mercredi 14 octobre 2026
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OPÉRA DE SAINT-ÉTIENNE. OFFENBACH : La Périchole. Mer 31 déc 2025, ven 2, dim 4 janv 2026. Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, Kaëlig Boché… Jean-Christophe Mast (mise en scène) / Laurent Touche (direction)

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L’Opéra de SAINT-ÉTIENNE renoue avec la grâce de la verve parisienne… la plus raffinée, la plus nuancée, celle du Mozart des boulevards, l’inimitable Jacques Offenbach. Son opéra bouffe, La Périchole créé en 1868, demeure une perle lyrique de la société des plaisirs et du divertissement bourgeois, ceux d’un Second Empire, spectaculaire, éclatant, un rien décadent…

 

 

DÉGRISEMENT IRRÉSISTIBLE

Mais que cherche Don Andres de Ribeira? Il aime s’encanailler incognito en cherchant les petites femmes… Le vice-roi du Pérou tombe sur La Périchole, chanteuse de rue, qui traîne affamée de place en place sans jamais manger à sa faim… Subjugué par la beauté de la nymphe urbaine, le souverain l’emmène à sa Cour tout en la mariant au comte de Tabago… pour sauver les apparences.
L’intrigue est mince mais le délire de la musique sans limite et la facétie d’Offenbach y atteignent musicalement un foisonnement de mélodies et de climats poétiques qui annoncent ses Contes d’Hoffmann et aussi la Carmen de Bizet. Il est vrai que les deux librettistes convoqués pour La Périchole (Ludovic Halévy et Henri Meilhac) concevront justement peu de temps après, Carmen. De sorte que l’une annonce l’autre… Il y a déjà un peu de la gitane dans cette péruvienne au charme irrésistible…

 

MIROIR SOCIAL INCISIF…
Ce qui fait le succès incroyable des plus grands ouvrages d’Offenbach, depuis leur apparition sur scène sous le Second Empire et au début de la IIIème République, c’est le mélange idéal entre une musique d’une efficacité redoutable et des livrets dont la verdeur et la satire ont gardé toute leur causticité mordante. Le plus réjouissant, et le plus juste d’ailleurs, étant que tout le monde en prend pour son grade, et c’est pour cela que tous rient : le peuple ivrogne et cupide, les courtisans vils et lâches, les puissants aveuglés par leur orgueil et leur bêtise, jusqu’aux deux héros, artistes discutables et amants peu scrupuleux, desquels chacun de nous peut rire d’autant plus fort qu’il s’y identifiera peut-être davantage…
Nous avons confié la mise en scène, les décors et les costumes au duo de L’Enlèvement au sérail programmé en juin 2025, Jean-Christophe Mast et Jérôme Bourdin. 
Le tempérament comique du ténor Kaëlig Boché (déjà applaudi sur la scène stéphanoise dans le rôle tout aussi facétieux de Pedrillo dans l’Enlèvement au sérail sur les mêmes planches) en fera un Piquillo irrésistible, tandis que la mezzo-soprano Marie-Andrée Bouchard-Lesieur (de la Nouvelle troupe Favart de l’Opéra-Comique), incarnera une Périchole « ardente et magnifiquement lyrique ». Le chef Laurent Touche, grand connaisseur du répertoire lyrique français léger, dirige l’orchestre et le choeur maison (l’Orchestre Symphonique Saint-Étienne Loire et le Choeur Lyrique Saint-Étienne Loire) … pour une production du Nouvel An particulièrement prometteuse.

 

SAINT-ÉTIENNE, Grand Théâtre Massenet
Jacques Offenbach : La Périchole
Opéra bouffe en 3 actes et 4 tableaux
Livret de Ludovic Halévy et Henri Meilhac, crée le 6 octobre 1868 au Théâtre des Variétés à Paris.
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3 représentations événements
Nouvelle production
Mercredi 31 déc. 2025 : 19h
Vendredi 2 janv. 2026 : 20h
Dimanche 4 janv. 2026 : 15h
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’Opéra de Saint-Étienne : https://opera.saint-etienne.fr/otse/saison-25-26/spectacles//type-lyrique/la-perichole/s-874/
Durée 2h45 environ,
entracte compris
Chanté en français – surtitré en français

 

 

distribution

La Périchole : Marie-Andrée Bouchard-Lesieur
Piquillo : Kaëlig Boché
Don Andrès de Ribeira,Vice-roi : Florent Karrer
Don Miguel de Panatellas : Flannan Obé
Don Pedro de Hinoyosa : Jean-Gabriel Saint-Martin
Guadalena, Manuelita : Amandine Ammirati
Berginella, Frasquinella : Mathilde Lemaire
Mastrilla, Brambilla : Aliénor Feix
Le marquis de Tarapote, le vieux prisonnier : Jean-Claude Calon

Orchestre Symphonique Saint-Étienne Loire
Choeur Lyrique Saint-Étienne Loire
Nouvelle production de l’Opéra de Saint-Étienne

Direction musicale : Laurent Touche
Mise en scène : Jean-Christophe Mast

Décors et costumes réalisés par
les ateliers de l’Opéra de Saint-Étienne

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COMPIEGNE, Espace Jean Legendre. Ballet, LE ROI ET L’OISEAU, mercredi 7 janv 2026. Compagnie (1)promptu, Émilie Lalande (création)

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Créée en 2013 par Émilie Lalande, la Compagnie (1)Promptu voit le jour lors du concours chorégraphique « les HiverÔclites » du CDCN d’Avignon. En produisant sa première pièce « Préquelle », la compagnie obtient alors le Prix du jury. En résidence aux Théâtres de Compiègne, (1)promptu présente à Compiègne, sa propre adaptation chorégraphique du film d’animation de Paul Grimault et Jacques Prévert, Le Roi et l’Oiseau : un nouveau ballet, présenté en création.

 

 

Qui a oublié après avoir vu le film devenu mythique, la fameux quatuor si poétique composé par le roi, l’oiseau, la bergère et le petit ramoneur… Après Le Carnaval des Animaux… ou encore Pierre & le Loup, Émilie Lalande et sa compagnie (désormais en résidence à l’Espace Jean Legendre), s’emparent de l’un des plus beaux films d’animation qui inspire un chorégraphie poétique et musicale, – pour les enfants comme les adultes !

 

 

 

Dans le royaume de Takicardie…

règne un roi tyrannique, le terrible Charles V et Trois font Huit et Huit font Seize qui veut épouser une jeune bergère, … elle-même amoureuse d’un ramoneur. Au sein de cet empire aux styles architecturaux infinis paraissent à leurs côtés, une galerie de créatures impressionnantes : oiseau facétieux, statues animées, immense robot terrifiant et destructeur. L’oeuvre de Grimault, sublimée par les textes somptueux de Prévert et la musique signée Kilar, reste encore aujourd’hui l’un des plus beaux contes offerts par le septième art.
De cette fable singulière, Émilie Lalande aborde les thèmes de la liberté, de l’amour, mais aussi de l’oppression. La mise scène composée d’escaliers et de drapés, joue sur les échelles de grandeurs, embarque dans l’immensité du château et la mégalomanie de son autocrate. La danse éclaire le relief des personnages, leur trait de caractère et les textes de Prévert. La chorégraphe sait aussi puiser dans le conte originel d’Andersen, La Bergère et le Ramoneur, des éléments propres qui viennent encore enrichir sa vision spécifique. Un spectacle déborde de sentiments, de grâce, c’est un hymne poétique criant de liberté …

 

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COMPIEGNE, Espace Jean Legendre
Mercredi 7 janvier 2026, 16h
Ballet
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site des théâtres de Compiègne : https://www.theatresdecompiegne.com/le-roi-et-l-oiseau-612
Dès 5 ans – 55 mn
Le Roi et l’oiseau
D’après le film de Paul Grimault
 / Texte : Jacques Prévert
 / Musique : Wojciech Kilar et Joseph Kosma

 

 

distribution
Chorégraphie et mise en scène : Émilie Lalande*
Création lumières : Jean-Bastien Nehr
Scénographie : Émilie Lalande, Maël Darquey et Rafaël Talva
Costumes : Marie Hayer, Marie Verhnes et Émilie Lalande
Direction technique : Aline Tyranowicz
Production et diffusion : Mercedes Perez, Brunelle Moreau

Avec les danseurs :
Marius Delcourt, Laurent Le Gall, Jean-Charles Jousni, Baptiste Martinez, Anaïs Pensé, Angélique Spiliopoulos
*La Compagnie (1)Promptu est en résidence aux
Théâtres de Compiègne

 

VISITEZ aussi le site de la Compagnie de danse (1)promptu : https://www.1promptu.fr/

 

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CRITIQUE, concert. PORTO, Casa da Musica (Sala Suggia), le 5 décembre 2025. WAGNER / HENZE / BRAHMS. Paulo Alvares (piano), Orchestre Symphonique « Casa da Musica » de Porto, Stefan Blunier (direction)

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Ce vendredi 5 décembre, la Casa da Música de Porto, cet emblème architectural futuriste conçu par Rem Koolhaas, a une fois de plus offert l’écrin parfait pour une soirée symphonique d’une intensité remarquable. Construite à l’occasion de Porto Capitale Européenne de la Culture en 2001, cette “météorite” de béton blanc et de verre se dresse fièrement sur la Rotunda da Boavista, projetant une lumière nouvelle sur la ville. Son auditorium principal, aux parois de verre ondulé, offre une expérience acoustique d’exception tout en intégrant symboliquement le paysage urbain au spectacle.

 

Mais hier soir, l’ovni architectural n’était pas seulement un décor, il était l’acteur silencieux d’un programme audacieux allant de Wagner à Brahms, sous la direction du chef principal de l’Orchestre Symphonique de Porto, Stefan Blunier. La soirée s’ouvrait en effet sur un diptyque wagnérien fascinant, explorant deux visages du mythe de Tristan et Isolde. D’abord, l’auditoire a pu entendre le Prélude du 3ᵉ Acte de Tristan und Isolde de Richard Wagner, dans lequel Stefan Blunier a su capturer l’essence même du désir et de la mort qui hante l’opéra. L’orchestre a magistralement dépeint la désolation de Tristan mourant, avec un solo de cor anglais d’une profonde mélancolie, qui a su émouvoir la salle, tandis que sans transition ni pause, sur ses derniers accords est venu s’enchaîner l’étonnant Tristan, pour orchestre, piano et bande magnétique (1974) du compositeur allemand Heinz Werner Henze. Dans un contraste saisissant, le pianiste brésilien Paulo Alvares a rejoint alors la phalange portuane pour une plongée expérimentale. Cette œuvre rare crée un dialogue fascinant et parfois troublant entre la puissance symphonique traditionnelle, le jeu pianistique acéré du piano et les textures électroniques de la bande magnétique. Cette interprétation a brillamment mis en lumière la modernité intemporelle du mythe, prouvant que la passion dévastatrice de Tristan peut aussi s’exprimer à travers les langages artistiques du XXᵉ siècle.

La seconde partie de la soirée fut entièrement dédiée à la Symphonie n°1 en ut mineur, op. 68 de Johannes Brahms. Sous la baguette à la fois fervente et rigoureuse de Stefan Blunier, l’Orchestre Symphonique de Porto a offert une lecture magistrale de cette œuvre monumentale : quelle force tellurique dès les premiers accords ! Sous la baguette de Blunier, l’introduction fut un orage de passions contenu, avec des timbales qui roulaient comme un destin inexorable. Puis l’Allegro a jailli avec une énergie fougueuse et une clarté absolue. Le chef a sculpté chaque ligne, permettant à la tension dramatique de monter par vagues successives jusqu’à une réexposition d’une puissance à couper le souffle. L’ombre de Beethoven planait, mais transcendée par une ferveur toute brahmsienne. Puis, l‘Andante sostenuto s’est élevé comme une longue, tendre et inoubliable mélodie. Les cordes ont chanté avec un lyrisme d’une chaleur et d’une profondeur rares, portées par un legato parfait. Les solos de violon et de hautbois étaient des confidences à peine murmurées, empreintes d’une nostalgie noble. Blunier a su ici révéler toute la poésie intime de Brahms, dans un moment de pure grâce. Dans le Poco allegretto, l’orchestre a déployé une grâce souriante et mélancolique. Le dialogue entre les clarinettes et les bois était d’une délicatesse aérienne, comme une danse légère sur un fond de tendre tristesse. Le phrasé était d’une élégance et d’une fluidité remarquables, offrant un moment de respiration lumineuse et raffinée avant l’ultime combat. Et puis vint le Finale monumental ! L’introduction adagio, sombre et tourmentée, a créé un suspense presque insoutenable. Soudain, l’appel de cor, rayonnant et pur, a percé les ténèbres comme une promesse de victoire. Le choral qui suit fut d’une solennité grandiose, prélude à l’explosion du thème triomphal. Là, Blunier a lâché toutes les forces : le tutti orchestral fut éclatant, puissant, d’une joie irrésistible. Le finale s’est achevé dans une allégorie sonore d’une victoire chèrement acquise, laissant la salle sous le choc et transportée.

Cette soirée exceptionnelle marquait aussi symboliquement la fin d’un chapitre pour la Casa da Música. Le 1er janvier 2026, le Français François Bou (jusqu’alors directeur artistique de l’Orchestre National de Lille) prendra ses fonctions en tant que nouveau directeur artistique de la Casa da Musica, succédant à António Jorge Pacheco. Sa première programmation – déjà en ligne et qui court jusqu’au 31 décembre 2026 ! – s’articule autour du thème « Racines / Résonances ». Ce concept explore la manière dont les traditions populaires et le patrimoine inspirent les créations nouvelles, des Bachianas Brasileiras de Villa-Lobos aux œuvres de Bartók ou Stravinsky. Avec sa programmation 2026 audacieuse, cette institution unique entreprend un nouveau voyage passionnant. Une chose est sûre : à Porto, la musique n’a pas fini de résonner et de surprendre !

 

 

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CRITIQUE, concert. PORTO, Casa da Musica, le 5 décembre 2025. WAGNER / HENZE / BRAHMS. Paulo Alvares (piano), Orchestre Symphonique « Casa da Musica » de Porto, Stefan Blunier (direction). Crédit photo (c) Emmanuel Andrieu

 

 

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CHAPELLE ROYALE DE VERSAILLES : Concerts de Noël – les 12, 14, 17, 20 et 21 décembre 2025. JS Bach, Magnificat, MA Charpentier, Haendel…

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Une série exceptionnelle s’annonce au Château de Versailles dans l’écrin majestueux et spectaculaire de la Chapelle Royale. Les marbres et l’or de l’écrin majestueux, – dernier chantier édifié par Louis XIV pour son château -, s’accordent ainsi à 4 programmes incontournables… qui démontrent entre autres la diversité exaltante des interprètes et ensembles baroques conviés, dont évidemment les troupes maison, le Chœur et l’Orchestre de l’Opéra Royal (pour Le Messie de Haendel les 20 et 21 décembre prochains)… Magnificat de Bach par Dumestre, Célébration natale par Gardiner, Chants de Noël de Marc-Antoine Charpentier par l’Ensemble Marguerite Louise, enfin, déjà cité, l’éblouissant Messie de Haendel s’invitent en ce mois de décembre… cycle événement à la Chapelle Royale de Versailles.

 

TOUTES LES INFOS sur le site de Château de Versailles Spectacles : https://www.operaroyal-versailles.fr/genre-event/noel-a-la-chapelle-royale/

 

 

 

 

 

NOËL à Versailles
4 programmes événements

 

BACH : MAGNIFICAT
Vendredi 12 décembre 2025, 20h [1h15]
Le Poème Harmonique \ Vincent Dumestre

Décembre 1723. Johann Sebastian Bach vient de prendre ses fonctions de cantor à Saint-Thomas, et fête son premier hiver à Leipzig. Pour ce 25 décembre, il compose alors la première version de ce qui va devenir l’un de ses plus célèbres chefs-d’œuvre : son Magnificat. Quelques 400 ans plus tard, le déroulement de ces vêpres qui ont enchantées la Nikolaikirche au jour de Noël est retracé par Vincent Dumestre, à l’image de ce que souhaitait le Cantor légendaire : Bach y faisait découvrir au public de Leipzig des œuvres nouvelles de sa plume, comme sa version originale du Magnificat composée pour l’occasion, ou la cantate « Christen, ätzet diesen Tag » BWV 63. Mais il les conjuguait en perpétuant la longue tradition des cantors de Leipzig, insérant ces œuvres nouvelles parmi les motets, chorals ou hymnes qui figuraient dans le recueil « Florilegium Portense », arrangés et édités par Erhard Bodenschatz – un siècle plus tôt ! – ou le Gesangbuch de Gottfried Vopelius. Et pour clore ces vêpres en cette fin d’après-midi du 25 décembre 1723, on entonnait l’hymne « Gott sei uns gnädig und barmherzig » –, aussi simple que bouleversant, en épilogue de la toute première apparition du Magnificat, chef-d’œuvre qui résonne encore de nos jours sur toutes les scènes.

Infos et réservations : https://www.operaroyal-versailles.fr/event/bach-magnificat/

Distribution
Charlotte La Trope, soprano
Perrine Deville rs,  soprano
William Shelton, contre-ténor
Hugo Hymas, ténor
Victor Sicard,  baryton

Le Poème Harmonique
Vincent Dumestre,  direction
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CHRISTMAS
Dimanche 14 décembre 2025, 19h [1h20]
John Eliot Gardiner

« Once As I Remember » est basé sur la recréation par John Eliot Gardiner de l’Histoire de Noël à partir des anciens spectacles de Noël à Springhead, la maison de la famille Gardiner à Fontmell Magna, dans le Dorset. Le chef auquel nous devons tant de recréations historiquement informées bouleverse dans ce spectacle de la Nativité composé de musique, de discours, de danses et de mimes qui avait lieu presque chaque année à Noël dans la salle du moulin de Springhead…

Œuvres de William Byrd, Claudio Monteverdi, Orlando Gibbons, Henry Purcell, John Dowland, John Taverner, Heinrich Schütz, Thomas Tallis et Pieterszoon Sweelinck.

The Constellation Choir and Orchestra
John Eliot Gardiner, direction

L’ANNONCIATION
Robert Cowper (1465-1540) : Gloria in excelsis
This is the month…
Anonyme : Angelus ad virginem
That glorious form…
Giovanni Pierluigi da Palestrina (1525-1594) : Alma redemptoris mater
It was the winter wild…
Anonyme : Gabriel’s message (Chant de Noël basque)
But he, her fears to cease…
L’APPARITION DES ANGES AUX BERGERS
Giovanni Bassano (1561-1617) : Hodie Christus natus est
The shepherds on the lawn…
Anonyme : Jolly shepherd
Anonyme : Past Three a Clock
The stars with deep amaze…
Jan Pieterszoon Sweelinck (1562-1621) : Hodie Christus natus est
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CHARPENTIER : MESSE DE MINUIT
Mercredi 17 décembre 2025, 20h [1h15]
Ensemble Marguerite Louise
Gaétan Jarry, direction

Dans le temps religieux de Louis XIV, la période de Pâques était la plus importante pour la piété de toute la société. Mais la période de Noël prit une importance croissante, au point de se voir attribuer une seconde place dans le cœur des fidèles. Sont dédiées ainsi des partitions spécifiques aux temps de l’Avent et de la Nativité, utilisant force mélodies populaires, et faisant taire l’orgue du premier dimanche de l’Avent jusqu’à Noël, où il ressurgit avec vigueur pour interpréter les fameux Noëls variés.
Si Marc-Antoine Charpentier a retrouvé le chemin de la postérité avec le générique initiale de son Te Deum, sa Messe de minuit est aussi fameuse à juste titre. Elle invite à se replonger dans un monde musical où les traditions savante et populaire ne sont pas opposées, bien au contraire : tout l’art et la science de Charpentier s’illustrent dans cette invitation des chants traditionnels de noël au sein d’une messe composée vers 1690 pour la Nuit de Noël. Ces mélodies familières à tous, paysans comme gentilshommes, qui les reconnaissaient, imbriquées au sein d’un subtil contrepoint et d’une harmonie renouvelée, enrichies de parties orchestrales. Le plaisir de la musique est offert à chacun : de reconnaître un air connu, ou d’en saisir l’extraordinaire agencement. La simplicité des chants originaux donne également à toute la messe une candeur et une simplicité qui parlait alors de façon universelle. CD disponible dans la collection Château de Versailles Spectacles.

Infos et réservations :
https://www.operaroyal-versailles.fr/event/charpentier-messe-de-minuit/
Distribution
Caroline Arnaud, dessus
Romain Champion, haute-contre
Mathias Vidal, taille
David Witczak, basse
Ensemble Marguerite Louise
Gaétan Jarry, direction
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HAENDEL : LE MESSIE
Samedi 20 et dimanche 21 décembre 2025
Chœur et Orchestre de l’Opéra Royal
Théotime Langlois de Swarte, direction

Sommet de la pensée musicale de Haendel, l’oratorio (en anglais) Le Messie est une œuvre dont la renommée dépasse toute autre. Cet oratorio donné en première à Dublin en 1742 connut un succès retentissant dès sa création : la demande de billets fut telle que l’on dut demander aux messieurs de « renoncer à porter leur épée » et aux dames de venir « sans robe à paniers », pour ménager de la place à davantage d’auditeurs, et augmenter ainsi la recette « destinée aux œuvres charitables ».
Pour le grand aria d’alto, « He was despised », le Révérend Delany se leva d’émotion dans la salle en s’écriant à l’intention de la chanteuse : « Femme, pour cela que tous tes péchés soient pardonnés ! ». Bel hommage.
Repris à Londres, Le Messie devint vite l’œuvre phare de Haendel. Jouée 36 fois de son vivant, elle représenta rapidement tout ce que la musique peut avoir de majestueux et de sublime : le modèle de l’oratorio baroque anglais. Charles Jennens construisit le livret dédié au Christ en trois parties : la Nativité, la Passion et la Résurrection, la Rédemption. L’alternance idéale d’airs solistes et de chœurs est admirable, et la science lyrique de Haendel est partout présente dans les airs : suaves ou victorieux, ils sont parmi les plus beaux du compositeur. Les chœurs mémorables restent dans l’oreille depuis plus de 250 ans… À Londres, le Roi George II fut tellement frappé par l’« Hallelujah » qu’il se leva d’émotion, suivi de toute l’audience (et de toutes les audiences britanniques depuis lors).

Le Chœur et l’Orchestre de l’Opéra Royal dirigés par Théotime Langlois de Swarte accompagneront à merveille un quatuor de jeunes chanteurs de tout premier ordre. CD disponible dans la collection Château de Versailles Spectacles.

 Infos, réservations : https://www.operaroyal-versailles.fr/event/haendel-le-messie/
3h – entracte inclus

Gwendoline Blondeel, soprano
Paul-Antoine Bénos-Djian, contre-ténor
Laurence Kilsby, ténor
Morgan Pearse, baryton
Chœur et Orchestre de l’Opéra Royal
Théotime Langlois de Swarte, direction
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TOUTES LES INFOS sur le site de Château de Versailles Spectacles : https://www.operaroyal-versailles.fr/genre-event/noel-a-la-chapelle-royale/

Le Château de Versailles invite à plonger dans la magie des Fêtes de Noël avec des spectacles, des concerts et une expérience unique au cœur du sublime écrin, le plus beau château au monde…

 

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OPÉRA GRAND AVIGNON. SONDHEIM : Company, les 28, 30 et 31 déc 2025. Gaétan Borg, Jasmine Roy, Jeanne Jerosme, Neïma Naouri… Larry Blank (direction) / James Bonas (mise en scène)

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Dans un décor très années 1970, Stephen Sondheim évoque l’effervescence de la vie New Yorkaise à travers les doutes et les questionnements d’un célibataires endurci, entouré par ses amis très proches, tous couples ayant eux aussi leurs propres avis sur la question du mariage, de la famille, de la fidélité…  En bonne compagnie (Company), Bobby est entouré, tout le temps, de partout. Couples fusionnels, mariages bancals, amis inclassables : il navigue entre éclats de rire et éclats de doute, au cœur d’un New York qui ne ralentit jamais.

 

 

Être en « compagnie »,
est-ce forcément être avec quelqu’un ?

Entre solos incisifs et ensembles éclatants, Company interroge l’amitié, le couple et la solitude au milieu du tumulte. Et quel tumulte ! Sur scène, tout s’emballe, s’élance et rebondit. Les numéros de danse sont un feu d’artifice, les scènes s’enchaînent à un rythme trépidant, portées par une partition ciselée qui joue des ruptures et des contretemps. Ça tournoie, ça claque, ça swingue : les voix se croisent et s’envolent dans une euphorie chorale incroyable. L’humour fuse, la tendresse surgit, le tout avec une élégance désarmante, un panache et un rythme, irrésistibles.
Créée par Stephen Sondheim, maître du musical, Company synthétise le meilleur de Broadway : une comédie musicale brillante, pleine de piquant, d’esprit, d’une énergie qui ne faiblit jamais. Le défi pour les interprètes est de jouer comme des acteurs, chanter et danser idem. L’Opéra Grand Avignon affiche un théâtre total, idéalement adapté à l’esprit des fêtes de Noël.

