jeudi 15 octobre 2026
Accueil Blog Page 26

LES ARTS FLORISSANTS. JS BACH : Oratorio de NOËL. PARIS, ATHENES, COMPIEGNE : les 13, 16, 18 déc 2025. Lucile Richardot, Bastien Rimondi, Miriam Allan… Paul AGNEW (direction)

image_pdfTélécharger (.pdf)

JS Bach est pour Paul Agnew, un compagnon familier, la source d’un émerveillement continu et l’objet d’un partage humain et spirituel unique… En parallèle au cycle « Bach, une vie en musique », Paul Agnew, co directeur musicale des Arts Florissants dirige pour la première fois l’un des plus grands cycles de cantates de Johann Sebastian Bach pour chœur et orchestre : l’Oratorio de Noël. C’est la promesse d’un moment exceptionnel qui inscrit un nouvel accomplissement musical et artistique dans la joie et l’espérance du temps de Noël. Incontournable.

__________________________________
Photo : Paul Agnew © Julien Gazeau

 

Composé à Leipzig pour les fêtes de l’hiver 1734-1735, l’Oratorio de Noël est – malgré son nom – un ensemble de six cantates consacrées à plusieurs célébrations, réparties du 25 décembre au 6 janvier (jour de l’Épiphanie). Le texte allemand, qui servit de base à la composition, tire du Nouveau Testament, la matière d’un récit de la Nativité du Christ, auquel Bach confère une dimension proprement dramatique (opératique) par les arias et les chœurs qu’il compose… en puisant dans ses propres œuvres, essentiellement profanes.
Pour approcher au plus près l’essence des partitions, et en transmettre toute l’expérience, Paul Agnew rassemble 4 des 6 cantates de l’Oratorio de Noël. Familier depuis le commencement de son cycle « Bach, une vie en musique » en 2021, le chef d’orchestre écossais entraîne le chœur et l’orchestre des Arts Florissants ainsi que plusieurs solistes dans un cheminement marquant par sa ferveur, sa finesse, son intensité dramatique. C’est une nouvelle étape de son voyage, au cœur du « continent » Bach, dont le geste engagé, fédérateur, donne corps à un monument de lumière et d’espérance.

 

_______________________
Johann Sebastian Bach :
ORATORIO DE NOËL (cantates n° 1, 3, 5 et 6)
3 dates événements
PARIS, Philharmonie, 13 déc 2025, 20h
GRECE, Athènes, Megaron, 16 déc 2025, 19h
COMPIEGNE, Théâtre Impérial, 18 déc 2025, 20h30
INFORMATIONS & RÉSERVATIONS directement sur le site des ARTS FLORISSANTS : https://www.arts-florissants.org/evenements/bach-oratorio-de-noel
distribution
Paul Agnew, direction musicale
Miriam Allan, soprano
Lucile Richardot, alto
Nick Pritchard, ténor, L’Evangéliste
Bastien Rimondi *, ténor
Andreas Wolf, basse
*  Lauréat de l’académie du Jardin des Voix

 

 

_______________________

Pour Noël, Les Arts Florissants abordent fêtes de fin d‘année oblige, l’un des cycles les plus aboutis et traditionnellement réalisé à l’église Saint-Thomas de Leipzig : l’oratorio de Noël de JS Bach. L’ensemble, ambitieux et même vaste, d’une durée totale de 2h30 environ, comprend six parties, parfaitement liées entre elles par un sujet unique, se déroulant avec cohérence de l’une à l’autre. Bach a conçu le cycle pour les 6 jours de fête du temps de Noël 1734 / 1735. L’ensemble fut créé dans les églises Thomaskirche et Nicolaikirche de Leipzig, sur un livret aujourd’hui attribuable à Picander, mais sans véritable preuves.
Le fil conducteur est donné par le ténor qui raconte, narre, fidèle médiateur et récitant de l’histoire de la Nativité, depuis le recensement de Béthléem, jusqu’à l’Adoration des Rois mages.

Chaque partie était chantée, un jour après l’autre, et non successivement en un tout continu, du 25 décembre 1734, jour de Noël, jusqu’au 6 janvier 1735, pour l’Epiphanie. En dramaturge respectueux des Saintes écritures (Passion de Saint-Mathieu et Passion de Saint-Luc), Bach qui a manifestement collaboré au livret, et au choix des textes, structure musicalement son cycle liturgique en citant par intermittence les mêmes familles d’instruments, d’un tableau à l’autre : ainsi, le corps des trompettes en ré, dans les parties I, III, VI. 

Les parties I, II, III narrent la prochaine délivrance de Marie, la naissance de Jésus (I) ; l’Annonciation aux bergers (II) ; l’invitation vers Bethléem (II) ; la Troisième partie comporte l’air pour alto, le seul air original de l’Oratorio qui ne soit pas un réemploi d’une mélodie prise dans une cantate précédente : un air où Marie prend la parole et déclare « Renferme mon coeur ce doux miracle… » ; la circoncision (IV) : les mages d’Orient à Jérusalem et l’inquiétude d’Hérode à la nouvelle de la naissance de l’Enfant (V) ; la marche et l’Adoration des mages (VI).
Le cycle se termine par un choral de triomphe, entonné par la trompette dont la partie de soliste fut composée par Bach pour le virtuose Gottfried Reiche, l’un des musiciens de l’orchestre que le compositeur dirigeait à Leipzig. Illustration : Pierro della Francesca (Nativité, DR)

______________________________________________

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

COMPIÈGNE, Théâtre Impérial, sam 29 nov 2025. MOZART : Don Giovanni… Jean-Yves Ruf / Julien Chauvin

image_pdfTélécharger (.pdf)

ARTISAN remarqué d’une série Symphonique en cours (« Simply Mozart ») dédiée aux partitions orchestrale majeures de Wolfgang (dont les 3 dernières symphonies de 1788), le violoniste et chef Julien Chauvin et les instrumentistes de son propre ensemble Le Concert de la Loge, abordent l’opéra des opéras : Don Giovanni [1787], triomphalement accueilli à Prague, avant Vienne qui à l’inverse, montrant un belle erreur de jugement, le bouda significativement (en 1788).

 

La geste du Séducteur…. On connaît l’histoire fascinante de l’action, léguée par la pièce de théâtre de Tirso de Molina : à Séville, le chevalier séducteur Don Giovanni avance masqué et réussit à pénétrer dans la demeure de Donna Anna, fiancée à Don Ottavio. Au cours du duel nocturne, Don Giovanni tue le Commandeur, père de la belle ; il s’enfuit avec son valet Leoporello. Mais le séducteur manipulateur ne s’arrête pas là : il jette son dévolu sur une nouvelle proie : Zerlina qu’il tente de séduire le jour de ses noces avec Masetto. Quant à Elvira qu’il a enlevée du couvent puis délaissée, elle le poursuit jusqu’à sa rencontre ultime avec le Commandeur, revenu d’entre les morts.

Servie par une troupe de chanteurs unis, complices, qui évoluent avec brio sous la houlette du metteur en scène Jean-Yves Ruf, la mise en scène éclaire comment Don Giovanni défie l’ordre et la morale ; la scénographie imaginée par Jean-Yves Ruf et Laure Pichat se déploie sur deux plans : le plateau où se tient l’orchestre, et une passerelle en hauteur, qui relie jardin et cour où paraissent, s’affrontent les personnages fort en caractère. Ces deux plans communiquent via un escalier à vue qui crée des hauteurs intermédiaires où tout est permis. Le tout sur un rythme intense, d’autant que le « dramma giocoso » de Mozart mêle tragique, grotesque, profane, sacré, à travers une série inoubliable d’ensembles exaltants, de situations et airs sublimes

La nouvelle production fait le pari de la jeunesse en invitant plusieurs tempéraments du jeune chant français. Sur scène avec ses instrumentistes, Julien Chauvin dirige de son violon, comme au XVIIIè, Le Concert de la Loge : un dispositif qui entend stimuler l’esprit de troupe qui anime le spectacle.  Nouveau spectacle événement.

 

____________________________________________
Wolfgang Amadeus Mozart : Don Giovanni, 1787
Livret : Lorenzo Da Ponte
Compiègne, Théâtre Impérial
Samedi 29 novembre 2025, 20h
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site du Théâtre Impérial de Compiègne :
https://www.theatresdecompiegne.com/don-giovanni-588
Surtitré en français
3h10 entracte compris
De 8€ à 58€
Festival En Voix !

 

 

Distribution
Scénographie : Laure Pichat
Lumières : Victor Egéa
Costumes : Claudia Jenatsch
Chorégraphie : Caroline Marcadé
Maquillages : Élisa Provin
Chef·fe·s de chant : Mathieu Dupouy, Guillaume Haldenwag, Félix Ramos, Flore Merlin
Don Giovanni : Anas Séguin, baryton
Donna Elvira : Margaux Poguet, soprano
Donna Anna : Chantal Santon Jeffery, soprano
Don Ottavio : Abel Zamora, ténor
Le Commandeur : Nathanaël Tavernier, basse
Leporello : Adrien Fournaison, basse
Zerlina : Michèle Bréant, soprano
Masetto : Mathieu Gourlet, basse
Le choeur
Inès Lorans, soprano
Alexia Macbeth, mezzo-soprano
Corentin Backès, ténor
Direction musicale : Julien Chauvin
Mise en scène : Jean-Yves Ruf
Le Concert de la Loge

 

__________________________________________________

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

ROUBAIX. 5ème Concours international Les Étoiles du Piano : Andreï Leshkin, Premier Prix 2025

image_pdfTélécharger (.pdf)

Du 16 au 22 novembre 2025, 22 jeunes virtuoses se sont succédés en compétition à Roubaix. Clôturé ce vendredi 21 novembre, la 5ᵉ édition du Concours international Les Étoiles du Piano a couronné le pianiste Andreï Leshkin en lui remettant le Premier Prix 2025.

 

 

Le jury a décerné le Premier Prix au candidat russe  de 27 ans Andreï Leshkin, dont « la maîtrise technique, la musicalité profonde et la sensibilité artistique ont marqué l’ensemble des épreuves », en particulier dans son interprétation du Concerto pour piano n°2 en sol mineur opus 22 de Saint Saëns qui a conquis le public et les professionnels présents. Andreï Leshkin remporte un prix d’une valeur de 20 000€. Il reçoit également le prix d’interprétation (honorifique). Andreï Leshkin étudie auprès de François Dumont en Suisse, à la Haute Ecole de Musique de Genève.

 

« Je suis très heureux d’avoir participé à un concours d’un niveau aussi élevé. Pour moi, c’était une véritable fête : non seulement cette victoire, mais aussi la possibilité de partager ma musique avec le public. La préparation d’un programme aussi vaste n’a pas été simple : trois tours, dont une œuvre imposée d’une grande difficulté au deuxième tour, et un concerto avec orchestre en finale. Je suis profondément reconnaissant envers ma famille d’accueil, qui a tout fait pour que je me sente à l’aise pendant toute la durée du concours. Et bien sûr, un immense merci aux organisateurs : le concours s’est déroulé au plus haut niveau. » Andreï Leshkin

 

Les quatre autres finalistes distingués

Aux côtés du Premier Prix, le concours a également distingué l’excellence des quatre finalistes qui ont brillamment démontré leur talent et leur potentiel :

2ème prix (15 000€) : Nicolas Bourdoncle ( France ) pour son interprétation du Concerto pour piano n°2 en fa mineur opus 21 de Chopin.
3ème prix (7500€) : Taewoong Yoo (Corée du Sud) pour son interprétation du Concerto pour piano n°23 en la majeur K488 de Mozart.
4ème prix (5000€) : Adrian Herpe (France-Ukraine) pour son interprétation du Concerto pour piano n°2 en sol mineur opus 22 de Saint Saëns
5ème prix (2500€): GuyTae Ha (Corée du Sud) pour son interprétation du Concerto pour piano n°4 en sol majeur opus 58 de Beethoven.

Cette dotation prestigieuse est complétée par des prix spéciaux, ainsi que par un accompagnement concret visant à favoriser les engagements des lauréats sur des scènes prestigieuses en France:

Prix du Public attribué à Nicolas Bourdoncle : une dotation de 1 000€.
Prix de Ville de Roubaix : un récital au Conservatoire de Roubaix
Prix Yamaha : récital dans le nouvel auditorium parisien
Prix La Scala : 2 récitals à la Scala Paris et au Louvre Lens dans le cadre du festival Muse&Piano.
Prix Qobuz : un accompagnement digital sur une sortie d’album.
Prix des étudiants EDHEC : un récital dans l’auditorium du campus de Roubaix.
Prix Areli : un récital à Lille
Prix de l’Orchestre de Picardie : un concert avec l’orchestre au cours de la saison.
Prix de la Saline Royale : un concert à La Saline Royale au cours de la saison.

TOUTES LES INFOS sur le site du Concours international Les Étoiles du piano 2025 :
https://www.etoilesdupiano.fr/

 

 

_______________________________________________

image_pdfTélécharger (.pdf)

CRITIQUE, danse. LILLE, Opéra, le 21 nov 2025. S 62° 58’, W 60° 39’ par la Compagnie Peeping Tom. Franck Chartier, Romeu Runa, Chey Jurado, Eurudike De Beul, Christina Guieb…

image_pdfTélécharger (.pdf)

S 62° 58’, W 60° 39’... Les coordonnées GPS qui donnent le titre du spectacle, sont aussi précises que la place des acteurs et le sens de leur travail, sur scène, incertains, remis en question, sous analyse…

___________________________________________
Photo : © Samuel Aranda / Peeping Tom

 

 

Un bateau qui pourrait être un chalutier pris, immobilisé dans la banquise et soumis au vent glacial de l’Antarticque… Le tableau dans la pénombre et le bruit du vent très sonore composent une scène primitive d’une beauté tragique. Comme c’était le cas du précédent spectacle que nous avons vu in loco, – une lecture inclassable  d’après Didon et Énée de Purcell [2021], on pense assister à une performance  alliant poésie de l’absurde et déconstruction délirante des codes du théâtre. Rien de tel en réalité ce soir où la musique certes s’invite, l’opéra aussi [extrait du Trouvère dont la scène d’Azucena au moment le plus tragique du drame verdien…]. Car la troupe de Peeping Tom va bien plus loin qu’une seule performance… Le spectacle questionne au-delà du connu, le sens même du travail d’acteur ; à mesure que l’action se déroule, chaque personnage s’efface derrière l’acteur qui s’adresse sans filtre au réalisateur Francky ; jusqu’où le metteur en scène peut-il aller avec l’interprète? Et prend-t-il en compte réellement le point de vue de ses interprètes ?…  précisément l’actrice dans le cas de Mimi… Celle-ci [Eurudike] dans un solo très pertinent dénonce la vision « pervertie » de celui qui la dirige ainsi, vision qui l’assigne toujours à un même type de rôle ; ce qui la rend malade… Elle aussi est coincée dans un unique schéma théâtral.
D’ailleurs tous revendiquent, chacun à leur tour, leur individualité en prenant à partie le « directeur », demandant à couper et interrompre la scène en cours… Comment survivre aux défis d’une création ? C’est ici le point de vue des interprètes performeurs qui s’affirme, en rébellion, contre les fantasmes inacceptables du réalisateur. De sorte que le spectateur comprend qu’il assiste à un tournage et qu’à tout moment les acteurs selon leur ressenti peuvent rompre le fil de la narration scénique.

Plus tard Christina dénonce aussi dans la scène qu’elle doit assumer [mourir sur scène], la seule vision du même directeur [Francky] ; elle fait couper la séquence et demande à ce que soit considérer son propre ressenti comme les éléments de son histoire intime.

Peu à peu ses acteurs se mettent à nu, tombent le masque ; ils révèlent chacun des failles intimes qui les empêchent d’avancer… Echo subtil qui résonne avec le chalut bloqué sur la banquise. Cette nef entravée devient la métaphore de tous.

C’est une lente et progressive introspection dont les spectateurs sont les témoins, en particulier dans le solo final où l’acteur [Romeu] dans un dédoublement de personnalité saisissant, schizophrénique, questionne la finalité  et le sens du travail d’acteur. « Si je n’étais pas acteur, je serai un criminel... » : voilà qui est dit et concentre la portée critique de la pièce. Le jeu théâtral revêt une fonction cathartique pour chaque acteur, il en libère les pulsions violentes, l’agressivité malsaine, les frustrations tues.

Dans un déferlement de saynètes qui s’enchaînent, un jeu continu entre fiction et réalité, une succession de solos vindicatifs où chacun revendique son droit à l’existence afin d’accorder ce qu’il joue à ce qu’il est… S’immiscent des alertes très actuelles – wokistes et féministes, où le diktat de la masculinité phallocrate est méticuleusement analysée, relativisée, défaite, déconstruite [cf le monologue final].

 

Romeu Runa, à l’épreuve d’une masculinité analysée, déconstruite, interrogée, exprime le désarroi de l’interprète saisi, tiraillé entre son identité propre et ce que le metteur attend de lui dans le défi d’une création qui questionne la finalité de son métier (DR)

 

 

Nu sur scène, l’acteur traverse la frontière sacrée de la salle [scène / parterre : ce qui sépare symboliquement espace de la fiction  / espace du réel] , ce 4ème mur… qu’il franchit,  s’adressant alors au public, lui partagent sa solitude et son impuissance… L’implorant même pour qu’un spectateur se lève et l’aide à finir son solo qui est devenu une impasse. Grand moment dramatique qui place le public au cœur de l’action, auquel il est demandé dans un acte fraternel de rendre à celui qui s’est dévoilé, livré, sacrifié,… toute sa dignité, en lui permettant une sortie convenable.

Sauvage et chaotique, le spectacle n’en est pas moins onirique…
Des images d’une poésie ineffable, en majorité liées à la danse que réussit le danseur [Chey]… quand il pêche au rythme d’un concerto de Vivaldi ; quand il accompagne Mimi chantant le rôle d’Azucena ; quand il joue et danse avec le violoncelle sur le toit du bateau… Avec ce travail spécifique, millimétré dans l’enchaînement saccadé des mouvements comme si l’on assistait à un film aux images accélérées puis rembobinées,… dans un enchaînement heurté qui suggère un temps parallèle, à la fois ralenti et accéléré [sa dernière séquence, valise à la main quittant le plateau à cour].
Sans omettre la déploration sur le corps de l’enfant mort magnifiquement accordé à l’Adagio de la Sonate de Chostakovitch. Moment d’une intensité tragique bouleversante.
Le résultat visuel est saisissant et l’on regrette que les parties dévolues à la danse ne soient pas plus nombreuses, commentant ou doublant les nombreux monologues.
Crée en 2023 à Lyon, la production reste impressionnante autant par l’extrémisme et la radicalité de l’écriture que l’imaginaire visuel envisagé par l’alliance des disciplines mêlées. Le spectacle est le plus engagé de la compagnie belge Peeping Tom [fondée en 2000]. Son approche incisive autant que poétique interroge la pratique même de l’art théâtral, sa finalité, la place de l’acteur, la relation du concepteur et metteur en scène avec chaque interprète ; autant d’éléments exacerbés dans le contexte d’une création dont le dispositif  met à nu face au public. Brillant, dérangeant, pertinent.

 

 

____________________________________________
CRITIQUE, danse. LILLE, Opéra, le 21 nov 2025. S 62° 58’, W 60° 39’ par la Compagnie Peeping Tom. Franck Chartier, Romeu Runa, Chey Jurado, Eurudike De Beul, Christina Guieb…

 

Distribution
Franck Chartier,  concept et mise en scène.
Yi-Chun Liu, Peeping Tom : chorégraphie.
Raphaëlle Latin,  conception sonore et arrangements.
Justine Bougerol, Peeping Tom : scénographie.
Tom Visser : conception lumières.
Acteurs : Dirk Boelens, Charlie Cattrall, Eurudike De Beul, Christina Guieb, Chey Jurado, Romeu Runa.
Figurants  : Achille Blary, Marion Blary Deleurence.
À l’affiche de l’Opéra de Lille, aujourd’hui samedi 22 [18h], dimanche 23 [16h] novembre 2025 :
https://www.opera-lille.fr/spectacle/s-62-58-w-60-39/

 

approfondir

LIRE aussi notre présentation et critique de Didon et Énée d’après Purcell par Peeping Tom, a l’affiche du GT de Genève en février 2025 :
https://www.classiquenews.com/grand-theatre-de-geneve-purcell-didon-et-enee-les-20-22-23-25-et-26-fevrier-2025-peeping-tom-le-concert-dastree/ 

 

 

 

TEASER VIDÉO / PEEPING TOM : S 62 58 W 60 39 (2023 -reprise Lille 2025)

 

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

CRITIQUE, opéra. AVIGNON, Opéra Grand Avignon, le 21 novembre 2024. MONTEVERDI : L’Orfeo. M. Borgioni, M. Théoleyre, F. Hasler, S. Vitale… Pauline Bayle / Jordi Savall

image_pdfTélécharger (.pdf)

En partant du principe que L’Orfeo de Claudio Monteverdi est le premier opéra digne de ce nom, le premier ouvrage qui fasse jouer de concert la musique, la fable et le drame, la profession de foi de la metteure en scène du spectacle Pauline Bayle – « Tout s’est joué, en 1607, dans un salon avec deux tapisseries » – prend ici tout son sens, son travail – par sa simplicité et son sourire radieux – soulève l’enthousiasme et fait jaillir l’émotion deux heures durant – à l’Opéra Grand Avignon, après avoir fait les beaux soirs de l’Opéra Royal de Versailles et de l’Opéra Comique, où la production a été étrennée en juin 2021.

 

Au moment où retentit la célèbre toccata qui inaugure le prologue de L’Orfeo, les cuivres sont placés dans les loges de part et d’autres de la fosse tandis que sur le plateau nu, un ensemble de choristes habillés de couleurs vives, aux gestes tendres et aux ritournelles enlevées, qui plus est galvanisé par la musique personnifiée, fait son entrée les bras chargés de bouquets de pétales d’un rouge coquelicot. C’est ainsi que s’ouvre le spectacle qui est épuré et coloré comme l’est la musique de Monteverdi… L’espace vide est alors recouvert de ces fleurs éparses formant un cercle étroit qui fait penser au théâtre antique. Cette nature prodigue et bucolique s’offre comme décor aux deux premiers actes et trouvera un total contrepoint dans l’obscurité tenace qui enveloppe la partie qui suit. C’est simple, c’est beau et c’est surtout très émouvant !

L’émotion est également au rendez-vous dans le chant souverain du rôle-titre, incarné ici par Mauro Borgioni. Le baryton Italien campe un poète de superbe tenue, rayonnant dès les premiers actes, puis torturé dans les épisodes infernaux, et un chant d’une mélancolie et d’un héroïsme brillamment imbriqués, notamment dans les mélismes de son grand air du III. Face à lui, les autres personnages parviennent à exister quand même, à commencer par la Messagiera de la mezzo française Floriane Hasler dont le timbre généreux, la diction fine et fluide, et le charisme tranquille libèrent une émotion palpable. De son côté, la jeune soprano Marie Théoleyre convainc dans son double rôle de victime (Euridice) et de prophétesse (La Musica), tandis que la double partie de Speranza / Proserpina est assurée par la mezzo Anna Reinhold, qui s’avère cependant plus en retrait que ses deux consœurs. Ce n’est certes pas le reproche que l’on fera au Pluton (et Caronte) tonitruant (mais stylé !) de la basse italienne Salvo Vitale, alors que le charme opère toujours avec l’Apollo de Furio Zanasi – vingt-trois ans après que nous l’ayons entendu dans le rôle-titre (déjà sous la battue de Jordi Savall… au Gran Teatre del Liceu de Barcelone en 2002). Enfin, les comprimari n’appellent aucun reproche, avec une mention pour le Pastor au timbre rayonnant de David Tricou.

On pouvait enfin faire confiance au chef catalan Jordi Savall – à la tête de son ensemble du Concert des Nations et de l’excellent Chœur de l’Opéra Grand Avignon – pour faire surgir le théâtre au travers de ses deux ensembles. De fait, la formation baroque se surpasse littéralement et délivre une exécution d’une perfection instrumentale absolue, doublée d’une variété infinie dans les couleurs – et tout simplement du drame, de l’émotion, du rire, et des larmes !

 

 

_________________________________________

CRITIQUE, opéra. AVIGNON, Opéra Grand Avignon, le 21 novembre 2024. MONTEVERDI : L’Orfeo. M. Borgioni, M. Théoleyre, F. Hasler, S. Vitale… Pauline Bayle / Jordi Savall. Crédit photo (c) Barbara Buchmann

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

CRITIQUE, opéra. MONACO, Grimaldi Forum, le 20 novembre 2025. VERDI : Aïda. A. Kurzak, A. Soghomonyan, M-N. Lemieux, E. Schrott, L. Tézier… Davide Livermore / Massimo Zanetti

image_pdfTélécharger (.pdf)

Dans la Principauté de Monaco qui, illuminée de couleurs rouges et blanches, célèbre sa fête nationale du 19 novembre, l’un des éléments majeurs des festivités est la magnifique représentation d’Aïda de Giuseppe Verdi – donnée dans la Salle des Princes du Grimaldi Forum. 

 

Le spectacle est dominé par la prestation de la soprano polonaise Aleksandra Kurzak, cette flamme qui surgit dans la noirceur du drame, se lève, ondule, émeut, fascine, éblouit. La succession des tableaux est splendide, envahie par une foule débordante de costumes superbes au-dessus desquels frémissent des éventails, s’agitent des palmes, se brandissent des lances. Ainsi se lève une Égypte rêvée où tout est prétexte à la splendeur. Il y a du Cecil B. Demille dans l’air…

Mais où sont les Peplums d’antan ? Au fond de la scène se présente une vaste structure lumineuse où l’on peut voir en 3D des effets abstraits ou évocateurs de temples égyptiens. Dès le début, on devine là le symbole du tombeau dans lequel finiront les deux héros. La mise en scène de Davide Livermore est plutôt statique, même dans la scène du triomphe, parfois plus proche d’une mise en espace que d’une mise en scène. Mais cela n’est pas un reproche puisque – nous l’avons dit – ce spectacle est superbe.

