mardi 13 octobre 2026
Accueil Blog Page 15

CRITIQUE concert. MONACO, Auditorium Rainier III, le 12 avril 2026. ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE MONTE-CARLO. Lalo : Symphonie espagnole [Clara-Jumi Kang, violon] / Holst : Les Planètes, Charles Dutoit, direction

image_pdfTélécharger (.pdf)

Le Philharmonique de Monte-Carlo livre un programme idéal en ce dimanche 12 avril, remarquablement équilibré, offrant d’abord une partition concertante, de haute volée, portée par le tempérament d’une grande interprète ; puis déploie vertiges et enchantements de la forge orchestrale, dans une œuvre spectaculaire, exigeant de tous les pupitres.

 

 

Domptant avec intensité et élégance son violon (le Stradivarius « Thunis » de 1702), la soliste invitée Clara-Jumi Kang joue tout en tension sur les cordes, en maîtresse incontestée d’une sonorité brûlée, incandescente, d’une rondeur continue… La Symphonie Espagnole de Lalo (1875) toujours rare au concert en France, est une œuvre familière pour la violoniste qui connaît doutant mieux Lalo qu’elle a travaillé précédemment son Concerto avec l’Orchestre Royal de Stockholm, lors de sa résidence actuelle au sein de la phalange suédoise…
D’emblée c’est le geste surexpressif qui éclaire et muscle le style conquérant de cette Symphonie atypique, qui est en réalité un vaste concerto pour violon en 5 parties, tant l’instrument soliste est actif et même d’un chant généreux, ardent dès le début ; l’engagement de la violoniste allemande d’origine coréenne est total, en particulier sur le plan sonore, sachant tisser sa partie avec une radicalité très homogène, un chant franc et direct qui affronte l’Orchestre avec un panache presque guerrier.

 

Elle sait aussi ciseler les plus rares échappées lyriques et d’une tendresse intime. Sa personnalité fait merveille en particulier dans les deux derniers mouvements : l’Andante d’un caractère brucknérien, et le cinquième et ultime mouvement (« Rondo : allegro ») dont le caractère découle des épreuves réalisées précédemment : danse finale lumineuse, crépitante, d’une légèreté et presque d’un abandon soudainement inédit.
Tension et caractère [souci du folklore] mais aussi profondeur et gravité émotionnelle très affirmée font de la Symphonie de Lalo l’une des partitions les plus personnelles et originales alors, répondant point par point aux objectifs de la Société nationale de musique (fondée en 1871), dont le dessein dans les années 1870 entend favoriser, renouveler, affirmer un certain génie français [précisément en inventant de nouvelles formes], face à l’essor des symphonistes germaniques et du démiurge Wagner, de plus en plus incontournable. Clara-Jumi Kang redouble de caractère, de mordant, prenant appui sur chaque rebond contrasté pour souligner la haute expressivité d’un Lalo furieusement hispanique. La violoniste faisant feu de tout bois, affirme une indiscutable personnalité : un tempérament très intense et affûté, sans affectation, très proche de l’essence rhapsodique de l’œuvre, en particulier dans la forme des 2è et 4è mouvements, Scherzando et Andante.

 

planètes magiciennes

Après la pause, la seconde partie produit un autre accomplissement, aussi enthousiasmant, exposant les formidables qualités du Philharmonique de Monte-Carlo au devant de la scène.
La musique a la capacité d’exprimer l’ineffable. Elle est cette force capable de transformer en éveillant la conscience… ; c’est exactement ce qui s’est passé ce dimanche 12 avril à l’auditorium Rainier III.  Musique de passage (comme on parle de rite de passage), musique de révélation et de métamorphose… LES PLANÈTES de Gustav Holst (1874-1934) dévoilent un tout autre visage que tend à voiler le tapage foudroyant / fracassant de son premier épisode [Mars]…. Le cycle en 7 épisodes découle du goût personnel de Holst pour les mythes et croyances d’Extrême-Orient, lui-même traducteur du sanscrit, curieux de mesurer voire comprendre les enseignements philosophiques et spirituels du Rig Veda hindou.

 

symphonisme
astrologique et spirituel

Ainsi, l’auditeur ne sort pas indemne d’un tel cycle musical, que traverse la pleine conscience que le monde est régi par des lois universelles, secrètes, porteuses d’équilibre et d’harmonie, agissant pour sa pérennité.
On comprend dès lors que Les Planètes contiennent partie de ce savoir, qu’elles en diffusent chacune, la vérité cachée, du début martial et glaçant de Mars (déjà cité),… aux voluptés abstraites et secrètes de Saturne, jusqu’au climat suspendu, évanescent de l’insaisissable Neptune [l’ultime portail]. Assurément ces 2 séquences là [Saturne et Neptune] sont les plus captivantes, sur le plan de la construction comme de l’orchestration et de son onirisme instrumental ; elles relativisent la déflagration préliminaire de Mars, son impact irrésistible, morceau le plus connu [à juste titre] mais qui ne résume pas [loin de là] la richesse ni la singularité de la partition, ni ce que le maestro ce soir rend audible : la subtilité de son architecture intérieure, son formidable cheminement sonore et spirituel.

 

rituel musical

Sous la direction de Charles Dutoit, l’auditeur saisi par les déflagrations martiales de Mars, ce soir fracassant, terrifiant, d’une puissance à la fois impérieuse et définitive, pénètre peu à peu dans un labyrinthe à codes, une série de tableaux et de paysages qui à travers tous les pupitres remarquablement  exposés [savoureux mariages de timbres à l’appui], se découvrent peu à peu ; et sous une baguette aussi fine, l’auditeur s’autorise à décrypter le sens et l’esprit de chaque planète ainsi dévoilée ; il en perçoit le sens dans leur enchaînement spécifique… chaque séquence élucidée comme au fil d’un tirage de cartes progressif, œuvre à la révélation finale ; au mérite du Maestro et des formidables instrumentistes d’en exprimer tous les enjeux, dans un hédonisme libéré, sans jamais sacrifier ni la lisibilité ni l’unité globale.
C’est une construction en rébus.

Comme un guide inspiré, le chef abat ses cartes et dans chaque mesure musicale, une arcane nouvelle. A l’auditeur d’en démasquer la signification, d’autant plus aisément que le chef se révèle en guide superlatif. L’activité concertée des instruments approfondit et recherche le sens caché, semble percer le mystère contenu. Charles Dutoit sobre et détaillé développe une lecture qui sait nuancer, suggérer, murmurer ou rugir selon les indications de l’auteur et le caractère de la séquence. Tout cela en exploitant avec finesse, l’étonnante palette Instrumentale élaborée par Holst : aux instruments traditionnels, il ajoute aux deux harpes, célesta, hautbois baryton, clarinette basse et contrebasson,… et côté cuivres, complétant les 7 cors [!], le tuba, l’euphonium,… et l’orgue. Le spectre sonore qui en découle, confirme la maîtrise du compositeur comme un véritable enchanteur de timbres, sorcier et orfèvre à la fois.
De ce point de vue le chant du cor introduisant Vénus, le scintillement vaporeux des deux harpes au début du saisissant Neptune… relèvent d’un compositeur démiurge qui maîtrise idéalement la science des couleurs comme la texture des climats.

Sous le feu et la finesse de tels musiciens, l’originalité de l’écriture, ses audaces harmoniques, sa grande efficacité dramatique façonnent tout un imaginaire poétique, au souffle cinématographique… On comprend que John Williams ait puisé abondamment dans pareil labyrinthe d’effets, d’atmosphères, de combinaisons riches, de contrastes vertigineux.

 

vers l’épure

Il est passionnant de mesurer toutes les possibilités sonores d’un  orchestre virtuose, à son complet, multipliant les combinaisons spectaculaires [les cuivres sont impressionnants] et a contrario des effectifs requis, qui opère peu à peu, une décantation progressive de la texture orchestrale [selon l’esthétique d’Holst, lui-même amateur de mystères et d’incantations] … ainsi, dernière offrande orchestrale, les nappes évanescentes de la fin, avec chœur de femmes additionnel, au charme irrésistible, depuis les coulisses… voix prophétiques ou sirènes chantant un monde perdu… Ultime couleur suggestive ou touche onirique qui jalonne un somptueux accomplissement final. En exprimant l’infini, jusqu’au silence, cette fin de Neptune égale les grandes conclusions [suspendues, suggestives et elles aussi évanescentes] de Gustav Mahler. Artisan fin et inspiré dans les dialogues entre pupitres, le chef célèbre la faculté de la musique à suggérer : il en révèle le pouvoir d’évolution et de métamorphose, exprimant pour chaque séquence, une conscience mouvante, de plus en plus spectrale, qui chemine vers une épure de plus en plus explicite.
Les musiciens se montrent particulièrement convaincants dans le 5ème épisode [Saturne ou l’âge d’or] : ils réalisent une immersion dans la vérité et le mystère, une profondeur qui exprime la sagesse de l’âge mur ; la texture se dilue, se désagrège même dans un scintillement de nuances que le chef oriente et cultive dans la transparence, dans une opulence suspendue, onirique… qui approche Ravel, contemporain de Holst – le Ravel du ballet Daphnis et Chloé, et son lever du soleil mémorable].

Un nouveau miracle symphonique s’est réalisé ce soir à Monaco, grâce à une phalange enchanteresse à un moment charnière de son histoire, quand son directeur musical actuel,  Kazuki Yamada, achèvera en juin son mandat  pour laisser la place, dès septembre prochain, à la française, Natalie Stutzmann (*).

 

__________________________________________________
CRITIQUE concert. MONACO, le 12 avril 2026. Auditorium Rainier III, ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE MONTE-CARLO. Lalo : Symphonie espagnole [Clara-Jumi Kang, violon] / Holst : Les Planètes, Charles Dutoit, direction

 

 

 

(*) LIRE aussi notre dépêche nomination de Nathalie Stutzmann :
https://www.classiquenews.com/orchestres-opmc-orchestre-philharmonique-de-monte-carlo-nomination-de-nathalie-stutzmann-au-poste-de-directrice-artistique-et-musicale/

 

 

 

Diffusion radio
Concert Lalo / Holst par l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo / Charles Dutoit, diffusé sur Radio classique samedi 23 mai 2026, 20h

______________________________________

image_pdfTélécharger (.pdf)

CRITIQUE, opéra. PARIS, Théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet, le 8 avril 2026. GASPARINI : L’Avare. E. Zaïcik, S. Goubioud, V. Sicard, S. Amori… Théophile Gasselin / Vincent Dumestre

image_pdfTélécharger (.pdf)

Dans l’un des plus beaux écrins de la capitale, Molière revient sous une forme peu explorée. “Il Vecchio avaro” (Florence, 1720) – du duo Antonio Salvi et Francesco Gasparini – a pris la quintessence de Molière pour adapter ce classique sous la forme de l’intermezzo qui se glissait jadis entre les actes des immenses drammi per musica. Il Vecchio avaro, désormais transformé en L’Avaro pour cette production, est l’une des rares occasions d’entendre la musique de Francesco Gasparini. En effet, ce maître absolu du tournant du XVIIIème siècle a été célébré dans toute l’Europe et sa carrière était beaucoup plus importante que celle de Vivaldi ou même celle du jeune Haendel.

 

Gasparini, comme Alessandro Scarlatti, appartenait à cette génération qui a entrepris une mutation stylistique manifeste. Formé auprès de Bernardo Pasquini et encore dans la mouvance cavallienne, il adapte son écriture à la lumière des innovations corélliennes, donnant une place plus importante aux ritournelles, à un effectif étoffé et des couleurs plus complexes. Gasparini est d’ailleurs un des rares compositeurs à s’emparer de thèmes aussi intéressants et exotiques tels que Amleto (inspiré du personnage d’Hamlet, pas de Shakespeare directement) ou même Faramondo (cher à l’histoire ancestrale de France). En communion avec Antonio Salvi, librettiste « star » de l’époque, Gasparini a signé des partitions d’un dramatisme puissant. Antonio Salvi est l’auteur d’un bon nombre de livrets adaptés par Haendel dont le célèbre Ariodante. 

Le couple Gasparini / Salvi est un des nombreux exemples de tandem musico-littéraire qui a permis à l’art lyrique de développer des nouvelles facettes. Dans le registre de l’intermezzo, cette relation s’avère aussi efficace que celle d’Antonio Teixeira et Antonio José da Silva dans Guerras do Alecrim e Manjerona (Lisbonne 1737) ou, plus tard, Da Ponte / Mozart. L’évolution du genre comique sur les scènes d’opéra a comme étape essentielle la forme « intermezzo« . Léger et très souvent populaire, l’intermezzo n’en demeure pas moins grinçant. C’est dans les intermezzi que la satire sociale commence : avec le sucre doux-amer de la comédie tout passe mieux. 

Créé en 1720 à Florence, L’Avaro est une adaptation de la pièce éponyme de Molière. Ici les personnages sont des constructions de plusieurs entités à la fois du génie de Molière et de la Commedia dell’Arte. Par exemple, Fiammetta est manifestement l’espiègle et rusée Frosine, Pancrazio est à la fois Harpagon et Monsieur Jourdain par moments. Nous retrouvons toutefois cette critique de « l’avarice et des avaricieux » dans un montage littéraire qui n’est pas sans rappeler d’autres adaptations assez ambitieuses chez Caldara ou même Haendel dans son Flavio. 

Pour cette première scénique depuis un peu plus de trois siècles, Vincent Dumestre et Théophile Gasselin ne font pas simplement le pari de remonter une rareté, ils réinventent un style. Grâce à une imagination débordante, Théophile Gasselin a pris le texte de Salvi non pas comme un objet momifié ou un trésor inaltérable, mais comme un matériau théâtral à part entière. Le résultat de sa vision est une mise en scène précise, dynamique et merveilleusement juste. Tout y est équilibré sans tomber dans le piège de l’ennui. Théophile Gasselin respecte mais ose, cette énergie dramatique est le mélange parfait pour que la redécouverte devienne légendaire. 

Eva Zaïcik est une Fiammetta/Fichetto fabuleuse de justesse, d’ambiguïté et de musicalité. On apprécie l’ensemble de sa tessiture malgré quelques petites hésitations dans certaines vocalises. Son incarnation est digne de la Frosine pétillante de Claude Gensac dans l’adaptation cinématographique du classique de Molière. Don Pancrazio est un formidable Victor Sicard au comble de son talent histrionique et de ses capacités vocales. Il incarne à la perfection la ladrerie du mythique fesse-mathieu. En complément de ces deux personnages, Théophile Gasselin inclut la figure à la fois touchante et interlope de Scarabea, nourrice surannée en chœur antique qui commente l’action. Scarabea figure une mise en abîme de l’intermezzo finalement, une sorte de commentaire sur le commentaire, une critique sur la critique. Ce qui aurait pu être étrange devient naturel grâce au fantastique Serge Goubioud et son timbre nostalgique et charnel. Stefano Amori incarne sans un mot un ersatz de La Flèche, bondissant et fantasque tel qu’on l’aurait imaginé. 

