vendredi 16 octobre 2026

CRITIQUE, festival. THIRE, 14e festival « Dans les Jardins de William Christie », le 24 août 2025. M. A. CHARPENTIER : « Les Arts florissans » et « La Descente d’Orphée aux enfers ». Lauréats de la 12e Académie du Jardin des Voix, Les Arts Florissants, William Christie (direction)

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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C’est dans le cadre idyllique et somptueux des jardins à la française du domaine de William Christie, à Thiré en Vendée, que s’est déroulée certainement la soirée la plus enchanteresse de cette 14e édition du festival « Dans les Jardins de William Christie« . Le Miroir d’eau, transformé en scène naturelle, a accueilli une performance lyrique d’exception : un double programme consacré à Marc–Antoine Charpentier, réunissant Les Arts Florissans et La Descente d’Orphée aux enfers, portés par les jeunes talents fraîchement issus de la 12e Académie du Jardin des Voix (dirigés par William Christie lui-même, en codirection avec le fidèle Paul Agnew). 

 

Longtemps resté dans l’ombre du tout-puissant Jean-Baptiste Lully, Marc-Antoine Charpentier a patiemment ciselé son art sous le mécénat de Marie de Lorraine, Duchesse de Guise, qui lui ouvrit les portes de son palais parisien et mit à sa disposition un ensemble de musiciens d’élite. C’est dans ce contexte intime et privilégié qu’il composa une série d’œuvres allégoriques et pastorales, dont Les Arts Florissans (1685) et La Descente d’Orphée aux enfers (1686-1687), deux joyaux qui illustrent parfaitement son génie mélodique, sa profonde expressivité et son invention harmonique. Les Arts Florissans est une idylle en cinq scènes qui met en allégorie un dialogue entre les Arts (Peinture, Architecture, Musique, Poésie) et les forces de la vie (Paix, Guerre). C’est une ode à la création artistique et à la paix, composée pour célébrer le lignage de la Duchesse et la gloire du Roi Soleil. La Descente d’Orphée aux enfers est, quant à lui, un opéra de chambre en deux actes, inspiré du dixième livre des Métamorphoses d’Ovide, raconte le mythe universel de l’amour qui défie la mort. Il relate le mariage et la perte d’Eurydice, la descente courageuse d’Orphée aux Enfers pour la sauver, et son ultime échec tragique. La partition originale prévoyait un troisième acte, aujourd’hui perdu..

Sous la direction toujours aussi passionnée de son fondateur William Christie (dirigeant depuis son clavecin), l’ensemble Les Arts Florissants – qui tient son nom de l’œuvre même interprétée ce soir (qui – elle – ne porte pas de “t” !) – a une fois de plus fait la démonstration de sa maîtrise absolue du répertoire baroque français. La formation, alliant membres confirmés et jeunes lauréats, a fait preuve d’une cohésion et d’une sensibilité musicale remarquables, restituant avec rigueur historique et une élégance raffinée toute la subtilité des compositions de Charpentier.

 

 

Le cœur battant de cette production fut sans conteste la participation des dix Lauréats de la 12e édition du Jardin des Voix, l’académie internationale de jeunes chanteurs de l’ensemble. William Christie et Paul Agnew ont une fois de fait démontré leur flair infaillible pour dénicher et révéler les énormes talents de demain. A commencer la jeune Camille Chopin, déjà remarquée très favorablement cet été au Nouveau Festival de Radio-France & Montpellier Occitanie, qui a incarné une Eurydice d’une pureté vocale et émotionnelle saisissante. Son timbre clair, souple et précis, a parfaitement rendu la jeunesse, l’innocence puis la tristesse résignée de l’épouse tragique. Sa présence scénique, à la fois délicate et intense, a touché droit au cœur. Face à elle, le haute-contre new-yorkais Richard Pittsinger (contre Bastien Rimondi en première distribution la veille…),  déjà salué par le New York Times pour son « chant victorieux et son allure juvénile », a littéralement habité le rôle-titre d’Orphée. Son haute-contre possède une agilité et une clarté remarquables dans l’aigu, mais aussi une puissance et une expressivité qui ont porté toute la dimension héroïque et dramatique du personnage. Son interprétation de l’air de supplication devant Pluton fut un moment d’intense magie musicale.

Mais il serait injuste de ne pas saluer l’excellence homogène de toute l’équipe, et il nous faudra citer Josipa Bilić et Tanaquil Ollivier (dessus), d’une grande finesse vocale, Bastien Rimondi et Attila Varga-Tóth (haute-contre et taille), aux timbres chaleureux et à la présence solide, Olivier Bergeron (basse-taille) et Kevin Arboleda Oquendo (basse), impressionnants de puissance et d’autorité, notamment dans les rôles d’Apollon et Pluton. Précisons enfin qu’un incident a malheureusement privé la contralto Sydney Frodsham d’interpréter ses rôles solistes (Aréthuse dans Orphée, L’Architecture dans Les Arts), et que dans un bel esprit de troupe, Sarah Fleiss et Tanaquil Ollivier ont exceptionnellement repris ces parties avec un professionnalisme admirable, les intégrant parfaitement à leurs propres rôles. 

La mise en espace conçue par Marie Lambert-Le Bihan et Stéphane Facco était d’une intelligence et d’une sobriété parfaites. Conscients que le véritable décor était le jardin lui-même à la nuit tombante, ils ont opté pour une semi-scénarisation qui privilégiait l’essence de la musique et du drame, avec notamment une intelligente utilisation de grosses cordes rouges claquées contre le sol par le choeur pour symboliser le fracas des enfers . La disposition circulaire du public autour du Miroir d’eau créait une intimité extraordinaire, brisant le quatrième mur et nous immergeant complètement dans l’action. Les chorégraphies de Martin Chaix, interprétées par un quatuor de danseurs (Noémie Larcheveque, Claire Graham, Andrea Scarfi, Tom Godefroid), ont ajouté une dimension onirique et allégorique supplémentaire. Leurs mouvements, tantôt fluides et gracieux, tantôt saccadés et tourmentés (dans les scènes des Enfers), ont magnifiquement illustré les contrastes entre le monde pastoral et le monde souterrain. 

William Christie, en grand pédagogue et passeur, ne se contente pas de perpétuer un patrimoine : il le revitalise et le transmet avec une fraîcheur et une jeunesse renouvelées. Le Jardin des Voix s’affirme plus que jamais comme un incubateur de génies, et cette production en est la plus éclatante démonstration. On est sorti de ces jardins mirifiques, sous le ciel étoilé de Vendée, avec la certitude d’avoir assisté à un moment magique et précieux de l’art lyrique, où le passé et l’avenir dialoguaient en parfaite harmonie : un moment d’opéra absolu dans son écrin le plus naturel !

 

 

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CRITIQUE, festival. THIRE, 14e festival « Dans les Jardins de William Christie », le 24 août 2025. M. A. CHARPENTIER : « Les Arts florissans » et « La Descente d’Orphée aux enfers ». Lauréats de la 12e Académie du Jardin des Voix, Les Arts Florissants, William Christie (direction). Crédit photo © J. Gazeau

 

 

Pour plus de détails sur le programme complet et les billets en cliquant ici !

 

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