samedi 10 octobre 2026

CRITIQUE, opéra. LONDRES, Royal Opera House, le 23 janvier 2026. VERDI : La Traviata. E. Jaho, G. Sala, A. Isaev… Richard Eyre / Antonello Manacorda

A lire aussi
Brigitte Maroillat
Brigitte Maroillat
De formation juridique, et passionnée de musique et d’opéra depuis l’adolescence, Brigitte Maroillat a collaboré à Opera Online en 2017/2018 puis à Forumopera.com de 2018 à 2024 avant de rejoindre ClassiqueNews. Elle est aussi administratrice de la page Facebook du baryton-basse José van Dam.
image_pdfTélécharger (.pdf)

C’est dans une parure somptueuse que La Traviata de Giuseppe Verdi s’est donnée à voir sur la scène de la Royal Opera House vendredi soir. Le remarquable travail scénique de Richard Eyre, au classicisme flamboyant, nous fait oublier toutes les incongruités scéniques si communément rependues dans tous les théâtres du monde. La mise en scène d’Eyre n’est sans doute pas la plus novatrice, mais elle est limpide et d’un effet théâtrale inoubliable. On comprend alors aisément pourquoi elle est devenue un classique si apprécié. 

 

D’actes en actes, ce sont des peintures vivantes qui s’animent sous nos yeux. La beauté et la puissance picturales de la proposition de Richard Eyre nous saisit toujours d’émerveillement notamment quand le rideau de lève à l’acte III sur le salon rouge écarlate rappelant tant les passions de Violette que la maladie qui la ronge. Le tout est rehaussé par une direction d’acteurs impeccable, les mouvements et postures des solistes et du chœur épousant à la perfection la musique.  

Ermonela Jaho porte sublimement la fêlure secrète et les blessures intimes des âmes abîmées. Et force est de constater que Violetta coule dans ses veines.  Dans les passages les plus poignants, la soprano sait faire montre d’un art consommé des piani et le legato est chez elle prodigieux notamment dans « Dite alle giovine » à l’acte II.  L’artiste se distingue, non pas par la puissance de sa voix, mais par son sens inné des nuances et de la subtilité, qui fige le public dans un frisson intense. Son duo avec Giovanni Sala, « Un dì, felice, eterea », est la définition même de l’amour vibrant. La scène finale, derniers instants de l’héroïne dans une chambre meublée d’un immense vide, image pathétique d’une déchéance sociale annoncée, est un point culminant du spectacle. Il faut entendre Ermonela Jaho dans « Addio del passato » et lire ensuite la lettre, pour comprendre toute l’incandescence de son incarnation. Son étreinte finale avec Alfredo est un moment d’une émotion à fleur de peau. La soprano est toujours au sommet de son art et c’est un immense privilège de l’entendre encore à ce niveau aujourd’hui.

 

 

En Alfredo, le vaillant ténor Giovanni Sala, est une révélation. Il fait en effet des débuts remarqués sur la scène due la Royal Opera House. Certes, au premier acte, la voix manque d’amplitude, mais au deuxième acte, son « Dei Miei bollenti spiriti » emporte l’adhésion notamment dans la cabalette chantée avec l’urgence dramatiquement nécessaire. Mais surtout dans la seconde partie de l’acte et dans le troisième que le chanteur convainc pleinement. La voix est belle et repose sur une riche palette de couleurs. Il y a beaucoup d’élégance dans cet Alfredo. Ce qui détonne mais aussi enchante. Dans la caractérisation du personnage, Giovanni Sala livre une juste incarnation d’un jeune homme épris qui ignore tout de ce qui l’attend. Dans le rôle de Germont, Aleksei Isaev déploie un baryton suave et puissant. Il est un solide antagoniste de Violetta à l’acte II, et sa confrontation avec Ermonela Jaho est d’une rare intensité dramatique. Les comprimari sont tous excellents, avec une mention spéciale pour Veena Akama-Makia dans le rôle de servante Annina, Ellen Pearson dans celui de Flora, et Sam Hird dans celui du baron Douphol. Tous trois font preuve d’un bel engagement et d’une présence scénique qui confère à leurs personnages de second plan un écrin précieux pour exister et briller.

Tout aussi remarquable est la direction d’Antonello Manacorda, dont les tenuti et la dynamique indispensables au souffle verdien nous emportent dès les premières mesures. L’Orchestre de la Royal Opera House a répondu à sa direction avec une intensité poignante, mêlant désespoir et éclat avec une égale beauté, tandis que le chœur de William Spaulding, impressionnant de charisme, remplit pleinement son rôle de protagoniste à part entière dans l’acte I et l’acte III. 

A l’issue d’une telle représentation, il n’est guère aisé de s’extirper de cette déflagration d’émotions, et ce d’autant plus quand les douleurs lancinantes d’un personnage sont portées au sublime par une interprète. Il fallait être à Londres pour écouter cette Traviata et heureusement « nous y étions« …

 

 

________________________________________________
CRITIQUE, opéra. LONDRES, Royal Opera House, le 23 janvier 2026. VERDI : La Traviata. E. Jaho, G. Sala, A. Isaev… Richard Eyre / Antonello Manacorda. Crédit photographique (c) Pamela Raith / ROH.

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)
Derniers articles

CRITIQUE, opéra. OPÉRA DE RENNES, le 7 octobre 2026. MASSENET : Werther. Julien Behr, Lucie Peyramaure… Orchestre National de Bretagne, Chloé Durfresne / Ted...

La plus grande réussite de cette production de Werther de Jules Massenet est sa conception éminemment théâtrale qui rappelle...

Découvrez d'autres articles similaires

- Espace publicitaire -spot_img