Il règne toujours, au sublime Teatro Thalia, une atmosphère singulière depuis le début de cette 12e édition du Verão Clássico Festival & Academy. La disparition brutale, la veille de l’ouverture, du violoniste Stephan Picard, a profondément marqué les esprits. Le concert d’ouverture « Master Fest » lui avait été dédié, tout comme l’intégralité de cette édition. Et ce 25 juillet, pour le deuxième concert des « Master Fest », c’est avec une émotion toujours vive mais désormais mêlée à une énergie résiliente que le public s’est retrouvé dans ce théâtre chargé d’histoire. La soirée, placée sous les signes de Mozart et de Chostakovitch, offrait un programme d’une grande charge émotionnelle, où les Professeurs de l’Académie partageaient, au final, la scène avec leurs Etudiants de l’Académie – dans une belle démonstration de transmission et de communion artistique.
La soirée s’est ouverte sur un enchantement : les 5 Pièces pour 2 violons et piano de Dimitri Chostakovitch. Que d’équilibre et de complicité entre Eszter Haffner, au violon, Filipe Pinto-Ribeiro, au piano, et le jeune académiste américain Jayden King, âgé de seulement 11 ans, qui avait déjà électrisé la veille lors du second concert « Talent Fest » ! Le Prélude s’est déroulé avec une élégance toute classique, la Gavotte a fait danser les archets avec une légèreté exquise, et l’Elegy a déployé une mélancolie d’une beauté bouleversante. La Valse, tourbillonnante et nostalgique, a été suivie d’une Polka endiablée qui a emporté l’audience dans un tourbillon de joie. Rarement la musique de Chostakovitch, si souvent teintée d’amertume, n’avait paru aussi lumineuse. Jayden King, malgré son jeune âge, a fait preuve d’une maturité et d’une aisance confondantes, dialoguant d’égal à égal avec ses aînés. Une entrée en matière éblouissante !
Puis vint un moment de grâce absolue avec le Trio pour Cordes KV. 266 de W. A. Mozart. Eszter Haffner, au violon, Johanna Ott, jeune académiste autrichienne, et Matteo Fabi, violoncelliste italien de l’Académie, ont tissé une tapisserie sonore d’une délicatesse infinie. L’Adagio initial, d’une noblesse et d’une profondeur méditatives, a été suivi d’un Menuetto d’une élégance toute viennoise. Les trois artistes, unis par une complicité manifeste, ont su rendre hommage à la grâce et à l’équilibre parfaits du compositeur salzbourgeois. Une lecture pétrie de sensibilité et de retenue, qui a littéralement envoûté le public lisboète.
La soirée a alors pris un tournant plus sombre et plus intime avec les Satires (Pictures of the Past) de Chostakovitch. C’est Anna Samuil, soprano d’une palette expressive infinie, qui s’est emparée de ce cycle de cinq mélodies, accompagnée au piano par son mari Matthias Samuil. Dès la première satire, « To a critic », son jeu dramatique, sa diction ciselée et son art du contraste ont donné vie à ces tableaux satiriques avec une intensité confondante. « Spring awakening » fut un instant de légèreté ironique, tandis que « The descendants » déroula une mélancolie teintée d’absurde. Le climax fut atteint avec « The Kreutzer Sonata », où la voix d’Anna Samuil, tour à tour suppliante et déchirante, a dépeint avec une puissance tragique la violence et la passion contenues dans le texte. Matthias Samuil, au piano, a été un partenaire d’une grande intelligence, capturant avec une précision chirurgicale l’ambiance tantôt caustique, tantôt désespérée de ces pages. Une prestation magistrale qui a laissé le public suspendu à chaque mot, à chaque note.
Le point d’orgue de cette soirée mémorable fut cependant le Concerto N°12 de Mozart, interprété par un ensemble d’exception. Au piano, le directeur artistique du festival, Filipe Pinto-Ribeiro, déployait un toucher d’une transparence et d’une élégance rares. Eszter Haffner, au violon, et Alexandra Scott, à la contrebasse, formaient le noyau soliste, entourés d’une pléiade de jeunes académistes : Alfonso Pinto-Ribeiro, Anna Gerber, Johanna Ott et Sonja Bogner aux violons, Gustavo Rebelo et Rachel Korenhof aux altos, et Matteo Fabi au violoncelle. Dès l’Allegro initial, l’évidence s’est imposée, et un dialogue vibrant entre les générations a fait jour, une conversation exaltée entre maîtres et élèves. Filipe Pinto-Ribeiro, avec un doigté d’une légèreté aérienne, a su insuffler à chaque phrase la grâce mozartienne, tandis que la section des cordes, menée par Eszter Haffner, répondait avec une précision et une chaleur remarquables. L’Andante, d’une beauté céleste, a offert des instants de pure introspection, où le piano et les cordes se mêlaient dans un échange d’une douceur infinie. Le Rondeau. Allegretto final, pétillant de vie et d’énergie, a emporté la salle dans une joie communicative, concluant ce concerto par un feu d’artifice de virtuosité et d’élégance. Les jeunes académistes ont fait preuve d’une discipline et d’une musicalité exceptionnelles, se fondant dans le tissu sonore avec une aisance confondante. Une véritable leçon de musique, où le respect du texte mozartien s’alliait à une spontanéité et une fraîcheur irrésistibles.
À la fin de cette œuvre magistrale, les applaudissements furent longs, nourris, mêlés d’une émotion palpable. Ce deuxième concert « Master Fest » aura été une célébration de la vie et de la transmission, un hommage vibrant à Stephan Picard dont l’esprit semblait flotter sur la scène du Teatro Thalia, souriant à cette jeunesse talentueuse qui poursuit son chemin avec passion. Dans ce programme audacieux, mariant l’élégance classique de Mozart à l’ironie mordante de Chostakovitch, le Verão Clássico a une fois de plus démontré la vitalité et la richesse de sa proposition artistique. Sous la direction énergique et passionnée de Filipe Pinto-Ribeiro, l’Académie est un creuset où se forgent les artistes de demain, guidés par des maîtres exceptionnels. Et tandis que la soirée s’achevait, une certitude s’imposait : ce festival est une authentique communauté, une famille unie par l’amour de la musique – et le souvenir lumineux de celui qui nous a tragiquement quittés il y a quelques jours seulement…
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CRITIQUE, festival. LISBONNE, 12e Festival « Verao Classico » (Teatro Thalia), le 25 juillet 2026. 2ème des 4 concerts « Master Fest ». Crédit photographique (c) Andreia Carvalho










































































