Depuis ses débuts, Peralada, perle estivale de la Costa Brava affirme
une identité propre, singulière un équilibre entre mémoire, exigence et renouvellement, avec promesse pour chaque festivalier, l’apport bénéfique d’une expérience musicale spécifique. Place de la création, des formes nouvelles, apport des sites investis, évolution du goût des spectateurs, futures orientations… Cette 40ème édition marque le temps du bilan; elle permet aussi d’amorcer une nouvelle dynamique pour les décennies à venir. Explications…
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Photo : Oriol Aguila © Miquel Gonzalez
CLASSIQUENEWS : Au moment des 40 ans du Festival, quels sont les fondements qui ont construit son identité et son prestige ?
ORIOL AGUILÀ : Le Festival est né sous l’inspiration initiale de la soprano catalane Montserrat Caballé pour que la Méditerranée ait un festival de référence sur la Costa Brava ; il a été construit sur des piliers fondamentaux : tout d’abord, la célébration de la vie, qui en été s’exprime à travers les festivals. En communauté, en socialisation, et comme point de rencontre et de rassemblement. Ensuite, l’excellence artistique, avec une programmation qui a réuni de grandes voix, des interprètes de référence et des propositions de haute qualité. En particulier, l’opéra et la danse. La singularité du site même du parc et du Château de Peralada, où patrimoine, culture et paysage dialoguent et créent une expérience unique. Mais aussi, l’engagement dans la création, en encourageant les coproductions, les commandes et de nouvelles perspectives scéniques. L’entrée du monde du théâtre à l’opéra. Le pari pour la récupération du patrimoine et la nouvelle création comme drapeaux. Cet équilibre entre tradition et contemporanéité a façonné une identité très reconnaissable, fondée sur la rigueur, la sensibilité et la capacité à offrir des expériences mémorables… Et une militance pro-européenne indéniable. Nous avons maintenu une forte conviction que l’Europe est la maison de la culture avec des valeurs que nous étendons à toute l’humanité.
CLASSIQUENEWS : Pourquoi l’édition 2026 est-elle emblématique de cette histoire ?
ORIOL AGUILÀ : L’édition 2026 représente un moment de maturité du Festival. Célébrer les 40 ans nous permet de mettre en valeur le chemin parcouru, mais aussi de mettre en évidence notre capacité d’adaptation, de mise à jour et de réinvention permanente.
Le moment actuel sans grand espace scénique nous a inspiré une créativité supérieure pour générer des spectacles inédits dans des espaces singuliers où le public gagne en proximité et en expérience inégalée. Les artistes apprécient aussi ces espaces non habituels. Nous avons été un festival centré sur l’événement. Et maintenant nous maintenons ce jalon mais avec un regard sur le récit culturel.
C’est une édition qui reflète très bien l’évolution récente du Festival : une proposition plus concentrée, plus essentielle et centrée sur l’expérience artistique, où chaque projet a un sens très clair. Il résume, d’une certaine manière, ce qui a toujours été Peralada : un équilibre entre mémoire, exigence et renouvellement. Avec un soutien clair aux nouvelles générations et un culte aussi manifeste de la voix comme expression sublime de l’humanité.
CLASSIQUENEWS : Pouvez-vous présenter les principaux lieux et sites qui reçoivent des concerts et dont le caractère contribue à la magie des représentations ?
ORIOL AGUILÀ : Actuellement, le Festival s’articule autour de deux espaces qui définissent très bien sa personnalité : l’église du Carme : un espace patrimonial d’une grande beauté, avec une acoustique exceptionnelle. Il est idéal pour les récitals et la musique de chambre, et permet une connexion très directe entre les artistes et le public, générant une expérience intense et très émotionnelle.
Le Mirador del Castell de Peralada : un espace scénique couvert qui conserve, cependant, une forte relation avec l’environnement. Sa configuration nous permet de travailler dans des formats proches, où la visibilité, la proximité et le soin des détails renforcent la perception du spectacle. Ces formats plus intimes ne sont pas une contrainte, mais bien le contraire : ils favorisent une expérience plus profonde, plus proche et singulière pour le public, qui devient l’une des grandes valeurs du Festival à ce stade. En plus d’espaces comme le cloître ou la cave, grâce aux architectes RCR qui ont reçu le prix Pritzker.
CLASSIQUENEWS : Connaissez-vous le profil des festivaliers, leurs goûts, comment ont évolué depuis la COVID ?
ORIOL AGUILÀ : C’est un public en évolution. Avec une présence très notable de publics français et mélomanes européens qui apprécient notre programmation. Nous avons travaillé sur l’internationalisation et la projection à l’étranger.