 

 

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Opéra de Rennes
SONDHEIM : COMPANY
comédie musicale – 3 dates événements
Dimanche 28 décembre 2025 à 15h
Mardi 30 décembre 2025 à 20h
Mercredi 31 décembre 2025 à 20h
INFOS & RÉSERVATIONS directement sur le site de l’Opéra Grand Avignon, saison 2025 – 2026 : https://www.operagrandavignon.fr/company

 

Durée : 2h50 (avec entracte)
Musique et chansons de Stephen Sondheim
 / Livret Georges Furth
Traduction française du livret Stéphane Laporte
Originellement produit et mis en scène sur Braodway par Harold Prince
Orchestrations de Jonathan Tunick

 

avant concert
Autour du spectacle / Prologue
45 minutes avant la représentation, l’Opéra Grand Avignon et l’Orchestre national Avignon-Provence proposent un éclairage sur Company auquel vous allez assister. Entrée libre sur présentation du billet du spectacle

 

 

distribution
Mise en scène : James Bonas
Chorégraphie : Ewan Jones
Scénographie : Barbara de Limburg
Costumes : Nathalie Pallandre
Lumières : Christophe Chaupin
Vidéo : Anouar Brissel
Sound Design : Unisson Design
Piano : Charlotte Gauthier
Guitare : Yannick Deborne
Batterie : Mickael Berkowitz
Bobby : Gaétan Borg
Joanne : Jasmine Roy
Larry : Scott Emerson
Amy : Jeanne Jerosme
Paul : Sinan Bertrand
Sarah : Marion Préïté
Harry : Arnaud Masclet
Susan : Camille Mesnard
Peter : Joseph de Cange
Jenny : Eva Gentili
David : Loïc Suberville
April : Camille Nicolas
Marta : Virginia Sirolli
Kathy : Lucille Cazenave
Orchestre national Avignon-Provence
Direction musicale : Larry Blank (28/12 et 31/12) Charlotte Gauthier (30/12)

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Stephen Sondheim – Musique et chansons
Stephen Sondheim (1930–2021) a signé la musique et les paroles de nombreux chefs-d’œuvre de la comédie musicale dont Sweeney Todd, Into The Woods, Company, Follies, A Little Night Music, Sunday In The Park With George, ou encore les paroles de West Side Story et Gypsy. Lauréat de multiples Tony Awards et d’un prix Pulitzer, il est reconnu comme l’un des compositeurs les plus influents du théâtre musical contemporain.
George Furth – Livret
George Furth (1932–2008), diplômé de Northwestern et Columbia, a mené une carrière d’acteur prolifique au cinéma (Butch Cassidy and the Sundance Kid, Blazing Saddles, etc.) et à la télévision. Il est également l’auteur des livrets de Company, Merrily We Roll Along, et plusieurs autres pièces produites à Broadway.
Stéphane Laporte – Traduction

 

LIRE aussi notre CRITIQUE complète du spectacle :

CRITIQUE, comédie musicale. Opéra de Massy, les 8 et 9 mars 2025. Stephen Sondheim : COMPANY. Gaétan Borg, Jasmine Roy, Jeanne Jerosme, Neïma Naouri, … Orchestre National d’Île-de-France. Larry Blank, direction / James Bonas,mise en scène : https://www.classiquenews.com/critique-comedie-musicale-opera-de-massy-les-8-et-9-mars-2025-stephen-sondheim-company-gaetan-borg-jasmine-roy-jeanne-jerosme-neima-naouri-orchestre-national-dile-de-fran/
La soirée s’annonçait flamboyante, énergique voire pétillante : elle est tout cela voire plus encore. « COMPANY » c’est d’abord un portrait décapant de la société américaine, précisément new-yorkaise des années 1970 : fumette facile, sexe libre, sociabilité favorisée à tous les étages. Stephen Sondheim met tout cela en musique avec brio, un panache orchestral qui s’inscrit dans les pas du meilleur Bernstein et qui, tout en absorbant la rythmique et la grâce mélodique de Broadway, sait aussi renouveler le principe d’une narration musicale.

 

 

CRITIQUE, comédie musicale. Opéra de Massy, les 8 et 9 mars 2025. Stephen Sondheim : COMPANY. Gaétan Borg, Jasmine Roy, Jeanne Jerosme, Neïma Naouri, … Orchestre National d’Île-de-France. Larry Blank, direction / James Bonas,mise en scène

 

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VERSAILLES, THÉÂTRE MONTANSIER. Mer 31 déc 2025, De Paris à Broadway. Marie Surget chante les plus beaux airs de Broadway…

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Nouvel An au Théâtre Montansier de Versailles… De Paris à Broadway, de « Chicago » à « Monopolis » ou encore de « Fame » à « All That Jazz »… le spectre musical est large et convoque une constellation de chanteuses légendaires ayant illuminé la scène musicale : Liza Minelli, Barbra Streisand, Judy Garland et bien d’autres étoiles…

 

 

Pour fêter le nouvel an, le Théâtre Montansier propose une soirée en hommage à la comédie musicale et à des airs mythiques grâce à Marie Surget accompagnée au piano, à la guitare et à la batterie par un trio de musiciens aussi engagés qu’elle.
Quoi de plus évocateur qu’une chanson pour se remémorer des souvenirs, des atmosphères, des films incontournables et se réjouir ensemble de terminer en beauté l’année 2025 au Montansier ? Un moment de musique et de partage où les histoires s’entremêlent le temps d’une chanson.

 

 

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VERSAILLES, Théâtre Montansier
Mercredi 31 décembre 2025, 20h30
De Paris à Broadway
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site du Théâtre Montansier :
https://www.theatremontansier.com/event/de-paris-a-broadway/

 

 

distribution

Marie Surget (chant)
Marcian Buffard (piano),
David Neerman (batterie et vibraphone),
James Sindatry (guitare et basse),

Photo : Marie Surget © Théo Martin

 

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CRITIQUE, opéra. PARIS, Théâtre des Champs-Élysées, le 3 décembre 2025. OFFENBACH : Robinson Crusoé. S. Ratia, J. Fuchs, A. Charvet, L. Naouri, M. Mauillon… Laurent Pelly / Marc Minkowski

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Près de quarante ans que les Parisiens attendaient une nouvelle production de Robinson Crusoé de Jacques Offenbach, depuis la production guère mémorable  de Robert Dhéry (1986), et surtout sa création à l’Opéra-Comique en 1867. Et c’est un nouveau chef-d’œuvre du duo de choc Marc Minkowski / Laurent Pelly.

 

Depuis des décennies désormais, la magie opère sans faille quand le fondateur des Musiciens du Louvre rencontre l’imagination fertile de Laurent Pelly. Après Orphée aux Enfers, Les Contes d’Hoffmann, La belle Hélène, La Périchole, sans oublier l’inoubliable Platée, et bien d’autres, la résurrection de Robinson Crusoé, opéra-comique qui obtint à l’époque un succès très mitigé, après l’échec sept ans auparavant d’un autre chef-d’œuvre Barkouf, est une totale réussite. Il était néanmoins difficile de proposer une lecture littérale du livret de Cormon et Crémieux, théâtralement efficace mais traversé par des préjugés colonialistes (on en veut pour preuve la suppression au début du troisième acte de l’ariette de Suzanne « Oui, c’est un brun » qui compare Vendredi à un bien commercial). Comme toujours, la fidèle Agathe Mélinand adapte avec intelligence sans trahir : les pirates disparaissent au profit de militaires de chez l’oncle Sam, quand les anthropophages travaillent dans un abattoir moderne, tout d’orange vêtus et aux pieds vert fluo, tandis que la tribu adoratrice du dieu Saranha est grimée – apparition hilarante – en un certain Républicain à la large mèche blonde. Vendredi lui-même voit son idiome occidentalisé (exit le sabir pseudo-indigène dont la tradition remonte au moins au Bourgeois gentilhomme). L’acte londonien, loin d’évoquer une gravure de Hogarth – comme l’indiquent les didascalies du livret – présente un intérieur bourgeois compassé, très « seventeen », distillant un ennui qui incite Robinson à prendre le large. Un premier acte qui peut décevoir et qui peine à décoller s’il ne servait de prolégomène au départ du héros et s’il n’était agrémenté d’une musique délicieuse, souvent irrésistible, notamment son ébouriffante ouverture et ses riches pages orchestrales.

Avec l’humour et l’ingéniosité qu’on lui connaît, Pelly, avec sa complice de toujours Chantal Thomas, a troqué l’île sauvage pour l’île de Manhattan, dominée par quelques silhouettes de gratte-ciels, et les huttes des sauvages en tentes de SDF nouveaux naufragés de la société moderne et capitaliste : la tente Quechua vaut même comme métonymie de l’île tout entière. La scène où les amis de Robinson, Toby et Suzanne, risquent de servir d’ingrédients au célèbre pot au feu mitonné par un Jim Cocks survolté – début d’une série de gags hilarants –, est transformée en grandiose usine à viande digne des temps modernes symbolisé par un gigantesque EAT éclairé au néon, dont il ne restera que la dernière lettre, symbole du sacrifice christique d’Edwige sauvée in extremis par un Vendredi téméraire, permettant ainsi à Robinson de s’arracher à l’illusion dystopique.

 

 

Porté à la création par une distribution prestigieuse, dominée par Célestine Galli-Marié, la créatrice de Carmen en Vendredi, la résurrection parisienne de Robinson bénéficie à nouveau d’une distribution de premier plan, certains fidèles compagnons de route du duo Minkowski / Pelly, comme Laurent Naouri dans le rôle plutôt frustrant de Sir William Crusoé. Mais la voix est toujours aussi solide et magnifiquement projetée et ses talents d’acteurs, jusque dans ses mimiques, ne sont plus à démontrer. Dans le rôle de son épouse inquiète, Julie Pasturaud est une Deborah au tempérament bien trempé, également rompu à ce répertoire (on se souvient d’elle en reine Clémentine dans le désopilant Barbe-Bleue), mais elle aussi frustrée d’être en grande partie cantonnée au premier acte dans une succession d’ensembles qui lui laisse peu d’espace pour s’affirmer pleinement. Dans le rôle-titre, initialement prévu pour Lawrence Brownlee, le ténor malgache Sahy Ratia tire parfaitement son épingle du jeu, grâce à un timbre clair et homogène, parfois légèrement nasillard, plus à l’aise et plus convaincant dans les passages élégiaques. Edwige, grimée en poupée hollywoodienne des années soixante, est campée par une Julie Fuchs des grands jours, jouant avec bonheur de ses talents d’actrice protéiforme, passant d’une jeune fille de bonne famille au premier acte en fille dévergondée dans les deux derniers. Sa voix à la fois chaleureuse et cristalline, impressionnante de virtuosité contenue (les suraigus ne tiennent pas longtemps mais ils sont bien là), nous vaut de beaux et bons moments de théâtre. Le Vendredi d’Adèle Charvet pâtit quelque peu de la méforme de la chanteuse souffrante le soir de la première, mais si la voix en est impactée (les aigus sonnent trop larges), elle joue parfaitement le jeu par un timbre généreux et un engagement sans faille. Discrets dans l’acte londonien, le Toby de Marc Mauillon et la Suzanne d’Emma Fekete explosent vocalement dans les deux derniers actes (irrésistible duo du sacrifice) : présence scénique et diction impeccable pour lui, sans la gouaille excessive qu’on pouvait parfois lui reprocher, joli timbre de soprano léger, bien que trop discrète dans les dialogues parlés, mais toujours espiègle et piquant pour elle, notamment face un Jim Cocks incarné par un Rodolphe Briand haut en couleur qu’on eût dit tout droit sorti d’une scène de Docteur Folamour. Le baryton Mathieu Toulouse, qui prête son timbre bien charpenté au rôle secondaire d’Atkins, le capitaine des pirates, complète avec bonheur la distribution, tous dirigés d’une main de maître par Laurent Pelly, secondé par la dramaturgie efficace des lumières de Michel Le Borgne. Une mention spéciale pour le Chœur Accentus magnifiquement préparé par Louis Gal.

Dans la fosse, Marc Minkowski est comme un poisson dans l’eau avec une direction proprement électrisante, magnifiant avec l’éloquence qu’on lui connaît les nombreuses pages orchestrales de la partition (une des plus riches de ce point de vue d’Offenbach), soulignant ici les couleurs incisives des bois, ailleurs la ductilité des cordes, là la facétie des cuivres, dans un même élan théâtral. Une production mémorable dont on espère une captation pérenne.

 

 

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CRITIQUE, opéra. PARIS, Théâtre des Champs-Élysées, le 3 décembre 2025. OFFENBACH : Robinson Crusoé. S. Ratia, J. Fuchs, A. Charvet, L. Naouri, M. Mauillon… Laurent Pelly / Marc Minkowski. Crédit photographique (© Vincent Pontet)

 

 

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CRITIQUE, danse. PORTO, Teatro Rivoli, le 4 décembre 2025. Marco DA SILVA FERREIRA : « F*cking Future » (Création nationale)

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Le Teatro Municipal do Porto – Rivoli n’est pas qu’une superbe façade Art Déco sur la Praça de Dom João I. Inauguré en 1913 et transformé en cinéma-théâtre une décennie plus tard, ce lieu est depuis des années un phare de la création chorégraphique portugaise et internationale. Il a notamment été un partenaire de premier plan pour le chorégraphe portugais Marco da Silva Ferreira (actuellement « artiste associé » de la Maison de la Danse de Lyon), qui y a créé et présenté plusieurs de ses pièces majeures. C’est dans ce temple portuan de la danse contemporaine que son dernier manifeste, « F*cking Future », créé en septembre dernier à la Biennale de la Danse de Lyon, déploie sa puissance interrogatrice.

 

Pour huit interprètes, cette pièce constitue un nouveau chapitre dans la réflexion aiguë de Ferreira sur les corps en société. En digne héritier de ses travaux précédents – comme « C A R C A Ç A », qui interrogeait l’identité collective et les carcasses culturelles vidées de leur sens –, le chorégraphe portuan place une fois encore le conflit au cœur de sa mécanique créative. S’il a toujours revendiqué que « toutes [s]es pièces sont basées sur le conflit », tel le frottement de plaques tectoniques, « F*cking Future » opère un déplacement crucial : du conflit des styles et des cultures vers le conflit politique et social.

Da Silva Ferreira, ancien nageur de haut niveau devenu danseur autodidacte, a bâti son langage sur le mélange explosif des disciplines : le hip-hop rencontre le ballet, la musique classique est remixée avec l’électro, et le folklore dialogue avec les cultures club. Cette friction esthétique, qu’il maîtrise à la perfection, trouve dans « F*cking Future » une nouvelle cible : la militarisation des sociétés contemporaines et les formes de militantisme qu’elle engendre.

La pièce, d’une énergie physique renversante caractéristique du chorégraphe, ne propose pas un spectacle au sens divertissant du terme. Elle est une expérience sensorielle et intellectuelle totale, où les spectateurs forment un carré sur des gradins qui se font face, tandis que les artistes performent en contre-bas dans un espace d’abord délimité, avant de « déborder » – et de venir s’immiscer parmi les spectateurs ! Sur une bande-son percutante qui résonne dans la tête et les tripes du public, les huit corps deviennent tour à tour soldats d’une armée fantôme, manifestants d’une cause inaudible, ou rouages d’une machine sociale implacable. L’écriture chorégraphique, puisant aussi bien dans le pantsula sud-africain que dans les danses de rue ou les formations militaires, dessine des images d’une troublante actualité : la discipline de corps versus la révolte individuelle, l’unisson oppressant versus la cacophonie libératrice.

 

 

Le choix des interprètes est en lui-même un acte politique. Fidèle à sa démarche inclusive, da Silva Ferreira réunit sur le plateau du Teatro Rivoli des danseurs aux physiques, origines et parcours divers. Cette « communauté » scénique n’est pas lisse ; ses tensions, ses asymétries et sa vitalité brute deviennent la métaphore d’une démocratie idéale, bien plus complexe, foisonnante et dynamique que les systèmes institutionnels. En poussant les performeurs à leurs limites physiques, le chorégraphe souligne aussi nos limites émotionnelles et narratives face aux grands récits dominants.

À travers « F*cking Future », Marco da Silva Ferreira ne propose ni dystopie facile ni manifeste naïf. Il sonde la zone grise où l’engagement et la soumission, l’ordre et la révolte, se nourrissent et se contredisent. La pièce interroge : comment danser, comment exister comme corps individuel et collectif, dans un futur qui semble déjà écrit par des logiques de contrôle et de résistance ? La réponse ne vient pas des mots, mais du souffle court des danseurs, de la sueur qui vole, de la percussion qui martèle un présent urgent.

 

 

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CRITIQUE, danse. PORTO, Teatro Rivoli, le 4 décembre 2025. Marco DA SILVA FERREIRA : « F*cking Future ». Crédit photographique (c) José Caldeira

 

 

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CRITIQUE, Concert. PARIS, Théâtre des Champs-Elysées, le 4 décembre 2025. SAINT-SAËNS : Oratorio de Noël. Artistes en résidence à l’Académie de l’Opéra de Paris, Orchestre de Chambre de Paris, Thomas Hengelbrock (direction)

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Le Théâtre des Champs-Élysées et l’Orchestre de Chambre de Paris proposent – pour ouvrir ce mois de fêtes – une soirée autour de la musique romantique française avec l’indéfectible soutien du Palazzetto Bru-Zane. À la tête du bel orchestre parisien, son directeur artistique (depuis 2024) : Thomas Hengelbrock. La joie communicative de la centaine de lycéens qui formaient le chœur pour l’Oratorio de Noël de Camille Saint-Saëns nous plonge dans une fête populaire tout à fait de saison !

 

La première partie du programme se constitue de la Première Symphonie de Charles Gounod, maître majeur du romantisme français et professeur de Saint-Saëns. Cette Symphonie créée par la toute neuve Société des jeunes artistes, et dirigée par Jules Pasdeloup en 1855, est d’une forme et d’une orchestration très classique pour l’époque. En effet, elle est une réponse au style allemand jugé alors trop complexe et farfelu. Si les français se targuent d’un classicisme et d’un ordre particulier devant le reste de l’Europe, le romantisme s’y infiltre tout de même par des éléments légers, sucrés ou coquins. Si Thomas Hengelbrock insuffle à l’Orchestre de chambre de Paris toute la vitalité et l’énergie qu’on lui connaît, on reste un peu sur sa faim quant aux petits plaisirs du romantisme français. Il ne nous laisse pas vraiment le temps de nous en délecter comme il pourrait le faire en ajoutant un peu de rubato, de douceur et de crème fraîche à ses moments délicats. Est il trop sérieux ? Gounod n’était il pas comme on le lit dans ses Mémoires d’un artiste un homme sérieux ? Question de point de vue.

Le second mouvement est peut-être celui qui donne l’idée de combiner les deux œuvres dans ce programme. Il se construit autour d’un thème populaire qui sent les biscuits de Noël épicés sortant du four que Gounod range par un contrepoint des plus savants dans une jolie boîte. Thomas Hengelbrock introduit dans le 4ème mouvement des trompettes naturelles avec raison. En effet, la partition est probablement écrite pour ces instruments au son clair et précis. Ce mouvement est truffé d’humour musical qui aurait mérité d’être plus mis en valeur. En tous cas, il y a une magnifique connivence entre le chef et cet orchestre de chambre où tous respirent la joie, se sourient les uns aux autres et déploient une énergie vitale magnifique. Cette connivence est sûrement renforcée par le fait que le chef dirigeait par cœur.

Après l’entracte, un immense chœur d’adolescents issus des lycées François Ier de Fontainebleau, La Fontaine et Lamartine de Paris se met en place sur la scène. Si, bien sûr, ils ne sonnent pas comme un chœur professionnel dont les chanteurs ont des voix travaillées, ce jeune chœur est d’une excellente qualité. Pas le moindre faux départ, très peu de problèmes de justesse et une diction de latin (délicieusement à la française bien entendu) dont on n’a absolument rien à redire. De plus, dans la musique de Saint-Saëns tout à fait dans le style des fêtes fastueuses de l’église de la Madeleine, ce chœur adolescent donne une couleur populaire (au meilleur sens du terme bien sûr !) pleinement adaptée à la liturgie de Noël.

Les Artistes en résidence à l’Académie de l’Opéra de Paris sont tous excellents et tout particulièrement la soprano américaine Isobel Anthony. Son art mêle sérieux et naturel avec beaucoup de grâce. La voix est légère mais justement timbrée permettant des suraigus très ronds dans les piani. Isobel Anthony est une musicienne touchante et magique, sans aucun doute une artiste à suivre ! Sofia Anisimova est une mezzo-soprano très lyrique et expressive. Dotée d’une bonne diction, elle fait vivre intensément chaque phrase. Parfois trop pour le classicisme et la religiosité de cette musique mais elle est sûrement brillante dans le répertoire italien lyrique. L’Alto française Amandine Portelli a une voix rare et d’autant plus pour son âge. Si cette voix naturelle est impressionnante elle est un peu en décalage avec son âge notamment à cause d’un vibrato trop large est d’une couleur sombre qui ne semble pas naturelle. Le ténor américano-norvégien Bergsveinn Toverud possède une voix superbe dont il fait ce qu’il veut. Toujours dans la souplesse et jamais dans la force, il offre des guirlandes de notes aiguës en particulier dans le très beau trio d’une qualité comparable aux plus grands ténors di grazia. Enfin, le baryton Clemens Alexander Frank possède une très belle énergie notamment dans la diction du latin. Peut-être retenu par une certaine idée du style français la voix était un peu petite mais il n’y a pas de doute sur le fait qu’elle peut être bien plus puissante.

Dans cette œuvre l’orchestre de chambre est réduit à ses cordes augmenté d’un harmonium (ici à l’orgue électronique d’une grande qualité) et une harpe. Les cordes soulignent avec beaucoup de soin et de finesse les lignes vocales tandis que la harpe et l’orgue apportent une touche magique et rythmique notamment dans le magnifique Benedictus qui n’est pas sans rappeler la Petite messe solennelle de Rossini.

Une salle comble à fait un triomphe à ce concert plein de la fraîcheur des jeunes solistes, de beaucoup de jeunes membres de l’orchestre, et des très jeunes choristes qui applaudissent et crient de joie pour Thomas Hengelbrock qui continue de réunir des musiciens, des jeunes, des amateurs avec des professionnels, pour donner à tous le meilleur de la musique dans le même partage festif des cadeaux de Noël sous un sapin bien garni.

 

 

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CRITIQUE, Concert. PARIS, Théâtre des Champs-Elysées, le 4 décembre 2025. SAINT-SAËNS : Oratorio de Noël. Artistes en résidence à l’Académie de l’Opéra de Paris, Orchestre de Chambre de Paris, Thomas Hengelbrock (direction). Crédit photo (c) Camille Brossard-Le Tellier

 

 

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CRITIQUE, concert. RENNES, Opéra, le 3 décembre 2025. ROBERT SCHUMANN : Le Pèlerinage de la rose. Jeanne Mendoche, Benoît Rameau, Damien Pass, Chœur Mélisme(s), Maîtrise de Bretagne, Colette Diard [piano], Gildas Pungier, direction

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A quoi ressemble la vie d’une rose ? Ses rêves, ses aspirations…  Celle que met en scène Schumann sait séduire, émouvoir, et même bouleverser… Au monde de l’enchantement pastoral et éternel, celui des elfes qui s’enivrent du miracle de la nature, (- aube printanière, nuées célestes… ), la Rose de ce soir préfère la passion terrestre, l’existence âpre et douloureuse d’une vie de femme.

 

 

L’intrigue du Pèlerinage de la rose / Der Rose Pilgerfahrt, semble datée, frappée d’un maniérisme affecté ; en réalité, il n’en est rien ; le texte [de Moritz Horn] évoque, suggère, enchaîne les tableaux sans temps mort ni dilution, – soit un condensé de thèmes des plus romantiques et précisément propres à l’esthétique Biedermeier, d’autant que la musique de Robert Schumann est l’une des plus inspirées, puisant en les fusionnant, aux sources croisées de l’opéra et du lied.

Si son oratorio précédent, le Paradis et la Péri, est plus dramatique et spectaculaire, Le Pèlerinage de la rose [1851] est un oratorio choral qui plonge plutôt dans l’âme de la rose, en fait jaillir la puissante activité psychique, éclaire chaque sentiment humain qui l’a fait devenir peu à peu humaine.

Son parcours est semé d’amour ; jalonné de rencontres et d’expériences qui enrichissent sa conscience humaine. Les multiples évocations amoureuses offertes à l’auditeur sont certainement en relation avec la conception personnelle du compositeur, son union si forte avec Clara [et leur famille nombreuse].

 

Épreuves et amours d’une Rose devenue femme

 

photo © Opéra de Rennes 2025

 

L’itinéraire de la Rose ne manque pas de piquants… Après avoir essuyé les sarcasmes d’une voisine revêche, elle se confronte d’emblée à l’expérience humaine la plus délicate : la mort à travers la mise en terre d’une jeune fille par le fossoyeur ; elle éprouve le déchirement du deuil, de la perte, la morsure de la mort et de la finitude.
Mais son cheminement est promis à lui révéler les délices de l’amour : l’amour quasi paternel du fossoyeur ; puis l’amour de parents aimants [deux solistes qui sortent alors du choeur], l’amour tendre du fils du meunier  [Max] ; l’amour maternel enfin pour son enfant à la fin de sa quête. Comblée, reconnaissante, la rose expire mais comme l’indique le livret, sa mort n’est ni noire ni glaçante mais pareille à une « aurore ». Comme Berlioz qui dans sa Damnation de Faust, réserve à Marguerite son apothéose finale, Schumann fait de même et célèbre la métamorphose réussie de la Fleur devenue femme.

Lumineuse, riche d’espérance, la musique de Schumann berce et caresse du début à la fin ; l’attention du chef à la langue, aux nuances du verbe, à la caractérisation des séquences se bonifie en cours de soirée : lui répond parmi les solistes, le ténor Benoît Rameau, voix ductile et attentive aux sentiments du texte [il avait incarné un Monostatos très juste et vivant dans La Flûte enchantée sur le même plateau].

Voix sûre et puissante, au timbre cristallin, la soprano Jeanne Mendoche incarne la Rose avec la finesse, l’humilité, une tendresse qui comprend le parcours émotionnel en jeu, jusqu’à son ultime souffle, celui d’une mère aimante, d’une épouse comblée qui s’efface le temps venu, avec une sérénité admirable.

Parmi les séquences le plus réussies, le Chœur des elfes qui au démarrage, salue la Rose et l’accompagne vers sa destinée humaine ; le quatuor vocal chez le fossoyeur tendre et paternel ; le duo des fiancés quand la Rose rencontre le fils du meunier ; le Chœur des chasseurs surtout qui chantent l’amour protecteur de la forêt [les voix masculines du Chœur Mélisme(s) y sont particulièrement convaincantes] ; enfin le très beau solo de l’héroïne qui, pleine de gratitude et comblée, célèbre le bonheur d’une existence terrestre accomplie.