 

 

En dehors de la flamme Kurzak, d’autres voix se distinguent. Marie-Nicole Lemieux a les magnifiques graves de velours qu’on lui connaît mais ses aigus, parfois, sont criés à l’excès. On est bouleversé au dernier acte par son engagement de tigresse blessée. Le temple vocal repose sur les colonnes de marbre de plusieurs voix graves. En premier lieu celle de Ludovic Tézier qui impose un Amonasro de pierre chaude. Ah, on n’est pas près d’oublier son duo du Nil avec Aleksandra Kurzak ! Mais il y a aussi le remarquable et célèbre Erwin Schrott, Ramfis aux vibrations profondes. Ou encore – à un moindre niveau – Antonio di Matteo qui, en Roi implacable, ajoute à l’édifice le granit de sa voix. Reste le Radamès du ténor Arsen Soghomonyan. Nous n’avons pas reconnu celui qui, naguère, remplaça Jonas Kaufmann dans Otello à Aix-en-Provence. Il est vrai que, lorsque nous l’avions entendu, il sortait de maladie et qu’une annonce avait été faite lors de la précédente représentation. Malgré des aigus éclatants et volumineux, son timbre parut comme voilé. A part cela, les Chœurs de l’Opéra de Monte-Carlo sont magnifiques, cette mer humaine, cette houle héroïque, ce peuple vibrant où grondent la guerre, l’espoir, la prière. 

Mais tout cela ne serait rien sans le grand timonier – le chef d’orchestre – Massimo Zanetti, verdien dans l’âme et dans la baguette à la tête d’un Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo puissant comme le Nil. A noter, au passage, la qualité et la précision des fameuses trompettes d’Aïda. Cela étant, pour louer ce spectacle ce ne sont pas ces trompettes d’Aïda qu’il faut emboucher mais… celles de la renommée !

 

 

_____________________________________
CRITIQUE, opéra. MONACO, Grimaldi Forum, le 20 novembre 2025. VERDI : Aïda. A. Kurzak, A. Soghomonyan, M-N. Lemieux, E. Schrott, L. Tézier… Davide Livermore / Massimo Zane. Crédit Photo (c) Opéra de Monte-Carlo

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

ONPL / Orchestre National des Pays de la Loire. Les 4, 7, 9 et 10 déc 2025 : Concert de Noël. ONPL, Sascha Goetzel (direction)

image_pdfTélécharger (.pdf)

Magie de Noël à Angers et à Nantes … À l’image du célébrissime Concert du Nouvel An de Vienne, l’Orchestre National des Pays de la Loire propose désormais son Grand Concert de Noël pour tous. Après le succès des éditions précédentes, Sascha Goetzel, invite cette année, deux chanteuses de la prestigieuse Académie de la Scala de Milan,

 

 

aux côtés du Choeur de l’ONPL et des voix enfantines de la Maîtrise des Pays de la Loire et de la Maîtrise de la Perverie : autant d’acteurs d’un concert qui s’annonce féerique et chaleureux. L’ONPL offre ainsi un joli cadeau à s’offrir pour entrer dans la magie des fêtes de fin d’année ; au programme, de réjouissants chefs-d’œuvre du répertoire classique et de merveilleux chants de Noël…

 

_______________________________
©Sébastien Gaudard – Romain Charrier

 

 

CONCERT DE NOËL ORCHESTRE NATIONAL DES PAYS DE LA LOIRE
4 dates événements
Jeudi 4 décembre 2025, 20h30
ANGERS, Centre de Congrès
Dimanche 7 décembre 2025, 17h
ANGERS, Centre de Congrès
Mardi 9 décembre 2025, 20h30
NANTES, Cité des congrès
Mercredi 10 décembre 2025, 20h30
NANTES, Cité des congrès
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’ONPL Orchestre National des Pays de La Loire : https://onpl.fr/agenda/concert-de-noel/

 

 

programme

Georg Friederich Haendel
Le Messie : Alleluia

Giacomo Puccini | La Rondine :
Chi il bel sogno di Doretta

Wolfgang A. Mozart | La Clémence de Titus :
Parto, parto, ma tu ben mio

Choeur d’enfants | Pièces a cappella

Engelbert Humperdinck :
Hänsel und Gretel : Ouverture

Antonio Vivaldi | Gloria :
Gloria in excelsis Deo

Franz Schubert :
Mille cherubini in coro

Giacomo Puccini
Gianni Schicchi : O mio babbino caro

Gabriel Fauré
Requiem : In Paradisum

Engelbert Humperdinck
Enigma Variations : Variation IX « Nimrod »
Medley de Noël

 

distribution
Francesca Manzo, soprano
Anna-Doris Capitelli, mezzo-soprano
Choeur de l’ONPL / Valérie Fayet, cheffe de choeur
Maîtrise des Pays de la Loire / Pierre-Louis Bonamy, chef de choeur
Maîtrise de la Perverie / Charlotte Badiou-Corbière, cheffe de choeur
ONPL ORCHESTRE NATIONAL DES PAYS DE LA LOIRE
Sascha Goetzel, direction
Les concerts à Nantes ont lieu :
A La Cité des Congrès : 
5, rue de Valmy – 44000 Nantes
Les concerts à Angers ont lieu :
Au centre de Congrès : 
33, boulevard Carnot – 49100 Angers

_____________________________________

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

PARIS, 13e ART. Ballet : THE DANCER(S), Compagnie François Mauduit, les 9 et 10 décembre 2025

image_pdfTélécharger (.pdf)

Connaissez-vous la vraie vie d’un.e danseur.euse ? Connaissez-vous les rêveries d’un.e danseur.euse ? Et Connaissez-vous la place d’un.e danseur.euse dans la société, le chemin qu’il ou elle doit parcourir, sans omettre le labyrinthe spirituel, sportif et magique traversé tout au long de sa vie ?

 

 

la vraie vie d’un.e danseur.euse

À l’occasion des 20 ans de sa compagnie, le danseur François Mauduit, ex soliste de Maurice Béjart, questionne la danse et les danseurs ; il évoque ses souvenirs de danse avec passion, tendresse, férocité parfois et même folie… Du petit rat de l’Opéra son travail de soliste au sein de la compagnie de Maurice Béjart, ses premiers professeurs, ses rencontres avec de grandes personnalités, … de nombreux souvenirs se mélangent aux douces illusions d’une enfance totalement dévouée à la danse. Portrait François Mauduit (DR).

Sur scène, François Mauduit réunit 12 danseurs.euses solistes issues des plus grandes troupes internationales comme la Scala de Milan, le Royal Swedish Ballet, l’Opéra de Bordeaux, le Capitole de Toulouse… Chacun est l’acteur d’un nouveau ballet … chemin farfelu et ce rêve éveillé où toutes les danses et toutes les musiques cohabitent. Technicité, brio, interprétation, émotion, le spectacle synthétise à lui seul la vie d’un.e danseur.euse, côté scène et côté coulisses. Incontournable.

 

___________________
PARIS, 13ème ART
THE DANCER(S)
Compagnie François Mauduit

Mardi 9 et jeudi 10 décembre 2025, 20h

RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site du 13ème ART, PARIS :
https://le13emeart.com/les-evenements/the-dancers/

Le 13e Art – Place d’Italie (75013)

 

Visitez aussi le site de François Mauduit : https://www.francoismauduit.fr/home

 

TEASER VIDÉO

DISTRIBUTION
Haruka Ariga | Coralie Aulas Louise Djabrii | Nicolas Lazzaro Calum Lowden | Géraldine Lucas Shoiri Matsushima | François Mauduit Capucine Ogonowski | Vittoria Pellegrino Nelly Soulages

 

Compagnie François Mauduit sur sa chaîne Youtube :
https://www.youtube.com/@francoismauduit6423
Carmina Burana, Tribute to Marius Petipa, les Quatre Saisons, La Belle au Bois Dormant…

 

Compagnie François Mauduit
La première troupe mise en place par François Mauduit date de 1999 et fut d’abord composée d’amateurs. En 2002, les premières tournées d’été sont organisées sur la côte Normande. C’est lors de la tournée de 2004, que la troupe compte principalement des professionnels issus de diverses compagnies internationales. En 2006 , la troupe prend le nom de Compagnie Chorégraphique François Mauduit et s’implante de façon professionnelle. Composée de danseuses et danseurs, formés dans les meilleures écoles (Opéra de Paris, Conservatoires nationaux) et tous issus des plus grandes compagnies internationales, la Compagnie s’est fixée comme objectif d’offrir au public un répertoire varié alliant la grande tradition classique aux dernières créations contemporaines, afin d’ouvrir la danse au plus grand nombre, avec des spectacles d’une grande qualité technique et artistique. François Mauduit, ancien élève de l’école du Ballet de l’Opéra de Paris est un chorégraphe et danseur passionné. Fortement marqué par son passage chez Maurice Béjart, il incarne le projet de cette Compagnie et déploie son inépuisable énergie, son talent et sa créativité pour gagner le pari de faire vivre une Compagnie de danse néo-classique en France. Depuis septembre 2006, la Compagnie a dansé plus de 500 fois en France et à l’étranger. Au total, ce sont plus de 250 000 spectateurs qui ont assisté aux différents spectacles de la Compagnie depuis sa création.

 

 

 

 

 

prochaines représentations

 

 

Tournée 2025/2026

9 et 10 décembre 2025
 : Paris (13è ART) – THE DANCERS
12 décembre
 : Les Herbiers – CARMEN

11 janvier 2026 : 
Toulouse – GALA
16 janvier
 : Carcassonne – CARMEN
18 janvier
 : Cap d’Agde – AUDREY
20 janvier
 : Bordeaux – AUDREY
23 et 24 janvier : 
Illkirch – QUATRE SAISONS
25 janvier
 : Cesson – AUDREY
31 janvier
 : Olonnes – AUDREY

6 février
 : Levallois – AUDREY
13 février
 : Caen – AUDREY

17 mars
 : St Orens – CARMINA/GALA
24 mars
 : Chartres – GALA
27 mars
 : Argentan – LE SACRE/GALA

3 avril
 : Orange – AUDREY
11 avril
 : St Estève – CLEOPATRE
14 avril
 : Bollène – CLEOPATRE
14 avril
 : Caen – LE SACRE/GALA
18 avril
 : Bagnères – LA BELLE AU BOIS DORMANT
21 avril
 : Albi – CARMINA/GALA
24 avril
 : Sens – GALA
26 avril
 : St Martin – LA BELLE AU BOIS DORMANT
27 avril
 : Grande-Synthe – CARMINA
30 avril
 : La Test de Buch – CARMEN (2 spectacles)

14 juin
 : Toulouse – CLEOPATRE
24 juin
 : Caen – CREATION

 

 

 

VOIR aussi l’entretien vidéo de François Mauduit à propos de  » Dancer(s)  » : https://www.instagram.com/reel/DRhvr5BDH3g/

 

 

 

_____________________________________________________

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

LA SEINE MUSICALE, Cycle Rachmaninoff #1, mer 3 déc 2025. Appassionato, Mathieu Herzog (direction). Concerto pour piano n°3 (Nikita Mndoyants, piano), Symphonie n°1…

image_pdfTélécharger (.pdf)

Durant la saison musicale 2025 – 2026, La Seine Musicale amorce un cycle intégral dédié à l’œuvre de Rachmaninoff – cette intégrale de la musique pour orchestre de Rachmaninoff (qui comprendra les 3 Symphonies, les 4 Concertos pour piano, entre autres…) promet une aventure musicale et monumentale à travers l’apogée du romantisme russe en 3 saisons (jusqu’en 2028) et 5 concerts. Chaque concert une œuvre symphonique et un concerto … immortalisé par un enregistrement live qui captera « les mystères et les trésors de l’âme russe, synthèse de passion et de tragique, magnifiée par l’expérience de la scène pour former une nouvelle Collection Rachmaninov ».

 

 

Tout Rachma à la Seine Musicale

Une mélodie clair et calme inaugure le Concerto pour piano n° 3 de Rachmaninov… mais qu’on ne s’y trompe pas, c’est l’un des concertos les plus redoutables du répertoire ! Son développement s’anime, le thème passant à l’orchestre tandis que le piano s’embrase dans des arpèges virtuoses.  Portée par un discours rhapsodique d’une virtuosité étourdissante, l’écriture de Rachmaninov à travers ses 3 mouvements (Allegro ma non troppo, Intermezzo, Finale) concentre l’âme russe. Le pianiste Nikita Mndoyants, remarqué pour un récent album dédié à Prokofiev, exprime vertiges et espérances d’un Concerto qui dans le parcours de l’auteur, est celui d’une rédemption par l’art. Le compositeur lui-même au piano assure la première de l’œuvre à New York (28 nov 1909). L’œuvre assure un triomphe à l’héritier des romantiques russes, renforçant sa réputation internationale (comme compositeur et comme pianiste, au regard des défis techniques qui s’imposent au soliste).

Quel contraste avec la Symphonie n° 1, partition du jeune compositeur (composée en 1895), et objet d’un accueil particulièrement froid (créée aux Concerts symphoniques russes le 15 mars 1897 à Saint-Pétersbourg sous la direction d’un Alexandre Glazounov totalement ivre !). Cet échec retentissant suscite une réaction catastrophique auprès d’un auteur sensible et sévère avec lui-même : Rachmaninov sombre dans la dépression pendant 3 ans. Perdue, la partition est reconstituée et recréée à Moscou en 1945.

Pourtant la symphonie n°1 est l’œuvre d’un jeune musicien passionné et talentueux ; c’est le premier aboutissement d’un jeune démiurge qui admire Tchaikovsky son maître dont il prolonge avec puissance et originalité la force magnétique (en en croisant les idiomes avec ceux de Borodine). Sa noirceur est d’autant plus menaçante qu’une citation des Évangiles placée en exergue de la partition la nimbe d’un caractère énigmatique : « La vengeance est mienne, je me vengerai ». Un court motif sardonique et un thème inquiétant qui rappelle le Dies iræ sont la matière obstinée du premier mouvement, qui hantent et revient jusqu’au finale. Quatre mouvements : Grave – Allegro ma non troppo / Allegro animato / Larghetto / Allegro con fuoco (en ré majeur)… César Cui, compositeur russe influent, a souligné l’inspiration infernale de cette partition prometteuse et visionnaire.

 

__________________________
CYCLE RACHMANINOV #1
Mathieu Herzog (direction), Nikita Mndoyants (piano)
et l’Orchestre Appassionato
Mercredi 3 décembre 2025 – 20h30
Réservez vos places directement sur le site de LA SEINE MUSICALE : https://www.laseinemusicale.com/spectacles-concerts/rachmaninov-concerto-3-symphonie-1-mathieu-herzog-orchestre-appassionato/
À PARTIR DE 31.50€

 

 

Distribution
Orchestre Appassionato
 / Mathieu Herzog, direction
 / Nikita Mndoyants, piano

Programme
Rachmaninov, Concerto n° 3, Symphonie n° 1

 

 

Prochain concert RACHAMNINOV #2
Mercredi 6 mai 2026

Concerto pour piano n°2, Symphonie n°2 / Mathieu Herzog, Nikita Mndoyants, Orchestre Appassionato – MERCREDI 6 MAI 2026, 20h30 / Infos & Réservations : https://www.laseinemusicale.com/spectacles-concerts/rachmaninov-concerto-2-symphonie-2-mathieu-herzog-orchestre-appassionato/

 

_________________________________________________________

 

approfondir

LIRE aussi notre annonce présentation de la nouvelle saison 2025 – 2026 de La SEINE MUSICALE :

LA SEINE MUSICALE, saison 2025 – 2026 : Orchestre Appassionato, Mathieu Herzog, Insula Orchestra, Laurence Equilbey, Philippe Jaroussky, Orchestre Lamoureux, Orchestre national d’Île-de-France…

 

 

Le pinaiste Nikita Mndoyants joue Prokofiev : https://www.classiquenews.com/critique-cd-evenement-prokofiev-sonates-pour-piano-n4-et-8-nikita-mndoyants-piano-1-cd-aparte/

CRITIQUE CD événement. PROKOFIEV : Sonates pour piano n°4 et 8… NIKITA MNDOYANTS, piano (1 cd Aparté)

 

 

_________________________________________________________

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

OPÉRA DE MASSY. MOZART : Don Giovanni, les 13, 14, 16 déc. Timothée Varon, Adrien Fournaison, Margaux Poguet… Le Concert de la Loge, Julien Chauvin / Jean-Yves Ruf

image_pdfTélécharger (.pdf)

L’Opéra de Massy présente en décembre 2025, un Don Giovanni troublant et puissant, dont la musique et la mise en scène dévoilent les contradictions et les failles troublantes. Le spectacle revisite le célèbre personnage de Mozart et Da Ponte, séducteur et manipulateur, en mettant en lumière ses contradictions : ni héros ni criminel, mais un être complexe et indécis. Les autres personnages, comme Zerlina (qu’il veut séduire) ou Donna Anna (qu’il a déjà séduite voire violée), sans omettre Elvira (qu’il fuit outrageusement), révèlent également des paradoxes qui questionnent une profondeur inattendue. Dans sa noirceur immorale, Don Giovanni serait-il humain, trop humain ?

_____________________________
Photo : Simon Gosselin

 

 

Peu d’opéras ont autant mis en lumière le profil des femmes : Anna, Elvira – victimes du séducteur ; la jeune Zerlina, proie idéale, désignée… illustrent une approche d’une extrême finesse. A leurs côtés, les hommes (Masetto, Ottavio) font pâle figure. Même le valet du Chevalier, Leporello, véritable double du séducteur, s’il est bien payé, aimerait trouver un autre patron…
La première partie (acte I) expose les méfaits du séducteur, ses actes indignes, son immoralité ; la seconde (acte II) lui renvoie le regard accusateur de ses victimes : Mozart organise peu à peu son procès à travers sa confrontation avec la statue du Commandeur ; pourtant, le libertin arrogant ne regrette à aucun moment sa vie dissolue, prêt au contraire à défendre son mode de vie dissolu… Il périra aux enfers.

L’orchestre, placé sur scène, crée un espace vivant où la musique devient actrice, flux de pensée, renforcé par une scénographie jouant sur deux niveaux, entre confrontation et introspection, commentaire et révélation.
Portée par de jeunes talents et un orchestre audacieux, sur instruments historiques, la nouvelle production propose une vision contemporaine et saisissante de cet opéra intemporel.
Créé triomphalement à Prague en oct 1787, Don Giovanni est repris à Vienne, en mai 1788 suscitant la froide réserve des viennois, y compris l’empereur Joseph II, bien peu mélomane en vérité. Et totalement étranger à la modernité visionnaire du compositeur.

 

__________________________
Opéra de Massy – MOZART : Don Giovanni (1787)
Samedi 13 décembre 2025, – 20h
Dimanche 14 décembre 2025, – 16h
Mardi 16 décembre –2025, 20h
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’Opéra de Massy : https://www.opera-massy.com/fr/don-giovanni.html?cmp_id=77&news_id=1179&vID=3
Durée : 3h10 entracte compris

 

Distribution
Direction musicale : Julien Chauvin
Mise en scène : Jean-Yves Ruf
Scénographie : Laure Pichat
Collaboration artistique : Julien Girardet
Lumières : Victor Egéa
Costumes : Claudia Jenatsch

Don Giovanni : Timothée Varon
Donna Elvira : Margaux Poguet
Donna Anna :
Marianne Croux (14 et 16) /
Chantal Santon Jeffrey (13)
Don Ottavio : Abel Zamora
Le Commandeur :
Nathanaël Tavernier (14 et 16) /
Mathieu Gourlet (13)
Leporello : Adrien Fournaison
Masetto :
Mathieu Gourlet (14 et 16) /
Louis de Lavignère (13)
Zerlina : Michèle Bréant

Choeur : Inès Lorans, Alexia Macbeth, Corentin Backès, Samuel Guibal

Le
Concert de la Loge

 

 

Conférence
Sam. 13 décembre à 18h30 (Gratuit sur inscription)
https://billetterie.opera-massy.com/selection/event/date?productId=10229378328570

Garderie
↦ Garde d’enfants
Dim. 14 décembre (15€/ enfants sur inscription)
Réservation 48h au plus tard avant la représentation au 01 60 13 13 13.

 

____________________________________________

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

OPÉRA DE RENNES. ROBERT SCHUMANN: Le Pèlerinage de la rose, 2, 3 déc 2025. Chœur Mélisme(s), Gildas Pungier (direction)

image_pdfTélécharger (.pdf)

Partition tardive et méconnue du génie schumannien, l’oratorio « Le Pèlerinage de la Rose » (opus 112, 1852) participe du dernier élan créatif propre au début des années 1850 (avant sa mort en 1856). A Düsseldorf, le compositeur des 4 Symphonies, du Requiem connaît une consécration unanime qui cependant est ternie par ses difficultés avec l’orchestre de la ville : Schumann est contraint de démissionner de son poste de directeur musical unique (1853). Comme résigné, ses forces vives épuisées, Robert sombre dans sa folie intérieure. Sa lente désintégration psychique paraît inéluctable.

 

 

 

L’Opéra de Rennes affiche la version originelle pour piano conçue par Schumann avec le choeur Mélisme(s) sous la direction de Gildas Pungier. La production est mise en images en direct par l’illustratrice Emma Bertin pour un concert dessiné, invitation onirique qui complète opportunément le travail spécifique des chanteurs et solistes du chœur Mélisme(s), en résidence à l’Opéra de Rennes, sur l’écriture chorale, l’articulation du texte, le geste vocal.
La puissance poétique de l’œuvre évoque le cheminement d’une petite rose aspirant à la condition humaine et à l’amour. Comme dans son oratorio précédent, Le Paradis et la Péri (1843), porté par une énergie bouillonnante, aux sources d’un romantisme exalté, Le Pèlerinage de la rose (Der rosepilgerfahrt), redouble encore d’éloquence et de finesse dans l’écriture vocale, d’autant que Schumann élabore dans le même temps, la version finale, ses Scènes de Faust…

 

 

_______________________________
OPÉRA DE RENNES
Mardi 2 décembre 2025 à 20h
Mercredi 3 décembre 2025 à 20h

RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’Opéra de Rennes :
https://www.opera-rennes.fr/fr/evenement/le-pelerinage-de-la-rose

Distribution
Gildas Pungier, direction musicale
Jeanne Mendoche, La Rose
Benoit Rameau, ténor
Damien Pass, baryton
Emma Bertin, dessin en direct
Colette Diard, piano
Chœur de chambre Mélisme(s) (direction : Gildas Pungier)
Maîtrise de Bretagne (direction : Maud Hamon-Loisance)
Durée: 1h10, sans entracte
Rôles : Rose (soprano), la reine des elfes, Marthe, une meunière (mezzo-soprano), un fossoyeur (basse), un meunier (basse), narrateur, Max fils du forestier (ténor)

 

 

Première partie
N° 1. Die Frühlingslüfte bringen
N° 2. Johannis war gekommen
N° 3. Elfenreigen: Wir tanzen, wir tanzen
N° 4. Und wie sie sangen
N° 5. So sangen sie
N° 6. Bin ein armes Waisenkind
N° 7. Es war der Rose erster Schmerz!
N° 8. Wie Blätter am Baum
N° 9. Die letzte Scholl’ hinunterrollt
N° 10. Gebet: Dank, Herr, dir dort im Sternenland

 

Deuxième partie
N° 11. Ins Haus des Totengräbers
N° 12. Zwischen grünen Bäumen
N° 13. Von dem Greis geleitet
N° 14. Bald hat das neue Töchterlein
N° 15. Bist du im Wald gewandelt
N° 16. Im Wald, gelehnt am Stamme
N° 17. Der Abendschlummer
N° 18. O sel’ge Zeit
N° 19. Wer kommt am Sonntagsmorgen
N° 20. Ei Mühle, liebe Mühle
N° 21. Was klingen denn die Hörner
N° 22. Im Hause des Müllers
N° 23. Und wie ein Jahr verronnen ist
N° 24. Röslein!

 

 

Composition : 1851.
Création : 5 février 1852, Düsseldorf, Geisslersaal, sous la direction du compositeur.
Effectif : soprano (Rose), alto (la Reine des elfes, Marthe, la Meunière), baryton (le Meunier), basse (le Fossoyeur), 2 sopranos solo, 2 altos solo, ténor solo, basse solo, chœur à 4 voix – 2 flûtes, 2 hautbois, 2 clarinettes, 2 bassons – 2 cors d’harmonie, 2 cors à piston, 2 trompettes à piston, 3 trombones – timbales – cordes.

 

 

 

Musikdirektor à Düsseldorf

En devenant directeur de la musique à Düsseldorf en septembre 1850, Schumann quitte la Saxe et s’attèle à diriger les concerts de l’Allgemeine Musikverein et de la société chorale : un défi pour le compositeur qui n’a jamais été Musikdirektor, assumant ainsi sa fonction de chef principal pour les dix concerts d’abonnement, et les concerts exceptionnels comprenant œuvres du répertoire et partitions nouvelles dont les siennes (les 4 symphonies à venir). Ainsi voit le jour dans ce contexte stimulant : la Symphonie « Rhénane », créée triomphalement en février 1851. Schumann redouble tout autant d’inspiration dans le genre choral. Dans son esprit, orchestre et chœur sont conçus pour atteindre et exprimer le sublime. L’auteur d’un unique opéra (Genoveva, 1848), du Paradis et la Péri (1843), poursuit la composition des Scènes de Faust, finalisé en 1853…
D’une forme plus resserrée, Le Pèlerinage de la rose op. 112, sous-titré Conte (« Märchen ») d’après un poème de Moritz Horn est contemporain des « ballades dramatiques » (pour choeur et orchestre, l’équation idéale), nourries des légendes : Le Fils du roi, La Malédiction du chanteur, Le Page et la Fille du roi, Le Bonheur d’Edenhall…

Le Pèlerinage de la rose réadapte le modèle proposé par Le Paradis et la Péri, dont elle propose une version « plus rustique, plus allemande » (Schumann). Le voyage terrestre de la Rose transpose en terres germaniques (forêt, moulin, ruisseau, propres au Romantisme allemand), et dans une langue qui relève du sentimentalisme parfois précieux, l’orientalisme de l’oratorio précédent, comme si Schumann souhaitait y affirmer des idiomes proprement germaniques.
Chemnitz, Moritz Horn adresse son poème au compositeur qui s’enthousiasme : « Votre poème appelle la musique, et une foule d’idées mélodiques me sont déjà passées par l’esprit. Mais il faudrait élaguer beaucoup de choses et donner à plusieurs scènes une structure plus dramatique » (avril 1851).

