lundi 17 juin 2024

CRITIQUE, CD. BEETHOVEN : Sonates opus 1, 2, 3, 109, 110, 111 / Pierre Réach, piano (2 cd Anima records)

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Le pianiste Pierre Réach a longtemps joué et exploré Beethoven ; il est familier des 32 Sonates. Il propose en 2 cd, une vision très personnelle et indiscutablement fouillée comme investie, des premières de l’Opus 31 au triptyque saisissant des 3 dernières (Opus 109, 110, 111), véritables miroirs d’une expérience intime singulière. 

 

 

 

 

 

Le voici ce Beethoven âpre, expérimental, hors normes, conquérant d’un monde nouveau, créateur d’une musique inédite pour une ère future ; de romantique, Ludwig a la passion chevillée au corps ; classique et moderne à la fois, il réinvente les formes (ainsi le sens profond de la fugue ou du plan sonate) transmises par Haydn pour les transcender vers l’inouï et l’inconnu. Le triptyque de l’opus 31(cd1) atteste du bouillonnement et cathartique et spirituel, de cette forge musicale en constante progression ; à la fois large, clairement structuré, éloquent dans ses articulations naturelles, le jeu de Pierre Réach éclaire cette énergie critique, cette ardeur jamais satisfaite, prométhéenne et donc Beethovénienne ; elle nourrit la puissance d’une imagination qui avance sans complaisance… si la n°1, haydnienne est dite « boîteuse » encore dans son premier mouvement, bien que malicieuse, se souvenant de l’humour de « papa Haydn » ; la n°2, « la Tempête » – en ré mineur, porte bien son nom : fougueuse, impétueuse certes par sa fureur irrépressible. Le pianiste révèle combien sa volonté est contemporaine du Testament d’Heiligenstatd, crise terrifiante qui par la tempête personnelle saisissante ressentie (du fait de sa surdité inexorable) engendre un regain d’activité, une reconstruction salvatrice. 

Pierre Réach, qui a la carrure des bâtisseurs au clavier, mais aussi la pensée d’un architecte, souligne l’ampleur des vues d’un Beethoven qui réinvente surtout forme et développement à sa disposition. Les 3 dernières Sonates expriment les ultimes avancées de ce parcours extrémiste, aux apports inédits alors. A la technicité radicale, Beethoven fusionne l’exigence du sens ; dans le sens d’un enseignement visionnaire, philosophique voire spirituel. Déjà la forme tripartite de la 109, dans ses deux premiers mouvements apparemment activistes et bavards, préparent en réalité à la clairvoyance et à la maturité du 3è et dernier épisode, sublime Andante qui semble récapituler l’expérience de toute une vie, son vécu, ses secrètes espérances. La forme de cette conscience supérieure est fugue et variation, un infini du témoignage musical qui touche par sa franchise, sa profondeur, sa sincérité. La 110 va plus loin encore, développant tout autant son Adagio puis sa fugue conclusive qui révèle une vérité aussi évidente et naturelle qu’ineffable et profonde. 

L’opus 111 est l’œuvre ultime et testamentaire, en deux parties : agitation de la condition terrestre puis sublimation céleste, fureur puis accomplissement, combat puis apaisement salvateur, explicité en 5 variations énoncées dans la gravité d’une vérité enfin dévoilée. Sous les doigts agiles et sobres de Pierre Réach, Beethoven semble nous dire enfin apaisé mais d’une perspicacité éruptive : « tout est accompli et je ne regrette rien », tout en jouant des possibilités formelles que lui inspire la tension de cet idéal musical et spirituel. 

 

 

 

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CRITIQUE CD événement. BEETHOVEN : Sonates opus 31, 109, 110, 111 – Pierre Réach, piano / enregistrement réalisé en juil 2021 – 2 cd Anima records : 1h08 (cd1) + 1h02 (cd2) – CLIC de CLASSIQUENEWS – Plus d’infos sur le site de Pierre Réach

 

 

 

 

 

ENTRETIEN avec Pierre Réach

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LIRE aussi notre ENTRETIEN avec PIERRE RÉACH, à propos de son nouvel album BEETHOVEN : … » Ce qui me parait unique chez Beethoven et en particulier dans ses sonates, c’est justement la confrontation mais on pourrait parler d’une confrontation avec lui même. » (…) « Comme si Beethoven avait eu et en même temps, plusieurs vies, et passait de l’une à l’autre comme dans des univers différents qui n’appartiennent qu’à lui. » – Propos recueillis en janvier 2023

 

 

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