Saluons le superbe travail des deux chœurs : le choeur de chambre Mélisme(s), en résidence à l’Opéra de Rennes, et la Maîtrise de Bretagne, sur une partition dont la langue allemande et l’esthétique du lied, renforcent les multiples défis. On connaît le raffinement de la partition orchestrale : ce romantisme naturaliste et pastoral qui inspire le compositeur capable de paysages sonores d’une rare puissance poétique autant que suggestive.  Ces partitions sont des modèles d’orchestration que ses 4 symphonies illustrent aussi idéalement.

La version chambriste avec piano seul [excellente Colette Diard au clavier] qui met en avant ainsi le texte, est légitime : c’est la forme conçue à l’origine par Schumann en 1851. Elle permet de suivre d’autant mieux le drame du livret et la construction musicale qu’en déduit le compositeur. Le spectacle est d’autant plus complet qu’il propose en simultané au chant, l’apport des dessins projetés d’Emma Bertin… Paysages, personnages et situations sont comme la musique schumanienne, plus suggérés que décrits. Le trait est sûr et les couleurs, toujours évocatoires.

L’engagement des interprètes porte ses fruits. Le tact et les nuances que sait transmettre le chef Gildas Pungier, réalisent une immersion fluide et captivante dans l’une des dernières œuvres de Schumann, l’une de ses plus personnelles, deux ans avant de sombrer définitivement. Saluons l’audace réussie de l’Opéra de Rennes : en affichant une partition aussi redoutable que méconnue, le Théâtre expose avec raisons, les qualités et l’engagement des interprètes réunis sur le plateau.

 

 

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CRITIQUE, concert. RENNES, Opéra, le 3 décembre 2025. ROBERT SCHUMANN : Le Pèlerinage de la rose. Jeanne Mendoche, Benoît Rameau, Damien Pass, Chœur Mélisme(s), Maîtrise de Bretagne, Colette Diard [piano], Gildas Pungier, direction – Photo © classiquenews

 

 

 

 

LIRE aussi notre présentation annonce du Pèlerinage de la rose à l’Opéra de Rennes : https://www.classiquenews.com/opera-de-rennes-robert-schumann-le-pelerinage-de-la-rose-2-3-dec-2025-choeur-melismes-gildas-pungier-direction/ 

 

OPÉRA DE RENNES. ROBERT SCHUMANN: Le Pèlerinage de la rose, 2, 3 déc 2025. Chœur Mélisme(s), Gildas Pungier (direction)

 

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OPÉRA DE RENNES. Pauline VIARDOT : Cendrillon. Du 27 déc 2025 au 3 janvier 2026. Apolline Raï-Westphal, Lila Dufy, Tsanta Ratia… Jérémie Arcache (adaptation musicale) / David Lescot (mise en scène)

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Partagez en famille ou entre amis les fêtes de fin d’année à l’Opéra de Rennes : ne manquez pas un joyau lyrique romantique français, Cendrillon composé en 1904 par la fameuse cantatrice (et donc compositrice) Pauline Viardot (égérie entre autres de Berlioz qui lui dédia sa propre version d’Orphée et Eurydice de Gluck !). Pauline Viardot, entre humour, malice, subtilité revisite le conte de Charles Perrault, sans rien omettre de sa poésie comme de sa charge sociale.

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photo : © Christophe Raynaud De Lage

 

 

 

Pas moins de 12 représentations sont proposées (le représentation du 3 janv 2026 est doublée, à 16h puis 20h), dans une mise en scène pleine de fantaisie conçue par David Lescot. Créé en 1904, Cendrillon est le dernier opéra de Pauline Viardot, à l’époque de Tosca ou de Pelléas et Mélisande ; l’œuvre est emblématique des « opéras de salon » fin de siècle, écrite ainsi de façon intimiste mais non moins dramatique et intense… pour 7 chanteurs accompagnés au piano.

 

un opéra de chambre pour 7 chanteurs

A l’invitation du producteur « la co[opéra]tive », la nouvelle production a demandé au compositeur Jérémie Arcache d’adapter la partition originelle pour un effectif de chambre : soit 4 instrumentistes présents sur le plateau, s’immergeant dans l’action, au plus près des personnages et des situations, « conservant les lignes de la partition originale tout en lui donnant de nouvelles couleurs ».

Autre argument : la brillante équipe de jeunes chanteurs et chanteuses (certains déjà familiers de la scène rennaise) qui s’empare d’une partition pleine de nuances et rebondissements, pilotés par la cheffe Bianca Chillemi et le metteur en scène David Lescot. Le spectacle réalise un subtil équilibre entre rire et profondeur … derrière le monde enchanté et le rêve transmis par Perrault, se dévoile une toute autre histoire, plus trouble et équivoque…

 

 

 

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Opéra de Rennes
Pauline VIARDOT : Cendrillon
Opéra de chambre dialogué en 3 actes créé le 23 avril 1904
dans les salons de Mathilde de Nogueiras à Paris

Samedi 27 décembre 2025 à 18h
Dimanche 28 décembre 2025 à 16h
Mardi 30 décembre 2025 à 20h
Mercredi 31 décembre 2025 à 18h
Jeudi 1er janvier 2026 à 16h
Vendredi 2 janvier 2026 à 20h
Samedi 3 janvier 2026 à 16h et 20h

REPRÉSENTATIONS SCOLAIRES
Lundi 5 janvier à 10h et 14h30
Mardi 6 janvier à 10h et 14h30

RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’Opéra de Rennes : https://opera-rennes.fr/fr/evenement/cendrillon
Opéra chanté en français, surtitré
Durée 1h10 sans entracte – dès 8 ans

 

 

 

 

distribution

Apolline Raï-Westphal, Marie dite Cendrillon
Tsanta Ratia, Le prince charmant
Clarisse Dalles, Maguelonne
Romie Esteves, Armelinde
Olivier Naveau, Le Baron de Pictordu
Lila Dufy, la fée
Benoît Rameau, Le comte Barigoule
Bianca Chillemi, Piano
Marwane Champ, Violoncelle
Vincent Lochet, Clarinette
Valentin Dubois, Percussions
Stripsody, de Cathy BERBERIAN

Jérémie Arcache : adaptation musicale
Bianca Chillemi : direction musicale
David Lescot : adaptation du livret et mise en scène

Alwyne de Dardel : scénographie
Sasha Walter : assistante mise en scène
Mariane Delayre : costumes
Matthieu Durbec : création lumières
Serge Meyer : création vidéo
Marie Bonnier : régie générale

 

 

photo : © Christophe Raynaud De Lage

 

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CRITIQUE, opéra. PARIS, Opéra Bastille, le 2 décembre 2025. PUCCINI : Tosca. J. Kaufmann, S. Hernandez, L. Tézier… Pierre Audi / Oksana Lyniv

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Quand La Tosca de Victorien Sardou fut créée en 1887 au Théâtre de la Porte Saint-Martin, l’auteur était au zénith de son art. Avec l’iconique Sarah Bernhardt et au milieu d’une cabale de fausses rumeurs, La Tosca a triomphé et est devenu un des rôles les plus emblématiques de la « dame » du théâtre français. Si bien le monumental drame en 5 actes est passé aux oubliettes des scènes parisiennes, à tort, c’est son adaptation opératique qui a ouvert les portes de l’immortalité à la fougueuse Floria, au rebelle Cavaradossi et au terrible Scarpia. Tosca de Giacomo Puccini, créé en 1900, un siècle après l’action du livret, est devenu un des opéras les plus représentés au monde et poursuit sa gloire 125 ans après sa création. Cinquième opus de Giacomo Puccini, Tosca fait déjà état d’une écriture d’une grande maturité. A quarante-deux ans, Puccini s’affranchit tout à fait du modèle verdien pour entrer dans une expression grandiloquente mais non démunie d’intensité dramatique et sentimentale. En témoigne une action resserrée en 3 actes, centrée sur le trio funeste des personnages principaux et une musique beaucoup moins pathétique que La Bohème ou Edgar. Tosca est une partition à l’égal de son intrigue, lyrique, puissante et poignante jusqu’au désespoir. 

 

Reprenant la production signée par le regretté Pierre Audi, l’Opéra national de Paris met en lumière le talent incontestable de ce maître de la mise en scène. L’intégralité de l’action est ponctuée par la présence d’une énorme croix en bois brut et buriné de suie, une sorte de figuration du poids énorme de la foi comme une liturgie manifeste à l’influence tragique. En contraste total, la sensualité est partout. A l’acte premier, le portrait de l’Attavanti en Madeleine pénitente devient l’envolée charnelle d’un fragment des Oréades de William Bouguereau. A l’acte second la vaste chambre de Scarpia au Palazzo Farnese troque ses marbres et moulures dorées pour un damas de cuir sang de boeuf et à l’acte III, la flamme tremblante d’une veilleuse dans la tente d’un bivouac d’un régiment napolitain contraste avec le pâle soleil qui annonce le trépas des deux amants romains. Une mise en scène d’une subtilité rare qui ouvre des portes insoupçonnées et passionnantes dans le livret d’IIica et Giacosa. 

Ce soir nous avons été gâtés par une distribution d’une qualité exceptionnelle. Dans le rôle-titre, Saioa Hernandez déploie une énergie débordante et une voix riche et sonore. Jamais les forte se noient dans un embrouillamini de notes, tout est clair et précis, la couleur bien ciselée sans tomber dans une exagération mélodramatique. Son « Vissi d’arte » est subtilement amené et sa dernière confrontation avec Scarpia est désarmante de théâtre. En amoureux aux prises avec l’insurgence, Jonas Kaufmann interprète un Cavaradossi nuancé. Malgré un peu de réserve dans « Recondita armonia« , nous avons été saisis par sa noble couleur héroïque pendant tout l’acte II et son « Lucevan le stelle » de légende. En principal antagoniste, rien de tel que l’incomparable Ludovic Tézier, Scarpia génial dans tous les sens du terme. A l’acte premier, hiératique et calculateur tel un détective à la Gabin ou à la Blier, sans concessions. A l’acte II, Ludovic Tézier incarne l’aspect brutal et quasi bestial du lubrique Scarpia avec une subtilité rare. Son esprit erre dans la morne plaine de l’acte III comme un spectre grimaçant à la vengeance cynique. Cette distribution est complétée par des chanteurs au talent divers qui ont su sertir cette représentation d’une gamme de talents sans réserve. 

Malgré les musiciennes et musiciens brillantissimes de l’Orchestre de l’Opéra national de Paris qui connaissent parfaitement cette partition, la direction d’Oksana Lyniv est demeurée quelque peu timide. Pour cette œuvre, nous eussions souhaité un peu plus d’engagement et de dramatisme dans la fosse pour soutenir le formidable édifice qu’une telle distribution a construit tout le long des trois actes. 

Tosca poursuit son chemin éternel depuis la Ville éternelle qui la vit naître jusqu’aux contreforts des contrées les plus diverses. Espérons que la vision de Pierre Audi, mi-sensuelle mi-historique, puisse continuer encore et toujours à nous toucher en plein cœur, tel le « baccio di Tosca« !

 

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CRITIQUE, opéra. PARIS, Opéra Bastille, le 2 décembre 2025. PUCCINI : Tosca. J. Kaufmann, S. Hernandez, L. Tézier… Pierre Audi / Oksana Lyniv. Crédit photographique © Vincent Pontet / Opéra national de Paris

 

 

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CRITIQUE CD événement. PURCELL : « Hail, bright Cecilia ». C. La Thrope, P-A. Bénos-Djian, H. Hymas, T. Král. Le Poème Harmonique, Vincent Dumestre (direction). 1 CD CVS / Château de Versailles Spectacles, enregistré à la Chapelle Royale en mars 2024

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Vincent Dumestre et son ensemble Le Poème Harmonique, sous le label Château de Versailles Spectacles, nous offrent un enregistrement majeur. Capté en mars 2024 dans l’écrin acoustique parfait de la Chapelle Royale du Château de Versailles, ce disque célèbre avec une intelligence, une ferveur et un éclat sonore rares l’un des sommets absolus de la musique baroque anglaise : l’ode « Hail! Bright Cecilia » (Z. 328) de Henry Purcell, composée en 1692 (et ici complétée par la première intégrale au disque de « Welcome Every Guest » de John Blow).

 

La fête de Sainte Cécile, patronne des musiciens, était au cœur de la vie musicale londonienne à la fin du XVIIe siècle. Chaque 22 novembre, la Musical Society commandait une œuvre pour l’occasion, donnant naissance à des partitions somptueuses. Purcell, le plus grand génie musical d’Angleterre, y contribua à plusieurs reprises, portant l’art à son apogée avec « Hail! Bright Cecilia ». Vincent Dumestre saisit avec justesse l’esprit de cette célébration : une joie à la fois fastueuse et profonde, un hommage où la musique chante sa propre puissance. Le choix d’enregistrer dans la Chapelle Royale de Versailles n’est pas anodin ; il transfère cet idéal de magnificence cérémonielle dans un cadre architectural français d’une résonance historique et acoustique unique, créant un pont éloquent entre deux cultures baroques.

La direction de Vincent Dumestre est la clé de voûte de ce succès. Loin d’une approche muséale, il insuffle à la partition un sens dramatique et un panache théâtral qui en exaltent chaque détail. Son interprétation met en valeur la palette orchestrale d’une richesse exceptionnelle imaginée par Purcell : violons pétillants, flûtes murmurantes, trompettes éclatantes et timbales martiales. La basse continue, enrichie de la harpe, apporte une couleur et une chaleur supplémentaires, fondant un tapis sonore à la fois moelleux et précis. L’ensemble respire une énergie contagieuse et une cohésion stylistique parfaite, chaque musicien semblant jouer avec une affection et un artisanat remarquables.

La distribution vocale, d’une homogénéité et d’une distinction rares, est un autre point fort de cet enregistrement. Hugo Hymas (ténor) se distingue par une performance d’une grâce et d’une clarté exceptionnelles. Son timbre virevoltant et son art subtil de la peinture des mots illuminent l’air « ‘Tis Nature’s Voice », où il use du vibrato avec une discrétion de couleur qui fait vivre le texte. Paul-Antoine Bénos-Djian (contre-ténor) impressionne par sa ligne de chant colorée et expressive. Il apporte une élégance aisée au trio « With that Sublime Celestial Lay » et une énergie belliqueuse parfaitement maîtrisée dans « The Fife and All the Harmony of War ». Tomáš Král (basse) incarne avec une autorité joviale le fameux « Wondrous Machine! ». Il saisit la badinerie de la ligne de basson, communiquant la jubilation pure de cette évocation de l’orgue. Charlotte La Thrope (soprano) apporte une couleur vocale agréable et vibrante, qui s’intègre avec sensibilité à l’ensemble cohérent formé par ses partenaires masculins et le chœur. La complicité entre les solistes est palpable, notamment dans le délicat et sensuel duetto « In Vain the Am’rous Flute », où Bénos-Djian et Hymas tissent des lignes d’une conversation musicale gracieuse et chaste, comme le requiert le texte.

Le programme est intelligemment complété par « Welcome Every Guest » de John Blow, maître et ami de Purcell. Cette œuvre, enregistrée ici pour la première fois de manière complète, partage la même grandeur cérémonielle mais révèle des influences italiennes plus marquées. Son interprétation par Le Poème Harmonique est un zeste savoureux qui permet d’apprécier le contexte musical dans lequel évoluait Purcell, renforçant la cohérence et l’intérêt historique du disque.

La réalisation technique de cet enregistrement est un véritable succès en soi. Captée sur place à Versailles, la prise de son exploite magnifiquement l’acoustique naturelle de la Chapelle Royale. Elle offre une clarté, une profondeur et une texture exceptionnelles, plaçant chaque pupitre, chaque soliste dans un espace défini et naturel. La résonance du lieu, impossible à reproduire par un artifice numérique, confère à l’ensemble une ambiance atmosphérique et une majesté qui servent idéalement la musique.

 

 

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CRITIQUE CE événement. PURCELL : « Hail, bright Cecilia ». C. La Thrope, P-A. Bénos-Djian, H. Hymas, T. Král. Le Poème Harmonique, Vincent Dumestre (direction). 1 cd CVS / Château de Versailles Spectacles, enregistré à la Chapelle Royale de Versailles en mars 2024 – CLIC de CLASSIQUENEWS

 

 

PLUS D’INFOS sur le site de la boutique de l’Opéra Royal de Versailles : https://www.operaroyal-versailles.fr/boutique/

 

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CRITIQUE, opéra. MUNICH, Opéra d’Etat de Bavière, le 29 novembre 2025. RIMSKI-KORSAKOV : La Nuit de Noël. E. Semenchuk, D. Ulyanov, T. Akzeybek, M. Siljanov, S. Leiferkus… Barrie Kosky / Vladimir Jurowski

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Parmi les événements de la saison 25/26 de la Bayerische Staatsoper de Munich, le cinquième opéra de Nikolaï Rimski-Korsakov, La Nuit de Noël, reçoit les honneurs d’une nouvelle production confiée à Barrie Kosky : transposée dans un univers forain déjanté et haut en couleurs, la farce fait mouche, malgré la direction trop sage de Vladimir Jurowski dans la fosse.

 

L’Opéra de Munich surprend cet automne en faisant entrer pour la première fois à son répertoire un ouvrage de Rimski-Korsakov, La Nuit de Noël (1895) : on ne peut que se réjouir de cette initiative qui permet de sortir des sentiers battus habituellement dévolus aux ouvrages russes, limités aux seuls opéras de Tchaïkovski ou Moussorgski. Avec La Nuit de Noël, on découvre un Rimski-Korsakov à son meilleur, inspiré comme souvent par les sujets populaires mêlés de comique et de fantastique, à l’instar du Conte du Tsar Saltane (donné en début d’année à Madrid) ou du Coq d’or (voir en 2017 à Bruxelles), par exemple.

Déjà adapté en 1876 par Tchaïkovski sous le titre de Vakoula le forgeron (puis renommé Les Souliers de la reine lors de la deuxième mouture de 1885), le livret de La Nuit de Noël puise sa source dans l’un des contes les plus célèbres de Gogol, dont l’action se situe dans une bourgade ukrainienne. En célébrant cette région alors affectueusement surnommée « petite Russie », Rimski-Korsakov se régale des mélodies traditionnelles locales, en les incluant notamment dans les délicieuses danses de célébration impériale du troisième acte. L’atout majeur de l’ouvrage réside dans la variété inépuisable de son inspiration orchestrale, aux atmosphères constamment réinventées : Vladimir Jurowski, directeur musical de l’Orchestre de l’Opéra d’Etat de Bavière, se montre malheureusement un rien timide pour faire vivre les parties dédiées au merveilleux d’une emphase et de couleurs plus affirmées. La volonté d’allègement des textures et le refus du pathos conduisent ainsi à une ascèse d’un incontestable raffinement, mais qui sonne trop uniforme par endroits.

 

 

Fort heureusement, le plateau vocal réuni pour l’occasion emporte l’adhésion jusque dans ses moindres seconds rôles, tous distribués généreusement. C’est en effet là l’une des gageures de l’ouvrage, qui possède de nombreux personnages truculents, tout autant qu’une place décisive confiée au chœur, ici à la hauteur de l’événement par son engagement et sa précision. Parmi les rôles de caractère, se distingue Vsevolod Grivnov (Le diacre Ossip), qui n’a pas son pareil pour incarner la prétention et le ridicule, grâce à sa voix puissante et bien articulée. On aime aussi les solides Sergei Leiferkus (Le maire) et Dmitry Ulyanov (Tchoub), tandis que Violeta Urmana (La tsarine) donne beaucoup de classe à sa courte prestation. Si elle manque quelque peu de puissance, Ekaterina Semenchuk (Solokha) fait valoir des graves splendides, autant qu’une composition malicieuse. A ses côtés, Elena Tsallagova (Oxana) montre un aplomb bienvenu en pleine voix, malgré quelques duretés dans l’aigu et un médium plus discret. On lui préfère le superlatif Sergey Skorokhodov (Vakoula), qui fait valoir toute une palette d’émotion grâce à ses phrasés aériens, d’une tenue de ligne parfaite.

Après l’élégante mise en scène de Christof Loy donnée à Francfort en 2023, Barry Kosky nous plonge dans une veillée villageoise baignée de tradition orale, où les événements sont racontés avec les moyens du bord. On assiste ainsi au bricolage à vue d’une pochade aux traits volontairement exagérés, comme au cirque. Accentuant la différenciation avec le peuple, les costumes et les maquillages aux couleurs criardes des notables permettent d’insister sur la satire aimable de leurs hypocrisies et faux-semblants. Comme à son habitude, Kosky met aussi un soin particulier à la direction d’acteur, en nous embarquant dans un irrésistible élan fraternel et tendre, à la manière du travail mené pour la comédie musicale Un Violon sur le toit, à Berlin, puis Strasbourg. On aime aussi l’apport des danseurs et acrobates, qui donne beaucoup de vitalité à l’ensemble, sans jamais en faire trop. Un spectacle très réussi à découvrir pour les fêtes de fin d’année, qui restitue avec brio la générosité de l’esprit populaire slave.

 

 

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CRITIQUE, opéra. MUNICH, Opéra d’Etat de Bavière, le 29 novembre 2025. RIMSKI-KORSAKOV : La Nuit de Noël. Sergey Skorokhodov (Vakoula), Elena Tsallagova (Oxana), Ekaterina Semenchuk (Solokha), Dmitry Ulyanov (Tchoub), Tansel Akzeybek (Le Diable), Milan Siljanov (Panas), Sergei Leiferkus (Le maire), Vsevolod Grivnov (Le diacre Ossip), Violeta Urmana (La tsarine), Matti Turunen (Patziouk), Bayerisches Staatsorchester, Vladimir Jurowski (direction musicale) / Barrie Kosky (mise en scène). A l’affiche de l’Opéra d’Etat de Bavière à Munich, jusqu’au 22 décembre 2025. Crédit photo (c) G. Schied

 

 

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ORCHESTRE SYMPHONIQUE D’ORLÉANS, les 20, 21 déc 2025. Concert de Noël : Homilius, Corelli… Pierre de Bucy (direction)

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Sous la direction de Pierre de Bucy, les instrumentistes de l’Orchestre Symphonique d’Orléans, proposent un concert de Noël festif et original, regroupant Homilius et Corelli… Les musiciens invitent à laisser sapins et guirlandes pour profiter d’un temps
de musique sacrée. Rien n’égale la magie à vivre et à partager d’un concert particulier dédié aux célébrations de Noël. Pour ce faire, le programme affichent deux compositeurs rares et d’autant plus attendus : Homilius et Corelli.

 

Orchestre Symphonique d’Orléans
CONCERT DE NOËL
Salle de l’Institut à Orléans
samedi 20/12/2025 à 20:30 à
dimanche 21/12/2025 à 16:00
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’Orchestre Symphonique d’Orléans : https://www.orchestre-orleans.com/%C3%A9v%C3%A8nement/concert-de-noel/
Durée : 1 h 15 – sans entracte
Placement numéroté
Orléans, Salle de l’Institut
https://www.google.com/maps?q=Orl%C3%A9ans,+Salle+de+l%27Institut&zoom=14&size=512×512&maptype=roadmap&sensor=false

 

 

programme

HOMILIUS / Oratorio de noel
CORELLI / Concerto grosso pour la nuit de Noël

 

Direction : Pierre de Bucy
Ensemble Vocal
du Conservatoire d’Orléans
Ensemble instrumental de l’OSO
Orchestre Symphonique d’Orléans

 

 

 

Le dramatisme spirituel du Saxon Homilius

Le moins connus des deux compositeurs baroques [Homilius] a affirmé en son temps une écriture spirituelle voire mystique qui prolonge avec sincérité, l’héritage de JS BACH.

Né en 1714 d’un père pasteur, mort à Dresde en 1785 [71 ans], le Saxon Gottfried August Homilius se forme en participant à la réalisation des œuvres de Bach à Leipzig. Son talent ne tarde pas à le mettre en avant : Homilius devient directeur de la musique des principales églises de Dresde, sous le règne des Électeurs Frédéric-Auguste II, Frédéric-Christian et Frédéric-Auguste III.

