CRITIQUE, CD. BRUCKNER : Symphonie n°5. Wiener Philharmoniker, Christian Thielemann – 1 cd Sony.

bruckner thielemann wiener symph 5 wien musikverein march 220196587061425_1CRITIQUE, CD. BRUCKNER : Symphonie n°5. Wiener Philharmoniker, Christian Thielemann – 1 cd Sony, Wien, 2021 – Symphonie du destin certes : le premier mouvement après une intro murmurée, mystérieuse, mozartienne sous le geste souple et nuancé de Thielemann, fait rugir l’orchestre comme jamais, déployant des effectifs surpuissants, wagnériens pour le coup, où s’immisce l’expérience tragique, et le sens d’une grandeur éperdue (grâce à la couleur des cordes viennoises). Laissée inachevée en 1878 (après des reprises), la 5è est finie par Franck Schalk qui dirige sa création en avril 1894, – Bruckner très affaibli n’y participe pas et s’éteint 2 ans après. Entre surtension, vertiges, et profondeur, le geste de Thielemann s’énonce là encore – après ses précédentes chez Sony, d’une souplesse habitée ; suave et ardente, enivrée et tendue, exprimant dans chaque séquence, cette urgence et ce désir de dépassement voire de sublimation. A l’écoute d’une force supraterrestre dont l’orchestre exprime la marche inatteignable, Thielemann fait correspondre les séquences « pastorales » pour les vents et bois, clarinette et flûte, d’une douceur tendre irrésistible. Tandis qu’ici, les cordes caressent, s’effacent, dans l’ombre imperceptible. La Gravitas enveloppe et porte le développement de toute l’architecture de chaque mouvement, certains dès avant Mahler, d’une longueur remarquable : plus de 25 mn pour le dernier (Finale, adagio, allegro) ; presque 23 mn pour le premier, à la fois colossal et intimiste.

 

 

Gravitas, élégance, raffinement sonore…
Le Bruckner de Thielemann n’en finit pas de séduire et enivrer
dans ses justes proportions

 

 

 

La douceur d’intonation fait de l’Adagio un temps de suspension qui verse dans la rêverie, presque l’insouciance, contrastant de facto avec la rudesse spectaculaire et vertigineuse du tableau précédent. Les cordes déroulent cette couleur remarquable, d’une dignité sombre et subtile, propre aux instrumentistes viennois. Ils réussissent là où personne ne s’impose : diffusant une élégance suave qui se fait suggestive (pizzicatos oniriques), une noblesse confondante qui rétablit de facto les affinités historiques de l’orchestre aves le massif brucknérien (le Philharmonique de Vienne a créé 4 symphonies de Bruckner dont la 4è en 1881).

Thielemann aborde le Scherzo dans une rondeur ivre, telle une danse déboutonnée où l’activité des cordes, leur étonnante versatilité expressive, si riche en nuances, renouvellent constamment l’enchaînement – vivace un rien débonnaire, truculent / trio plus rêveur… cependant rattrapés par une urgence assénée à gros traits, d’une épaisseur visiblement assumée ; ce qui donne à l’ensemble, l’activité d’une grosse machine fanfaronnante, tournant à vide, emporté par un irrésistible fatum.

Tout baigné d’une douceur enveloppante et comme distanciée, le début du Finale (avec le superbe éclat de la clarinette solo), saisit par l’intelligence des cordes, aussi somptueuses que mystérieuses.
La fugue élargie à l’échelle du cosmos, les vents et les bois, badins à souhait, composent un cheminement qui comme amoureusement porté par l’ivresse des cordes enivrées et fluides, expriment la grandeur et la noblesse d’une espérance croissante, celle en lien avec la spiritualité ardente d’un Bruckner, aussi déterminé qu‘affecté. Thieleman dans une sonorité magique des cordes (déjà malhérienne), exprime cette ambivalence spirituelle ; comme si même au comble du ravissement mystique, Bruckner n’oubliait pas la menace tapie dans l’ombre incertaine ; plénitude et panique fusionnent dans un continuum qui va en s’élargissant et s’élevant vers la lumière miraculeuse.
bruckner anton symphonies destin dieu wagner dossier classiquenews 4037110uA croire que dans l’énoncé du choral ainsi de plus en plus asséné, Anton Bruckner en docteur théologique, professait son indéfectible croyance. Thielemann, disciple brucknérien convaincu, rétablit les proportions tronquées et même dénaturées par la révision de Schalk en 1894 (une fausse création en réalité) ; a contrario, chef et instrumentistes nous en offrent l’argumentation orchestrale la plus claire et la mieux détaillée. Avec ce qu’il faut d’hédonisme instrumental (les cordes décidément somptueuses des Wiener oblige) pour mieux toucher et convaincre. Qu’elle soit ou non la plus « théologique » des symphonies de Bruckner, la 5è gagne une sincérité fervente. Thielemann et les Viennois nous immergent dans les affres, vertiges et aspirations de la ferveur brucknérienne en n’écartant rien de leur somptueuse parure (pour que les portes du ciel s’ouvrent enfin au terme de cette graduation du colossale et du solennel). Ce travail sur le sens et la forme (intensité et plénitude de la sonorité dans le finale) captivent, autant que l’intégrale en cours, ciblant elle aussi le bicentenaire Bruckner 2024, mené par Andris Nelsons à Leipzig avec le très convaincant Gewandhausorchester.

 

 

 

 

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CRITIQUE, CD. BRUCKNER : Symphonie n°5. Wiener Philharmoniker, Christian Thielemann – 1 cd Sony – enregistré en mars 2021, Vienne, Musikverein.

