qu’on ne s’en lasse pas ; Édith Piaf et Jacques Brel, pour la chanson française ; et Gershwin, pour le velours du jazz. « Le reste se découvre le soir même » a t’elle prévenu…

 

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OPERA DE MONTPELLIER. Les 3 « Carmina Burana » au Corum annulés ; la soirée d’ouverture de la saison symphonique (ce vendredi 9 oct) délocalisée au Zénith

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La rentrée culturelle montpelliéraine est durement secouée par les intempéries qui ont frappé la cité languedocienne, le 30 septembre dernier. Conséquence directe : les trois représentations de Carmina Burana (prévues les 2, 3 et 4 octobre à l’Opéra Berlioz) ont été annulées, et le grand concert d’ouverture de la saison symphonique de l’Orchestre national Montpellier Occitanie, initialement programmé ce vendredi 9 octobre au Corum, est délocalisé au Zénith Sud de Montpellier.

 

Le chef-d’œuvre de Carl Orff devait ouvrir la saison lyrique de l’Opéra Orchestre National Montpellier Occitanie. Les trois représentations affichaient par ailleurs complet. Mais à la suite des fortes pluies de mercredi 30 septembre, la commission de sécurité a constaté des infiltrations d’eau majeures dans la structure du Corum, et plus particulièrement dans l’Opéra Berlioz, auditorium de 2 000 places. De l’eau a coulé dans les escaliers, des faux-plafonds se sont dégradés et sont tombés, endommageant le système de sécurité incendie et une partie du système électrique. L’établissement a immédiatement communiqué : « Suite aux dommages occasionnés au Corum par les récentes intempéries qui ne permettent pas d’accueillir le spectacle et le public dans des conditions de sécurité satisfaisantes », les trois dates ont été annulées (soit 6000 billets à rembourser !…).

Le Corum fermé jusqu’à nouvel ordre

Au-delà de ces annulations, le Corum dans son ensemble a été fermé au public par arrêté administratif, après un avis défavorable unanime de la commission départementale de sécurité. L’Opéra Berlioz est la salle la plus touchée, mais les salles annexes — Pasteur et Einstein — sont également indisponibles. La durée des travaux n’est pas connue à ce stade, ce qui laisse planer une incertitude sur plusieurs événements à venir, notamment le festival Cinémed prévu à partir du 16 octobre.

Le concert d’ouverture sauvé in extremis

Malgré cette fermeture, l’Opéra Orchestre national Montpellier Occitanie a pu trouver une solution de repli pour maintenir le premier grand rendez-vous symphonique de la saison. Le concert d’ouverture, prévu le vendredi 9 octobre à 20h, se tiendra finalement au Zénith Sud de Montpellier, à la même date et à la même heure. Le chef Roderick Cox, directeur musical de l’orchestre, dirigera le programme initialement prévu : Ma Mère l’Oye de Maurice Ravel, Le Mandarin merveilleux de Béla Bartók et la Symphonie n°5 de Sergueï Prokofiev. Par railleurs, les deux séances immersives « Au cœur de l’orchestre », programmées le samedi 10 octobre à 11 h et 19 h, sont elles aussi transférées au Zénith Sud, sans changement d’horaire. Elles sont déjà complètes.

Informations pratiques pour le public

Les billets déjà achetés pour le concert du 9 octobre restent valables et garantissent un placement dans le Carré Or du Zénith. Les spectateurs qui ne pourront pas se rendre au Zénith pourront demander le remboursement de leur billet auprès de la billetterie. De nouvelles places sont encore disponibles au tarif unique de 16 euros, en placement libre. Pour compenser ce changement de dernière minute, l’Opéra Orchestre propose également aux détenteurs d’un billet pour les 9 et 10 octobre une réduction de 50 % sur le concert Terres de feu, programmé les 16 et 17 octobre à l’Opéra Comédie.

Pour rejoindre le Zénith Sud, les spectateurs pourront emprunter la ligne 52 de TaM depuis la station Place de France à Odysseum, avec un service renforcé vendredi soir. Des navettes assureront le retour jusqu’à la Place de l’Europe après le concert.

 

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CRITIQUE, opéra. VIENNE, Staatsoper, le 4 octobre 2026. VERDI : Macbeth. E. Dupuis, A. Bartoli, N. Mavlyanov, A. Vinogradov… Barrie Kosky / Francesco Ivan Ciampa

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L’été s’accroche aux ailes de l’automne en cette année 2026. Sous l’éclatant soleil caressant la coupole grandiose de la Karlskirche, le vent ramène ses ris par-dessus la chevelure enchevêtrée et dorée du Pavillon de la Sécession, sous le regard grandiose de la Staatsoper, parée de ses lampions de grande soirée. C’est avec Macbeth et son explosive fatalité que, ce dimanche 4 octobre, les esprits sanglants de Giuseppe Verdi allaient invoquer les gels de l’Écosse au cœur d’un été qui refuse de tarir sa source d’azur et de feu. 

 

La mise en scène de Barrie Kosky conçue pour l’Opéra de Zürich est reprise sur le plateau de la Wiener Staatsoper avec encore ce cadre de scène d’une obscurité quasi caricaturale. Rappelant en somme certaines séquences du divin Mulholland drive de David Lynch, le décor unique est une ligne de fuite vers le cœur infiniment sombre du drame. Oui, on se doute que Macbeth est une fable d’une noirceur profonde, mais ce décor unique n’apporte honnêtement que des économies de moyens et quelques références au cinéma d’horreur et des séries telles Game of Thrones (corbeaux…). Les sorcières et chœurs semblent tout droit sortis du film I am a Legend ou de chorégraphies de Béjart, la scène de somnambulisme évoque tout sauf le somnambulisme attendu. Parce que, dans l’ensemble, on comprend que Barrie Kosky a tenté de raconter Macbeth avec sobriété, notamment sans la sempiternelle effusion d’hémoglobine. Cette subtilité marche, mais il nous faut un peu plus que le soupçon d’un drame et surtout nous en avons assez de voir le couple protagoniste dans leur moindre intimité, juste pour appuyer sur leur côté malsain, qui, dans ce contexte devient gratuit et vulgaire. Cette mise en scène aurait pu être iconique mais elle échoue dans le dépouillement là où certaines pèchent de surenchère.

 

 

Sur le plateau cette production a compté avec une distribution extraordinaire et sans faute. Dans le rôle-titre, le baryton quebécois Étienne Dupuis est un Macbeth d’anthologie dramatique et vocalement. On a toutes les nuances et la puissance qui conviennent à cet anti-héros formidable. Avec des couleurs à n’en plus finir, Étienne Dupuis est un verdien naturel et fastueux. En comparse, Anastasia Bartoli est une Lady Macbeth idéale. À la fois terrible et sensuelle, la soprano italienne nous ravit par la précision et sa justesse. Les vocalises sont ciselées avec un feu intérieur crépitant et sublime, ses pianissimi sont un ravissement pour l’auditeur. Saluons aussi le fabuleux Macduff de Najmiddin Mavlyanov – dont le timbre percutant nous enchante. Le Banco d’Alexander Vinogradov est sublime par sa maîtrise du style et la variété de ses couleurs, malgré une caractérisation en seigneur elfe, sorti tout droit de Tolkien. Mentionnons encore le Malcolm du ténor mexicain Carlos Osuna qui montre combien le Mexique est une terre de talents, et en particulier en ténors – sans oublier le formidable Johannes Gisser dans deux petites apparitions, mais qui font entrevoir un talent à suivre absolument.

En fosse, le maestro Francesco Ivan Ciampa manie la baguette avec la subtilité d’un prestidigitateur génial. Par une battue subtile et souple, il fait sonner un des meilleurs orchestres d’opéra au monde, le généreux et pléthorique Orchestre de l’Opéra de Vienne.

 

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CRITIQUE, opéra. VIENNE, Staatsoper, le 4 octobre 2026. VERDI : Macbeth. E. Dupuis, A. Bartoli, N. Mavlyanov, A. Vinogradov… Barrie Kosky / Francesco Ivan Ciampa. Crédit photo (c) Wiener Staatsoper / Marcel Urlaub

 

 

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CRITIQUE, opéra. LYON, opéra, le 4 octobre 2026. PROKOFIEV : L’Amour des 3 Oranges. P. Micinski, L. Vrielink, L. Roche, D. Pass, M. Mauillon… Laurent Pelly / Dmitry Matvienko

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C’est une véritable déflagration de rire, de poésie et d’invention qui a ouvert la saison 26/27 de l’Opéra national de Lyon. La nouvelle production de L‘Amour des trois oranges de Sergueï Prokofiev, confiée à un Laurent Pelly en état de grâce, est un feu d’artifice théâtral et musical, porté par une distribution vocalement somptueuse et un orchestre en pleine possession de ses moyens. Un triomphe.

 

Laurent Pelly, grand habitué des lieux (il signe ici sa dix-septième production lyonnaise!…), retrouve cette œuvre qu’il avait déjà montée en 2005 à Amsterdam. Il en livre aujourd’hui une version d’une incroyable intelligence et de drôlerie. Le metteur en scène, également créateur des costumes, s’empare de cette fable héritée de Carlo Gozzi et de la commedia dell’arte, pour en faire un manifeste théâtral joyeux et un rien caustique. Le prologue méta-théâtral, où les Tragiques, les Comiques, les Lyriques et les Têtes vides s’affrontent pour définir ce que doit être l’opéra, est un moment de pure jubilation, donnant le ton d’une soirée placée sous le signe du jeu et de la satire du genre lyrique lui-même.

La scénographie de Caroline Ginet est un plaisir de tous les instants, magnifiée par les lumières d’une redoutable efficacité de Michel Le Borgne. Le décor, constamment changeant, se transforme au rythme effréné de l’intrigue : une immense carte à jouer représentant le Roi de Trèfle, une longue bande blanche recourbée qui se brise pour révéler un rouge profond lors des scènes démoniaques, ou encore ces trois oranges qui grandissent à vue d’œil jusqu’à libérer les jeunes filles qu’elles renferment. La direction d’acteurs, d’une précision d’entomologiste, est un modèle du genre. Pelly fourmille de trouvailles : la marche du cortège royal qui ressemble à une armée de petits soldats, la course effrénée du Prince et de Truffaldino faisant du surplace pour donner l’illusion du mouvement, ou encore Farfarello plongé au milieu des ondes dont ne dépasse que la tête. Les costumes sont à l’avenant : chœurs en noir et collerettes blanches évoquant la forme d’un trèfle, accoutrements de Fata Morgana et du Magicien mêlant rouge et noir, personnages de la Commedia dell’Arte plus vrais que nature. Les interprètes se dessinent littéralement comme des figures de bande dessinée, marqués par une gestuelle dégingandée et presque désarticulée, pour mieux souligner le caractère artificiel assumé de cette esthétique.

 

 

Dans la fosse, le chef biélorusse Dmitry Matvienko dirige les forces de l’Opéra de Lyon avec une précision et une énergie confondantes. Il confère à l’orchestre la puissance qu’exige cette partition électrique et au rythme quasi cinématographique, tout en sachant se faire discret quand les interprètes interviennent. Ce jeu d’équilibriste subtil entre une déclamation presque toujours syllabique — rappelant la source théâtrale de la pièce — et l’opulence d’une orchestration qui apparaît presque comme un personnage à part entière, est remarquable de bout en bout. Matvienko fait swinguer cette partition jubilatoire, où l’humour se marie à un lyrisme vitaminé, sans jamais perdre le fil d’une intrigue faite de ruptures et d’une palette d’affects déployée pour le plaisir pur de jouer. L’orchestre de l’Opéra de Lyon est ici un protagoniste à part entière, tour à tour caustique, tendre, féroce et d’une inventivité constante.

La distribution réunie dans la Capitale des gaules pour cette nouvelle production est de très haut vol, chaque interprète semblant avoir été choisi pour incarner avec une justesse confondante les figures hautes en couleur de cette féerie caustique. Piotr Micinski (Le Roi de Trèfle) incarne avec une autorité désabusée ce souverain impuissant face à la mélancolie de son fils. Sa basse profonde et son jeu tout en retenue donnent une épaisseur touchante à ce personnage de roi dépassé, dont les efforts pour divertir son héritier sont aussi vains que pathétiques. On regrettera peut-être un léger accent dans cette production chantée en français, mais son art du phrasé et sa présence scénique imposante emportent l’adhésion. Linard Vrielink (Le Prince) campe un héritier hypocondriaque et mélancolique d’une touchante vulnérabilité. Le ténor confère à ce personnage en quête de rire et d’amour une sincérité désarmante, avec des moyens vocaux d’une belle ampleur, même si l’on sent parfois quelques difficultés dans le registre aigu. Sa transformation progressive, de l’abattement le plus profond à la quête éperdue des trois oranges, est portée par une présence scénique remarquable.

 

 

Lucie Roche (La Princesse Clarice) incarne avec une autorité souveraine cette princesse ambitieuse et manipulatrice. Sa voix riche et charnue, au timbre profond, donne une épaisseur redoutable à cette figure de l’ombre qui tire les ficelles de l’intrigue aux côtés de Léandre. Elle compose une Clarice aussi élégante que vénéneuse, dont chaque intervention est un moment de théâtre d’une efficacité redoutable. Damien Pass (Léandre / Farfarello) est un caméléon vocal et scénique absolument réjouissant. Sa démarche lente et mécanique de Léandre, digne d’un pantin sinistre, fait rire la salle aux éclats, tandis que son Farfarello, créature démoniaque et grotesque, est un numéro de composition pure. La basse française déploie une palette expressive d’une richesse rare, passant de la duplicité glaciale du traître à la monstruosité bouffonne du diable avec une aisance confondante.

Robert Lewis (Truffaldino) est le cœur comique de la soirée. Son Truffaldino truculent, clown pathétique et pourtant profondément humain, est une création mémorable. Le chanteur allie une présence scénique irrésistible à des moyens vocaux parfaitement adaptés à ce rôle de bouffon au grand cœur, dont les tentatives désespérées pour faire rire le Prince touchent autant qu’elles amusent. Marc Mauillon (Pantalon) déploie dans ce rôle discret mais qui ne passe pas inaperçu un timbre d’une amplitude vocale toujours impressionnante. Sa riche palette sonore et son jeu de scène constamment efficace font de chaque apparition de ce vieillard cacochyme et intéressé un moment de bonheur théâtral. Le baryton français confirme qu’il est l’un des interprètes les plus complets de sa génération. Daniel Mirosław (Le Magicien Celio) incarne avec une autorité caverneuse ce magicien rival de Fata Morgana. Sa voix profonde et son jeu hiératique donnent une dimension quasi mythologique à ce personnage de faiseur de sorts, dont les interventions sont autant de moments de théâtre d’une puissante étrangeté. Gabrielle Philiponet (Fata Morgana) est une fée survitaminée, féroce et extravagante. La soprano déploie une énergie scénique folle et des moyens vocaux parfaitement adaptés à ce personnage de magicienne métamorphe et rancunière, dont la malédiction lance l’intrigue. Chaque apparition est un festival de théâtre et de chant. 

 

 

Barbara Skora (Linette), Déborah Salazar (Nicolette) et Giulia Scopelliti (Ninette), les trois princesses enfermées dans les oranges, forment un trio délicieux. Les deux jeunes chanteuses issues du Lyon Opéra Studio, Skora et Salazar, apportent une fraîcheur et une joliesse vocale pleine de promesses, avec une voix flûtée bien que parfois encore verte. Giulia Scopelliti, plus expérimentée, enchante par un timbre de soprano d’une beauté lumineuse, un brin métallique mais plein de charme et d’assurance. Leur libération progressive des oranges est un moment de poésie pure. Jean-Fernand Setti (La Cuisinière) est magistral dans ce rôle travesti d’une drôlerie irrésistible. Le colosse, d’abord annoncé par son ombre géante et sa louche menaçante, suscite d’abord l’effroi avant de révéler une tendresse de jeune fille pré-pubère bouleversante quand Truffaldino lui offre le ruban magique qui suffit à son bonheur. Un numéro de composition d’une finesse rare. Céleste Pinel (Sméraldine) apporte une touche de fraîcheur et de malice à cette servante complice et délurée. Sa voix légère et son jeu enlevé font merveille dans cet emploi de soubrette, apportant une respiration bienvenue dans les moments les plus tendus de l’intrigue. Cătălin Pop (Le Maître de cérémonie) et David Rother (Le Héraut), issus du Lyon Opéra Studio, complètent brillamment cette distribution. Leur présence scénique et leur diction irréprochable témoignent de la qualité de la formation lyonnaise, et leurs interventions, plus brèves, sont autant de moments parfaitement ciselés. Enfin, les Chœurs de l’Opéra de Lyon, magistralement préparés par Benedict Kearns, sont absolument remarquables. Attentifs à souligner une diction sans faille, ils incarnent tour à tour les différents courants dramatiques du prologue, la cour royale, les gardes et les créatures diaboliques avec une homogénéité et une puissance impressionnantes. Leur participation est essentielle à la réussite de cette production, notamment dans le célèbre prologue où ils donnent vie à ce véritable manifeste poétique.