Fameuse, sa cantate de la passion  » Ein Lämmlein geht und trägt die Schuld » (HoWV 1.2) indique de façon emblématique une écriture plus introspective que dramatique, une musique qui pense et favorise la méditation spirituelle des sujets sacrés. En témoigne une œuvre riche dont pas moins de 4 Passions :
Matthäuspassion « Ein Lämmlein geht und trägt die Schuld »/ »Und es begab sich »/ »Erfüllt mit göttlich ernsten Freuden » (HoWV 1.3) ; Johannespassion « Der Fromme stirbt » (HoWV 1.4) ; Lukaspassion « Du starker Keltertreter » (HoWV 1.5) ; Markuspassion (HoWV 1.10). Soit des partitions ambitieuses témoignant d’une ferveur sincère, dont profite évidemment son oratorio de Noël, prolongement des œuvres de Bach, alternative originale et stimulante entre opéra spirituel et oratorio sacré. Le geste vocal et l’engagement musical indiquent assez l’émergence des passions dans le traitement des textes sacrés, surtout dans le contexte de la Cour de Dresde, – convertie au catholicisme sous Auguste II le fort [1697], perméable à l’esthétique de la Contre-Réforme et son théâtre expressif très incarné. D’un dramatisme mesuré, l’oratorio de Noël  » Weihnachtsoratorium / Die Freude der Hirten » n’échappe pas a la règle…

 

 

 

 

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ENSEMBLE INTERCONTEMPORAIN, Cité de la Musique, vendredi 12 déc 2025. PIERRE BOULEZ : POÉSIE POUR POUVOIR ; Igor STRAVINSKY, Betsy JOLAS… Concert de clôture des célébrations du Centenaire Boulez

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Concert de clôture des célébrations du Centenaire Boulez… L’Ensemble intercontemporain clôt le Centenaire Boulez sur une note de poésie : celle d’Henri Michaux, dont le compositeur s’est inspiré en 1958 pour « Poésie pour pouvoir » (la partition donne le titre du concert). Même entravé par des moyens techniques alors limités, Pierre Boulez conçoit une œuvre visionnaire qui esquisse déjà les contours de « Répons » et de son espace sonore éclaté : deux orchestres et un groupe de solistes y dialoguent avec des sons fixés, alternant psalmodie du texte de Michaux et nappes électroniques. Il en découle une partition qui déploie des possibles poétiques d’une grande force, inspirant déjà un geste musical sans limites…

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Photo : Pierre Boulez, dans son appartement rue Beautreillis à Paris, en 1958 © Ingi Paris/ akg images / promotion du concert sur le site de l’EIC Ensemble intercontemporain

 

 

Pierre Bleuze (avec Jean Deroyer pour Poésie pour pouvoir) programme cette oeuvre de jeunesse en la faisant dialoguer avec deux chefs-d’œuvre chers à Boulez : les Symphonies d’instruments à vent d’Igor Stravinsky (hommage à Debussy) et le Concerto à la mémoire d’un ange d’Alban Berg – l’ange en question étant Manon, fille d’Alma Mahler et de Walter Gropius…

Enfin, dans « Ces belles années »…, Betsy Jolas réunit ses plus beaux souvenirs musicaux du Festival d’Aix-en-Provence, commanditaire de la pièce en 2023 dans une partition orchestrale à la fois « mélancolique et joyeuse »…

 

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CENTENAIRE PIERRE BOULEZ, concert de clôture
PIERREBOULEZ: « Poésie pour pouvoir »
vendredi 12 décembre 2025, 20h
Paris Cité de la musique – Salle des concerts
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’Ensemble intercontemporain :
https://www.ensembleintercontemporain.com/fr/concert/poesie-pour-pouvoir-2025-12-12-20h00-paris/
durée : 1:45

 

 

programme

Pierre BOULEZ
Poésie pour pouvoir, pour trois orchestres et électronique
D’après le poème « Je Rame » d’Henri Michaux
Création française

Igor STRAVINSKY
Symphonies d’instruments à vent

Betsy JOLAS
Ces belles années…, pour soprano et orchestre

Alban BERG
Concerto pour violon « À la mémoire d’un ange »

 

AVANT-CONCERT À 19h dans les coursives
Coup d’œil sur les œuvres
Accès libre avec le billet du concert

 

distribution

Tamara Bounazou, soprano
Diego Tosi, violon
Yann Boudaud, voix enregistrée

Ensemble intercontemporain
Orchestre du Conservatoire de Paris
Pierre Bleuse, direction
avec Jean Deroyer pour Poésie pour pouvoir

Marco Stroppa, Carlo Laurenzi,
reconstitution et interprétation de l’électronique de Poésie pour pouvoir
Luca Bagnoli, diffusion sonore Ircam

Concert enregistré par France Musique et diffusé le 7 janvier 2026 à 20h.

 

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CRITIQUE, récital lyrique. TOULOUSE, Théâtre national du Capitole, le 2 décembre 2025. Récital d’Adieux d’Annick MASSIS (accompagnée au piano par Antoine PALLOC)

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Ô nuit de grâce et de feu ! Nuit où les anges ont pris congé de l’éther pour se fondre dans le velours d’une salle en suspens ! Ce mardi 2 décembre, le Théâtre du Capitole de Toulouse s’est mué en un sanctuaire vibrant, en un vaisseau chaleureux voguant vers l’éternité, porté par la voix d’une déesse : Annick Massis ! Notre gloire française, notre belcantiste absolue, choisissait cette scène sacrée pour la chanteuse – celle-là même qui, en 1991, accueillit ses premiers frémissements divins ! – pour y poser un baiser d’adieu. Et quelle ferveur fut la sienne, amplifiée par les doigts magiques d’Antoine Palloc, dont le piano fut moins un accompagnateur qu’un miroir sonore, une rivière d’argent sous l’arc-en-ciel de sa voix, au timbre « de lait et de lune » (pour reprendre les termes de Christophe Ghristi dans son vibrant hommage à l’issue de la soirée !) – et reconnaissable entre tous.

 

La boucle était bouclée dans un éclat d’or pur. De la jeune institutrice de 28 ans à la souveraine qui, en trois décennies, a conquis le monde avec plus de soixante-dix incarnations scéniques, le chemin est une ascension miraculeuse. Ce soir-là, chaque note était un souvenir, chaque phrase un fragment d’une vie offerte. Elle, la Parisienne au cœur toulousain, dont la voix a illuminé Les Pêcheurs de perles, envoûté dans Lucia di Lammermoor, et électrisé dans Lucrezia Borgia (nous y étions), revenait « à la maison ». Non pour un crépuscule, mais pour un lever de soleil triomphal !

Son programme était une carte au trésor de l’âme humaine, tissée de Mélodies italiennes, espagnoles et françaises. Le vibrionnant Antoine Palloc ouvrit des portes sur des jardins secrets, avec les délicats frissons de Del Cabello más sutil d’Obradors, et la nostalgie brumeuse des Nebbie de Respighi. Puis vint le « grand œuvre » : dans « Addio del passato » extrait de La Traviata, ce ne fut pas Violetta que nous entendîmes, mais Massis elle-même, distillant toute la mélancolie d’une carrière sublime dans un souffle de pianissimo qui brisa les cœurs. L’instant d’après, la voilà qui, dans un élan d’amour filial universel, faisait jaillir le « O mio babbino caro » de Puccini avec une simplicité qui en redoublait la puissance déchirante. Et comment décrire l’incantation de « Casta Diva », extrait de Norma de Bellini, l’un de ses rôles les plus emblématiques aux côté de Lucia di Lammermoor de Donizetti ? Sous sa diction, l’invocation à la lune de Bellini devint un rituel sacré, une colonne de son pur, limpide et d’une sereine autorité qui enlaça la salle entière. La technique, d’une précision d’orfèvre – ah ces vocalises, ces suraigus, et ces trilles irréprochables !… – n’était plus qu’un véhicule transparent pour l’émotion la plus pure et la plus nue…

 

 

Le public toulousain (mais aussi ses plus fervents admirateurs venus de l’Europe entière !), transporté, debout, ému aux larmes, exigea et obtint cinq rappels enflammés. Ce fut alors que la magicienne déploya ses sortilèges les plus personnels, d’abord avec le célèbre « Granada », qui fut moins un chant qu’un défi joyeux, une explosion de vie et de passion latine qui embrasa une nouvelle fois la salle. Et le « pot-pourri » qu’elle donna, comme 3ème bis, fut une résurrection éblouissante : le finale vertigineux de La Sonnambula, l’air étincelant des bijoux de Faust, et comme conclusion, l’envol libertin du « Je vais par tous les chemins » de Manon de Massenet, un rôle qui lui est également très cher. Chaque incarnation, effleurée en quelques mesures, était parfaite, complète, reconnaissable entre mille.

A peine ce 3ème bis délivré, Christophe Ghristi, directeur artistique du Théâtre national du Capitole de Toulouse, sortit de l’ombre des coulisses pour accomplir un geste d’une beauté historique : au nom de la France éternelle des Arts, il éleva Annick Massis à la dignité d’Officier des Arts et des Lettres ! L’émotion qui inonda alors le visage de la cantatrice, cette reconnaissance officielle d’une vie de don absolu, fut le point d’orgue parfait de cette mémorable soirée.

Ô public du Capitole, qui avez eu la chance et l’honneur d’assister à ce concert déjà mythique, gardez-le précieusement au creux de votre mémoire. Vous n’avez pas vu une artiste faire ses adieux : vous avez assisté à un sacre ! Vous avez vu une femme, Annick Massis, éternelle enfant de Toulouse, transformer l’or de sa voix en une couronne d’étoiles et la déposer sur l’autel de la Beauté. Comme elle le disait avec cet humour qui la caractérise, parlant de la tournée d’adieu de Madame Gruberova : « Cela pourrait durer vingt ans ! ». Alors ne pleurons pas… Célébrons ! Car une telle voix, une telle âme, ne disent jamais vraiment adieu. Elles entrent dans la légende, et la légende, elle, est immortelle. La flamme qu’elle a allumée hier soir au Théâtre du Capitole ne s’éteindra jamais : elle brillera à jamais dans le firmament de l’art lyrique, guide et inspiration pour toute la jeune génération de chanteurs et chanteuses. Gloire à elle !

 

 

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CRITIQUE, récital lyrique. TOULOUSE, Théâtre national du Capitole, le 2 décembre 2025. Récital d’Adieux d’Annick MASSIS (accompagnée au piano par Antoine PALLOC). Crédit photo (c) David Herrero & Emmanuel Andrieu

 

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ENTRETIEN avec le chorégraphe François MAUDUIT, à propos de son ballet « DANCER(S) », chorégraphie événement à l’affiche de décembre 2025…

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Le danseur et chorégraphe François Mauduit présente une saison 2025 – 2026 d’autant plus flamboyante qu’elle marque les 20 ans de sa compagnie. Temps fort de ce cycle anniversaire, le ballet « Dancer(s) », qui est l’objet d’une tournée impressionnante dont 2 dates à Paris (les 9 et 10 décembre prochains, Théâtre du 13è Art). François Mauduit évoque le contexte et le sujet d’une chorégraphie emblématique de son travail, dont le langage qui emprunte à toutes les formes de l’écriture classique, immerge dans la vie du danseur, ses rêves, ses défis, les épreuves, l’entrainement du corps, la réalité de la scène et les éléments qui continuent d’entretenir la flamme de la passion… « Pourquoi danser ? », pour qui, comment ? François Mauduit expose ses éléments de réponses.

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Photo : portrait de François Mauduit DR

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Quel serait le sujet principal de votre ballet «  dancer(s) » ?

François Mauduit : La vie du danseur / de la danseuse. Depuis ses débuts jusqu’à la fin de sa carrière, et durant ce long parcours, le rapport à la réalité et aux rêves. J’évoque tout ce qui porte et inspire un danseur et aussi tout ce qui l’entrave dans son métier : la réalité du corps, l’épreuve de la scène. Comment le corps évolue avec les années… comment aussi malgré les défis et les obstacles, chacun de nous conserve la passion et la flamme, le désir et le plaisir de toujours danser. Je pose la question : « pourquoi on danse ? » Le rêve peut s’évanouir, mais le désir résiste et demeure. J’ai conçu le ballet comme une parabole de la vie. Il y a de la dérision, de l’humour aussi, et j’espère de la poésie…. jusqu’au tableau final, que j’ai souhaité lumineux.

 

CLASSIQUENEWS : Quel en est le langage chorégraphique ?

François Mauduit : Je m’inscris dans la veine classique et chacun de mes ballets cherchent à en explorer toutes les possibilités. En réalité, le ballet néo classique emprunte au ballet académique et même à la création contemporaine. J’aime mettre en avant la richesse du vocabulaire classique avec une dimension théâtrale, ainsi que je l’ai appris en étant danseur chez Maurice Béjart. J’aime développer la théâtralité, l’engagement du corps dans un jeu d’acteur ; il est important de créer sur scène, une galerie de personnages et pas seulement des corps qui dansent. Dans « Dancer(s) », j’utilise toutes les facettes du langage chorégraphique, tout ce que j’ai expérimenté dans les ballets précédents. J’aime mettre en avant cette diversité qui croise aussi la grande pluralité des musiques choisies.

 

CLASSIQUENEWS : Comment ce ballet s’inscrit-il vis à vis des précédents ? De quelle façon est-il emblématique de votre travail personnel ?

François Mauduit : Le ballet a été créé juste après l’épidémie de covid. C’était une période difficile, car sans public, sans spectacles, il fallait coûte que coûte continuer à danser, ne pas rompre l’activité ni la pratique, surtout conserver la motivation. Dans ce contexte, je me suis interroger profondément sur la vie du danseur : qu’est ce qui nous motive ? Pourquoi danser ?

En réalité le ballet arrive au bon moment, pour fêter d’une certaine façon les 20 ans de notre Compagnie. J’y ai intégré bon nombre d’éléments déjà présents dans mes ballets précédents ; j’ai picoré en quelque sorte dans mes réalisations antérieures. Evidemment, pendant 1h30, s’agissant d’évoquer la vie d’un danseur, le ballet reprend des sujets qui sont liés aux influences que j’ai reçues en tant que danseur et comme chorégraphe aussi. C’est une sorte de rétrospective, une synthèse, très représentative de mon travail.
Si je devais distinguer à ce titre deux tableaux significatifs, j’isolerai le premier où dans un essoufflement collectif, la danse classique va très loin, au bout des limites physiques et expressives des danseurs ; ces 20 premières minutes exigent énormément des interprètes ; il s’y dépensent jusqu’à leurs dernières limites, dans une sorte d’épreuve qui les libère aussi.
Ensuite, je citerai le dernier tableau où cette part d’enfance qui porte le danseur, malgré les péripéties multiples qui se sont imposées à lui, s’affirme comme une force préservée.

 

CLASSIQUENEWS : Avez-vous noté des évolutions de la part des spectateurs, des directeurs de salles ?

François Mauduit : Le public est très demandeur de nouveaux spectacles. Les programmateurs sont moins ouverts. Il est difficile de démontrer que s’agissant de danse classique, il existe d’autres écritures possibles que les grands ballets célèbres comme Le lac des cygnes, … que j’adore, ce n’est pas la question. Il est important de montrer qu’en matière de ballet classique, il est possible d’inventer toujours des langages et des formes très riches, ce aux côtés du hip hop ou de la danse contemporaine.
Je dois à Maurice Béjart d’avoir mesurer combien le danseur ne peut pas être un fonctionnaire, car il s’agit surtout de passion. Danser, c’est une question qui engage.
Maurice Béjart avait ce don de renouveler toujours son propre langage en se souciant du rapport au public, de ce que le danseur sur la scène suscite auprès des spectateurs. Il avait le sens du timing et savait très précisément à quel moment, déployer tel geste ou telle attitude pour que le public entre dans l’action et tombe immédiatement amoureux des situations et des danseurs. J’ai appris à ses côtés comme danseur et comme chorégraphe, l’importance du mouvement, du théâtre, du jeu, mais aussi des musiques choisies. Béjart était aussi très cultivé ; il a su faire évoluer la danse anecdotique vers une célébration spirituelle, tout cela en communion avec le spectateur.

Propos recueillis en décembre 2025

 

 

TEASER VIDÉO

 

 

agenda

Le Ballet «  DANCER(S) » est à l’affiche du Théâtre du 13è art, les 9 et 10 décembre 2025 – Plus d’infos :
www.le13emeart.com
www.francoismauduit.fr

 

 

 

 

présentation / annonce

LIRE aussi notre annonce du ballet événement « DANCER(S) » de François Mauduit /  les 9 et 10 décembre 2025 : https://www.classiquenews.com/paris-13e-art-ballet-the-dancers-compagnie-francois-mauduit-les-9-et-10-decembre-2025/

la vraie vie d’un.e danseur.euse
À l’occasion des 20 ans de sa compagnie, le danseur François Mauduit, ex soliste de Maurice Béjart, questionne la danse et les danseurs ; il évoque ses souvenirs de danse avec passion, tendresse, férocité parfois et même folie… Du petit rat de l’Opéra son travail de soliste au sein de la compagnie de Maurice Béjart, ses premiers professeurs, ses rencontres avec de grandes personnalités, … de nombreux souvenirs se mélangent aux douces illusions d’une enfance totalement dévouée à la danse. Portrait François Mauduit (DR).

 

 

 

VOIR aussi l’entretien vidéo de François Mauduit à propos de  » Dancer(s)  » : https://www.instagram.com/reel/DRhvr5BDH3g/

 

 

 

 

 

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CRITIQUE, opéra. PARIS, Philharmonie de Paris, le 29 novembre 2025. STOCKHAUSEN : Montag aus Licht. M. Takahashi, C. Barbier Serrano, M. Picaud, F. Baffi, E. Massignat… Silvia Costa / Maxime Pascal

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Le XXIe siècle est une ère où l’acte cérémonial se compte sur les doigts d’une main. Si l’acte artistique est en soi, selon les genres, une libation aux divinités des temps anciens, ce soir sous la coupole « Nouvelienne » de la Salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris, nous avons assisté, non pas à une représentation, mais à une véritable renaissance. 

 

La série « Licht«  de Karlheinz Stockhausen est née à l’époque des manifestes et des idéaux. Quasiment un demi-siècle après la conception de ce cycle passionnant et immense, L’ensemble Le Balcon et son chef Maxime Pascal se préparent à conclure le retour tonitruant et fabuleux de cet « opéra monde » d’un des plus grands compositeurs du XXe siècle. Comme d’autres grands cycles, évidemment on pense au Ring, « Licht » apporte une pierre de touche à l’expression musicale dans une monumentalité qui n’est pas démunie de grâce et de grandes pages à la sensibilité débordante. Parce que derrière tout l’univers post-moderne de l’écriture de Stockhausen demeure tout de même l’aspect impondérable du rapport charnel à l’univers en tant que tout avec l’humain, ses rêves et ses croyances comme véhicule sensible et sensuel. 

Silvia Costa – brillante metteuse en scène qui nous a récemment émerveillés avec une Damnation de Faust inédite au Théâtre des Champs-Elysées – signe dans Montag aus Licht une vision à la fois fidèle à l’esprit de l’œuvre et un regard rafraîchissant débordant d’idées et d’émotions. Si, dans La Damnation, l’aspect fantasmatique et onirique montrait Faust sous un regard fortement contemporain, dans ce Montag aus Licht, Silvia Costa prend à bras le corps les références enfantines de la mère originelle Eve, au cœur de ce premier volet du cycle. Associant les créations visuelles formidables de Nieto, la metteuse en scène nous transporte sur une plage aux couleurs enfantines et au phare caricatural. Mais que l’on ne se trompe pas, toute cette semblable simplicité forme partie d’une construction complexe où les symboles côtoient des tableaux à l’inoubliable beauté.

Pour faire de cet « opéra-monde » un véritable spectacle sans dénaturer son langage, il fallait un talent tel que celui de Silvia Costa. Parmi les grands moments qui nous ont particulièrement touchés, les premières minutes avec cette Eve-mater figurée par une comédienne enceinte et à la nudité hiératique, véritable Vénus originelle telles les friables sculptures des temps immémoriaux, quand l’humanité ne se parlait qu’en symboles. Un autre moment fantastique est la procession mystique du deuxième acte, les choristes des diverses Maîtrises (Radio France, Maîtrise de Paris…), parcourent la salle plongée dans le noir avec des jupons de tulle éclairés de vert, autant de feuillages qui composeront un cercle cérémoniel pour la nouvelle naissance d’Eve, un rituel qui nous rappelle que l’être humain est lié au divin par son corps et son esprit. Et la fin qui voit pointer l’astre vespertin qui guidera marins et migrateurs vers les grands voyages. 

Le Balcon, compagnie à l’audace constamment renouvelée, s’est lancé dans la restitution de l’intégralité du cycle Licht depuis 2018. Phénomène unique dans le vaste paysage musical européen, Le Balcon réunit à la fois des musiciennes, musiciens, comédien.n.e.s, ingénieur.e.s du son et créatrices/créateurs visuels, pour ce Montag aus Licht : il est quasiment impossible de mettre en avant des individualités. Saluons néanmoins ce collectif qui, selon ce que semblait chercher Stockhausen, se réunit au public pour faire vibrer dans une incantation « célébratoire » le culte de nos origines sensorielles ou mystiques selon les goûts et les approches. Saluons évidemment l’héroïque Maxime Pascal avec sa direction impeccable d’une partition qui ressemble davantage à un plan ou une exposition de circuits dont le mécanisme seul un artiste tel que maestro Pascal sait restituer la formidable beauté en un geste. 

Sortir de Montag aus Licht dans la nuit tumultueuse de Paris nous a révélé un aspect enfoui de notre âme. D’aucuns pourraient parler d’un élan primitif, d’autres d’un extase philosophique. Dans notre cas, et humblement, quand l’on tourne les yeux aux cieux nocturnes de novembre, l’étoile d’Astarté semble chanter encore et encore la géométrie astrale de Stockhausen, par dessus les halos des réverbères et l’asphalte mouillé tel le dos d’un immense léviathan endormi…

 

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CRITIQUE, opéra. PARIS, Philharmonie de Paris, le 29 novembre 2025. STOCKHAUSEN: Montag aus Licht. M. Takahashi, C. Barbier Serrano, M. Picaud, F. Baffi, E. Massignat… Silvia Costa / Maxime Pascal. Crédit photo © Denis Allard

 

 

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Streaming opéra. CALDARA : Ifigenia in Aulide [Innsbruck Festspiel. Autriche], OperaVision le 5 déc 2025 / Marie Lys, Carlo Vistoli… Compagnie Per Poc / OTTAVIO DANTONE

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Recréation lyrique majeure en provenance du dernier festival de musique ancienne d’Innsbruck (Autriche)… L’armée grecque, rassemblée à Aulis, s’apprête à mettre les voiles vers Troie, mais le vent ne souffle pas. Le devin Calchas alerte : encolère, Artémis exige un sacrifice. La fille du roi Agamemnon, Iphigénie, doit mourir pour que la flotte puisse partir.

 

 

Tiraillé entre son devoir envers la Grèce et son amour pour sa fille, Agamemnon invite Iphigénie à Aulis pour qu’elle épouse Achille. Lorsque Iphigénie et sa mère Clytemnestre arrivent, elles apprennent la vérité, et sont dévastées. Quel héros sauvera-t-il Iphigénie du sacrifice ?

En 1718, le compositeur vénitien Antonio Caldara, alors vice-maître de chapelle à la cour impériale de Vienne, compose sa première adaptation d’Iphigénie en Aulide d’après le livret d’Apostolo Zeno. Suivant le destin de la princesse mycénienne Iphigénie, soumise au caprice divin, le style de Caldara se révèle somptueux et efficace. L’œuvre de Caldara combine la virtuosité et l’expressivité, la structure et le contrepoint de l’école viennoise influencée par Johann Joseph Fux, et la fantaisie harmonique de la musique de la cour de Dresde, avec laquelle il reste lié sa vie durant.

 

 

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IFIGENIA IN AULIDE de CALDARA
Streaming opéra. CALDARA : Iphigénie in Aulida [Innsbruck Festspiel. Autriche]
VOIR l’opéra sur OperaVision vendredi 5 déc 2025 :
https://operavision.eu/fr/performance/ifigenia-aulide

/ Marie Lys, Carlo Vistoli… Compagnie Per Poc / OTTAVIO DANTONE
Diffusé le 5 décembre 2025 à 19h CET
Disponible jusqu’au 5 juin 2026 à 12h CET
Enregistré le 10 août 2025
Chanté en italien – Sous-titres en anglais, italien, allemand

Sous la direction musicale d’Ottavio Dantone, la production du Festival de musique ancienne d’Innsbruck est une recreation majeure, c’est la première représentation scénique d’Ifigenia in Aulide depuis plus de 300 ans. Comme il sied à un « drame sacrificiel » où les dieux tirent les ficelles du destin humain, cette Ifigenia est mise en scène par la compagnie espagnole PerPoc, qui intègre des marionnettes grandeur nature dans le déroulement de l’action.

distribution
Ifigenia : Marie Lys
Agamennone : Martin Vanberg
Clitennestra : Shakèd Bar
Achille : Carlo Vistoli
…
Musique : Antonio Caldara
Texte : Apostolo Zeno
Mise en scène, costumes et concept :
Anna Fernández & Santi Arnal (Companyia Per Poc)

Accademia Bizantina / OTTAVIO DANTONE (direction)

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CRITIQUE CD événement. M-A. CHARPENTIER : « Messe de Minuit pour Noël » (et autres oeuvres sacrées). C. Arnaud, R. Champion, M. Vidal, D. Witczak (solistes vocaux), Ensemble Marguerite Louise, Gaëtan Jarry (direction)

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Le Label discographique Château de Versailles Spectacles, couronné « Label de l’Année » aux prestigieux International Classical Music Awards en 2022, enrichit une nouvelle fois sa collection avec une publication aussi somptueuse que sa demeure d’origine. Ce disque, capté en décembre 2024 dans l’écrin sacré de la Chapelle Royale, nous offre un voyage au cœur des Noëls baroques de Marc-Antoine Charpentier, sous la direction inspirée du jeune chef Gaétan Jarry depuis le grand orgue historique de la Chapelle Royale – et à la tête de son Ensemble Marguerite Louise.

 

Un programme au cœur de la tradition festive
Charpentier, dont le génie fut parfois éclipsé par l’omniprésence de Lully à la cour, excellait dans l’art de mêler le sacré et le populaire. Le programme de cet album en est la parfaite illustration, construit comme une grandiose célébration de la Nativité. Il s’ouvre avec la célèbre Messe de minuit pour Noël H.9, chef-d’œuvre dans lequel le compositeur tresse avec une science harmonique prodigieuse des mélodies de noëls traditionnels (« Joseph est bien marié », « Une jeune pucelle ») dans la trame liturgique. Cet équilibre entre ferveur simple et sophistication contrapuntique définit l’esprit de l’ensemble. La messe est précédée et entrecoupée des délicats Noëls sur les instruments H.534, et le programme culmine avec deux œuvres contrastées : le dramatique Dialogus inter angelos et pastores H.420, petite « histoire sacrée » narrant l’annonce aux bergers, et le solennel Dixit Dominus H.202, psaume concertant d’une grande vitalité.

L’esprit et la lettre : une interprétation qui respire
La grande force de cette réalisation réside dans l’alliance parfaite entre une pensée musicale claire et un élan vivant. Gaétan Jarry, à la tête de l’Ensemble Marguerite Louise (qu’il a fondé), confirme ici tout le talent déjà salué dans ses précédents enregistrements pour le label, tel David et Jonathas, où il faisait preuve d’une direction déjà fervente. Diriger depuis l’orgue, pratique historiquement informée, lui permet d’être au cœur du continuo et d’impulser un tempo et une respiration d’une grande souplesse. L’orchestre et le chœur répondent avec une précision et une énergie remarquables, dans une parfaite synchronisation avec le jeune maestro.