En un beau jour de printemps, alors que la nature se pare de fleurs et de couleurs (n° 1 et 2) et que les elfes tourbillonnent (n° 3), une rose se lamente de ne pouvoir connaître l’amour et demande à être transformée en jeune fille. La reine des elfes accède à son désir, lui confiant une rose magique qui doit la protéger (n° 4). Après sa métamorphose (n° 5), Rose rencontre une vieille femme qui la rejette (n° 6), avant d’arriver dans un cimetière, où se trouve le fossoyeur (n° 7). C’est l’enterrement de la fille du meunier et de la meunière, morte d’avoir eu le cœur brisé (n° 8). Touché par Rose, le fossoyeur l’héberge (n° 9). Une prière de la jeune fille ainsi qu’un chœur d’elfes, qui tentent de la ramener à eux, achèvent cette première partie (n° 10).

Au matin, le fossoyeur l’emmène au moulin (n° 11 et 12), où il la présente au meunier et à sa femme comme leur nouvelle fille (n° 13), et très vite, Rose s’attache l’amour de tous (n° 14). Dans la forêt (n° 15), le fils du garde forestier se languit en pensant à elle (n° 16) ; Rose lui jure bientôt son amour : « Je veux être ta petite rose et tu seras mon
printemps » (n° 17). Le chœur entame un chant de réjouissance (n° 18), puis c’est la noce (n° 19 à 22). Un an plus tard, la petite Rose est devenue mère ; elle donne à son enfant la rose talisman et quitte ce monde le cœur heureux (n° 23), avant de rejoindre les anges (n° 24).

La fin est un choix de Schumann, qui confie : « La gradation : rose, jeune fille, ange me paraît non seulement poétique, mais encore conforme à cette transmutation des âmes dont nous rêvons tous volontiers ».

 

 

sentimentalisme germanique

Comme les héros du Paradis et la Péri, Le pèlerinage de la rose met en scène plusieurs solistes, qui sont autant de personnages ; le chœur est tantôt celui des elfes ou des anges (voix de femmes), tantôt les chasseurs (voix d’hommes), tantôt commente et décrit l’action (n° 18, 21 et 22). L’écriture de Schumann se rapproche de celle du lied, favorisant simplicité et intimité, Schumann affectionne alors le seul piano : « La Rose […] fut composée avec un simple accompagnement de piano qui me paraissait, et me paraît encore, l’entourage le plus seyant pour cette œuvre délicate » (à Moritz Horn, septembre 1851). Le drame fut ainsi créé chez les Schumann ainsi, par les chanteurs et le piano, à l’été 1851.
Le raffinement de sa conception, que ne contredit d’ailleurs pas sa version orchestrale (réalisé ensuite par Schumann à l’automne 1851), la finesse émotionnelle qui sous tend son action, font du Pèlerinage une œuvre authentiquement germanique, touchante par sa sincérité voire la profondeur des passions.

______________________________

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

CRITIQUE CD événement. José de Nebra (1702 – 1768) : Répons de Noël / Responsorios de Navidad (1752). La Grande Chapelle, Albert Recasens, direction (2 cd Lauda Música)

image_pdfTélécharger (.pdf)

José De Nebra participe activement aux fastes de la musique monarchique madrilène, rejoignant dès ses 22 ans, la Chapelle Royale comme organiste ; puis il en devient premier organiste et vice-maître en 1751, marquant par sa musique sacrée, opulente et éloquente, le règne du roi Bourbon Ferdinand VI. L’Italien Francisco Corselli règne alors comme Maître de chapelle, affirmant la suprématie du style italien à la cour des Bourbons d’Espagne.

 

 

Les 8 Répons de Noël enregistrés dans ce nouvel album de La grande Chapelle, fixent le dispositif habituel royal : double choeur (solistes et ripieno) et orchestre fourni : cors et hautbois, trompettes, par 2. Les Répons polyphoniques en latin (qui surclassent alors leur version populaire en langue vernaculaire, soit les villancicos, désormais écartés) démontrent la maîtrise de De Nebra, meilleur représentant du genre avec son confrère Corselli.

Fastes et mystère

Albert Recasens et les formidables solistes de sa Grande Chapelle ressuscitent ici la version attestée et documentée, datée de 1752, destinée 2 ans après leur conception en 1750, au monastère de l’Incarnation. Le cycle entier fut ainsi chanté, le dimanche soir, veille de la Nativité, pour Ferdinand VI à l’église San Jerónimo (puisque l’ancien Alcazar avait brûlé en 1734).
Les mêmes 8 pièces furent à nouveau modifiées en 1756, puis en 1760 selon la nouvelle esthétique du roi Charles III qui préférait les opus les plus courts.
L’esprit et le caractère favorisent la joie, l’exultation propre au temps de la Naissance divine. De Nebra soigne particulièrement la diversité contrastée des sections, jouant sur les effets doxologiques par l’effectif général, ou l’incise plus intime et recueillie des solistes (associés en duo alto / ténor, cf le II). Le III est raffiné et dramatique, d’une couleur pastorale assumée, où les 2 sopranos et le ténor (« Quem vidistis, pastores ») expriment la ferveur attendrie des bergers face au Miracle de Noël. Quand le IV, invite à méditer avec faste (choeur complet sollicité) le mystère de la Naissance divine (« O magnum mysterium »)… Le V s’affirme par sa texture resserrée, la plus réduite donc intimiste (« Beata Dei Genitrix Maria ») où l’écriture fusionne noblesse et tendresse pour la Vierge qui enfanta le Sauveur, sur le tapis ciselé des instruments. Le VIII (« Verbum caro factum est ») éclaire le texte avec une majesté intérieure d’une réelle profondeur théologique.

La Grande Chapelle que l’on a tant apprécié dans nombre d’œuvres sacrées liturgiques ou non, réalise avec cette « première mondiale », l’une de ses plus remarquables recréations ; l’effectif redouble de saine virtuosité, associant très naturellement le contexte fastueux et royal, et le sujet qui plonge dans l’intimité populaire et même familiale de l’étable, celle où Marie et Joseph accueillent le premier souffle de Jésus, entourés des anges, des animaux, des bergers… Dans le geste équilibré, ardent et souple d’Albert Recasens, se manifeste cette équation convaincante entre l’esprit de la célébration luxueuse et triomphale, et le sentiment de l’Épiphanie, sobre et recueillie, majestueux certes mais surtout Mystère et Vérité. Les chanteurs et les instrumentistes, actifs et méditatifs, soulignent peu à peu à travers les 8 sections / Répons, l’émergence du sens le plus essentiel de la Naissance : célébration de l’enfance et de l’innocence avec l’espoir d’une humanité idéale, mais aussi fragilité de la nature humaine destinée à la souffrance et bientôt au Sacrifice. Première mondiale convaincante, résurrection totalement légitime.

 

 

______________________________________
CRITIQUE CD événement. José de Nebra (1702 – 1768) : Répons de Noël / Responsorios de Navidad (1752). La Grande Chapelle, Albert Recasens (direction) / 2 cd Lauda Música – enregistré en déc 2023 – CLIC de CLASSIQUENEWS automne 2025

 

 

PLUS D’INFOS sur le site de l’éditeur Lauda Música : https://laudamusica.com/la-grande-chapelle-nominada-a-los-icma-2026-con-su-nuevo-disco-dedicado-a-jose-de-nebra/
Page dédiée José de Nebra / Responsorios de Navidad : https://laudamusica.com/discografica/

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

CRITIQUE, festival. BORDEAUX, Festival « L’Esprit du piano » (Auditorium de Bordeaux), le 19 novembre 2025. BEETHOVEN / BRAHMS. Grigori SOKOLOV (piano)

image_pdfTélécharger (.pdf)

Chaque année en novembre, Bordeaux vibre au rythme de L’Esprit du Piano, un festival qui transforme la cité girondine en capitale des amoureux du piano. La programmation éclectique s’adresse à tous les passionnés, qu’ils soient férus de Chopin, de Liszt, de Debussy ou de jazz, en réunissant sur diverses scènes de l’agglomération bordelaise à la fois des légendes et de nouveaux prodiges. La 16ème édition a ainsi été inaugurée par le jeune Constantin Mathias le 12 novembre, tandis que le 19 – à l’Auditorium de Bordeaux – nous avons pu entendre un géant universellement reconnu : le maître russe Grigory Sokolov !

 

Pour son récital, Sokolov a choisi un parcours exigeant, traversant deux grands univers de la musique romantique allemande. Dès les premières mesures de la Sonate n°4 de Ludwig Van Beethoven, l’auditoire est saisi. Sokolov a déployé la structure monumentale de l’œuvre avec une maîtrise architecturale absolue. Le premier mouvement, Allegro molto e con brio, a jailli avec une vigueur et une clarté cristalline, tandis que le Largo, con gran espressione est devenu sous ses doigts une méditation d’une profondeur abyssale, suspendant le temps dans l’Auditorium. La densité expressive des Bagatelles Op. 126 fut ensuite révélée avec un art consommé de la nuance, transformant ces miniatures en un cycle dramatique et cohérent, comme Beethoven l’avait souhaité.

La seconde partie, vouée à Johannes Brahms, a confirmé la profonde affinité spirituelle liant le pianiste à ce compositeur. Les 4 Ballades Op. 10 ont resonné avec une intensité narrative rare. La première, inspirée de la ballade écossaise « Edward« , avait la noirceur et la fatalité d’une tragédie shakespearienne. Puis vinrent les Rhapsodies Op. 79, des pages où la fougue juvénile de Brahms rencontre la parfaite maîtrise formelle. Sokolov y a déchaîné des torrents sonores d’une parfaite netteté dans la première, avant de faire chanter la ligne mélodique de la deuxième avec une passion contenue qui a soulevé l’auditoire.

Le public, transporté, n’a pas voulu le lâcher. En réponse à des ovations qui ne faiblissaient pas, Sokolov a offert un véritable récital bis de six pièces, chose rarissime mais dont le maestro russe est coutumier ! Ce fut un voyage intimiste et génial à travers les siècles : la poésie pure de trois Mazurkas de Chopin, l’énergie tellurique de « La Danse des Sauvages » de Rameau, et la perfection architecturale d’une pièce de Bach ont tour à tour ébloui. Chaque bis était un monde complet, offert avec la même concentration et la même générosité que le programme principal.

Le festival L’Esprit du Piano se poursuit jusqu’au 29 novembre. Ne manquez pas les prochains rendez-vous avec d’autres grands noms du piano, tels qu’Alexandre Kantorow, Nikolaï Lugansky, Vadym Kholodenko, Anna Vinnitskaya, ou encore le pianiste de jazz Gonzalo Rubalcaba, ainsi que de nouvelles découvertes comme le Trio de Luca Sestak !

 

 

____________________________________
CRITIQUE, festival. BORDEAUX, Festival « L’Esprit du piano » (Auditorium de Bordeaux), le 19 novembre 2025. BEETHOVEN / BRAHMS. Grigori SOKOLOV (piano). Crédit photo (c) Droits réservés

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

VERSAILLES, Opéra Royal. 5 – 11 déc 2025. HAENDEL : Ariodante. Franco Fagioli, Catherine Trottmann, Théo Imart… Nicolas Briançon (nouvelle production) / Stefan Plewniak (direction musicale)

image_pdfTélécharger (.pdf)

Considéré comme l’opéra le plus parfait de G. F. Haendel, Ariodante compte quelques-uns des airs les plus célèbres du répertoire baroque. Inspiré de l’Orlando furioso de l’Arioste, le livret plonge dans l’Écosse médiévale, où tel un labyrinthe qui éprouvent les serments amoureux, le chevalier Ariodante aime Ginevra mais doit conjurer les intrigues du sombre Polinesso. Fort heureusement un retournement final sauve le héros du désespoir et de son aveuglement, dans un « happy end » salvateur.

 

 

Le chef et violoniste Stefan Plewniak apporte l’éloquence et la vitalité essentielles à cette œuvre écrite par un Haendel maître de son art. Le Saxon devait alors s’assurer l’enthousiasme du public londonien, dans le nouveau théâtre royal de Covent Garden, en le surprenant dans le genre noble de l’opéra italien… une entreprise périlleuse car L’Opera of the Nobility financé par le prince de Galles lui cause une sérieuse concurrence. Airs somptueux exprimant élans et vertiges émotionnels des protagonistes, orchestre bondissant et incisif propre à relancer la tension dramatique des situations, l’opéra créé à Londres en 1735 affirme le génie haendélien, d’autant que le compositeur bénéficie du castrat vedette Carestini dans le rôle-titre (Ariodante, alto). Le chevalier éperdu exprime l’exaltation de l’amour (virtuose « Con l’ali di costanza » au I), puis sombre dans le désespoir dépressif voire suicidaire quand il pense avoir été trahi par son aimée Ginevra (lamento « Scherzo infida », soutenu par les pleurs sombres des bassons)… enfin, le héros ressuscite, célébrant le miracle du soleil le plus vif (« Dopo notte… »).

Pour assoir d’autant mieux son sens du théâtre et de la magie lyrique, Haendel s’assure aussi le concours de la danse, ayant invité pour la création la danseuse parisienne vedette (et chorégraphe) Marie Sallé, laquelle signe un ballet pour chacun des 3 actes. Le spectacle était ainsi complet dès l’origine. Un défi de taille pour tous les artistes maison : danseurs de l’Académie de danse baroque de l’Opéra Royal, musiciens de l’Orchestre de l’Opéra royal, … fins et éloquents, plus que jamais engagés pour relever tous les défis d’une partition éblouissante. Nouvelle production événement.

 

_______________________________________________
Opéra Royal de Versailles
Haendel : Ariodante, 1735
Ven 5 déc 2025, 20h
Dim 7 déc 2025, 15h
Mardi 9 déc 2025, 20h
Jeudi 11 déc 2025, 20h
Nouvelle production
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’Opéra royal de Versailles : https://www.operaroyal-versailles.fr/event/haendel-ariodante/
Dramma per musica en trois actes sur un livret d’Antonio Salvi, créé au théâtre de Covent Garden en 1735.
Nouvelle production de l’Opéra Royal.
Spectacle en italien surtitré en français et en anglais.
Durée : 3h avec entracte

 

Franco Fagioli : Ariodante
Catherine Trottmann : Ginevra
Théo Imart : Polinesso
Gwendoline Blondeel : Dalinda
Laurence Kilsby : Lurcanio
Nicolas Brooymans : Le Roi d’Écosse
Académie de danse baroque de l’Opéra Royal
Orchestre de l’Opéra Royal
Stefan Plewniak, direction
Nicolas Briançon assisté d’Elena Terenteva : mise en scène
Pierre-François Dollé : chorégraphie
Antoine Fontaine, décors

 

 

VIDÉO : teaser Ariodante, nouvelle production de l’Opéra Royal de Versailles

 

 

______________________________________________

image_pdfTélécharger (.pdf)

CRITIQUE, Festival Donizetti. BERGAME, Teatro Donizetti, le 16 novembre 2025. DONIZETTI : Il Furioso all’isola di san Domingo. P. Bordogna, N. Machaidze, S. Ballerini… Manuel Renga / Alessandro Palumbo

image_pdfTélécharger (.pdf)

Après les représentations de « Caterina Cornaro » et du doublé « Il Campanello » et « Deux hommes et une femme », le Festival Donizetti a présenté une quatrième rareté captivante : « Il Furioso all’isola di San Domingo ». Créé en 1833, juste après « L’Elisir d’amore », cet opéra semiseria mêle avec habileté des moments comiques à une trame dramatique profonde. Sa spécificité réside dans le fait qu’il s’agit de la première fois où Gaetano Donizetti place un baryton comme héros, confiant le rôle-titre, Cardenio, à Giorgio Ronconi, une innovation pour le compositeur.

 

L’intrigue, tirée d’un épisode du Don Quichotte de Cervantès, est poignante. Après avoir découvert son épouse, Eleonora, dans les bras d’un autre, le marchand Cardenio fuit son passé et trouve refuge sur l’île de Saint Domingue, où sa douleur le plonge dans une folie furieuse. Rongée par le remords, Eleonora part à sa recherche. Son navire fait naufrage juste devant cette même île, ce qui lui permet de retrouver son mari. Mais Cardenio, lui, ne la reconnaît pas. L’intrigue se complète d’une touchante intrigue secondaire avec la jeune Marcella et son père Bartolomeo, tandis que le serviteur Kaidamà apporte une touche de comédie. L’arrivée de Fernando, le frère de Cardenio, catalyse un dénouement où la folie, la rédemption et le pardon s’entremêlent dans un final aussi inattendu qu’émouvant.

La distribution réunie à Bergame pour cette production a offert une véritable leçon de belcanto. Dans le rôle-titre extrêmement exigeant de Cardenio, le baryton italien Paolo Bordogna, grand habitué des lieux, a livré une performance magistrale. Il a incarné la folie du personnage avec une intensité dramatique palpable, tout en faisant preuve d’une agilité vocale remarquable. Son air « Raggio d’amor parea », où il décrit la femme qu’il aimait, était d’une tristesse déchirante, son legato magnifique et son phrasé d’une grande sensibilité. Il a maîtrisé aussi bien les moments de fureur que les passages de profonde vulnérabilité, tenant la salle en haleine de bout en bout. Face à lui, la soprano géorgienne Nino Machaidze a été tout simplement sublime en Eleonora ! Dotée d’une voix à la fois lumineuse et riche en couleurs, elle a merveilleusement traduit les peines de l’épouse repentante. Son timbre séduisant et sa facilité déconcertante dans les vocalises les plus complexes ont ébloui l’auditoire. La cabalette finale, bien que potentiellement en décalage avec la mise en scène, a été un tour de force vocal, conclu par des aigus et suraigus formidablement assurés.

Superbe découverte également que le jeune ténor argentin Santiago Ballerini, dans le rôle de Fernando, qui a apporté toute la noblesse et l’énergie requises par ce personnage. Sa superbe voix claire et bien projetée s’est imposée sans difficulté, et il a fait preuve d’une présence scénique solide, qui a renforcé la dynamique dramatique. Un talent à suivre ! Dans le rôle de Marcella, Giulia Mazzola a impressionné par la fraîcheur et l’innocence de son soprano. Dès son air d’entrée, « Freme il mar lontan lontano », elle a su émouvoir en exprimant sa compassion pour le « fou », son timbre vif et pétillant apportant une touche de pureté au drame. De son côté, l’excellent baryton italien Bruno Taddia a rallié tous les suffrages dans le rôle de Kaidamà, en tirant parti de chaque instant pour créer un personnage hilarant et plein de vie. Son air « Scelsi la via brevissima », dans laquelle il exprime sa terreur panique de Cardenio, a été un moment comique d’anthologie, mêlant un chant précis à un jeu d’acteur désopilant. Enfin, en Bartolomeo, Valerio Morelli complète brillamment l’affiche. 

 

 

Si la musique et le chant ont convaincu, il faut apporter des nuances concernant la mise en scène, confiée aux soins de Manuel renga, et qui n’a pas vraiment su s’imposer face à la partition. La proposition du metteur en scène a consisté à transposer l’action de l’île exotique dans un asile psychiatrique du XXe siècle. Si l’idée de traiter la folie de front n’était pas dénuée d’intérêt, son application a généré plusieurs contradictions. Le travail avec les choristes, chacun incarnant un patient avec une maladie mentale spécifique, était indéniablement professionnel et ajoutait une texture visuelle intrigante. Cependant, cette transposition a créé un décalage persistant avec la musique et le livret. La cabalette finale joyeuse d’Eleonora, par exemple, devenait incompréhensible dans ce contexte froid et clinique. Certains partis pris, comme la réinterprétation du personnage de Fernando en méchant cynique, sont apparus comme imposés de l’extérieur, plutôt que de naître naturellement de l’œuvre.

Heureusement, la direction musicale a racheté les incertitudes scéniques. Le jeune chef italien Alessandro Palumbo, à la tête de l’Orchestre Donizetti, a fait preuve d’un professionnalisme et d’une énergie remarquables. Il a choisi des tempi toujours justes, a phrasé avec une grande sensibilité aux côtés des chanteurs et a insufflé aux cabalettes une vitalité irrésistible. Sous sa baguette, l’orchestre bergamasque s’est avéré être un partenaire familier de la musique de Donizetti, restituant avec brio les couleurs et les contrastes de cette partition ingénieuse, entre accents dramatiques et touches d’humour.

Une nouvelle fois, le Festival Donizetti a rempli son rôle avec brio : celui de célébrer le maestro bergamasque dans toute la diversité et la richesse de son génie ! Vivement l’édition 2026 qui mettra à l’affiche trois nouveaux titres déjà très attendus : « Alahor in Granata« , « Le convenienze ed inconvenienze teatrali » et « L’Esule di Roma » !…

 

 

__________________________________
CRITIQUE, Festival Donizetti. BERGAME, Teatro Donizetti, le 16 novembre 2025. DONIZETTI : Il Furioso all’isola di san Domingo. P. Bordogna, N. Machaidze, S. Ballerini… Manuel Renga / Alessandro Palumbo.Crédit photographique (c) Gianfranco Rota

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

ROUEN, Opéra Orchestre Normandie Rouen, les 18 et 19 déc. GALUPPI : L’Uomo Femina. Agnès Jaoui (mise en scène), Le Poème Harmonique, Vincent Dumestre (direction)

image_pdfTélécharger (.pdf)

Le spectacle révélant un joyau de l’opéra vénitien du XVIIIè, est d’autant plus recommandé que la production vient d’être distinguée lord de la dernière cérémonie des 12èmes International Opera Awards 2025 / catégorie « œuvres redécouvertes » (LIRE notre dépêche : « 12e édition des International Opera Awards 2025 : l’Opéra de Dijon récompensé pour L’Uomo Femina de Galuppi »).

 

 

Plus célèbre que Vivaldi en son temps, Baldassare Galuppi, figure incontournable de l’opéra baroque italien, compose en 1762, une musique flamboyante, virtuose, pétillante, au service d’un livret au scénario renversant. Sur une île rêvée, les rôles s’inversent, les femmes commandent, mènent les batailles, collectionnent les conquêtes amoureuses. Si cette comédie prêtait à rire il y a trois siècles, elle résonne différemment aujourd’hui, et pose la question actuelle d’un pouvoir conjugué au féminin. Dans une mise en scène qui, par d’habiles travestissements, s’amuse entre burlesque et réflexion, Agnès Jaoui interroge avec humour les enjeux contemporains. Porté par des interprètes remarqués par leurs affinités avec le théâtre baroque, dont la convaincante Lucile Richardot, le spectacle saisit par sa verve jubilatoire et percutante.

 

 

_________________________________________
Baldassare Galuppi : L’Uomo Femina
Opéra en trois actes – Livret de Pietro Chiari – Créé à Venise en 1762
Jeudi 18 déc 2025, 20h
Ven 19 decís 2025, 20h
ROUEN, Théâtre des Arts
RÉSERVEZ vos places directement sur le site de l’Opéra Orchestre Normandie Opéra : https://www.operaorchestrenormandierouen.fr/programmation/uomo-femina/
Introduction à l’œuvre, les 18 et 19 déc à 19h
Vidéo / L’œuvre en 1 min : https://www.operaorchestrenormandierouen.fr/regarder/une-oeuvre-une-minute-requiem-allemand/
Direction musicale : Vincent Dumestre
Mise en scène : Agnès Jaoui
Cretidea : Eva Zaïcik
Ramira : Lucile Richardot
Cassandra : Victoire Bunel
Roberto : Victor Sicard…
Le Poème Harmonique
image_pdfTélécharger (.pdf)

CRITIQUE, FESTIVAL Aujourd’hui Musiques. PERPIGNAN, L’Archipel, le 15 nov 2025. Créations : Galaxie provisoire (Maguelone Vidal) / 3 duos inédits in vivo « Bruits Blancs#15 ». Avec Claire Rengade, Rémi Chechetto, Nathalie Yot / ErikM / Dafne Vicente-Sandoval et Bruno Chevillon

image_pdfTélécharger (.pdf)

La seconde journée de notre séjour à Perpignan dans le cadre du Festival Aujourd’hui Musiques 2025, présenté par l’Archipel, scène nationale, repousse encore plus loin les frontières de l’exploration musicale. D’abord au Carré, c’est la nouvelle production en création signée de la saxophoniste Maguelone Vidal et destinée aux jeunes spectateurs ; puis le soir, au 7ème étage du bâtiment, dans un espace qui semble suspendu au dessus de la ville (« l’espace panoramique »), un cycle de 3 sessions, ou performances entre poésie et musique, 3 duos improbables dont la maîtrise des risques assumées, dans une recherche expérimentale sans filet, produit de l’inouï…

 

 

16h30 – GALAXIE PROVISOIRE… Déjà invitée au Festival Aujourd’hui Musiques, la saxophoniste Maguelone Vidal (et sa Compagnie « Intensités ») présente en création son nouveau spectacle pour le jeune public (pour les enfants et donc leurs parents).
« Galaxie provisoire » s’inscrit parfaitement dans le sillon expérimental et poétique du Festival Aujourd’hui Musiques ; il met en scène l’acte primitif, magicien du souffle créateur ; c’est une histoires de bulles, légères qui se gonflent, s’élèvent, éclatent… et meurent diffusant un nuage de fumée vaporeuse.
Produites d’abord par le souffle puis les mains enfin à travers le son-souffle d’un saxo soprano, chaque bulle naît et se développe sous les yeux des spectateurs, faisant l’émerveillement des enfants.
Car ces bulles fragiles sont les planètes d’un nouvel espace imaginaire que la musicienne sculptrice de l’air et des sons propose aux jeunes spectateurs, ravis d’être ainsi entraînés dans une narration mouvante qui se déploie de l’ombre à la lumière, débute en bulles et finit en constellations sonores. C’est ces passages sous diverses textures liquides et aériennes, dans différentes dimensions (des microbulles aux sphères cosmiques), dans la vibration puissante d’un saxophone qui réalise le cheminement d’un spectacle onirique.

_____________________
Galaxie provisoire, création. Composition musicale, mise en scène, dramaturgie, interprétation : Maguelone Vidal ; scénographie : Emmanuelle Debeusscher ; création lumière, régie générale et lumière : Mylène Pastre ; ingénieur du son : Axel Pfirrmann

 

 

 

 

19h – BRUITS BLANCS#15…
La soirée place l’essence même de la performance en équation avec l’idée non moins motrice, de rencontre et d’écoute. Deux valeurs d’ailleurs au cœur du travail de Jackie Surjus-Collet, directrice de la Scène Nationale. Quoi de plus risqué lors d’un spectacle que d’oser inviter deux artistes qui n’ont jamais joué ensemble pour un duo improbable réalisé au moment de la soirée ? C’est toute la démarche du festival itinérant « BRUITS BLANCS », conçu et porté par Franck Vigroux et Michel Simonot, depuis 15 ans. Pour la seconde fois, Aujourd’hui Musiques offre un tremplin aux duos inédits de Bruits blancs dont l’apport sait ainsi marier un écrivain-poète et un musicien, qu’il soit virtuose des platines électroniques ou instrumentiste acoustique. Ce soir deux magiciens des platines et des sons électro, 1 contrebassiste, et 3 auteur.e.s jouent la carte de l’improvisation pour des noces in vivo.