Cette nouvelle production de L’Amour des trois oranges est en tout point un triomphe. Laurent Pelly y déploie tout son génie scénique, sa fantaisie, son intelligence du théâtre et son amour du jeu. Cette nouvelle production – qui coïncide avec la disparition du mythique Louis Erlo, ancien directeur de l’institution lyonnaise à qui nous avons rendu hommage hier dans ces mêmes colonnes, et à qui Richard Brunel avait rendu un vibrant hommage également durant l’entracte… – fera date à son tour.

Une soirée d’ouverture survitaminée, désopilante et profondément réjouissante, qui rappelle avec éclat combien Prokofiev fut un génie du théâtre musical. Un spectacle à ne manquer sous aucun prétexte !…

 

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CRITIQUE, opéra. LYON, opéra, le 4 octobre 2026. PROKOFIEV : L’Amour des 3 Oranges. P. Micinski, L. Vrielink, L. Roche, D. Pass, M. Mauillon… Laurent Pelly / Dmitry Matvienk. Crédit photographique (c) Paul Bourdrel

 

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OPÉRA DE MARSEILLE, dimanche 18 octobre 2026 : R. Strauss, Wagner, Mahler… Orchestre Philharmonique de Marseille, Michele Spotti (direction)

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Richard Strauss a 25 ans quand il termine son Don Juan (1889). La splendeur orchestrale indique qu’il s’identifie au héros. Au contraire de R. Strauss, Richard Wagner n’a pas rencontré le succès avec Tannhäuser. Le public parisien l’a hué, mais Baudelaire l’ayant couvert de lauriers (comme Fantin-Latour), prépare une faveur irrépressible à venir, ce wagnérisme général croissant à partir des années 1880 en France. Promis à une odyssée inégalée dans l’histoire symphonique, Gustav Mahler marque une première étape avec sa Symphonie n° 1 dite « Titan », où le chant orchestral exprime lutte, contradictions et espoir du héros à l’échelle du cosmos. La marche funèbre sur l’air de « Frère Jacques » (aujourd’hui attribué à Rameau), est devenue l’une des mélodies préférées du public.

 

 

DON JUAN de Richard Strauss est l’un des poèmes symphoniques les plus captivants, exprimant sans paroles, l’intensité passionnelle du mythe. Don Juan (1889), avant Mort et Transfiguration (1890), Till Eulenspiegel (1895), Ainsi Parlait Zarathoustra (1896), Don Quichotte (1898), inaugure une série de poèmes symphoniques singuliers, dont l’intensité passionnelle du mythe est ici transmise par Molière et Mozart. La partition démontre la maestria du compositeur à l’aube des années 1890. A la fois enchanteur et poète, capable dans le cadre instrumental d’atteindre la force et le lyrisme émotionnel des grands peintres ou des écrivains. Don Juan est d’autant plus important dans la carrière du jeune Strauss, que l’écriture indique une émancipation du joug wagnérien. Ici se révèle le tempérament personnel du compositeur munichois. C’est un coup de maître ! Si Don Juan, héros libertaire, critique à l’égard des valeurs fondatrices de la civilisation (église, mariage, société, fidélité, loyauté, sincérité…), incarne cette force vitale sans mesure ni limites, le style de Strauss est alors à l’identique : serré, sans répétition, dans la fulgurance d’une évocation pleine de feu et d’énergie. Lecteur de Nikolaus Lenau, en Italie, le jeune compositeur s’enflamme pour la figure romantique, et jette ses premières idées à Padoue, en mai 1888. L’écriture est rapide: le compositeur assure la création de son ouvrage à Weimar, dès le 11 novembre 1889.

Du poème de Lenau, Strauss sélectionne une trentaine de vers et les intègre dans le programme de concert de la création. Désir, possession, désespoir… Strauss exprime un conquérant vorace, dont la volonté aspire la sensualité du monde en un acte irrépressible à la fois grandiose et ritualisé, mais avec la passion sanguine de sa jeunesse. Don Juan est un jouisseur infatigable. L’allégorie d’un eros surpuissant et irrésistible. Mais l’hédoniste est aussi esthète: donc porté par son idéal, le conquérant va de déception en déception. Un dégoût profond ne tarde pas à l’habiter. C’est le Don Juan tragique, amer, défait par la poursuite de désirs insatisfaits qui s’impose alors, fidèle à la conception purement romantique du personnage. La chute du Chevalier se précise dans plusieurs visions qui se font prémonition de mort.

En une écriture synthétique, Strauss développe une diversité de thèmes qui approche toutes les composantes du mythe. Evocation de Zerline (violon), effluves de l’amant conquérant et même rassasié de plaisir, mais aussi déjà précipité dans sa propre course… ; langueur soumise de la vertueuse Donna Anna (hautbois, clarinette puis basson)… puis brisure d’un rêve sensuel, déchirure de l’idéal romantique et lente agonie dans le cauchemar tragique. Don Juan fusionne avec Faust, incarnant alors cet être repu, désabusé, meurtri et amer, dégoûté de l’amour et des hommes… (expiration ultime du héros dans deux accords de mi). L’énergie et le désir qui s’écoulent dans les veines du héros forment un poison mortel qui précipite sa jeune âme, ses attentes, ses espoirs, sa vie entière. La partition est à l’image de la condition humaine: ici Don Juan brûle sa carrière flamboyante et dérisoire en moins de 20 minutes!

 

 

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Opéra de Marseille /Concert Symphonique
Dimanche 18 octobre 2026,16h
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’Opéra de Marseille : https://opera-odeon.marseille.fr/programmation/concert-de-lorchestre-philharmonique-de-marseille-ORAGES-ET-PASSION

 

programme
RICHARD STRAUSS
Don Juan, poème symphonique, op. 20
RICHARD WAGNER
Ouverture de Tannhäuser
GUSTAV MAHLER
Symphonie n° 1 en ré majeur, dite « Titan »
Orchestre Philharmonique de Marseille
Michele SPOTTI, direction

 

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DISPARITION. Louis ERLO s’éteint à l’âge de 97 ans.

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ClassiqueNews.com a appris avec une profonde tristesse la disparition de Louis Erlo, survenue en Corse le 2 octobre 2026, à l’âge de 97 ans. Figure tutélaire du paysage lyrique français, il laisse derrière lui une œuvre de bâtisseur et une vision qui ont durablement transformé la manière de concevoir et de vivre l’opéra en région.

 

Né à Lyon en 1929, Louis Erlo, de son véritable nom Camerlo, était un enfant de la maison lyonnaise. Formé à l’école de son oncle Paul Camerlo, directeur de l’Opéra de Lyon de 1949 à 1969, il gravit tous les échelons, du simple régisseur à la direction suprême. En 1969, à tout juste quarante ans, il prend les rênes de l’institution et entame une révolution tranquille mais radicale.

C’est à Lyon que s’écrit la première page de sa légende. Avec l’appui de la municipalité, il impulse ce que l’on appellera « l’Opéra Nouveau », une politique artistique audacieuse qui place la création et la dimension théâtrale au cœur du projet. À une époque où les divas régnaient en maîtresses sur les scènes, Louis Erlo impose une autre idée : celle d’un opéra où le jeu, la mise en scène et la direction d’acteur comptent autant que la voix. « Il parvenait à créer des jeux de regards entre les chanteurs et des contacts que l’on voit rarement à l’opéra », se souvient Jean-Pierre Brossmann, qu’Erlo appela à ses côtés comme co-directeur en 1980.

Cette complicité artistique porta ses fruits au-delà de toute espérance. Ensemble, ils dotèrent l’Opéra de Lyon d’un orchestre permanent, d’une maîtrise et d’un Atelier lyrique, recrutèrent des chefs comme John Eliot Gardiner et ouvrirent le répertoire au baroque et aux œuvres rares. C’est aussi sous son impulsion que la danse trouva une place de choix au sein de la maison lyonnaise, avec la création du Ballet de l’Opéra de Lyon dès 1969. En 1993, l’inauguration du nouvel Opéra… signé Jean Nouvel, vint couronner cette métamorphose et faire de Lyon l’une des grandes scènes lyriques européennes.

Directeur du Festival d’Aix-en-Provence de 1982 à 1996, Louis Erlo y poursuivit le même combat : celui d’un opéra exigeant, curieux, ouvert aux redécouvertes. Dès sa première année, il programma la création scénique mondiale des Boréades de Rameau, puis présenta Hippolyte et Aricie avec Jessye Norman en Phèdre. Sous sa direction, Rameau devint le fer de lance de la programmation aixoise, aux côtés de Gluck, dont il fit entendre Iphigénie en Aulide en version de concert en 1987, sous la baguette de John Eliot Gardiner. Ce travail de défricheur, qui redonna leurs lettres de noblesse aux maîtres du baroque français, résonne encore aujourd’hui dans les programmes du Festival.

On ne peut évoquer Louis Erlo sans saluer son rôle de découvreur. À la tête de l’Opéra-Studio de Paris (1973-1979), puis à Lyon, il lança et accompagna les débuts de nombreuses voix qui allaient marquer leur époque : Natalie Dessay, Colette Alliot-Lugaz, François Le Roux ou encore le baryton Jean-Philippe Lafont. Sa passion pour la transmission ne se démentit jamais, et c’est sans doute là l’un de ses plus beaux héritages.

De son premier poste de régisseur à sa retraite, Louis Erlo aura consacré plus d’un demi-siècle à l’art lyrique. Il avait vu Cosi fan tutte à Aix en 1948, l’année de la naissance du Festival, et n’avait jamais cessé de croire que l’opéra pouvait être un art vivant, populaire et exigeant à la fois. Homme de conviction et de fidélité à sa ville, il avait su transformer une maison de province en un laboratoire d’idées et en une scène de premier plan. Louis Erlo était de ces hommes dont on mesure pleinement la stature à l’instant où ils nous quittent. L’opéra français lui doit une part de son âme moderne.

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Crédit photo (c) George Vermard

 

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CRITIQUE, opéra. MONTREAL, Salle Wilfried Pelletier, le 1er octobre 2026. PUCCINI : Turandot. Maida Hundeling, Andrea Shin, Kirsten MacKinnon… Francesca Zambello / Paolo Arrivabeni

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Absente de sa programmation depuis un peu plus d’une décennie, l’Opéra de Montréal n’a pas voulu rester à l’écart des célébrations du centenaire de la création de Turandot, le célèbre opéra de Giacomo Puccini, qu’il a choisi pour inaugurer sa saison 2026-2027. Dernier opéra du compositeur italien, Turandot resta inachevé à la mort de Puccini et fut complété par Franco Alfano à partir des esquisses laissées par le compositeur. L’œuvre fut créée à la Scala de Milan, à titre posthume, le 25 avril 1926, sous la direction d’Arturo Toscanini.

 

La reprise montréalaise, très attendue, a connu des réussites et des déceptions, notamment en ce qui concerne la production scénique, signée par la metteuse en scène italo-américaine Francesca Zambello et présentée en coproduction avec le Washington National Opera et le Dallas Opera. La proposition revisite la dramaturgie de Turandot à travers une esthétique « rétro-futuriste » qui abandonne le cadre traditionnel d’une Chine légendaire et exotique pour situer l’action dans un État oriental industriel, fictif et totalitaire du milieu du XXe siècle. L’œuvre devient ainsi une allégorie de la libération d’une société soumise à un régime autoritaire. Cette lecture conduit également la production à remettre en question le dénouement traditionnel, dans lequel, après la mort de Liù, Turandot passe d’une résistance absolue à l’acceptation de Calaf après un baiser non consenti. Ce changement, abrupt sur les plans dramatique et psychologique, amène Zambello à chercher une explication plus convaincante à l’évolution de la protagoniste. Afin de lui conférer davantage d’autonomie et de cohérence, la production propose une nouvelle fin écrite par la dramaturge Susan Soon He Stanton et le compositeur Christopher Tin, qui vient remplacer celle composée par Franco Alfano à partir des esquisses laissées par Puccini.

Cette nouvelle fin, à prétention psychanalytique, approfondit la psychologie de la protagoniste et, en attribuant sa cruauté à un traumatisme, propose une évolution plus progressive de sa personnalité. Cette révision dénature toutefois et, surtout, modifie profondément la signification du personnage, désormais transformé en femme traumatisée qui doit affronter ce qui l’a conduite à exercer la tyrannie. Calaf n’est pas mieux loti : dépouillé de sa traditionnelle figure de héros viril et conquérant, il apparaît comme un personnage vulnérable et sensible, davantage en accord avec une lecture contemporaine des rapports entre hommes et femmes et avec les postulats issus du mouvement #MeToo. Liù n’échappe pas davantage à cette vague de renouvellement, puisqu’elle acquiert une importance plus grande encore après sa mort. Son sacrifice ne sert plus uniquement à déclencher la transformation émotionnelle de Turandot : cette même nuit, l’empereur, père de la princesse, meurt à son tour et Turandot, devenue la nouvelle souveraine, ordonne que Liù soit enterrée avec les honneurs à ses côtés. Le geste revêt une évidente portée symbolique : la jeune esclave, représentante des classes opprimées de cette société, reçoit enfin la reconnaissance qui lui a été refusée de son vivant. Son enterrement devient ainsi le premier signe du nouvel ordre que Turandot entend instaurer, fondé sur l’égalité et débarrassé de la structure hiérarchique et autoritaire précédente. La relecture politique de Zambello peut se révéler convaincante sur le plan conceptuel, mais beaucoup moins dans sa réalisation théâtrale.

 

 

Le nouveau dénouement musical composé par Christopher Tin ne contribue pas davantage à améliorer le résultat. Très éloigné de l’univers sonore de Puccini, il s’aventure dans un langage proche de celui des comédies musicales de Broadway. On perçoit une volonté de jeter un pont vers la partition originale à travers la reprise et la transformation de certains de ses motifs, mais ceux-ci apparaissent dépouillés d’une grande partie de leur identité puccinienne et soumis à une écriture résolument contemporaine. Bien que Tin évite une rupture radicale avec la partition de Puccini, ses harmonies et ses couleurs orchestrales demeurent stylistiquement très éloignées de celles du compositeur italien. Le résultat finit par ressembler à un pasticcio, où la continuité avec l’œuvre originale relève davantage du concept que de la véritable cohérence musicale.

Abstraction faite des nombreuses incohérences entre ce que prévoit le livret de Puccini et ce que montre Zambello — notamment lorsqu’une foule implore la lune, le visage écrasé contre le sol —, le spectacle s’avère visuellement séduisant. La scénographie industrielle de Wilson Chin, construite à partir de structures métalliques, d’échafaudages et de passerelles soumises à une surveillance omniprésente, fonctionne parfaitement comme représentation physique du système de pouvoir. Les déplacements très étudiés des protagonistes permettent également d’observer comment leurs mouvements sont conditionnés par la position que chacun occupe au sein de cette structure. 

Dans le même esprit, les costumes de Linda Cho, inspirés d’une esthétique du XXe siècle, uniformisent visuellement la population, tandis que l’utilisation de la couleur permet d’individualiser les personnages liés à l’appareil du pouvoir. Les chorégraphies disciplinées de Jessica Lang et Kanji Segawa accentuent la dimension de rituel politique par lequel la société finit par célébrer ce qui l’opprime. Enfin, les éclairages d’Amith Chandrashaker complètent cette esthétique par une palette dominée par des gris sombres, des blancs fluorescents et des rouges intenses, qui contribuent à renforcer l’atmosphère froide, répressive et déshumanisée de cet univers imaginé par la metteuse en scène.

 

 

Les rares satisfactions de la soirée sont venues du plateau vocal. Grande triomphatrice, la soprano dramatique allemande Maida Hundeling s’est imposée comme une exceptionnelle interprète de la glaciale princesse chinoise Turandot, ici transformée en dirigeante autocratique, qu’elle a incarnée avec une voix solide, puissante, homogène et sûre. Dotée d’une technique sûre, elle a déployé des torrents de voix sans renoncer à la morbidezza requise dans les rares moments lyriques que lui offre le rôle. Loin du ténor héroïque traditionnel et plus proche du profil vulnérable et sensible proposé par la nouvelle dramaturgie, le ténor sud-coréen Andrea Shin a peiné à s’imposer dans un rôle particulièrement exigeant. Sa voix, riche de lyrisme, sa ligne élégante et son phrasé noble ont malheureusement été souvent couverts par une orchestration impitoyable, qui a rendu difficilement audibles les qualités de son chant.