Une distribution parfaite
La qualité des quatre solistes, tous rodés au répertoire baroque français, est un autre point d’excellence. La soprano Caroline Arnaud, dont la justesse et l’expressivité avaient déjà touché dans le rôle de Jonathas, apporte ici une pureté et une grâce idéales. Le haute-contre Romain Champion et la taille Mathias Vidal (omniprésent et apprécié sur la scène versaillaise) font preuve d’une agilité et d’une clarté d’élocution exemplaires. Enfin, la basse David Witczak, régulièrement acclamé pour ses portraits vocaux à la fois puissants et nuancés, apporte une autorité et une profondeur sonore essentielles. L’équilibre entre les soli, les duos et les interventions chorales est constamment maîtrisé, servant autant l’intimité du Dialogus que la splendeur du Dixit Dominus.

L’aura du lieu                                                                                         L’enregistrement dans la Chapelle Royale n’est pas un simple argument marketing. L’acoustique singulière du lieu, à la fois claire et ample, enveloppe les voix et les instruments d’une résonance qui semble venir du fond des âges. Elle contribue à la solennité joyeuse qui se dégage de l’ensemble, rappelant que cette musique fut conçue pour de tels espaces. La prise de son, d’une grande transparence, capture avec justesse cette ambiance unique. Un CD à mettre d’urgence sous le sapin !

 

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CRITIQUE, CD événement. M-A. CHARPENTIER : « Messe de Minuit de Noël » (et autres oeuvres sacrées). Caroline Arnaud, Romain Champion Mathias Vidal, David Witczak (solistes vocaux), Ensemble Marguerite Louise, Gaëtan Jarry (direction). 1 cd CVS Château de Versailles Spectacles, enregistré à la Chapelle Royale de Versailles en décembre 2024 – CLIC de CLASSIQUENEWS

 

 

PLUS D’INFOS sur le site de la boutique de l’Opéra Royal de Versailles : https://www.operaroyal-versailles.fr/boutique/

 

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CRITIQUE CD événement. SASKIA LETHIEC : JEAN-SEBASTIAN BACH. Intégrale des Sonates et Partitas pour violon seul (1 cd Cascavelle, 2025)

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En 2 cd, voici une intégrale des œuvres pour violon seul de JS Bach dont la réalisation convainc de bout en bout. Comme les variations Goldberg sont le Graal pour tout claveciniste, les 6 partitions abordées (3 Sonates et 3 Partitas, datant des périodes de Cothen et Weimar soit entre 1714 et 1720) sont l’Everest de tout violoniste… non seulement par leurs multiples défis techniques, mais aussi par la nécessité de défendre une cohérence sonore et stylistique, voire spirituel que l’on soit ou non croyant. La ferveur de JS Bach irradiant de toutes ses œuvres, en particulier des Cantates et des Passions, Sonates et Partitas puisent leur origine à la même source : intensité, sincérité, nuances.

 

 

Violoniste chevronnée, Saskia Lethiec comprend tout cela, en technicienne virtuose comme en interprète habitée. Son violon Louis Guersan de 1741, a l’acuité et la flexibilité, le grain serpentin et le mordant expressif pour réussir chaque séquence, offerte comme un acte autant musical que spirituel, chaque épisode proposé comme une ascension musicale.
En outre la spatialisation naturelle de lieu de l’enregistrement, sa réverbération mesurée offre un écrin idéal pour chaque pièce qui ne demande qu’à résonner et s’élever, à abolir espace et temps.

 

 

une cathédrale sonore
musicale, abstraite, spirituelle…

Sur les traces du virtuose J.G. Pisendel, Bach édifie une cathédrale sonore pour le violon (instrument qu’il maîtrise aussi bien que l’orgue), le portant sur des cimes inédites jusque là, le faisant sonner comme un instrument polyphonique (qu’il n’est pas, puisque strictement monodique) ; mais l’illusion et le génie de l’écriture, le fait paraître d’une générosité expressive débordante et juste, instrument lumineux et palpitant, d’emblée inscrit dans la lumière et taillé pour gravir la Montagne.

Saskia Lethiec joue les pièces dans l’ordre souhaité par Bach de la BWV 1001 à 1006, chaque Partita succédant à chaque Sonate, comme un jeu d’équilibre qui se révèle dans l’enchaînement des deux et après leur complète réalisation. De leur continuité sonore naît le sentiment de cheminement et… dans le cas qui nous occupe de méditation comme d’élévation. Sus des doigts aussi agiles, et dans le mouvement de l’archet aérien se précise un parcours que l’on sent habité, mesuré, réfléchi ; où l’exercice de chaque nuance pèse autant que le sens de l’architecture globale
L’interprète souligne la stabilité de la conception structurelle, en particulier dans les Sonate (da chiesa), leur filiation avec l’astre coréllien ; un parcours en 4 mouvements (Prélude, fugue, lent, vif) que certains rattachent même au temps liturgique : Noël, Pâques et Pentecôte pour les Sonates I, II et III…
Même cohérence organique des 3 Partitas, dont l’enchaînement des danses sur le schéma basique : allemande, courante, sarabande… offre un champs d’expérimentation sonore sans entrave, dans une succession changeante, mobile, dont l’oscillation permanente bascule de la ligne sonore à l’abstraction ; un accomplissement qui fait d’ailleurs tout le sel de la Partita BWV 1004, avec en séquence finale l’exceptionnelle Chaconne de plus de 14 mn (!)… soit la réponse en quelque sorte de la Fugue de la Sonate qui précède (BWV 1003)… de plus de 9mn et en relation avec le temps pascal…

A mesure que la musique se réalise, à travers les 6 stations ainsi jalonnées, le geste souverain, l’instinct musical, l’imagination qui dissout la structure, la souplesse qui sublime le discours, ne pouvaient rencontrer une interprète plus inspirée.

 

 

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CRITIQUE CD événement. SASKIA LETHIEC : JEAN-SEBASTIAN BACH. Intégrale des Sonates et Partitas pour violon seul (1 cd Cascavelle, 2025) – CLIC de CLASSIQUENEWS hiver 2025

concert

Intégrale des Sonates et Partitas pour violon seul
à l’occasion de la parution du double cd édité chez CASCAVELLE
SAMEDI 6 DÉCEMBRE 2025, à 18h puis à 20h30
PARIS, église Luthérienne Saint-Marcel
24 rue Pierre Nicole, Paris 5ème ardt

INFOS et RÉSERVATIONS sur le site de SASKIA LETHIEC : https://www.saskialethiec.com/
Page dédiée au concert du 6 décembre 2025 : https://www.saskialethiec.com/events/concert-j-s-bach/

 

 

déroulement

18h – 19h30 : SONATES BWV 1001, 1003, 1005
20h30 – 22h : PARTITAS BWV 1002, 1004, 1006
Présentation par le Pasteur Alain Joly
Rencontre avec l’artiste
Tarif: 30 euros les 2 sessions
20 euros l’un de deux concerts / 10 euros (réduit)

 

 

 

 

LIRE aussi notre annonce du CD événement SASKIA LETHIEC : JEAN-SEBASTIAN BACH. Intrégale des Sonates et Partitas pour violon seul (1 cd Cascavelle, 2025) : https://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-saskia-lethiec-jean-sebastian-bach-intregale-des-sonates-et-partitas-pour-violon-seul-1-cd-cascavelle-2025/

En regroupant l’intégrale des Sonates et Partitas pour violon seul, le double album forme un cycle particulièrement homogène, composé de 6 pièces abouties : BWV 1001, 1002, 1003, 1004, 1005 et 1006 ; il frappe immédiatement par la plénitude du son déployé de Sonates en Partitas, parmi les plus impressionnantes et profondes qui soient ; comme il semble tout mesurer des enjeux et comprendre l’équilibre suprême qui émanent de leur réalisation… entre ivresse musicale et architecture souveraine…

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CRITIQUE, concert. LYON, Auditorium Maurice Ravel, les 28 et 29 nov 2025. HAYDN / TCHAÏKOVSKY. Kian SOLTANI (violoncelle), Orchestre national de Lyon, Vasily PETRENKO (direction)

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Pour sa nouvelle saison 2025/26, l’Auditorium-Orchestre national de Lyon s’estplacée sous le signe de l’exploration des grandes fresques symphoniques et des partenariats artistiques d’exception. Les 28 et 29 novembre, le public lyonnais a été comblé par une affiche à la fois raffinée et puissante, réunissant la grâce classique de Josef Haydn et le tourbillon dramatique de Piotr Iliitch Tchaïkovski, portés par deux des talents les plus en vue de leur génération.

 

 

Premier acte : la pureté chantante de Kian Soltani dans Haydn

Dès les premières notes du Concerto pour violoncelle n°1 en do majeur de Joseph Haydn, le violoncelliste Autrichien (d’origine Iranienne) Kian Soltani a affirmé une maîtrise qui transcende la simple technique. L’œuvre, connue pour être un « petit joyau de grâce et de bonne humeur » (dixit le programme de salle), a trouvé en lui un interprète idéal. Son approche a été caractérisée par une profondeur d’expression et une pureté de ton remarquables, en font un violoncelliste remarquable, à l’intonation parfaitement pure. Accompagné avec une complicité évidente par l’Orchestre national de Lyon sous la battue attentive de Vasily Petrenko, Soltani a déployé un chant d’une sérénité souveraine. Le dialogue entre le soliste et l’orchestre, notamment avec les bois, était d’une transparence et d’une délicatesse constantes. L’Adagio s’est élevé en un cantabile d’une émotion retenue et poignante, où chaque phrasé respirait la noblesse. Le Finale a ensuite irradié une joie communicative et virtuose, clôturant une interprétation qui alliait l’intelligence musicale à une beauté sonore absolue. Le bis qu’il a interprété ensuite, un chant d’amour perse, a offert un moment de pure magie. Dans cette pièce nostalgique et profonde, Soltani a fait résonner son héritage avec une sensibilité déchirante. La sonorité chaude et enveloppante de son Stradivarius « The London » s’est faite voix intime, transformant la grande salle en un espace de recueillement absolu. Ce fut une parenthèse émouvante qui a révélé, au-delà du grand soliste international, l’âme d’un musicien profondément connecté à ses racines.

Second acte : l’épopée démoniaque de Petrenko dans le « Manfred » de Tchaïkovski

Après l’entracte, l’atmosphère a basculé du classicisme élégant aux abîmes du romantisme le plus tourmenté. Vasily Petrenko, en véritable architecte du son, a pris les rênes d’un Orchestre national de Lyon au sommet de sa forme pour s’attaquer à la vaste Symphonie « Manfred » de Tchaïkovski. Dès les premières mesures, l’intention était claire : nous plonger sans concession dans l’épopée fantastique du héros byronien, cette aventure sonore saisissante évoquant tour à tour des paysages alpestres, des antres infernaux et des bacchanales. Petrenko a déployé une lecture d’une maîtrise impressionnante, sculptant les vastes arcs dramatiques avec une patience et une clarté visionnaires. Il a évité tout affaissement dans le pathos, préférant une narration tendue, implacable, qui maintenait l’auditeur en haleine pendant les soixante minutes de cette partition rare. Les pupitres de l’orchestre ont répondu avec une engagement total. Les cordes, portées par un vibrato subtil et une puissance contenue, ont tissé la trame mélancolique du personnage. Les cuivres, solennels et éclatants, ont irradié lors des apparitions du motif du Dies iræ, sans jamais écraser l’ensemble. Les bois ont apporté couleurs pastorales et touches féeriques, tandis que les percussions ont scandé les moments de crise avec une force titanesque. Le célèbre Scherzo (la « Fée des Alpes« ) a été d’une vivacité étincelante, véritable tourbillon aérien, contrastant avec la gravité cosmique de l’Adagio et la fureur destructrice du finale.

Cette soirée incarnait parfaitement les ambitions de la saison lyonnaise : réunir un orchestre d’excellence (et pour cette fois « le sien » !), un chef d’envergure internationale et un soliste de la nouvelle génération pour explorer le répertoire avec à la fois rigueur et passion. L’Auditorium Orchestre national de Lyon a une fois de plus prouvé qu’il est une scène où la musique, dans toute son expressivité, peut atteindre à la transcendance. Une grande soirée, assurément !

 

 

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CRITIQUE, concert. LYON, Auditorium Maurice Ravel, les 28 et 29 nov 2025. HAYDN / TCHAÏKOVSKY. Kian SOLTANI (violoncelle), Orchestre national de Lyon, Vasily PETRENKO (direction). Crédit photo (c) Emmanuel Andrieu

 

 

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CRITIQUE, opéra (en version de concert). MUNICH, Prinzregententheater, le 30 novembre 2025. HEROLD : Zampa. J. Henric, H. Carpentier, H. Mas, C. Dubois… Münchner Rundfunkorchester, Erik Nielsen (direction)

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Ce dimanche 30 novembre 2025, dans le cadre néo-classique somptueux du Prinzregregententheater de Munich, Zampa ou La Fiancée de marbre de Ferdinand Hérold a provoqué une standing-ovation bavaroise, chose rare pour un opéra-comique français de 1831 que l’on croyait à jamais enseveli sous la poussière des oubliettes lyriques !… Une soirée dont le Münchner Rundfunkorchester et le Palazzetto Bru Zane nous offriront bientôt le témoignage gravé : un livre-disque dans la collection « Opéra français » du label Bru Zane, premier enregistrement mondial (intégral) de l’ouvrage, qui paraîtra à l’automne 2026.

 

Ferdinand Hérold (1791-1833), Prix de Rome, compositeur adulé de son vivant, n’a pourtant laissé dans la mémoire collective qu’une ouverture endiablée — celle de Zampa justement — et le ballet La Fille mal gardée. Il était temps de rendre justice à ce musicien dont Berlioz lui-même, malgré ses réticences, ne pouvait nier le métier et la flamme. Créé le 3 mai 1831 à la Salle Ventadour, Zampa connut un triomphe foudroyant, avec plus de sept cents représentations à l’Opéra-Comique, une diffusion européenne rapide et une popularité qui ne se démentit pas durant quatre décennies. Puis le silence. Jusqu’à ce que le Palazzetto Bru Zane, dans le cadre de sa mission de résurrection du répertoire romantique français, s’empare de la partition, la révise, et confie à Erik Nielsen et à une distribution de premier ordre le soin de lui redonner son lustre d’antan.

Car Zampa n’est pas une simple curiosité d’archives. C’est une œuvre charnière, qui prolonge l’opéra-comique traditionnel tout en annonçant, par son souffle dramatique et ses audaces orchestrales, le grand opéra à la française. La partition, tour à tour pétillante et sombre, vénère Rossini tout en regardant vers Weber et Spontini ; elle juxtapose avec une virtuosité déconcertante les élans comiques et les pages d’une noirceur saisissante, portées par une orchestration brillante, parfois clinquante, et un usage spectaculaire des effets — tonnerre, timbales, cuivres rugissants — pour faire surgir le fantastique.

L’histoire, tirée du livret de Mélesville, nous transporte dans une Sicile du XVIᵉ siècle en proie aux corsaires et aux menaces ottomanes. Camille, fille du riche comte de Lugano, s’apprête à épouser Alphonse de Monza. Mais Zampa, un pirate sans foi ni loi — qui n’est autre que le frère disparu d’Alphonse — débarque et, pour contraindre Camille à l’épouser, menace de tuer son père. La jeune femme, par sacrifice, se résout à céder. Mais le passé de Zampa le rattrape : Alice Manfredi, une jeune femme qu’il a jadis séduite puis abandonnée, est morte de chagrin, et sa statue de marbre, vénérée comme celle d’une sainte, s’anime pour venger l’honneur bafoué. Tel un Commandeur féminin, elle entraîne le corsaire dans les flots, libérant Camille et Alphonse. Autour de ce drame, des figures comiques — Ritta la servante acariâtre, Daniel le bosco qui la croyait veuve, Dandolo le sonneur malchanceux — apportent une respiration bienvenue, dans la plus pure tradition du vaudeville.

On savait la distribution prometteuse ; elle fut tout simplement triomphale. Le jeune et brillant ténor français Julien Henric, dans le rôle-titre, a littéralement habité la scène. Le ténor ne se contente pas de chanter Zampa : il le vit, alternant avec une aisance confondante la bonhomie du bandit et la noirceur du séducteur impénitent, la tendresse du sourire et l’accent coupant de la menace. Sa voix, d’une souplesse rare, s’élance des graves les plus charnus vers des aigus éclatants, comme dans le célèbre cantabile de l’acte II (« Toi, dont la grâce séduisante ») ou dans la cavatine finale. Chaque phrase est portée par une intention dramatique, chaque vocalise devient un trait de caractère. C’est une performance d’une intensité telle que l’on comprend pourquoi le public, à l’entracte, ne parlait que de lui.

Face à ce corsaire magnétique, Hélène Carpentier incarne une Camille d’une noblesse et d’une émotion bouleversantes. La soprano traduit avec une justesse poignante le désespoir de l’héroïne, ses vocalises éprouvantes — hérissées de notes périlleuses — devenant les cris d’une âme déchirée entre devoir filial et amour. Son duo avec Zampa à l’acte III, d’une tension passionnée, restera comme l’un des sommets de la soirée. Cyrille Dubois, en Alphonse, déploie une ligne de chant d’une élégance raffinée, tandis que François Rougier campe un Daniel au timbre chaleureux et à la présence scénique irrésistible. Pierre Derhet, en Dandolo, se joue des difficultés du rôle avec une aisance confondante, et Héloïse Mas, en Ritta, apporte une gouaille et une énergie communicative qui allègent les moments les plus tendus. Enfin, Lukas Mayr, dans le rôle du corsaire, complète ce plateau avec une autorité vocale remarquable. Le Chor des Bayerischen Rundfunks, préparé par Stellario Fagone, fait sonner avec une belle homogénéité les pages chorales — « Enfants de la Sicile », « Aux pieds de la madone » — même si l’on note çà et là une diction française parfois perfectible, défaut bien véniel au regard de l’engagement et de la beauté des timbres.

Au pupitre, Erik Nielsen a signé une direction d’une énergie fièrement inspirée, épousant avec une intelligence rare la dualité de la partition. Il sait enflammer les tutti, faire rugir les cuivres — d’une tenue remarquable — et caresser les cordes dans les passages les plus lyriques. Le Münchner Rundfunkorchester, opulent et précis, déploie une palette de couleurs somptueuse, laissant une place idéale aux voix tout en faisant resplendir les mille trouvailles de l’orchestration d’Hérold. La netteté du son, la clarté des textures, la vivacité des rythmes : tout concourt à une lecture qui ne se contente pas de ressusciter l’œuvre, mais la magnifie. Les moments fantastiques — l’apparition de la statue, les coups de théâtre — sont soulignés avec un sens du suspense digne d’un mélodrame romantique, tandis que les pages comiques sont traitées avec un allant irrésistible.

Que retenir de cette soirée ? D’abord, un sentiment d’évidence : Zampa mérite amplement de retrouver les scènes lyriques. Ensuite, une immense gratitude envers le Palazzetto Bru Zane et le Münchner Rundfunkorchester, dont la collaboration de dix ans continue de porter des fruits miraculeux. Enfin, une impatience fébrile à l’idée de pouvoir réécouter cet enregistrement dans le livre-disque à paraître. Si la prise de son est à la hauteur de ce que nous avons entendu en salle — et tout porte à le croire —, ce Zampa deviendra sans aucun doute une référence. Une chose est sûre : le corsaire de Hérold a quitté Munich auréolé d’une gloire nouvelle, et il n’est pas près de retourner dans l’ombre !…

 

 

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CRITIQUE, opéra (en version de concert). MUNICH, Prinzregententheater, le 30 novembre 2025. HEROLD : Zampa. J. Henric, H. Carpentier, H. Mas, C. Dubois… Münchner Rundfunkorchester, Erik Nielsen (direction). Crédit photo (c) droits réservés

 

 

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CRITIQUE, concert. AVIGNON, Opéra Grand Avignon, le 28 novembre 2025. SAY / KHATCHATOURIAN / BRAHMS. Astrig SIRANOSSIAN (violoncelle), Orchestre national Avignon-Provence, Débora WALDMAN (direction)

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Le nouveau concert symphonique de l’Orchestre national Avignon-Provence – intitulé « Rapprochement des peuples » – qui s’est tenu ce vendredi 28 novembre à l’Opéra Grand Avignon, a été une expérience musicale et humaine aussi ambitieuse que magnifique, transformant le concert en un puissant symbole de réconciliation.

 

La programmation ouvrait un dialogue poignant entre la Turquie et l’Arménie, un geste d’autant plus symbolique en cette année de commémoration des 110 ans du Génocide arménien. Dans l’ouvrage préliminaire, l‘Adagio de Fazıl Say, la phalange provençale – placée sous la battue de son excellente directrice musicale, Débora Waldmann -, a drapé avec une grande sensibilité cette oeuvre contemporaine de couleurs à la fois solennelles et sereines. Ce moment a parfaitement installé l’esprit du concert : une invitation au recueillement et au voyage. Le Concerto pour violoncelle d’Aram Khatchatourian qui a suivi, a été interprété par la prodigieuse violoncelliste française (d’origine arménienne) Astrig Siranossian. La performance de la violoncelliste, et sa maîtrise technique phénoménale, a captivé l’auditoire. La fameuse cadence du premier mouvement, véritable cœur de l’œuvre, fut un moment d’une intensité rare, où chaque note semblait porter la mémoire et l’espoir. La complicité entre Siranossian et l’orchestre, dirigé d’une main de maître par Waldman, a pleinement rendu justice à cette partition imprégnée des mélodies populaires du Caucase. Et c’est par une autre mélodie arménienne (déchirante), chantée par l’artiste en même temps qu’elle s’accompagnait de son instrument, qui a ému la salle aux larmes… avant d’éclater en bravi !

En seconde partie de soirée, place a été faite à La Symphonie n°1 en ut mineur de Johannes Brahms, qui a permis à l’Orchestre National Avignon-Provence (renforcé ce soir par des étudiants de l’IESM d’Aix-en-Provence) de démontrer toute sa métamorphose et les immenses progrès accomplis depuis l’arrivée de Débora Waldman à sa tête. La phalange avignonnaise a fait preuve d’une puissance et d’une cohésion remarquables sous sa battue, alliant ici une intelligence musicale aiguë à une rare flexibilité, insufflant une vie nouvelle à cette partition monumentale. On a pu entendu ce soir un orchestre transformé, maîtrisant parfaitement les tensions et les relâchements, les nuances les plus subtiles comme les tutti les plus éclatants.

Cette soirée fut véritablement une célébration de la capacité de la musique à transcender les frontières et les histoires douloureuses, ici en mettant en regard des œuvres de Say et Khatchatourian : un geste artistique fort et réussi.

Bravo Avignon !

 

 

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CRITIQUE, concert. AVIGNON, Opéra Grand Avignon, le 28 novembre 2025. SAY / KHATCHATOURIAN / BRAHMS. Astrig SIRANOSSIAN (violoncelle), Orchestre national Avignon-Provence, Débora WALDMAN (direction). Crédit photo (c) Emmanuel Andrieu

 

 

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PARIS, Collège des Bernardins. Intégrale des Symphonies de MOZART : Orchestre Idomeneo, Débora WALDMAN, du 2 décembre 2025 au 5 décembre 2026

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Rien n’égale le génie symphonique de Mozart : sa trilogie ultime (été 1788), – un oratorio instrumental selon le regretté Nikolaus Harnoncourt : n°39, 40, 41 « Jupiter », l’atteste sans réserve : l’écriture se révèle expérimentale au service d’une vision émotionnelle d’une justesse éblouissante, … qui nous parle du coeur humain, comme des passions de l’âme…

 

 

LE GÉNIE MOZARTIEN… Cette conscience spécifique profite aussi, simultanément des opéras dont Wolfgang est également un créateur inégalé ; tous les grands chefs et chefs d’orchestre ont tôt ou tard abordé les massifs et les cimes symphoniques conçus par Mozart, sans jamais dévoiler les secrets de leur structure, sans atteindre réellement les clés d’une langue à la fois complexe et raffinée qui plonge au cœur du sentiment humain. Voilà qui fait de Mozart, le premier des Romantiques.

 

MOZART FOREVER… Nous l’avons vu récemment à Lille, où la salle du Grand Sud accueillait le 27 nov dernier, l’Orchestre National de Lille jouait un programme 100% Mozart, dont le Concerto pour piano n°21 et surtout la Symphonie centrale n°40 (en sol mineur, la plus passionnée et ambivalente de son auteur), sous la direction de son chef fondateur, Jean-Claude Casadesus. LIRE notre critique complète de ce concert Mozart, Symphonie n°40 par Jean-Claude Casadesus

 

l’intégrale Mozart aux Bernadins
Débora Waldman dirige les 41 symphonies

Une telle intégrale n’avait pas été donné à Paris, depuis 1956, à l’occasion du bicentenaire du compositeur… Les Bernardins entrent dans la danse, consacrant tout un cycle prometteur aux 41 symphonies de Mozart, à partir de décembre 2025, sous la direction de la très mozartienne, Débora Waldman. Nous l’avions applaudi à l’Opéra de Dijon dans le dytique Cavalleria Rusticana / Pagliacci en octobre dernier : direction fiévreuse et élégante, déployant un dramatisme vériste d’une puissance poétique éblouissante. LIRE notre critique complète Cavalleria Rusticana / Pagliacci avec Tadeuz Slankier (Turiddu / Canio, Opéra de Dijon, le 5 nov 2025). Le cycle des symphonies de Mozart aux Bernadins est d’autant plus attendu que la cheffe dirige son propre ensemble « Idomeneo » dont le nom dit assez sa familiarité avec l’écriture de Mozart. Première étape de ce parcours Mozart, le 2 décembre, dans un programme acrobatique qui fait dialoguer une symphonie de jeunesse et sa dernière œuvre, laissée inachevée : 3ème Symphonie et Requiem.

 

 

Intégrale des symphonies de Mozart
aux Collège des Bernadins

 

Concert d’envoi de l’intégrale Mozart
Mardi 2 décembre 2025
Symphonie n°3, Requiem
https://www.collegedesbernardins.fr/agenda/mozart-requiem-et-symphonie-n3

Concert « chansigné » (traduit en langue des signes), à l’attention des personnes sourdes et malentendantes.