Le Poème Harmonique et Vincent Dumestre sur scène deviennent protagonistes de cette fable. Les timbres et les nuances sont restituées avec une énergie qui ne retombe pas, on est enlevé dans un tourbillon d’émotions et de railleries sans aucun décalage. Grâce à Vincent Dumestre et ses musicien.ne.s, Gasparini nous est révélé non pas comme un « petit maître » inconnu, mais comme une pièce maîtresse dans l’histoire de l’opéra. 

Dans la bonbonnière de l’Athénée, cet Avare musical a sans doute invoqué l’âme de Louis Jouvet qui aurait été ravi d’applaudir cette production dans son théâtre, où il n’a jamais joué Harpagon. Et finalement, sous la nuit débordant d’astres éclatants, on aime à se promener sous les tilleuls du boulevard des Capucines. Les lettres rouges de la salle de Coquatrix n’évoquent plus Molière mais Roda-Gil : « Ce soir je viens me glisser dans tes rêves, dans cette mer que le désir soulève. Laisse-moi faire de toi mon trésor, comme Harpagon à genoux sur son or. »

 

_____________________________________________

CRITIQUE, opéra. PARIS, Théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet, le 8 avril 2026. GASPARINI : L’Avare. E. Zaïcik, S. Goubioud, V. Sicard, S. Amori… Théophile Gasselin / Vincent Dumestre. Crédit photographique (c)

image_pdfTélécharger (.pdf)

CRITIQUE, danse. TREMBLAY-EN-FRANCE (93), Théâtre Louis Aragon, le 10 avril 2026. Nocturne Danse #50 : Nadéeya Gk, Dafne Bianchi, Didier Firmin

image_pdfTélécharger (.pdf)

Nocturne #50 – Théâtre Louis Aragon – une soirée versatile ou l’énergie et l’esprit de la danse sont valorisés. La soirée se divise en trois créations chorégraphiques : Sawata, une création contemporaine de Nadéeya Gk ; La Breva, une création contemporaine de Dafne Bianchi, interprétée par Dafne Bianchi et Anaïs Mauri ; et Get Deep, du club à la scène, une création de Didier Firmin.

 

 

Par notre envoyée spéciale Amalia Procopio-Valentin.

La première chose qui frappe d’emblée dans cette soirée, c’est la fluidité collective présente dans les trois chorégraphies de la soirée. Bien que ce soient des créations différentes, on sent comme une énergie et une joie de danser commune. Le premier spectacle de la soirée, Sawata, est une création contemporaine de Nadia Gabrieli Kalati, dite Nadéeya Gk, avec la compagnie aKôT. Il s’agit d’un solo de house dance qui ne semble pas raconter d’intrigue. La pièce repose plutôt sur une gestuelle à la fois fluide et saccadée, évoquant les mouvements de l’eau. Une mise en scène très sobre accompagne la danse : les costumes, légers et flottants, subliment les mouvements de la danseuse et accentuent l’impression de fluidité, tandis que l’espace est mis en valeur par des déplacements circulaires récurrents, et par un ancrage fort dans le sol. Cela montre la présence physique et scénique de l‘artiste. La bande sonore, construite sur un beat rythmé ponctué de murmures, reste dans cet imaginaire aquatique, pendant que le chant et la parole viennent enrichir la performance. Ce qui fonctionne particulièrement, c’est la cohérence entre les mouvements, les costume, les sons et l’énergie, ainsi que la capacité de l’interprète à mélanger tous ces aspects. C’est cela qui donne son originalité à la pièce. Sawata laisse ainsi une impression poétique, et invite à ressentir une certaine fluidité.

Le deuxième spectacle de la soirée, La Breva, est une création contemporaine de Dafne Bianchi pour la compagnie Néphélé, interprétée par Dafne Bianchi et Anaïs Mauri. La pièce ne s‘appuie pas sur une intrigue mais sur une alchimie forte entre les deux femmes sur scène, comme un lien sororal. La mise en scène repose sur une écriture chorégraphique très vivante, d’influences contemporaines, jazz et hip-hop, avec des mouvements rapides, fluides ou saccadés qui traduisent aussi bien l’élan que la retenue. Le travail de la lumière, qui découpe l’espace en différentes zones, structure efficacement le plateau et accompagne la circulation des danseuses. L’univers sonore, constitué de pulsations, de bruits, paroles et chants, soutient cette dynamique et renforce l’impression d’un dialogue non verbal. Ce qui marque surtout, c’est la qualité de l’interprétation : les deux danseuses rendent très lisible la transmission des émotions d’une personne à l’autre, non seulement par la danse, mais aussi par les regards, les visages et leur présence scénique. La Breva touche ainsi par les émotions transmisses à travers un dialogue non verbal et ce lien très fort exprimé par la danse.

Get Deep, du club à la danse, de Didier Firmin pour la compagnie Atmosphère, se construit comme une création contemporaine qui fait passer la danse de club à la scène, en conservant l’énergie, la liberté et une forme d’expression propres aux cultures urbaines. La mise en scène repose sur une chorégraphique nourrie de jazz, de hip-hop, de house et de gestes fluides, avec un rythme constamment renouvelé par les variations de dynamique entre solos, duos, trios et ensembles. Le travail de lumière joue un rôle essentiel en mettant tour à tour un danseur en avant, ce qui structure le regard et crée une structure vivante. L’univers sonore, mêlant musique jazz et hip-hop, mais aussi chant, slam, discours et poème, enrichit la proposition et lui donne une dimension à la fois touchante et engagée. Ce qui fonctionne particulièrement, c’est la présence des interprètes et la manière dont chacun semble affirmer une individualité tout en participant à une énergie collective. L’originalité du spectacle tient justement à cette capacité à mettre ne cohésion plusieurs langages, chorégraphiques, musicaux et vocaux. Ce qui marque surtout, c’est cette célébration de la liberté, de l’expression de soi et de l’énergie de la danse. Get Deep, du club à la scène, « impacte » ainsi par la force de son énergie, la liberté revendiquée et son l’énergie saisissante dégagée par les danseurs.

 

Partage et transmission

Accessible à tous, le spectacle trouve sa place au Théâtre Louis Aragon, un lieu de partage et de convivialité autour de l’art. À travers des soirées danse comme Nocturnes Danse #50, le Théâtre Louis Aragon affirme son engagement en faveur de la création chorégraphique. En programmant plusieurs chorégraphies au cours d’une même soirée, le théâtre offre la possibilité de découvrir différents styles et langages chorégraphiques en un seul moment. De plus, le fait d’ouvrir également ses portes à de nombreuses écoles de danse, afin que les élèves puissent assister à ces spectacles, donne à cette démarche une portée plus importante. Il ne s’agit pas seulement de diffuser des œuvres, mais aussi de créer un espace d’ouverture culturelle, de découverte et de transmission. Une telle initiative permet aux jeunes danseurs et danseuses de redécouvrir l’art et la scène, de nourrir leur curiosité et de développer leur sensibilité artistique. En ce sens, le Théâtre Louis Aragon occupe une place importante dans la valorisation de la culture, en faisant du spectacle vivant un lieu d’apprentissage, d’inspiration et d’élargissement des horizons. La soirée et ses spectacles remplissent donc leurs objectifs.

Nocturnes Danse #50 au Théâtre Louis Aragon réunit trois créations chorégraphiques aux écritures distinctes mais remplies d’une même énergie, et affirme, dans un esprit de partage et d’ouverture culturelle, la vitalité et l’esprit de la danse. Une expérience enrichissante, à voir.

 

 

_________________________________________________
CRITIQUE, danse. TREMBLAY-EN-FRANCE (93), Théâtre L Aragon, le 10 avril 2026. Nocturne Danse #50 : Nadéeya Gk, Dafne Bianchi, Didier Firmin

 

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

STREAMING opéra. HANDEL : Rodelinda (Garsington Opera, juin 2025), le 17 avril 2025. Lucy Crowe, Tim Mead… Ruth Knight (mise en scène) / Peter Whelan (direction)

image_pdfTélécharger (.pdf)

Avant le début de l’opéra, le roi Bertarido a été vaincu au combat par Grimoaldo, qui a usurpé son trône. Bertarido qui vient d’être vaincu par Grimoaldo lequel s’est couronné, a réussi à s’échapper et a laissé circuler des rumeurs sur sa mort dans l’espoir de sauver son épouse Rodelinda, leur jeune fils Flavio et sa sœur Eduige…  Nouveau vainqueur, Grimoaldo, pourtant fiancé à Eduige, séduit l’épouse du vaincu, Rodelinda… qu’il entend bien prendre pour femme.

 

 

Avec Ariodante et Giulio Cesare, Rodelinda regroupe les plus belles mélodies composées par Haendel. Haine et jalousie guerrière, désespoir et amour contrarié, ressentiment et loyauté défaite…tous les sentiments se mêlent dans le théâtre haendélien. Dans cette production de l’été 2025 présenté par le Garsington Opera, la metteuse en scène Ruth Knight collabore avec la scénographe Leslie Travers quand la fosse est dirigé par le chef Peter Whelan, spécialiste de la musique baroque.

 

_________________________
VOIR RODELINDA de Haendel
Livret : Nicola Francesco Haym
production du Garsington Opera at Wormsley
Diffusé le 17 avril 2026 à 19h CET
Disponible jusqu’au 17 octobre 2026 à 12h CET
Enregistré le 8 juillet 2025
https://operavision.eu/fr/performance/rodelinda
distribution
RODELINDA : Lucy Crowe
GRIMOALDO : Ed Lyon
BERTARIDO : Tim Head
…
Ruth Knight, mise en scène
Peter Whelan, direction
Photo : © Julian Guidera

 

 

__________________________________________________

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

ENTRETIEN croisé avec Alexis VASSILIEV, contre-ténor et Philippe FOULON, gambiste, à propos du cd « Couleurs du Baroque »

image_pdfTélécharger (.pdf)

Le premier possède une superbe voix d’alto, agile, percutante, d’une expressivité rare, qui ressuscite les prouesses vocales des castrats au XVIIIè. Le second se montre orfèvre dans l’art des arabesques et volutes expressives des instruments d’époques, en particulier les instruments d’amour à cordes sympathiques… très chers à Antonio Vivaldi. De leur rencontre découle un programme discographique qui regroupe sur plusieurs années, plusieurs prises live de concert et des enregistrements en studio… ; autant de témoignages d’une sincérité franche où la complicité des deux interprètes se révèle dans l’intensité et le souffle, les passions de l’âme mises en musique par Vivaldi, Haendel, Bach…
__________________________________

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Comment, selon quels critères artistiques avez-vous élaboré le programme de votre CD « Couleurs du Baroque » ? Quel en était l’objectif principal ?

PHILIPPE FOULON : Pour ma part, il m’est difficile de répondre à cette question puisque c’est Alexis Vassiliev qui a réuni ces pièces tirées de l’expérience de ses concerts ! Il s’agit en fait d’une constatation de son évolution vocale sur un certain nombre d’années.

ALEXIS VASSILIEV : L’objectif principal est de jeter un regard vivant, de ré- engager l’oreille actuelle dans cette musique redécouverte en Europe et en France notamment depuis les années 1950, avec la voix d’Alfred Deller, pionnier du chant baroque, contre-ténor alto. Depuis, l’évolution a été considérable. De nos jours, nous avons à notre disposition un certain nombre de contre-ténors et de musiciens « baroqueux » qui explorent ce style. En ce qui concerne notre collaboration, Philippe Foulon est le partenaire le plus proche et permanent, avec qui je travaille à la recherche du « vrai » son baroque, le style, l’expression et l’impact sur le public. Ce CD présente l’évolution de ma voix de contralto contre-ténor suivant le style baroque et selon mon entourage musical. La succession de pièces extraites de captations en concerts montre l’affinage vocal et stylistique sur plusieurs années, notamment avec Philippe. Je remarque qu’on est encore loin d’atteindre notre but, car le sujet est super vaste. Mais je constate, à travers la critique de ce CD, qu’on ne travaille pas pour rien !

 

 

CLASSIQUENEWS : Dans l’enchaînement et la succession des airs, de quelle façon s’accordent chant et instruments ? Quelle en est la « dramaturgie » ?

ALEXIS VASSILIEV : Justement, le rôle de la « dramaturgie », c’est de démontrer et d’illustrer comment les vibrations fonctionnent comme elles ont été recherchées à l’époque des castrats, car la plupart des pièces ont été conçues pour eux et par eux, en rapport avec leurs techniques vocales.
L’enchaînements des morceaux qui sont ici présentés, c’est la diversité des impacts qui atteignent l’oreille de celui qui écoute, suivant aussi l’évolution de ma technique vocale dans le style baroque au cours du temps. En effet, ce CD est une compilation des enregistrements qui couvre une période d’une dizaine d’années.
Celui qui écoute peut entendre que l’épaisseur de la voix, la technique du placement, de la respiration, évoluent selon les prises du son de chaque air, et aussi selon le musicien accompagnateur. Cette voix s’ajuste davantage aux instruments baroques auxquels Philippe Foulon et les autres musiciens qui m’accompagnent, me permettent d’accéder. La confiance, la fusion et l’entraide sont très importantes, voire vitales ! Le but de ces collaborations et le résultat, c’est que les impacts s’enrichissent et s’affinent.

 

CLASSIQUENEWS : Vous souhaitez retrouver le son de l’époque de Vivaldi dans la Venise du XVIIIe. De ce point de vue quels en sont les aspects concrets dans le CD ?

ALEXIS VASSILIEV : Pour être plus précis, nous ne parlons pas seulement de la musique de Vivaldi, mais aussi des autres compositeurs qui ont pratiqué le même procédé concernant le traitement du son, je laisse vos lecteurs.trices écouter les plages de ce CD. J’en commenterai quelques-unes.
Numéro 2, Bononcini «Tormento fiero » : le silence agissant.
Numéro 4, Extrait de Suite de Bach, par Philippe Foulon : la continuité du phrasé – ininterrompu.
Numéro 5, Haendel « Si cadro », avec Olivier Dekeister à l’orgue : la technique vocale du XVIIIe siècle, « martellato con gola » pour tenir les phrases de long souffle, avec une articulation agissante et mobile.
À partir du numéro 5, une nouvelle phase commence dans ma carrière actuelle, avec Philippe Foulon et Emer Buckley au clavecin (la cantate profane de Vivaldi expose l’osmose parfaitement réalisée entre ces deux artistes).
Numéro 8 (Philippe Foulon en éclaircira les questions instrumentales de son côté, je parle seulement de ma partie), « Rompo i lacci » de Haendel : là, j’ai constaté un phénomène spécifique, à savoir que la musique de Haendel nous rend possible d’interpréter cet air seulement à DEUX !
Car le génie du compositeur a déjà prévu l’interprétation possible de cette musique, conçue comme un morceau d’« opéra », dans les conditions d’un salon du temps – ce qui était alors une pratique courante pour rendre cette musique plus populaire. Grâce aux harmoniques vocales qui fusionnent avec celles du violoncelle d’amour, on peut penser qu’on est au plus près du son de l’époque.
Numéro 10, petite merveille vocale de Bononcini : sincérité de l’expression – le mot clé pour interpréter ce morceau.
Et, numéro 11, « Furibondo » de Haendel, un morceau redoutable : il peut ne pas paraître crédible si on ne possède pas la technique du martellato con gola, qui rend possible de perler chaque note avec la même intensité, ce qui produit un aspect étonnant de « tempête ». Philippe et moi avons travaillé et recherché cette osmose dont je parlais, grâce au soin apporté à la technique et à l’association des mêmes intentions.