En contrepoint de la protagoniste, la prometteuse soprano canadienne Kirsten MacKinnon a livré une Liù de grand mérite, mettant au service de son personnage une voix lyrique bien timbrée, chaleureuse, au phrasé soigné. Son plus beau moment est venu avec l’air « Tu che di gel sei cinta », chanté avec beaucoup d’émotion, de raffinement et de variété dans les accents, qui lui a valu une chaleureuse ovation du public. Dans le rôle du roi détrôné et aveugle Timur, le vétéran baryton-basse américain Raymond Aceto s’est révélé idéal, affichant une voix sonore, aux graves caverneux, et un chant empreint d’autorité. Le trio ministériel a été correctement défendu par le baryton Nathan Keoughan (le chancelier) et les ténors Rocco Rupolo (le maître d’office) et Angelo Moretti (l’intendant). Pour le plus grand plaisir des nostalgiques, le ténor Richard Margison, autrefois grand interprète de Calaf, a apporté tout son métier au personnage du vieil empereur Altoum. Quant au baryton Colin Mackey, il s’est montré vocalement vigoureux dans le rôle du Mandarin.

Le chœur de la maison, préparé par Claude Webster, a réalisé un travail exceptionnel, faisant preuve d’une solide préparation, de précision et d’une grande richesse de nuances dans chacune de ses interventions. À la tête de l’Orchestre Métropolitain, le chef italien Paolo Arrivabeni, qui connaît cette partition comme peu d’autres, a proposé une lecture au rythme soutenu, d’une sonorité éblouissante et d’une grande tension dramatique, toujours attentive aux détails et soucieuse d’obtenir le meilleur équilibre entre l’orchestre et les chanteurs.

 

 

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CRITIQUE, opéra. MONTREAL, Salle Wilfried Pelletier, le 1er octobre 2026. PUCCINI : Turandot. Maida Hundeling, Andrea Shin, Kirsten MacKinnon… Francesca Zambello / Paolo Arrivabeni. Crédit photo (c) Vivien Gaumand

 

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OPÉRA DE SAINT-ÉTIENNE, danse. DON QUICHOTTE, Le Théâtre du Corps, Pietragalla / Derouault, jeudi 15 oct 2026

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Et si l’utopie chevaleresque se mesurait aux architectures d’un monde gouverné par une intelligence artificielle ? Don Quichotte, – nouvelle création 2025 du Théâtre du Corps, transporte le mythe de Cervantès dans un futur proche où Dulcinée est une intelligence artificielle : elle annonce l’avènement d’un monde optimisé et promet l’harmonie, simplifie la langue, « ajuste la vérité au bien commun »…

 

Face à ce monde déshumanisé, Don Quichotte décide de vivre sa vie comme dans les livres. Accompagné de Sancho Pança, il se rêve en défenseur des opprimés et invente sa vie par ses exploits. Les deux complices luttent contre les géants numériques et les moulins à données et deviennent malgré eux de véritables icônes de l’Internet. Les épreuves qu’ils traversent se propagent massivement sur les réseaux sociaux, tout comme la légende qui maintenant les accompagne.

Adulé et moqué, traité à la fois de fou et de génie, Don Quichotte qui tombe amoureux de Dulcinée, persiste dans son irrésistible quête. Librement inspirée de Cervantès, la fabuleuse histoire de Don Quichotte sublime un imaginaire dans lequel survit l’espoir. À la manière de Cervantès, les deux chorégraphes se jouent des personnages et parodient le monde réel. Ici le comique de Don Quichotte dessine une réponse à l’absurdité contemporaine, une poésie du désordre, un appel au rire philosophique. C’est une invitation à demeurer libre quelque soit les mirages et illusions qui paraissent pour mieux contraindre et aliéner.

 

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Opéra de Saint-Étienne / Danse
Don Quichotte : Le Théâtre du Corps
Pietragalla – Derouault
Jeudi 15 octobre 2026, 20h
Durée : 2h environ sans entracte
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’Opéra de Saint-Étienne : https://opera.saint-etienne.fr/otse/saison-26-27/spectacles//type-danse/don-quichotte/s-906/

Téléchargez le programme de Don Quichotte par Le Théâtre du Corps / Pietragalla – Derouault : https://opera.saint-etienne.fr/otse/rtefiles/File/2026-2027/don_quichotte.pdf

 

Ballet pour 18 danseurs,
créé le 19 septembre 2025 au Festival Cadences
d’Arcachon.
Chorégraphie, mise en scène : Marie-Claude Pietragalla,
Julien Derouault
Musiques
Ludwig Minkus, Levon Minassian, Adrián Berenguer, The Prodigy
Textes : Julien Derouault
Interprètes danseurs :
Julien Derouault, Prince Mihai, Baptiste Ollier, Antonin Muno, Lola Derouault Pietragalla, Matthias Damay Romey, Giulia Aubé, Ylona Bonnet, Louis Combet Vittori, Aleksandra Efimova, Titouan Fourvel, Lise Fromont, Joris Gruvel, Morgan Gruvel,
Simon Langin, Gabin Lanterne, Étienne Lloria, Romain Oviev

 

 

vidéo Don Quichotte par Le Théâtre du corps

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CRITIQUE, concert. ABBAYE DE GELLONE (55e Saison musicale de St Guilhem le Désert), le 3 octobre 2026. « Bach et ses fils ». Orchestre de chambre de Toulouse, Théophile Alexandre (contre-ténor), Nicolas Kononovich (direction)

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Un soir d’automne, sous la voûte millénaire de l’Abbaye de Gellone, la magie a opéré. Pour la 55e édition de la Saison Musicale de Saint-Guilhem-le-Désert, le public a eu la chance d’assister à une soirée d’exception intitulée « Bach, père et fils« . Porté par l’Orchestre de Chambre de Toulouse et le contre-ténor Théophile Alexandre, ce concert s’est déroulé comme une véritable communion avec l’esprit du baroque.

 

Il faut d’abord saluer le cadre. L’Abbatiale de Gellone, joyau de l’art roman classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Sa nef, baignée d’une lumière mystérieuse, possède une acoustique absolument exceptionnelle. Les voûtes séculaires ne se contentent pas de réverbérer le son ; elles semblent le sculpter, lui donner une profondeur et une chaleur uniques. C’est dans ce cocon sonore, où chaque pierre vibre et résonne, que les musiciens ont pu déployer toute la subtilité de leur art.

Fidèle à sa réputation d’excellence, l’Orchestre de Chambre de Toulouse, dirigé par du violon par Nicolas Kononovich a choisi de jouer avec un diapason à 415 Hz, également appelé « diapason baroque ». Ce choix, loin d’être un simple détail, est fondamental : il permet de retrouver les couleurs et les sonorités de la pratique musicale de l’époque de Bach. Les cordes en boyau, et les archets baroques confèrent à l’ensemble une texture plus chaude, plus boisée et plus flexible, loin des sonorités parfois trop lisses et uniformes des orchestres modernes. Ce parti pris d’authenticité historique donne à chaque œuvre une saveur particulière, une vérité émotionnelle immédiate.

 

 

Le programme, savamment construit, explorait la dynastie Bach, de l’illustre patriarche à ses fils, figures de la transition vers le classicisme. L’Ouverture en sol mineur BWV 1070 de J. S. Bach a d’abord installé une atmosphère à la fois noble et mélancolique. Puis est venu le moment fort de la première partie : le célèbre Concerto pour deux violons en ré mineur BWV 1043. Les deux solistes de l’orchestre (Nicolas Kononovich et Ana Sanchez) ont fait dialoguer leurs instruments avec une complicité palpable, tissant un échange virtuose et lyrique. Le célèbre Adagio central a plané dans l’air de l’abbatiale avec une douceur infinie, suspendu dans le temps, avant que le finale ne vienne emporter l’auditoire dans un tourbillon d’énergie contagieuse.

La seconde partie a permis de mesurer l’étendue du génie familial. La Sinfonia en Do majeur Wq 182,3 de Carl Philipp Emanuel Bach a révélé toute la modernité et l’audace de celui que l’on surnommait le « Bach de Berlin ». Ses contrastes saisissants, ses ruptures de rythme et ses harmonies inattendues ont été rendus avec une précision et une verve remarquables par les musiciens toulousains. La Sinfonia en Ré mineur WFV I:3 de Johann Christoph Friedrich Bach, moins connue, a dévoilé quant à elle une écriture plus intimiste et pré-romantique, servie par la délicatesse des cordes.

Mais la soirée a pris une dimension véritablement bouleversante avec l’entrée en scène du contre-ténor Théophile Alexandre. Accompagné par le continuo où le théorbe apportait une touche d’exotisme et de profondeur, sa voix a fait vibrer l’assemblée. Sa prestation a été un moment de pure théâtralité et d’émotion à fleur de peau. Loin des sons précautionneusement éthérés que l’on entend souvent dans les églises, sa voix possède une richesse de timbre et une franchise d’expression qui rendent la musique vivante, incarnée. Dans la cantate « Widerstehe doch der Sünde » (« Résiste donc au péché »), il a su traduire avec une intensité dramatique la lutte contre le péché, sa voix se faisant tour à tour implorante et impérieuse. Puis, avec « Vergnügte Ruh, beliebte Seelenlust« ,(« Bienheureuse paix, bien-aimée béatitude« ), il a offert un moment d’apaisement et de béatitude d’une rare beauté. Mais le sommet de son art a peut-être été atteint avec l’extrait de l’Oratorio de Noël, « Schlafe, mein Liebster«  (« Dors, mon bien aimée« ). Dans ce célèbre berceau, sa voix s’est faite d’une tendresse infinie, planant au-dessus des cordes avec une douceur qui a semblé arrêter le temps. Et comment ne pas évoquer le bis, « Erbarme Dich«  extrait de la Passion selon Saint Matthieu ? Ce cri d’humanité, sublimé par la ligne de violon solo et la voix poignante du contre-ténor, a laissé l’auditoire en suspension, dans un silence habité, avant que les applaudissements ne viennent rompre le charme.

Dans l’écrin de l’Abbaye de Gellone, la musique de la famille Bach n’a jamais aussi bien porté son nom : elle était une histoire de famille, un dialogue entre les siècles, et surtout, une pure merveille !…

 

 

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CRITIQUE, concert. ABBAYE DE GELLONE (55e Saison musicale de St Guilhem le Désert), le 3 octobre 2026. « Bach et ses fils ». Orchestre de chambre de Toulouse, Théophile Alexandre (contre-ténor), Nicolas Kononovivh (direction). Crédit photo (c) droits réservés

 

 

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VERSAILLES. Chapelle Royale, le 12 nov 2026. « TE DEUM » de Michel-Richard de Lalande et Marc Antoine Charpentier. Gaétan Jarry (direction)

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Le 12 novembre 2026 à 20h, la Chapelle royale du Château de Versailles accueillera un concert d’exception placé sous le double signe de la célébration et du dialogue musical. À l’occasion du tricentenaire de la mort de Michel-Richard de Lalande (1657-1726), les Pages et les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles (CMBV) rejoindront le Chœur et l’Orchestre de l’Opéra Royal, sous la direction de Gaétan Jarry, pour faire dialoguer deux sommets du Te Deum français : celui de Lalande et le plus célèbre encore de Marc-Antoine Charpentier. Un événement coproduit par l’Opéra Royal et le CMBV, qui vient prolonger une année 2026 largement consacrée à l’œuvre et à la postérité du musicien favori de Louis XIV.

Michel-Richard de Lalande, musicien favori du Roi-Soleil

Né à Paris en 1657, Michel-Richard de Lalande fut d’abord enfant de chœur, puis organiste, avant de devenir sous-maître de la Chapelle royale à l’issue du fameux concours de 1683. Compositeur, surintendant de la Musique de la Chambre et maître de musique de la Chambre du Roi, il s’imposa après Lully comme le musicien préféré de Louis XIV. Parmi les 77 grands motets qu’il composa, son Te Deum, écrit en 1684 puis maintes fois remanié, occupe une place à part. Donné lors de grandes cérémonies royales – notamment pour l’inauguration de l’église Saint-Louis des Invalides et pour le mariage de Louis XV –, il connut une importante postérité au Concert Spirituel. Cette œuvre monumentale, d’une noblesse architecturale remarquable, allie un contrepoint magistral à une puissance dramatique exceptionnelle.

Marc-Antoine Charpentier et le Te Deum H.146

En miroir, le Te Deum H.146 de Marc-Antoine Charpentier (1643-1704) est sans doute l’une des pages les plus universellement connues du répertoire baroque français. Composé vraisemblablement au début des années 1690, peut-être pour célébrer la victoire de Steinkerque (1692) ou pour les Jésuites de l’église Saint-Louis à Paris, il est porté dès son prélude par l’éclat des trompettes baroques. Ce prélude, dont les premières mesures sont devenues en 1954 l’indicatif de l’Union européenne de radio-télévision (EBU), est aujourd’hui familier à des millions d’auditeurs à travers le monde. Sous cette apparente familiarité se déploie une écriture spectaculaire et fervente, d’une magnificence spirituelle rare.

Deux visions complémentaires du Grand Siècle

Réunis sous les voûtes de la Chapelle royale, ces deux Te Deum offrent un passionnant contrepoint esthétique. Là où Charpentier privilégie l’éclat et l’élan triomphant, Lalande déploie une polyphonie d’une richesse exceptionnelle, synthèse aboutie des styles français et italien, où la grandeur versaillaise se teinte d’une profondeur spirituelle intense. Le Te Deum, hymne de louange et d’action de grâces, accompagnait à Versailles les grandes célébrations du règne – victoires militaires, naissances, mariages – et ces deux partitions en constituent les expressions les plus marquantes.

Gaétan Jarry et les forces réunies

Chef d’orchestre et organiste français né en 1986, Gaétan Jarry est le fondateur de l’ensemble Marguerite Louise et l’un des principaux chefs invités de l’Orchestre de l’Opéra Royal de Versailles. Versaillais d’origine, il a fait ses premières armes dès l’âge de 7 ans sur l’orgue de l’église Jeanne-d’Arc. Il retrouve ici la Maîtrise du CMBV après une première collaboration en 2019 autour du disque Noëls baroques à Versailles. Les Pages et les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles, sous la direction artistique de Fabien Armengaud, constituent une référence pour la musique baroque française. Cette maîtrise associe les voix d’une vingtaine d’enfants – les Pages – à celles de dix-sept jeunes adultes – les Chantres –, s’inspirant des effectifs vocaux de la Chapelle royale à la fin du règne de Louis XIV. Ils seront rejoints par le Chœur et l’Orchestre de l’Opéra Royal, ainsi que par les solistes de la promotion 2025-2027 de l’Académie de l’Opéra Royal : Marie Zaccarini (dessus), Camille Brault (bas-dessus), Clément Debieuvre (haute-contre), Baptiste Bonfante et Thierry Cartier (basses-tailles).

La Chapelle royale du château de Versailles, édifiée sous Louis XIV, offre un cadre acoustique exceptionnel, régulièrement salué pour sa capacité à restituer la spatialisation et la richesse harmonique des grandes pages sacrées du répertoire français. Son architecture, son orgue en tribune et sa nef à l’acoustique soignée en font un lieu idéal pour faire résonner ces deux monuments de la musique sacrée du Grand Siècle.

 

Informations pratiques

Concert : Lalande – Charpentier : Te Deum
Date : Jeudi 12 novembre 2026, 20h
Lieu : Chapelle royale du château de Versailles
Direction musicale : Gaétan Jarry
Avec : Les Pages et les Chantres du CMBV (direction artistique : Fabien Armengaud), Chœur et Orchestre de l’Opéra Royal, solistes de l’Académie de l’Opéra Royal
Durée : 1h30 sans entracte
Tarifs : de 28 € à 147 € selon les catégories (tarifs réduits pour les moins de 26 ans, bénéficiaires de la formule Opéra Expérience et membres du Cercle Rameau)
Production : Opéra Royal, coproduction Centre de musique baroque de Versailles. Partitions éditées par le CMBV. Enregistrement radio par France Musique.