C’est d’abord la bassoniste et improvisatrice Dafné Vicente-Sandoval qui ouvre la série en produisant tout un monde tendu, suraigu, fondé sur une maîtrise personnelle du larsen (avec des fragments concrets réalisés sur le vif comme l’eau d’une carafe utilisée avec à propos… ). En éclats, éclairs sonores, chocs et contre chocs, l’univers auditif rencontre le texte de la montpelliériane Nathalie Yot, chantre à la voix dédoublée, qui envisage une intimité éparpillée en phrases graves et comme déclamées, dans un discours aux références et séquences de vie très personnelles.

Puis c’est le poète Rémi Checchetto dont les mots brulés, vindicatifs, déploratifs rencontrent les champs éruptifs, incandescents du contrebassiste Bruno Chevillon, à présent bien connu de la scène jazz. L’instrument est ici l’objet d’un traitement électro où chaque note et coup d’archet envisage un théâtre aux tensions ultimes, au diapason du texte militant et pacifiste (« et pourquoi ça s’arrêterait la guerre? »). La contrebasse à l’appui du texte noir et sec, se fait alerte et vigie aux sons déchirants dans l’énumération d’un sordide glaçant…

Enfin le 3ème duo in vivo réalise tout ce que l’on peut attendre des enjeux de la soirée : stand up, fausse adresse au public, impro délirante et libre… séquences hyper réalistes vécues dans l’hyperconscience de l’instant ; la performance de l’autrice et comédienne Claire Rengade saisit immédiatement l’audience par sa faculté à capter l’attention, et surprendre l’auditeur. C’est un moment puissant qui emporte toute l’attention des auditeurs, d’autant mieux stimulés par la création sonore du compositeur ERikm qui dans le feu de cette expérience hors normes, apporte lui aussi une suractivité concentrée, crépitante, façonnée comme le second langage ; l’acte improvisé à deux prend tout son sens ; les sons doublant la parole, façonnés au carrefour du noise, de la musique concrète, de l’électro, font surgir des sons improbables comme un sorcier s’activent dans l’ombre, à coup de grands gestes précis, incantatoires dont la main produit la hauteur du son. Le compositeur insuffle une musicalité elle aussi incandescente, éruptive, volcanique, où tout implose, s’intensifie, surprend, saisit souvent mais dont la finalité déconcertante affirme comme jamais, la surpuissance du jeu, comme forme sublime du réel. On ne sort pas indemne d’une telle expérience, convaincu d’avoir vécu et partager 3 créations sans équivalent, aussi authentiques qu’elles n’ont vécu que le temps de la rencontre. Magistrales performances.

 

ERik et Claire Rengade / Bruits Blancs#15 / Festival Aujourd’hui Musiques 2025

 

 

___________________________
CRITIQUE, concerts. PERPIGNAN, Festival Aujourd’hui Musiques, le 15 nov 2025. Créations : Galaxie provisoire, 3 duos inédits in vivo, Bruits Blancs#15. Avec les autrices et auteurs : Claire Rengade, Rémi Chechetto et Nathalie Yot et les musiciennes et musiciens :
ErikM, électronique / Dafne Vicente-Sandoval, larsens et Bruno Chevillon, contrebasse – direction artistique : Michel Simonot, Franck Vigroux
PERPIGNAN, FESTIVAL Aujourd’hui Musiques, Théâtre L’Archipel, scène nationale, jusqu’au 23 novembre 2025 – toutes les infos, les concerts, les lieux, les horaires, les artistes : https://www.theatredelarchipel.org/aujourdhui-musiques

 

 

 

 

 

 

approfondir

LIRE aussi CRITIQUE, FESTIVAL Aujourd’hui Musiques. PERPIGNAN, Scène nationale L’ARCHIPEL, le 14 novembre 2025. Concert d’ouverture, soirée Steve Reich… LINKS, Rémi Durupt [direction] :
https://www.classiquenews.com/critique-festival-aujourdhui-musiques-perpigann-scene-national-larchipel-le-14-novembre-2025-concert-douverture-soiree-steve-reich-links-durupt-direction/

C’est un impressionnant bain d’oscillations sonores, continues, d’une grande efficacité, – lénifiante, active et enveloppante, dont la vibration générale est produite par la combinaison croisée, simultanée, alternée des claviers : vibraphones, marimbas, glockenspiels,… Le ruissellement continu des timbres finement caractérisés dévoile chez Steve Reich, une fascination légitime pour la magie des plaques frappées : sons ronds, moelleux des marimbas,… notes plus flûtés, scintillantes, brillantes des plaques métalliques,… ondes sourdes et rondes des vibraphones tissent une matière musicale dont la répétition et les passages harmoniques produisent un magma miroitant d’ondes et de fréquences multiples et simultanées, une immersion sonore, cette « pulse « enivrée promise, telle un expérience sensorielle complète, de surcroît magnifiquement calibrée par la mise en son réalisée par les équipes du Théâtre de l’Archipel.

 

 

LIRE aussi notre présentation annonce du Festival Aujourd’hui Musiques 2025 à Perpignan (Théâtre L’Archipel) : https://www.classiquenews.com/perpignan-festival-aujourdhui-musiques-du-14-au-23-nov-2025/

30 ans de création contemporaine ont cultivé à Perpignan un sillon fabuleux, musical et visuel, stimulant là curiosité des publics et l’imagination créative des artistes. Aucune limite, aucun a priori sinon l’arc infini des possibilités formelles, dispositifs acoustiques et électroniques, magie spatiale et corps dansants, le FESTIVAL Aujourd’hui Musiques propose l’activité hors normes et hors cadre d’un laboratoire pluridisciplinaire.

_______________________

image_pdfTélécharger (.pdf)

CRITIQUE, opéra. PARIS, Palais Garnier, le 18 novembre 2025. MOZART : Les Noces de Figaro. G. Bintner, S. Devieilhe, C. Gerhaher, H-E. Müller, L. Desandre… Netia Jones / Antonello Manacorda

image_pdfTélécharger (.pdf)

On a beau être habitué, pénétrer dans le Palais Garnier est toujours une fête, une cérémonie, un éblouissement d’or, de marbres et de velours. A l’occasion des deux cents ans de la naissance de Charles Garnier, le 6 novembre 1825, son palais semble plus beau que jamais pour lui rendre gloire.

 

Qu’y célèbre-t-on ? Pas un anniversaire mais des Noces – celles de Figaro. L’Opéra de Paris a repris le spectacle mis en scène il y a trois ans par Netia Jones, suscitant un concert de louanges – un concert auquel nous ne prendrons pas part. La metteuse en scène anglaise ne nous convie pas à l’opéra de Mozart mais… à ses coulisses, à la… préparation du spectacle des « Noces de Figaro ». Et, pour tout dire, on aurait préféré assister au spectacle plutôt qu’à sa préparation !… On voit courir les personnages dans les loges, dans les couloirs, dans la salle de costumes ou dans le foyer de la danse : Suzanne en habilleuse, Figaro en perruquier, Basile en chef de chant, Barberine en danseuse, Bartolo et Marceline apparaissent en régisseurs du spectacle, le comte et la comtesse en vedettes. Sur un écran se bousculent des chiffres projetés en vidéo : des numéros de loges, de mesures en mètres de tous ordres, des chronométrages en secondes dixièmes de secondes. Où se retrouve dans ce défilé de chiffres la grâce divine, l’infinie magie, la tendre subtilité de la musique de Mozart ? On se le demande. Mrs Jones enrichit sa mise en scène d’un message salutaire contre la violence faite aux femmes. Cela c’est bien ! Dans ses « Noces de Figaro », Beaumarchais avait déjà dénoncé l’arrogante supériorité masculine mais Da Ponte et Mozart avaient dû la gommer pour ne pas être censurés à Vienne.

 

 

La distribution vocale est dominée par Sabine Devieilhe. Ah, la ravissante Suzanne ! (Rappelons nous que c’était le rôle préféré de Mozart, confié à la cantatrice Nancy Storace, dont il était amoureux…). Le Chérubin de Lea Desandre est un véritable régal. Christian Gerhaher, Comte de haute stature, s’impose avec autant d’intensité que de musicalité. On est moins séduit par le Figaro de Gordon Bintner, dont la voix manque de ce poids un peu terrien que nécessite le personnage. Hanna-Elisabeth Müller, plutôt distante dans son « Porgi amor », retrouve une émotion certaine dans son « Dove sono ». James Creswell, voix de bronze, campe un beau Bartolo, tandis que le ténor italien Leonardo Cortellazzi donne du caractère à son Don Basile. Dans le reste de la distribution nous avons particulièrement remarqué la touchante Barberina d’Ilanah Lobei-Torres.

Le chef italien Antonello Manacorda mène bien son monde. On aurait parfois aimé sa baguette plus légère. Ces « Noces », au demeurant fort applaudies, nous laissent sur notre faim à titre personnel !…

 

_____________________
CRITIQUE, opéra. PARIS, Palais Garnier, le 18 novembre 2025. MOZART : Les Noces de Figaro. G. Bintner, S. Devieilhe, C. Gerhaher, H-E. Müller, L. Desandre… Netia Jones / Antonello Manacorda. Crédit photo (c) Franck Ferville

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

CRITIQUE, opéra. BORDEAUX, Grand-Théâtre, le 18 novembre 2025. TCHAÏKOVSKY : Iolanta. C. Antoine, J. Henric, A. Anger, A. Ganbaatar… Stéphane Braunschweig / Pierre Dumoussaud

image_pdfTélécharger (.pdf)

L’Opéra National de Bordeaux vient de mettre à l’affiche du Grand-Théâtre une nouvelle production de Iolanta, le dernier opéra de Piotr Ilitch Tchaïkovski, qui nous plonge dans le conte poétique d’une jeune princesse aveugle qui ignore son handicap. Si la magie a opéré, portée par des performances vocales et musicales exceptionnelles, le voyage scénique proposé par Stéphane Braunschweig laisse toutefois le spectateur sur sa faim.

 

Sous la baguette inspirée et fervente de Pierre Dumoussaud, l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine a livré une performance tout simplement envoûtante. Pierre Dumoussaud, récent Lauréat aux Victoires de la Musique Classique dans la catégorie « Révélation chef d’orchestre », a démontré une maîtrise absolue de la partition. Loin des emportements grandiloquents, il a choisi une approche subtile et intime, déployant avec finesse les couleurs orchestrales foisonnantes de cette quête initiatique vers la lumière. Sa direction, à la fois ardente et délicate, a admirablement servi la véritable poétique des clairs-obscurs de Tchaïkovski, nous menant des ténèbres à la lumière avec une sensibilité remarquable. Le résultat était d’une clarté et d’une élégance rares, faisant de l’orchestre un personnage à part entière, narrateur des émotions les plus secrètes des protagonistes.

La distribution, portée par cette direction musicale amoureuse, était d’une homogénéité et d’une excellence rares. Chaque chanteur a pleinement incarné son rôle, offrant une expérience lyrique inoubliable, mais la révélation est venue sans conteste de la soprano française Claire Antoine dans le rôle-titre, qui a campé une Iolanta d’une touchante innocence. Avec sa voix chaude et virevoltante, elle a su déployer avec une justesse confondante toute la palette des sentiments du premier amour, de la mélancolie confuse à la révélation extatique. Elle a été l’héroïne vulnérable et forte que Tchaïkovski appelait de ses vœux. Face à elle, le jeune et brillant ténor français Julien Henric a incarné un Comte de Vaudémont idéal. Son timbre clair et son phrasé élégant ont apporté la fougue romantique nécessaire au réveil de l’héroïne. Son intervention, lorsqu’il tente de décrire la lumière et les couleurs à Iolanta, fut un moment de pureté vocale et d’émotion vibrante absolument captivant.

 

 

Autre révélation, le baryton mongol Ariunbaatar Ganbaatar (Ibn-Hakia) a livré une prestation magistrale en médecin maure. Son timbre puissant et charismatique, capable de projeter des lignes mélodiques aux crescendi fascinants, a littéralement captivé la salle. Sa scène, où il expose la nécessité de réconcilier le charnel et le spirituel, a été le climax somptueux de la soirée, tant par sa facture lyrique que par sa dimension métaphysique. Dans le rôle du Roi René, la basse estonienne Ain Anger a offert une profondeur remarquable au personnage complexe du père, à la fois aimant et despotique. Son interprétation a magistralement rendu le tumulte intérieur du roi, partagé entre sa culpabilité et son désir de surprotéger sa fille. De son côté, le baryton russe Vladislav Chizhov a profité de chanter dans sa langue natale pour insuffler au Duc Robert une séduisante ardeur.  Il a campé avec une fougue juvénile convaincante le jeune premier déchiré entre son devoir et son cœur. Les comprimari, aussi nombreux que tous excellents, méritent d’être mentionnés : Abel Zamora en Albéric, Lauriane Tregan-Marcuz en Martha, Ugo Rabec en Bertrand, et les Deux Suivantes de Iolanta : Franciana Nogues et Astrid Dupuis.

Malgré cette pluie de talents, la mise en scène et la scénographie de Stéphane Braunschweig ont semblé peiner à atteindre la même intensité. Le choix d’un décor abstrait, consistant en une grande boîte blanche au tapis vert, bordée de fleurs artificielles, avait certes le mérite de symboliser le paradis-prison aseptisé dans lequel vit Iolanta. Si cette boîte blanche évoquait efficacement un lieu  à la fois protecteur et oppressant, son minimalisme radical et sa froideur nous sont apparus comme un écrin trop pauvre pour la richesse émotionnelle de l’œuvre, substituant un concept froid à la poésie concrète du livret, qui se déroule pourtant dans un jardin. Toutefois, il faut saluer le travail des lumières de Marion Hewlett, qui a su devenir un véritable fil dramaturgique. Le moment où la scène s’obscurcit lorsque Vaudémont découvre la cécité de Iolanta fut une trouvaille géniale, permettant au public de partager son étonnement. La lumière éblouissante inondant la salle lors de la guérison finale a créé un effet de théâtre puissant, en abolissant la frontière entre la scène et le public.

Et par bonheur, le spectacle est à voir (ou revoir) sur la chaîne Youtube d’OperaVision !

 

 

___________________________________
CRITIQUE, opéra. BORDEAUX, Grand-Théâtre, le 18 novembre 2025. TCHAÏKOVSKY : Iolanta. C. Antoine, J. Henric, A. Anger, A. Ganbaatar… Stéphane Braunschweig / Pierre Dumoussaud. Crédit photographique (c) Eric Bouloumié

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

ORCHESTRE NATIONAL AVIGNON PROVENCE, nouvelle saison 2025 – 2026. Joie fraternelle : Beethoven, Brahms, Ives, Khatchatourian, Fabien Cali…

image_pdfTélécharger (.pdf)

La nouvelle saison 2025 – 2026 qui est la dernière de DEBORA WALDMAN comme directrice musicale, s’annonce passionnante. Sur les traces admirables des romantiques Friedrich von Schiller et de Ludwig van Beethoven, leur idéal de fraternité consubstantielle d’un vivre ensemble essentiel à nos sociétés, l’Orchestre National Avignon-Provence souligne combien « ensemble, nous sommes plus forts ». Tous les humains deviennent frères là où ta douce aile s’étend : la force de cette ode à la joie, dernier mouvement de la 9ème Symphonie du grand Ludwig, devenu hymne européen, « nous pousse à nous rapprocher, à aller à la rencontre de l’Autre, à affirmer la beauté de nos diversités ».

 

 

Joie fraternelle

La richesses des différences pour une fraternité universelle et partagée inspire une nouvelle saison 2025/2026, où « le fil du rapprochement des peuples nous a permis de tisser l’étoffe aboutissant à la monumentale Symphonie n° 9 de Beethoven, révolutionnaire tant dans sa forme que dans son propos, et chef d’œuvre absolu ».

Le nouveau voyage orchestral ainsi défendu célèbre le génie de Beethoven, mais aussi Rameau et Ives, entre autres, en favorisant toujours, pour chaque programme, la transmission et l’accessibilité de tous et de toutes aux « joyaux de la musique symphonique ».
Acteur majeur sur le territoire, l’Orchestre rencontre tous les publics, de l’Université d’Avignon aux centres de détention régionaux, sans omettre le centre hospitalier de Monfavet ou le Théâtre antique d’Arles, pour la 3ème édition du programme « À vos classiques ».

 

« Joie, belle étincelle divine,
Fille de l’assemblée des dieux,
Nous pénétrons, ivres de feu, Céleste, ton royaume !
Tes magies renouent Ce que les coutumes avec rigueur divisent ; Tous les humains deviennent frères, Là où ta douce aile s’étend. »

Ode à la joie, Schiller
(9ème Symphonie de Beethoven

 

Dès le premier concert symphonique, inclusif et festif (à la FabricA du Festival d’Avignon, comme les deux saisons précédentes) où sont invitées les associations de quartier, la nouvelle saison orchestrale ouvre grand l’horizon musical à destination de tous les publics…

Parmi les temps forts, plusieurs escales à ne pas manquer : l’Italie pour un programme convoquant l’harmonie de l’Orchestre avec l’incroyable Théo Oud à l’accordéon, revisitant un large répertoire, de façon inédite, du baroque à la musique de films… italiens. Par ailleurs, à la Philharmonie de Paris, les cordes de l’Orchestre s’accordent à la chanteuse Shara Nova pour interpréter un cycle de chansons écrites par 5 compositrices américaines, The blue Hour.

Sublimes passions, avec la cheffe vénézuélienne Glass Marcano dans un programme où rayonnent la nuit, l’amour, la mort, dans un format spécifique qui associe Richard Wagner (Prélude et mort d’Isolde), Arnold Shoenberg (La nuit transfigurée), et une création de Fabien Cali (compositeur en résidence) donnant du lien entre ces œuvres (concert passé auquel nous avons assisté). Durant la nouvelle saison 2025 – 2026, Fabien Cali souhaite imaginer (et réaliser) de nouvelles expériences musicales, de nouveaux territoires sonores… Son écriture s’inscrit à la croisée des genres et des esthétiques. Guitariste, titulaire d’un Master d’analyse du jazz à la Sorbonne et de 7 prix du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, FABIEN CALI s’est formé à la musique par le rock, la pop et les musiques électroniques. Riche des enseignements de Yan Maresz, Thierry Escaich ou encore Alexandros Markeas…, Fabie Cali est inspiré par les univers sonores hybrides ; son parcours cultive le métissage des cultures : héritage de la Renaissance, rock, jazz, électro et musiques expérimentales se répondent sans hiérarchie, dessinant un univers poétique libre et personnel. Sa collaboration avec l’Orchestre se dévoile précisément les 12 et 13 déc (Prométhée), 22 et 25 janv 2026 (Noëmi Waysfeld chante Barbara), enfin les 12, 13 et 15 fév 2026 (« la musique des âmes »)… PLUS D’INFOS : https://www.orchestre-avignon.com/fabien-cali-compositeur-en-residence/

Photo Fabien Cali © Delphine-Ghosarossian

 

Le programme « Rapprochement des peuples », présente la création française de l’Adagio du compositeur turc (et pianiste) Fazil Say ; le violoncelle expressif d’Astrig Siranossian dans le Concerto pour violon du compositeur arménien Aram Khatchatourian ; enfin la Symphonie n° 1 de Brahms… la « Dixième symphonie » du grand Ludwig. Les 28 et 29 nov 2025 : https://www.orchestre-avignon.com/concerts/rapprochementdespeuples/

Fabien Cali et Martin Harriague collaborent pour le programme « Prométhée », dont le matériau musical s’inspire des Créatures de Prométhée de Beethoven… de nouvelles sonorités envisage un mythe repensé, auquel participent aussi danseurs et danseuses du ballet de l’Opéra Grand Avignon. Les 12 et 13 déc : https://www.orchestre-avignon.com/concerts/promethee/

La beauté sera-t-elle au rendez-vous de la confrontation annoncée de l’Orchestre et du piano de Célia Oneto Bensaid, pour une deuxième lecture des concertos de Franz Liszt et Marie Jaëll (concerts « étincelles », les 30 janv, 1er fév 2026); celle de l’immense Grande symphonie de Franz Schubert dirigée par Ustina Dubitsky et de la finesse du Chœur de l’Opéra Grand Avignon a capella (le 13 mars 2026) ; celle enfin du souffle nostalgique de Charlotte Sohy (compositrice révélée par Débora Waldman) et Gustav Mahler, sublimée par Aude Extrémo, et de l’ultime symphonie de Mozart, Jupiter (le 3 avril 2026 : https://www.orchestre-avignon.com/concerts/les-trois-anges/).

Au programme également de la nouvelle saison, d’autres rives à explorer, de nouveaux répertoires, pour tous les âges : le retour de « notre Monsieur Bois », dans sa quête au gré des rêves, au gré des flots, au gré des notes (le 12 avril 2026 : https://www.orchestre-avignon.com/concerts/monsieur-bois/). La Grenouille à grande bouche, qui en a marre de sa mare, conte intergénérationnel mis en musique par Jean-Claude Gengembre et dirigé par Christophe Mangou (le 21 mars 2026 : https://www.orchestre-avignon.com/concerts/la-grenouille-a-grande-bouche/.

Dans la musique des âmes, Fabien Cali, Alexandra Soumm et Julie Depardieu ramènent juillet 1942. Créée à l’occasion de la commémoration des 80 ans de la Rafle du Vélodrome d’hiver, l’œuvre pour chœur et orchestre retrace l’histoire poignante du roman jeunesse de Sylvie Allouche (le 15 février 2026 : https://www.orchestre-avignon.com/concerts/la-musique-des-ames/).

En invitant Jean-François Zygel, l’orchestre souligne son engagement et sa passion pour le partage et la transmission…pleins feux sur le génie de Beethoven, dont l’ombre plane décidément sur la saison 2025/2026 (les 17 et 28 avril 2026).

Comme une gourmandise, l’Orchestre partage la scène avec André Manoukian, l’accompagnerons dans la sortie de son nouvel album, « La Sultane », réorchestré pour l’occasion par Simon Cochard. La musique arménienne, source intarissable
d’inspiration pour le pianiste, porte l’énergie et la poésie de ce concert, dans un langage harmonique et mélodique faisant se mêler Orient et Occident (les 29, 31 mai 2026 : https://www.orchestre-avignon.com/concerts/andre-manoukian-a-chateaurenard/).

  • D’année en année, la collaboration avec l’Opéra Grand Avignon se renforce : programmes avec le chœur ou le ballet, et aussi dans la fosse pour les représentations lyriques : Don Giovanni de Mozart, la comédie musicale Company de Stephen Sondheim (le 28 déc), l’opéra participatif Falstaff – Les joyeux joujoux de Windsor (le 17 janvier 2026), Turandot de Puccini (15, 17, 19 mai 2026), La Belle Hélène d’Offenbach…

L’Orchestre national Avignon-Provence souhaite partager les richesses du monde, « sans entrave ni frontière », transmettre à tous, le grand vertige orchestral ! Ainsi qu’il s’affiche ven 19 juin 2026, apothéose finale, avec la 9ème Symphonie de Beethoven : https://www.orchestre-avignon.com/concerts/fraternite/

 

 

TOUTES LES INFOS sur le site de l’Orchestre national Avignon-Provence, saison 2025 – 2026 : https://www.orchestre-avignon.com/

 

___________________________________________________________

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

CRITIQUE, Festival Donizetti. BERGAME, Teatro Sociale, le 15 novembre 2025. DONIZETTI : « Il Campanello » et « Deux hommes et une femme ». Stefania Bonfadelli / Enrico Pagano

image_pdfTélécharger (.pdf)

Au lendemain de la soirée d’ouverture du Festival Donizetti, avec Caterina Cornaro à l’affiche (lire notre compte-rendu ici), celle du 15 novembre – qui se déroulait au superbe Teatro Sociale, dans la partie haute (et ancienne) de la cité de Bergame – proposait un doublé rare et audacieux, réunissant deux opéras-comiques en un acte du maestro bergamasque : Il Campanello et Deux hommes et une femme (également connu sous le titre de Rita ou le mari battu). Confiée à la soprano italienne Stefania Bonfadelli, l’intérêt de cette nouvelle (double) production était surtout de mettre en lumière de jeunes chanteurs issus de la Bottega Donizetti, l’académie du festival, placés ici aux côtés du vétéran Alessandro Corbelli.

 

Les deux titres étant rares, il convient d’abord de les présenter au lecteur. Il Campanello est un melodramma giocoso composé par Donizetti sur son propre livret, créé à Naples en 1836. L’intrigue tourne autour du vieil apothicaire Don Annibale, qui vient d’épouser la jeune Serafina. Alors qu’il s’apprête à consommer le mariage, son devoir professionnel le rattrape : un décret l’oblige à vendre ses remèdes en personne à toute heure. Enrico, l’ancien amoureux de Serafina, profite de cette loi pour saboter la nuit de noces en sonnant à plusieurs reprises à la porte de la pharmacie sous divers déguisements (un dandy français, un chanteur enroué, un vieillard demandant un médicament complexe), empêchant ainsi Annibale de rejoindre sa femme jusqu’à l’aube, heure à laquelle il doit prendre la diligence pour Rome. Quant à Deux hommes et une femme, c’est en fait l’opéra donizettien plus connu sous le nom de Rita ou le mari battu, créé à Paris en 1860. L’histoire est un renversement de comédie : Rita tient une auberge et tyrannise son second mari, Peppé, qu’elle traite comme un souffre-douleur. Son premier mari, Gasparo, qu’elle croyait mort, réapparaît soudainement. Il s’avère qu’autrefois, c’était lui qui battait Rita. Les deux hommes, désireux de se débarrasser de cette femme autoritaire, décident de jouer au « morra » (un jeu italien) pour déterminer lequel devra rester avec elle, chacun tentant en réalité de perdre la partie…

La proposition scénique de Stefania Bonfadelli, elle-même ancienne soprano de renom, se caractérise par un parti pris fort et unique, celui d’utiliser la même scénographie pour les deux opéras, unifiant ainsi visuellement la soirée autour d’un seul et même lieu. Bonfadelli a transposé les deux œuvres dans les années 1950/1960, au sein d’un hôtel-restaurant de bord de mer, évoquant peut-être la Côte d’Azur ou le Lac de Côme. Ce lieu unique devait ainsi servir, avec quelques ajustements, à la fois de pharmacie (Il Campanello) et d’auberge (Deux hommes et une femme). L’univers visuel était très coloré et kitsch, rappelant l’atmosphère des comédies italiennes de l’époque. On y trouvait une réception, un bar, des tables, des chaises longues et une multitude d’accessoires (parapluies, serviettes, équipement de plongée) créant un effet de saturation visuelle. Bonfadelli a probablement voulu créer un microcosme bourgeois et un peu ridicule, où les personnages évoluent comme dans une comédie de boulevard. Cette idée, bien que séduisante sur le papier, a été alourdie par une « surpopulation » scénique constante. Pour Il Campanello, le mariage de Serafina et Don Annibale n’était pas une cérémonie intime mais une grande fête, avec une foule d’invités (dont un déguisé en gorille) qui encombrait l’espace. Cette surabondance de figurants et de gags visuels (chutes, courses-poursuites) nous a semblé quelque peu forcée (et peu drôle), étouffant la mécanique comique précise du livret plutôt que de la servir. Par ailleurs, sa direction d’acteurs était caractérisée par un jeu proche de la caricature : les gestes étaient amples, les expressions faciales exagérées, visant un effet comique garanti mais manquant de finesse. C’est précisément ce contraste qui a fait ressortir, par contraste, le jeu plus sobre et suggestif d’Alessandro Corbelli dans Deux hommes et une femme, offrant une leçon de sous-entendus et d’efficacité comique.