Le public du Festival est fidèle, exigeant et avec une grande sensibilité culturelle. Le culte de la voix et de la danse en sont les épicentres. Ils font partie de nos colonnes vertébrales. Aussi les propositions hybrides en confluence avec diverses expressions artistiques en association avec l’architecture, les arts visuels, la gastronomie. Dans une dimension interdisciplinaire. Ces dernières années, nous avons détecté plusieurs tendances claires :
– Une appréciation accrue pour la proximité et la qualité de l’expérience ; une ouverture croissante vers des propositions contemporaines ou hybrides ; la recherche de moments uniques et d’espaces avec une foret identité ; une diversification générationnelle progressive, avec l’arrivée de nouveaux publics. Après le COVID, le spectateur apprécie particulièrement ce qui n’est pas reproductible : l’émotion partagée, la proximité avec l’artiste et le caractère singulier du contexte.
CLASSIQUENEWS : Quelle est la place de l’inédit et des créations, des propositions qui favorisent ainsi la créativité contemporaine ?
ORIOL AGUILÀ : Je soulignerais cet été la première absolue du cycle de chansons d’Alberto Garcia Demestres et Cristina Pavarotti, Diario di una madre, et la première avec le Gran Teatre del Liceu de la version complète de l’opéra « Estética i Masacre » de Carles Prat y Carlota Gurt qui nous interpelle sur le culte de l’image dont les réseaux sociaux ont fait des esclaves. Nous avons ouvert l’opéra à de nouveaux imaginaires. La création reste un axe essentiel, adapté à cette échelle plus proche : nous misons sur des propositions conçues spécifiquement pour nos espaces, où la proximité permet d’explorer de nouvelles formes de relation avec le public. Nous encourageons des formats scéno-musicaux hybrides, qui intègrent la dramaturgie, le récit ou une mise en scène plus contemporaine.
Quelques exemples : Récitals mis en scène dans l’église, où le répertoire est présenté avec un récit ou une conception dramaturgique propre. Propositions au Mirador qui travaillent à proximité, intégrant la musique et la scène avec une approche plus immersive. Cette approche nous permet de renforcer le Festival comme espace de création et non seulement d’exposition.
CLASSIQUENEWS : Dans quelle direction souhaitez-vous développer le festival dans les prochaines années ?
ORIOL AGUILÀ : Nous pensons à l’édition 40 + 1. Nous sommes un festival en constante transformation. Notre mission est de créer les conditions pour que les œuvres d’art existent, voient la lumière, soient récupérées des archives ou fassent l’objet de commandes absolues de nouvelle création. Avec une politique culturelle à long terme comme plateforme de nouvelles voix et de nouveaux langages. Nous voulons évoluer en gardant une idée très claire : continuer à approfondir l’excellence artistique, comme base du projet ; préserver la qualité de l’expérience, même dans les scénarios de croissance ; renforcer la création et la production propre, en nous consolidant comme un acteur culturel actif.
Propos recueillis en juin 2026
présentation
LIRE aussi notre présentation du 40ème Festival estival de Perelada, du 17 juillet au 29 août 2026. Benjamin Bernheim, Ermonela Jaho, Bryn Terfel, Silvia Pérez Cruz, 10ème Campus Peralada, Lorena Nogal, Trio Fortuny, Montserrat Torrent…
4 décennies, un écrin de verdure et un cadre palatial font la magie chaque été du Festival de Perelada. Après un magnifique festival de Pâques, le Festival d’été promet de prochains moments enchanteurs sous la voûte étoilée de la Catalogne espagnole. Cette édition est d’autant plus attendue qu’elle marque la 40ème édition. Les mélomanes les plus exigeants savent que Peralada leur offre des plateaux artistiques de rêve… du 17 juillet au 29 août 2026, le programme répond au plus haut niveau d’exigence. Récital lyrique, musique de chambre, sans omettre opéra, création contemporaine, musique sacrée baroque, et danse… toutes les disciplines, toutes les écritures sont présentes cet été à Peralada.
LIRE aussi notre entretien avec Oriol Aguilà, à propos du Festival de Pâques de Perelada 2026 : https://www.classiquenews.com/entretien-avec-oriol-aguila-directeur-artistique-du-festival-de-perelada-a-propos-de-la-4eme-edition-du-festival-de-paques-de-perelada-2-au-5-avril-2026/
L’édition 2026 approfondit l’essence de la célébration de Pâques : un voyage à travers la spiritualité, la beauté et le patrimoine musical européen. Cette année, nous réaffirmons notre volonté de conjuguer tradition et découverte. Nous avons misé sur des projets de recréation historique, comme l’interprétation intégrale de l’oratorio Cristo condenado d’Antonio Caldara, et nous avons invité de grandes figures internationales du répertoire sacré, tels William Christie ou Vox Luminis. La ligne artistique qui inspire tout le programme est claire : un dialogue entre des regards différents sur la transcendance, la mort et l’espoir, depuis le baroque italien, français et allemand jusqu’à la Renaissance hispanique et la musique sacrée classique. Il s’agit d’une édition profondément cohérente avec l’identité du festival, mais aussi ouverte à de nouvelles sensibilités.
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