Un rendez-vous incontournable pour tous les amateurs de musique baroque, qui pourront entendre se répondre, dans le lieu même où elles furent conçues pour résonner, deux des plus belles pages jamais écrites pour la gloire de Dieu et du Roi.

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Plus d’infos sur le site de l’Opéra Royal

 

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ORCHESTRE DU PAYS BASQUE. « La Fabrique de l’Orchestre ». Saint-Étienne-de-Baïgorry, le 10 oct / Cambo-les-Bains, le 11 octobre 2026. Orchestre du Pays Basque, Benjamin Lévy (direction)

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L’Orchestre du Pays Basque – Iparraldeko Orkestra poursuit son ancrage dans le territoire et l’ouverture à tous les publics. Après une rentrée marquée par l’arrivée très attendue de son nouveau directeur musical Benjamin Lévy, la phalange bayonnaise lance un tout nouveau format de concert, pensé et conçu par le chef lui-même : « La Fabrique de l’Orchestre ».

 

 

Un nouveau format : entrer dans les « cuisines » de l’orchestre

L’idée est simple et séduisante : et si, avant de plonger dans une œuvre, on prenait le temps de la regarder de plus près ? C’est tout l’enjeu de ce rendez-vous qui allie musique et transmission. Pour cette première édition, Benjamin Lévy pose un instant sa baguette pour partager avec le public – de tout âge et de tout horizon – les secrets de la partition qu’il s’apprête à diriger. Chaque séance se déroule en deux temps : une exploration pédagogique du sujet à travers des exemples musicaux, suivie de l’interprétation intégrale de l’œuvre. Le chef répond ainsi à des questions que tout mélomane, novice ou aguerri, s’est déjà posées : Comment une œuvre se construit-elle ? Quels sont les mécanismes de composition à l’œuvre ? Tout est-il écrit sur la partition, ou reste-t-il des choix à faire ? Peut-on modifier l’interprétation en « temps réel » ?

 

Une première « Fabrique » consacrée à Beethoven

Pour cette inauguration, Benjamin Lévy a choisi un monument absolu du répertoire : la Symphonie n°5 de Ludwig van Beethoven (ce même ouvrage donné en seconde partie de soirée, lors du concert d’ouverture de saison), et son célébrissime « Pom-Pom-Pom-Pooooooom ». Un monument, certes – mais un monument que le chef entend faire redécouvrir sous un jour nouveau, en dévoilant ce qui la rend véritablement inouïe. Derrière la célébrité universelle des quatre premières notes se cache une architecture d’une audace et d’une modernité encore stupéfiantes.

 

Benjamin Lévy, un chef au service du partage

Cette initiative n’est pas un hasard. Benjamin Lévy, 52 ans, avait déjà été premier chef invité de l’Orchestre du Pays Basque de 2013 à 2016, avant d’en devenir le directeur musical et artistique à partir de septembre 2026. Très attaché aux musiques traditionnelles et à l’identité des territoires, il souhaite valoriser les cultures locales et inventer des rendez-vous originaux. « La Fabrique de l’Orchestre » incarne pleinement cette philosophie : une immersion dans les coulisses, une exploration musicale adaptée à toutes et tous, pour répondre aux questions que l’on s’est tous déjà posées, que l’on fréquente ou non les salles de concert.

                                                                                      crédit photo (c) droits réservés

Samedi 10 octobre 2026 à 20h – Plaza Xoko, Saint-Étienne-de-Baïgorry
Dimanche 11 octobre 2026 à 17h – Église Saint-Laurent, Cambo-les-Bains

 

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Plus d’info sur le site officiel de l’Orchestre du Pays Basque

 

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ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE MONTE-CARLO. 3 concerts événements « Grande Saison » : les 11, 18 puis 25 octobre 2026. Kakhi Solomnishvili, Lawrence Foster, Lio Kuokman (direction)

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L’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo débute sa nouvelle saison 2026 2027 tambour battant, avec pas moins de 3 grands concerts symphoniques, jalons de son cycle prestigieux « grande saison », invitant tour à tour, les 11, 18 puis 25 octobre prochains, respectivement 3 chefs différents : Kakhi Solomnishvili, Lawrence Foster et Lio Kuokman – tous les 3, dans le vaste Auditorium Rainier III… à 18h ; de quoi confirmer Monte-carlo comme l’un des hauts lieux symphoniques incontournables de cette rentrée.

 

 

 

Chacune des 3 séances permet l’écoute d’un cycle symphonique magistral, promesses de vertiges orchestraux spectaculaires ; au programme une pièce concertante, puis une œuvre majeure qui met en avant le chant des instruments de l’orchestre : ainsi, côté pièces concertantes, les concertos pour piano n°3 de Rachmaninov (soliste : Jorge Luís Prats), le 11 oct ; pour piano n°4 de Beethoven (soliste : Dezső Ránki) le 18 oct ; le rare concerto pour violon de Barber (soliste : Randall Goosby), de 1940, très lyrique et passionné, intégrant des étincelles jazz dans son premier mouvement, le 25 octobre 2026.

Ne manquez pas tout autant les œuvres flamboyantes qui exigent de tout l’orchestre et en particulier le relief individualisé des instruments, la non moins rare Symphonie n°5 de Prokofiev, fresque victorieuse au souffle épique de 1945 (le 11 oct) ; la plus rare encore Sérénade pour ténor, cor et cordes, op. 31 (avec le ténor Hugo Brady) puis « Variations et fugue sur un thème de Purcell » (The Young Person’s Guide to the Orchestra de 1946) de Britten, le 18 oct ; enfin les Suites des Danses symphoniques (extrait de la comédie musicale West Side Story, 1957) réclament des musiciens, expressivité, mordant, furieuse énergie et swing rythmique décuplé… autant de défis que relèveront avec brio les instrumentistes du Philharmonique de Monte-Carlo pour ces 3 concerts événements du début de saison…

  Crédit photo © OPMC (L. Kuokman à la tếte de l’OPMC)

 

 

 

 

 

 

3 concerts symphoniques « Grande Saison » à MONACO
Auditorium Rainier III

 

 

1
11 octobre 2026, 18h
Kakhi SOLOMNISHVILI, direction
Jorge Luís PRATS, piano
STRAVINSKY, RACHMANINOFF, PROKOFIEV

Igor STRAVINSKY : Feu d’artifice, op. 4
Serge RACHMANINOFF :
Concerto pour piano n°3 en ré mineur, op. 30
Serge PROKOFIEV :
Symphonie n°5 en si bémol majeur, op. 100

PLUS D’INFOS, Réservez vos places directement sur le site de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo : https://opmc.mc/concert/k-solomnishvili-j-l-prats/

 

 

2
18 octobre 2026, 18h
Lawrence FOSTER, Direction
Dezső RÁNKI, piano
Hugo BRADY, Ténor
Patrick PEIGNIER, Cor
BEETHOVEN, BRITTEN

Ludwig van BEETHOVEN : Leonore, ouverture n°2, op. 72b
Concerto pour piano n°4 en sol majeur, op. 58
Benjamin BRITTEN :
Sérénade pour ténor, cor et cordes, op. 31
Variations et fugue sur un thème de Purcell
(The Young Person’s Guide to the Orchestra), op. 34

PLUS D’INFOS, Réservez vos places directement sur le site de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo : https://opmc.mc/concert/l-foster-d-ranki/

 

 

3
25 octobre 2026, 18h
Lio KUOKMAN, Direction
Randall GOOSBY, violon
BERNSTEIN, BARBER, COPLAND

 

Leonard BERNSTEIN : Candide, ouverture
Samuel BARBER : Concerto pour violon, op. 14
Aaron COPLAND : Rodeo
Leonard BERNSTEIN :
West Side Story, Suites des Danses symphoniques

PLUS D’INFOS, Réservez vos places directement sur le site de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo : https://opmc.mc/concert/l-kuokman-r-goosby/

 

 

 

 

TOUTES LES INFOS, le détail des distributions, les dates et les lieux, les modalités de réservation … directement sur le site de l’ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE MONTE-CARLO, nouvelle saison 2026 – 2027 : https://opmc.mc/

 

 

présentation saison

LIRE aussi notre présentation de la nouvelle saison 2026 – 2027 : temps forts, cycles thématiques, artistes, chefs et solistes invités, les 170 ans de l’Orchestre, Nathalie Stutzmann… : https://www.classiquenews.com/opmc-orchestre-philharmonique-de-monte-carlo-nouvelle-saison-2026-2027-temps-forts-artistes-invites-oeuvres-et-cycles-evenement-les-170-ans-de-lorchestre-nathalie-stutzman/

 

OPMC / ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE MONTE- CARLO, nouvelle saison 2026 – 2027 : temps forts, artistes invités, œuvres et cycles événements… les 170 ans de l’Orchestre, Nathalie Stutzmann…

 

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ROYAN. ARS NOVA et le Festival ROYAN-ORGUES, les 20 et 21 oct 2026 (Chapelle Notre-Dame des Anges de Pontaillac / Cathédrale Notre-Dame de Royan). Trio Ars Nova, Jérôme Pillement, Mattéo Plassard, Damien Deshayes, Loriane Llorca…

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Pour sa nouvelle édition, le festival ROYAN-ORGUES invite l’ensemble Ars Nova, formation historique de la création musicale en France, pour deux concerts d’exception les mardi 20 et mercredi 21 octobre 2026. De la Chapelle Notre-Dame des Anges de Pontaillac (le 20) à la majestueuse Cathédrale Notre-Dame de Royan (le 21), ces deux rendez-vous promettent un voyage sonore où se croisent patrimoine, création mondiale et rêverie poétique.

 

Ars Nova, une figure de la création contemporaine

Basé au TAP – Scène nationale de Grand Poitiers, l’ensemble Ars Nova est une véritable institution du paysage musical français. Fondé en 1963 par le compositeur et chef d’orchestre Marius Constant, il est la première formation instrumentale dédiée aux musiques de création en France et dans le monde. Fidèle à un esprit de pluralisme esthétique, Ars Nova n’a cessé de promouvoir et d’encourager la musique de notre temps, collaborant avec les plus grands créateurs. Aujourd’hui dirigé par le compositeur Benoît Sitzia, en tant que directeur général et artistique, l’ensemble poursuit cet héritage avec une énergie renouvelée, comme l’illustre son implication au sein du Festival Royan-Orgues, dont il est un partenaire et soutien en production aux côtés des éditions musicales L’Octanphare.

 

Mardi 20 octobre – 14h30 | Chapelle Notre-Dame des Anges de Pontaillac : « Eurydice-Miroir »

Le premier rendez-vous, proposé en après-midi dans le cadre intime de la Chapelle Notre-Dame des Anges à Pontaillac, dévoilera le programme « Eurydice-Miroir », porté par le Trio Ars Nova (flûte, alto et harpe). Ce programme est une création originale qui s’interroge sur la figure aussi silencieuse qu’énigmatique d’Eurydice, l’épouse d’Orphée. Conçu comme un jeu de miroirs musical, il fait dialoguer des œuvres aux esthétiques variées, entre compositions et transcriptions. Le public sera invité à une promenade sonore et une rêverie délicate autour du mythe d’Orphée, explorant les frontières entre le monde visible et invisible. Pour ce voyage poétique, le trio sera composé de Samuel Bricault (flûte), Benoît Morel (alto) et Chloé Ducray (harpe).

 

 

Mercredi 21 octobre – 20h30 | Église Notre-Dame de Royan : Concert de clôture

Le festival royannais se conclura en apothéose le mercredi soir à l’Église Notre-Dame de Royan, un écrin architectural emblématique de la Reconstruction. Ce concert de clôture verra les sonorités du Quintette de cuivres et des percussions de l’ensemble Ars Nova se mêler aux jeux du grand orgue Boisseau, un instrument classé monument historique, réputé pour être l’un des plus beaux de France. Sous la direction musicale de Jérôme Pillement, ce concert événement est placé sous le signe de la création. Le programme mettra en lumière trois créations mondiales issues de commandes passées pour l’occasion :

  • Mattéo Plassard : Passion – Tendresse (création, commande d’Ars Nova)

  • Damien Deshayes : Post Tenebras Lux (création, commande de l’ADOR)

  • Loriane Llorca : Œuvre nouvelle (création, commande d’Ars Nova et de l’ADOR)

Ces pièces contemporaines seront entourées d’œuvres du répertoire, notamment des extraits du Requiem de Maurice Duruflé, ainsi que Éclats de Jean-Charles Gandrille et Vitrail de Georges Delerue.

Pour cette grande soirée de clôture, la distribution réunira les musiciens d’Ars Nova autour de l’orgue, avec Masaki Shiozawa et Loriane Llorca (orgue et organetto). Ils seront rejoints par le Chœur amateur du Conservatoire de Saint-Palais-sur-Mer et l’Ensemble vocal Coup de Chœur de La Rochelle, sous la direction artistique d’Emmanuelle Piaud et Benoît Sitzia.

Avec ces deux concerts, l’ensemble Ars Nova nous convie à un week-end de clôture alliant l’intensité de la création contemporaine à la magie d’un patrimoine exceptionnel.

 

Crédit photo (c) Aurélie Sonnet et Stéphanie Molter

 

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Pour plus de détails sur le festival ROYAN-ORGUES 2026 et sa programmation complète, vous pouvez consulter le site du festival – ou le site officiel de l’ensemble Ars Nova

 

 

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OPÉRA DE MASSY, danse. Ven 9, sam 10 oct 2026.  » Promenade obligatoire « , Compagnie par Terre / Anne Nguyen (chorégraphie)

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Créatrice célébrée et figure majeure de la danse hip-hop contemporaine, Anne Nguyen et sa compagnie par Terre (crée en 2005), en résidence à l’Opéra de Massy, reprennent le ballet « Promenade Obligatoire », « marche pour 8 poppers », jalon d’un travail captivant qui conjugue expérience chorégraphique et cultures urbaines.

 

Créé en 2012, « PROMENADE OBLIGATOIRE » réunit 8 danseurs virtuoses du popping, danse emblématique hip-hop fondée sur la contraction musculaire, les illusions et la précision millimétrée du mouvement. Anne Nguyen a renouvelé les ressources visuelles et rythmiques de la danse urbaine, à la fois hypnotique et spectaculaire ; à travers une danse viscérale et très précise, Anne Nguyen questionne notre aptitude à vivre ensemble, à faire corps comme communauté unie malgré la tentation de l’émancipation fragmentaire et individuelle. La chorégraphe inscrit le vocabulaire hip hop dans un vaste fresque qui interroge les fondements même du corps social, la direction du corps social toujours en mouvement…
Dans le contexte incertain et anxiogène qui menace la société actuelle, le spectacle ne pouvait paraître plus actuel et plus juste.

 

 

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Opéra de MASSY
Ven 9 octobre 2026, 20h
sam 10 oct 2026, 20h.
Promenade obligatoire, Cie par Terre / Anne Nguyen

 

RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’Opéra de Massy : https://www.opera-massy.com/fr/promenade-obligatoire.html?cmp_id=77&news_id=1260&vID=63

 

Compagnie par Terre
Chorégraphie : Anne Nguyen
Musique : Benjamin Magnin

 

 

 

vidéo


Marche pour 8 poppeurs – Création 2012 / Reprise 2026 – Durée 60 min – Tout public

(FR) PROMENADE OBLIGATOIRE est une traversée ininterrompue du plateau dans le sens de la flèche du temps pour huit danseurs spécialistes du popping. De la masse compacte aux assemblages moléculaires, de l’ordre idéal aux allures de parade militaire à la différenciation, les danseurs sont plongés dans une succession d’états évanescents. Dans cette frise chronologique vivante où l’homme lutte tour à tour contre le déterminisme et contre son propre enfermement, le geste hip-hop, déstructuré et décliné de profil, devient envoûtant. Sur une création musicale électronique aux sonorités industrielles, PROMENADE OBLIGATOIRE porte une réflexion sur les différents états possibles d’”être ensemble” dans une société toujours en mouvement.

Plus d’infos : https://www.compagnieparterre.fr/?page_id=132

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CRITIQUE, concert. PORTO, Mosteiro de São Bento da Vitória, le 1er octobre 2026. BEETHOVEN / JANACEK / TOLSTOÏ. Quatuor Kairi, Mario Hossen (violon), Filipe Pinto-Ribeiro (piano)

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Le 1er octobre 2026, le Mosteiro de São Bento da Vitória, à Porto, rouvrait enfin ses portes après près d’un an de travaux de requalification, et c’est avec un programme d’une grande intelligence que ce joyau architectural a signé son retour à la vie. Sous la houlette de Filipe Pinto-Ribeiro, pianiste et directeur artistique du cycle MUSICAL-MENTE (lire notre chronique du 18 déc 2025 à ce sujet…), le public a été convié à une soirée où les frontières entre musique, littérature et émotion pure se sont dissoutes avec une grâce saisissante.