 

 

Dans Il Campanello, la soprano Lucrezia Tacchi a incarné une Serafina à la fois gracieuse et pleine de vie. Vocalement, elle a fait preuve d’un timbre clair et pétillant, particulièrement bien adapté à la naïveté et à la fraîcheur de la jeune mariée. Sa voix a su se faire entendre avec aisance au-dessus de l’ensemble, même dans les moments de plus grande densité orchestrale et scénique. Scéniquement, son jeu était empreint d’une justesse touchante, passant de la joie de son mariage à l’exaspération face aux déboires de sa nuit de noces avec une naturalité convaincante. Dans le rôle buffo de l’apothicaire Don Annibale, le basse Pierpaolo Martella a offert une performance tout à fait réussie. Sa voix riche et sonore a parfaitement campé le personnage à la fois pompeux et sans cesse contrarié. Il a maîtrisé avec brio l’art de la comédie propre au basso buffo, affichant une exaspération croissante qui était aussi vocale que physique. Son jeu scénique, fait de regards éperdus et de gestes désespérés, a capturé toute l’absurdité et l’hilarité du personnage sans jamais tomber dans la simple caricature
Mais c’est le baryton italien Francesco Bossi qui a été la véritable clé de voûte de ce Campanello. Dans le rôle exigeant d’Enrico, qui l’oblige à se métamorphoser en trois personnages distincts, il a fait preuve d’une versatilité vocale et scénique remarquable. Que ce soit en dandy français affecté, en chanteur à la voix éraillée ou en vieillard demandant un élixir complexe, il a modifié sa posture, sa diction et même la couleur de sa voix avec une agilité confondante. Sa vélocité dans les airs aux tempi accélérés a été techniquement impressionnante et théâtralement irrésistible. De son côté, la mezzo-soprano Eleonora de Prez a composé une Madame Rosa, la mère, au caractère bien trempé. Son timbre riche et son intensité dramatique ont bien servi le personnage de la belle-mère acariâtre et un peu ronchon. Elle a apporté une présence scénique solide, formant avec les autres interprètes un tableau familial crédible et animé.

Dans Deux hommes et une femme, Cristina De Carolis a abordé le rôle-titre de Rita avec une énergie et une autorité scénique sans faille. Vocalement, elle a dominé avec assurance une partition exigeante, déployant un soprano puissant et bien projeté qui incarnait à merveille le caractère impérieux et dominateur de la tenancière d’auberge. Son engagement dramatique était total, passant de la femme tyrannique et sûre d’elle à celle que la réapparition de son premier mari déstabilise, le tout avec une grande crédibilité. Le ténor chilien Cristóbal Campos Marín a campé un Peppé d’une grande sensibilité. Face à la Rita fougueuse de De Carolis, il a su incarner le mari battu et soumis avec une touchante vulnérabilité. Sa voix, d’un timbre tendre et flexible, s’est particulièrement distinguée dans les moments de lamentation, où son phrasé expressif et son legato soigné ont ému le public. Scéniquement, son jeu naturel a révélé un jeune chanteur au potentiel scénique très prometteur. Quant à la prestation du vétéran Alessandro Corbelli (dans le rôle de Gasparo), elle a été une véritable leçon de chant et de théâtre. Avec sa maîtrise scénique absolue, il a volé la vedette sans effort apparent. Dès son entrée, sa simple présence a imposé une aura comique différente, basée non sur l’exagération mais sur la suggestion et le décalage. Vocalement, sa diction parfaite de notre idiome et son phrasé d’une intelligence rare, ont donné toute sa saveur au texte. Son jeu, fait de petits rires, de soupirs à propos et de regards complices avec le public, a montré toute la supériorité d’une vis comica qui repose sur la finesse et la connivence plutôt que sur la force brute.

Enfin, la direction musicale était assurée par le jeune chef italien Enrico Pagano, placé à la tête de l’ensemble sur instruments d’époque Gli Originali, qui a fourni un accompagnement plein d’énergie et d’esprit, tandis que les récitatifs étaient brillamment soutenus au fortepiano par un imaginatif Ugo Mahieux !

 

__________________________________________
CRITIQUE, Festival Donizetti. BERGAME, Teatro Sociale, le 15 novembre 2025. DONIZETTI : « Il Campanello » et « Deux hommes et une femme ». Stefania Bonfadelli / Enrico Pagano. Crédit photographique (c) Gianfranco Rota

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

PRIX. 12e édition des International Opera Awards 2025 : l’Opéra de Dijon récompensé pour L’Uomo Femina de Galuppi 

image_pdfTélécharger (.pdf)

L’Opéra de Dijon a remporté le prix de la catégorie « Œuvres redécouvertes » lors de la 12e édition des International Opera Awards 2025, pour la production de L’Uomo Femina de Baldassare Galuppi, – aux côtés de ses coproducteurs : Le Poème Harmonique, l’Opéra royal / Château de Versailles Spectacles et le Théâtre de Caen. L’ouvrage sur un livret de Pietro Chiari a été créé à Venise en 1762.

 

 

La cérémonie s’est déroulée le 13 novembre 2025 à l’Opéra national de Grèce (Athènes), réunissant de grandes voix internationales accompagnées par l’Orchestre et le Chœur de l’Opéra national de Grèce (retransmise en direct sur la plateforme OperaVision). Antonella Zedda, directrice générale et artistique de l’Opéra de Dijon, et Jacqui Howard, chargée de diffusion pour Le Poème Harmonique, y ont représenté l’ensemble des partenaires du projet.
La distinction internationale salue la renaissance d’un chef-d’œuvre oublié, d’une modernité étonnante, porté par la direction musicale de Vincent Dumestre et la mise en scène d’Agnès Jaoui. Depuis sa création par l’Opéra de Dijon en 2024, la production rejoint les productions lyriques mondiales les plus remarquables de l’année 2024, reconnaissance d’autant plus significative que les lauréats sont choisis parmi plus de 14 000 nominés issus de 25 pays.

Présenté pour la première fois à l’Opéra de Dijon les 7, 8 et 9 novembre 2024, puis au Théâtre de Caen les 15 et 16 novembre 2024, et enfin à l’Opéra Royal du Château de Versailles les 13, 14 et 15 décembre 2024, L’Uomo Femina a séduit un large public, convainquant du bien fondé de sa recréation contemporaine. L’opéra est de nouveau joué les 18 et 19 décembre 2025 à l’Opéra Orchestre Normandie Rouen (capté alors pour Arte), puis au Wiener Konzerthaus le 25 janvier 2026 (en version de concert).
Le CD, enregistré à l’Opéra Royal du Château de Versailles par Le Poème Harmonique (dirigé par Vincent Dumestre) est annoncé courant 2026 (sous le label CVS Château de Versailles Spectacles).

PLUS D’INFOS sur le site de l’Opéra de Dijon : https://opera-dijon.fr/fr/au-programme/actualites/l-uomo-femina-remporte-le-prix-de-la-meilleure-oeuvre-redecouverte-aux-opera-awards/

Présentation de L’Uomo Femina à l’affiche de l’Opéra Orchestre national de Rouen, OONR, les 18 et 19 déc : https://www.operaorchestrenormandierouen.fr/programmation/uomo-femina/

 

 

 

 

approfondir

L’Uomo Femina sur classiquenews :
LIRE notre présentation de la production à l’affiche de l’Opéra de Dijon (octobre 2024) :
Deux naufragés échouent sur une île gouvernée par les femmes, où les hommes sont dociles, coquets voire craintifs. Agnès Jaoui, metteuse en scène pour cette partition aussi inclassable que juste et pertinente, s’empare avec jubilation de cette fable du XVIIIe siècle étonnamment moderne qui donne à méditer sur les rôles et l’image que la société attribue au masculin et au féminin.
https://www.classiquenews.com/opera-de-dijon-les-789-nov-2024-baldassare-galuppi-luomo-femina-eva-zaicik-victor-sicard-le-poeme-harmonique-vincent-dumestre-agnes-jaoui/
LIRE notre présentation de L’Uomo Femina à l’affiche de l’Opéra Royal de Versailles :
Baldassare Galuppi (1706 – 1785) a laissé deux opéras : Il Mondo alla reversa (Le monde à l’envers) sur un livret de Goldoni de 1750, auquel succède cet Uomo femina, drame giocoso, sur le livret de Pietro Chiari, créé au Teatro San Moisé de Venise en 1762, soit en pleine esthétique « Emfindsamkeit » (sentiment / sensibilité). La partition a été retrouvée de façon récente, en 2006. Ici l’audace du sujet s’accompagne d’une expressivité aiguë qui sait exploiter toutes les situations dans le sens d’une comédie délirante, souvent bouffonne dont le questionnement dialogue avec nos propres interrogations sociales.
https://www.classiquenews.com/chateau-de-versailles-spectacles-galuppi-luomo-femina-recreation-mondiale-les-13-14-15-dec-2024-le-poeme-harmonique-vincent-dumestre-agnes-jaoui/

 

 

 

CHÂTEAU DE VERSAILLES SPECTACLES. Opéra Royal. GALUPPI : L’Uomo femina, recréation mondiale. Les 13, 14, 15 déc 2024. Le Poème Harmonique, Vincent Dumestre / Agnès Jaoui

 

 

_____________________________________________________

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

CRITIQUE, FESTIVAL Aujourd’hui Musiques. PERPIGNAN, Scène nationale L’ARCHIPEL, le 14 novembre 2025. Concert d’ouverture, soirée Steve Reich… LINKS, Rémi Durupt [direction]

image_pdfTélécharger (.pdf)

Le concert d’ouverture du Festival Aujourd’hui Musiques (FAM) s’inscrit idéalement dans les champs référentiels de l’événement, – affirmation de fondamentaux qui en font un festival unique en Europe, dédié à la « création sonore et visuelle ». L’esprit d’un laboratoire musical qui ne s’impose aucune limite créative se réalise ainsi cette année pour le très grand plaisir du public qui répond à la proposition. Le concert STEVE REICH de ce soir déploie la rutilance sonore des marimbas, claviers, percussions, en liberté et en synchronicité, de «  LINKS », ensemble percutant, convaincant, aux gestes miroitants, sous la direction de Rémi Durupt.

 

 

C’est un impressionnant bain d’oscillations sonores, continues, d’une grande efficacité, – lénifiante, active et enveloppante, dont la vibration générale est produite par la combinaison croisée, simultanée, alternée des claviers : vibraphones, marimbas, glockenspiels,… Le ruissellement continu des timbres finement caractérisés dévoile chez Steve Reich, une fascination légitime pour la magie des plaques frappées : sons ronds, moelleux des marimbas,… notes plus flûtés, scintillantes, brillantes des plaques métalliques,… ondes sourdes et rondes des vibraphones tissent une matière musicale dont la répétition et les passages harmoniques produisent un magma miroitant d’ondes et de fréquences multiples et simultanées, une immersion sonore, cette « pulse «  enivrée promise, telle un expérience sensorielle complète, de surcroît magnifiquement calibrée par la mise en son réalisée par les équipes du Théâtre de l’Archipel.

 

vibrations hypnotiques

La salle du Grenat, conçue, dessinée par Jean Nouvel tient techniquement et acoustiquement ces promesses : c’est un écrin et un outil particulièrement adapté aux événements du Festival que porte Jackie Surjus-Collet, directrice générale et artistique du lieu [et du festival]. Ce soir, le parcours musical offre une manière de best of des œuvres de Reich, lui-même connaisseur et joueur des gamelans balinais.

La soirée permet aux spectateurs de mesurer le jeu combinatoire qui inspire le compositeur, son goût des timbres mêlés, son imaginaire sonore dont le flux nuancé des notes répétées produit des effets expressifs, des illusions auditives qui nourrissent une hypnose : Reich avouant lui-même entendre des voix humaines dans le flux instrumental continu, ainsi que plusieurs extraits d’entretiens audio (de 2016), diffusés entre chaque partitions le précisent. Raison pour laquelle le compositeur ajoute 3 chanteuses dans la première partition jouée [« Music for Mallet Instruments, Voices and Organ »,1973] qui regroupe les claviéristes et percussionnistes de Links et les chanteurs Sequenza 9.3 ; l’écriture y jouant avec beaucoup de finesse de la diversité polyrythmique, de la fragmentation infime des sons, et des phénomènes illusoires suscités entre chaque note, ce sous chant [comme on parle d’un sous texte] produisant un développement mélodique propre… Des effets lovés entre les notes écrites, et qui se déploie dans la longueur et la vibration de chaque son produit. D’où cet étirement du temps, un infini sonore qui fait perdre à l’auditeur toute notion construite de développement et de réponse au profit d’un temps pulsation qui file et qui avance…

Ensuite la pièce purement instrumentale : « Six Marimbas » (1986) fouille davantage tout le potentiel dramatique et narratif des seuls claviers de bois, véritable architecture vibratoire là encore, qui nourrit une texture sonore spécifique,- minimaliste et pourtant très mouvante, scintillante même, suractive souvent, en produisant un amoncellement de cellules sonores dont les rythmes varient et se décalent très subtilement. Le jeu parfaitement synchronisé des musiciens réalisent une tapisserie sonore vivante,…

La 3ème pièce plus récente [1995] « Proverb« , s’approprie l’intensité spirituel des polyphonies médiévales, à partir d’une même phrase qui est est reprise en canon par les 3 chanteuses et les 2 chanteurs. Les lignes vocales dessinent un chant de ferveur qui célèbre le pouvoir déclamatoire et spatial du son frappé lequel soutient la vibration des mélodies vocales. Pour autant comme inféodé au texte et en contre plan des canons qui se succèdent, le miroitement sonore des claviers perd cet infini suggestif quasi abstrait qui rayonnait sans cadre et sans limite dans les deux pièces précédentes, en particulier dans la première pour laquelle le geste précis, l’intelligence ondulatoire et serpentine du groupe se sont d’emblée immédiatement déployés sur l’ample scène du Grenat, accordant croissance, transparence, miroitement.

 

 

_____________________________
CRITIQUE, FESTIVAL Aujourd’hui Musiques. PERPIGNAN, Scène nationale L’ARCHIPEL, le 14 novembre 2025. Concert d’ouverture, soirée Steve Reich... LINKS, Sequentia 9.3, Rémi Durupt [direction] – Festival AUJOURD’HUI MUSIQUES 2025, à Perpignan, Scène nationale L’ARCHIPEL, jusqu’au 23 novembre 2025

 

 

 

 

Programme / STEVE REICH
Music for Mallet Instruments, Voices and Organ (1973 – 17’) par l’ensemble Sequenza 9.3 & l’ensemble Links
Six Marimbas (1986 – 16’) par l’ensemble Links
Proverb pour 5 voix et percussions (1995 – 14’) par l’ensemble Sequenza 9.3 & l’ensemble Links
Ensemble Links
Vincent Martin, Stanislas Delannoy, Clément Delmas, Lucas Genas, Renaud Detruit, Rémi Durupt, Christophe Dietrich: percussions
Laurent Durupt, Trami NGuyen : claviers
Séquenza 9.3
Faustine Rousselet, Céline Boucard, Amélie Raison : sopranes
Laurent David, Steve Zheng : ténors

 

 

 

présentation 2025

LIRE aussi notre présentation du FAM Festival Aujourd’hui Musiques 2025 : https://www.classiquenews.com/perpignan-festival-aujourdhui-musiques-du-14-au-23-nov-2025/

30 ans de création contemporaine ont cultivé à Perpignan un sillon fabuleux, musical et visuel, stimulant là curiosité des publics et l’imagination créative des artistes. Aucune limite, aucun a priori sinon l’arc infini des possibilités formelles, dispositifs acoustiques et électroniques, magie spatiale et corps dansants, le FESTIVAL Aujourd’hui Musiques propose l’activité hors normes et hors cadre d’un laboratoire pluridisciplinaire….

 

 

PERPIGNAN, Festival Aujourd’hui Musiques, du 14 au 23 nov 2025

 

______________________________________

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

CRITIQUE, Festival Donizetti. BERGAME, Teatro Donizetti, le 14 novembre 2025. DONIZETTI : Caterina Cornaro. C. Remigio, E. Scala, V. Priante… Francesco MICHELI / Riccardo FRIZZA

image_pdfTélécharger (.pdf)

L’ouverture du Festival Donizetti Opera 2025 à Bergame a été marquée par la représentation de Caterina Cornaro, dans sa version originale restaurée par Eleonora Di Cintio et interprétée pour la première fois sous sa forme authentique. Cette édition critique restitue la partition telle que Donizetti l’avait imaginée (pour Vienne), avant les coupes de la censure napolitaine (où aura finalement lieu la première) et les adaptations forcées pour les interprètes de la création… La conclusion, notamment, abandonne le ton patriotique pour une fin plus concise et tragique, digne de la dernière œuvre achevée par le compositeur avant son internement psychiatrique, derniers effets d’une syphilis qui lui sera fatale. Si la restitution musicale s’est avérée plutôt enthousiasmante, la mise en scène de Francesco Micheli – une coproduction avec le Teatro Real de Madrid – a, en revanche, suscité l’incompréhension d’une partie du public, allant jusqu’aux huées lors du baisser de rideau.

 

Grande habituée du festival, la soprano italienne Carmela Remigio a fait preuve d’un engagement scénique et dramatique total dans le rôle-titre. Si le timbre n’a rien de particulièrement extraordinaire, ses immenses talents de comédienne – qui ont rendu crédible la dualité du personnage, partagé entre tourments et résignation – ont en revanche suscité l’admiration. Sa musicalité et son traitement des récitatifs doivent aussi être mis à son crédit. Face à elle, l’excellent baryténor siscilien Enea Scala continue de s’imposer comme l’un des meilleurs chanteurs belcantistes de sa génération. Outre une palette vocale très diversifiée, un phrasé élégant et un timbre gorgé du soleil de sa Sicile natale, il possède à l’envi le sens des couleurs, de la dynamique et des nuances propres au belcanto. Il a fait délirer le public, après son air « Su, corriamo » (une page d’une verve presque verdienne…), grâce à l’insolence péremptoire d’aigus aussi sûrs que longuement tenus. De son côté, le baryton italien Vito Priante campe un Lusignano noble et pathétique, avec une voix parfaitement timbrée et un phrasé sensible qui font mouche dans l’air où il se meurt :  « Orsu… Della vittoria ». La basse Riccardo Fassi (Mocenigo) a campé un ambassadeur vénitien autoritaire et glaçant, dont la basse au grain noir a parfaitement servi la fourberie du personnage. Enfin, Francesco Lucii (Strozzi) impressionne par sa vaillance, tandis que Fulvio Valenti s’avère touchant dans le rôle du père de Caterina.

 

 

Quant à la proposition scénique de Francesco Micheli, elle a polarisé le public,  constituant le point de discorde majeur de la soirée. Sa mise en scène superpose deux époques : à l’histoire du XVᵉ siècle se superpose un récit contemporain où Caterina, après les joies de son mariage, voit son époux tomber malade et être emmené à l’hôpital. Cette transposition, majoritairement située dans le couloir aseptisé d’une clinique, ne nous a vraiment pas convaincu, en créant une confusion entre flash-back historique et identification de l’héroïne modernes; De même que certains partis ont été à l’encontre du drame, comme la bataille finale entre Chypriotes et Vénitiens qui était représentée ici… par une opération chirurgicale, Gerardo troquant son épée contre un scalpel pour tenter de sauver Lusignano ! Enfin, de nombreuses projections de textes (comme « Mio marito è molto malato » ou « Anch’io sono incinta ») nous ont semblé par trop redondantes, alourdissant le propos au lieu de l’éclairer. Et pour enfoncer le clou, le dénouement voit la reine éponyme trouver du réconfort auprès de Mocenigo, le « méchant » de l’histoire, un choix qui s’avère en totale contradiction flagrante avec la dynamique du livret. Finalement, la proposition scénique de Micheli s’avère si intrusive et si éloignée de l’esprit du livret qu’elle finit par obérer la puissance émotionnelle de l’œuvre…

Par bonheur, la direction musicale de Riccardo Frizza, directeur artistique du festival, a été un pilier de cette production. À la tête de l’Orchestra Donizetti Opera, Frizza a mis en lumière la riche écriture orchestrale de Donizetti, en soulignant les contrastes et en maintenant un équilibre constant entre la fosse et les chanteurs. Si certains tempi étaient parfois un peu trop contrôlés en première partie, les contrastes et l’ampleur se sont affirmés par la suite, servant la partition sans jamais écraser les solistes – et où le formidable Coro dell’Accademia Teatro alla Scala était également parfaitement en place !…

 

 

 

___________________________________
CRITIQUE, Festival Donizetti. BERGAME, Teatro Donizetti, le 14 novembre 2025. DONIZETTI : Caterina Cornaro. C. Remigio, E. Scala, V. Priante… Francesco MICHELI / Riccardo FRIZZA. Crédit photographique (c) Gianfranco Rota

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

STREAMING, opéra. ven 21 nov 2025. STRAVINSKY / MOUSSA : Oedipux Rex / Jocasta’s Line [National Norwegian Opera, oct 2025]. Wayne McGregor / Charlotte Politi

image_pdfTélécharger (.pdf)

Dans la mythologie grecque, Jocaste est la fille de Ménécée et reine de Thèbes. Lorsqu’elle épouse sans le savoir l’homme qui s’avère être son fils Œdipe, une malédiction se transmet à la génération suivante. Jocasta’s Line entremêle deux tragédies grecques : Œdipe roi et Antigone. Samy Moussa a composé la musique d’Antigone, tandis qu’Œdipe Roi (Oedipus Rex) est mis en musique sur la partition originale d’Igor Stravinsky datant de 1927.

 

Dans Œdipus Rex, opéra-oratorio en latin de Stravinsky, la ville antique de Thèbes est ravagée par la peste. Le seul moyen de mettre fin aux souffrances est de trouver et de punir la personne qui a assassiné l’ancien roi. Sous la pression de ses sujets désespérés, le roi Œdipe se met en quête du meurtrier. Il découvre bientôt la terrible vérité : il est non seulement le coupable du meurtre, mais il a épousé aussi sa propre mère. Alors que Stravinsky attribue un rôle clé au chœur d’hommes, le compositeur canadien Samy Moussa privilégie le chœur de femmes dans Antigone, son nouvel opéra, chanté en grec ancien.
Son sujet est la tragédie de la fille d’Œdipe : Antigone. La nouvelle œuvre du célèbre chorégraphe et metteur en scène Wayne McGregor fait appel au Ballet, à l’Orchestre de l’Opéra national de Norvège. Wayne McGregor apporte un langage gestuel moderne et poignant.

Pour que l’attention se focalise uniquement sur ce qui se passe sur scène, Œdipe roi et Antigone sont joués sans sous-titres dans cette production, à l’exception des parties du narrateur anglophone.

 

 

_______________________________________
Opéra national de Norvège
Jocasta’s Line
Stravinsky / Moussa
Diffusion vendredi 21 novembre 2025 à 19h CET
En REPLAY jusqu’au 21 mai 2026 à 12h CET
Enregistré le 3 octobre 2025

 

 

VOIR Jocasta’s line [Stravinsky / Moussa] sur OperaVision : https://operavision.eu/fr/performance/jocastas-line

Chanté en latin, ancient Greek
Sous-titres en anglais

Chœur et Orchestre du Norwegian National opera
Ballet national de Norvège

…

Mise en scène : Wayne McGregor
Direction musicale : Charlotte Politi

Décors et costumes : Vicki Mortimer
Lumières : Lucy Carter

Partie 1 – le fils : Œdipe roi / Œdipus Rex

King Œdipus : Paul Appleby
Jocasta’s : Dame Sarah Connolly
Creon : Michael Mofidian
Tiresias : Rafal Siwek
Messagère : Jens-Erik Aasbø

Musique : Igor Stravinsky
Texte : Jean Cocteau

…

Partie 2 – Fille : Antigone

Danseur·euses :
Grete Borud Nybakken
Anaïs Touret
Melissa Hough
Hana Nonaka Aillon
Natasha Dale
Taeryeong Kim
Astrid Lyngstad
Tsukino Tanaka
Ricardo Castellanos
Douwe Dekkers
Vasilii Tkachenko
Martin Dauchez
Jonathan Olofsson
Dmytro Litvinov

Musique et texte : Samy Moussa

image_pdfTélécharger (.pdf)

CRITIQUE, opéra. RAVENNE, Festival Trilogie d’Automne (Teatro Alighieri), le 13 novembre 2025. HAENDEL : Alcina. G. Bridelli, D. Galou, E. Hauser, M. Licari… Pier Luigi PIZZI (mise en scène) / Ottavio DANTONE (direction musicale)

image_pdfTélécharger (.pdf)

Après avoir mis en scène Orlando la veille, dans le cadre du festival « Trilogie d’Automne » au Teatro Alighieri de Ravenne, le metteur en scène nonagénaire Pier Luigi Pizzi a une fois de plus fait preuve de sa maîtrise inégalée, alliant sobriété et sophistication, avec cette nouvelle production d’Alcina (du même Haendel, auquel le festival était cette année dédié…).