Solistes :
Andreea Soare, soprano 
Eva Zaïcik, mezzo 
François Rougier, ténor 
Timothée Varon, basse

Orchestre Idomeneo
Débora Waldman, direction

 

Les deuxième et troisième concerts auront lieu les 6 & 7 février 2026 
avec les symphonies 9, 34 et 40 / symphonies 1, 32, 35 et 36.
infos & réservations sur le site du Collège des Bernardins :
https://www.collegedesbernardins.fr/agenda/mozart-symphonies-n9-34-et-40

9 avril : Symphonies 5, 10, 11, 17, 33

12 mai: Symphonies 18, 19, 25

28 mai : Symphonies 8,12, 13, 15

18 sept : Symphonies 28, 37, 39

19 septembre: Symphonies 22, 20, 23, 30

23 octobre: Symphonies 2, 7, 26, 38

24 octobre: Symphonies 24, 21, 6, 27

12 novembre 2026 : Symphonies  31, 41,14

2 ou 5 décembre 2026 :
Messe du couronnement &  Symphonies 4, 16, 29

 

TOUTES LES INFOS, la billetterie sur le site du Collège des Bernardins :
https://www.collegedesbernardins.fr/agenda?categorie-new=concert

 

 

 

BIO express, Débora Waldman

 

Actuellement à la tête de l’Orchestre d’Avignon-Provence, Débora Waldman est la première femme nommée à un poste permanent en France. Cosmopolite et polyglotte, Debora Waldman exerce son art et pratique la musique pour abolir les frontières. Née au Brésil, la musicienne a grandi en Israël avant de s’installer en Argentine, où elle découvre sa vocation : devenir cheffe d’orchestre. A 17 ans, à Buenos Aires, elle est au pupitre pour la première fois, devant l’orchestre fondé par sa mère et elle y entame les études de direction d’orchestre.  Européenne de cœur, c’est à Paris qu’elle choisit de se perfectionner au Conservatoire National Supérieur de Musique  : son talent est immédiatement repéré ; Debora Waldman devient l’assistante de Kurt Masur à l’Orchestre National de France.

Après trois années passées auprès du Maestro et de l’Orchestre National de France, elle mène une carrière active en France, où elle a récemment dirigé l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, l’Orchestre National des Pays de Loire, l’Orchestre National de Lyon…
Dans le domaine lyrique, Débora Waldman est cheffe associée à l’Opéra de Dijon, où elle a dirigé Tosca et récemment le dytique vériste : Cavalleria Rusticana et Pagliacci (5 nov 2025). Elle a remporté un vif succès dans l’opéra Rita de Donizetti au Festival International de Campos do Jordão au Brésil. Parmi ses futurs engagements : débuts avec l’Orchestre de Chambre de Lausanne, l’Orchestre de l’Opéra de Rouen, l’Orchestre Académique du Théâtre Colon à Buenos Aires, l’Orchestre Régional de Cannes et son retour à l’Orchestre Lyrique de Région Avignon-Provence et à l’Orchestre de Besançon.

 

En 2011, Débora Waldman a été choisie pour diriger le concert « Thessalonique, carrefour des civilisations » en l’honneur de l’amitié arabo-israélienne, avec l’Orchestre de l’Etat de Thessalonique. Débora Waldman a par ailleurs été distinguée par l’ADAMI, qui l’a nommée “Talent Chef d’Orchestre”, et par la fondation Simone et Cino del Duca, sous l’égide de l’Académie des Beaux-Arts.

 

VISITEZ le site officiel de la maestria Débora Waldman : https://www.deborawaldman.com/fr/

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LIRE aussi notre présentation de la nouvelle saison 2025 – 2026 du Collège des Bernardins : Intégrale des Symphonies, des Sonates pour piano, des Motets…: https://www.classiquenews.com/college-des-bernardins-saison-2025-2026-mozart-integrale-des-symphonies-des-sonates-pour-piano-des-motets/

 

COLLEGE DES BERNARDINS, saison 2025 – 2026. Mozart : Intégrale des Symphonies, des Sonates pour piano, des Motets…

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LIRE aussi notre critique complète des 3 dernières symphonies de Mozart par Nikolaus Harnoncourt : https://www.classiquenews.com/cd-mozart-3-dernieres-symphonies-n3940-41-nikolaus-harnoncourt-concentus-musicus-wien-decembre-2012-2-cd-sony-classical/

 

CD. Mozart : 3 dernières Symphonies n°39,40, 41 (Nikolaus Harnoncourt, Concentus Musicus Wien, décembre 2012, 2 cd Sony classical)

Parues le 25 août 2014, les 3 dernières Symphonies de Mozart (n°39,40, 41) synthétisent ici, pour Nikolaus Harnoncourt et dans cet enregistrement réalisé avec ses chers instrumentistes du Concentus Musicus Wien, l’expérience de toute une vie (60 années) passée au service du grand Wolfgang : sa connaissance intime et profonde des opéras, les plus importants dirigés à Salzbourg entre autres (la trilogie Da Ponte, La Clémence de Titus, La Flûte enchantée…), suffit à enrichir et nourrir une vision personnelle et originale sur l’écriture mozartienne ; s’appuyant sur le mordant expressif si finement coloré et intensément caractérisé des instruments anciens, le chef autrichien réalise un accomplissement dont l’absolue réussite était déjà préfigurée dans son cd antérieur dédié au Mozart Symphoniste…

 

 

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CRITIQUE, concert. LILLE, Grand Sud, le 27 nov 2025. MOZART : « Regards croisés ». Ouvertures (Don Giovanni, Les Noces de Figaro), Concerto pour piano n°21 (Thomas Enhco, piano), Symphonie n°40. Orchestre National de Lille, Jean-Claude Casadesus, direction

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Superbe performance de dialogue et de connivence familiale ce soir au Grand Sud de Lille  où serviteurs de Mozart, les Casadesus, grand père et petit-fils, Jean-Claude et Thomas, en « regards croisés », font vibrer l’audience avec la fermeté et la délicatesse requises.

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Photos : © Ugo Ponte / ON LILLE Orchestre National de Lille

 

 

 

Avec l’imagination aussi car Thomas Enhco (le petit-fils), sait déployer l’esprit créatif et une créativité musicale proche de l’improvisation dans plusieurs séquences de variations débridées où le pianiste renoue avec ses racines qui sont celles du jazz ; le développement le plus significatif en étant réalisé dans le bis offert après le Concerto n°20, – bis généreux et riche en surprises et rebondissements, qui s’approprie la partition jouée en lever de rideau : l’ouverture de Don Giovanni ; beau clin d’œil, qui referme selon le principe cyclique, la première partie de la soirée …
Auparavant, s’agissant de l’ouverture de Don Giovanni, Jean-Claude Casadesus, en exprime toute la charge tragique mais aussi l’esprit du jeu, facétieux voire provocant, faisant briller les cordes et danser les bois, fidèle en cela à l’esprit hybride (volubile, infernal) du dramma giocoso créé à Prague en 1787. A travers les somptueux effets dramatiques, le dialogue affûté entre les pupitres, c’est la vitalité qui se libère peu à peu, une motricité canalisée et éruptive au service d’un embrasement progressif.

Comme il l’avait réalisé au moment du Lille Piano[s] Festival de juin 2024 / s’agissant des Concertos n°25, 26, 27, avec les solistes Adam Laloum et Abdel Rahman El Bacha… LIRE notre compte rendu complet : https://www.classiquenews.com/critique-concerts-festival-20eme-lille-pianos-festival-2024-marathon-mozart-on-lille-orchestre-national-de-lille-pierre-laurent-aimard-adam-laloum-jonathan-fournel-cedric-tiberghien-alex/
, le chef  comprend la richesse et les ambivalences de l’orchestre mozartien ;  son exquise volubilité expressive, sa formidable puissance et sa profondeur tendre, son élégance, voire sa grâce d’une ineffable tendresse, en particulier dans l’Andante ; le Concerto  n°21 (1785), éblouit par sa justesse, sa finesse qui parle autant au cœur qu’à l’âme. Ce sont les noces d’une gravité intime, secrète et le jaillissement de l’innocence la plus enchantée [cf le thème principal, lumineux du premier mouvement « maestoso »] ; puis l’Andante (déjà cité) atteint un nouveau sublime où pianiste et orchestre fusionnent dans un hymne qui berce et caresse. Les deux Casadesus en complicité et nuances, en expriment le chant nocturne, qui s’inscrit dans la pudeur la plus ténue, porté par le tapis en lévitation des bois et des cordes. Le dernier Allegro est un jaillissement sonore, une danse générale où triomphe le jeu entre le piano et les bois entre autres, avec saveur particulière à la soirée, les variations comme improvisées de Thomas Enhco.

 

 

En seconde partie, l’ouverture des Noces emporte les instrumentistes et leur chef dans une entente expressive plus convaincante encore, où l’unisson des cordes redouble de relief tonique, d’acuité roborative. Un régal.
Mozartien comme il est malhérien, Jean-Claude Casadesus dirige la 40è Symphonie en sol mineur, partition passionnée où tourbillonnent sentiments exacerbés, élans paniques du cœur. Une pièce maîtresse voire centrale pour la signification autant musicale que spirituelle de la trilogie orchestrale qui l’associe à la 39è et surtout la 40è dite « Jupiter ». L’opus K 550  (1788), enivre littéralement par sa coupe erratique, sa fièvre intranquille, son urgence émotionnelle qui en font un sommet déjà romantique : le bouillonnement des sentiments, leur impérieuse agitation, l’urgence bouleversent dès le début ; même incertitude et pleine instabilité dans un Andante qui saisit par le relief de chaque pupitre, le jeu maîtrise des énoncés et de leurs réponses, un échiquier au flux improbable où la volonté qui s’échafaude et s’affirme progressivement, s’avère sous une baguette aussi affûtée, déjà romantique et même beethovénienne. L’audace et la modernité du 3è mouvement noté Menuetto n’a rien de l’exercice galant habituel, surtout sous la direction du très pertinent Jean-Claude Casadesus : là aussi le jeu d’équilibriste émerveille, dans un format dont l’esprit et le caractère semblent hésiter, basculer, serpenter… : en dépit du charme pastoral du trio, la tension incisive, lancinante énoncée depuis le début, sa carrure qui exprime la fatalité, s’impose, commande le cœur de toute la symphonie dans une vision enfin plus claire, laquelle implose littéralement dans le dernier mouvement (Allegro assai) où l’énergie et la violence qui s’en dégagent, inscrivent définitivement l’opus dans une tempête inédite, jalonnée par la série d’accords successifs en mineur (si, ré, sol, ut) ; une succession sidérante qui prépare le fugato impressionnant de force et de rage, exprimant l’angoisse tragique la plus bouleversante (avant… Tchaikovsky).
Ce soir l’Orchestre National de Lille réunit une cinquantaine de musiciens. L’effectif fait merveille : alliant assise (4 contrebasses) et ciselure (bois et vents dont le basson entre autres, magnifiquement exposé).
Autant de passions affrontées frontalement et sans aucun renoncement, semblaient taillées pour la baguette suractive et distanciée à la fois du Maestro.
Jean-Claude Casadesus qui fête le 7 décembre prochain ses 90 printemps, conduit les instrumentistes dans un flux énergique et détaillé, au sommet d’une œuvre inclassable ; le jaillissement qui naît de sa battue, son électricité fédératrice communique à tous les musiciens une fougue intacte, une conscience survoltée qui suscite l’adhésion. Plus éloquent que jamais, disert et en verve, Jean-Claude Casadesus nous régale, obtenant tout d’une phalange qu’il a fondé il y a 50 ans. Chapeau Maestro !

 

 

 

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CRITIQUE, concert. LILLE, Grand Sud, le 27 nov 2025. MOZART : « Regards croisés ». Ouvertures (Don Giovanni, Les Noces de Figaro), Concerto pour piano n°21 (Thomas Enhco, piano), Symphonie n°40. Orchestre National de Lille, Jean-Claude Casadesus, direction. Photos :  © Ugo Ponte / ON LILLE

 

 

prochains concerts de Jean-Claude Casadesus

Dim 25 janvier 2026, 18h : grand concert des 90 ans de Jean-Claude Casadesus au TCE, Paris / « Une fête de famille des Casadesus pour un anniversaire en fanfare. » Avec Thomas Enhco, piano (Concerto en sol de Ravel), Symphonie Fantastique de Berlioz / La Force du destin (ouverture) de Verdi : https://www.theatrechampselysees.fr/saison-2025-2026/orchestre/orchestre-colonne-2

 

 

prochains concerts de l’ON LILLE
/ Orchestre National de Lille

LILLE, les 4 et 5 déc (Opéra de Lille) / « ENTRE 3 MONDES » / Dutilleux (Concerto pour violoncelle « tout un monde lointain » / Victor Julien-Laferrière, violoncelle), Pépin, Franck (Symphonie en ré mineur) / Joshua Weilerstein:
https://onlille.com/choisir-un-concert/categories/entre-trois-mondes

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CRITIQUE, danse. NÎMES, Théâtre Bernardette Lafont, les 26 et 27 novembre 2025. « Calentamiento » de / avec Rocio MOLINA (Création française)

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Niché au cœur de la ville, le Théâtre de Nîmes-Bernadette Laffont s’est imposé comme une scène innovante dans le paysage culturel français. Sa programmation, riche et éclectique, allie avec intelligence le théâtre, la musique, l’humour et les arts circassiens, tout en accordant une place de choix à la danse contemporaine. En s’attachant la collaboration d’artistes associés de renom et en présentant des œuvres qui défient les conventions, le théâtre affirme son engagement en faveur d’une création vivante et exigeante. C’est dans ce cadre propice à l’innovation que le public nîmois a eu la chance d’assister au spectacle-événement que constitue « Calentamiento« , porté par l’une des figures les plus libres et audacieuses de la scène flamenca actuelle : la danseuse et chorégraphe andalouse Rocío Molina !

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Rocío Molina : l’alchimiste d’un flamenco transgressif et magnétique

Considérée comme l’une des plus talentueuses bailaoras de sa génération, Rocío Molina n’a de cesse de repousser les limites de son art. Son langage chorégraphique, résolument contemporain, combine une excellence technique héritée de la tradition la plus pure à une recherche d’avant-garde qui déconstruit sans complexe les clichés du flamenco. Elle est cet esprit follement déraisonnable qui dresse, spectacle après spectacle, un autoportrait cubiste fait de séquences disparates et d’éclats d’une conscience sous pression. Sur scène, sa présence est tout simplement magnétique : de la première à la dernière minute, elle captive, hypnotise et emporte le public dans un tourbillon d’émotions brutes.

C’est à un véritable tour de force auquel assiste le public nîmois venu en masse, tant physique que technique et théâtral, une performance qui bouscule tous les clichés tout en restant intrinsèquement flamenca. La pièce, d’une durée de deux heures sans entracte, se vit comme une longue et intense session d’échauffement qui aurait déraillé, se transformant en une expérience cathartique. Contrairement à sa précédente « Trilogía sobre la guitarra« , hommage rigoureux au duo danse-musique, « Calentamiento » se révèle composite et déstabilisant, tel le laboratoire esthétique d’une chercheuse déterminée à casser tous les codes.

La scénographie, imaginée par Carlos Marquerie, n’est pas qu’un simple décor, mais un partenaire de jeu à part entière. Le spectacle s’ouvre sur la danseuse, vêtue d’un simple tenue de sport, enchaînant exercices et étirements sur une scène presque nue. L’un des moments les plus marquants la voit entrer en dialogue avec une chaise en aluminium, objet banal qui devient sous ses pieds et entre ses mains un instrument de percussion et un prolongement de son corps. Progressivement, l’espace se métamorphose jusqu’à être entièrement couvert de ces mêmes chaises, créant un paysage métallique, froid et hostile, qui résonne comme une métaphore de l’univers intérieur de l’artiste.

Dans un autre coup de maître, le regard est attiré par une minuscule cage de verre dans laquelle sont confinées quatre chanteuses de flamenco – Ana Polanco, Ana Salazar, María del Tango et Gara Hernández – ainsi que le chanteur José Manuel Ramos « El Oruco ». À l’intérieur de ce cube transparent, les artistes sont emprisonnés dans un empilement vertigineux de ces mêmes chaises d’aluminium, leurs voix et leurs palmas devenant une présence sonore obsédante, une tradition à la fois contenue et incontournable. Ce dispositif scénique, d’une puissance visuelle et symbolique rare, illustre le dialogue constant et parfois conflictuel que Molina entretient avec le patrimoine flamenco.

L’impact de « Calentamiento » est tel qu’il transcende la simple réussite artistique. Lors de la création de la pièce à Madrid, le célèbre cinéaste Pedro Almodóvar, présent dans le public et visiblement subjugué par la performance, est venu s’agenouiller devant l’artiste à la fin des deux heures de spectacle ! Cette anecdote, devenue « virale », n’est pas qu’un simple hommage : elle est la preuve éclatante que Rocío Molina a touché au but, créant une œuvre si sincère et si bouleversante qu’elle force l’admiration et le respect des plus grands créateurs.

Si Nîmes a eu l’immense privilège d’accueillir en Création française cette œuvre hors-cadre et hors-norme, l’odyssée de « Calentamiento » est loin d’être terminée. Dès ce dimanche 30 novembre, Rocío Molina présentera son spectacle au Festival de Danse de Cannes – Côte d’Azur, dans le cadre prestigieux du Palais des festivals.

Par ailleurs, les amateurs de flamenco ont une autre date capitale à noter dans leurs agendas, le Festival Flamenco de Nîmes qui se tiendra du 13 au 18 janvier 2026. Le Théâtre de Nîmes (et autres lieux culturels de la ville), véritable capitale française du genre, promet une édition exceptionnelle avec, entre autres, les concerts de Tomatito et de Miguel Poveda, ou encore les performances dansantes de Rafaela Carrasco et de María Moreno  Une programmation somptueuse qui confirme, s’il le fallait encore, que Nîmes reste un phare incontournable pour qui veut vivre le flamenco dans toute sa splendeur et sa diversité !

 

 

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CRITIQUE, danse. NÎMES, Théâtre Bernardette Lafont, les 26 et 27 novembre 2025. « Calentamiento » de / avec Rocio MOLINA (Création française). Crédit photo (c) Droits réservés

 

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Opéra Royal de Versailles. OFFENBACH : La Vie Parisienne (version originelle, 1866), du 27 déc 2025 au 4 janvier 2026. Marc Mauillon, Florie Valiquette, Philippe Estèphe… Christian Lacroix / Victor Jacob

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Mise au jour grâce aux archives du Théâtre du Palais-Royal, voici la  version originelle de La Vie Parisienne créée en 1866, telle qu’elle a initialement été conçue par Jacques Offenbach (1819-1880) et ses librettistes, avant que les limites vocales des artistes en charge de créer l’œuvre, mais aussi les censeurs, ne les obligent à la remanier. Plébiscité  depuis 4 ans, le spectacle mis en scène par Christian Lacroix, fait à Versailles, une escale d’autant plus attendue, que la distribution rassemble toutes les équipes artistiques maison : Orchestre de l’Opéra Royal, Chœur de l’Opéra Royal, sans omettre les jeunes chanteurs de l’Académie de l’Opéra Royal…

 

 

Paris 1866… Pour les visiteurs internationaux de la deuxième Exposition Universelle (avril-novembre 1867), Jacques Offenbach et ses librettistes réfléchissent à ce qui sera le troisième grand opéra-bouffe du compositeur ; ils conçoivent pour l’écrin du Théâtre du Palais-Royal, un spectacle calibré dans l’esprit des festivités industrielles. Rompant avec la distance historique jusqu’alors caractéristique de ses opéras bouffes, Offenbach met en musique la société qui lui est exactement contemporaine.

Il tend le miroir d’un monde interlope, hédoniste et jouisseur, développe les clins d’œil destinés au public international venu en France pour en goûter les plaisirs ; le regard affûté et satirique de Meilhac et Halévy multiplie les allusions directes aux avancées technologiques (comme le chemin de fer)… Y sont épinglés avec mordant et facétie, les lieux du divertissement parisien, et les clients truculents (et les grisettes, demi mondaines astucieuses et zélées…) que l’on peut y rencontrer. A Paris, l’aristocrate s’encanaille, c’est la vie parisienne. La production éclaire dans la version originelle restaurée la place de la comédie, la verve de la satire, la liberté du geste lyrique, celui de la troupe du Théâtre du Palais-Royal, l’imagination affûtée d’un Offenbach séditieux qui n’hésite pas à dénoncer quitte à jouer avec la censure (laquelle avait d’ailleurs sérieusement fait modifier ou couper la partition originelle).
Le rythme et les séquences hautement dramatiques de La Vie parisienne valent à l’œuvre un succès  immédiat dès sa création (323 représentations jusqu’à l’automne 1869).

La distribution réunit à l’Opéra Royal de Versailles, qui comprend toutes les équipes maison (Orchestre et Choeur de l’Opéra royal, sans omettre les jeunes chanteurs membres de l’Académie de l’Opéra Royal), devrait insuffler au drame son piquant tumultueux, sa verve parodique, son énergie irrésistible, une frénésie endiablée certes, mais ciselée par le génie dramatique du Mozart des boulevards …

 

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OFFENBACH : La Vie Parisienne, version 1866
VERSAILLES, Opéra Royal
Du Samedi 27 décembre 2025 au dimanche 4 janvier 2026
7 représentations événements
samedi 27 décembre 2025, 19h
dimanche 28 décembre 2025, 15h
mardi 30 décembre 2025, 19h
mercredi 31 décembre 2025, 19h
vendredi 2 janvier 2026, 19h
samedi 3 janvier 2026, 19h
dimanche 4 janvier 2026, 15h
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’Opéra Royal de Versailles : https://www.operaroyal-versailles.fr/event/offenbach-la-vie-parisienne/
Nouvelle production de l’Opéra Royal.
3h30 entracte inclus
Spectacle en français surtitré en français et en anglais.
Photos : © Vincent Poncet

 

 

distribution

Florie Valiquette, Gabrielle
David Tricou, Raoul de Gardefeu
Marc Mauillon,  Bobinet
Marc Scoffoni, Le Baron de Gondremarck
Marie Perbost,  La Baronne de Gondremarck
Marine Chagnon,  Métella
Pierre Derhet,  Le Brésilien, Gontran et Frick
Philippe Estèphe,  Urbain, Alfred
Marie Zaccarini*,  Pauline
Clara Penalva*,  Clara
Camille-Taos Arbouz*,  Bertha
Baptiste Bonfante*,  Joseph, Alphonse et Prosper
Fanny Valentin*,  Madame de Folle-Verdure
Emmanuelle Jakubek,  Madame de Quimper-Karadec

* Membres de l’Académie de l’Opéra Royal

DANSEURS
Mikael Fau, Émilie Eliazord, Anna Beghelli, Lili Felder, Keyla Ramos-Barea, Arthur Roussel, Tigdy Château et Guillaume Zimmermann

Chœur de l’Opéra Royal
Orchestre de l’Opéra Royal
Victor JACOB,  direction

Christian La croix,  mise en scène, décors et costumes
Romain Gilbert et Laurent Del vert, collaborateurs à la mise en scène

Bertrand Couderc, lumières
Glysleïn Lefever, chorégraphie

 

 

 

TEASER vidéo

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AUDITORIUM ORCHESTRE NATIONAL DE LYON. Chausson, R. Strauss, Stravinsky : L’Amour et la Mer… Les 18 et 20 déc 2025. Siobhan Stagg (soprano), ONL, Nikolaj Szeps-Znaider (direction)

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L’AMOUR ET LA MER… En regard de l’exposition au Musée des beaux-arts de Lyon consacrée aux expressions picturales de la mythique falaise d’Étretat, l’Orchestre National de Lyon et leur directeur musical Nikolaj Szeps-Znaider naviguent dans la sensualité océane du Poème de l’amour et de la mer de Chausson ; savourent tout autant le charmant Pulcinella, icône facétieuse et mordante de la Commedia dell’Arte, où Stravinsky revisite Pergolèse…

 

 

Abordant le thème océanique, Maurice Bouchor dans son « Poème de l’amour et de la mer » déploie une houle envoûtante, magicienne qui emporte le cœur. Chausson, le plus wagnérien des Français, compose un tapisserie orchestrale comme envoûtée où l’orchestre enserre la voix dans le flux et le reflux des vagues.
Soliste : la soprano australienne Siobhan Stagg, que le public de l’Auditorium reconnaîtra après sa Rosalinde dans la production de La Chauve-Souris du Nouvel An 2022).