 

Le choix du lieu revêtait une forte portée symbolique. Avant sa fermeture pour travaux, le monastère portuan avait accueilli le cycle Musical-Mente, fondé par Filipe Pinto-Ribeiro en 2021. Cette réouverture ne célébrait donc pas seulement un patrimoine retrouvé ; elle redonnait vie à une mémoire musicale profondément ancrée dans ces murs. En quelques saisons seulement, Musical-Mente s’est affirmé comme l’un des projets les plus singuliers de la vie musicale portugaise. Son ambition est constante : faire dialoguer la musique avec d’autres formes de connaissance – neurosciences, mathématiques, physique, chimie, politique, poésie – afin d’ouvrir de nouvelles perspectives d’écoute. Cette sixième édition choisissait la littérature – et plus précisément : Tolstoï.

Le parcours imaginé par Filipe Pinto-Ribeiro renversait d’ailleurs le cours de l’histoire. En 1803, Beethoven compose la Sonate op. 47. En 1889, Tolstoï écrit La Sonate à Kreutzer, inspiré par cette œuvre. Puis, en 1923, Janáček compose son Premier Quatuor à cordes, qu’il intitule lui aussi La Sonate « Kreutzer », directement inspiré de la nouvelle de Tolstoï. Le concert invitait l’auditeur à parcourir ce chemin en sens inverse : partir de la littérature pour retrouver peu à peu sa source musicale. Rarement une programmation aura révélé avec autant d’intelligence les liens invisibles qui unissent les œuvres à travers le temps. Le cadre renforçait encore cette impression. Entièrement refermé sur lui-même, le cloître bénédictin, admirablement restauré, possède une beauté presque intemporelle. La pierre, la lumière doucement filtrée, le silence qui habite naturellement cet espace et son acoustique chaleureuse créaient un environnement idéal, où la musique semblait naître de l’architecture elle-même.

 

 

D’emblée, avec le quatuor de Janáček, l’atmosphère du monastère – ce lieu de silence et de recueillement – s’est chargée d’une tension sourde, presque palpable. Le Quatuor KAIRI, avec une cohésion et une intelligence dramatique remarquables, a su rendre toute la fièvre intérieure de cette partition où Janáček semble crier sa propre frustration amoureuse. On a rarement entendu une telle palette de couleurs dans cette œuvre : les pizzicati claquaient comme des reproches, les longs phrasés des cordes hautes se tordaient de douleur, et le finale, d’une violence contenue puis libérée, a laissé l’auditoire suspendu. Puis vint Beethoven, et avec lui, une autre forme de vertige. La Sonate « Kreutzer » est un monument de férocité et de lyrisme, et l’on pouvait légitimement s’interroger sur ce que deux interprètes – Mario Hossen au violon et Filipe Pinto-Ribeiro au piano – allaient bien pouvoir apporter de neuf à une partition mille fois gravée. Hossen, dont on connaît la réputation de virtuose – on le surnomme parfois le « Paganini bulgare », et son Guadagnini de 1749 a des accents qui confinent au surnaturel –, a déployé un jeu d’une richesse de timbre stupéfiante. Les doubles cordes du Presto final étaient d’une netteté qui forçait l’admiration, mais c’est dans les moments de repli, les Adagios  murmurés, qu’il a touché au cœur. Face à lui, Pinto-Ribeiro n’a pas été un simple accompagnateur : il a construit un dialogue d’égal à égal, ciselant chaque accent, chaque respiration, avec une science du rubato qui rappelle que ce pianiste est aussi un architecte du son. Leur entente n’était pas seulement technique, elle était organique : on sentait deux musiciens qui se connaissent, s’écoutent, et surtout se font confiance pour explorer les abîmes de cette musique.

 

 

Mais le vrai coup de génie de cette soirée résidait peut-être dans l’intervention des lectures. Les extraits de La Sonate à Kreutzer de Tolstoï, lus par Pedro Almendra et Pedro Frias, précédaient chacune des deux œuvres, et n’apparaissaient pas plaqués comme un simple habillage. Bien plus qu’un simple prélude littéraire, elles installaient la tension psychologique qui allait trouver ses prolongements musicaux chez Janáček puis Beethoven. La voix, parfois âpre, parfois brisée, de ces deux comédiens, donnait soudain un visage aux tourments que la musique de Janáček et de Beethoven laissait deviner. On comprenait alors toute la cohérence du projet : ces trois « Kreutzer » – celui de Beethoven, celui de Janáček, celui de Tolstoï – ne parlent que d’une seule chose, la jalousie, le désir, la destruction de l’amour. Et entendre ces textes dans ce monastère, lieu de foi et de renoncement, ajoutait une couche de trouble, presque de sacrilège, qui rendait l’expérience encore plus intense.

Il faut saluer le travail de Filipe Pinto-Ribeiro en tant que directeur artistique. Le cycle MUSICAL-MENTE, dont c’était la sixième édition, a pour vocation d’explorer les liens entre la musique et d’autres disciplines – ici la littérature – et cette soirée en est l’illustration la plus aboutie. On sent une curiosité intellectuelle, un désir de ne pas se contenter du concert traditionnel, mais de proposer une véritable expérience. Le public, venu nombreux pour cette réouverture, ne s’y est pas trompé : les applaudissements, longs et nourris, ont salué autant la performance des artistes que l’audace du programme.

Le Mosteiro de São Bento da Vitória a retrouvé une nouvelle jeunesse. Ses pierres, patiemment restaurées, ont vibré ce soir-là d’une manière qui laissera des traces. Nul doute que ce lieu, désormais rouvert, continuera d’accueillir des moments de cette intensité. Une résurrection, en somme…

 

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CRITIQUE, concert. PORTO, Mosteiro de São Bento da Vitória, le 1er octobre 2026. BEETHOVEN / JANACEK / TOLSTOÏ. Quatuor Kairi, Mario Hossen (violon), Filipe Pinto-Ribeiro (piano). Crédit photo (c) José Caldeira

 

 

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ORCHESTRE SYMPHONIQUE D’ORLÉANS. Sam 10, dim 11 oct 2026. MOZART (Symphonie concertante), FARRENC (Symphonie n°2)… Marius Stieghorst, direction

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Mozart, génie inspirant a démontré ses capacités exceptionnelles dans l’écriture orchestrale et concertante. En témoigne sa Symphonie concertante, joyau emblématique de son audace artistique empreinte de jeu et de théâtralité. La partition mettra en valeur les chefs de pupitre vents de l’Orchestre Symphonique d’Orléans ; en outre, deux compositeurs rendent hommage à Mozart, au cours de ce programme : Jacques Ibert et surtout Louise Farrenc.

 

 

Choix admirable que de ressusciter les Symphonies de Louise Farrenc (1804 – 1875) d’autant que chaque exhumation et interprétation souligne un peuplas la part significative d’un génie oublié du romantisme français. Il était temps que l’on mesure sur pièce l’écriture de Louise Farrenc, sa conception de l’architecture et des couleurs orchestrales. Le tissu sonore de Farrenc, éminent professeure de piano au Conservatoire (dès 1842 et jusqu’en 1872), se nourrit via ses maîtres dont Reicha et Hummel du grand symphonisme de Mendelssohn ou de Weber ; au milieu du XIXèmr, alors que s’impose quoiqu’il en dise, Berlioz (et sa Fantastique depuis 1830), le tempérament classique et flamboyant de Farrenc s’accomplit – mais dans la sphère privée car au Conservatoire, la classe de composition est réservé aux… hommes (aberrante discrimination) : son écriture renouvelle Beethoven, avec une fluidité qui regarde au delà du Rhin vers Mendelssohn déjà cité et Schumann. Souvent l’ivresse schumanienne le dispute à la transparence lumineuse de Mendelssohn, à l’éloquente maîtrise de la forme sonate, associée à une orchestration vivante, brillante, hautement dramatique. Farrenc soigne en particulier les séquences dialoguées des vents (bois et flûtes) : comme en témoigne la somptueuse motricité articulée de l’Andante de la Symphonie n°2 opus 35.

Justement la 2ème Symphonie (1849) d’un souffle intérieur remarquablement élaboré, semble la plus personnelle, s’abreuvant à une source multiple : bois, cordes, percussions,
cuivres (cors lointains) en verve complice et articulation très suggestive rappellent l’esprit bucolique de la Pastorale de Beethoven : éclairage encore développé dans l’Adagio, à la
fois tendre et majestueux où prospère une richesse de couleurs réellement enivrante (entre Beethoven et Schumann) ; l’ampleur de la pensée musicale s’accomplit pleinement dans l’architecture dramatique, du Finale : Allegro dont la référence à Bach (Fugato) est clairement énoncée. Le tempérament de Farrenc tempête, rugit, exprime les vertus
de l’énergie, de l’éclat victorieux, de la joie collective en effet beethovénienne.

 

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Samedi 10 OCTOBRE 2026 • 20h30
Dimanche 11 OCTOBRE 2026 • 16h
Théâtre d’Orléans, Salle Barrault
Durée : 1 h 30 avec entracte
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’Orchestre Symphonique d’Orléans 

 

 

 

Programme
Jacques IBERT : Hommage à Mozart
W. A. MOZART : Symphonie concertante avec vents
Louise FARRENC : Symphonie n°2
(AFO « Unanimes » avec les compositrices)

 

Flûte : Minaya Chapelain – Hautbois : Christophe Patrix
Basson : Chloé Kieken – Cor : David Harnois
ORCHESTRE SYMPHONIQUE D’ORLÉANS
Marius Stieghorst, direction

 

 

POUR EN SAVOIR PLUS, avant-concert
Causerie avec Roxane Touchard.
Mercredi 7 octobre à 1 h,
lieu à déterminer, gratuit.

 

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LES TALENS LYRIQUES. REQUIEM de CAMPRA : Amsterdam le 3, puis Namur le 6 oct 2026. TARARE de SALIERI, du 10 au 18 octobre 2026, à l’Opéra Royal de Versailles

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Avant d’interpréter le rare et exceptionnel TARARE de Salieri à l’Opéra Royal de Versailles (du 10 au 18 octobre prochain), Les Talens Lyriques réalisent le Requiem de Campra (couplé avec la Missa Assumpta est Maria de Marc-Antoine Charpentier) à Amsterdam puis Namur…

 

Un nouveau cycle de concert donné en 2 étapes, au Concertgebouw d’Amsterdam, dans le cadre de la NTR ZaterdagMatinee, puis au Grand Manège de Namur. Puis pour prolonger cette escale belge, rendez-vous le 5 octobre à l’IMEP de Namur pour une masterclass publique de Christophe Rousset, accès libre.

 

REQUIEM
Marc-Antoine Charpentier : Missa Assumpta est Maria, H.11 (ca 1699)
André Campra : Requiem (ca 1695)

Apolline et Thaïs Raï-Westphal, dessus
Abel Zamora, haute-contre
Nicholas Scott, taille
Adrien Fournaison, basse-taille

Chœur de Chambre de Namur
Thibaut Lenaerts, chef de chœur

Les Talens Lyriques
Christophe Rousset, direction

 

NTR ZaterdagMatinee
Het Concertgebouw, Amsterdam, Pays-Bas
Le 3 octobre à 14h15 –
Diffusion en direct le samedi 3 octobre à 14h15
sur radio NTR ZaterdagMatinee  (NPO Klassiek)

Grand Manège, Namur Concert Hall
Namur, Belgique
Le 6 octobre à 20h

 PLUS D’INFOS sur le site des TALENS LYRIQUES

 

 

transmission, pédagogie

Lundi 5 octobre 2026, l’IMEP ouvre exceptionnellement au public une masterclass avec Christophe Rousset. 8 chanteur·euses du Studio Baroque et du Chœur de Chambre de Namur présenteront un programme de musique des XVIIe et XVIIIe siècles. Lundi 5 octobre 2026 – 10h à 18h dans la Salle de Concert de l’IMEP (Chapelle, 28 rue Juppin) NAMUR – Accès libre – entrée ouverte au public

 

 

NOMINATION

L’enregistrement Ifigenia in Tauride de Tommaso Traetta (Aparté) est finaliste dans la catégorie Recording (Complete Opera) des International Opera Awards 2026. La cérémonie de remise des prix aura lieu le samedi 21 novembre au MusikTheater an der Wien, à Vienne, et sera diffusée gratuitement en direct sur OperaVision.
International Opera Awards 2026
(Catégorie Recording)
https://operaawards.org/archive/2026/

 

 

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ORCHESTRE NATIONAL AUVERGNE-RHÔNES-ALPES (ONAURA). Opéra-Théâtre de Clermont-Ferrand, les 16 et 17 oct 2026. Magdalene Ho (piano), Vincent Lucas (flûte), Valeria Kafelnikov (harpe), ONAURA, Christian Zacharias (direction)

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L’Orchestre national Auvergne-Rhône-Alpes (ONAURA) ouvre sa saison clermontoise avec un programme placé sous le double signe de la jeunesse créatrice et de l’art mozartien du dialogue. Les 16 et 17 octobre 2026, l’Opéra-Théâtre de Clermont-Ferrand accueille Christian Zacharias, chef associé de la phalange et familier de longue date de la scène auvergnate, pour une soirée où le piano, la flûte et la harpe se font tour à tour solistes et partenaires d’une même conversation musicale. À ses côtés, trois interprètes de premier plan : la pianiste Magdalene Ho, le flûtiste Vincent Lucas et la harpiste Valeria Kafelnikov.

 

Une entrée en matière résolument contemporaine

Fidèle à l’engagement de la saison 2025-2026 de l’ONAURA en faveur de la création au féminin, le concert s’ouvre sur Entropia de Margaux Dauby. Cette pièce pour vingt-trois cordes solistes, créée le 19 décembre 2023 au CNSMD de Lyon lors du concert « Métamorphoses » (commande de Siméon Labouret et Félix Nunes), fait ici l’objet d’une reprise. Le titre dit assez la démarche : l’entropie, cette tendance à la dégradation et au désordre, devient sous la plume de la jeune compositrice un matériau sonore à part entière. Les cordes de l’orchestre, seules en scène, déploient un univers où la texture le dispute au mouvement, dans une écriture qui interroge la fragilité du monde contemporain tout en conservant une dimension résolument sensible. Une manière de rappeler que la musique d’aujourd’hui a toute sa place dans un programme où Mozart demeure le cœur battant.

Mozart, ou l’art du dialogue retrouvé

Le reste de la soirée est consacré à Wolfgang Amadeus Mozart, et plus particulièrement à trois partitions où le compositeur explore avec un bonheur constant les ressources du dialogue concertant. Le Divertimento n° 17 en ré majeur KV 334 encadre l’ensemble du programme : ses trois premiers mouvements précèdent les concertos, ses trois derniers les referment. Composée vers 1779-1780, probablement à l’occasion de la soutenance de thèse d’un membre de la famille Robinig, cette page de grande envergure pour deux violons, alto, basse et deux cors déploie une écriture d’une ampleur presque symphonique, où la musique de divertissement s’élève sans jamais perdre sa légèreté ni sa grâce. Les six mouvements alternent Allegro, thème et variations, menuets, Adagio et Rondo, dessinant une architecture où chaque intervention instrumentale participe d’un équilibre constamment négocié.

Au centre de ce dispositif, deux concertos emblématiques. Le Concerto pour flûte et harpe en ut majeur KV 299 répond à une commande parisienne du duc de Guisnes et demeure l’unique incursion de Mozart dans le répertoire de la harpe. La partition joue de la complémentarité des timbres : la flûte, agile et lumineuse, dialogue avec les arpèges et les sonorités cristallines de la harpe, dans un tissu orchestral d’une élégance constante. Les deux instruments se répondent, se croisent, s’entrelacent, faisant de ce concerto une conversation exemplaire entre deux voix que tout semble rapprocher.

Le Concerto pour deux pianos en mi bémol majeur KV 365 clôt cette galerie concertante. Écrit à Salzbourg en 1779, il était destiné à être joué par Mozart et sa sœur Nannerl, et l’on devine dans cette destination familiale une exigence d’égalité entre les deux parties. Les deux claviers se répondent avec une intimité telle qu’il devient parfois difficile de distinguer où commence l’un et où finit l’autre. La musique est vive, généreuse, souvent joueuse, et le finale en rondo emporte l’auditoire dans un élan d’une exubérance communicative.