 

Son dispositif scénique, à la fois épuré et ingénieux, reposait sur de grands panneaux parallèles très élevés et recouverts de miroirs, créant un jeu de reflets et de perspectives infinies qui reflétait à merveille les thèmes de l’illusion et du double, au cœur de l’opéra. Ces murs étaient percés de portes, utilisées pour les entrées et sorties, mais aussi pour des scènes d’espionnage, ajoutant une dynamique fluide à la mise en scène. Un fond de scène servait de support à des projections vidéos changeantes – minérales, de mers calmes ou déchaînées, ou encore d’espace entièrement nu – qui définissaient l’atmosphère de chaque scène et illustraient les pouvoirs de l’enchanteresse Alcina. Les éclairages d’Oscar Frosio et les costumes d’une antiquité revisitée par la Renaissance (signés également par Pizzi), complétaient ce tableau visuel d’une grande élégance. Enfin, la figure de l’Amour (Eros), incarnée par Giacomo Decol, observait et influençait l’action, ajoutant une dimension philosophique et visuelle constante.

À la tête de son ensemble Accademia Bizantina, le chef italien Ottavio Dantone a dirigé avec une diligence et une écoute remarquables. L’orchestre a produit un son riche et varié, offrant de beaux moments concertants lors des arias, et déployant d’émouvants soli de cordes qui ont soutenu avec justesse le drame et les passions des personnages. Cette collaboration de longue haleine entre le chef et sa phalange a une nouvelle fois porté ses fruits, contribuant significativement au succès de la soirée.

 


La distribution, homogène et plutôt enthousiasmante, a livré une performance collective de haut niveau. Très fêtée au rideau final, la mezzo Giuseppina Bridelli a campé une Alcina certes solide, mais un brin monolithique, pas toujours habile à passer de la colère au pathétisme, de la jubilation à la prostration, sentiments que Haendel transcende dans des airs d’une variété inouïe. Comme l’Armide de Rossini, cette magicienne exerçant un pouvoir sur les hommes ne doit jamais perdre de vue le côté autoritaire de son personnage, qu’une chanteuse peut traduire de deux manières : la vigueur dans l’accent ou les prouesses dans la technique, deux qualités pas tout à fait à la portée de la mezzo italienne…

En revanche, on ne sait qu’admirer le plus chez sa jeune compatriote Martina Licari (Dorinda la veille) qui, dans le rôle de la délurée Morgana, désarme l’auditoire grâce à la perfection de ses vocalises, la qualité de son timbre, ou encore la vivacité étincelante de son jeu d’actrice. De son côté, la mezzo française Delphine Galou rayonne en Bradamante : la longueur du souffle et la précision de l’intonation imposent en permanence la vérité des sentiments, tandis que le contre-ténor suisse Elmar Hauser (Medoro la veille) renouvelle notre enthousiasme, grâce à un bel impact sonore en Ruggiero, auquel il offre également de crédibles emportements de toutes sortes. Les deux autres personnages, bien que moins « conséquents », n’en sont pas moins solidement tenus. Le très prometteur ténor croate Ziga Copi offre une prestation très volontaire dans le rôle d’Oronte, et régale nos oreilles avec son timbre ravissant, et sa technique (déjà) sans faille. Quant au baryton-basse chilien Christian Senn (Zoroastro la veille), il dessine un Melisso d’une réelle présence vocale, en conjuguant bravoure à la poétique du belcanto. 

Le public ravennate a réservé un accueil des plus chaleureux à l’ensemble des artistes à l’issue de la représentation. Vivement le festival d’été maintenant, qui s’étire pendant deux longs mois chaque année, de début mai à début juillet !…

 

_____________________________
CRITIQUE, opéra. RAVENNE, Festival Trilogie d’Automne (Teatro Alighieri), le 13 novembre 2025. HAENDEL : Alcina. G. Bridelli, D. Galou, E. Hauser, M. Licari… Pier Luigi PIZZI (mise en scène) / Ottavio DANTONE (direction musicale). Crédit photographique © Luca Concas

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

AULNAY SOUS BOIS, Théâtre J. PRÉVERT, Mercredi 3 déc 2025. « Ça déménage ! » Compagnie Racines Carrées / Nabil Ouelhadj

image_pdfTélécharger (.pdf)

Avec Ça déménage !, Nabil Ouelhadj et la Compagnie Racines Carrées livrent une création énergique et joyeuse, où la danse hip-hop fusionne avec le théâtre et la musique. Porté par la vitalité de ses interprètes, le spectacle célèbre le mouvement, l’humour, la convivialité, célébrant la richesse expressive des danses urbaines.

 

Hip hop et énergies urbaines

Sous la direction de Nabil Ouelhadj, Ça déménage ! souligne les fondamentaux de la Compagnie Racines Carrées : la force du groupe, la vitalité du geste, la puissance du mouvement qui circule d’un corps à l’autre.

Pensé comme un voyage au cœur de la jeunesse et de la diversité, le spectacle mêle acrobaties, poésie et situations théâtrales dans une succession de tableaux à la fois drôles et sensibles. La danse y devient un langage universel, capable de raconter les tensions, les rencontres et les élans d’un quotidien partagé.

La mise en scène, rythmée et inventive, joue avec les espaces et les dynamiques. Les corps évoluent en groupe dans une chorégraphie énergique.  La précision du mouvement, la musicalité, la complicité entre les interprètes traduisent une volonté collective.

Avec Ça déménage !, Nabil Ouelhadj poursuit son engagement pour une danse ouverte, accessible et généreuse, où la maîtrise technique se met au service du plaisir de danser et du partage. Un spectacle festif et communicatif qui confirme la place singulière du hip-hop sur les grandes scènes chorégraphiques d’aujourd’hui.

 

                                                                                ______________________________________________
Théâtre Jacques Prévert
AULNAY SOUS BOIS
NABIL OUELHADJ
Mercredi 3 déc 2025, 19h
Réservez vos places directement sur le site du Théâtre Jacques-Prévert :
https://www.theatrejacquesprevert.fr
Durée : 55 min sans entracte

 

 

Nabil Ouelhadj, fondateur de la Compagnie Racines Carrées, développe depuis plusieurs années des chorégraphiques nourrie du hip-hop et des danses urbaines. Son travail, à la fois technique et accessible, met en valeur l’énergie collective et la créativité du mouvement. Avec Ça déménage !, il poursuit sa recherche d’une danse vivante et ouverte.

 

TEASER VIDÉO

 

 

______________________________________________
image_pdfTélécharger (.pdf)

CRITIQUE, concert lyrique. PARIS, Opéra Garnier, le 14 novembre 2025. HAENDEL / GLASS – Gala Lyrique avec Anthony Roth Costanzo… Orchestre de l’Opéra national de Paris, Karen Kamensek (direction)

image_pdfTélécharger (.pdf)

Il est des soirées où l’on perçoit d’emblée l’intention de bâtir un objet scénique total, un geste artistique où les arts dialoguent avec une cohérence presque architecturale. Ce grand Gala Lyrique autour d’Anthony Roth Costanzo en fait partie : le chanteur, figure phare du « contre-ténoriat » contemporain, a réuni autour de lui toutes les forces de l’Opéra national de Paris – orchestre, danseurs, décors multimédia – pour faire naître une proposition plus large qu’un simple récital, presque un rituel. L’ambition est palpable, la tenue est réelle, et pourtant, malgré la beauté des formes, quelque chose demeure subtil, presque imperceptible, entre retenue et pudeur, empêchant la soirée de franchir le seuil de l’inoubliable. Dès lors que le « branché » se glisse dans un art, ça devient davantage un « événement » instagram plutôt qu’une idée, un rêve éveillé. 

 

Car Anthony Roth Costanzo possède indéniablement cet éclat vocal que le public, fidèle, reconnaît : un timbre lumineux, d’une pureté presque liquide, qui s’inscrit dans l’espace avec précision. Sa projection, assurée, jamais forcée, donne aux lignes musicales une clarté d’émail. On admire cette manière de faire affleurer l’émotion sans l’appuyer, ce sens musical rare, fruit d’une esthétique assumée, presque classique dans sa tenue. Mais ici, paradoxalement, cette maîtrise devient limite : on aurait espéré, çà et là, un fragilité, une crudité, une faille émotionnelle qui vienne déchirer la surface impeccable du chant. Son implication reste entière, mais l’incandescence dramatique demeure en filigrane, jamais pleinement embrasée. Peut-être c’est aussi le choix des airs de Georg Friedrich Haendel, tous des tubes qui ne surprennent pas, aussi la plupart sont des airs lents, pas très contrastants les uns avec les autres. Pourquoi n’a-t-il pas choisi des airs dans Il Giustino (air du sommeil), dans Floridante (air de la prison), Poro, Re delle Indie (« Senza procelle ancora« ) ou même dans Theodora (« Kind Heav’n »)? 

Face à lui – ou plutôt autour de lui tels des esprits lépidoptères -, les danseurs prolongent cette esthétique du contrôle. Sublimes de finesse physique, parfaitement synchronisés, ils tracent un ballet de lignes pures, de gestes beaux mais sans message. La chorégraphie, parfois presque picturale, séduit par ses équilibres, ses contours, ses respirations. On y lit un hommage à la beauté du corps, à la mécanique gracieuse du mouvement. Pourtant, là encore, la « perfection » finit par lisser le vertige : où est le risque ? Où est l’irréparable ? Une certaine distance, élégante certes, mais un peu glacée, se glisse entre danse et émotion. Quelques moments s’embrasent néanmoins, lorsque les corps retrouvent un grain plus organique, une tension plus sauvage – fugaces lueurs d’un théâtre du geste que l’on aurait aimé plus impétueux. Est-ce qu’à vouloir entrer trop dans le conceptuel ou l’esthétisant, ce gala cherche plus à plaire à une niche de « glitteraty » plutôt qu’à un public sensible ? 

L’orchestre enfin, discret mais indispensable partenaire, soutient l’ensemble avec une intelligence musicale incontestable. Les couleurs sont soignées, les textures ciselées, les dynamiques subtilement structurées notamment grâce à la direction de Karen Kamensek. On y perçoit un sens du détail, une écoute mutuelle, cette capacité à ne jamais couvrir le chant, mais à l’envelopper, comme un taffetas sonore. La cheffe dirige avec la juste noblesse du geste, jamais emphatique, jamais décoratif. Toutefois, là aussi, une certaine prudence domine : les éclats restent mesurés, les déflagrations tenues en respect. La beauté est là – incontestable – mais derrière une vitre, à distance. Par contre, dans les pièces de Philip Glass, on n’aurait pas pu rêver mieux que cette interprétation…

Ainsi se dessine le portrait d’une soirée singulière, haute en raffinement, splendide dans sa forme, irréprochable dans sa facture. Une célébration du style, de la maîtrise, et de l’alliance des disciplines. Et pourtant, l’émotion, la vraie – celle qui vous bouscule, vous désarme – reste en périphérie… Le spectacle touche, séduit, impressionne même… mais n’étreint jamais tout à fait. Il donne à voir des artistes à leur meilleur niveau technique, mais encore bridés par une retenue qui, si elle préserve l’élégance, freine l’abandon. Une soirée marquée par la beauté, la hauteur, la pensée – mais où l’on repart en rêvant à ce qu’elle aurait pu être, si chacun avait osé franchir le seuil de la pure maîtrise pour entrer dans le territoire plus périlleux, plus incandescent, de la vérité scénique et se laisser aller à la vérité imparfaite de l’expression humaine.

 

 

__________________________________

CRITIQUE, concert lyrique. PARIS, Opéra Garnier, le 14 novembre 2025. HAENDEL / GLASS. Gala Lyrique avec Anthony Roth Costanzo… Orchestre de l’Opéra national de Paris, Karen Kamensek (direction). Crédit photo (c) Droits réservés

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

CRITIQUE, concert. MONTPELLIER, Opéra Berlioz, le 14 novembre 2025. « Entre ciel et mer ». DEBUSSY / PROKOFIEV / ADES. Orchestre national de Montpellier Occitanie, Sergey Belyavsky (piano), Roderick Cox (direction)

image_pdfTélécharger (.pdf)

Ce 14 novembre, à l’Opéra Berlioz de Montpellier, il était « grand temps de rallumer les étoiles » (Apollinaire). Après la commémoration des « 10 ans des attentats du 13 novembre », le concert symphonique de l’Orchestre national de Montpellier Occitanie (ONMO) y a largement pourvu sous la direction de Roderick Cox – et le jeu enflammé du pianiste russe Sergey Belyavsky. 

 

En préambule, la remise de la médaille de citoyenne d’honneur de Montpellier à la violoniste super soliste de l’OONM, Dorota Anderszewska (20 ans à ce poste), par le maire de Montpellier (Michaël Delafosse) est l’occasion de souligner le puissant lien social qu’est la culture selon les propos de Valérie Chevalier (directrice de l’OONM). Au vu du crépitement d’applaudissements dans le vaisseau rempli de l’Opéra Berlioz, les étoiles de la musique ne sont pas près de pâlir !

Enfourchant la partition virtuose du 3ème Concerto pour piano op. 26 de Sergueï Prokofiev, le pianiste Sergey Belyavsky déploie une virtuosité ébouriffante. Cette œuvre protéiforme incarne le génie du compositeur russe durant sa période néoclassique (1921). Si la mélancolique clarinette solo l’introduit, la puissance motorique du premier Allegro s’imprime aussitôt, et ce sans sécheresse, au clavier comme chez les percussions et bois dansants. Au fil des visages variés du Tema con variazioni, les pupitres dialoguent en complicité, à l’instar de l’orchestration de Pulcinella de Stravinski. Dans le final quasi chorégraphique, le soliste et le chef Roderick Cox deviennent de fins rythmiciens au service d’une course endiablée de purs-sangs. L’incandescente coda développe un accelerando vertigineux qui déclenche l’ovation chaleureuse du public. En bis, la finesse de la Campanella de Paganini / Liszt éblouit en dépassant l’exercice acrobatique (réel) par la mise en résonance qu’imprime Belyavsky, Lauréat du Concours Liszt de Budapest.

En seconde partie, l’Exterminating Angel Symphony de Thomas Adès transporte l’auditoire dans l’univers onirique et inquiétant de son propre opéra éponyme (2016). Un opéra adapté de l’œuvre cinématographique du surréaliste L. Buñuel (El ángel exterminador, 1962). L’œuvre symphonique s’émancipe de la narration lyrique en fuyant le principe ancien de la suite d’après… Carmen, Peer Gynt, etc. En revanche, l’unité thématique de chaque mouvement donne lieu à une structure hyper construite et une alchimie sonore à chaque fois singulière. Leur point commun est d’utiliser des motifs obsessionnels en boucle traduisant le malaise puis les rituels aliénants des invités lors d’une soirée mondaine. Précise et expressive, la direction de Cox guide la dilatation / rétractation des familles d’instruments (Entrées), scande l’ostinato percussif jusqu’à saturation de la marche Mars avant de chahuter/diffracter les envoûtantes Valses décadentes (4ème mvt). Soulignons la performance des percussionnistes et des trombones de la formation montpelliéraine.

Si les Trois esquisses symphoniques de La Mer de Claude Debussy ne furent pas l’apothéose de ce concert, le rendu en fut néanmoins correct. Cependant, la transparence des timbres requise dans « De l’aube à midi sur la mer » et les nuances subtiles roulant sur les « Jeux de vagues » ne furent pas au rendez-vous. Trop tôt lancé, le crescendo de la dernière esquisse ne put scintiller longtemps malgré l’excellence des pupitres de l’OONM. En sortant du Corum de Montpellier, la fête nocturne des lumières sur l’Esplanade prolongeait néanmoins le sillage de la comète Prokofiev / Adès / Debussy !

 

 

________________________________________
CRITIQUE, concert. MONTPELLIER, Opéra Berlioz, le 14 novembre 2025. « Entre ciel et mer ». DEBUSSY / PROKOFIEV / ADES. Orchestre national de Montpellier Occitanie, Sergey Belyavsky (piano), Roderick Cox (direction). Crédit photo (c) Droits réservés

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

CRITIQUE, opéra. RAVENNE, Festival Trilogie d’Automne (Teatro Alighieri), le 12 novembre 2025. HAENDEL : Orlando. F. Mineccia, F. P. Vitale, E. Hauser, M. Licari… Pier Luigi PIZZI (mise en scène) / Ottavio DANTONE (direction musicale)

image_pdfTélécharger (.pdf)

Niché au cœur de l’Émilie-Romagne, Ravenne est une ville-musée, célèbre pour ses mosaïques byzantines classées au patrimoine mondial de l’UNESCO et son atmosphère où l’histoire semble suspendue dans le temps. C’est dans ce cadre unique que se déroule « Trilogie d’Automne », un festival d’opéra prestigieux qui transforme le Teatro Alighieri en épicentre de la musique ancienne. Cette année, il est consacré à Georg Friedrich Haendel, avec en ouverture une production très attendue d’Orlando, réunissant deux monuments de la culture musicale italienne : le metteur en scène Pier Luigi Pizzi (95 ans !), et le chef Ottavio Dantone à la tête de son célèbre ensemble, l’Accademia Bizantina.

 

Le metteur en scène nonagénaire, dont la carrière prestigieuse rayonne sur les plus grandes scènes mondiales depuis des décennies, a une fois de plus fait preuve de son génie visuel. Sa scénographie, à la fois simple et profonde, reposait sur de grands pans verticaux structurant l’espace et recouverts de miroirs, créant une infinité de reflets et de perspectives. Ces murs étaient animés de portes, servant autant aux entrées et sorties qu’à la dissimulation ou l’espionnage, renforçant ainsi les thèmes du double et de l’illusion. Le fond de scène s’illuminait d’images d’arbres et de ciels, projetées et mouvantes, dont les teintes évoluaient au gré des tourments intérieurs des personnages. Les éclairages d’Oscar Frosio complétaient ce tableau pour créer une série de superbes images, soutenues par des costumes sobres et raffinés. La direction d’acteurs était naturelle et convaincante, tous les personnages étant placés sous l’œil omniprésent et la influence d’Eros, figuré par Giacomo Decol, en dieu invisible mais constamment présent pour le public.

Dans le rôle-titre, le contre-ténor italien Filippo Mineccia a livré une performance physique et vocale impressionnante. Sa voix, à la fois puissante et agile, a parfaitement rendu la vaillance puis la déroute mentale du héros éponyme. Francesca Pia Vitale (Angelica) a campé une reine de Cathay à la fois impérieuse et amoureuse. Son timbre clair et son aisance dans les vocalises ont séduit le public. Martina Licari (Dorinda) a incarné une bergère naïve et touchante, et sa voix au timbre fruité comme son jeu plein de naturel ont apporté une fraîcheur bienvenue. Christian Senn, dans le rôle de Zoroastro, a imposé une présence vocale solide et autoritaire, en parfaite adéquation avec le personnage du mage. En Medoro, le jeune contre-ténor Suisse Elmar Hauser est une bien Belle découverte ! Dans le rôle de l’amant d’Angelica, il a allié une voix sonore et bien projetée à une présence scénique juvénile et touchante, marquant les esprits par la sensibilité de son interprétation. Enfin, l’acteur Giacomo Decol (Amore / Eros), à la présence scénique inspirée de l’iconographie caravagesque, a ajouté une dimension mystérieuse et érotique à la production.

À la tête de son ensemble Accademia Bizantina, le chef Ottavio Dantone a offert une direction alerte et soucieuse des chanteurs. Sous sa baguette, l’orchestre a déployé un son nourri et brillant, avec de belles couleurs qui soutenaient avec justesse les passions et les états d’âme représentés sur scène. Cette collaboration artistique de long terme entre Dantone et son orchestre a apporté une cohérence et une vitalité musicale remarquables à la représentation, saluée avec chaleur et moult vivats par le public ravennate !

 

__________________________
CRITIQUE, opéra. RAVENNE, Festival Trilogie d’Automne (Teatro Alighieri), le 12 novembre 2025. HAENDEL : Orlando. F. Mineccia, F. P. Vitale, E. Hauser, M. Licari… Pier Luigi PIZZI (mise en scène) / Ottavio DANTONE (direction musicale). Crédit photographique © Luca Concas

 

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

ENTRETIEN avec la compositrice Pierrette MARI à propos du cd Escalades sur un piano [1 cd CIAR classics] 

image_pdfTélécharger (.pdf)

En complicité avec Damien Top, fondateur du Festival International Albert Roussel, la compositrice Pierrette Mari fait paraître un album dont le programme regroupe ses œuvres inspirées par les cimes montagneuses, d’autant plus intenses qu’elle en a parcouru les reliefs pratiquant l’escalade avec les plus chevronnés. La compositrice précise son rapport à la poésie, évoque les poètes qui l’ont inspirée, les prochaines partitions à l’affiche du concert événement du 30 novembre 2025… sans omettre l’œuvre qui l’occupe actuellement, commande spéciale qui célèbre les 80 ans de la Libération, dont la création se profile courant 2026…

_________________________________
Portrait de Pierrette MARI © James-Bihouise

 

CLASSIQUENEWS : comment avez-vous choisi les œuvres du programme édité par le label CIAR Classics ?

PIERRETTE MARI :
Le Festival International Albert-Roussel que conçoit et dirige Damien Top a fréquemment programmé mes pièces au cours de différents concerts illustrant la variété de notre patrimoine musical français. En examinant mon catalogue d’œuvres pour piano en vue de leur enregistrement dans sa collection, nous cherchions un fil conducteur qui pourrait unifier les pièces retenues. L’idée de bâtir un programme autour des « Escalades », composées entre 1955 et 1969, s’est très vite imposé comme une évidence. Le disque regroupe ainsi mes compositions inspirées par les Alpes françaises, les glaciers fabuleux, ainsi que les icebergs au poudroiement diamanté d’Islande : « Visages polaires ».

Toutes les pièces musicales évoquent les cimes et les reliefs montagneux à travers ma propre expérience de l’escalade. Jeune, j’ai eu la chance de rencontrer Maurice Herzog, alors de retour de son expédition sur l’Annapurna. C’est son jeune frère Hubert qui m’a encouragée à m’inscrire au Club Alpin et à pratiquer l’escalade.

La pièce la plus expressive, celle qui est liée aux émotions les plus fortes, est la 5e pièce du cycle « Escalades sur un piano » : « Les Grandes Jorasses ». Je l’ai composée en trois jours à la mémoire d’Hubert, après sa disparition brutale suite au crash de son avion en Guadeloupe le 5 mars 1968. Cet événement tragique confère à cette escalade son caractère extrêmement dramatique.

Le programme du disque rend aussi hommage à ma région natale : « Alpes et Alpilles » dépeint deux images intimement liées : l’imposant massif alpin et les modestes montagnes servant d’écrin aux Baux de Provence, deux valeurs affectives qui m’ont durablement marquée.

« Espace intemporel » suggère une immersion aux confins des espaces infinis, où les notions se confondent. Il assure le lien entre les deux mondes, tout en manifestant la distance spatiale et l’instant présent et éphémère propre au langage musical.

 

CLASSIQUENEWS : Présentez-nous le prochain concert du 30 novembre 2025 dans le cadre du Festival International Albert-Roussel, où seront données plusieurs pièces dont 2 mélodies….

PIERRETTE MARI : Le 30 novembre prochain, le Festival Roussel me rendra hommage avec un concert dont le thème explore la campagne et la montagne. La pianiste Katia Krivokochenko jouera 3 pièces extraites des « Escalades sur un piano », et aussi avec Damien Top, qui est ténor, 2 mélodies. La première s’intitule « Dans l’espace figé » d’après un poème d’Andrée Brunin, auteur du Nord qui décrit la nature avec une sensibilité qui me touche ; et la seconde « Automne », d’après Jean Moréas, que je viens de terminer et dont ce sera la création. Elle est plutôt sage et classique, et mêle passages parlés et chantés. Le sujet est à l’image du titre, mélancolique, post romantique. La poésie de Moréas, particulièrement exaltante, se prête à une mise en musique. Mes « Deux promenades » (1. Fauréenne, 2. Champêtre) pour harpe seront aussi interprétées par Jessica Dahmani. Photo : Pierrette Mari, élève d’Olivier Messiaen (DR).

 

CLASSIQUENEWS : Quelles sont vos relations à la poésie ?

PIERRETTE MARI : J’ai toujours aimé lire la poésie. J’aime savourer le rythme, la cadence musicale des vers, leur aptitude naturelle à être mis en musique. Mon père était journaliste, poète et écrivain, ma mère cantatrice. Mes parents organisaient une série de concerts-conférences « Musique et Poésie ». En conséquence, j’ai baigné toute ma jeunesse dans un milieu artistique.

Beaucoup de mes mélodies constituent des hommages aux poètes que j’ai eu la chance de connaître tels Paul Fort qui m’appelait alors « ma chère petite collaboratrice », Tristan Klingsor, Paul-André Puget, Robert Mallet, Louis Aragon… En ce qui concerne Baudelaire et Verlaine que j’ai tout autant lu, je les ai volontairement écartés car ils avaient été déjà abondamment mis en musique, de surcroît par d’illustres compositeurs.

J’accorde une grande importance au titre de chaque partition. Chaque intitulé reflète l’esprit dans lequel le morceau fut conçu. Ainsi, parmi mes œuvres instrumentales, « Légende du lendemain », « Habitacle pour l’imaginaire », « Corollaire d’un songe », … sont des titres qui révèlent leur propre musicalité. Nombre de mes pièces ont été inspirées par des personnalités qui ont compté pour moi : le peintre Lucien Fontanarosa, mais aussi Camille Corot, le compositeur Henri Dutilleux ou encore le comédien Jacques Toja, complice depuis l’adolescence et ami proche dans ses années où, provinciaux (originaires de Nice tous deux), nous montions jusqu’à la capitale, lui au Conservatoire d’art dramatique, moi au Conservatoire de musique, rue de Madrid.

Je cite Corot parmi les noms qui me sont particulièrement chers. En voici la raison. Ma mère, Henriette Seyfarth, soprano dugazon, devait se trouver un nom de scène, Reynaldo Hahn lui ayant signifié que son patronyme ne convenait guère. Elle a choisi son pseudonyme en pensant à la reproduction d’un paysage qu’elle aimait tout spécialement. Et elle mena carrière sous le nom de Henriette Corot. Elle fut titulaire dans les opéras du littoral méditerranéen. A ce titre, elle a chanté Musetta (La Bohème), Siebel (Faust) et aussi Suzanne (Les Noces de Figaro) sous la direction de Paul Paray. Mon « Hommage à Corot » pour quatuor à cordes représente donc un double hommage, au peintre évidemment, et aussi à ma mère.

