mardi 22 septembre 2026

CRITIQUE, danse. LYON, Maison de la Danse, le 27 janvier 2026. « Midi-Minuit » par Thierry MALANDAIN et le Malandain Ballet Biarritz

A lire aussi
Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
image_pdfTélécharger (.pdf)

Hier 27 janvier (et jusqu’au au 4 février), la Maison de la Danse de Lyon a accueilli l’un de ses fidèles les plus chers pour une soirée d’adieu placée sous le signe de l’excellence et de l’émotion. Avec Midi-Minuit, Thierry Malandain et son Malandain Ballet Biarritz ont offert un programme somptueux, véritable voyage dans le temps et dans l’âme d’un chorégraphe qui a su réinventer le langage classique.

 

Ce spectacle en trois actes est un cadeau fait au public lyonnais. Il retrace avec élégance trente années de carrière d’un maître du néo-classique, qui puisera jusqu’au bout dans l’héritage du ballet pour le projeter vers une modernité lumineuse. La complicité entre la compagnie et la Maison de la Danse est palpable, rendant cette série de représentations particulièrement vibrante. Le voyage commence à Midi pile, sur le Concerto pour deux pianos en ré mineur de Francis Poulenc. C’est un véritable éclat de joie qui irradie la scène. Les danseurs jaillissent d’un rideau de lattes argentées, bras tendus à l’horizontale, et insufflent à l’espace une légèreté enivrante. Ce ballet, créé en 1995, conserve une fraîcheur et une vitalité intemporelles. On est happé par la précision des ensembles, la beauté des lignes et ce dialogue jubilatoire entre la danse, ludique et virtuose, et la musique de Poulenc. C’est un hommage au soleil, à la jeunesse, à l’énergie créatrice pure.

La seconde partie change radicalement d’atmosphère avec Le Boléro de Maurice Ravel. Là où d’autres chorégraphes ont exploré la dimension érotique de cette musique obsédante, Thierry Malandain en propose une lecture plus conceptuelle, axée sur la question de la liberté. Dans un espace scénique réduit et confiné, douze danseurs sont comme enfermés dans un carré de lumière. Leurs gestes sont mécaniques, hypnotiques, scandant la montée inexorable de l’orchestre. La raideur des corps, la répétition implacable des motifs, tout contribue à créer une tension insoutenable. Le final, où les interprètes s’échappent de leur prison lumineuse pour se retrouver prisonniers de la scène, produit un effet saisissant. Cette vision puissante et dépouillée marque les esprits par son intensité et son originalité.

 

 

Enfin, la soirée s’achève sur une création, Minuit et demi, ou le cœur mystérieux, qui est aussi un ultime chef-d’œuvre. Sur des Mélodies de Camille Saint-Saëns, le ballet explore la face cachée de l’art de Malandain. Vêtus de grands manteaux noirs pour la célèbre Danse macabre, les danseurs évoluent d’abord dans une atmosphère crépusculaire, presque liturgique. Puis, au fil des mélodies, la palette s’éclaire, les manteaux tombent pour révéler des justaucorps bleu ciel qui transforment la nuit en une aube poétique. C’est une pièce d’une magnifique subtilité, qui alterne pas de deux intimes, quatuors ciselés et grands ensembles lyriques. L’on pense parfois à la rigueur brio d’un Forsythe, mais l’âme du ballet, sa ligne pure et sa générosité, reste profondément malandainienne.

Avec Midi-Minuit, Thierry Malandain signe un adieu mémorable à la Maison de la Danse. Ce triptyque est comme une déclaration d’amour à la danse classique, à la musique française et au public lyonnais. La compagnie, par sa cohésion et sa virtuosité, porte avec un bonheur contagieux la vision humaniste et exigeante de son directeur. Un spectacle inoubliable, qui confirme la place unique du Malandain Ballet Biarritz dans le paysage chorégraphique français.

 

______________________________________
CRITIQUE, danse. LYON, Maison de la Danse, le 27 janvier 2026. « Midi-Minuit » par Thierry MALANDAIN et le Malandain Ballet Biarritz. Crédit photographique (c) Olivier Houaix

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)
Derniers articles

OPÉRA ROYAL DE VERSAILLES. SALIERI : Tarare (1787), 10 – 18 octobre 2026. Reinoud Van Mechelen, Éléonore Pancrazi… Les Talens Lyriques, Christophe Rousset

L’Opéra Royal de Versailles souligne le génie de Salieri, dont l’opéra Tarare, joyau traversé par l’esprit des Lumières, et...

Découvrez d'autres articles similaires

- Espace publicitaire -spot_img