 

Des interprètes au service d’une même exigence

Christian Zacharias, né en Inde en 1950, est l’une des figures les plus singulières du paysage musical européen. Pianiste et chef d’orchestre, il rejette les dogmes pour privilégier une honnêteté du jeu qui n’exclut ni la rigueur ni l’imprévu. Sa relation avec l’ONAURA, dont il est chef associé aux côtés de Thomas Zehetmair et Enrico Onofri, est ancienne et profonde. Dans ce programme, il assume à la fois la direction et la partie de piano du Concerto KV 365, retrouvant une pratique — jouer en dirigeant depuis le clavier — qui fut celle de Mozart lui-même.

À ses côtés, Magdalene Ho incarne la nouvelle génération du piano. Née en 2003 en Malaisie, lauréate du prestigieux Concours Clara Haskil en 2023, elle s’est déjà produite avec l’Orchestre de la Suisse Romande et s’impose comme l’un des talents les plus prometteurs de sa génération. Sa présence dans ce concerto pour deux pianos, face à un interprète aussi expérimenté que Zacharias, promet un échange où jeunesse et maturité se nourrissent mutuellement.

Vincent Lucas est, pour le public clermontois, une figure familière : c’est dans cette ville qu’il a commencé la flûte à l’âge de huit ans, avant d’intégrer à quatorze ans le Conservatoire national supérieur de Paris, puis de devenir flûte solo de l’Orchestre de Paris après un passage à l’Orchestre philharmonique de Berlin. Son retour dans le Concerto KV 299 prend ainsi une dimension particulière, celle d’un musicien qui retrouve la scène de ses débuts pour y défendre l’une des pages les plus lumineuses du répertoire.

Valeria Kafelnikov, harpiste franco-russe née en 1979, est soliste de l’Ensemble intercontemporain et professeure au CNSMD de Lyon. Fille d’un trompettiste de l’Orchestre philharmonique de Saint-Pétersbourg, elle a été formée auprès d’Isabelle Moretti à Paris et Fabrice Pierre à Lyon, et s’est illustrée dans un répertoire qui va du XVIIIe siècle à la création contemporaine. Sa maîtrise des harpes historiques comme de l’instrument moderne lui permet d’aborder le Concerto KV 299 avec une compréhension intime des contraintes et des beautés de l’écriture mozartienne.

Ce concert, d’une durée d’environ deux heures avec entracte, s’inscrit dans la Saison 2025-2026 de l’Orchestre national Auvergne-Rhône-Alpes, qui fait la part belle aux grandes œuvres du répertoire comme aux créations inédites. Les places sont proposées à des tarifs accessibles, de 5 € à 32 € selon les catégories et les publics, et le concert est également proposé à l’abonnement.

 

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Renseignements et réservations sur le site de l’ONAURA : onauvergne.com

 

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CRITIQUE CD événement. « Le Tombeau de Ravel » (Ravel, Rameau, Debussy, Dukas, Messiaen, Durliat…, Gabriel DURLIAT, piano et composition (1 cd Scala Music)

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La force de ce 2è album de Gabriel Durliat chez Scala Music, tient à sa double nature : son œuvre d’hommage et sa capacité créative ; l’acuité du souvenir et de la trace laissée par les Anciens, suscite un jaillissement créateur que le pianiste compositeur sait explorer avec autant de culture que de sensibilité. Après Fauré, voici son disciple… Ravel. Le pianiste exprime toute la subtilité de l’hommage de ce dernier à son « maître », dans « Jeux d’eau », dédiés « au Maître Gabriel Fauré » :

 

 

…. le pianiste y déploie la magie des clapotis et de l’ondulation vive, génératrice d’images flottantes, poétiques, d’un enivrement d’une immatérialité glissante, évanescente, riche en modulations harmoniques ; en jouant la carte du « tombeau », pièce désignée pour exprimer sa propre admiration pour un autre compositeur admiré, le pianiste édifie tout un parcours de filiations assumées, certaines particulièrement créatives qui tout en rendant hommage au compositeur regretté, permettent de composer dans le style de celui que l’on pleure.
Ainsi Ravel, figure centrale qui rend hommage à.. Couperin, dans les 6 séquences de son « Tombeau de Couperin », le pianiste exprime toute son admiration pour son prédécesseur, dans une élégance et une subtilité de ton toute… française. L’exemple de la « Forlane » illustre ce jeu d’inspiration récréative : celle de Ravel prolonge les pas mesurés, agiles, facétieux, plein d’esprit de celle de Couperin, jouée juste avant le Tombeau de Couperin, – et dans la transcription de… Ravel.

Comme compositeur, Gabriel Durliat ajoute même sa propre conception de la « Bourrée », laissée inachevée par Rameau et méritait bien cette finition à la fois vivace et même nerveuse voire impérieuse dans la réitération de sa vitalité rythmique.

Par extension du propos générique pour rendre hommage lui-même à Ravel, le pianiste compositeur de 25 ans joue sa propre partition « Danse rituelle » qui vient heureusement dialoguer avec le Tombeau de Couperin, dans un jeu qui associe le dessin ample du rythme, des nappes harmoniques enveloppantes, dans un balancement entre proche et lointain, entre « vivacité et résonance », sur un rythme résolument chorégraphique, dionysiaque quand le clavier n’exprime pas des paysages plus intimes où sont enchâssés des motifs de Ravel lui-même.

A la tentation du pastiche stylistique, se joint aussi la propre sensibilité de celui qui rend hommage ; ainsi l’art du pianiste suggestif et nuancé dévoile comme Debussy, rendant hommage à Rameau, édifie sa propre image fantasmée et nostalgique de la Sarabande, héritée de son confrère du XVIIIè ; à pas feutrés, mais résolus, l’évocation semble surgir d’une ombre propice, pleine de tendresse respectueuse, pour inviter à un voyage intérieur dont le pianiste dévoile peu à peu la matière des avancées harmoniques, a force des images illusionnistes comme un rêve qui se déroule… et qui finit comme il a commencé dans le silence.

De même, plus mystérieux encore, Dukas regrettant la perte de Debussy, cite en lui attribuant une nouvelle enveloppe funèbre, certain thème de Prélude à l’Après midi d’un faune… dans son « Tombeau de Claude Debussy », subtiles références qui coulent de source là encore, sous les doigts de Gabriel Durliat. Dukas semble y prolonger l’ardent désir du Faune, y suspendre son attente insatisfaite, fixer son questionnement, ainsi tissé comme un filigrane sans terminaison réelle (sinon les notes répétées finales qui questionnent sans répondre).
On retrouve cette même interrogation profonde, fondamentale dans l’hommage de Messiaen à son maître Dukas : sa pièce pour le Tombeau de ce dernier, répète une série d’accords qui sonnent comme un carillon fantastique revenant toujours au mystère de la mort, s’enfonçant peu à peu dans le grave sépulcral.

Après la grâce suspendue, aérienne, des Tendres Plaintes (suite en ré mineur) de Rameau, inscrite dans la pudeur nostalgique, Gabriel Durliat prolonge ce caractère d’enchantement poétique dans Pavane pour une infante défunte (1902), ultime révérence musicale d’une série puissamment suggestive ; dans ce goût pour un archaïsme reformulé, le pianiste exprime l’admiration de Ravel pour les anciens : son élégance épurée inscrit la justesse du geste et de l’inspiration entre mélancolie et gravité, innocence et majesté. Le pianiste y déploie un jeu toute un subtilité suggestive, une éloquence fine et rêveuse.

 

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CRITIQUE CD événement. « Le Tombeau de Ravel « , Gabriel DURLIAT, piano et compositio (1 cd Scala Music) — Enregistré du 9 au 11 septembre 2025 à La Scala Provence (Avignon), sur un piano Yamaha CFX — CLIC de CLASSIQUENEWS automne 2026 — Parution : 2 octobre 2026 / Label Scala Music – Photo : Gabriel Durliat © Thomas O’Brien

 

 

 

 

programme
Ravel : Jeux d’eau, M. 30
Rameau : Suite en ré majeur : Les Tendres Plaintes
Debussy : Images, 1re série — Hommage à Rameau
Dukas : « La Plainte, au loin, du Faune… » (Tombeau de Debussy)
Messiaen : Pièce pour le Tombeau de Paul Dukas
Couperin : Forlane (Concerts Royaux) — transcr. Ravel
Ravel : Le Tombeau de Couperin, M. 68 (6 mouvements)
Ravel / Durliat : Bourrée pour le Tombeau de Couperin (reconstitution)
Durliat : Danse rituelle, pour le Tombeau de Maurice Ravel
Ravel : Pavane pour une infante défunte, M. 19

 

LIRE aussi notre présentation annonce du cd de Gabriel Durliat Le Tombeau de Ravel (1 cd Scala Music) :
ANNONCE CD événement. « Le Tombeau de Ravel » : Couperin, Rameau, Fauré, Ravel, Debussy, Messiaen, Durliat… , Gabriel DURLIAT, piano et composition (1 cd Scala Music) | ClassiqueNews
https://www.classiquenews.com/annonce-cd-evenement-le-tombeau-de-ravel-couperin-rameau-faure-ravel-debussy-messiaen-durliat-gabriel-durliat-piano-et-composition-1-cd-scala-music/
En hommage au génie de Maurice Ravel, un compositeur qui « apporte tant de joie dans ma vie de musicien », le jeune pianiste Gabriel Durliat qui est aussi chef d’orchestre et compositeur, conçoit pour son 2è album chez Scala Music, ce « Tombeau de Ravel », un cycle minutieusement choisi qui vaut hommage respectueux à celui dont « l’ingéniosité fascine et la pudeur des sentiments bouleverse ».

 

 

 

PROCHAINS CONCERTS

3 octobre / CONCERT SORTIE du CD Le Tombeau de Ravel
 (Scala Music), Scala Paris
16 octobre
 / Récital — Festival Ouverture, Semur-en-Auxois
2 novembre 2026 / 
Récital — Bibliothèque de la Grange-Fleuret, Paris

PLUS D’INFOS sur le site de l’éditeur SCALA MUSIC / Gabriel Durliat : Le Tombeau de Ravel – 1 cd Scala Music :
Le Tombeau de Ravel : https://scalamusic.fr/products/le-tombeau-de-ravel

 

 

entretien

LIRE aussi notre ENTRETIEN avec Gabriel DURLIAT :
ENTRETIEN avec le pianiste Gabriel DURLIAT, à propos de son nouvel album Le Tombeau de Ravel … | ClassiqueNews
https://www.classiquenews.com/entretien-avec-le-pianiste-gabriel-durliat-a-propos-de-son-nouvel-album-le-tombeau-de-ravel/

Après Fauré, Gabriel Durliat s’intéresse au mystère Ravel… fasciné par ses sortilèges, le pianiste explorateur qui est aussi compositeur, questionne tout ce qu’a de spécifique la musique française dont Ravel est un ambassadeur majeur : « une certaine relation incantatoire au rythme » , des « couleurs harmoniques riches », la recherche sonore « dans la vivacité et la résonance »… En jouant avec le genre du Tombeau, hommage et célébration d’un confrère admiré, Gabriel Durliat retisse des filiations affectives, de Ravel à Couperin (et à Fauré), de Debussy à Rameau, de Messiaen à Dukas… Des correspondances et des filiations artistiques se précisent, où s’inscrivent aussi les propres compositions de l’interprète …

 

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CLERMONT AUVERGNE OPÉRA (Clermont-Ferrand). 29ème Concours International de chant, du 20 au 24 avril 2027

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L’Opéra-Théâtre de CLERMONT-FERRAND / CLERMONT AUVERGNE OPÉRA présente la nouvelle édition de son CONCOURS DE CHANT, référence internationale du 20 au 24 avril 2027. Les candidats peuvent déposer leur dossier de candidature dès à présent jusqu’au 15 décembre 2026

 

 

Participez au CONCOURS INTERNATIONAL DE CHANT 2027
Déposer votre dossier de candidature jusqu’au 15 décembre 2026
sur le site du CONCOURS 2027 : https://concours.clermont-auvergne-opera.com/

sommaire du site du CONCOURS 2027 :
Œuvres auditionnées 2027
Programme d’audition 2027
Conditions d’inscription 2027
Prix 2027

Inscriptions 2027 :
FORMULAIRE EN LIGNE : https://concours.clermont-auvergne-opera.com/formulaire-dinscription/

 

 

Chaque édition, le Concours dont l’attractivité sélectionne de jeunes artistes du monde entier autour de projets lyriques exigeants, conçus comme de véritables tremplins de carrière. Il s’agit de constituer cette année pour 2 productions lyriques, la distribution : L’AMOUR MASQUÉ d’André MESSAGER, et une perle méconnu de l’opéra romantique français, ARIODANT de MÉHUL. En outre, il est recherché aussi un duo, voix / piano pour un récital de lieder de SCHUBERT.

Le public toujours très nombreux peut venir assister librement au premier tour, mardi 20 et mercredi 21 et à la demi‑finale, jeudi 22 avril 2027, pour vivre les auditions au plus près. Pendant les délibérations du Jury, lors de la Finale (samedi 24 avril 2027, entrée payante), la conférence‑spectacle de Jérôme Rouger explorera avec humour et malice le rôle des spectateurs dans la réussite d’un spectacle et rappellera que les spectateurs ont aussi leur mot à dire en participant à l’attribution du Prix du Public « Bernard Plantey ».

La 29ème édition du Concours International de Chant de Clermont-Ferrand met à l’honneur L’Amour masqué, comédie musicale d’André Messager produite par les Frivolités Parisiennes et mise en scène par Sol Espeche, mais aussi l’opéra-comique d’Étienne-Nicolas Méhul, Ariodant, avec l’Orchestre Concordances, sous la direction de Martin Wåhlberg, ainsi qu’un Duo Piano-Voix autour des lieder de Franz Schubert qui bénéficiera de deux récitals et d’une résidence au Château de Parentignat.

 

PARTICIPEZ AU CONCOURS 2027

➜ Inscriptions en ligne jusqu’au 15 décembre 2026
sur le site du CONCOURS 2027 :
https://concours.clermont-auvergne-opera.com/

 

œuvres auditionnées 2027 :

 

MESSAGER : L’Amour masqué

Comédie musicale en trois actes – Création au Théâtre Édouard‑VII à Paris en 1923
Rôles auditionnés :
Elle – Mezzo-soprano / Soprano
1ère et 2ème Servantes – Soprano
L’Interprète – Ténor
Le Baron – Baryton
Le Maharadjah – Ténor

Répétitions
Région parisienne : 2 semaines de travail préparatoire en décembre 2027
Répétitions à Clermont-Ferrand du 3 au 14 janvier 2028
Représentations saison 2027-2028
– Opéra-Théâtre de Clermont-Ferrand : 15 et 16 janvier 2028
– Opéra de Reims : 22 et 23 janvier 2028
– 6 à 8 dates à Paris : Février 2028 (en cours de validation)

 

MÉHUL : Ariodant

Opéra-comique en 3 actes – Création au Théâtre Favart / Opéra-Comique, Paris, en 1799
Version Concert – Chanté en Français
Accompagnement sur piano d’époque lors du concours – Diapason 430
Rôles Auditionnés
Ariodant – Ténor
Ina – Mezzo ou soprano dramatique
Dalinde – Soprano lyrique
Lurcain – Baryton / Basse-taille
Othon – Ténor
Le Barde – Ténor léger / Haute-contre
Edgar – Baryténor

Répétitions
Clermont-Ferrand : 
6 jours en mai 2028
Représentations
– Opéra-Théâtre de Clermont-Ferrand – Mai 2028
1 représentation version concert
– Festival baroque de Trondheim (Norvège) – Juin 2028
1 représentation version concert

Enregistrement d’un CD de la production à Clermont-Ferrand

 

Duo Piano-Voix

Fort du succès rencontré lors du dernier concours 2025, où cette catégorie a été proposée pour la première fois, le Concours International de Chant de Clermont-Ferrand renouvelle l’expérience. Il récompensera un duo Piano-Voix déjà constitué, appelé à se produire notamment dans un répertoire mettant à l’honneur les lieder de Schubert en 2028 à l’Opéra-Théâtre de Clermont-Ferrand, année du bicentenaire de la mort de Schubert.
L’interprétation des lieder de Schubert exige du chanteur ou de la chanteuse une diction allemande précise, une grande finesse expressive et une palette de couleurs nuancée. Le ou la pianiste devra être un véritable partenaire, attentif au texte, aux respirations et à la poésie musicale. L’écoute et la complicité du duo seront essentielles.
Le duo lauréat bénéficiera d’un récital dans la saison 2027-2028 de Clermont Auvergne Opéra, un récital dans le cadre du Festival Volcadiva, ainsi que d’une résidence au château de Parentignat.
Musiques
Lieder de Franz Schubert
Artistes recherchés :
Pianiste / Voix (toute tessiture)
Résidence et restitution
Château de Parentignat (63) – Été 2027 (3 jours)
(Date à définir selon disponibilités des candidats)
Récital
– Opéra-Théâtre de Clermont-Ferrand – Date à définir- Saison 2027/2028
– Festival Volcadiva (63) – Début juillet 2028

 

 

TOUTES LES INFOS, le déroulé des épreuves, les séances ouvertes au public, les modalités pour concourir sur le site du CLERMONT AUVERGNE OPÉRA saison 2026 – 2027 : https://concours.clermont-auvergne-opera.com/

 

 

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Finale du samedi 24 avril 2027

Réservez vos places directement sur le site de CLERMONT AUVERGNE OPÉRA 2027 : https://clermont-auvergne-opera.com/evenement/29eme-concours-international-de-chant-de-clermont-ferrand/

OPÉRA-THÉÂTRE DE CLERMONT-FERRAND
FINALE
SAM. 24 AVRIL 2027 — 15h
de 12 À 25 €
Durant les délibérations du Jury, Conférence-spectacle Conseils aux spectateurs de et avec Jérôme Rouger

 

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CRITIQUE, opéra. MADRID, Teatro Real, les 24 et 29 septembre 2026. PUCCINI : Manon Lescaut. S. Radvanovsky /S. Hernández, M. Fabbiano /J. de Leon, L. Meachem /S. Mechlinski… Carlos Wagner / Nicola Luisotti

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Après cent vingt et un ans d’absence, le Teatro Real de Madrid s’est acquitté d’une dette historique en ressuscitant, pour ouvrir sa saison 2026-2027, l’un des grands titres du répertoire italien : Manon Lescaut de Giacomo Puccini. Troisième opéra du catalogue puccinien, cette œuvre constitua, grâce à l’extraordinaire richesse de son écriture musicale, le premier grand triomphe de Puccini et sa consécration définitive comme héritier de Giuseppe Verdi, alors considéré comme le père incontesté de l’opéra italien.