 

 

 

 

Approfondir
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LIRE aussi notre CRITIQUE CD. BRUCKNER : Symphonies n°1, n°5 (Gewandhausorchester Leipzig, Andris Nelsons – Live 2020 – 2021 – 2 cd Deutsche Grammophon) : http://www.classiquenews.com/critique-cd-bruckner-symphonies-n1-n5-gewandhausorchester-leipzig-nelsons-live-2020-2021-2-cd-deutsche-grammophon/

 

 

 

 

 

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BILAN DISCOGRAPHIQUE – LIRE ici nos autre critiques des CD BRUCKNER par Christian Thielemann et les Wiener Philharmoniker / intégrale en cours éditée par SONY Classical – à l’automne 2022, 4 enregistrements précèdent la récente 5è symphonie, les 2, 3, 4 et 8 :

 

 

Bruckner-Symphonie-2 thielemann wiener classiquenews critique reviewCD, BRUCKNER : Symphonie n°2 (Thielemann, version 1877 Carragan, Wiener Philharmoniker, Christoph Thielemann) – Le premier mouvement Moderato, le plus ample, est un portique majestueux qui alterne l’esprit de grandeur et la tendresse presque innocente (flûtes aériennes confrontées aux cors lointains) ; entre déflagration et grondements telluriques, et épisodes de pure élégie intérieure, dialoguent plus qu’ils ne s’affrontent les blocs de l’orchestre ; Thielemann résout le problème sérieux de leur succession en un flux d’une grande beauté sonore, avec des qualités d’éloquence et d’articulation, d’équilibre surtout qui permet les enchaînements. Révélant en Bruckner, des dons de conteurs proche de l’opéra. Les tutti tempêtent, écrasants, spectaculaires, jamais épais ; c’est la fanfare qui s’impose et affirme le souffle de l’inéluctable, celui d’un inflexible et majestueux Fatum, aux derniers tutti déterminés, affirmatifs, définitifs.

 

 

bruckner 3 thielemann christophCD, critique. BRUCKNER : Symphonie n°3 « Wagner » WAB 103. Wiener Philharmoniker, C Thielemann (2020, 1 cd SONY classical). Dans la version Nowak de 1877, Bruckner livre en réalité sa seconde mouture de la ré mineur. Scherzo développé dans sa partie finale, – coda plus spectaculaire (au diapason de la démesure du Moderato con moto, d’ouverture, réellement impressionnant voire colossal, ou du dernier tutti final qui fait résonner la clameur cosmique); d’emblée, comme dans la 4è qui appartient à la même intégrale en cours, Thielemann trouve un équilibre idéal entre l’architecture pharaonique des tutti, gorgés de vibrations chtoniennes (trombones par 3, cors par 4, trompettes par 2) qui terrassent par l’ampleur du souffle, d’une part ; et les séquences plus « pastorales » comme éthérées où brillent la couleur et les accents plus intimes des bois, d’autre part. L’opulence du geste qui sait être aussi intime (préfigurant les seconds chants de Mahler), cisèle une matière sonore particulièrement transparente malgré l’apparente épaisseur de l’écriture ; ce qui distingue la version Thielemann, des autres chefs…

 

 

 

bruckner symph 4_thielemann wiener philharmoniker cd critique review classiquenews 500x500CD événement critique. BRUCKNER symphonie n°4 / WAB 104 (Edition Haas – Thielemann, Wiener Philh. 2020, Salzbourg, 1 cd SONY) – Voilà déjà le 3è volume d’une future intégrale Bruckner par Christian Thielemann, à la tête des Wiener Philharmoniker. L’orchestre autrichien semble comprendre naturellement l’écriture brucknérienne puisqu’il la joue depuis 1873 : une continuité et une histoire qui explique d’évidentes affinités. La 4è, créée en 1881, est un sommet entre puissance, spiritualité et tendresse pastorale.
Dès le premier mouvement, Thielemans sait s’appuyer sur l’éloquence grandiose des Wiener, fabuleux instrumentistes d’une clarté discursive. La noblesse spectaculaire des cimes (cuivres solennels et majestueux voire héroïquement fracassants, c’est à dire …. parsifaliens) semble dialoguer voire batifoler avec les séquences de pur pastoralisme, émanation de la Pastorale de Beethoven dont Thielemans fait surgir l’énergie ; le chef sait détailler et aussi faire rugir son collectif ; mais en accordant à la fureur cuivrée de la fanfare cette coloration nuancée qui verse la puissance dans… le mystère ; heureuse sensibilité qui atténue la sécheresse des tutti en répétition. Il est évident que Mahler saura recueillir la leçon brucknérienne dans ces étagements qui convoquent le cosmos.

 

 

 

CD événement. BRUCKNER : Symphonie n°8 (Wiener Philharmoniker, Christian Thielemann, 1 cd SONY classical) – bruckner 8 symphony review critique thielemann wiener philharmoniker classiquenews review critique cdAu cœur de cette symphonie testament, aux dimensions impressionnantes, – la plus monumentale en réalité de tout le corpus brucknérien, avec pour sommet, le finale, ample édifice aux allures de cathédrale symphonique, se dresse aussi la solennité sensuelle de l’Adagio, lui aussi développé (290 mesures !) qui élargit la résonance des tubas et des cordes (traitées en vastes chorals) auquel l’appel final est énoncé par le cor dans le ré bémol le plus serein, rasséréné.
Peut-être certains instrumentistes dans les rangs du Philharmonique de Vienne, se souviennent du temps (1996) où ils étaient dirigés dans cette même œuvre par Pierre Boulez et dans l’église de Saint-Florian à Linz, là même où Bruckner tenait l’orgue ? La tradition brucknérienne remonte à loin et explique ce naturel sonore propre aux viennois, cet éclat organique et l’allant de la transparence dans la texture si riche de l’orchestre de Bruckner.

 

 

  

 

 

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