PHILIPPE FOULON : Sur cette question : grâce aux travaux de recherche et de redécouverte que j’ai menés depuis les années 2000 sur les instruments d’amour à cordes sympathiques très chers à Antonio Vivaldi, on peut entendre des sonorités inédites qui furent entendues à Venise fin XVIIe siècle- début XVIIIe. Avant d’être nommé professeur de violon à l’Ospedale de la Pietà, orphelinat de jeunes filles, école et véritable conservatoire de musique où ces jeunes filles étaient éduquées, le prêtre roux fut chargé de donner des cours de violetta inglese (violette anglaise), nom donné à une sorte de viole d’amour en plus gros et disposant de 6 cordes en boyau et 12 cordes métalliques sympathiques, conférant un son en « halo sonore » à la symbolique sacrée. Les Anglais ont rapporté ce système de doubles cordes des instruments traditionnels, sitar, sarangi, temporal, tous munis de nombreuses cordes sympathiques, des comptoirs commerciaux qu’ils ont implantés en Inde aux XVIe et XVIIe siècles. Le terme all’inglese fait référence en Italie ou en Allemagne, Autriche-Hongrie à ce procédé venu de l’Angleterre.) J’ai fait reconstruire une collection d’instruments à cordes d’amour unique au monde reproduisant l’instrumentarium d’amour pour interpréter les nombreuses œuvres recourant à cette instrumentation originale. Nous pouvons écouter le son du violoncelle d’amour à 5 cordes boyau et 8 cordes sympathiques dans le CD accompagnant la voix de contralto d’Alexis Vassiliev. Comme le son du violoncelle d’amour est très harmonique, l’instrument est très performant pour accompagner la voix tout seul sans clavier, ce qui donne une lisibilité entre les deux voix : le son reste ample et on entend le dialogue sans surcharge. On peut écouter également la voix avec violoncelle obligé et la basse continue au clavecin donnant un autre angle d’écoute. On y découvre également le son très aigu de la viole all’inglese sopranino, appelée à l’époque pardessus de viole d’amour ou quinton d’amour en France.

 

CLASSIQUENEWS : Vous jouerez le programme en avril prochain à Mortain (près du Mont-Saint-Michel le 21 avril 2026) : y a-t-il des nouveautés ou des différences en comparaison avec le programme du CD ? Qu’apporte pour l’interprète l’expérience du concert comparé à l’enregistrement ? Expérimentez-vous toujours certains aspects ?

PHILIPPE FOULON : Le programme du concert reprend certaines pièces du CD (cantate de Vivaldi) et d’autres pièces comme un psaume de Benedetto Marcello (voix d’alto avec violoncello obligé), interprété sur violoncelle d’amour all’inglese , 2 arias pour voix d’alto, violoncelle all’inglese et basse continue de l’oratorio de Caldara , Magdalena a piedi de Cristo, aria extrait de Dario de Vivaldi pour voix d’alto, viola all’ingese (viole à cordes sympathiques) et basse continue, la cantate « Perfidissimo cor » de Vivaldi, des pièces instrumentales de Vivaldi pour violoncelle
d’amour et basse continue, adagio extrait des « Quatre-Saisons » adapté par Chedeville pour pardessus d’amour et clavecin obligé. En ce qui concerne l’expérience de concert par rapport à l’enregistrement dans le cadre de notre démarche, tous les enregistrements du CD ont été effectués pendant les concerts, donc en prises uniques sans montage, ce qui permet à la fois une prise de risques car pas de possibilités de corriger, et donc une ambiance créée des plus sincère grâce à la présence du public, et très propice à engendrer les émotions (les fameuses passions de l’âme) contenues dans les œuvres ! Pour bien comprendre, le titre de l’album « Couleurs du baroque » fait référence aux couleurs vocales et instrumentales crées par les sons très divers grâce à la présence de l’infinie richesse des sons harmoniques contenus dans les instruments d’amour à cordes sympathiques (ils permettent de concentrer les notes fondamentales ou d’éclaircir les harmoniques supérieures, donc facilitent le clair-obscur. Ils servent aussi à former les sons baroques en courbes, liés à cette esthétique artistique : les sons de cloche, les sons enflés, les sons filés et autres formes de volutes ; et à simuler tous les mouvements du corps dans les danses, structurant la forme des arias ou pièces instrumentales.

ALEXIS VASSILIEV : Superbe question ! Et trop vaste pour la traiter en quelques lignes.
Je vais être bref. On approfondit toujours les mêmes aspects :
1) Rechercher les mêmes intentions concernant le phrasé, sans lesquelles la musique devient inécoutable.
2) Honorer la technique baroque en l’approfondissant dans les moindres détails et nuances.
3) Duo – trio (ce qui fait la matière de la musique baroque, qui ne connaissait pas les orchestres wagnériens). Pour réussir cette technique d’orfèvrerie, il faut être transparent, surtout pas pâteux. « Leggero ! » comme me l’a tant de fois hurlé ma professeure italienne !
La grande différence entre la pratique du concert et les conditions d’enregistrement, c’est le traitement du hasard ! En enregistrement, on peut toujours reprendre… Au concert NIET ! C’est la difficulté à gérer. On doit apprendre à être beau, bon et infaillible…

 

CLASSIQUENEWS : Lors de la MASTERCLASSE proposée dans le sillage de ce concert (22 au 25 avril 2026), quels aspects du métier et de la pratique instrumentale et vocale, avez-vous à cœur de transmettre ?

ALEXIS VASSILIEV : Tous ce que je vous ai évoqué est à transmettre. Et c’est possible !

 

CLASSIQUENEWS : Y a-t-il des œuvres qui se prêtent mieux à la transmission et à la pédagogie? Dans ce sens que ferez-vous travailler principalement en avril prochain ?

PHILIPPE FOULON : Le but de la transmission de l’art vocal ou de l’art instrumental est d’éclairer d’autres musiciens en apprentissage ou déjà confirmés, leur donner cette envie de jouer et partager grâce à l’élaboration de sons (travail du timbre vocal ou instrumental, des phrasés, des styles différents selon les époques et les pays, travail sur les traités, écrits, chroniques, pour comprendre le contexte), montrer la similitude dans l’utilisation de la voix ou de l’instrument, l’interaction entre les deux. La voix chantante a toujours été le modèle pour l’instrument qui veut l’imiter ; mais l’inverse est vrai également : la voix s’est inspirée des instruments pour obtenir plus de technique, d’agilité et de virtuosité. On s’aperçoit que les phrases, l’écriture, les ornements sont identiques pour la voix et pour l’instrument ! Dans ces master classes, les instrumentistes traditionnels et modernes sont invités chaleureusement pour toutes sortes d’expériences à pratiquer.


ALEXIS VASSILIEV : Je dirais : les chefs-d’œuvre ! Ils sont difficiles en apparence mais très propices à l’apprentissage avec les élèves, car on ne s’ennuie pas. Le Maître-compositeur qui les a conçus, savait ce qu’il voulait pour conduire au résultat, à la réussite ! Notre rôle de professeur est de rendre évidente la démarche du compositeur et d’enseigner à en faire usage.

 

Propos recueillis en mars 2026

 

 

AGENDA

CONCERT & ACADÉMIE / MASTERCLASSE – AVRANCHES, Mortain-Bocage. Concert mardi 21 avril 2026, récital vivaldien avec Alexis Vassiliev puis Masterclass (22-25 avril) : stage violoncelle / viole de gambe avec Philippe Foulon

En avril 2026, Avranches accueille concert et masterclass. D’abord mardi 21 avril, récital lyrique (Vivaldi et ses contemporains) avec le contralto Alexis Vassiliev et l’ensemble Lachrimae consort d’Amour à la Collégiale de Mortain Saint Evroult (50 140 Mortain-Bocage) -…

 

AVRANCHES, Mortain-Bocage. Concert mardi 21 avril 2026, récital vivaldien avec Alexis Vassiliev puis Masterclass (22-25 avril) : stage violoncelle / viole de gambe avec Philippe Foulon

 

 

 

CD

LIRE aussi notre CRITIQUE du CD COULEURS DU BAROQUE : Haendel, Bononcini,Bach, Vivaldi… Alexis Vassiliev, contralto / Philippe Foulon, instruments d’amour à l’inglese (1 cd Continuo classics)
https://www.classiquenews.com/critique-cd-evenement-couleurs-du-baroque-haendel-bononcinibach-vivaldi-alexis-vassiliev-contralto-philippe-foulon-instruments-damour-a-linglese-1-cd-continuo-cla/

Ce programme « Couleurs du Baroque » témoigne d’une complicité artistique convaincante, celle composée principalement du contralto ALEXIS VASSILIEV et du violoncelliste PHILIPPE FOULON ; tous deux cultivent un son intense, expressif, mordant, percutant, dont la fragilité dans le souffle et la respiration, sert surtout le jaillissement et l’intensité expressive, comme un geste naturel. Il en découle une approche très engagée, jamais neutre, dont les prise live de cet album emblématique, témoigne. La voix est ainsi captée sur une décennie et l’auditeur peut en suivre l’évolution selon les airs et les partenaires. C’est dans le crépitement et les « frottements » entre les timbres (de la voix et des instruments simultanés) que se produisent la vérité et la sincérité de l’interprétation. L’éclectisme et la grande variété des épisodes illustrent aussi l’extrême virtuosité dont étaient capables les castrats qui comme le rappelle Alexis Vassiliev dans notre entretien (lire ci après), étaient les destinataires des arias composés pour eux, selon la technique et le caractère propres à leur voix…

 

 

VIDÉOS

https://www.alexisvassiliev.fr/videos

___________________________________________

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

Festival MUSIQUE & MÉMOIRE 2026 – Du 17 juillet au 2 août 2026. Masques, Les Timbres, Les Traversées Baroques, L’Achéron…

image_pdfTélécharger (.pdf)

Chaque été, les VOSGES DU SUD accueille le Festival Musique et Mémoire, une expérience unique à vivre du 17 juil au 2 août 2026 dans les églises et les sites patrimoniaux du territoire vosgien.

Le festival MUSIQUE & MÉMOIRE 2026 s’annonce sous les meilleurs auspices (cette année, 15 jours de festivités musicales du 17 juillet au 2 août 2026) ; fort de son public en pleine croissance (un nouveau record a été atteint en 2025), le Festival des Vosges du Sud poursuit sa carrière exemplaire, porté par une programmation aussi audacieuse qu’exigeante, conçue par son fondateur et directeur artistique, Fabrice Creux. Du merveilleux de l’opéra-ballet Pygmalion de Jean-Philippe Rameau aux célébrissimes et enivrantes Vêpres de la Vierge de Claudio Monteverdi, cette 33e édition célèbrera toute la force de la scène baroque européenne actuelle.

 

 

 

annonce / présentation

LIRE aussi notre présentation annonce de l’édition 2026 de Musique & Mémoire : https://www.classiquenews.com/vosges-du-sud-33eme-festival-musique-et-memoire-du-17-juin-au-2-aout-2026-les-traversees-baroques-masques-les-timbres-18-concerts/

 

VOSGES DU SUD. 33ème Festival Musique et Mémoire, du 17 juillet au 2 août 2026. Les Traversées Baroques, Masques, Les Timbres… 17 concerts

 

 

entretien

LIRE aussi notre ENTRETIEN avec Fabrice Creux à propos de la 33ème édition de Musique & Mémoire, modèle hexagonal de festival de territoire, priviligiant médiation, transmission et création… : https://www.classiquenews.com/entretien-avec-fabrice-creux-a-propos-du-33e-festival-musique-memoire-du-14-juillet-au-2-aout-2026/

ENTRETIEN avec Fabrice CREUX, à propos du 33ème Festival Musique & Mémoire, du 14 juillet au 2 août 2026

 

 

TEASER VIDÉO 2026
En 2026, Fabrice Creux invite les ensembles Masques, L’Achéron, Les Timbres sans omettre Les Traversées Baroques qui présentent plusieurs programmes phares pour la 3è et dernière année de résidence (dont les formidables Vêpres de Monteverdi en clôture) – reportage spécial : extraits des concerts 2025 – un festival de Territoire – réalisation : © Philippe Alexandre Pham 2026

 

_________________________________________

image_pdfTélécharger (.pdf)

CRITIQUE, opéra. LIEGE, Opéra royal de Wallonie, le 10 avril 2026. DONIZETTI : Lucrezia Borgia. J. Pratt, D. Korchak, L. Boulianne, M. Mimika… Jean-Louis Grinda / Giampaolo Bisanti

image_pdfTélécharger (.pdf)

À l’Opéra Royal de Wallonie-Liège, le drame romantique dédié au destin tourmenté de Lucrèce Borgia, adapté de Victor Hugo par Gaetano Donizetti et son librettiste, profite de la pyrotechnie vocale de Jessica Pratt et de la direction brûlante de Giampaolo Bisanti.

 

Figure de la Renaissance et des luttes intestines entre les grandes familles des villes italiennes, Lucrèce Borgia a longtemps représenté le symbole de la courtisane avide de pouvoir, prête à toutes les corruptions et assassinats pour maintenir son statut. Si son rôle a été récemment réhabilité par les historiens, il n’en est rien en 1833, lorsque Victor Hugo en fait l’héroïne d’une de ses pièces les plus fameuses. Le Français imagine un personnage fascinant d’ambiguïtés, entre monstre de cruauté et mère inquiète pour son fils incestueux. L’immense succès à Paris donne l’idée d’une adaptation par Donizetti (sans l’accord de Hugo), qui simplifie à l’excès les péripéties du livret : paradoxalement, ces coupures donnent une coloration fiévreuse au début de l’opéra, qui claque comme une déflagration en mettant en scène l’affrontement de la Borgia face au chœur hostile.

Si les ressorts de l’action sont résolument expédiés, la variété de l’inspiration de Donizetti se nourrit d’un lyrisme flamboyant, dont Verdi se souviendra pour son premier succès Nabucco (1842). C’est précisément cet élan dont se saisit Giampaolo Bisanti, autour de vifs tempi. Le directeur musical de l’Opéra Royal de Wallonie se joue admirablement des variations d’atmosphère incessantes, même s’il a parfois tendance à couvrir le plateau dans les ensembles. Sa direction franche et directe reste toutefois un des moments forts de la soirée, à même de faire vivre la présence décisive de l’orchestre dans cette partition.

Le plateau vocal réuni apporte beaucoup de satisfactions, notamment dans la remarquable homogénéité des seconds rôles. On ne peut malheureusement pas en dire autant des interprètes principaux, mal assortis. Ainsi de Dmitry Korchak, qui compose un Gennaro rageur et fort en voix, mais incapable de baisser le volume pour trouver des phrasés plus subtils en dernière partie, notamment dans son air au II. Marko Mimica (Alfonso) possède de semblables qualités de projection, mais n’évite pas quelques raideurs dans l’articulation. Après avoir été réunies dans Les Capulets et les Montaigus de Bellini à l’Opéra de Reims en 2013, Jessica Pratt (Lucrèce) et Julie Boulianne (Orsini) se retrouvent une nouvelle fois pour faire briller les éclats du bel canto. Si leur envergure vocale est plus modeste en comparaison de leurs partenaires masculins, elles se distinguent par leur musicalité et leur raffinement, à même d’affronter les transitions avec une souplesse bienvenue. La soprano australienne fait face à son rôle périlleux avec un bel aplomb, se jouant aisément des vocalises. Les demi-teintes du premier acte laissent entrevoir un personnage plus fragile qu’il n’y paraît, confronté à la découverte inattendue de son fils, avant de révéler un tempérament plus affirmé face à son mari jaloux.