 

CLASSIQUENEWS : Que représente pour vous la musique d’Albert Roussel ?

PIERRETTE MARI : J’apprécie beaucoup l’œuvre d’Albert Roussel, sa grande finesse, son langage harmonique raffiné. Ma mère a beaucoup chanté ses mélodies ainsi que celles de Fauré et de Schumann. Je connaissais déjà « Le Festin de l’Araignée » et plusieurs de ses mélodies lorsque je suis entrée en classe de composition de Tony Aubin. Je l’entends encore nous intimer : « Lisez beaucoup de musique mais je vous interdis d’ouvrir une seule partition d’Albert Roussel, qui s’applique à faire de fausses harmonies ! » Il n’en fallut pas plus pour que nous nous précipitions sans tarder à la Flûte de Pan pour acheter les partitions de ses symphonies ! J’aime surtout la « Suite op.14 » pour piano, ses symphonies, notamment la troisième, mais aussi son « Concerto pour piano » auquel j’ai consacré des masterclasses au Conservatoire de Marseille.

 

CLASSIQUENEWS : Parmi vos prochaines créations, une nouvelle partition pour 10 instruments dont le sujet est en liaison avec les 80 ans de la Libération… De quoi s’agit-il ?

PIERRETTE MARI : En février dernier (2025), au cours d’une longue conversation avec Damien Top, fondateur du Festival International Albert-Roussel, nous réfléchissions à la manière dont nous pourrions commémorer les 80 ans de la Libération. Je lui ai raconté comment en 1944 (j’avais 14 ans), alors que nous avions quitté le littoral pour nous réfugier dans l’arrière-pays niçois, j’avais rencontré les premiers parachutistes américains, parmi lesquels une majorité d’hawaïens d’origine japonaise.
Damien me révéla les attaches qu’il avait avec Hawaï depuis 1993, date à laquelle il a commencé à s’y produire régulièrement en concert. Il est d’ailleurs membre permanent de l’Alliance Française d’Hawaï. Très enthousiasmé par mon histoire, il s’est proposé de mobiliser ses connaissances là-bas afin de faire des recherches complémentaires sur les soldats avec lesquels j’étais restée un temps en relation épistolaire. Il m’a demandé de composer une œuvre spécifique évoquant cet épisode de la Libération, en s’engageant à la faire jouer dans les îles. Cela m’a paru complétement surréaliste ! Mais je m’y suis attelée et j’ai écrit un dixtuor. Mon nouvel opus « La liberté descend du ciel » regroupe 1 quintette à cordes, 1 quintette à vents et percussion hawaiienne.

Le concert sera programmé à l’automne 2026 dans la saison de « Chamber Music Hawaii », en présence de diverses personnalités et des familles des soldats américains qui furent parachutés en France pour la libérer en 1944. C’est tout un symbole et ce sera certainement un moment d’émotion intense pour l’ensemble des participants. Une semblable manifestation en collaboration avec le « Japanese American National Museum » à Los Angeles est en projet à la même période.

 

Propos recueillis en novembre 2025

 

 

cd

LIRE aussi notre critique complète du CD « escalades sur un piano« , œuvres de Pierrette Mari [1 cd CIAR classics] : https://www.classiquenews.com/critique-cd-evenement-pierrette-mari-themes-et-variations-escalades-sur-un-piano-espace-intemporel-jean-dube-piano-1-cd-ciar-records-2017-2024/

Avec plus de 200 œuvres, la compositrice impressionne d’autant plus qu’ici la diversité des formes et l’originalité des sujets s’accordent à une inspiration aussi juste que dramatiquement percutante. Une aspiration poétique voire la quête d’un idéal spirituel s’affirment progressivement, en parallèle à sa passion de l’alpinisme, exprimée dès ses 20 ans. Les partitions et leurs titres expriment cette ouverture sur le monde, l’espace, l’infini d’une Nature exprimée par effleurements, mais subtilement évoquée dans la magie des sons.

 

_______________________________________

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

CRITIQUE, concours. NICE, Théâtre de l’Opéra, le 13 novembre 2025. French Riviera Piano Masters 2025. Barbara Tataradze et Valentin Malinin (piano)

image_pdfTélécharger (.pdf)

Russie contre Géorgie : on aurait cru une affiche de géopolitique ! C’était celle de la finale des French Riviera Piano Masters qui ont été organisés à l’Opéra de Nice par le Département des Alpes Maritimes dans le cadre de la manifestation « C’est pas classique ! ».

 

Ce concours, qui en est à sa deuxième année d’existence, est ouvert à des candidats déjà lauréats d’autres concours internationaux. C’est dire si, dès le départ, la barre est haute. Le jury, présidé par Hélène Mercier, était composé de la pianiste Elisso Bolkvadze, qui est aussi ministre de la culture de son pays, la Géorgie, d’Umberto Fanni, directeur de l’Opéra d’Oman, du pianiste Christian Debrus… ainsi que d’un « candide » en la personne du chef cuisinier étoilé Alain Llorca. Du piano de sa cuisine… à celui des concertistes !

A la suite de deux tours éliminatoires, une Géorgienne, Barbara Tataradze, et un Russe, Valentin Malinin, se sont donc retrouvés en finale. Tous deux furent accompagnés par l‘Orchestre Philharmonique de Nice, placé sous sous la direction de Günter Neuhold. La Géorgienne joua de façon plutôt scolaire, sans fluidité dans les phrases mélodiques, le 2ème Concerto de Chopin. Il lui manquait cette souplesse féline qui sied à la musique de Chopin. Le second interpréta de manière époustouflante – une tornade, une rafale, un tsunami ! – le 3ème Concerto de Prokofiev. Mais sa fougue et sa virtuosité n’excluaient pas une finesse de son qu’on appréciait jusque dans ses simples glissandos, effleurés comme des caresses. Entre les deux, il n’y eut pas photo. Le Russe l’emporta haut la main. Il avait été finaliste au concours Tchaïkovsky. Moscou n’avait pas voulu de lui comme gagnant, Nice l’a vengé.

Retenez son nom : Malinin. Il pourrait faire des ravages sur les scènes internationales dans les années à venir !

 

 

__________________________________
CRITIQUE, concours. NICE, Théâtre de l’Opéra, le 13 novembre 2025. French Riviera Piano Masters 2025. Crédit photo (c) Droits réservés

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

CRITIQUE, opéra. PARIS, Opéra Bastille, le 11 novembre 2025. WAGNER : La Walkyrie. T. Wilson, C. Maltman, S. de Barbeyrac, E. van den Heever… Calixto Bieito / Pablo Heras-Casado

image_pdfTélécharger (.pdf)

L’Opéra national de Paris poursuit, pas à pas, l’ascension de son propre Olympe wagnérien. Après les prémices aquatiques et la malédiction de l’or scellée dans L’Or du Rhin la saison dernière, le cycle du Ring déploie ses ailes avec La Walkyrie, deuxième journée de cette ambitieuse tétralogie confiée aux soins du duo espagnol Calixto Bieito (pour la mise en scène) et Pablo Heras-Casado (pour la direction musicale). Ce n’est pas une production isolée, mais un chapitre crucial d’une saga qui se construit sous nos yeux, un pont narratif et musical entre la chute des dieux initiée dans le prologue et l’avènement du héros promis dans Siegfried, attendu pour janvier prochain. Chaque représentation est donc un jalon essentiel sur la route qui mènera à l’achèvement de ce projet titanesque : la présentation de deux cycles intégraux lors de la saison 2026/2027, événement déjà très attendu par les mélomanes. Cette Walkyrie parisienne arrive ainsi chargée d’enjeux artistiques : elle doit à la fois affirmer la cohérence de la vision du metteur en scène Calixto Bieito, confirmer la tenue musicale de l’Orchestre de l’Opéra national de Paris et maintenir l’immense attente pour la conclusion de cette entreprise. C’est dans ce cadre exigeant qu’il faut évaluer ses forces et ses faiblesses…

 

Pour ce qui est de la mise en scène, la vision du trublion Calixto Bieito plonge l’œuvre dans un univers post-apocalyptique froid et déshumanisé, qui semble souvent en contradiction directe avec la puissance émotionnelle de la partition de Wagner. Le Walhalla est transformé en un sinistre data center, une immense structure métallique et grillagée qui emprisonne les personnages dans des cellules exiguës. Cette esthétique de la laideur frise parfois le ridicule et éloigne le spectateur de la dimension mythologique de l’œuvre. Par ailleurs, la direction d’acteurs est parsemée d’idées confuses. On voit Brünnhilde chevaucher un manche à balai d’enfant et jouer avec un chien-robot (E-doggy), des éléments qui semblent puérils et qui distraient plus qu’ils n’éclairent le drame. Le moment des adieux de Wotan, transformé en une « danse guillerette », manque tragiquement de gravité. Et puis, la mise en scène prend des libertés qui créent des contresens. Par exemple, c’est Wotan lui-même qui tue Siegmund avec l’épée Notung, et non Hunding par l’intermédiaire de sa lance, ce qui brouille la logique du récit et laisse le personnage de Hunding en déshérence. La scène cruciale de la mise au sommeil de Brünnhilde est traitée de manière désordonnée avec des fumigènes et une barrière de masques à gaz, privant la conclusion de sa poésie et de son impact émotionnel. 

Par bonheur, cette production est portée et sauvée par une distribution de très haut niveau, qui doit être saluer pour ses qualités vocales et son engagement. Dans le rôle de Siegmund), Stanislas de Barbeyrac livre une performance fabuleuse. Son timbre allie jeunesse et velours, avec un héroïsme qui n’oublie pas la vulnérabilité du personnage . Ses célèbres cris de « Wälse ! Wälse ! » sont d’une vigueur impressionnante, et son hymne au printemps est un modèle de lyrisme et de demi-teintes. Face à lui, la superbe soprano sud-africaine Elza van den Heever incarne une Sieglinde radieuse et éperdue, submergée par une passion qu’elle traduit avec une précision vocale et expressive impeccable. Son intervention au troisième acte, lançant le thème de la rédemption par l’amour, est un mélange de puissance et de larmes qui ébranle la salle.

L’excellent baryton-basse britannique Christopher Maltman, en remplacement de Iain Paterson initialement annoncé, s’impose par un timbre à la fois rond et projeté, et par une présence scénique ravageuse. Il incarne un Wotan d’une humanité touchante, particulièrement dans les adieux à sa fille, où son phrasé à l’archet résonne longuement. Brünnhilde est incarnée ici par la soprano américaine Tamara Wilson, qui s’avère tout simplement magnifique dans le rôle-titre. Elle unit une puissance irradiante à une fraîcheur presque adolescente dans le timbre, sans jamais vociférer. Ses dons d’actrice et son engagement total, même dans les choix de mise en scène les plus déroutants (comme sa transformation en tenue de catcheuse), forcent l’admiration. La mezzo franco-suisse Ève-Maud Hubeaux, en Fricka implacable, se montre déchirante dans sa colère et en impose face à Wotan. Günther Groissböck campe un Hunding à la froide autorité, eu au registre grave caverneux à souhait. Enfin, l’ensemble des huit autres Walkyries forme un plateau vocal merveilleux et sans maillon faible.

Sous la direction de Pablo Heras-Casado, la performance musicale est contrastée, entre beaux moments de lyrisme, mais surtout un manque d’engagement constant. Si l’ouverture, avec son orage liminaire, est menée avec une modernité saisissante et que les scènes d’amour du premier acte sont embrasées, sa direction se montre trop souvent plate et manquant de relief. Le deuxième acte s’enlise dans un ennui palpable, avec une intensité dramatique fluctuante. Malgré ces réserves sur la direction, l’Orchestre de l’Opéra national de Paris est, lui, digne de tous les éloges. La virtuosité des cordes, la beauté des solos (notamment du cor et de la clarinette) et la poésie qui se dégage de l’ensemble offrent de nombreux frissons au cours de cette inégale soirée !

 

 

_______________________________
CRITIQUE, opéra. PARIS, Opéra Bastille, le 11 novembre 2025. WAGNER : La Walkyrie. T. Wilson, C. Maltman, S. de Barbeyrac, E. van den Heever… Calixto Bieito / Pablo Heras-Casado. Crédit photographique (c) Henwig Prammer

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

OPÉRA ORCHESTRE NORMANDIE ROUEN. Les 5 et 6 déc 2025 : Tchaïkovsky, Rimsky-Korsakov, Juliette Folville… (Pierre Dumoussaud, direction)

image_pdfTélécharger (.pdf)

Deux grands récits, deux grandes épopées se rencontrent (et dialoguent) dans ce concert aux couleurs flamboyantes : de l’amour tragique du Roméo et Juliette de Tchaïkovsky à la magie orientale de la Shéhérazade de Rimski-Korsakov, – sans omettre la haute virtuosité de Juliette Froville, la musique raconte, bouleverse, impressionne, émerveille…

 

 

L’âme romantique de Tchaïkovsky s’exprime avec intensité dans l’Ouverture-fantaisie de Roméo et Juliette, fresque dramatique aux élans poignants, sans mots, porté par l’éblouissante force symphonique. Dans Shéhérazade (Saint-Pétersbourg, 1889), conte orchestral en 4 mouvements, aux mille et une couleurs, Rimski-Korsakov, magicien des timbres et maître conteur, emporte dans un Orient rêvé, dramatique, spectaculaire, où s’affirment tempêtes marines, récits merveilleux, serments et passion amoureuse… La notice que le compositeur rédige en complément du concert de création reste dans l’évocation: Rimsky y brosse la silhouette du sultan Shahriar qui « persuadé de la perfidie et de l’infidélité des femmes, jura de mettre à mort chacune de ses épouses après leur première nuit… ». La sultane Shéhérazade parvient à défaire ce cycle funèbre en racontant chaque soir une fable fantastique, qui tenant en haleine Shahriar l’amènera progressivement à rompre son voeu… LIRE aussi notre dossier Shéhérazade de Rimsky-Korsakov : https://www.classiquenews.com/rimski-korsakov-shhrazade-tribune-des-critiquesfrance-musique-dimanche-15-mars-2009-10h/

Entre tourments de l’amour et mirages orientaux, le lyrisme du Concertstück de Juliette Folville (Liège, 1905), page exquise et virtuose, expose l’éloquence du violoncelle de Xavier Phillips, à la fois « intime et lumineux ». La compositrice assume un post romantisme élégant et techniquement redoutable : introduction courte et grave, Allegro appassionato, puis plénitude pastorale y déploient une écriture contrastée, alternant calme, agitation, variations où dialoguent à égalité chant orchestral et soliste virtuose. Adèle Clément (1884-1958) en assure la création française en mars 1908.

 

 

 

__________________________________
Tchaïkovsky, Rimski-Korsakov
Pierre Dumoussaud, direction & Xavier Phillips, violoncelle
ROUEN, Théâtre des Arts
Vendredi 5 décembre 2025 à 20h

Samedi 6 décembre 2025 à 18h – Tarif famille
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’Opéra Orchestre Normandie Rouen : https://www.operaorchestrenormandierouen.fr/programmation/tchaikovsky-rimski-korsakov/

 

 

Piotr Ilitch Tchaïkovsky
Roméo et Juliette, Ouverture-fantaisie


Juliette Folville
Concertstück pour violoncelle
Xavier Phillips, violoncelle.

Nikolaï Rimski-Korsakov
Schéhérazade

Durée : 2h, entracte inclus

 

 

Autour du spectacle
mer 3 déc. 14h
Rencontre et répétition ouverte
Concert de l’Orchestre Théâtre des Arts
Quelques jours avant la première représentation, les équipes artistiques vous livrent les secrets de leur création et vous invitent à assister à un temps de répétition.
Réservez votre place : https://billetterie.operaorchestrenormandierouen.fr/selection/event/date?productId=10229415328388&gtmStepTracking=true
ven 5 déc. 19h
Introduction à l’œuvre
sam 6 déc. 17h
Introduction à l’œuvre

______________________________________________

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

STREAMING, opéra. En direct, ce soir 14 nov 2025 : Iolanta de Tchaïkovsky depuis l’Opéra de Bordeaux, 19h (Stéphane Braunschweig, mise en scène)

image_pdfTélécharger (.pdf)

Une jeune princesse aveugle, Iolanta, protégée du monde par son père, vit recluse dans un jardin magique. Doit-on lui dire qu’elle est aveugle ? L’amour la sauvera-t-elle d’un destin tracé par avance ? Sa rencontre avec le chevalier Vaudémont permet à Iolanta de réaliser son émancipation…

 

 

En 1890, les Théâtres impériaux de Saint-Pétersbourg commandent à Tchaïkovski un ballet en deux actes – Casse-Noisette – et un opéra en un acte  – Iolanta – pour compléter le double-programme de la soirée. Doué d’une exceptionnelle clairvoyance sur les passions humaines, Tchaïkovski révèle dans son ultime opéra Iolanta, son génie psychologique que son écriture musicale exprime comme nul autre. Diffusée en direct sur OperaVision, la nouvelle production de l’Opéra national de Bordeaux est mise en scène par Stéphane Braunschweig : le spectacle propose un voyage poétique initiatique à travers des jeux de lumières. « Si Iolanta  s’achève par un regard tourné vers la voûte céleste et un chant de gloire à la lumière divine, écrit Stéphane Braunschweig, ne faut-il pas aussi voir dans l’exaltation de la communion finale une réconciliation avec le monde, ou un désir de réconciliation avec le monde ? C’est à mon sens ce qui donne toute sa profondeur à cet opéra qui, sous son apparence de simplicité, recèle la beauté fulgurante des chefs-d’œuvre. »

 

_____________________
Live Streaming, en direct
TCHAIKOVSKY : Iolanta
En direct vendredi 14 nov 2025 à 20h CET
En REPLAY, sisponible jusqu’au 14 mai 2026 à 12h
VOIR IOLANTA de Tchaikovsky depuis l’Opéra de Bordeaux : https://operavision.eu/fr/performance/iolanta-0

 

 

LIRE aussi notre dossier spécial IOLANTA de Tchaikovsky à l’occasion de la prise de rôle d’Anna Netrebko (2015) : https://www.classiquenews.com/cd-opera-en-2015-anna-netrebko-chante-iolanta-de-tchaikovski/

 

Et aussi, notre présentation de l’opéra Iolanta :
https://www.classiquenews.com/la-iolanta-danna-netrebko-scene-cd-cinema/
Après la mort de Tchaïkovski (1893), Mahler assure la création allemande de Iolanta (Hambourg). L’oeuvre plus applaudie que Casse Noisette à sa création russe (Saint-Pétersbourg en 1892), traverse l’oublie jusqu’en 1940 quand la cantatrice russe Galina Vichnievskaïa, affirme et la figure captivante du personnage d’Iolanta, et la magie symphonique d’un opéra à redécouvrir. Car tout Tchaïkovski et le meilleur de son inspiration se concentrent dans Iolanta, véritable miniature psychologique. Et fait rare chez le compositeur de la Symphonie « tragique », le drame se finit bien.
L’INTRIGUE de Iolanta. L’Opéra Iolanta est en un acte et 9 tableaux. Alors que le Roi René tient à l’écart du monde, sa propre fille Iolanta, aveugle, absente à sa propre infirmité, le médecin maure Ebn Hakia (baryton) annonce que la jeune princesse doit prendre conscience de son handicap pour s’en détacher et peut-être en guérir…le Roi trop possessif demeure indécis mais le comte Vaudémont (ténor), tombé amoureux de Iolanta, lui apprend la lumière et l’amour : Iolanta, consciente désormais de ce qu’elle est, peut découvrir le monde et vivre sa vie. La jeune femme tenue cloîtrée, fait l’expérience de la maturité : en se détachant du joug paternel, elle s’émancipe enfin.

 

_________________________________

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

CRITIQUE, opéra. SAINT-ÉTIENNE, Grand-Théâtre Massenet, le 12 nov 2025. MOZART : La Flûte enchantée. Norma Nahoun, Luigi De Donato, Marlène Assayag… Cédric Klapisch [mise en scène] / Giuseppe Grazioli [direction]

0
image_pdfTélécharger (.pdf)

Créée en 2023, La Flûte enchantée version Cédric Klapisch joue à fond la carte populaire [au sens le plus noble du terme], au parlé direct, expressions de djeuns à la pelle, avec foison de gags parfois [trop] décalés (la Reine de la nuit ce soir shootée aux tisanes végétales…).  Ni enchantement ni féerie sur scène, mais du rythme [jusque dans le choix des couleurs sur scène : vives voire électriques], de la fantaisie comme improvisée, et cet humour tendre qui reste emblématique du réalisateur d’ « un air de famille« .

___________________________________________

Photos © Cyrille Cauvet – Opéra de Saint-Étienne

 

 

 

 

MOZART AYANT CRÉÉ L’OPÉRA ALLEMAND POUR TOUS, en langue vernaculaire, y retrouvera ses petits, dans ce jeu en situation continu, avec dialogues parlés en français, réécrits par le cinéaste. Les connaisseurs y retrouveront les profils qui font le succès inusable du dernier opéra de Wolfgang [1791]. En particulier ceux servis par d’éminents chanteurs dont le style éclaire l’action dramatique et le symbolisme moral lié à leur trajectoire sur les planches.

 

 

La Reine de la Nuit (Marlène Assayag)

 

Palmes spéciales dans ce sens, au Papageno de Riccardo Novaro, bien chantant et clair dans chacune de ses scènettes ; héros par excellence malgré son profil plebeien, c’est lui qui évolue de façon exemplaire : du menteur filou, irresponsable et autocentré, l’oiseleur devient homme conscient de sa valeur et respectueux des autres : il mérite donc sa Papagena en fin de drame ; même à propos et tout en noblesse impériale, le Sarastro de Luigi De Donato, au timbre somptueux, fin et racé, puissant et grave, se distingue nettement : en lui s’incarnent les valeurs de respect et de fraternité, idéal humaniste qui sont au cœur de l’action. Peu à peu se précise le caractère sage et bienveillant du Vénérable en son Temple, protecteur lumineux pour Tamino et Pamina, dans leur rituel initiatique.

 

 

Sublime Pamina
de Norma Nahoun

Pamina justement rayonne littéralement grâce au chant fluide, fruité, agile de l’excellente soprano Norma Nahoun dont on ne cesse de suivre le parcours passionnant de production en production. Tous ses duos – parmi les plus bouleversants, dont le fameux  » Man und weib » [avec Papageno], touchent par leur sincérité et la finesse du chant.
À leurs côté aucun soliste ne démérite y compris les 3 Dames très bien appareillées et dont le jeu scénique lui aussi, reste engagé et continuement habité [Camille Poul, Reut Ventorero, Eleonore Gagey]. Comme les deux prêtres / hommes d’armes [Denis Boirayon et Cotentin Backès] qui accompagnent les deux âmes en cours d’initiation [Tamino et Papageno]. Le Tamino de Léo Vermot-Desroches est héroïque et ardent ; la Reine de la nuit de Marlène Assayag dont la [superbe] coiffe et la robe toute d’or à traîne, fait référence à la bonne fée de Delphine Serig dans Peau d’âne de Jacques Demy, réussit ses airs spectaculaires en particulier le 2e, manipulation vocale stratosphérique où la diablesse entend faire de sa fille, la meurtrière de Sarastro.

La 2ème partie [après l’entracte] met en avant l’excellence du chœur maison [Chœur lyrique Saint-Étienne Loire] : clair, précis, intense… C’est un modèle choral qui convainc de bout en bout.

La réalisation visuelle gagne en cohérence justement à l’acte II, avec ces grandes arches, leur structure métallique, qui selon la lumière, deviennent transparentes ; leur dessin classique et sobre, évoquant clairement le Temple, inscrit mieux l’action sur un plan métaphorique, celui spirituel propre à l’idéal des Lumières qui nourrit tout le livret et les airs originels. Photo ci contre : les 3 Dames.

Remarqué pour sa direction alerte et vive dans un Mozart précédent [L’Enlèvement au sérail dans l’excellente mise en scène esthétique et épurée de Jean-Christophe Mast, JUIN 2025 – LIRE notre critique complète : https://www.classiquenews.com/critique-opera-saint-etienne-le-17-juin-2025-mozart-lenlevement-au-serail-ruth-iniesta-marie-eve-munger-kaelig-boche-giuseppe-grazioli-jean-christophe-mast/], le chef principal, Giuseppe Grazioli, veille autant à la précision qu’à l’expressivité, sachant exploiter cet équilibre sonore naturel propre à la salle du grand Théâtre Massenet, – sauf les violons dans l’air des clochettes de Papageno, à la peine et pas très justes. Infime réserve face à une équipe complice et bien investie. Les spectateurs font un triomphe justifié aux interprètes. Encore 2 représentations incontournables : vendredi 14 (20 heures) et dimanche 16 novembre  2025 (15 heures). Toutes les infos sur le site de l’Opéra de Saint-Étienne :

 

Norma Nahoun / Luigi De Donato (Pamina et Sarastro, couple solaire)

 

___________________________
CRITIQUE, opéra. SAINT-ÉTIENNE, Opéra, le 12 nov 2025. MOZART : la Flûte enchantée. Norma Nahoun, Luigi De Donato,… Cédric Klapisch [mise en scène] / Giuseppe Grazioli [direction].

 

 

LIRE aussi notre présentation de La Flûte enchantée version Cédric Klapisch : https://www.classiquenews.com/opera-de-saint-etienne-mozart-la-flute-enchantee-les-12-14-16-nov-2025-giuseppe-grazioli-direction-cedric-klapisch-mise-en-scene/

 

 

TEASER VIDÉO
La Flûte enchantée par Cédric Klapisch (2023)

___________________________

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

ENTRETIEN avec le pianiste Jean-Nicolas DIATKINE, à propos de son nouveau récital à la Salle Cortot : Brahms, Beethoven, Schubert… [Paris, Salle Cortot, sam 29 nov 2025]

image_pdfTélécharger (.pdf)

Dim 29 novembre prochain, Salle Cortot, le pianiste Jean-Nicolas Diatkine propose un nouveau récital plus que prometteur : incontournable et captivant. Jamais à court d’une idée, d’une filiation artistique pertinente, l’interprète si convaincant chez Liszt ou Beethoven, éclaire ce qui relie Brahms à Schubert, sans rien masquer des tempêtes intérieures du grand Ludwig…

___________________________________

 

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Pourquoi avez vous choisi de débuter ce programme par cette Rhapsodie de Brahms? Quel est son caractère ? Qu’exprime t-elle ?

