jeudi 17 septembre 2026

CRITIQUE, opéra. MONACO, Salle Garnier, le 28 janvier 2026. GLUCK : Orphée et Eurydice. Carlo Vistoli, Melissa Petit, Madison Nonoa. Projections D. Wok / Les Musiciens du Prince, Gianluca Capuano (direction)

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André Peyrègne
André Peyrègne
André PEYREGNE est Président d’honneur de la Fédération Française d’Enseignement Artistique, Chroniqueur en Histoire et Musique de Nice-Matin, Collaborateur de Radio France et France Télévision et Ecrivain (son dernier livre paru : "Petites histoires féminines de la grande musique" - Editions Desclée de Brouwer)
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Cet Orphée et Eurydice de C. W. von Glück donné à l’Opéra de Monte-Carlo restera comme un moment de grâce dans la saison lyrique. Il y a un mot pour qualifier l’état dans lequel il nous met : le bonheur. Et comment se dit bonheur en allemand ? Glück ! Pourtant, les choses avaient mal commencé. Cecilia Bartoli, souffrante, avait dû renoncer à participer au spectacle dans lequel elle devait incarner Orphée. Elle fut remplacée par le contre-ténor italien Carlo Vistoli. Il s’avéra excellent, nous emporta par sa présence et son talent.

 

Souhaitons à Cecilia un prompt rétablissement : les caméras du monde entier l’attendent le 6 février pour la Cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques d’hiver, et le public monégasque la retrouvera trois jours plus tard dans Così fan tutte, accompagnée par l’Orchestre de l’Opéra de Vienne ! Carlo Vistoli, revenons à lui, nous charma d’un bout à l’autre la soirée. Sa voix claire, d’une souplesse féline, nous éblouissait et se pliait à toutes les inflexions du drame. Il était Orphée de tout son être, passant avec aisance de l’innocence à la fureur, de l’amour à l’abîme, de l’émerveillement à la détresse. Autour de lui, les deux autres personnages furent idéalement servis. Eurydice avait la voix veloutée de Mélissa Petit, valeur confirmée du chant français : timbre homogène, rondeur du son, belle incarnation de son personnage. Quant à l’Amour, Il apparut sous les traits et la voix de la délicieuse Madison Nonoa.

On s’incline devant l’orchestre des Musiciens du Prince-Monaco et leur chef Gianluca Capuano : ils nous ont éblouis. Leur performance fut musicale, certes, mais aussi physique. La veille encore, ils affrontaient les quatre heures de La Walkyrie, territoire peu familier pour eux. Et en ce soir d’Orphée, ils furent debout toute la soirée, alertes, ardents, sans la moindre trace de fatigue. On admirait leur cohésion dans les tempi, la netteté des phrasés, l’élégance du style, la fluidité des traits, mais aussi leur soin des nuances. Ah, ces imperceptibles pianissimi, suspendus comme un souffle, qui figeaient d’émotion la salle entière ! L’excellent chœur Il Canto di Orfeo prolongea la qualité des musiciens.

L’opéra était annoncé « mis en espace ». Ce fut bien davantage. Les musiciens occupaient le centre de la scène, autour duquel gravitaient les chanteurs. L’ensemble baignait dans les effets lumineux du spectaculaire dispositif Vidéo D-Wok, conçu par Davide Livermore pour La Walkyrie. Certains effets semblaient parfois s’éloigner du sens du drame ou de la musique. Qu’importe. Le regard, comme l’oreille, se laissa volontiers emporter. Et l’on sortit de là le cœur vibrant, avec cette sensation suprême de bonheur.

 

 

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CRITIQUE, opéra. MONACO, Salle Garnier, le 28 janvier 2026. GLUCK : Orphée et Eurydice. Carlo Vistoli, Melissa Petit, Madison Nonda. Projections D. Wok / Les Musiciens du Prince, Gianluca Capuano (direction). Crédit photo (c) Opéra de Monte-Carlo / Marco Borelli

 

 

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