La mise en scène de Jean-Louis Grinda, ancien directeur général et artistique de la maison Liégeoise entre 1996 et 2007, joue la carte d’une lisibilité un rien trop signifiante dans son expression visuelle. Ainsi, des tableaux de grands maîtres qui jalonnent le récit sur les côtés, enfermant Lucrèce dans l’archétype « Madonne ou putain ». Le regard soupçonneux du mari sur sa femme alterne avec le fantasme d’une mère idéalisée par la religion. Cette double tutelle agit sur Lucrèce comme une morale oppressante, tandis qu’un jeune garçon grimé en ange lui rappelle son calvaire à plusieurs moments clés du récit.

 

 

_______________________________________

CRITIQUE, opéra. LIEGE, Opéra royal de Wallonie, le 10 avril 2026. DONIZETTI : Lucrezia Borgia. Jessica Pratt (Lucrezia Borgia), Julie Boulianne (Maffio Orsini), Dmitry Korchak (Gennaro), Marko Mimica (Don Alfonso), Roberto Covatta (Jeppo Liverotto), Luca Dall’Amico (Don Apostolo Gazella), Marco Miglietta (Oloferno Vitellozzo), Francesco Leone (Gubetta), William Corrò (Astolfo), Rocco Cavalluzzi (Ascanio Petrucci), Orchestre et Choeurs de l’Opéra Royal de Wallonie-Liège, Giampaolo Bisanti (direction musicale) / Jean-Louis Grinda (mise en scène). A l’affiche de l’Opéra royal de Wallonie, à Liège, jusqu’au 18 avril 2026. Crédit photographique (c)  ORW-Liège / J.Berger

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

CRITIQUE, festival. AIX-EN-PROVENCE, Grand-Théâtre de Provence, le 10 avril 2026. BEETHOVEN / MAHLER. Martha Argerich (piano), Orchestre Philharmonique de Munich, Lahav SHANI (direction)

image_pdfTélécharger (.pdf)

Ce 10 avril 2026 restera à jamais gravé dans les annales du 13e Festival de Pâques d’Aix-en-Provence comme une véritable offrande musicale. Devant un public médusé, puis debout, hurlant son bonheur, trois entités sacrées ont scellé un pacte : Martha Argerich, la « Lionne » immortelle, l’Orchestre Philharmonique de Munich, phalange européenne d’exception, en résidence pour 3 années au festival provençal, et Lahav Shani, le jeune chef israélien à l’incroyable talent.

 

Dès les trois premières notes du 2e Concerto pour piano de Ludwig van Beethoven, on a compris : la légende n’a pas pris une ride, elle s’est patinée d’or. La pianiste argentine Martha Argerich, plus féline que jamais, s’est approchée du clavier avec une grâce féroce. Ses doigts, tantôt caressant les touches avec une douceur de velours, tantôt les mordant avec un feu sacré, ont révélé ce concerto beethovénien sous un jour inédit. Le dialogue avec le Philharmonique de Munich, sous la baguette racée de Lahav Shani, fut d’une intelligence rare : un jeu de miroirs où l’orchestre ne se contentait pas d’accompagner, mais respirait avec la soliste. Après le dernier accord, une explosion, puis une standing ovation qui n’en finissait pas. Et là, offrande suprême, Martha Argerich, plus espiègle que jamais, a offert un bis renversant : un extrait de la Sonate K171 de Domenico Scarlatti. Un éblouissement de cristal et de feu, un bijou de clarté italienne joué avec une légèreté sidérante. En quelques minutes, elle nous a rappelé qu’elle est à la fois la reine du répertoire romantique, mais aussi du réperoire baroque.

L’entracte achevé, place au cataclysme annoncé. La Symphonie n°1 dite « Titan » de Gustav Mahler. Ici, Lahav Shani a pris les rênes de son Orchestre Philharmonique de Munich – l’une des meilleures phalanges européennes, rappelons-le – et a livré une lecture vertigineuse de modernité et de pulsation tellurique. Dès le « Wie ein Naturlaut » initial, cette respiration cosmique, on a senti la nature s’éveiller. Les cordes graves du Philharmonique de Munich ont déployé un tapis sonore d’une profondeur abyssale, tandis que les cors, debout lors du fameux Blumine, chantaient comme des anges un peu ivres. Shani, ce jeune maestro israélien au geste d’une clarté absolue, a sculpté chaque contraste : la danse paysanne un peu lourde du deuxième mouvement, le Kletzmer déchirant et sarcastique du « Frère Jacques » en mineur (avec une contrebasse solo d’une noirceur sublime), jusqu’au Final en apocalypse. Ce dernier mouvement fut une déflagration : la lutte contre le destin, les cuivres éruptifs, les cymbales s’entrechoquant comme des armures, puis cette mélodie d’amour émergeant du chaos… Shani a tenu le public en haleine dans un crescendo d’une tension presque insoutenable. Lorsque l’orchestre a explosé dans l’accord final en majesté, le Grand Théâtre de Provence a tremblé sur ses fondations.

Ce concert fut un sommet. Un de ces moments où l’on se dit : « J’y étais ! ». Le 13e Festival de Pâques d’Aix-en-Provence peut s’enorgueillir d’avoir écrit la plus belle page de son histoire. Un concert à marquer d’une pierre blanche – non, d’un diamant. Titanesque, félin… et divin !

 

 

___________________________________________________________
CRITIQUE, festival. AIX-EN-PROVENCE, Grand-Théâtre de Provence, le 10 avril 2026. BEETHOVEN / MAHLER. Martha Argerich (piano), Orchestre Philharmonique de Munich, Lahav SHANI (direction). Crédit photographique (c) Caroline Doutre

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

CRITIQUE, opéra. PARIS, Palais Garnier, le 10 avril 2026. GLASS : Satyagraha, A. Roth Costanzo, I. Lobel-Torres, D. Tines, G. Blondeel, A. Bignagni Lesca… Bobbi Jene Smith / Or Schraibe (chorégraphes), Ingo Metzmacher (direction musicale)

image_pdfTélécharger (.pdf)

Après sa création française à Nice en octobre dernier, Satyagraha de Philip Glass fait enfin son entrée dans le répertoire de l’Opéra national de Paris quarante-six ans après sa création à Rotterdam en septembre 1980. Une nouvelle production fascinante qui accorde à la danse une place de premier choix, et un triomphe pour le compositeur américain Philip Glass, quasi nonagénaire et présent dans la salle en cette soirée de première.

 

Volet central de la célèbre trilogie que Glass consacra aux grandes figures du XXe siècle, après Einstein on the beach (1976) – et avant Akhnaten (1984) -, Satyagraha est centré sur celle de Gandhi, sur l’émergence du concept de la non-violence durant sa période sud-africaine. Il s’agit là d’une forme opératique singulière, un operatorio chorégraphié dépourvu d’intrigue, de dialogues, de réels personnages, du moins dans la lecture proposée par les chorégraphes Bobbi Jene Smith et Or Schraiber. Les protagonistes du livret, écrit par Constance De Jong en sanskrit d’après le Bhagavad-Gita, à savoir Gandhi, Tolstoï, Tagore et Luther King, apparaissent au-dessus d’un balcon latéral et se contentent d’observer silencieusement la scène. Que peut dès lors apporter une mise en scène d’un tel ovni lyrique si le théâtre suppose succession de péripéties ici absentes ? Il y est bien question d’interroger les liens somme toute topiques entre théâtre et politique, mais à travers une volonté assumée de dé-contextualiser le propos : exit la référence à la période historique (en gros la première partie du XXe siècle), même si les costumes de Wojciech Dziedzic peuvent y faire penser, tandis que le décor unique imaginé par Christian Friedländer représente un studio de répétition d’une grande sobriété débouchant sur une large ouverture encadrée par des poutres stylisées et colorées pouvant faire penser à l’entrée d’un temple hindou. En outre, une sorte d’intrigue parallèle de nature militaire fait son apparition qui semble au fil des actes se restreindre pour quasiment disparaître au dernier acte. 

Mais le choix audacieux des deux chorégraphes est digne d’intérêt, car en plaçant la danse au centre du spectacle, ils confèrent aux danseurs un rôle éminent où se joue, à travers le jeu des corps, ondulés, fracturés, éprouvés, la lutte et la résistance au pouvoir et à ses abus. Mieux : la chorégraphie sert de contrepoids à la dimension statique de l’œuvre ; parfois, dans certaines scènes le geste lent, mécaniquement répété peut faire penser à l’esthétique bobwilsonnienne. Le théâtre se fait ici chorégraphie, illustration incarnée d’une pensée ou d’une idée abstraite (la non-violence) : on pense à la danse d’idées des métachories théorisée au début du XXe siècle par Valentine de Saint-Point, d’autant que certains gestes très stylisés font en effet penser aux mouvements expressionnistes d’une Loïs Füller auxquels la sulfureuse chorégraphe se réfère. Dans cet opéra qui s’affranchit des codes du genre, les deux chorégraphes rebattent les cartes : le chœur, comme dans la tragédie grecque, commente l’action dévolue aux danseurs. Mais il y également une passionnante réflexion sous-jacente sur la manière d’appréhender le temps. Ce qui est donné à voir c’est un opéra-synesthésie : le son devient ici visible, la mise en scène au final a ceci d’efficace qu’elle glose l’hypnose ; le système musical minimaliste détruit la perception habituelle du temps qui semble ainsi s’étirer et se figer tout à la fois. En cela, ce qui pouvait apparaître comme une impossibilité factuelle de mise en scène devient un objet sublime de fascination.

La distribution réunie n’atteint pas toujours l’excellence attendue. Le choix de remplacer un ténor par un contre-ténor peut surprendre, et on sent parfois les difficultés réelles rencontrées par l’excellent Anthony Roth Costanzo, notamment dans les graves. Sa voix toutefois éblouit et rajoute à l’atmosphère d’étrangeté véhiculée par un livret écrit en sanskrit. Un autre changement, probablement lié au précédent, concerne le rôle dévolu au Prince Arjuna, chanté non par un baryton mais par un ténor, campé par Nicky Spence qui convainc à moitié. La basse Nicolas Cavallier, habitué des lieux, possède un timbre solide et chaleureux, mais manque toutefois de tranchant. Ces quelques défauts minimes relevés, il faut avouer que le reste de la distribution est en tous points admirable : les deux sopranos Olivia Boen et Ilanah Lobel-Torres enchantent par leur voix diaphane, aux aigus magnifiquement maîtrisés, tandis que le baryton Davóne Tines brille par sa puissance vocale et une présence scénique proprement électrisante. On est aussi bouleversé par l’interprétation sans faute de Adriana Bignagni Lesca, alto racé, pleine de force et de détermination. Amin Ahangaran et Deepa Johnny complètent idéalement la distribution.

Une mention spéciale pour la douzaine de danseurs proprement extraordinaires qui portent en grande partie la réussite du spectacle. Les Chœurs de l’Opéra national de Paris, préparés par Ching-Lien Wu, fascinent à leur tour – superbe scène liminaire du 2e acte quand le rire se mue en pure pulsation rythmique, ou leur interprétation tout en sourdine avant le lever de rideau du 3e. On pourrait parfois regretter que leur côté massif et puissant dont l’intensité finit par obérer la netteté du chant. 

Placé à la tête de l’Orchestre de l’Opéra national de Paris, Ingo Metzmacher est capable du meilleur (l’attention au détail qui parfois évite la facilité de la répétition mécanique), comme du pire (dans le choix de certains tempi, parfois trop lents, dans le 3e acte notamment), parfois un peu rapides, comme dans la scène finale. Mais ne boudons pas notre plaisir : cette création parisienne de Satyagraha, très éloignée de la vision lumineuse et interactive de la production niçoise, réussit finalement son pari et sa proposition décalée mais cohérente nous a pleinement convaincu.

 

__________________________________________
CRITIQUE, opéra. PARIS, Palais Garnier, le 10 avril 2026. GLASS : Satyagraha, A. Roth Costanzo, I. Lobel-Torres, D. Tines, G. Blondeel, A. Bignagni Lesca… Bobbi Jene Smith / Or Schraibe (chorégraphes), Ingo Metzmacher (direction musicale). Crédit photograhique (c) Yonathan Kellermann

 

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

ENTRETIEN avec Fabrice CREUX, à propos du 33ème Festival Musique & Mémoire, du 17 juillet au 2 août 2026

image_pdfTélécharger (.pdf)

Chaque édition de Musique & Mémoire est une expérience totale à vivre dans les Vosges du Sud. La 33ème édition 2026 ne déroge pas à la règle. Le Festival vosgien promet un nouveau Parcours artistique, dont le rythme mêle musique et patrimoine ; il annonce grandes fresques et « pas de côté », continuité (Bach l’éternel) et nouvelles idées. Point d’orgue, la dernière année de résidence des Timbres dont l’offre XXL cette année comprend de nouveaux programmes dont un grand bal renaissance aux côtés des Vêpres de Monteverdi. C’est aussi les concerts d’orgue, fabuleuse (re)découverte du patrimoine local ainsi ressuscité dans des mises en scènes musicales qui se révèlent mémorables. Présentation, explications…
________________________________________

 

 

 

 


CLASSIQUENEWS : Comment s’inscrit cette nouvelle édition vis-à-vis des précédentes ?
FABRICE CREUX : Porté par l’extraordinaire succès de l’édition 2025, ce nouvel opus s’inscrit dans une dynamique puissante en proposant un parcours artistique allant de Pygmalion, sublime opéra ballet de Jean-Philippe Rameau aux merveilleuses Vêpres de la Vierge bienheureuse de Claudio Monteverdi.
Chaque édition du festival Musique et Mémoire, s’inscrit dans un « continuum » artistique, tout en portant de nouvelles idées.
Ce 33e opus fait part la part belle à de grandes fresques musicales, mais s’attache également à proposer des « pas de côté » avec des propositions artistiques singulières (les sonates et partitas pour violon seul de Bach par la violoniste Sue-Ying Koang dans un parc botanique, une relecture audacieuse de grandes pages du même auteur par un ensemble de marimbas…).
Ce parcours accueillera également des ensembles qui n’ont jamais encore vécus l’expérience du festival : l’Achéron de François Joubert-Caillet ou encore le jeune ensemble Barbaroco. Cette édition sera également grandiose aussi dans son intimité : sublime solo de viole de Christine Plubeau, une rencontre entre hier et aujourd’hui…. Dialogue à 2 à la Cour de Dresde ou encore à 3 avec l’ensemble ami : Les Timbres…

Au fond, ce que défend le festival Musique et Mémoire c’est l’idée d’un triptyque « gagnant » reposant sur la rencontre entre une œuvre, un artiste / un ensemble et un lieu. Pointue et variée, la programmation du festival rend compte cet été encore compte de la vitalité de la musique ancienne, dans un esprit d’ouverture absolu.