JEAN-NICOLAS DIATKINE : Brahms a été comme Beethoven conscient de son caractère de passeur, ce qui explique pourquoi sa très forte personnalité musicale ne l’ a pas entrainé vers un égotisme exacerbé, comme le montre son étude méticuleuse de la musique écrite avant lui, jusqu’au moyen-âge. De Même Beethoven s’était plongé dans le style grégorien avant d’écrire la Missa Solemnis. Lorsqu’il a pris connaissance des manuscrits laissés par Schubert, il a été bouleversé par l’idée que ce génie n’ait pas pu les faire éditer de son vivant. Il a donc décidé d’y remédier quarante ans après leur composition avec les trois Klavierstücke D.946 dont je joue le premier. Il ne s’arrêtera pas là, puisqu’en 1897 il présidera l’édition complète des œuvres de Schubert. Ayant moi-même travaillé l’interprétation avec un compositeur, j’ai pu mesurer la vision très particulière qu’un compositeur peut avoir sur un autre, et la lecture très fine sur les non-dits que ceux-ci relèvent dans les partitions. Alors, comment Brahms a-t-il perçu la musique de Schubert ? Cette question m’a fasciné.

En ce qui concerne la Rhapsodie, comme sa dédicataire Elisabeth von Herzogenberg, elle-même compositrice, j’y perçois un épisode d’un roman épique… cela pourrait bien faire référence à Siegfried au moment ou celui-ci reçoit de l’oiseau des révélations essentielles avant de tuer le dragon Fafner. À l’agonie celui-ci reprend alors sa forme de géant « humain » …Il me semble que les caractères évoqués dans cette pièce rendent cette interprétation possible, ainsi que la date de sa composition, trois ans après la création de l’opéra de Wagner à Bayreuth.

 

 

CLASSIQUENEWS : Qu’apporte la confrontation des deux Sonates de Beethoven avec les œuvres de Schubert ?

JEAN-NICOLAS DIATKINE : La Sonate « Pastorale » op.28 correspond à un tournant dans le style de Beethoven : elle succède à la dramatique Sonate op.27 et son premier mouvement évoquant une marche funèbre, où Beethoven enterre son amour déçu pour la princesse Guicciardi. L’extraordinaire vitalité de Beethoven lui permet de surmonter cette épreuve dans un mouvement de renaissance créative. La Sonate « Pastorale » explore en effet un monde nouveau, marqué par l’usage fréquent des extrêmes graves en même temps que les aigus, probablement à cause de sa surdité naissante qui le gênait pour percevoir les médiums. De ce handicap, Beethoven a fait une force : de là naît une impression d’espace en trois dimensions, avec l’apparition de sons et de mélodies « lointaines », particulièrement dans les 3e et 4e mouvements. Celles-ci viennent par opposition renforcer le caractère intime totalement dépourvu de théatralité que l’on observe dans l’andante. J’y trouve précisément un point commun avec la musique de Schubert. Au contraire, le torrent impétueux de l’Appassionata nous emmène dans le monde de l’action sur la scène de la réalité, au moyen d’une projection des sentiments sans aucune retenue. Ces deux mondes opposés se mettent merveilleusement en valeur en étant confrontés.

 

 

CLASSIQUENEWS : Vous avez intitulé le programme de l’ombre à la lumière. Pour quelles raisons ?

JEAN-NICOLAS DIATKINE : De son vivant, Schubert n’a pu faire éditer que quelques œuvres majeures, contre 193 danses de salon ! Ses éditeurs lui reprochaient non seulement la longueur effective de ses compositions, mais aussi ses extraordinaires digressions tonales, comme quelqu’un qui ne peut s’empêcher de vous raconter une nouvelle histoire au milieu de son récit, au point de s’y perdre pour mieux se retrouver. Face à un Beethoven déjà reconnu et venant de disparaître, les éditeurs avaient fait leur choix. Par exemple, ses impromptus op.90 lui ont été retournés par les éditions Schott avec ce mot : « Nous avons eu l’occasion d’envoyer d’ici à Paris les Impromptus (…) Ils nous ont été renvoyés avec l’observation que ces œuvres sont trop difficiles pour des petites choses et qu’elles ne trouveraient pas leur public en France. » Comme je l’évoquais plus haut, c’est grâce à des grands compositeurs comme Brahms que Schubert a été révélé bien après sa mort, sans oublier Schumann et bien sûr Liszt.

 

 

CLASSIQUENEWS : Comment s’inscrit ce nouveau programme à Cortot par rapport à vos précédents ? Que prolonge t il? Qu’ouvre t il comme nouvelles perspectives ?

JEAN-NICOLAS DIATKINE :
Une fois un programme donné en public et le plus souvent possible, j’aime aussi repartir de zéro, parce que le passé a disparu, et que je n’ai pas peur du vide. Je choisis aussi mon programme comme si c’était le dernier, ce qui m’amène à me lancer parfois un défi pour n’avoir aucun regret. C’est ma façon de renaître.

 

 

Propos recueillis en novembre 2025

 

 

 

 

 

concert

Récital Brahms, Beethoven, Schubert, dim 29 novembre 2025, 19h30, Paris, Salle Cortot.– LIRE notre presentation du concert : https://www.classiquenews.com/paris-salle-cortot-samedi-29-nov-2025-recital-jean-nicolas-diatkine-piano-beethoven-schubert-brahms/

_____________________________________________

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

OPERA JUNIOR (Montpellier) reçoit le Prix Liliane Bettencourt pour le chant choral en 2025

image_pdfTélécharger (.pdf)

Formation issue de l’Opéra Orchestre National Montpellier Occitanie, Opéra Junior est Lauréat du prix 2025 Liliane Bettencourt pour le chant choral. Décerné par l’Académie des Beaux-Arts (Paris), le prix sera remis le 19 novembre. 

 

Créé en 1990 par le compositeur franco-bulgare Vladimir Kojoukharov, Opéra Junior est aujourd’hui dirigé par Jérôme Pillement, chef d’orchestre.  Chaque saison, Opéra Junior initie et forme deux cents jeunes de 4 à 29 ans aux arts de la scène, en particulier au chant choral et à l’art lyrique. Encadrés par le chef de chœur Albert Alcaraz, ils sont accompagnés par une équipe de professionnels de la scène.

Récompensé pour sa qualité vocale, l’exigence de son répertoire, et la richesse pédagogique de ses projets, Opéra Junior ambitionne de poursuivre son développement au service d’une pratique artistique d’excellence. Valérie Chevalier, directrice de l’Opéra Orchestre national de Montpellier, salue « la force du chant choral, cette expérience unique où l’écoute, la coopération et la joie de créer ensemble nourrissent l’épanouissement et le lien social. »

En sus de ses participations aux saisons lyriques montpelliéraines  (La Bohème en 2024, Poil de carotte en 2019), Opéra Junior présente des productions dédiées. Celle des Aventures du roi Pausole d’Honegger (2022) précédait la création de Climat, signée de Russel Hepplewithe et d’Helen Eastman (2023). Laquelle prenait le combat écologique à bras-le-corps. Plus récemment, leur adaptation de Barbe-bleue d’Offenbach regroupait les adolescents et jeunes adultes de la structure. Durant cette saison 25-26, Opéra Junior fera découvrir la comédie musicale Magdalena d’Heitor Villa-Lobos, les 9 et 10 mai 2026, à l’Opéra-Comédie.

 

 

______________________________________
OPERA JUNIOR (Montpellier) reçoit le prix Liliane Bettencourt pour le chant choral en 2025

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

COLLEGE DES BERNARDINS, saison 2025 – 2026. Mozart : Intégrale des Symphonies, des Sonates pour piano, des Motets…

image_pdfTélécharger (.pdf)

Pour sa nouvelle saison 2025 – 2026, le Collège des Bernardins propose un cycle de concerts et d’événements exceptionnels autour de Wolfgang Amadeus MOZART. En complément de l’exposition immersive « Le Mystère Mozart », présentée depuis juin 2025, plusieurs intégrales sont annoncées pour la première fois à Paris : les 41 symphonies, les 18 sonates pour piano, les 12 motets – ainsi qu’un spectacle lyrique consacré à l’histoire de MOZART, à travers ses opéras.

 

 

Près de 50 concerts sont prévus de novembre 2025 à décembre 2026, proposant une vision ample de l’œuvre mozartienne, comprenant chefs-d’oeuvre connus ou plus confidentiels, avec à la clé la confirmation d’une inspiration géniale et aussi des révélations toujours parfois surprenantes.

Lieu de dialogue avec le monde, le Collège des Bernardins, depuis sa réouverture en 2008, vibre au son de la musique sacrée et profane. « La musique, expression du fort intérieur autant que langage universel, apporte un éclairage singulier sur l’homme dans toutes ses dimensions, à la fois sensible, culturelle et spirituelle. Elle l’interroge sur son propre mystère et occupe de ce fait une position centrale au Collège des
Bernardins ».

 

Les Bernardins
à l’heure mozartienne

Ainsi parmi de nombreuses œuvres désormais atemporelles et profondes, la nouvelle saison présente le Requiem, la Messe du Couronnement complétant l’intégrale Des motets. Le pape Benoît XVI lui-même, qui participa à l’inauguration du Collège
des Bernardins, disait de Mozart : « Chez Mozart, chaque chose est en parfaite
harmonie, chaque note, chaque phrase musicale est ainsi et ne pourrait être
autrement. […] Cela est un don de la Grâce de Dieu.»

 

 

Les Bernardins à l’heure mozartienne

Les Bernardins ouvrent grandes leurs portes, promettant la magie de la musique la plus inspirée qui soit ; en franchissant le seuil du site dont l’architecture remonte au Moyen-Âge, chaque visiteur peut ainsi (re)découvrir Mozart comme jamais : « Entre ses six et ses seize ans, Mozart parcourt le monde. Il est plongé – très jeune – dans l’univers politique, intellectuel et artistique de son époque. Il s’enivre de la richesse de ses rencontres, en capte les émotions et nous laisse en héritage une oeuvre dont le Collège des Bernardins souhaite restituer toute la beauté ».

De nombreux ateliers destinés aux jeunes publics, un accueil privilégié aux publics éloignés de la culture renforcent l’accessibilité de la programmation artistique et culturelle. Plus que jamais, Les Bernardins œuvrent pour la démocratisation de la musique, de l’art : la nouvelle saison 2025 – 2026 ne déroge pas à cette règle. Bien au contraire. Les œuvres de Mozart touchent à l’universel et l’expérience qui s’annonce, promet de somptueux instants de découverte et de partage.

 

 

LES TEMPS FORTS DE LA SAISON MOZART

D’octobre 2025 à décembre 2026, la saison Mozart permet de (ré)entendre de riches et multiples interprétations des oeuvres du compositeur : des oeuvres de jeunesse à celles de maturité, des moins connues aux chefs-d’oeuvres universels : symphonies, sonates, trios pour piano… l’éventail est large et permet d’éclairer entre autres, la relation de Mozart avec son père Léopold, comme la Symphonie des Jouets, un concerto pour piano emblématique, une sélection de quatuors à cordes ainsi qu’un récital voix et piano.

 

 

Parmi les interprètes invités pour cette aventure musicale mozartienne hors du commun : les pianistes Jean-Marc Luisada et David Fray, la scénographe Julie Depardieu, mais aussi Les Paladins, sous la direction de Jérôme Correas, l’Orchestre Idomeneo, sous la direction de Débora Waldman, le Quatuor Tchalik, l’Orchestre de la Garde républicaine, l’Ensemble vocal La Sportelle et bien d’autres…

Moment fort de la programmation, le spectacle lyrique « Mozart à travers ses opéras ». À travers des extraits de dix de ses opéras, une mise en scène de Julie Depardieu, sous la direction musicale de Jérôme Correas, questionne et éclaire la vie de Mozart, dans la nef du Collège des Bernardins. Tout un symbole pour cette saison musicale hors normes. En outre, le cycle comprend la représentation  » décapante  » : « Mozart on the Rocks » et un spectacle hybride entre musique et théâtre : « Mozart au Paradis » (texte de Fabrice Hadjadj lu par Philippe Chevallier, et le Trio Bagatelle) …

 

 

TOUTES LES INFOS, la billetterie, le détail des programmes, les distributions,…. sur le site du Collège des Bernardins :
https://www.collegedesbernardins.fr/

 

 

___________________________________________

 

Temps forts de la saison Mozart

 

 

Le Mystère Mozart, jusqu’au 4 janvier 2026
https://www.collegedesbernardins.fr/agenda/le-mystere-mozart-au-college-des-bernardins

 

Conférence : 14 janv 2026 / Mozart, l’œuvre sacrée : https://www.collegedesbernardins.fr/agenda/mozart-chretien-messe-du-couronnement

 

Requiem et Symphonie n°3
Mardi 2 décembre 2025, 20h
Concert complet
https://www.collegedesbernardins.fr/agenda/mozart-requiem-et-symphonie-n3

 

Mozart au Paradis
le 15 janvier 2026
Philippe Chevallier, issu du célèbre duo comique Chevallier & Laspalès, lit et commente avec espièglerie le texte profond et poétique du philosophe Fabrice Hadjadj. Sur un texte de Fabrice Hadjadj, plongez dans l’œuvre de Mozart et découvrez tout ce que la musique peut changer en nous. Un spectacle musical et philosophique, drôle et profond. Le Trio Bagatelle assurera les transitions musicales et jouera le deuxième des six trios pour violon, violoncelle et piano de Mozart, qui seront chacun interprétés au fil des représentations.
https://www.collegedesbernardins.fr/agenda/mozart-au-paradis-avec-philippe-chevallier

 

Mozart : Intégrale des Sonates pour piano
Jeudi 22 janvier 2026 – Sonates n°2, 4, 17 et 14 : concert complet
https://www.collegedesbernardins.fr/agenda/mozart-integrale-des-sonates-pour-piano-ndeg-2-4-17-et-14
Jodyline Gallavardin, piano

 

Mozart : Intégrale des Symphonies
Symphonies n°9, 34 et 40
ven 6 février 2026
https://www.collegedesbernardins.fr/agenda/mozart-symphonies-n9-34-et-40
Orchestre IDOMENEO / Débora Waldman, direction

 

Mozart : Intégrale des Symphonies
Symphonies n°1, 32, 35 et 36
sam 7 février 2026
https://www.collegedesbernardins.fr/agenda/mozart-symphonies-n1-32-35-36
Orchestre IDOMENEO / Débora Waldman, direction

 

Conférence, mercredi 11 mars 2026. MOZART, l’œuvre sacrée : le Requiem
https://www.collegedesbernardins.fr/agenda/mozart-chretien-requiem-86198

 

26 mars 2026
Mozart : Intégrale de l’œuvre pour piano à 4 mains
Duo Ondine (Clémentine Dubost et Juliette Aridon-Kociolek) : https://www.collegedesbernardins.fr/agenda/mozart-integrale-pour-piano-4-mains

 

Mozart : Intégrale des Symphonies
Jeudi 9 avril 2026 – Symphonies n°5, 10, 11, 17, 33
https://www.collegedesbernardins.fr/agenda/mozart-symphonies-n5-10-11-17-33
Mozart : Grande Partita
16 avril 2026
Sérénade n°10 dite Gran Partita
Ensemble d’Harmonie de la Garde Républicaine
https://www.collegedesbernardins.fr/agenda/mozart-gran-partita

 

Mozart : intégrale des Motets
Mardi 5 mai 2026 – Joël Soichez, orgue
Chœur d’Oratorio de Paris
Jennifer Courcier (soprano)
Frédéric Pineau, direction
https://www.collegedesbernardins.fr/agenda/mozart-integrale-des-motets

 

Mozart : les plus beaux quatuors
11 mai 2026
Quatuors K159, K465 & K589.
Quatuor Tchalik
https://www.collegedesbernardins.fr/agenda/mozart-les-plus-beaux-quatuors

 

Mozart : intégrale des Symphonies
12 mai 2026
n°18, 19 et 25
Orchestre IDOMENEO / Débora Waldman, direction
https://www.collegedesbernardins.fr/agenda/mozart-symphonies-n18-19-et-25

 

MOZART : Portrait de Mozart en 10 opéras
Mardi 19 mai 2025
Julie Depardieu, mise en scène
À travers les extraits les plus représentatifs des opéras de Mozart, de la première composition lyrique – le Devoir du premier commandement – à l’ultime Flûte Enchantée (1791), le spectacle propose un voyage onirique à travers les œuvres de jeunesse et celles de la maturité de Mozart, de Mithridate à la Reine de la Nuit, sans oublier Don Juan, Bastien et Bastienne, La Clémence de Titus, Les Noces de Figaro, la Reine de la Nuit … Dans une configuration immersive scénographiée par Julie Depardieu, les spectateurs découvrent aussi les jeunes talents du Conservatoire à rayonnement régional de Paris, sous la direction musicale de Jérôme Correas et de son ensemble Les Paladins dans la somptueuse nef du Collège des Bernardins.

https://www.collegedesbernardins.fr/agenda/mozart-et-caetera-portrait-lyrique-de-mozart-en-10-operas

 

MOZART : intégrale des instruments à vent
Mercredi 20 mai 2026
concert de midi, 12h30
musiciens de l’Orchestre d’Harmonie de la Garde républicaine
Intégrale des instruments à vent (suite du concert du 18 février 2026)
https://www.collegedesbernardins.fr/agenda/mozart-integrale-des-instruments-a-vent—partie-2

 

MOZART : Portrait de Mozart en 10 opéras
Mercredi 20 mai 2025, 20h
Julie Depardieu, mise en scène
https://www.collegedesbernardins.fr/agenda/mozart-et-caetera-portrait-lyrique-de-mozart-en-10-operas-2

 

Mardi 9 juin 2026
MOZART : Piano et mélodies avec David Fray, piano
Pour la Saison Mozart au Collège des Bernardins, David Fray explore l’art de la musique de chambre et accompagne le baryton Benjamin Appl dans un florilège de mélodies viennoises chères à Mozart. https://www.collegedesbernardins.fr/agenda/mozart-piano-et-melodies-avec-david-fray

 

Les 10 et 11 juin 2026
MOZART : Concerto pour piano  » Jeune homme  »
Orchestre Consuelo,
David Fray, piano et direction
https://www.collegedesbernardins.fr/agenda/mozart-concerto-pour-piano-jeunehomme-avec-david-fray

 

Mercredi 24 juin 2026
MOZART : intégrale des Sonates pour piano n°6, 9, 18
Le pianiste Alexander Paley interprète les sonates n°3, 6, 9 et 18
https://www.collegedesbernardins.fr/agenda/mozart-integrale-des-sonates-pour-piano-ndeg-3-6-9-18

 

______________________________________________

 

TOUTES LES INFOS, la billetterie, le détail des programmes, les distributions,…. sur le site du Collège des Bernardins :
https://www.collegedesbernardins.fr/

 

 

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE MONTE-CARLO. Dim 7 déc 2025 : PROKOFIEV, RACHMANINOV, CHOSTAKOVITCH… Seong-Jin CHO, piano / Kazuki YAMADA, direction

image_pdfTélécharger (.pdf)

L’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo poursuit sa nouvelle saison 2025-2026 sous la direction de son directeur musical Kazuki Yamada. Après un spectaculaire et bouleversant concert d’ouverture qui comprenait Saint-Saëns et Richard Strauss (lire notre critique du 21 septembre dernier), le concert de ce 7 déc, célèbre la passion et la ferveur de 3 compositeurs russes. De l’imagination sans limites du très romantique Rachmaninov (dont le piano sait exprimer la démesure de son clavier rhapsodique), aux vertiges faussement badins, subtilement doublés d’ironie à peine masquée, de la Symphonie n°9 de Chostakovitch, les instrumentistes doivent relever de multiples défis. Le programme présenté met en lumière toutes les ressources de l’Orchestre, à l’écoute du pianiste coréen Seong-Jin CHO (lauréat du Concours Chopin 2015), grand invité de cette nouvelle session, dans la Rhapsodie inclassable de Rachmaninov.

Photo : Kazuki Yamada © Sascha Gusov

 

 

SYMPHONIE n°9 de CHOSTAKOVITCH
Chostakovitch couvre tout le XXème, siècle d’horreur et de tensions fratricides, dans le pays, hors des frontières; siècle d’effroi et d’inquiétude panique dont il a ressenti très profondément les morsures dans sa chair et son esprit, lui qui fut interdit puis réhabilité d’une certaine façon (toujours ambivalente et trouble) par le régime stalinien. A 36 ans après le scandale de sa Lady Macbeth (si détesté par Staline, 1936), Chostakovitch est sacré génie symphoniste en Russie grâce à sa Symphonie n°7 « Stalingrad » qui célèbre avec un souffle sidérant et une humanité saisissante, la résistance du peuple contre l’armée nazie (1942). Acte musical, acte patriotique et… chef-d’oeuvre artistique indiscutable. Compositeur officiel, Chostakovitch essuie encore des revers quand Khrennikov en 1948 orchestre vis à vis des artistes une nouvelle purge « anti-formaliste ».
Le compositeur doit encore et toujours se dissimuler sous un masque de respectabilité soviétique et stalinienne… 15 Quatuors, 15 Symphonies (un défi lancé aux compositeurs classiques et romantiques, tous abonnés aux 9 opus, excepté peut-être Mahler qui laissa… une 10è Symphonie, certes inachevée), Chostakovitch développe un double langage, entre intériorité et déclaration directe, propice à séduire le régime tout en gardant un esprit clairvoyant et une conscience sans tâche.

 

UNE AUBADE QUI ÉNERVA STALINE…
LA SYMPHONIE N°9 de Chostakovitch marque l’évolution de la maturité, créée à Léningrad en 1945 (le 3 novembre), sous la baguette d’Evgueni Mravinski. Composée en août 1945, époque de résolution des guerres en Europe, la partition est la plus courte, la plus légère et curieusement la moins populaire du cycle des 15 Symphonies. 5 mouvements comme la 8è (allegro, moderato, presto, largo, allegretto): son efficacité, sa simplicité auraient là encore suscité la colère de Staline qui voulait une arche solennelle et triomphante. A la place de quoi, la tyran n’eut qu’une… aubade dont les temps forts demeurent surtout l’orientalisme (à la clarinette) du Moderato; les sonneries graves des trombones et le chant solistique du basson du Largo. La réduire à une oeuvre serait évidemment une erreur… tant Chostakovitch, maître des illusions sonores, s’ingénie à perdre l’auditeur dans des champs jamais clairement explicités.

 

 

RACHMANINOV
Rhapsodie sur un thème de Paganini opus 43. De la Révolution bolchévique de 1917 à sa mort en 1943, Rachmaninov ne crée que six partitions dont la Rhapsodie sur un thème de Paganini, créée le 7 novembre 1934 à Baltimore, avec le chef Leopold Stokowski pilotant le Philadelphia Orchestra.
Libre et inventive dans son écoulement formel, la partition affiche une tranquille modernité surtout un geste fluide et sans contrainte qui repousse les limites de l’exercice rhapsodique trouvant un équilibre idéal entre plan architectural qui préserve le déroulement dramaturgique, et la souple expression d’un flux musical quasi abstrait ou brillent qualités de timbre, couleurs, espace d’un clavier dont l’ampleur imaginative est … symphonique. Pour noyau et prétexte de ce délire poétique, le dernier des 24 Caprices pour violon seul de Paganini (1782-1840). Rachmaninov en déduit une éblouissante confession nostalgique. Le jeu sinueux très sensuel et brillant du clavier danse avec l’orchestre dans le l’énoncé superposé au motif de Paganini, du thème du Dies irae (fa-mi fa-ré-mi-do ré-ré) dans la 6ème variation puis la 10ème. C’est à la manière d’un De Falla (et son Amour Sorcier), une manière de cycle du feu, où l’écriture du piano crépite, s’enflamme, …Finesse et lyrisme, détail et puissance, le génie mélodique de Rachmaninov, affirme un panache étourdissant ; telle approche emporte toute la rhapsodie dans un bain organiquement continu, chaque séquence / variation se succédant à l’autre avec une évidente souplesse là encore.
Le scintillement debussyste et ravélien de la 11ème redouble d’éclats millimétrés, comme la frivolité ancien régime de la 12ème (menuet), avant le trait virtuose et percutant du piano répondant aux saillies sarcastiques de l’orchestre dans la 13ème, … façonne un jeu contrasté et tout en souplesse ; de même la parodie du Concerto de Tchaikovski (2ème mouvement) dans la 15ème y est subtilement énoncée elle aussi. Autre filiation qui enrichit encore ce jeu des styles qui se répondent de siècle en siècle. Mais rien n’égale la séduction dansante de la 18ème (faite par Rachmaninov  pour plaire à son impresario et lui donner le moyen de mieux « vendre » le style du compositeur pianiste qu’il défendait alors…). Le génie du pianiste compositeur intègre aussi l’humeur fantasque, l’idée du caprice, de la libre fantaisie liés au genre rhapsodique… ainsi cette conclusion imprévisible qui s’efface, fugitivement, dans une ultime mesure jouée piano. La liberté et la force évocatoire du jeu pianistique doivent trouver une démesure expressive, libre et suggestive. Un défi pour le soliste comme l’orchestre, inféodé aux fabuleuses couleurs de l’instrument mis en avant.

 

_________________________
Dimanche 7 décembre 2025, 18h
MONACO, Auditorium Rainier III
Concert symphonique
Kazuki Yamada, direction
Seong-Jin Cho, piano

 

RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo : https://opmc.mc/concert/k-yamada-s-j-cho/

Durée : 2h avec entracte
En prélude au concert, présentation des œuvres à 17h par André Peyrègne

 

Serge PROKOFIEV
Symphonie n°1 en ré majeur, op. 25 « Symphonie Classique »

Serge RACHMANINOFF
Rhapsodie sur un thème de Paganini, op. 43
Seong-Jin CHO, piano

 

Dmitri CHOSTAKOVITCH
Symphonie n°9

 

___________________________________

LIRE aussi notre critique du cocnert d’ouverture de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, cocnert d’ouverture [Saint-Saëns / Richard Strauss…] le 21 sept 2025 :

CRITIQUE, concert. ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE MONTE-CARLO, le 21 sept 2025. Concert d’ouverture. SAINT-SAËNS, R. STRAUSS. Pablo Ferrández (violoncelle), Kazuki Yamada (direction)

image_pdfTélécharger (.pdf)