 

Créée au Teatro Regio de Turin en 1893, Manon Lescaut s’inspire du célèbre roman Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut (1731) de l’écrivain français Antoine François Prévost. La rédaction du livret mobilisa une véritable légion de collaborateurs : Luigi Illica, Giuseppe Giacosa, Marco Praga et Domenico Oliva, auxquels s’ajoutèrent Puccini lui-même et son éditeur Giulio Ricordi. L’attrayante histoire imaginée par Prévost a inspiré de nombreux compositeurs — Auber, Massenet, Puccini et Henze, entre autres — qui l’ont portée à la scène lyrique selon des perspectives très différentes. Toutes ces adaptations ont cependant pour figure centrale une protagoniste à la personnalité aussi complexe que fascinante : Manon, prisonnière d’une beauté troublante et séduisante, tiraillée entre son irrépressible penchant pour le luxe, les plaisirs et la sécurité matérielle, et l’amour passionné qu’elle éprouve pour le chevalier Des Grieux. Un conflit de désirs dans lequel la quête d’une existence confortable cohabite, non sans contradictions, avec la nécessité de conserver auprès d’elle l’homme qu’elle aime.

 

Réunissant quelques-uns des noms les plus en vue du monde lyrique actuel, la distribution vocale constitua elle aussi l’un des grands piliers de la représentation, mettant pleinement en valeur la richesse de l’écriture vocale de chacun des personnages. Dans le rôle particulièrement exigeant de Manon, Sondra Radvanovsky et Saioa Hernández se distinguèrent par des prestations vocalement irréprochables et un engagement scénique hors du commun. La soprano canado-américaine mit au service de son personnage un instrument d’une ampleur considérable, robuste, doté d’un beau médium et d’aigus fermes et puissants, maîtrisé grâce à une solide technique. Elle offrit ainsi un chant riche en contrastes, sculpté de demi-teintes et de filati d’une exquise facture. Son timbre sombre, métallique et dramatique trouva dans le dernier acte, et plus particulièrement dans son aria finale, « Sola, perduta, abbandonata », le terrain idéal pour déployer tout son potentiel. Saioa Hernández, quant à elle, offrit une Manon sensible et sensuelle, portée par un instrument ample, homogène et d’un riche éclat, ainsi que par un chant délicat, toujours empreint d’émotion.

Le ténor américain Michael Fabiano, qui faisait à cette occasion ses débuts dans le rôle de Des Grieux, ne fut pas à la hauteur des attentes. Ses bonnes intentions ne trouvèrent pas de véritable répondant dans sa prestation vocale. Son évolution récente vers un répertoire de plus grand poids dramatique semble avoir eu des répercussions sur la qualité de son chant, ce qui se fit particulièrement sentir au cours des deux premiers actes, où l’écriture exige un phrasé éminemment lyrique. C’est précisément là que le ténor montra ses limites : installé dans un forte presque permanent, incapable de construire un legato homogène et rencontrant des difficultés à satisfaire avec suffisamment de sûreté aux exigences de la partition dans l’aigu. Sa prestation gagna néanmoins en consistance au fil de la soirée et, si elle finit par trouver une certaine assise, ce fut davantage grâce à la véhémence de son engagement théâtral qu’à la qualité de son chant. En alternance dans le rôle, le ténor espagnol Jorge de León remporta en revanche un immense triomphe. Parfaitement en adéquation avec les exigences de Des Grieux et dans une soirée où il semblait particulièrement inspiré, il fit valoir une voix brillante, au médium ample et dense, souple et puissante, qu’il administra avec maîtrise et autorité aussi bien dans les passages de caractère lyrique que dans les moments de plus grande intensité dramatique. La richesse de l’instrument, le contrôle de l’émission et l’intention avec laquelle il cisela chaque phrase furent à l’origine de certains des moments de plus haute excellence vocale de la soirée. Il convient également de souligner la magnifique entente avec sa partenaire, Saioa Hernández, qui se traduisit par une remarquable alchimie scénique et, surtout, par un enrichissement réciproque chaque fois que leurs deux voix se rencontrèrent sur scène. Chapeau !

Dans le rôle du sergent Lescaut, frère cynique, joueur et intéressé de la protagoniste, le baryton américain Lucas Meachem livra une prestation correcte, soutenue par une voix solide et homogène, aux graves magnifiquement timbrés. Dans le même rôle, le baryton polonais Szymon Mechlinski constitua une agréable surprise : doté d’une voix lyrique aux couleurs sombres, expressive et généreuse, il sut tirer le meilleur de chacune de ses interventions. Quant à la basse italienne Pietro Spagnoli, dans le rôle du trésorier royal Geronte di Ravoir, il compensa une prestation vocale de peu d’envergure par un grand métier théâtral et une remarquable attention portée au texte. Les ténors Alejandro del Cerro et Albert Casals défendirent avec de bons moyens vocaux le rôle de l’étudiant Edmondo. Très remarquée également, la prestation de la soprano argentine Mercedes Gancedo, qui brilla de tout son éclat dans l’ariette du Madrigal au deuxième acte. Dans les rôles secondaires, Javier Castañeda (l’aubergiste et le capitaine de marine), Mikeldi Atxalandabaso (le maître de danse et le réverbère) et Javier Franco (le sergent des archers) firent preuve de métier et de solidité. Le chœur de la maison, placé sous la direction de l’Argentin José Luis Basso, fit une nouvelle fois montre de sa solide préparation et de son remarquable fondu, avec une prestation particulièrement convaincante, tant dans le chœur des étudiants du premier acte que dans la scène du port du Havre au troisième acte.

 

 

À la tête de l’Orchestre du Teatro Real, l’Italien Nicola Luisotti, premier chef invité, fut lui aussi l’un des grands triomphateurs de cette reprise, livrant l’une de ses meilleures prestations au Teatro Real, avec une lecture riche de lyrisme, de nuances et de tension dramatique. Il se montra également beaucoup plus attentif que d’habitude au volume de l’orchestre, établissant un équilibre salutaire avec les voix, auxquelles il permit de respirer et de se projeter sans être éclipsées par la fosse. L’Intermezzo, construit avec une remarquable richesse de couleurs et une tension toujours croissante, fut particulièrement réussi.

Loin de faire l’unanimité, la production scénique, coproduite avec l’Oper Köln, suscita des réactions contrastées et donna largement matière à discussion. La proposition du metteur en scène vénézuélien Carlos Wagner, à fort caractère symbolique, situe toute la tragédie dans un unique espace circulaire en mouvement, dominé par un carrousel qui se transforme d’un acte à l’autre et sert de fil conducteur à la représentation. Le dispositif évoque la roue de la fortune et, surtout, l’impossibilité d’échapper à un destin qui se répète : ses rotations incessantes suggèrent un mouvement perpétuel qui, en réalité, ne mène nulle part, puisque chaque fuite de Manon et de Des Grieux les ramène toujours au même point. Dans cette production, Manon n’apparaît pas comme une femme uniquement mue par la cupidité ou l’hédonisme, mais comme la victime d’une société dominée par les hommes, dans laquelle sa beauté constitue pratiquement la seule ressource dont elle dispose pour survivre. Le luxe n’est donc pas seulement une tentation, mais aussi un piège : ce qui semble lui offrir la liberté finit par devenir sa propre prison. Le déplacement de l’action de la France et de la Louisiane de la seconde moitié du XVIIIe siècle vers les années quarante ou cinquante du siècle dernier crée à plusieurs reprises un décalage entre ce qui se dit et ce qui se voit sur scène.

Cette vision conduit même Manon à exécuter un numéro de pole dance aux côtés de deux danseurs en caleçon, au grand effroi de la frange la plus conservatrice du public de la maison. Dans l’ensemble, les mouvements des interprètes et des masses chorales étaient bien réglés. Plusieurs choix se révélèrent en revanche pour le moins discutables : l’importance accordée aux femmes déportées au troisième acte, dont la présence prend une telle ampleur qu’elle finit par reléguer Manon et Des Grieux au second plan à un moment qui devrait être centré sur eux ; l’apparition d’autres prostituées dans le désert du quatrième acte, alors que la scène devrait montrer uniquement le couple protagoniste ; et la décision de Wagner de faire mourir Des Grieux, bouleversant ainsi complètement le dénouement conçu par Puccini. Reste enfin le déplacement de l’Intermezzo, placé au début du quatrième acte au lieu d’ouvrir le troisième, comme l’avait voulu Puccini. Un choix pour le moins surprenant : Wagner aurait-il estimé que le compositeur s’était trompé ? La scénographie circulaire de l’Allemand Frank Philipp Schlössmann, les costumes soignés du créateur anglais Jon Morrell et le travail minutieux sur les lumières de l’Allemand Nicol Hungsberg contribuent à donner corps à la vision de Wagner : donner l’illusion que les personnages se déplacent alors qu’en réalité ils reviennent toujours au même point, dans une esthétique fortement inspirée du cinéma.

Lors des saluts finaux, les applaudissements furent avant tout pour les interprètes, la production s’étant heurtée aux attentes d’une bonne partie du public, qui espérait une autre lecture et s’est retrouvé face à une proposition scénique dont plusieurs des choix de Wagner lui ont semblé difficiles à comprendre.

 

 

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CRITIQUE, opéra. MADRID, Teatro Real, les 24 et 29 septembre 2026. PUCCINI : Manon Lescaut. S. Radvanovsky /S. Hernández, M. Fabbiano /J. de Leon, L. Meachem /S. Mechlinski… Carlos Wagner / Nicola Luisotti. Crédit photo (v) Javier del Real

 

 

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CRITIQUE, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 1er octobre 2026. RAUTAVAARA / VASK / STRAVINSKY. Daniel LOZAKOVICH (violon), Orchestre national du Capitole, Tarmo PELTOKOSKI (direction)

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Tarmo Peltokoski ouvre sa nouvelle saison à la tête de l’Orchestre national du Capitole avec un programme original consacré à la nature. La première partie propose des œuvres contemporaines mais faciles d’accès. Le fait que la salle ne soit pas pleine comme un œuf peut s’expliquer par ce choix ambitieux sur la papier de compositeurs inconnus.

 

Pourtant la pièce de Einojuhani Rautavaara, Concerto pour oiseaux et orchestre « Cantus Arcticus », datant de 1972, tient davantage de la musique de film que de l’audace compositionnelle. Les enregistrements de cris d’oiseaux migrateurs faits par le compositeur sont intégrés à la musique de tout l’orchestre. C’est agréable et distrayant. L’orchestre du Capitole est merveilleux de timbres. Saluons le violoncelle généreux et bien chantant de Pierre Gil et les flûtes magiques de Sandrine Tilly et Claude Roubichou (dont c’était le dernier concert, à l’instar d’une collègue violoniste, après plus de 40 ans de bons et loyaux services !….). Puis le jeune et talentueux violoniste Daniel Lozakovich est venu sur le devant de la scène pour interpréter le Concerto pour violon et orchestre n°1 « Distant light », de Peteris Vasks. Débutant sur un suraigu pianissimo, le concerto permet au violoniste suédois de démontrer sa fine musicalité et son engagement dramatique. Véritable passeur, il raconte en jouant magnifiquement. Le stradivarius qui l’accompagne sonne avec une couleur mielleuse et des notes aromatiques de fleurs des champs. La simplicité, l’évidence de son jeu laisse diffuser une émotion très particulière. Cet interprète n’est pas un simple violoniste. C’est un musicien d’exception. Tarmo Peltokoski est particulièrement inspiré par cette œuvre et dialogue avec son soliste pour créer les atmosphères les plus variées avec de belles nuances et des couleurs orchestrales magnifiques. Les cordes de l’Orchestre national du Capitole semblent en état de grâce et la fusion avec le violon aérien de Lozakovich est totale. La grande mélancolie qui de part en part irrigue la partition trouve ce soir des interprètes subtils. Très applaudi, Daniel Lozakovich offre un sublime bis. Bach a écrit pour violon seul des œuvres particulièrement géniales. Daniel Lozakovich nous en offre un extrait déchirant. Il termine dans une nuance pianissimo si subtilement timbrée que le public retient son souffle avant d’exulter. La musicalité de Daniel Lozakovich est vraiment très attachante. Dans Bach, il atteint au sublime. 

Après l’entracte, le contraste est saisissant. L’orchestre au grand complet se lance avec un brio superbe dans une interprétation rutilante de L’Oiseau de feu d‘Igor Stravinski. Ce répertoire russe lui convient admirablement et l’Orchestre national du Capitole y semble particulièrement à l’aise. La fréquentation de ce répertoire russe avec Tugan Sokhiev a laissé une belle empreinte. Les timbres sont brillants, les nuances extrêmes sont très naturelles, les phrasés sont évidents. Tarmo Peltokoski dirige avec brio, détaille toutes les subtilités orchestrales, obtient des nuances subtiles. Son goût des forte semble un peu le griser quand l’orchestre répond avec une telle splendeur. Le grand crescendo du final le voit à court de moyens tant le forte avait démarré trop fort trop tôt. La splendeur de l’orchestre est totale et l’entente avec le chef fonctionne bien. Ce qui nous a un peu manqué, c’est la dramaturgie du ballet. Tarmo Peltokoski concentré sur la brillant orchestral ne nous a rien dit. L’art de conteur de Tugan Sokhiev nous a un peu manqué. 

L’Orchestre national du Capitole a particulièrement brillé ce soir. C’est d’autant plus remarquable que, la veille, il était dans la fosse du théâtre de Capitole pour une Rusalka orchestralement somptueuse. Quelle chance ont les Toulousains ! La belle rentrée musicale que voilà !

 

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CRITIQUE, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 1er octobre 2026. RAUTAVAARA / VASK / STRAVINSKY. Daniel LOZAKOVICH (violon), Orchestre national du Capitole, Tarmo PELTOKOSKI (direction). Crédit photo (c) Romain Alcaraz

 

 

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CRITIQUE, opéra. LONDRES, Royal Opera House, le 1er octobre 2026. WAGNER : Parsifal. S. de Barbeyrac, E. Gubanova, C. Gerhaher, B. Sherratt, M. Stone… Jakub Hrůša / Evgeny Titov

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La nouvelle production de Parsifal de Richard Wagner, présentée au Royal Opera House de Londres du 1er au 17 octobre 2026, restera sans nul doute comme l’un de ces moments où le génie d’une partition rencontre une distribution d’exception. Sous la baguette de Jakub Hrůša, directeur musical de la maison, et portée par un plateau vocal rare, cette Bühnenweihfestspiel (« festival scénique sacré ») déploie une intensité émotionnelle et une beauté sonore qui transcendent largement les réserves que l’on peut formuler sur la mise en scène d’Evgeny Titov.