 

CLASSIQUENEWS : 2026 marque la fin de la résidence offerte à l’ensemble Les Traversées Baroques. Quel regard portez-vous sur les 3 années ainsi réalisées ? En quoi la proposition des artistes a-t-elle répondu à la promesse artistique du Festival ?

FABRICE CREUX : La résidence des Traversées Baroques a été d’une richesse extraordinaire en conjuguant avec force et audace, médiation, transmission, création et diffusion. Elle aura permis la diffusion des programmes de l’ensemble, (Tupasy Maria et Musique à la Cité des Rois), mais également une nouvelle création très originale, comme Ensaladas Ibéricas.
Une présence renforcée des équipes artistiques sur le terrain a également été mise en place dans le cadre de la semaine des bibliothèques ou de stages en écoles de musiques, afin de créer des liens uniques avec le territoire et sa population.
En un mot cette résidence des Traversées Baroques aura été un extraordinaire accélérateur de l’encrage local du festival, qui doit sans cesse renouveler son lien indéfectible avec les Vosges du Sud.
Pour sa dernière année de résidence, nous amplifions les actions de médiation avec ce collectif bourguignon, avec un extraordinaire projet dédié à la musique et la danse renaissance, qui trouvera son aboutissement lors d’un grand bal qui devrait rassembler 400 participants.

Lors du festival, l’ensemble Les Traversées Baroques proposera un parcours XXL ! Le Combat des chefs, une joute entre le cornet et le violon, imaginé avec l’ensemble Artifices, puis la rencontre entre l’imaginaire d’Etienne Meyer et les madrigaux de Monteverdi, et enfin pour conclure ces 3 années de complicité une plongée somptueuse dans le chef d’œuvre sacré du grand Claudio Monteverdi.

 

Photo : Concert Les Traversées Baroques © Nicolas MAGET

 

 

CLASSIQUENEWS : Qu’attendez-vous de leur lecture des Vêpres de Monteverdi, réalisées en clôture de l’édition 2026 ?
FABRICE CREUX : Nous attendons évidemment un final somptueux avec cette fresque hors du commun et universelle.
Intimistes ou monumentales, mystiques ou extraverties, les Vêpres de Monteverdi constituent non seulement une œuvre sans pareille, fabuleusement inventive, mais encore une expérience musicale aussi rare qu’inoubliable.

C’est la première fois que le festival Musique et Mémoire programmera ce monument et nous sommes évidemment très « émus » de pouvoir proposer un tel final à notre public dans le contexte architectural inspirant de la basilique Saint-Pierre de Luxeuil-les-Bains.

De plus, Les Traversées Baroques pour produire cette version ont recruté de jeunes chanteurs lors de différentes auditions. Ce qui correspond pleinement à l’idée du festival de permettre la rencontre entre les générations de musiciens.

Ce sera de toute une évidence un grand moment qui s’inscrira comme un marqueur fort dans la longue destinée du festival Musique et Mémoire.

 

CLASSIQUENEWS – L’orgue est l’un des volets importants du Festival. Que proposez-vous cette année ?
FABRICE CREUX : les instruments du territoire, qui font partie de la Ligne des Orgues Remarquables, séduisant concept franco-suisse, seront célébrés dans 3 programmes inédits mettant en scène les spécificités sonores propres à ces chefs-d’œuvre : Lumière et splendeur de la Renaissance espagnole à Grandvillars avec Jean-Charles Ablitzer et l’ensemble Barbaroco, le suave dialogue de 3 cornets par Les Traversées Baroques avec l’orgue italien de l’église Ste Odile de Belfort, puis toute la richesse de l’orgue historique de la basilique St Pierre de Luxeuil-les-Bains dans une merveilleuse célébration de Jean-Philippe Rameau offerte par Jean-Charles Ablizter, compagnon de route fidèle du festival.

L’orgue, instrument identitaire de Musique et Mémoire, reste très présent dans la programmation. C’est sans doute une caractéristique singulière de notre projet artistique.
Et cette année, nous nous attachons à promouvoir le projet de restauration de l’orgue historique de l’église Saint-Georges de Faucogney-et-la-Mer qui est à l’origine de la création du festival (souscription sur le site de la fondation du patrimoine, https://www.fondation-patrimoine.org/les-projets/orgue-de-leglise-saint-georges-de-faucogney-et-la-mer/12925).

 

CLASSIQUENEWS – Vous accueillez une nouvelle fois, l’ensemble Masques pour Pygmalion de Rameau. En quoi ce programme est-il l’un des temps forts de la nouvelle édition ?
FABRICE CREUX : Le festival Musique et Mémoire permet rarement d’offrir à notre public l’expérience bouleversante de l’opéra, genre inouï né à l’aube du baroque.
Pour autant, nous avons pu proposer par le passé avec l’ensemble Masques cette émotion pure (Vénus & Adonis de John Blow et Acis & Galatea de Händel).
Et nous sommes très heureux d’ouvrir le festival 2026 avec Pygmalion qui est considéré comme un exemple parfait de l’opéra-ballet français, un genre qui combine chant, danse et musique orchestrale. Créé en 1748 à l’Académie royale de musique de Paris, l’œuvre illustre l’excellence de Rameau dans son utilisation novatrice de l’harmonie et sa capacité à exprimer des émotions complexes à travers la musique. L’histoire est basée sur le mythe de Pygmalion tiré des Métamorphoses d’Ovide.

Un monde merveilleux que le public de Musique et Mémoire découvrira avec en décor le gigantesque cul de lampe sculpté de la tribune de l’orgue historique de la Basilique Saint-Pierre de Luxeuil-les-Bains. Un accord rare entre lyrisme musicale et d’une sculpture monumentale de la fin du XVIIe siècle.

 

CLASSIQUENEWS – Y-a-t-il des nouveautés cette année ? Lesquelles ?
FABRICE CREUX : Chaque édition est en soi une nouveauté, mais j’ai envie de mettre l’accent sur quelques moments particuliers de notre parcours en 17 concerts.

Pour sa première participation au festival Musique et Mémoire, l’Achéron de François Joubert-Caillet met en lumière les racines folkloriques de la musique italienne renaissante, puis évoque l’art de l’improvisation dont il a le secret dans un programme à la fois festif et virtuose, varié et intemporel.

A Héricourt, le claveciniste Laurent Stewart au jeu riche de cette curiosité qui ne se départ jamais de l’émotion, se jette dans l’intense palette expressive des Partitas de Bach, puis remontant le temps évoque, avec la complicité d’amies musiciennes, la figure du grand humaniste Constantijn Huygens, dont les lettres abondent en références musicales et évoquent de nombreux compositeurs de renom, tels que Johann Jakob Froberger (qui a vécu la fin de sa vie à Héricourt), Henri Du Mont, Carolus Hacquart ou encore Jacques Champion de Chambonnières.

Le jeune ensemble Tumbleweeds viendra révéler au public du festival son premier enregistrement discographique dédié à un voyage musical de la Vénétie à l’Emilie-Romagne.

En un mot, une myriade d’émotions…

Propos recueillis en février 2026

 

 

Photo : Concert Les Traversées Baroques © Nicolas MA

 

 

 

33è Festival Musique et Mémoire dans les Vosges du Sud : du 17 juillet au 2 août 2026 – LIRE aussi notre présentation de l’édition 2026 : temps forts, artistes et ensembles invités… : https://www.classiquenews.com/vosges-du-sud-33eme-festival-musique-et-memoire-du-17-juin-au-2-aout-2026-les-traversees-baroques-masques-les-timbres-18-concerts/

Plusieurs temps forts enrichissent à nouveau une programmation particulièrement prometteuse. La suite de l’exploration lyrique de l’ensemble Masques (Olivier Fortin, direction), avec notamment « Pygmalion » (1748), sommet dramatique et théâtral de Rameau en ouverture du festival (Luxeuil-Les-Bains, ven 17 juillet 2026, 21h). Cyril Auvity dans le rôle titre. Le parcours en 5 actes des Traversées Baroques, qui pour sa 3è et dernière année de résidence, présente ainsi pas moins de 4 programmes en création : Le Combat des chefs (dim 26 juillet, 17h / Corravillers, église Saint-Jean Baptiste), …

 

 

 

 

TEASER VIDÉO 2026

Chaque été, les VOSGES DU SUD accueille le Festival Musique et Mémoire, une expérience unique à vivre du 17 juil au 2 août 2026 dans les églises et les sites patrimoniaux du territoire vosgien. En 2026, Fabrice Creux invite les ensembles Masques, L’Achéron, Les Timbres sans omettre Les Traversées Baroques qui présentent plusieurs programmes phares pour la 3è et dernière année de résidence (dont les formidables Vêpres de Monteverdi en clôture) – reportage spécial : extraits des concerts 2025 – un festival de Territoire – réalisation : © Philippe Alexandre Pham 2026

 

 

 

 

_________________________________________________________

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

FESTIVAL DE SABLÉ : du 19 au 22 août 2026. Au plus près des étoiles… A nocte temporis, Capella Mediterranea, Ensemble Jupiter, Aedes, Nemanja Radulovic, William Shelton, Jean Rondeau, …

image_pdfTélécharger (.pdf)

Au plus près des étoiles… Le ciel sarthois accueille le Festival de Sablé 2026 du 19 au 22 août 2026 pour un nouveau cycle de découvertes saisissantes, avec en filigrane, la promesse de l’émerveillement… La 48e édition rayonne sur tout les territoire à Sablé-sur-Sarthe évidemment (Scène Joël Le Theule), mais aussi Brûlon, la Chapelle du Chêne,… Elle met en lumière la vitalité et la richesse des arts baroques à travers une constellation de figures féminines multiples : La Alfonsina, Stella, Ariane, … sans omettre la « belle brunette » et d’autres Vénitiennes à Paris…

 

 

Les Festivités commencent dès le 19 août avec le programme Vivaldi & Bach défendu par le virtuose du violon baroque (entre autres), Nemanja Radulovic (et l’ensemble Double Sens) ; puis jeudi 20 août A nocte temporis et le ténor Reinoud von Mechelen, dans plusieurs airs à boire et à danser dont « Oh ma belle brunette »… A ne pas manquer aussi ce même 20 août : le spectacle Welcome et Les Argonautes (Dixit Dominus).
Vendredi 21 août, le programme est aussi dense qu’emblématique de cette nouvelle édition. A 11h, Alfonsina par Mariana Flores et Capella Mediterranea ; à 15h, pleins feux sur les compositrices Vénitiennes (en particulier Antonia Bembo) chantées par le contre-ténor William Shelton ; enfin à 20h30, récital luth et archiluth par l’ensemble Jupiter… Et pour clôturer cette nouvelle édition 2026, pas moins de 4 programmes à l’affiche du samedi 22 août : récital Louis Couperin au clavecin par Jean Rondeau à 10h30 ; La Stella par l’Ensemble Jacques Moderne à 15h ; Violoncelle et hip hop avec le violoncelliste de Christian-Pierre La Marca à 18h, enfin à 20h30 : madrigaux pour Ariane par Aedes…  Laure Baert, directrice artistique, nous fait ainsi admirer les étoiles, avec quelle raison ; rien de tel qu’un festival étoilé pour nous faire rêver cet été…

TOUTES LES INFOS, les programmes, des artistes et ensembles invités, la billetterie… sur le site du Festival de Sablé 2026 : https://lentracte-sable.fr/festival-de-sable/

 

 

VOIR le TEASER VIDÉO 2026


Consulter le programme complet, la brochure du 48ème Festival de Sablé-Sur-Sarthe : https://www.calameo.com/books/007327620f9fe0a4607e7

 

____________________________

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

CRITIQUE, opéra. VERSAILLES, Grande Salle des Croisades, le 8 avril 2026. J. PERI : Euridice. J. Sancho, F. Hasler, P.-A. Benos-Djian, C. Lefilliâtre, L. De Donato… Les Epopées, Stéphane Fuget (direction)

image_pdfTélécharger (.pdf)

Après son prodigieux Morte d’Orfeo de Stefano Landi qui nous avait ébloui la saison passée, Stéphane Fuget et ses Épopées reviennent au même sujet avec le premier opéra de l’Histoire du genre intégralement conservé. Une nouvelle réussite exemplaire magnifiée par une distribution superlative.

 

Après plus de quatre cents ans d’histoire de l’opéra, donner l’Euridice de Rinuccini et Peri pourrait sembler une gageure. Cette fable pastorale d’un genre inouï pour l’époque, donné à Florence pour les noces de Marie de Médicis et Henri IV n’est pas d’une séduction immédiate : peu de formes closes, une intrigue sans péripéties et la mise en pratique – pour la première fois dans une telle durée – de ce fameux recitar cantando, une sorte de sprechgesang ante litteram, inventé par les membres (lettrés, poètes, musiciens, philosophes) de la Camerata Bardi florentine à la fin du XVIe siècle. L’objectif, en réalité, n’était pas de créer un opéra (le mot n’existe pas encore, et l’Euridice n’est pas structuré en actes et ne comporte que trois scènes sans ouverture instrumentale), mais de retrouver les conditions de représentations de la tragédie grecque dominée par une sorte de mélopée, une déclamation à mi-chemin entre le parler et le chanté. Stéphane Fuget est l’un des rares à avoir compris le fonctionnement de ce chant particulier, dont l’intensité expressive repose moins sur les notes elles-mêmes que sur la déclamation d’un texte poétique porteur d’affects. La poésie et la musique ayant les mêmes caractéristiques de rythme et d’harmonie (« Musique et Poésie sont deux sœurs » écrira plus tard le Cavalier Marin dans son épopée d’Adonis), l’union de ces deux arts semblait finalement assez naturelle aux yeux des Italiens qui venaient de créer en musique une tragédie (le personnage apparaît dans le prologue) d’un genre nouveau. 