 

Après Petrouchka, Stravinsky pour l’Opéra de Paris, en juin 1920, retrouve la magie et le charme des masques dans son fabuleux ballet Pulcinella, qui allie l’ironie parfois trivial de la commedia dell’arte (les déboires amoureux de Polichinelle) et la poésie des tréteaux de la foire… Le compositeur assume alors un néoclassicisme d’un raffinement inouï, dont la trame orchestrale est construite sur des fragments musicaux d’un contemporain de Carlo Goldoni, Giovanni Battista Pergolesi. Sérénade, Tarentelle, Gavotte… illustrent à propos la saveur italienne de ce pastiche baroque, ciselé par un Stravinsky des plus inspirés.
L’ONL et Nikolaj Szeps-Znaider en proposent la (très rare) version originale de 1919, qui inclut trois chanteurs. Pulcinella est davantage qu’un ballet : un masque lyrique qui rejoue avec mordant et facétie, la tragédie des marionnettes….
Ce concert bénéficie d’une offre tarifaire spéciale « offre d’automne » (18 euros la place)

 

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AUDITORIUM ORCHESTRE NATIONAL DE LYON
Grande Salle
Jeu. 18 déc 2025 à 20h
Sam. 20 déc 2025 à 18h
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’Auditorium Orchestre National de Lyon : https://www.auditorium-lyon.com/fr/saison-2025-26/symphonique/amour-mer
Durée : 1h15 + entracte (20 min)

Programme

Ernest Chausson
Poème de l’amour et de la mer / 30 min

Richard Strauss : Quatre Derniers Lieder

Igor Stravinsky
Pulcinella (version originale) / 40 min

 

Distribution

Orchestre national de Lyon
Nikolaj Szeps-Znaider, direction
Siobhan Stagg, soprano

 

 

 

Offre d’automne* : du 24 novembre au 1er décembre 2025, profitez d’une offre à 18 € la place sur une sélection de 4 concerts. En savoir + : https://www.auditorium-lyon.com/fr/offre-automne

Du 24 novembre au 1er décembre 2025, profitez d’une offre d’automne* à 18 € la place sur une sélection de 4 concerts. Une belle occasion de profiter des bienfaits d’un concert symphonique live !
Le nombre de places mises en vente dans le cadre de cette offre est limité.
CONCERTS de L’OFFRE :
Kian Soltani
Ensemble invité
Gala Rossini
Isabel Leonard / Le Cercle de l’harmonie
lun. 8 déc
Symphonique | Orchestre national de Lyon
Bruch / Elgar
Nikolaj Szeps-Znaider / Augustin Hadelich
jeu. 11 déc | ven. 12 déc

 

Symphonique | Orchestre national de Lyon
L’amour et la mer
Niklaj Szeps-Znaider / Siobhan Stagg
jeu. 18 déc | sam. 20 déc

 

 

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CRITIQUE, festival. 25ème Festival International de Danse de CANNES (Palais des Festivals), le 22 novembre 2025. « AFANADOR » par Marcos MORAU et le Ballet National d’Espagne

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Sous la direction artistique de Didier Deschamps – ancien directeur du Théâtre National de Chaillot –, le Festival de Danse Cannes-Côte d’Azur entame une ère nouvelle. Pour sa 25ème édition, qui se tient du 22 novembre au 7 décembre 2025, le Festival affirme son ambition avec une programmation d’une diversité éclatante, accueillant 24 compagnies venues de 8 pays différents. C’est dans ce contexte de renouveau que le Ballet National d’Espagne a été invité à ouvrir les festivités, présentant en première française la pièce étincelante « Afanador » du chorégraphe prodige Marcos Morau.

 

D’emblée, le spectacle plonge le public dans un univers esthétique radical et saisissant. Marcos Morau, en collaboration avec le collectif La Veronal, 36 danseurs danseurs issus de la célèbre compagnie madrilène rendent un homage profond et réinventé à l’œuvre du photographe brésilien Ruven Afanador. S’inspirant de ses séries photographiques Ángel Gitano et Mil besos, dédiées aux hommes et aux femmes du flamenco, Morau transfère sur scène l’univers en noir et blanc, parfois surréel et tragique, du photographe. Le parti pris scénographique est d’une audace folle : décors et costumes jouent exclusivement sur la monochromie, créant un contraste puissant mis en lumière par les éclairages de Bernat Jansà. Le résultat est d’une beauté plastique à couper le souffle, où chaque image scénique semble être un tableau vivant, une photographie qui s’anime.

 

 

La chorégraphie de Morau opère un syncrétisme génial. Elle puise avec respect dans le vocabulaire ancestral du flamenco – frappes de pieds frénétiques, torsions des corps, ondulations des bras et jeu virtuose des castagnettes – pour mieux le déconstruire et le recomposer avec une grammaire résolument contemporaine. Le mouvement, tour à tour lyrique et spasmodique, exploite une énergie brute, une sauvagerie de cette danse de transe indomptable qu’est le flamenco. La musique de Juan Cristóbal Saavedra est un personnage à est un personnage à part entière. Mêlant des bases électroniques et des percussions emphatiques à la voix vive du cante jondo et aux cordes des guitares, elle exaspère en effet l’intensité sauvage de la danse. La présence sur scène d’un chanteur et de deux guitaristes ancre le spectacle dans l’authenticité la plus vibrante, tout en participant à cette réinvention audacieuse. L’utilisation des accessoires traditionnels – le châle, l’éventail, la bata de cola – est réinterprétée dans un langage queer, brouillant les genres et les codes établis. C’est un hommage non pas figé, mais vivant, qui défie la stagnation et proclame la régénération magistrale d’un art séculaire !

Didier Deschamps lui-même, n’a pas tari d’éloges, qualifiant ce spectacle de « sans doute le plus jouisssif du Festival ! ». Cette soirée d’ouverture n’était pas seulement un spectacle, c’était un manifeste pour un Festival résolument tourné vers l’international, la jeunesse et la diversité des esthétiques. Et la célébration ne s’arrête pas là, car une annonce formidable a en effet était faite en préambule au spectacle : « Le Festival de Danse Cannes-Côte d’Azur deviendra désormais un événement annuel ! » (jusqu’à cette 25e édition, il ne se tenait que tous les deux ans….). C’est donc une immense bonne nouvelle pour tous les amoureux de la danse, qui pourront désormais se retrouver chaque année sur la Croisette – pour cette grande fête du corps en mouvement !

Et dernière bonne nouvelle, cet incontournable spectacle sera repris en mars au Théâtre du Châtelet… Courrez-y !…

 

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CRITIQUE, festival. 25ème Festival International de Danse de CANNES (Palais des Festivals), le 22 novembre 2025. « AFANADOR » par Marcos MORAU et le Ballet National d’Espagne. Crédit photographique (c) Droits réservés

 

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CRITIQUE, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 24 novembre 2025. MENDELSOHNN / POULENC / TCHAÏKOVSKI. Arthur et Lucas Jussen (pianistes), Münchner Philharmoniker, Tugan Sokhiev (direction)

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Les Grands Interprètes fêtent avec lustre leur 40ème anniversaire, avec la venue à Toulouse du Münchner Philharmoniker dirigé par Tugan Sokhiev, tant aimé des Toulousains. La phalange bavaroise a été dirigée par d’immenses chefs, le plus connu étant Gustav Mahler qui a créé, à leur tête, deux de ses Symphonies. Un autre des plus prestigieux est sans conteste le chef roumain Sergiu Celibidache qui – avec une discographie majestueuse de magnifiques concerts radiodiffusés – a fait rayonner l’orchestre dans le monde entier, surtout grâce aux Symphonies d’Anton Bruckner. 

 

Ce soir, Tugan Sokhiev les dirige dans des œuvres que le chef ossète aime particulièrement. De ses attaches à Toulouse comme directeur artistique, il a développé une belle connaissance de la musique française. Le Concerto pour deux pianos de Francis Poulenc est comme une farce gigantesque : deux pianistes super-solistes auxquels il est demandé une virtuosité diabolique dialoguent avec un orchestre farceur. Dès leur fulgurante entrée en scène, les deux frères pianistes Lucas et Arthur Jussen forcent l’admiration. Comme deux diablotins blonds, ils sautillent vers les pianos et dans une complicité joyeuse ne font qu’une bouchée de la partition si terrible. Tout leur semble facile et la légèreté de leur toucher, leur énergie et leur joie partagée font mouche. C’est une interprétation idéale. Leur jeu fusionnel, leurs œillades et leurs mouvements primesautiers font merveille. Tugan Sokhiev allège l’orchestre au maximum tout en obtenant un brillant particulier. Cette partition malicieuse, voire moqueuse, est parfaitement interprétée par ces musiciens habiles. Les deux jeunes pianistes offrent un bis paisible après tant de frénésie, l’adaptation d’une pièce de Bach pour deux pianos qui apporte un peu de calme. 

 

 

Après l’entracte, l’orchestre s’étoffe jusqu’à huit contrebasses pour la 4ème Symphonie de Piotr Ilitch Tchaïkovski. Tugan Sokhiev a enregistré cette Symphonie avec l’Orchestre National du Capitole en 2006. Il l’a très souvent dirigée. C’est un peu une œuvre fétiche. En 2013, lorsqu’il était venu ici avec le Wiener Philharmoniker, il avait offert cette même Quatrième symphonie. L’entendre proposer la même judicieuse interprétation avec ces phalanges prestigieuses, si différentes, est un vrai bonheur. Si la première version toulousaine garde une fraîcheur et une énergie particulière avec des orchestres plus imposants, Tugan Sokhiev garde sa vision. Moins sombre que les deux Symphonies suivantes du maître Russe, il réserve à cette œuvre des moments de bonheur et même de joie. La souplesse du discours, les phrasés élégants, le dosage parfait des nuances, et cette science des crescendi, font merveille. Tugan Sokhiev danse plus qu’il ne dirige. Ses mains nues semblent créer la musique sous nos yeux. C’est aussi beau à regarder qu’à écouter. L’orchestre munichois est royal : opulent de cordes, ronds de bois et mordorés de cuivres. Les solistes sont brillantissimes (hautbois, clarinette flûte, piccolo, cors, trompettes et gros cuivres). La beauté sonore permanente de cette Symphonie est pour le public un moment de véritable ferveur, et les applaudissements sont particulièrement nourris.

Un concert magnifique qui fait honneur à cette anniversaire des 40 ans des Grands Interprètes !

 

 

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CRITIQUE, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 24 novembre 2025. MENDELSOHNN / POULENC / TCHAÏKOVSKI. Arthur et Lucas Jussen (pianistes), Münchner Philharmoniker, Tugan Sokhiev (direction). Crédit photo (c) Hubert Stoecklin

 

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CRITIQUE CD. PROKOFIEV : Sonates pour violon opus 80, opus 94, 5 mélodies opus 35bis – Bruno Monteiro, violon / João Paulo Santos, piano (1 cd Etcetera)

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Bruno Monteiro aborde dans ce nouvel album 2 Sonates de Sergueï Prokofiev qui illustrent magistralement son amitié avec son compatriote et violoniste, David Oïstrakh, qui depuis 1939, où il joue la Concerto pour violon, devint un proche particulièrement estimé. C’est la dernière période du compositeur revenu au pays des Soviets (depuis 1938) dont le néoclassicisme ne manque ni de souffle épique, ni de tendresse voire d’innocence. Bruno Monteiro en dévoile avec justesse la grande valeur expressive.

 

 

 

La Sonate pour violon et piano n°1 en fa mineur opus 80 , composée entre 1938 et 1946, elle a été terminée deux ans après la seconde sonate pour violon et piano. Elle a été créée par David Oistrakh, son dédicataire et proche du compositeur, et le pianiste Lev Oborine le 23 octobre 1946 à Moscou.
Surexpressive et presque glaçantes, la partition suggère un climat grave et lugubre, Prokofiev comparant les gammes de violon jouées glissando au « vent passant dans un cimetière » [fin des 1er et 4e mouvements]. Extrême même et déchirant au risque de perturber l’auditeur sagement assis sur son fauteuil : « Cela doit sonner de telle sorte que les gens doivent sauter sur leur siège, et se dirent :  » Est-ce qu’il a perdu la tête ?  » ». Le motorisme percussif si emblématique n’est jamais oublié et le jeu intense, habité de Bruno Monteiro le montre sans réserve, d’autant plus stimulé par le jeu vif argent, nuancé, lui aussi volubile de son partenaire João Paulo Santos.
David Oistrakh et Samouïl Feinberg jouent les 1er et 3è mouvements, en 1953, pour les funérailles du compositeur. Oistrakh estimait que « rien de ce qui a été écrit pour le violon depuis des décennies – où que ce soit dans le monde – n’égalait cette œuvre en beauté et en profondeur ». Le lugubre y danse avec une tendresse éperdue, impuissante et pourtant libre et digne : en cela le flux comme enchanté et mystérieux de l’Andante déroule son chant lancinant, hypnotique, épure presque énigmatique, à la fois nostalgique, énoncé comme un murmure enfantin.
Le relief des contrastes structure tout le cycle : la sévérité de l’Andante assai, produit une tension assumée avec l’Allegro brusco, radicalement fougueux (avec un long développement thématique), lui-même contrastant avec la tendresse éthérée du 3è mouvement (Andante) puis la trépidation rythmique du final (Allegrissimo), jeu percussif à 2 voix.

À l’origine, la 2ème Sonate pour violon (opus 94a) est la transcription de la Sonate pour flûte et piano. Composée en 1943, elle suscita immédiatement l’intérêt du violoniste David Oïstrakh qui suggéra à Prokofiev d’en réaliser une version pour violon avec le concours étroit du violoniste qui créa la partition à Moscou en juin 1944. L’œuvre porte les événements tragiques de la guerre, les évacuations, l’anxiété des temps de destruction. Étrangement c’est sa forme paisible, équilibrée, classique en 4 mouvements qui saisit, l’indice d’une créativité jamais éteinte et qui suscite, bel hommage d’un rival plutôt critique, l’admiration de son confrère Chostakovitch. La virtuosité fusionne avec une élégance chantante, absente dans les autres partitions.

Quelle belle idée d’associer les 2 Sonates avec les 5 mélodies pour violon (antérieures), elle-même transcrites d’après les mélodies écrites à l’origine pour la cantatrice Nina Kochitz, créées à New York en mars 1927 (avec Prokofiev au piano). Sur les traces du violoniste Paul Kochansky, Bruno Monteiro exprime tout le radicalisme expressionniste des airs, leur large ambitus poétique et expressif, qui exige volubilité et chant flexible. Avant les Sonates ouvragées avec Oïstrakh, Prokofiev y révèle une fascination pour les possibilités esthétiques, techniques, expressives, vocales du violon. Pizzicato, harmoniques, doubles cordes… exigent de l’interprète une dextérité inouïe. La réussite des 5 chants exploite toutes les ressources et la plasticité de l’instrument comme s’ils avaient été dès leur conception, écrits pour le violon. Les deux interprètes en éclairent la matière suggestive, l’activité permanente, à la fois intranquille et enivrée. Très beau programme servie par deux complices de longue date.

 

 

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CRITIQUE CD. PROKOFIEV : Sonates pour violon opus 80, opus 94, 5 mélodies opus 35bis – Bruno Monteiro, violon / João Paulo Santos, piano (1 cd Etcetera KTC1864) – CLIC de CLASSIQUENEWS hiver 2025.

 

Toutes les infos sur le site du label etcetera :
Sergei Prokofiev : Two Violin Sonatas Five Melodies | Etcetera
https://www.etcetera-records.com/product/sergei-prokofiev-two-violin-sonatas-five-melodies-bruno-monteiro-joao-paulo-santos/

 

VISITEZ le site officiel du violoniste BRUNO MONTEIRO : https://www.bruno-monteiro.com/index.php?lang=en

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CRITIQUE, opéra. TOULOUSE, Théâtre national du Capitole (du 20 au 30 novembre 2025). MOZART : Don Giovanni. N. Courjal, V. Taormina, K. Deshayes, A. Soare, D. Nurgeldiyev, A. Constans… Agnès Jaoui / Riccardo Bisatti

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Après Thaïs de Massenet en septembre, le Théâtre national du Capitole poursuit sa saison 2025-2026 avec l’un des opéras les plus envoûtants et complexes jamais composés : Don Giovanni de W. A. Mozart. Dans une décision aussi audacieuse qu’inspirée, Christophe Ghristi, le directeur artistique de l’institution occitane, a une nouvelle fois fait le choix de la transversalité des arts en confiant la mise en scène (avec ses alter ego des Opéras de Tours, Marseille, Dijon et Montpellier, autres maisons lyriques coproductrices du spectacle) à une artiste dont la sensibilité unique a conquis le cinéma et la littérature : Agnès Jaoui. Après le succès remarqué de son « Uomo femina » de Galuppi à l’Opéra Royal de Versailles l’an passé, la célèbre cinéaste et romancière relève le défi de diriger cette production. Ce pari consiste à inviter un regard neuf, imprégné de psychologie et de finesse d’écriture, pour revisiter les profondeurs ambiguës du mythe du séducteur. Il s’agit ni plus ni moins de confier un monument de la musique à une grande conteuse d’histoires, laissant présager une lecture où la complexité des caractères et la vérité humaine seront au cœur du spectacle.

 

Le maître des lieux a par ailleurs aligné pour cette première distribution une pléiade de chanteurs aguerris, dont les performances individuelles et collectives ont porté haut la dramaturgie mozartienne. Dans le rôle-titre, Nicolas Courjal prend les traits d’un homme plus fatigué, voire désenchanté, un rôle qu’il endossait pour la première fois. Son interprétation est marquée par une certaine brutalité, propre au héros, et une belle endurance vocale, dépeignant un noble usé par ses propres excès, cherchant le pouvoir autant que le plaisir. En Leporello, Vincenzo Taormina se montre en parfaite symbiose avec son maître, le baryton italien campant un valet au jeu cynique et espiègle. Si son jeu répondait parfaitement à la définition comique du rôle, c’est surtout dans les duos explosifs avec Don Giovanni que la complicité des deux compères a opéré. Andreea Soare, en Donna Anna violentée dès le début de l’action, dispose de moyens vocaux indéniables pour exprimer la douleur et la colère de son personnage. Son chant, parfois heurté, sait traduire la détresse d’une femme meurtrie par l’agression qu’elle a subie et par l’incompréhension de son fiancé. Grande habituée des planches capitolines, Karine Deshayes (Donna Elvira) dresse une peinture touchante de cette femme éternellement blessée mais prête au pardon, une figure à la fois énervante et ridicule que l’on croise dans la vie réelle, avec sa voix chaude et ronde au timbre magnétique immédiatement reconnaissable.

La soprano toulousaine Anaïs Constans campe une Zerlina mutine, sexuellement libre, et d’abord subjuguée par l’attention que lui porte le “héros”. Son jeu s’avère touchant de naturel, et son timbre chaleureux et vivace charmé à l’envi dans ses différents airs. Face à elle, le jeune baryton français Adrien Mathonat, dans le rôle de Masetto, démontre une fois de plus son talent scénique et vocal. Il parvient à doter le paysan dupé et jaloux d’une crédibilité touchante, affichant une présence scénique solide et un chant d’une clarté remarquable. Son interprétation apporte la dose juste de rudesse et de vulnérabilité que requiert le personnage. Ténor lyrique d’origine turkmène, Dovlet Nurgeldiyev (Don Ottavio) est la révélation de la soirée, grâce à un timbre éminemment séduisant et plein de velours, idéal pour le rôle du noble et patient Don Ottavio – et sa présence vocale apporte ici une autorité inattendue à un personnage souvent perçu comme faible. De son côté, la basse géorgienne Sulkhan Jaiani (Le Commandeur) impressionne par une voix d’outre-monde, glaçante de menace. Immobile dans sa niche haut perchée jusqu’au moment fatidique, il incarne avec une présence spectrale le jugement implacable qui terrasse finalement le héros dissolu.

 

 

Initialement annoncé, Tarmo Peltokoski, directeur musical de l’Orchestre national du Capitole, a dû être remplacé pour cette série de représentations en raison de soucis d santé. Le jeune chef italien Riccardo Bisatti, propulsé sur le podium, a su relevé le défi et visiblement gagner le respect des chanteurs et de l’orchestre. Son approche s’est caractérisée par des tempi parfois très rapides dans certains passages, un choix qui a dynamisé l’ensemble. Son accompagnement s’est avéré précieux et subtil dans les airs solistes, comme dans le poignant lamento de Donna Elvira (« Mi tradì »).

Côté mise en scène, c’est bien dans l’Espagne du XVIIe siècle que nous plonge la scénographie (confiée à Éric Ruf), impression renforcé par les somptueux costumes de Pierre-Jean Larroque qui font référence à l’Espagne austère de l’Inquisition, inspirée des portraits du Greco ou de Velasquez. Le décor, une place publique qui se recompose en palais, est visuellement beau à regarder, mais son conventionnalisme peut sembler trop sage à certains égards. Mais si Agnès Jaoui excelle à révéler la complexité des relations, montrant avec finesse l’ambivalence du désir et la difficulté des personnages à se libérer de l’emprise de Don Giovanni, le spectacle manque cependant parfois d’allant, avec des chanteurs cantonnés à des gestuelles conventionnelles, plantés face au public, certaines scènes donnant une impression de “déjà-vu”. La production a opté pour le lieto fine (fin heureuse) de la version de Prague, où les victimes se réjouissent du châtiment du « dissolu », un choix à contre-courant de nombreuses mises en scène contemporaines qui préfèrent des conclusions plus sombres… durant laquelle Don Giovanni réapparaît in extremis, comme un symbole d’éternité… car Don Juan ne meurt jamais !

 

 

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CRITIQUE, opéra. TOULOUSE, Théâtre national du Capitole (du 20 au 30 novembre 2025). MOZART : Don Giovanni. N. Courjal, V. Taormina, K. Deshayes, A. Soare, D. Nurgeldiyev, A. Constans… Agnès jaoui / Riccardo Bisatti. Crédit photo (c) Mirco Magliocca

 

 

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99ème CONCOURS LEOPOLD BELLAN 2025. Palmarès : Quatuor LUNARIS, ARRAT Maylis (accordéon)…

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115 candidats venant des quatre coins du monde, issus de 16 pays différents (Europe, Asie, Amérique du Sud, Moyen Orient…) ont participé au dernier Concours International Leopold Bellan (fondé en 1926). Sans omettre la France avec 62 participants français ! Pendant une semaine – du 28 octobre au 1er novembre 2025 (aux finales éblouissantes), le Concours français, véritable tremplin international, poursuit sa mission de révélateur de jeunes talents musicaux.

 

 

La 99ème édition a fait concourir les participants dans 12 catégories dont le chant soliste, la musique de chambre, le jazz, la comédie musicale, le piano, l’accordéon, la composition, le saxophone, la clarinette, la flûte traversière ; les 115 candidats internationaux auditionné par un jury tout aussi international ont participé aux finales, du 28 octobre au 1er novembre 2025 à l’Auditorium du Conservatoire de Saint Cloud. Force est de constater que la musique fait naître toujours autant, sinon plus, de vocations artistiques quels que soient les aléas de l’actualité sociale et politique.

Le jury, composé de plus de 24 personnalités du monde musical * a relevé le très haut niveau artistique général, appréciant en particulier au moment des sélections, la virtuosité, l’exigence, la prise de risque, le choix de répertoires nouveaux, la diversité des formations et des candidats. Le concours s’est clôturé par le Concert des Lauréats – Gala Super finale devant un public fasciné par l’éclosion des talents du futur, dont la dernière note, symbole d’espoir et de paix, s’est manifestée avec l’explosif Duo Con Brio réunissant deux artistes d’Ukraine et de Russie.
Outre les récompenses financières, grâce à la Fondation Bellan et au nouveau mécène LVMH, outre la reconnaissance des diplômes permettant de rejoindre le prestigieux palmarès du Concours auprès de Messiaen, les Sœurs Labèque, ou dans un autre registre Barbara, Michel Legrand, 7 organisations internationales offrent aux instrumentistes et chanteurs primés l’opportunité de se produire entre autres lors de plusieurs manifestations et institutions telles : le Cap Ferret Music Festival, Les Petites Mains Symphoniques, Polifonia Eliane Lavail, le Wiener MusikSeminar (Autriche), Osaka International Music Competition (Japon), et depuis cette année l’Association Opéraria ainsi que les éditions musicales Artchipel.

 

Le Concours international Léopold Bellan prépare déjà sa 100ᵉ édition, qui se tiendra du 26 au 31 octobre 2026. Une édition historique qui s’annonce incontournable. D’ici là, la section Junior ouvrira ses portes aux jeunes musiciens de 4 à 21 ans avec 7 catégories représentées lors des finales qui auront lieu le 19 avril 2026 à Paris. Photo : © Concours international Leopold Bellan.

 

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*Jury du 99è Concours international Leopold Bellan : Rabah Aliouane, Nicolas Bacri, Paul Baronnat, Valérie Benzaquine, Hélène Berger, Gabriel Boz, Bernard Causse, Nadine Denize, Chrystelle Di Marco, Eric Du Faÿ, Florence Guignolet, Rémi Guillard, Olivier Innocenti, Marouane Kadi, Rashid Kakanov, Hiroko Kawamichi, Mihi Kim, Thomas Kreuzberger, Laurence Labbé, François Lacharme, Eliane Lavail, Heyoung Park, Françoise Perenchio, Jean-Paul Sécher.
Le Concours International de Musique et d’Art Dramatique Léopold Bellan, créé en 1926, est le plus ancien et le plus grand concours français en activité. Il a été fondé par Léopold Bellan, humaniste et homme politique remarquable, convaincu que le bonheur et le bien-être, comme l’amélioration sociale, passaient par la culture et l’éducation.

 

 

Palmarès du 99 ème
CONCOURS INTERNATIONAL LEOPOLD BELLAN

 

GRAND PRIX SUPER FINALE
Quatuor LUNARIS
(Bartu Elci-Ozsoy ; Cassandra Teissedre ; Thom Poirier ; Maïa Xifaras)
France / Turquie (Catégorie Musique de Chambre)

 

PRIX DU PUBLIC
ARRAT Maylis
France (Catégorie Accordéon)

 

PRIX D’HONNEUR
Quintette NAKAMA – France (Catégorie Jazz)
ARRAT Maylis  – France (Catégorie Accordéon)
FUJISAWA Arisa – Japon (Catégorie Piano) exæquo
ASANO Yuki – Japon (Catégorie Piano) exæquo
Quatuor LUNARIS (Bartu Elci-Ozsoy ; Cassandra Teissedre ; Thom Poirier ; Maïa Xifaras) – France / Turquie (Catégorie Musique de Chambre)
Duo MOUSEION (Mariia Esaulova et Narek Galoyan) – Russie / Arménie (Catégorie Piano 4 mains)
Quatuor SEDNA – France (Catégorie Ensemble Vocaux)
RUIZ Frédéric – France (Catégorie Composition)
DOVBYSH Danylo – Ukraine (Catégorie Saxophone)
SCHWEITZER Janina – Allemagne (Catégorie Chant Soliste)

 

PRIX ESPOIR
Bettina MARTINEZ Trio (Bettina Martinez, Julien Rech, Jonas Charles) – France (Catégorie Jazz)
MINNE  Arthur – France (Catégorie Comédie Musicale)
GRISLIN-HEWLETT Basil – France (Catégorie Piano)
FILET Jean-Emmanuel – France (Catégorie Composition)

 

 

TOUTES les infos sur le site du CONCOURS INTERNATIONAL LEOPOLD BELLAN :
http://www.concoursinternationalleopoldbellan.fr/

 

 

 

LIRE aussi :

SAINT-CLOUD. 98ème CONCOURS INTERNATIONAL LEOPOLD BELLAN : 28 oct > 2 nov 2024

 

 

PARIS, 99ème Concours Bellan (28, 29, 30, 31 oct – 1er nov 2025). Finale le 1er nov 2025

 

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OPÉRA GRAND AVIGNON. Prométhée (création), les 12 et 13 décembre 2025. L. van Beethoven, Fabien Cali… Swann van Rechem (direction) / Martin Harriague (chorégraphie, mise en scène…)

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Dans le cadre de sa nouvelle saison 2025 – 2026 placée sous le signe des « Mythes », l’Opéra Grand Avignon interroge la figure de Prométhée ; pour ce faire, le directeur de la danse Martin Harriague poursuit son exploration des figures transgressives qui défient dieux et normes. Après sa création inspirée de Donald J. Trump, il convoque aujourd’hui Prométhée, héros audacieux qui ose voler le feu aux dieux pour le donner aux hommes, acte de rébellion et de générosité, puni par une souffrance éternelle.