 

La grande réussite de cette production réside sans conteste dans son plateau. Le ténor français Stanislas de Barbeyrac, qui fait ici ses débuts dans le rôle-titre, incarne un Parsifal d’une justesse et d’une humanité inouïes. Sa voix, d’une clarté lumineuse, sait passer de l’innocence presque enfantine du « chaste fol » à la gravité du rédempteur avec une aisance confondante. Le ténor semble être né pour incarner la rôle de Parsifal dans le parcours qui mène le personnage de l’inconscience à une compassion si grande qu’elle rachète le monde. C’est exactement l’impression qu’il laisse : chaque inflexion, chaque regard, chaque silence participe à une incarnation d’une profondeur saisissante. Sa diction allemande est impeccable, et son art du phrasé wagnérien — cette capacité à déployer de longues lignes mélodiques sans jamais perdre le fil dramatique — force l’admiration. Il y a dans son Parsifal quelque chose de fragile et de déterminé à la fois, une vulnérabilité qui rend le personnage infiniment touchant.

 

 

À ses côtés, Ekaterina Gubanova compose une Kundry d’une intensité dramatique remarquable. La mezzo-soprano russe, dont l’art conserve une noblesse intacte, campe une créature tour à tour séductrice, souffrante et rédemptrice, avec une présence scénique magnétique. Son duel vocal avec de Barbeyrac au deuxième acte est un moment de théâtre total, où la séduction le dispute à la terreur. Christian Gerhaher, dans le rôle d’Amfortas, est bouleversant. Le baryton allemand, spécialiste des Lieder, apporte à ce roi souffrant une dignité déchirante. Sa voix, d’une douceur presque douloureuse, exprime à merveille l’agonie du chef de la confrérie du Graal, rongé par une blessure qui ne guérit pas. Brindley Sherratt, en Gurnemanz, incarne avec une autorité tranquille ce vieux chevalier qui connaît tous les secrets et narre l’histoire avec une générosité vocale impressionnante. Sa longue narration du premier acte, souvent périlleuse, est ici un modèle de clarté et de profondeur. Enfin, Mark Stone, en Klingsor, apporte au personnage une noirceur inquiétante et une puissance vocale bienvenue.

La direction de Jakub Hrůša est l’autre grand triomphe de la soirée. Le chef tchèque, dont c’est le premier Parsifal à Covent Garden, impose une lecture d’une superbe intelligence. On connaît son goût du risque et son refus de la prudence : « On peut choisir l’option prudente — ou prendre le risque total et simplement y aller et diriger. Peut-être que j’aimerais l’option prudente, mais je ne la choisis jamais », confiait-il récemment. Cette audace paie. Sous sa baguette, l’Orchestre du Royal Opera House déploie une palette de couleurs d’une richesse infinie. Le prélude, avec ses accords suspendus et sa tension sourde, installe d’emblée un climat d’attente mystique. Hrůša excelle à faire ressortir les détails de la partition — ces lignes intérieures souvent noyées dans des lectures plus massives — sans jamais perdre de vue l’architecture d’ensemble. Les transparences infinies de la partition, des accords du Prélude aux irisations du Graal, sont rendues avec une délicatesse et une précision remarquables. Il fait voyager l’auditeur dans les méandres d’une écriture d’une complexité extrême, mais toujours au service du drame. L’apothéose finale, avec ses cloches lointaines et ses harmonies suspendues, est d’une beauté à couper le souffle. De son côté, le Chœur du Royal Opera House, particulièrement sollicité dans les scènes du Graal, se montre à la hauteur de l’événement, avec une homogénéité et une puissance impressionnantes.

 

 

C’est hélas sur le plan scénique que le bât blesse. Evgeny Titov, dont c’est la première production pour Covent Garden, propose une lecture qui transpose l’œuvre dans un univers dystopique et hallucinatoire. Le spectacle est officiellement déconseillé aux âmes sensibles : nudité, sang, violence et automutilation sont au programme, avec des pyrotechnies au deuxième acte. Si l’intention de créer un choc visuel peut se comprendre — Parsifal est une œuvre qui parle de blessure, de souffrance et de rédemption —, la réalisation sombre dans un excès de littéralisme gore qui finit par desservir le propos. On a connu des lectures de Parsifal qui, par la suggestion ou la métaphore, parvenaient à faire ressentir l’horreur de la blessure d’Amfortas ou la perversité de Klingsor avec bien plus d’efficacité. Ici, le sang coule à flots, les corps sont exhibés dans des postures de martyre, et la violence devient un spectacle en soi. Cette surenchère finit par émousser la sensibilité du spectateur au lieu de l’aiguiser. On regrette que Titov, qui déclare vouloir « aller en profondeur dans la pièce » plutôt que de céder à des concepts superficiels, n’ait pas su trouver un langage scénique plus subtil pour exprimer les abîmes de cette partition. La beauté de la musique de Wagner, qui appelle une forme de transcendance, se heurte constamment à cette esthétique du choc, créant une dissonance dommageable. Les décors dystopiques et l’atmosphère cauchemardesque voulue par le metteur en scène ne manquent pourtant pas d’idées. Certaines images sont fortes, notamment dans la scène des Filles-fleurs, transformée en un tableau d’une étrange beauté vénéneuse. Mais l’ensemble souffre d’une surenchère qui transforme une tragédie métaphysique en spectacle de foire sanglant.

Parsifal est une œuvre exigeante, qui demande au spectateur une forme d’abandon et de lâcher-prise. Privé de la dimension spirituelle que la musique de Wagner appelle de ses vœux par une mise en scène trop terre-à-terre, le spectacle n’en demeure pas moins une réussite musicale de premier ordre. Il faut espérer que cette production, dans ses futurs retours, saura trouver un équilibre plus heureux entre l’audace scénique et la nécessaire élévation que réclame cette partition unique. En l’état, c’est un Parsifal à voir et à entendre pour la qualité exceptionnelle de son exécution musicale, et pour un ténor français qui, décidément, n’a pas fini de nous émerveiller.

 

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CRITIQUE, opéra. LONDRES, Royal Opera House, le 1er octobre 2026. WAGNER : Parsifal. S. de Barbeyrac, E. Gubanova, C. Gerhaher, B. Sherratt, M. Stone… Jakub Hrůša / Evgeny Titov. Crédit photo (c) ROH

 

 

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CD événement, annonce. MAHLER / MAKELA : Symphonie n°8 des Mille / Royal Concertgebouw Orchestra – Klaus Mäkela (1 cd Decca classics – mai 2025)

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Dès la première partie de cette captation amstellodamoise anthologique réalisée au printemps 2025, l’expressivité inscrite dans la fulgurance de l’instant séduit immédiatement : le relief idéalement individualisé de chaque instrument rétabli l’incisive activité d’un orchestre monde ; Klaus Mäkelä aborde la partition la plus ambitieuse de Mahler (1906) comme un opéra total, entre la scène tragique et l’oratorio épique ; sa conception à la fois détaillée et architecturale s’avère très convaincante.

 

 

 

A Amsterdam, Klaus Mäkelä
sublime les 1000 vertiges de la Symphonie n°8 de Mahler

 

Photo : © Eduardus Lee

 

Le chef dans la première partie du « Veni Creator Spiritus », exprime l’espérance d’une humanité perdue, démunie, saisie dans une ivresse, à la fois extase, invocation collective éperdue, son énoncé à la fois exclamatif et si humain : ici le terrestre s’incarne et cependant appelle à la sublimation ; cette partie spectaculaire dans les effectifs requis croit dans l’avènement d’un Messie sauveur, vaine attente qui nourrit toutes les prières : tout le chemin et la conscience de Mahler sont synthétisés, dans cette trajectoire tendue, – et dans cette aspiration à l’idéal, à l’issue encore incertaine.

Le présent enregistrement bénéficie de 3 atouts majeurs : des voix solides (solistes et chœurs superbement engagés dans cette odyssée autant orchestrale que viscéralement humaine), un orchestre parmi les plus pertinents sur le métier mahlérien, une prise live qui intensifie encore l’éclat et le mordant des prodigieux vertiges vécus ainsi sur le vif, dans la salle du Concertgebouw Amsterdam lors du Festival Mahler en mai 2025 (3 prises live ont été montées pour cette captation phénoménale). La direction du chef finnois souligne les liens profonds qui relient les deux mouvements, chacun s’appuyant sur le sens spirituel des deux textes ainsi commentés en musique : Veni Creator en latin, puis Second Faust de Goethe en allemand.
A noter parmi les 5 chœurs requis pour cette aventure, le Choeur de l’Orchestre de Paris, dont Klaus Mäkelä est directeur musical depuis 2021. En outre, le chef a été nommé chef principal du Royal Concertgebouw Orchestra à compter de septembre 2027. Enregistrement captivant – CLIC de CLASSIQUENEWS automne 2026 – prochaine critique complète à venir.

Plus d’infos sur le site de l’éditeur DECCA classics / MAHLER Symphony No. 8 / Klaus Mäkelä | Decca Classics : https://www.deccaclassics.com/en/catalogue/products/mahler-symphony-no-8-klaus-maekelae-14352

 

 

 

GUSTAV MAHLER / Klaus Mäkelä
Symphony No. 8 / Royal Concertgebouw Orchestra
Klaus Mäkelä

 

Gustav Mahler
Symphony No.8 in E flat – « Symphony of a Thousand »
Symphonie n°8 des Mille
(Live at Concertgebouw, Amsterdam, May / mai 2025)

 

 

Programme
I. Veni, creator spiritus – 01:25
II. Imple superna gratia – 03:43
III. Infirma nostri corporis I,
IV. Tempo I. Allegro, etwas hastig – 03:59
V. Infirma nostri corporis II – 03:00
VI. Accende lumen sensibus – 05:30
VII. Qui Paraclitus diceris – 02:49
VIII. Gloria sit Patri Domino – 03:09
I. GOETHE : FAUST II – Poco adagio – 06:20
II. Più mosso. Allegro moderato – 03:16
III. Waldung, sie schwankt heran – 04:15
IV. Ewiger Wonnebrand – 01:30
V. Wie Felsenabgrund mir zu Füssen – 04:22
VI. Gerettet ist das edle Glied – 00:57
VII. Jene Rosen, aus den Händen – 02:08
VIII. Uns bleibt ein Erdenrest – 01:51
IX. Ich spür’ soeben –
X. Höchste Herrscherin der Welt – 05:32
XI. Dir, der Unberührbaren – 03:30
XII. Bei der Liebe, die den Fussen – XIII. Neige, neige, du Ohnegleiche – 05:58
XIV. Er überwächst uns schon –
XVa. Komm! hebe dich zu höhern Sphären – 04:21
XVb. Blicket auf zum Retterblick – 06:08
XVI. Alles Vergängliche – 05:36
1 CD – Decca – UPC 00028948716791

 

solistes

Hailey Clark (Soprano – Magna Peccatrix)
Golda Schultz (Soprano – Una poenitentium)
Miriam Kutrowatz (Soprano – Mater gloriosa)
Jennifer Johnston (Mezzo-soprano – Mulier Samaritan)
Okka von der Damerau (Contralto / Alto – Maria peccatrix)
Giorgio Berrugi (Tenor – Doctor Marianus)
Michael Nagy (Baritone – Pater ecstaticus
Tareq Nazmi (Bass – Pater profundus)

Choirs

Groot Omroepkoor (Netherlands Radio Choir)
Laurens Symfonisch
Le Chœur de l’Orchestre de Paris
Nationaal Kinderkoor (National Children’s Choir)
Nationaal Jongenskoor (National Boy’s Choir)

 

 

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ORCHESTRE NATIONAL DE CANNES. Concert d’ouverture de la saison 26-27, dim 25 octobre. HAYDN / BEETHOVEN / SMITH. Orchestre national de Cannes, Anna Genuishene (piano), Holly Hyun Choe (direction)

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Un nouveau chapitre s’ouvre pour l’Orchestre national de Cannes. Pour inaugurer sa saison 2026/2027, l’ensemble cannois accueillera la jeune cheffe coréenne Holly Hyun Choe, sa nouvelle directrice musicale, dans un concert d’intronisation placé sous le signe du classicisme en mouvement. Ce rendez-vous inaugural, donné au Théâtre Debussy du Palais des Festivals, promet une soirée riche en émotions et en découvertes, avec un programme associant Joseph Haydn, Ludwig van Beethoven et Ethel Smyth.

Née en Corée du Sud et élevée à Los Angeles, Holly Hyun Choe s’est imposée en quelques années comme l’une des personnalités les plus captivantes de la jeune génération de chefs d’orchestre. Autodidacte passionnée – elle apprend seule la clarinette à treize ans avant de se consacrer à la direction d’orchestre au New England Conservatory puis auprès de Johannes Schlaefli à la Zürcher Hochschule der Künste –, elle est saluée pour « sa présence radieuse, sa programmation créative et son art convaincant sur le podium ».

Lauréate 2025 du prestigieux Sir Georg Solti Conducting Award, Holly Hyun Choe cumule les responsabilités majeures : cheffe principale de l’Ensemble Reflektor (2022-2025), artiste associée de l’Orchestre de chambre de Genève depuis 2023, et cheffe principale de l’Orchestre de la Radio Norvégienne (KORK) à compter de janvier 2026. Elle a également été cheffe assistante à l’Orchestre de la Tonhalle de Zurich auprès de Paavo Järvi, avant d’être invitée par des phalanges telles que l’Orchestre de Paris, le Hamburg Philharmonic State Orchestra ou le Deutsches Symphonie-Orchester Berlin.

Sa nomination à la direction musicale de l’Orchestre national de Cannes, annoncée en octobre 2025 pour un mandat initial de quatre saisons, fait suite à une rencontre artistique décisive : les musiciens de l’Orchestre avaient voté à 100 % en faveur d’une nouvelle invitation après son premier concert en juin 2024. « Portée par une énergie communicative et une lecture attentive des partitions », Holly Hyun Choe incarne une vision renouvelée et ambitieuse pour l’Orchestre national de Cannes.

 

 

Le concert d’ouverture du 25 octobre s’articule autour de trois œuvres qui dialoguent entre héritage classique et romantisme naissant :

Joseph Haydn – Symphonie n° 37 en do majeur, Hob. I:37 (1758)

La soirée débute par une symphonie de jeunesse de Haydn, condensé d’art de l’économie où tout est tension et invention : dramaturgie rapide, contrastes francs, un feu d’artifice de trouvailles en à peine quelques minutes. Une entrée en matière vive et lumineuse, idéale pour inaugurer une nouvelle saison.

Ludwig van Beethoven – Concerto pour piano et orchestre n° 3 en do mineur, op. 37 (1800)

Pièce maîtresse du programme, ce concerto marque un tournant dans l’écriture beethovénienne : la filiation mozartienne demeure perceptible, mais le discours se densifie — le piano devient moteur de tension et d’architecture. Pour défendre cette œuvre passionnée, l’Orchestre national de Cannes accueille la pianiste Anna Geniushene, lauréate de la médaille d’argent du Concours international Van Cliburn 2022. Saluée pour « une sonorité puissante, une personnalité musicale affirmée et une virtuosité éclatante » (Musical America), Anna Geniushene mettra toute sa virtuosité au service d’une infinie variété de timbres. Née à Moscou en 1991, elle a donné son premier récital à sept ans dans la petite salle de la Philharmonie de Berlin et mène depuis une carrière internationale, collaborant avec les plus grands orchestres et festivals.

Ethel Smyth – Sérénade en ré majeur pour orchestre (1889)

La soirée s’achèvera par une œuvre de la compositrice britannique Ethel Smyth, figure majeure de la première moitié du XXe siècle, dont l’engagement pour le droit des femmes a marqué l’histoire. Un choix de programmation qui résonne particulièrement avec l’engagement constant de Holly Hyun Choe en faveur des compositrices.

Ce concert d’ouverture marque bien plus qu’un simple début de saison, en scellant l’alliance entre une cheffe à la trajectoire fulgurante et un orchestre labellisé « Orchestre national en région », engagé depuis cinquante ans dans une politique musicale audacieuse et accessible. Un rendez-vous à ne pas manquer pour tous les amoureux de musique classique de la Côte d’Azur et d’ailleurs !…

 

Crédit photos (c) droits réservés

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Plus d’informations sur le site officiel de l’Orchestre national de Cannes

 

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