C’est ce qu’ont compris également les interprètes réunis pour cette recréation versaillaise dans la magnifique Grande Salle des Croisades du Château de Versailles, à l’acoustique généreuse – et à la taille à peine plus importante que le Grand Salon du Palais Pitti où l’œuvre fut créée le 6 octobre 1600. Dans le rôle d’Orphée, Juan Sancho est absolument magistral, maîtrisant à la perfection l’art oratoire de la déclamation, modulant avec brio les moindres inflexions du texte poétique d’un raffinement extrême, et s’essayant même avec une réussite époustouflante à de multiples passaggi, ces variations vocaliques théorisées par Giulio Caccini Dans ses Nuove musiche et dont l’exemple le plus célèbre est le « Possente spirito » de L’Orfeo montéverdien. L’Eurydice de Floriane Hasler, bien que peu présente, est vibrante d’humanité, grâce à un timbre superbement projeté, une discrétion réjouissante qui n’obère pas une réelle présence scénique. Paul-Antoine Bénos-Djian incarne un très convaincant Arcetro : son timbre chaleureux, à la fois sonore et délicat, semble être l’incarnation du chant pathétique prôné par les Florentins. Claire Lefilliâtre, dans le double rôle de Vénus et d’une nymphe, montre que le temps n’a guère de prise sur l’expressivité toujours juste de son timbre, constamment attentive aux micro variations affectives du texte, rappelant ainsi que le drame est moins dans l’apparence des péripéties que dans la force théâtrale de la parole : car le but de celle-ci, comme le chante la Tragédie, est « d’éveiller les cœurs aux plus douces passions ». Luigi De Donato prête son timbre caverneux et sculptural au rôle infernal de Pluton (et de Rhadamante). L’échange avec Orphée, à la scène II, restera comme l’un des grands moments de la soirée. Tanaquil Ollivier campe une Proserpine à la fois juvénile et d’une grande assurance vocale, maniant avec une dextérité qui force le respect l’outil subtil et ductil du recitar cantando. Les autres personnages sont excellemment distribués, à commencer par la Tragedia de Helena Bregar, à la diction impeccable en dépit d’une projection un poil trop sage (l’excellente acoustique de la salle des croisades faisait que l’instrumentarium très riche couvrait parfois les voix) ; son intervention est essentielle car c’est elle qui annonce non seulement le sujet (« D’Orphée le Thrace écoutez donc le chant »), mais aussi et surtout la nouveauté absolue de l’œuvre donner à entendre (« Et sur des cordes plus joyeuses mon chant / Je tempère, doux plaisir pour un cœur noble »). C’est elle aussi, dans le rôle de Daphné, qui est chargée d’annoncer la terrible nouvelle de la mort d’Eurydice, montrant ainsi les effets de la tragédie après l’avoir incarnée allégoriquement dans le prologue. Le baryton franco-roumain Vlad Crosman est un Amyntas à la fois vibrant d’allégresse au moment de célébrer les noces de la nymphe et touchant d’humanité à la fin de l’opéra quand il rassure Orphée du retour d’Eurydice. Marco Angioloni met son tropisme toscan au service d’une élocution ciselée, tandis qu’Alexandre Adra prête ses graves d’airain à l’inflexible passeur des Enfers.

Stéphane Fuget dirige les musiciens, tous profondément investis, avec fougue et précision, soulignant par son geste économe la riche architecture sonore du poème d’Ottavio Rinuccini. Ce soir-là le chef des Épopées a réalisé le rêve évoqué par Peri dans la préface de son Euridice : « Imitar col canto chi parla », « Imiter le parler en chantant », et par là même « muovere gli affetti », « mettre en branle les passions », autrement dit émouvoir.

 

 

___________________________________
CRITIQUE, opéra. VERSAILLES, Grande Salle des Croisades, le 8 avril 2026. J. PERI : Euridice. J. Sancho, F. Hasler, P.-A. Benos-Djian, C. Lefilliâtre, L. De Donato… Les Epopées, Stéphane Fuget (direction). CRédit photographique (c) Droits réservés

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

LES ARTS FLORISSANTS. Concerto Danzante, Ballet de Lorraine, 29 avril – 7 juin 2026… Théotime Langlois de Swarte, direction

image_pdfTélécharger (.pdf)

Entre danse contemporaine et waacking, le spectacle «  Concerto danzante » met en mouvement, sur un rythme exalté, exaltant, plusieurs partitions majeures de l’histoire du Concerto à travers plusieurs partitions emblématiques de Vivaldi et de JS Bach, entre autres, jouées avec une flamme ciselée par Les Arts Florissants, sous la conduite du violoniste et chef d’orchestre Théotime Langlois de Swarte. Inspirées par le feu concertant de Bach et Vivaldi, deux chorégraphies sont produites, deux créations distinctes et complémentaires, portées par le CCN-Ballet de Lorraine.

_______________________________________
Photo : © Julien Benhamou

 

La chorégraphe Josépha Madoki, figure phare du waacking (danse urbaine à forte théâtralité)conçoit la première – autour de Vivaldi. Élaborée par Maud Le Pladec, la seconde – autour de Bach – réalise une fusion dynamique entre danse contemporaine et musique baroque, sublimant l’essence même du concerto.

 

_______________________
Concerto Danzante
6 dates événements
NANCY, Opéra
29 avril 2026, 20h
30 avril 2026, 20h
5 mai 2026, 20h
6 mai 2026, 20h
PARIS, Philharmonie
6 juin 2026, 20h
7 juin 2026, 16h (*)
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site des ARTS FLORISSANTS :
https://www.arts-florissants.org/evenements/concerto-danzante

 

 

 

Ensemble instrumental des Arts Florissants
CCN – Ballet de Lorraine

Théotime Langlois de Swarte, violon, direction musicale
Maud Le Pladec, chorégraphie
Josépha Madoki, chorégraphie
Eric Soyer, création lumière et scénographie
Jeanne Friot, costumes
Arturo Obegero AO, costumes

Œuvres de Johann Sebastian Bach, Gregorio Lambranzi, Giovanni Legrenzi, Marco Uccellini, Antonio Vivaldi et Johann Paul von Westhoff

 

(*)
Le concert du dimanche 7 juin à 16h fait partie du dispositif inclusif Relax. Il propose une atmosphère accueillante et détendue, basée sur l’acceptation des réactions et comportements de chaque spectateur quels que soient ses besoins (personnes en situation de handicap intellectuel, cognitif, polyhandicap, maladie d’Alzheimer, autisme, troubles psychiques, …). Les code de la salle sont assouplis, permettant aux publics de vivre pleinement leurs émotions, et de sortir ou de rentrer en salle à leur guise. 
Pour bénéficier de l’accompagnement Relax par des agents d’accueil formés, contactez-nous par téléphone au 01 44 84 44 84 ou par mail à [email protected]. Un formulaire de recueil des besoins vous sera envoyé. Ensemble de la programmation Relax et informations pratiques. 
______________________________________________________________

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

OPÉRA ROYAL DE VERSAILLES. RAMEAU : Platée, 1745. 13-19 avril 2026. Mathias Vidal, Marie Perbost… Shirley & Dino / Hervé Niquet

image_pdfTélécharger (.pdf)

1745 : événement dynastique à la Cour des Bourbons de France. Louis XV marie son fils, le Dauphin Louis, avec l’Infante d’Espagne Marie-Thérèse. Pour les noces royales, la Grande Écurie de Versailles, transformée en théâtre temporaire, est l’écrin du nouvel opéra de Jean-Philippe Rameau, compositeur officiel : Platée. Comédie lyrique, grand opéra-bouffon, la partition renouvelle totalement le genre lyrique et crée la première comédie musicale de l’histoire. Génie musicien, Rameau réinvente les codes et l’écriture opératiques. Nymphe des marais, la formidable Platée est le sujet d’une farce mordante et cruelle : les dieux (Jupiter et son compère, Mercure) se jouent de la (hideuse) grenouille en lui faisant croire qu’elle est aimée du dieu des dieux ; c’est un drame tragi-comique qui marqua les esprits dès sa création, d’autant plus dans un contexte officiel et royal, d’ordinaire producteur de partitions plus complaisantes. En réalité, les spectateurs crurent reconnaître la laide petite princesse espagnole dans l’héroïne coassante !

_____________________________________________
Photo : Mirco Magliocca

 

La Reine des marais à Versailles

Rythmes inventifs et inattendus, orchestre éblouissant, l’œuvre sert de prétexte au compositeur pour démontrer sa maîtrise absolue, délirante, orfévrée dans tous les genres, y compris dans la parodie de lui-même, comme en témoigne la scène hallucinante où La Folie qui aurait dérobé la lyre d’Apollon, déploie son lot de virtuosité italienne, tandis que le rôle-titre compose un personnage unique dans l’histoire lyrique à l’époque défendu par l’excellent haute contre Jélyote, interprète favori de Rameau… Aujourd’hui, le rôle est un redoutable défi pour tout interprète. Il est relevé avec quel brio par le ténor Mathias Vidal, prêt à incarner… une grenouille, reine des marais.
Dans la salle prestigieuse et magique de l’Opéra Royal de Versailles, le chef d’oeuvre de Rameau est défendu par le trio « infernal » Niquet, Shirley et Dino, partenaires familiers des lieux : après avoir vengé Purcell dans King Arthur et rajeuni Boismortier grâce à Don Quichotte, les 3 complices chaussent à présent ses bottes pour descendre dans le marécage de Platée, et en livrer une lecture « aussi loufoque qu’« historiquement informée », comme il se doit ! »… A l’aune de l’inégalable Platée, se dévoile les grands interprètes. 6 représentations événements à Versailles.

 

__________________________________________
Opéra Royal de Versailles
RAMEAU : Platée
5 représentations événements
Du lundi 13 au dimanche 19 avril 2026
Lundi 13 avril 2026, 20h
Mercredi 15 avril 2026, 20h
Jeudi 16 avril 2026, 20h
Samedi 18 avril 2026, 19h
Dimanche 19 avril 2026, 15h
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’Opéra Royal de Versailles : https://www.operaroyal-versailles.fr/event/rameau-platee/
2h sans entracte

 

distribution
Mathias Vidal, Platée
Jean-Christophe Lanièce, Momus
Marc Labonnette, Cithéron
Pierre Derhet, Mercure
Clara Penalva, Clarine
Jean-Vincent Blot, Jupiter
Marie Perbost, La Folie
Marie-Laure Garnier, Junon
Académie de danse baroque de l’Opéra Royal
Chœur et Orchestre du Concert Spirituel
Hervé Niquet, direction
Corinne et Gilles Benizio (alias Shirley et Dino),
Mise en scène, costumes
Pierre-François Dollé, Chorégraphie (nouvelle création)
Hernán Peñuela, décors
Patrick Méeüs, lumières

 

_____________________________________

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

ENTRETIEN avec Léo MARILLIER, directeur artistique du FESTIVAL INVENTIO, à propos de la 11ème édition 2026, du 3 avril au 18 oct 2026

image_pdfTélécharger (.pdf)

En dédiant la nouvelle édition du Festival INVENTIO aux animaux, le violoniste Léo Marillier établit de nouvelles correspondances dont les manifestations plongent au cœur de la fabrique et de la magie musicale. Place cette année à l’inédit, aux expériences singulières, aux propositions hybrides (avec projection de photographies animalières…), aux formes et dispositifs qui suscitent l’imaginaire et stimulent l’écoute des spectateurs… mais aussi aux créations dont une nouvelle pièce de sa composition, pour quatuor à cordes, inspirée des constellations et créée par le Quatuor Kandinsky. Ce sont plusieurs expériences diverses et multiples où la place du public, sa relation vivante avec les artistes sont particulièrement favorisées ; autant d’escales vivantes et souvent surprenantes qui savent s’inscrire dans le territoire choisi : la Seine-et-Marne. Festival itinérant et polymorphe, Inventio met en scène églises, châteaux, friches industrielles ou sites insolites… promesses de nouvelles explorations à vivre et à partager

_________________________

 

 

CLASSIQUENEWS : Pourquoi mettre les animaux à l’honneur cette année ? Quelles facettes la musique révèle-t-elle à travers votre programmation ?

LÉO MARILLIER : Les thèmes des éditions précédentes exploraient principalement des expériences individuelles — le voyage, les sens, le geste… Cette année, le choix de l’animal s’est imposé comme une évidence, car il ouvre une perspective plus hybride : à la fois intime et intérieure, mais aussi étrangère, ludique et profondément dépaysante.
L’animal partage avec l’homme une histoire ancienne et étroitement liée. La musique en porte la trace : elle imite les chants, les cris, les rythmes du vivant, qu’il s’agisse d’oiseaux, d’insectes ou de créatures plus imposantes. Les instruments eux-mêmes prolongent ce lien — faits de cornes, de bois, de peaux — comme une forme de mémoire vivante du monde animal.
Mais la musique va plus loin encore. Elle ne se contente pas d’imiter : elle transforme, elle incarne. Elle donne vie à des figures animales réelles ou imaginaires — du tigre au crocodile, du phénix mythique à la licorne rêvée — en les faisant exister par le son.
Ce qui me fascine particulièrement, c’est la manière dont les compositeurs traduisent le rythme de vie propre à chaque animal. Il ne s’agit pas simplement de reproduire un bruit ou une démarche, mais de saisir une manière d’habiter le monde. L’éléphant devient présence majestueuse ; le tigre tension et noblesse ; le moustique menace fugace… et même la paresse trouve son expression musicale.
Ces figures ne nous sont pas étrangères : elles entrent en résonance avec notre propre humanité. Elles nous tendent un miroir. Car en observant l’animal, c’est aussi notre regard que nous découvrons — et, à travers lui, une manière d’apprendre, de sentir, de comprendre le monde autrement. Le festival s’ouvrira par la projection de La Petite Renarde rusée de Janáček, dans la splendide version dirigée par Seiji Ozawa, chef-d’œuvre profondément sensible, qui explore avec finesse le lien d’empathie entre l’humain et le monde animal.

 

CLASSIQUENEWS : Quels en sont les temps forts ? Proposez-vous des programmes inédits, des créations ?
LÉO MARILLIER : Cette édition fera la part belle à l’inédit — presque chaque programme a été pensé comme une expérience singulière.
La présence de quatre photographes animaliers, dont les œuvres seront projetées lors de concerts immersifs, ouvre des perspectives nouvelles : leurs univers visuels dialoguent directement avec les programmes musicaux et en orientent l’imaginaire.
Ainsi, l’ensemble La Badaude nous entraîne dans les méandres poétiques et foisonnants de la Renaissance. On pourra également découvrir une version inédite du Chemin broussailleux de Janáček, transcrite par le trompettiste André Feydy pour quintette de cuivres ainsi qu’un délicat conte musical d’André Riotte, compositeur originaire de Provins. À cela, s’ajoute une création pour quatuor à cordes que j’ai composée, inspirée par les constellations, qui sera créé par le quatuor KANDINSKY.
Chaque programme est conçu comme une forme autonome, une véritable petite dramaturgie musicale : un point de départ, des développements, des contrastes, jusqu’à un dénouement souvent festif.
La présence des photographes permet aussi d’irriguer certains concerts de manière plus profonde encore. Par exemple, le concert du 11 septembre avec Anton Gerzenberg s’inspire entièrement de l’univers onirique, presque rupestre, de Nadine Villiers. Il réunira des œuvres aux atmosphères mythologiques, évanescentes et allégoriques de Schubert, Szymanowski et Alkan, en écho direct avec ses images.