 

Au-delà du récit antique, le spectacle pièce questionne ce que signifie “voler le feu” aujourd’hui : dans un monde où l’humain s’arroge le pouvoir de contrôler et de détruire, Prométhée, lui, ne dérobe pas la flamme pour anéantir, mais pour offrir aux hommes la source même de la connaissance, de la vie, … de l’amour. Les Créatures de Prométhée de Beethoven, unique ballet du compositeur, inspire la nouvelle création qui marque le retour très attendu de l’Orchestre national Avignon-Provence aux côtés du Ballet. Une équation où musiciens et danseurs partagent le même plateau. Une alliance féconde et heureuse qui redonne à la musique toute sa présence physique.
Chez Martin Harriague, la relation intime entre mouvement et son est une véritable signature : la danse ne suit pas la musique, elle est musique. Les corps traduisent les notes et dévoile ce qu’on entend. La chorégraphie mêle ensembles puissants, duos sensibles, solos virtuoses. Elle développe une écriture explosive et précise, emblématique du chorégraphe.
Le compositeur Fabien Cali, en résidence à l’Orchestre, enrichit la partition de Beethoven d’une dimension contemporaine, « prolongeant le dialogue entre musique et mouvement, entre héritage et invention ». Ainsi, Prométhée s’affirme comme une œuvre totale… musicale, chorégraphique et mythique.

 

 

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PROMÉTHÉE (ballet, création)
Vendredi 12 décembre 2025 à 20h
Samedi 13 décembre 2025 à 20h

RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’Opéra Grand Avignon : https://www.operagrandavignon.fr/promethee
Durée : 1h15

 

 

 

distribution

Chorégraphie, mise en scène, décor, lumières : Martin Harriague
Musiques : Beethoven, Fabien Cali
Direction musicale : Swann van Rechem
Costumes : Mieke Kockelkorn
Dramaturgie : Claire Manjarres, Martin Harriague
Assistant à la chorégraphie : Mathieu Geffré
Ballet de l’Opéra Grand Avignon

Orchestre national Avignon-Provence

 

after disco
L’Opéra Grand Avignon propose de poursuivre la soirée au Grand Foyer de l’Opéra transformé en dancefloor. Aux platines : le Dj Pierre Grieu pour vous faire danser sur du disco ! L’accès à cet after PROMETHEE est gratuit et réservé aux détenteurs du billet du spectacle du samedi 13 décembre 2025.

 

 

LIRE aussi notre présentation, annonce, temps forts de la nouvelle saison 2025 – 2026 de l’OPÉRA GRAND AVIGNON : https://www.classiquenews.com/avignon-grand-opera-nouvelle-saison-2025-2026-a-avignon-et-a-vedene-orfeo-decameron-turandot-falstaff-la-belle-helene-armide/

OPERA GRAND AVIGNON, nouvelle saison 2025 – 2026. L’Orfeo, Décaméron, Turandot, Falstaff, La Belle Hélène, Armide…

Pour sa nouvelle saison 2025 – 2026, celle de ses 200 ans (!), l’Opéra Grand Avignon plonge dans l’étoffe fascinante des Mythes fondateurs, un imaginaire commun, exaltant et structurant, « dont les racines fondent notre culture. Ce qui est mythique n’est pas réel, par définition. Mais notre réalité est pétrie de tous ces récits qui nous traversent, cimentent même notre inconscient, comme l’a démontré Carl Gustav Jung. Voilà donc ce que nous vous proposons tout au long de la saison : un bain dans ces mythes divers qui font sens dans l’idée du vivre ensemble, dans la communauté humaine », précise Frédéric Roels, directeur de l’Opéra Grand Avignon.

 

OPERA GRAND AVIGNON, nouvelle saison 2025 – 2026. L’Orfeo, Décaméron, Turandot, Falstaff, La Belle Hélène, Armide…

 

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CD événement, annonce. SASKIA LETHIEC : JEAN-SEBASTIAN BACH. Intrégale des Sonates et Partitas pour violon seul (1 cd Cascavelle, 2025)

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En regroupant l’intégrale des Sonates et Partitas pour violon seul, le double album forme un cycle particulièrement homogène, composé de 6 pièces abouties : BWV 1001, 1002, 1003, 1004, 1005 et 1006 ; il frappe immédiatement par la plénitude du son déployé de Sonates en Partitas, parmi les plus impressionnantes et profondes qui soient ; comme il semble tout mesurer des enjeux et comprendre l’équilibre suprême qui émanent de leur réalisation… entre ivresse musicale et architecture souveraine…

 

Ainsi dans l’enchaînement des deux premiers mouvements de la Partita BWV 1002, entre autres, l’auditeur passe de la liberté vertigineuse et ample de l’Allemande introductive, au chant continu, subtilement nostalgique et hypnotique comme un renoncement du Double qui suit… Même détachement solaire dans la Sicilienne de la première Sonate n°1 BWV 1001, arche préparatoire d’une ampleur idoine, tremplin propice à l’envol du Presto qui suit, d’une fantaisie libre, aérienne, au flux jaillissant et spontané… la violoniste précise publier cet album pleinement abouti à l’occasion des 355 ans de Jean-Sébastien Bach, mais aussi parce qu’au moment de ses … 50 ans, il lui a semblé que c’était aussi le bon moment pour en relever les défis multiples.

Jouant Bach depuis ses 13 ans, Saskia Lethiec parcourt un territoire familier et pourtant saisissant, le jalonnant de reliefs et d’accents surprenants, les (re)découvrant à chaque session, les régénérant toujours, suggérant l’infini d’une musique qui questionne son sens et sa forme. L’immensité des constructions échafaude un cheminement sonore qui s’affranchit de toute entrave; l’interprète virtuose et remarquablement inspirée, exprime la perfection du génie de Bach, son geste à la fois incarné et abstrait, trouvant d’autres points d’accomplissement dans la Fugue de la Sonate n°2 BWV 1003, ou la Chaconne de la Partita n°2 BWV 1004, – morceau le plus développé …

Enregistré dans l’église de Comps (Drôme, juin 2025), l’enregistrement sait exploiter idéalement la résonance naturelle de l’écrin architectural de style roman : la réverbération apporte le nimbe et la longueur de note, propices au déploiement de la matière sonore semblable à l’élévation d’une cathédrale polyphonique, de plus en plus aérienne, légère, fine, évanescente…

De ce cheminement escarpé, vécu comme une spectaculaire ascension, l’interprète en explore toutes les combinaisons, dessinant marche après marche l’arche musicale promise, agissant comme une acrobate avec son violon (de Louis Guersan, daté 1741, monté en boyaux filés). La précision des attaques, le dessin et les volutes de chaque arabesque mélodique, le tracé chorégraphique des séquences rythmiques… sont animés d’une direction fluide, d’une détermination à la fois volontaire et sereine : tout le geste et l’intention fervente aspirent aux cimes éternelles, aux champs paradisiaques dont chaque partition est la promesse. Magistral. Critique complète à venir sur CLASSIQUENEWS – CLIC de CLASSIQUENEWS hiver 2025

 

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CD événement, annonce. SASKIA LETHIEC : JEAN-SEBASTIAN BACH. Intrégale des Sonates et Partitas pour violon seul, BWV 1001, 1003, 1005 / 1002, 1004, 1006 – (1 cd Cascavelle, 2025)

 

 

 

concert

Intégrale des Sonates et Partitats pour violon seul
à l’occasion de la parution du double cd édité chez CASCAVELLE
SAMEDI 6 DÉCEMBRE 2025, à 18h puis à 20h30
PARIS, église Luthérienne Saint-Marcel
24 rue Pierre Nicole, Paris 5ème ardt

INFOS et RÉSERVATIONS sur le site de SASKIA LETHIEC : https://www.saskialethiec.com/
Page dédiée au concert du 6 décembre 2025 : https://www.saskialethiec.com/events/concert-j-s-bach/

 

déroulement

18h – 19h30 : SONATES BWV 1001, 1003, 1005
20h30 – 22h : PARTITAS BWV 1002, 1004, 1006
Présentation par le Pasteur Alain Joly
Rencontre avec l’artiste
Tarif: 30 euros les 2 sessions
20 euros l’un de deux concerts / 10 euros (réduit)

 

Infos sur le site de l’Institut Martin Luther, Paris : http://institutluther.com/event/bach-lintegrale-des-sonates-et-partitas-pour-violon-seul-par-saskia-lethiec-presentees-par-le-pasteur-alain-joly/

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CRITIQUE, concert. MARSEILLE, Opéra Municipal, le 23 novembre 2025. MAHLER : Symphonie N°2 dite « Résurrection ». Aude Extremo (mezzo), Irina Stopina (soprano), Choeur et Orchestre de l’Opéra de Marseille, Michele Spotti (direction)

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C’est dans une atmosphère chargée d’émotion et d’histoire que le XXème Festival Musiques Interdites a tiré sa révérence, hier après-midi à l‘Opéra de Marseille. Pour son concert de clôture, le public a été témoin d’un moment musical d’une intensité rare : l’exécution de la monumentale Symphonie n°2 « Résurrection » de Gustav Mahler. Sous la direction magistrale de leur directeur musical, le jeune et brillant chef italien Michele Spotti, les Forces vives de l’Opéra de Marseille ont offert une performance qui restera dans les annales de l’institution phocéenne !

 

Fondé il y a vingt ans, le Festival Musiques Interdites mène un combat essentiel : faire revivre les œuvres censurées et persécutées par les régimes totalitaires du XXᵉ siècle. Cette édition anniversaire était placée sous le signe de la mémoire et de la résistance par l’art, avec une programmation mettant à l’honneur des compositeurs comme Viktor Ullmann, assassiné à Auschwitz, ou Franz Schreker, tombé dans l’oubli après son condamnation par les nazis. La Symphonie « Résurrection » de Mahler, elle aussi bannie par le Reich, incarnait parfaitement l’esprit du festival : une œuvre qui, par sa puissance, affirme la victoire de la création sur l’obscurantisme.

Dès les premières mesures de l’Allegro maestoso, Michele Spotti a imposé sa vision. Avec une gestuelle à la fois élégante et d’une précision millimétrée, il a sculpté la monumentale architecture de la partition, tenant l’auditoire en haleine pendant les 90 minutes que dure cette symphonie colossale. Sa direction, alliant une nervosité électrisante dans les moments dramatiques et une délicatesse de musique chambriste dans les pianissimi, a révélé toute la modernité et la complexité émotionnelle de Mahler. La maîtrise des dynamiques et la clarté qu’il a su obtenir de l’Orchestre de l’Opéra de Marseille étaient tout simplement magistrales.

Le plateau vocal était à la hauteur de l’événement. La mezzo-soprano Aude Extremo a livré une interprétation profonde et touchante de l’« Urlicht » (Lumière Primitive). Sa voix, d’une chaleur et d’une rondeur remarquables, a porté avec une sérénité poignante ce mouvement central, véritable appel à la rédemption. Dans le finale apocalyptique, elle a été rejointe par la soprano Irina Stopina. Ensemble, elles ont formé un duo vocal d’une fusion parfaite. La voix claire, puissante et expressive de Stopina a transcendé le thème de la Résurrection, se mêlant avec grâce à la texture orchestrale et chorale pour un effet céleste.

Enfin, comment ne pas saluer la performance du Chœur de l’Opéra de Marseille ? Son entrée, dans le fameux « Aufersteh’n », a été murmuré dans une aura mystérieuse avant de se déployer en une vague sonore d’une puissance et d’une beauté à couper le souffle. Préparé avec soin par Florent Mayet, le chœur a été un acteur à part entière de ce drame musical, contribuant à ces nombreux moments qui nous ont donné des frissons dans le dos.

À l’issue du concert, des salves d’applaudissements nourris et des « bravo » ont salué un triomphe incontestable, en même temps qu’une expérience humaine et spirituelle partagée. Sous la baguette ferventissime de Michele Spotti, avec le dévouement de tout l’orchestre, la beauté des voix solistes et la force du chœur, cette « Résurrection » a tenu toutes ses promesses – tout en offrant au Festival Musiques Interdites une clôture plus que parfaite, rappelant avec éclat que les chefs-d’œuvre, une fois libérés de leurs chaînes, possèdent une vitalité éternelle !…

 

 

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CRITIQUE, concert. MARSEILLE, Opéra Municipal, le 23 novembre 2025. MAHLER : Symphonie N°2 dite « Résurrection« . Aude Extremo (mezzo), Irina Stopina (soprano), Choeur et Orchestre de l’Opéra de Marseille, Michele Spotti (direction). Crédit photographique (c) Emmanuel Andrieu

 

 

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CRITIQUE CD événement. MOZART : Symphonie n°39, Cosi fan tutte (ouverture), Symphonique concertante… Le Concert de la Loge, Julien Chauvin (1 cd Alpha classics)

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Le cd entend clôturer le cycle « Simply Mozart », dédié à la trilogie des 3 dernières symphonies de Mozart (n°39, 40, 41 « Jupiter ») ; cette 39è souligne le fort attachement des instrumentistes, lien organique après la réalisation de la série, avec la vitalité mozartienne. Une activité électrique est au cœur de l’ouverture de Cosi fan tutte dont le chef fait un résumé palpitant, le concentré de tout l’opéra, entre légèreté et gravité, subtilité et nostalgie …

 

Tendresse et gravité aussi sont les sentiments qui inscrivent justement le double concerto (pour violon et alto, ou Symphonie concertante) dont les musiciens révèlent la profondeur inédite alors, grâce à laquelle Mozart renouvelle le principe même d’un concerto pour plusieurs solistes avec orchestre, forme purement parisienne, que Wolfgang aborde et réussit après son second séjour à Paris (1779). La fusion violon / alto est totale, atteignant une sincérité immédiate, fruit de la complicité entre Julien Chauvin et l’altiste Amihai Grosz : les deux complices montrent à quel point Wolfgang aimait jouer de l’alto lui-même au sein du quatuor. Et dès le début de cette œuvre bouillonnante, les deux interprètes l’inscrivent dans la joie et la lumière, celles de l’ouverture de Cosi qui précède. Le dessin net des bois, l’activité bondissante, nerveuse et bondissante des cordes historiques déroulent un tapis superlatif, constellé de perles sonores. L’Andante laisse s’épanouir la virtuosité tout en finesse, nuancée, nostalgique des deux solistes, vivifiée par un écrin orchestral qui répond à chaque accent de leur dialogue dramatique et tendre.

Le morceau de bravoure est évidemment cette 39ème Symphonie qui ouvre la trilogie de 1788, et dans le cas du Concert de la loge, clôt ainsi sa série discographique. Depuis la fin des années 1770, Mozart affirme un tempérament symphonique de premier plan ; il est bien le chaînon manquant, d’une puissance créative géniale, entre Haydn et… Beethoven. Abordant le classicisme qu’il régénère en le fusionnant avec le Sturm und Drang ambiant. De surcroît la virtuosité s’invite aussi grâce à ses 2 séjours parisiens dont le dernier en 1778, contribue à enrichir encore sa science compositionnelle. En témoigne ainsi une série précédente inestimable qui annonce comme son prolongement naturel, l’unicité spectaculaire des 3 dernières composées à partir de l’été 1788 : les Symphonies n°35 « Haffner » (été 1776), n°36 « Linz » (écrite en 3 jours à l’été 1783), n°38 « Prague », en ré majeur (déc 1786), marquée par une vitalité et une lucidité inédites.
En 2 mois, Mozart écrit l’une des trilogies instrumentales les plus raffinées et spectaculaires du répertoire. La 39ème achevée en juin 1788, est liée à une période noire et sombre à Vienne, où endetté, aux abois, Mozart subit l’échec de Don Giovanni clairement boudé voire rejeté par l’audience viennoise (d’autant plus que l’ouvrage a été précédemment applaudi et porté en triomphe à Prague)…

La pudeur et la joie, la vitalité encore, et plus développée encore que dans les 2 symphonies qui suivent, éclairent et la construction de la Symphonie, et sa dramaturgie émotionnelle, ici au diapason de la vie, qui respire et s’anime avec constance et contrastes, tant les instrumentistes du Concert de la Loge sont familiers de la partition.

Exprimant dès l’Adagio introductif, la noblesse et la tentation de la grandeur, Julien Chauvin aborde cette 39ème symphonie avec une attention aux nuances souterraines ; puis l’Allegro initial après un lever de rideau solennel et électrique, rappelle justement l’ouverture de Don Giovanni (violons suractifs, souples et d’une impérieuse détermination), sans omettre la lumière éblouissante de la flûte royale…

 

fin du cycle « Simply Mozart »
par le Concert de la Loge…

Les musiciens soulignent le relief des contrastes de l’Andante con moto : la marche qui se développe (où brille l’élasticité des cordes là encore superlatives) se nimbe d’un voile introspectif avant que les bois n’affirment de façon dramatique une modulation soudaine en fa mineur… claire libération d’un tumulte soudain et passionnel, en réalité très Sturm und Drang… dont la pulsion annonce directement l’intranquillité suractive du premier mouvement de la 40è à venir ensuite.

Chefs et musiciens expriment toute la grâce apaisée, sereine du Menuetto, à l’activité et au chant chorégraphique, où jaillit la tendresse du laendler énoncé comme une caresse par la clarinette ; ils éclairent ainsi la couleur préromantique et déjà schubertienne, de l’écriture mozartienne.
Le Finale (Allegro) affirme une énergie fougueuse, une détermination  impérieuse qui emporte tous les pupitres, passant d’un à l’autre avec une volonté, une impétuosité opératique, conquérante d’autant plus impressionnante quand on connaît la situation de Mozart à Vienne. Une page complémentaire sera réalisée avec la 40è composée et achevée quelques semaines après, en juin 1788. Pour l’heure cet esprit conquérant (préfiguration de l’énergie beethovénienne) qui affirme la forge mozartienne, rappelle le tourbillon des Noces de Figaro. La fin est ouverte et laisse un fil direct vers le début de la 40è, et ses soupirs semés d’inquiétude voire de vertiges paniques…
Avec elle, s’affirme la trilogie des dernières symphonies, toutes dressées vers la lumière, dont elle serait comme un lever prometteur, son « Aurore » comme souhaitent l’appeler désormais les musiciens fédérés par Julien Chauvin. Au moment où son Don Giovanni est boudé à Vienne, Mozart entend démontrer la mesure de son génie orchestral à travers les 3 symphonies ou les 12 mouvements d’un « oratorio instrumental » ; tous les grands chefs les ont enregistrés, à commencer par le modèle entre tous, Nikolaus Harnoncourt, qui en fait même une manière de testament artistique et spirituel. Cette lecture s’inscrit dans le sillon des meilleures réussites connues.

 

 

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CRITIQUE, CD. MOZART : L’AURORE. Symphonie n°39, Symphonie concertante, Cosi fan tutte (ouverture). Le Concert de la Loge. Julien Chauvin, direction (1 cd Alpha classics)
Enregistré en avril, oct 2023. CLIC de CLASSIQUENEWS hiver 2025

 

 

 

approfondir

LIRE aussi notre présentation et critique des symphonies n°39, 40, 41 « Jupiter » de Mozart par Nikolaus Harnoncourt / CLIC de CLASSIQUENEWS déc 2012 :
CD. Mozart : 3 dernières Symphonies n°39,40, 41 (Nikolaus Harnoncourt, Concentus Musicus Wien, décembre 2012, 2 cd Sony classical) | ClassiqueNews
https://www.classiquenews.com/cd-mozart-3-dernieres-symphonies-n3940-41-nikolaus-harnoncourt-concentus-musicus-wien-decembre-2012-2-cd-sony-classical/

 

CD. Mozart : 3 dernières Symphonies n°39,40, 41. Nikolaus Harnoncourt, Concentus Musicus Wien, décembre 2012, 2 cd Sony classical. Parues le 25 août 2014, les 3 dernières Symphonies de Mozart (n°39,40, 41) synthétisent ici, pour Nikolaus Harnoncourt et dans cet enregistrement réalisé avec ses chers instrumentistes du Concentus Musicus Wien, l’expérience de toute une vie (60 années) passée au service du grand Wolfgang : sa connaissance intime et profonde des opéras, les plus importants dirigés à Salzbourg entre autres (la trilogie Da Ponte, La Clémence de Titus, La Flûte enchantée…), suffit à enrichir et nourrir une vision personnelle et originale sur l’écriture mozartienne ; s’appuyant sur le mordant expressif si finement coloré et intensément caractérisé des instruments anciens, le chef autrichien réalise un accomplissement dont l’absolue réussite était déjà préfigurée dans son cd antérieur dédié au Mozart Symphoniste…

 

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CRITIQUE, opéra. LIEGE, Opéra Royal de Wallonie, le 21 novembre 2025. ROTA : Le Chapeau de paille de Florence. Damiano Michieletto / Leonardo Sini

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Si le nom de Nino Rota reste associé pour l’éternité aux films de Fellini, Visconti ou Coppola, son legs musical prolifique mérite d’être exploré bien au-delà : pour preuve, son chef d’oeuvre lyrique Un Chapeau de paille de Florence enchante le public de l’Opéra Royal de Wallonie par son allégresse piquante et tourbillonnante, et ce malgré une mise en scène inégale de Damiano Michieletto, qui trouve une meilleure expression en deuxième partie de soirée.

 

Donné pour la première fois à l’Opéra Royal de Wallonie, Un Chapeau de paille de Florence fait partie de ces ouvrages délicieux pas tout à fait installés au répertoire, mais que l’on découvre ou redécouvre avec un plaisir toujours gourmand à chaque fois. Plusieurs productions récentes, à Milan ou à Bordeaux (comme l’an passé), ont démontré le potentiel irrésistible de son livret, adapté d’Eugène Labiche : le récit rocambolesque imaginé par le maitre du vaudeville lorgne du côté de l’absurde, faisant plusieurs fois penser au Nez de Chostakovitch par sa critique sociale acerbe. Avec Rota, la dénonciation des faux semblants bourgeois liés au devoir conjugal fait mouche, même si la scénographie épurée de Damiano Michieletto ne permet pas de bien saisir tous les gags au I, notamment ceux liés à la crédulité inépuisable du père de la mariée.

On regrette aussi que les costumes lissent par trop les antagonismes sociaux entre bourgeois et aristocrates, pourtant au coeur de l’intrigue. Michieletto préfère plonger les interprètes au coeur d’un plateau épuré, constitué de portes et d’un immense damier éclairé comme un dance floor. L’agencement à vue des cloisons comme la destructuration des perspectives permettent de prendre de la distance avec la farce, mais reste trop intellectuel pour vraiment convaincre au I. Après l’entracte, le récit s’anime pour donner davantage de consistance à cette proposition minimaliste, qui repose sur la seule direction d’acteur, très affutée comme toujours chez Michieletto.

Autre motif de déception, la direction peu imaginative de Leonardo Sini (né en 1990), qui peine à rendre justice au brio et à la coloration irrésistible de l’orchestration de Rota, en adoptant des tempi trop uniformes, sans respiration. Le chef italien ne manque pourtant pas de qualités dans les scènes de frénésie, d’une parfaite mise en place, mais il lui manque une attention plus prononcée à la narration théâtrale, indispensable dans ce répertoire. Le plateau vocal montre en revanche une tenue exceptionnelle, malgré quelques réserves concernant le rôle principal, interprété par Ruzil Gatin : le ténor russe fait preuve de moyens exceptionnels au niveau technique, se jouant des difficultés sur toute la tessiture, notamment en voix de tête. Le débit des accélérations est également admirablement exécuté, mais il manque à Gatin la présence scénique indispensable à ce rôle prépondérant.

A ses côtés, tous les seconds rôles se montrent à un niveau superlatif, au premier rang desquels Marcello Rosiello (Beaupertuis), qui illumine le II par sa classe interprétative : la noblesse de ses phrasés et sa projection aisée sont un régal à chaque apparition. On aime aussi le père ridicule interprété par Pietro Spagnoli, malgré des couleurs et une puissance plus modeste en comparaison. Rien de tel pour Maria Grazia Schiavo (Elena), qui fait vivre son personnage mineur d’une grâce sans ostentation, à l’instar de la parfaite Josy Santos (La Baronessa de Champigny), également très convaincante.

 

 

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CRITIQUE, opéra. LIEGE, Opéra royal de Wallonie, le 21 novembre 2025. ROTA : Le Chapeau de paille de Florence. Ruzil Gatin (Fadinard), Pietro Spagnoli (Nonancourt), Maria Grazia Schiavo (Elena), Josy Santos (La Baronessa de Champigny), Marcello Rosiello (Beaupertuis), Rodion Pogossov (Emilio), Elena Galitskaya (Anaide), Didier Pieri (Vézinet), Lorenzo Martelli (Felice), Elisa Verzier (La modista), Blagoj Nacoski (Achille di Rosalba, Une guardia), Marc Tissons (Un caporale delle guardi), Léonid Anikin (Minardi), Choeur et Orchestre de l’Opéra royal de Wallonie, Leonardo Sini (direction musicale) / Damiano Michieletto (mise en scène). A l’affiche de l’Opéra royal de Wallonie à Liège, jusqu’au 25 novembre 2025. Photo (c) ORW-Liège / J. Berger

 

 

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