 

CLASSIQUENEWS : Depuis les premières éditions du festival, comment a évolué votre conception du concert ? Vers quel format, quel dispositif vous orientez-vous à présent ?
LÉO MARILLIER : Au début du festival INVENTIO, j’étais encore très attaché à une forme de concert assez héritée : un cadre frontal, une certaine sacralisation de l’œuvre, et l’idée que la musique, à elle seule, suffisait à créer le lien. Avec le temps — et surtout au contact du public — cette conviction s’est fissurée.
Je me suis rendu compte que ce qui me touche profondément, ce n’est pas seulement la perfection d’une interprétation, mais la qualité de présence, l’intensité du moment partagé. Et ça, ça ne se décrète pas : ça se construit. Le concert n’est plus pour moi un objet figé, mais un espace vivant, fragile, où quelque chose peut réellement advenir entre les artistes et les
, auditeurs.
Aujourd’hui, je ressens presque une forme d’urgence à sortir des cadres trop rigides. J’ai envie de formats plus libres, plus poreux, où la musique dialogue avec la parole, avec l’espace, avec le silence aussi. J’ai envie qu’on puisse respirer autrement dans un concert, qu’on puisse s’y sentir accueilli, sans renoncer à l’exigence artistique.
Ce qui m’importe, c’est de créer des situations où l’écoute devient active, presque engagée, où le public n’est plus seulement témoin mais véritablement impliqué. Cela passe parfois par des dispositifs très simples — une proximité différente, une manière de s’adresser directement — mais qui changent radicalement la relation.
Je crois que je suis passé d’une forme de fidélité au modèle du concert à une fidélité beaucoup plus profonde : celle à l’expérience humaine qu’il peut générer. Et aujourd’hui, c’est clairement vers ça que je tends — des formes plus sincères, plus risquées aussi, mais surtout plus vivantes.
Au fil des années, ce dispositif s’est élargi : un plateau artistique plus important, davantage d’escales musicales. Et le festival a notamment développé des formats hybrides, intégrant des éléments visuels, des projections et des dispositifs narratifs, des ateliers, des balades afin d’enrichir l’écoute et de renforcer le lien entre musique et environnement. À partir de 2020, une déclinaison numérique, l’E-Festival, a également été mise en place, permettant la diffusion de concerts en ligne et l’extension du public au-delà des lieux physiques de représentation.
L’ensemble dessine un modèle de festival où le concert s’inscrit dans une expérience globale, à la croisée de la musique, des arts visuels et de la médiation culturelle. Ainsi, la conception du concert au sein d’INVENTIO s’est progressivement déplacée d’un format assez classique de musique de chambre vers une approche plus contextuelle, immersive et décloisonnée, intégrée à un projet culturel territorial plus large.

 

CLASSIQUENEWS : Comment s’inscrit cette nouvelle édition par rapport aux précédentes ? Y a-t-il des nouveautés ?
LÉO MARILLIER : Cette nouvelle édition s’inscrit à la fois dans une forme de continuité et de renouvellement. Fidèle à l’esprit du festival, elle poursuit cette exploration de thématiques fortes, tout en ouvrant de nouveaux espaces artistiques.
Parmi les nouveautés, on peut notamment souligner la présence, pour la première fois, d’un récital chant et piano. Conçu comme une petite fresque à la fois sage et burlesque, il s’articule autour de l’idée de la fable animale. Porté par Clara Barbier Serrano et Joanna Kacperek, ce programme propose un regard à la fois poétique et malicieux sur le monde du vivant.
Mais la nouveauté s’inscrit aussi dans la fidélité : certains ensembles reviennent, enrichissant le festival de leur histoire. L’ensemble de cuivres Solstice, dirigé par André Feydy, est ainsi de retour, accompagné de Léon Bonnaffé en récitant. Ils proposeront une création singulière mêlant textes poétiques et musique, autour des thèmes de l’errance et de la rêverie.
Le Quatuor Kandinsky, fidèle au festival, revient pour la troisième année consécutive avec un programme rendant hommage à ce peintre majeur, dont l’œuvre a su conjuguer folklore, modernité et émerveillement.
Enfin, cette édition sera également l’occasion pour moi de proposer une création personnelle : une pièce conçue en écho à l’exposition de l’univers photographique singulier d’Edith Landau, prolongeant ainsi le dialogue entre les arts visuels et la musique, qui constitue l’un des fils conducteurs du festival. Installation audiovisuelle en prélude du récital d’accordéon avec Quentin Rey dont le programme fait écho aux fantômes et mystères de la forêt.

 

CLASSIQUENEWS : Comment défendre l’idée d’un Festival ancré sur son territoire ? De quelle façon, INVENTIO s’est-il implanté et développé en Seine-et-Marne ?
LÉO MARILLIER : « Défendre l’idée d’un festival » : l’expression résonne avec force pour quiconque a déjà tenté de faire émerger un projet culturel à partir de rien. Dès la première édition, il est apparu évident que la volonté de valoriser un territoire peu visible, et d’y attirer un public pour des propositions culturelles singulières, exigeait une détermination constante, portée par une énergie collective et soutenue par les acteurs et partenaires locaux.
La définition communément admise du mot « festival » — ensemble de manifestations musicales périodiques liées à un lieu, un genre ou une époque — ne suffit pas à rendre compte de l’identité d’INVENTIO. Car le festival s’en écarte volontairement. Son caractère itinérant en constitue la singularité : il permet de renouveler la curiosité envers des lieux souvent méconnus, ruraux ou patrimoniaux, tout en impliquant un travail d’appropriation culturelle de sites qui ne sont pas, à l’origine, destinés à accueillir de tels événements.
Implanté dans le sud-est de la Seine-et-Marne, à environ 80 kilomètres de Paris, INVENTIO déploie une organisation diffuse, renouvelée chaque année par de nouvelles escales choisies. Sa programmation s’étale sur plusieurs week-ends, de mai à septembre, afin de s’adapter aux rythmes d’un public mixte, composé de résidents locaux, souvent en contexte rurbain, et de visiteurs franciliens disponibles pour des sorties de fin de semaine. Ce choix rompt avec le modèle traditionnel du festival concentré sur quelques jours, au profit d’un format étendu dans le temps et l’espace, pensé pour aller à la rencontre du public plutôt que de l’attendre.

Le festival s’inscrit ainsi dans un territoire où le calme n’exclut pas la richesse : églises, châteaux, friches industrielles ou sites insolites deviennent autant de scènes éphémères, révélées au public dans leur singularité. Depuis plus de dix ans, INVENTIO explore ces lieux, les investit et les transforme en espaces de création et de découverte.
Cet ancrage territorial repose également sur des choix artistiques affirmés. Chaque édition est structurée autour d’une ligne thématique forte, qui oriente la programmation selon un spectre large : du répertoire baroque à la création contemporaine. Le festival privilégie des formats hybrides, ouverts à d’autres disciplines artistiques, et des expériences accessibles et participatives, tout en réunissant un plateau d’une quarantaine de musiciens autour d’un fil rouge commun.
Enfin, cette dynamique repose sur un engagement collectif durable : habitants et bénévoles s’impliquent chaque année dans l’organisation et la mise en œuvre du festival, contribuant à faire vivre ce projet sur le territoire. Une implication qui trouve son écho dans l’adhésion fidèle du public, au rendez-vous depuis plus de dix ans, heureux de partager une aventure culturelle au plus près de chez lui.

Propos recueillis en avril 2026 – Photos : portraits de Léo Marillier DR

 

 

présentation

LIRE aussi notre présentation du 11ème FESTIVAL INVENTIO, du 3 avril au 18 oct 2026, en Seine-et-Marne (77) : https://www.classiquenews.com/77-11eme-festival-inventio-anim-music-al-les-3-avril-29-et-30-mai-puis-6-14-27-juin-11-sept-et-18-oct-2026-seine-et-marne/

(77) 11ème FESTIVAL INVENTIO : « AnimMUSICal », les 3 avril, 29 et 30 mai, puis 6, 14, 27 juin, 11 sept et 18 oct 2026 (Seine-et-Marne)
Edition n°11 : Concerts immersifs en Seine-et-Marne
La Faune et Flore à la source de l’écriture musicale… Toujours aussi inventif qu’au premier jour, le 11ème Festival INVENTIO stimule l’imaginaire et convoque la découverte et le partage ; il propose au printemps, à l’été puis en septembre un parcours d’une dizaine d’escales dans la Seine-et-marne secrète, à la découverte des richesses culturelles et naturelles, soit un nouveau cycle d’expériences « multisensorielles », tout entier dévoué aux confidences formulées par la nature et le vivant à l’oreille des compositeurs.

 

(77) 11ème FESTIVAL INVENTIO : « Anim music al », les 3 avril, 29 et 30 mai, puis 6, 14, 27 juin, 11 sept et 18 oct 2026 (Seine-et-Marne)

 

 

_______________________________

image_pdfTélécharger (.pdf)

PIANO A LYON. Salle Molière, le mardi 5 mai 2026. Récital d’Alexander MALOFEEV (Schubert, Grieg, Sibelius, Rachmaninov)

image_pdfTélécharger (.pdf)

La saison lyonnaise s’apprête à vivre une soirée d’exception. Le mardi 5 mai 2026, la fameuse structure culturelle lyonnaise Piano à Lyon, dirigée avec un exigence rare par Jérôme Chabannes, invite à la Salle Molière l’un des plus sidérants talents de sa génération : le jeune pianiste russe Alexander Malofeev. Un rendez-vous à ne pas manquer !

 

Il suffit de quelques secondes d’écoute pour comprendre que l’on n’est pas face à un jeune pianiste « prometteur » ordinaire. Alexander Malofeev, surnommé dès ses 13 ans « le nouvel Horowitz » par la presse italienne après sa victoire au Concours Tchaïkovski « pour jeunes musiciens », est devenu, à seulement 24 ans (en 2026), un artiste pleinement mature, dont chaque apparition confine à l’événement.

C’est tout le mérite de Jérôme Chabannes et de sa structure Piano à Lyon de le convier à la Salle Molière le mardi 5 mai 2026. Depuis plusieurs saisons, la manifestation lyonnaise tisse un lien précieux entre le grand public et les clés du répertoire, en invitant des solistes d’envergure internationale dans des cadres à l’acoustique chaleureuse et raffinée de la Salle Molière. Avec Malofeev, c’est un véritable séisme musical qui se prépare.

Réputé pour une technique sidérante, une lisibilité architecturale des œuvres et un toucher d’une palette infinie, le jeune Russe excelle aussi bien dans la démesure romantique que dans les fulgurances du répertoire russe – de Scriabine à Prokofiev, en passant par un Rachmaninov qu’il habite corps et âme. Son programme, gardé secret encore quelques semaines, ne manquera pas de faire vibrer la vénérable salle du Quai de Bondi.

__________________________________

 

Infos pratiques 

 

  • Programme :

    Schubert
    3 Klavierstücke D. 946

    Grieg
    Suite Holberg, op. 40

    Sibelius
    3 Impromptus op. 75

    Rachmaninov
    Sonate n°2 op. 36

  • Date : mardi 5 mai 2026 à 20h

  • Lieu : Salle Molière, 2, Lyon 5e

  • Réservations : Billetterie sur le site de Piano à Lyon

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

CRITIQUE, concert. MONTPELLIER, Opéra Berlioz, le 9 avril 2026. KHACHATURIAN / TCHAÏKOVSKI. Emmanuel Pahud (flûte), Orchestre Philharmonique Royal de Liège, Lionel Bringuier (direction)

image_pdfTélécharger (.pdf)

Il y a un peu plus d’un mois, nous étions sous le choc de l’interprétation du Concerto pour violon d’Aram Khachaturian, donné dans sa version originale pour violon par Diana Tischenko, sous la baguette de Lionel Bringuier à l’Opéra Nice Côte d’Azur (nous en avions rendu compte). Ce jeudi 9 avril au Corum de Montpellier, placé à la tête de l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège dont il est le directeur musical, le jeune maestro Français nous a réservé une surprise de taille : la version pour flûte de cette même œuvre, transcrite par le légendaire Jean-Pierre Rampal, ici interprétée par un invité exceptionnel : le grand flûtiste genevois Emmanuel Pahud, mythique flûte solo de l’Orchestre philharmonique de Berlin depuis 25 ans !

 

Là où le violon arrache et mord, Emmanuel Pahud insuffle une noblesse aérienne, un velours diamantin. L’artiste franco-suisse au souffle infini, transforme les danses guerrières du premier mouvement en un jeu de lumières persanes : ses staccati sont des perles, ses legati, des soies. Sous les doigts d’or de Pahud, la flûte ne se contente plus d’imiter le violon : elle invente un nouveau continent khachaturien, fait de couleurs pastel et de fulgurances solaires. Le public montpelliérain, médusé par tant de maîtrise, a longuement ovationné cet artiste qui, même au sein du prestigieux orchestre berlinois, reste d’une humilité confondante. Mais ne nous y trompons pas : Emmanuel Pahud n’est pas qu’un virtuose. Il est un conteur. Dans l’Andante, son chant, d’une pureté presque mystique, faisait planer au-dessus du Corum les fantômes des steppes caucasiennes. Et lorsque, dans le Finale, il a lancé ses cascades de notes avec une joie juvénile, c’est tout l’orchestre liégeois, emmené par un Lionel Bringuier plus inspiré que jamais, qui s’est emballé. Triomphe pour Pahud, rappel mérité, et sourire complice du jeune chef français, visiblement ravi d’avoir offert à Montpellier un tel sommet – et devant l’insistance du public, Pahud a offert en bis un souverain et poétique « Syrinx » de Claude Debussy.

On aurait pu croire que l’émotion retomberait après cet exploit. Il n’en fut rien. Car Lionel Bringuier et ses excellents musiciens de l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège avaient gardé une autre flèche à leur arc : la Symphonie n°6 dite « Pathétique »de Piot Ilitch Tchaïkovski. Après la lumière du concerto, les ténèbres. Dès l’Allegro moderato, les cordes graves ont fait trembler les murs, déployant un désespoir sans nom. Bringuier, avec une science rare des tempi, a conduit cette fresque comme un drame en cinq actes. La valse bancale du deuxième mouvement a vacillé sur le fil du grotesque, avant que le troisième mouvement (Allegro molto vivace) ne déclenche une tempête martiale, les cuivres en fanfare hurlant une victoire qui ne viendra jamais. Puis vint l’Adagio lamentoso. Là, plus de chefs, plus d’orchestre : seulement l’âme déchirée de Tchaïkovski. Les cordes, d’une pâleur admirable, ont sangloté jusqu’à l’anéantissement. Dans le silence absolu qui a suivi la dernière mesure, on entendait à peine les sanglots étouffés dans la salle. Puis les applaudissements ont éclaté (bien trop vite au demeurant, comme entre chaque mouvement des deux ouvrages interprétés ce soir, faisant du public montpelliérain  loin le moins « éduqué » de tout le pays !…).

 

______________________________________________
CRITIQUE, concert. MONTPELLIER, Opéra Berlioz, le 9 avril 2026. KHACHATURIAN / TCHAÏKOVSKI. Emmanuel Pahud (flûte), Orchestre Philharmonique Royal de Liège, Lionel Bringuier (direction). Crédit photographique (c) Emmanuel Andrieu
image_pdfTélécharger (.pdf)

CRITIQUE, festival. CRACOVIE, Festival MISTERIA PASCHALIA (Basilique de la Visitation de la Bienheureuse Vierge Marie), le 31 mars 2026. ALLEGRI, MONTEVERDI, MARAZZOLI. V. Le Chenadec, P. Devilliers, L. Trommenschlager, A. Bertrand, P. Garcia, M. Pauliat, R. Bockler, R. Brès… Le Poème Harmonique, Vincent Dumestre (direction)

image_pdfTélécharger (.pdf)

La ville de Cracovie est une des plus anciennes cités d’Europe et un véritable bijou d’histoire, de patrimoine et de traditions ancestrales. Cité capitale de l’ancienne République dont les vastes territoires s’étendaient du cœur de l’actuelle Russie européenne au Golfe de Finlande et de Gdansk à la Mer Noire. Ce fantastique pays qui a subi invasions et la voracité de ses voisins a été une des plus fabuleuses puissances d’Europe pendant presque sept-cents ans. Cracovie, au bord de la Vistule aux contours calmes, brûle encore du feu du dragon qui dort encore, dit-on, dans une grotte sous l’immense château du Wawel. C’est dans la multitude de clochers, d’où s’élève le cantique lumineux à l’orée du printemps, que le Festival Misteria Paschalia a développé un projet artistique original et passionnant. Pendant toute la Semaine Sainte, des concerts multiplient le berceau de l’âme polonaise dans une mise en valeur de son patrimoine unique avec des musiques tournées principalement vers le divin.

 

La peau ruisselante de Cracovie s’endormait doucement aux lueurs déclinantes du dernier soleil de mars. Au-delà de la Place du Marché, immense dans son reflet, s’ouvrait la façade austère de la Basilique de la Visitation, mystérieux temple des carmélites, dont les voix susurrées se perdaient derrière les jalousies du chœur à contre-jour. Au-delà des boiseries du chœur, dont les stalles allongent leurs bras boisés aux moulures enivrantes, l’autel repose tel un orgue dans une symphonie de dorures et de volutes émerveillées. Cette vesprée promettait d’éveiller le recueillement fastueux des musiques post-tridentines dont le but premier était de convertir en touchant les sens. Ce programme qui allait de Monteverdi et Cavalli à Marazzoli et Allegri était un voyage italien entre les styles « antico » et « nuovo » qui ont constitué le chemin musical de la contre-réforme notamment à l’époque du pape Urbain VIII Barberini (1623 – 1644). 

Dans ce programme, Vincent Dumestre et son Poème Harmonique déploient leur immense talent dans un répertoire où ils sont les meilleurs. Grâce à Vincent Dumestre et ses musicien.ne.s, nous vibrons avec des musiques peu interprétées. Dans un décor éclairé de grands bougeoirs au parfum satiné, nous sommes emportés vers cette Rome baroque qui a permis à des artistes tel Bernini d’incarner en marbre les émotions les plus explosives. Outre des pages de Monteverdi, Cavalli et Luigi Rossi, Vincent Dumestre et le Poème Harmonique nous livrent deux magnifiques œuvres de Marco Marazzoli. Ce compositeur encore trop méconnu a été un des artificiers de l’offensive musicale d’Urbain VIII avec des opéras, profanes et sacrés et aussi des oratorii et autres œuvres pieuses aux accents sublimes de beauté. Tant la Passacaille « Chi fa che ritorni? » que « Un sonno ohimè » portent un dramatisme d’une modernité expressive qui n’a rien à envier à Monteverdi et même à Alessandro Scarlatti ou Händel. Les musicien.ne.s et solistes nous enchantent de bout en bout et finissent en beauté avec un Miserere d’Allegri d’anthologie, un par un éteignant une bougie tel le passage subtil d’un monde à l’autre, une lamentation qui semble aussi douce que l’odeur de la fumée qui s’en échappe.

 

2 / Philharmonie Karol Szymanowski, le 1er avril 2026.  BACH : Johannes Passion. I. Bostridge, A. Amo, T. Mead, J. Atkinson, L-E. Hallam, J. Butryn. NFM Choir & Boys Choir (direction, Lionel Sow)…  Wroclaw Baroque Orchestra, Andrzej Kosendiak (direction)

Cracovie le matin déroule les sinueuses rue de sa vieille ville comme autant de mèches de sa formidable chevelure. En remontant la célèbre rue Florianska, jusqu’aux confins de l’ancien rempart en brique écarlate, c’est une partie de l’âme de la Pologne qui s’y déploie dans le beau Musée Czartorisky. Connu surtout pour sa Dame à l’hermine signée Leonardo da Vinci, cette collection surpasse de loin le seul tableau du maître toscan. Des Montemezzano, des Della Vecchia ou des merveilles du patrimoine historique polonais y sont conservées et présentées pour la postérité. C’est sans doute dans cet état d’esprit que la ville de Cracovie a lancé un chantier unique en Europe avec la création d’un Centre culturel qui va accueillir en résidence permanente deux ensembles de patrimoine et de création cracoviens. Cette initiative comportera une salle de 1000 places avec fosse d’orchestre, deux salles modulables et un studio d’enregistrement, tout pour mettre en valeur le travail des ensembles indépendants à l’horizon 2027.

Pour le moment, la salle de la Philharmonie Karol Szymanowski trône sur l’avenue plantée qui surgit des anciens remparts. Cette institution à l’acoustique généreuse accueillit pour le premier jour d’avril une Passion selon Saint-Jean de Johann Sebastian Bach surprenante, notamment côté solistes. Du chef d’oeuvre pascal de Bach, on peut se référer aux écrits de Christoph Wolff ou de Gilles Cantagrel, mais l’interprétation sous la houlette de maestro Andrzej Kosendiak a proposé une approche dramatique et pléthorique dans l’expressivité. Cette production en concert a réuni un évangeliste de légende avec Ian Bostridge dont la précision inégalable, la diction parfaite et la générosité musicale nous ont porté aux nues. Nous apprécions aussi Tim Mead et son timbre riche. Et la découverte de Lunga Eric Hallam, un ténor aux moyens vocaux extraordinaires qu’on rêve déjà sur une scène d’opéra. Les Choeurs et la Maîtrise du NFM ont été préparés par le mythique chef Lionel Sow qui a fait ses armes à Notre-Dame de Paris avec des concerts qui sont restés inoubliables. Quel luxe de redécouvrir un chef d’oeuvre dans un tel cadre où l’âme joyeuse de Szymanowski a accompagné les invocations passionnées de Bach pour nous accompagner dans l’élévation.

 

3 / Galerie d’Art Polonais du XIXème siècle, le 2 avril 2026.  SEBASTIANI : Matthäus Passion / STEFFANI : Stabat Mater. J. Lawrence, S. Tams Freier…  Vox Luminis, Lionel Meunier (direction)

Misteria Paschalia nous surprend encore une fois, après le concert à la bougie dans la Basilique de la Visitation et la Passion selon Saint-Jean de Bach dans la salle philharmonique, nous entrons dans l’antique et immense Halle aux draps au coeur de la Place du Marché. Tout en haut, au bout d’un escalier en colimaçon, voici des amples salles avec des grands formats de peinture d’histoire de l’école polonaise la plus raffinée du XIXème siècle. Parmi les chefs d’oeuvre on retrouve une des toiles les plus emblématiques de l’art polonais : l’Hommage prussien de Jan Matejko. Cette peinture colossale représente l’hommage d’Albert de Hohenzollern prêtant hommage à Sigismond Ier Jagellon le 10 avril 1525. Quasiment 501 ans après, les figures votives de cet événement allaient s’éveiller avec La Passion selon Saint-Mathieu de Johann Sebastiani, kantor de Königsberg, capitale de cette Prusse Orientale sujet du serment pictural. La seule oeuvre d’ampleur conservée de Sebastiani est cette Matthäus Passion où il a montré à la fois sa relation avec Schütz mais aussi l’inclusion des chorals, ce qui à l’époque constitua une modernité manifeste. Sebastiani appartient à cette génération de transition entre Schütz et Bach, une synthèse musicale avant l’explosion expressive du Kantor de Leipzig et de Telemann. Parfois, les ritournelles incessantes de Sebastiani semblent roboratives, mais la partition demeure belle et bouleversante de bout en bout, particulièrement dans cette interprétation. En couplant l’oeuvre d’un maître presque inconnu avec le Stabat Mater d’Agostino Steffani, on voit le contraste des styles, la richesse des deux écritures et la complémentarité dans la dévotion musicale.

Avec Vox Luminis et Lionel Meunier, on avait la garantie d’être saisi d’un transport musical exceptionnel. Pendant toute la Matthäus Passion de Sebastiani, on a su apprécier le soin du choix des tempi dynamiques sans brutaliser les mouvements, l’intelligence des ornements et l’équilibre des timbres. L’Evangeliste de Jacob Lawrence est exceptionnel, non seulement avec une voix pleine, contrastée et formidablement précise dans cette prise de rôle particulièrement exigeante. Le Jesus de Sönke Tams Freier est incarné avec une voix profonde et belle dans ses couleurs veloutées. L’ensemble de Vox Luminis nous bouleverse à chaque note, on saisit tant dans le Sebastiani que dans le Steffani l’étendue du talent de Lionel Meunier et son ensemble. Ce concert reste dans l’esprit et dans le coeur parce qu’interprété avec une générosité sans pareil. A la fin de cette soirée, la traversée de l’antique cité des Jagellon se fait sous un ciel parsemé des astres dont se pare l’empyrée pour célébrer le jeune printemps.

 

4 / ICE Krakow Congress Centre, le 3 avril 2026.  ZELENKA : Miserere & Responsoria / DURANTE : Miserere/ CALDARA : Stabat Mater… Collegium Vocale 1704, Vaclav Luks (direction)

Les nuages venues border la paisible Vistule prennent leur envol vers les contrées de l’Est en un coup de vent ; le soleil qui perce ouvre des sentiers sur les berges et les rues pour les promeneurs distraits et affairés. Du haut des redoutes du Wawel, on aperçoit au loin les contreforts des Tatras. Au bas, c’est la vieille ville qui s’éveille aux cloches de Pâques qui appelle à la veillée recueillie de la crucifixion et le dévoilement du massif autel de la Cathédrale Notre-Dame de Cracovie. La Vistule serpente au crépuscule tel le dragon qui garde jalousement sa tanière sous le Wawel. C’est sur une de ses rives verdoyantes que se hisse le Centre des Congrès, tout en verre et reflets.  Équipement moderne aux courbes élégantes qui accueille cette fois-ci le Collegium Vocale 1704 et Vaclav Luks. 

Le programme Zelenka, Durante, Caldara n’allait pas trouver de meilleurs interprètes. Parce que Vaclav Luks et son ensemble ont toujours permis à la musique de Zelenka d’être restituée dans toute son énergie et son originalité brillante et chamarrée. Pour ce Vendredi Saint, les lamentations baroques n’allaient pas plonger le public dans un désarroi impossible mais au contraire l’élever dans l’impondérable satiété d’une musique céleste malgré son recueillement. Les Miserere & Responsoria de Zelenka constituent deux bijoux baroques distincts mais dont l’âme est la même. Dans l’écriture votive de Zelenka, on retrouve non seulement la richesse mélodique, des harmonies riches et des couleurs festonnées mais aussi une structure qui fait ressortir le texte avec dramatisme et substance.  Nous saluerons particulièrement le soin apporté aux contrastes, aux soli confiés à des solistes aguerri.e,s et rompus avec grand talent à ce répertoire vocal. Nous remarquons notamment le ténor Vojtech Semerad dont le timbre agile et brillant nous émerveille. Ce ténor a intégré en 2025 le programme « Déroulement de carrière » du réseau Génération Opéra. Espérons le retrouver bientôt sur les scènes françaises.

Václav Luks nous ravit en complétant le programme avec le sublime Misererede Durante qui déploie une lumière méditerranéenne dans ce programme plutôt d’Europe centrale. Le Stabat Mater de Caldara est un chef d’œuvre du genre, maîtrisant à la fois la puissance dramatique quasi operatique et le contrepoint proche du dépouillement protestant d’un Bach. Ce n’est pas pour rien que Caldara est souvent attifé du sobriquet de « Bach italien » ce qui ne désoblige en rien son grand talent. Le Collegium 1704 – qu’il soit en continuo ou dans une formation plus étoffée – révèle chaque nuance avec un luxe de précision et d’attention aux dynamiques de ce programme passionnant.

Quand on traverse la Vistule en promeneur noctambule, après ces divins hosannas, les pas résonnent sur les ponts et les promenades. On voit la révélation superbe du visage bariolé de Cracovie, un cœur battant où les mystères de Pâques n’ont rien à envier des plus belles programmations européennes. Saluons ainsi Vincent Dumestre et les équipes du festival. Espérons alors, comme dans la rédemption du dimanche, que cette manifestation perdure pour les siècles à venir.

 

___________________________________

Crédit photo (c) Kasia Kukielka

image_pdfTélécharger (.pdf)

CRITIQUE, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 7 avril 2026. BACH : Messe en si. Choeur Accentus & Monteverdi Choir, Insula Orchestra, Laurence Equilbey (direction)

image_pdfTélécharger (.pdf)

Juste après les fêtes pascales, la Messe en si de J. S. Bach est un choix particulièrement judicieux. Ce chef-d’œuvre absolu ne cesse de séduire, d’impressionner et laisse sans voix. Immense fresque dans laquelle le contrepoint est roi, sa beauté formelle égale sa portée spirituelle. Ce soir le public de la Halle aux Grains de Toulouse a vécu un moment exceptionnel tant l’interprétation a semblé idéale sur tous les plans.

 

Le premier choc dès le Kyrie est cette absolue beauté du chœur. Le choc sera de plus en plus intense. C’est comme si les deux chœurs avaient fusionné offrant leurs excellences comme exponentielles. Sur le papier, en effet associer le Chœur Accentus et le Monteverdi Choir, c’est comme marier deux perfections. Le Chœur Accentus, créé par Laurence Equilbey, a des qualités de nuances, de ductilité, d’équilibre des pupitres et de beauté vocale extrêmement  rares. Le Monteverdi Choir de John Eliot Gardiner a tout simplement été nommé meilleur chœur par les Oper award 2024. Ses qualités théâtrales, son sens du texte et son équilibre des pupitres sont légendaires ; ils connaissent Bach par cœur pour l’avoir tant chanté sous la direction inspirée de Gardiner (leur périple des Cantates en 2000, resté dans toutes les mémoires et dans nos discothèques, est une référence inimitable). Dès le Kyrie, nous avons donc été saisis par un idéal de perfection atteint. La beauté du son, le parfait équilibre, la fusion vocale au sein des pupitres, l’articulation limpide nous ravissent. L’Insula Orchestra n’est pas en reste et avec des instruments anciens aux sonorités riches, il sera un partenaire splendide tout du long. Et Bach réserve des moments sublimes à presque tous les instruments. Ce sera chaque fois une véritable fête. Les solistes également seront sur le même plan. 

La direction de Laurence Equilbey est un modèle d’élégance, de souplesse et de précision. Les gestes gracieux et dansants font des arabesques et rien n’est jamais raide, tout est souplesse. Il se dégage de cette direction une mise en valeur constante du caractère dansant de cette partition. La direction de Laurence Equilbey n’abandonne jamais la mise en valeur de la richesse de la construction avec une parfaite lisibilité de tous les plans. La soprano Nuria Rial est souvent en mouvement, comme dansant durant ses airs. L’alto Anna Lucia Richter au timbre prenant possède une ligne de chant particulièrement émouvante. Elle va atteindre au sublime dans son Agnus Dei. Le tempo particulièrement lent est complètement habité et ne semble pas la mettre en difficulté. Werner Güra, ténor lumineux, possède une souplesse admirable. Il est d’une élégance constante. Gerrit Illenberger, en basse, semble être en très léger retrait par rapport à ses collègues mais n’a rien de déméritant tant son chant est splendide. Le latin chanté est très germanique et permet des effets très solides. Les phrasés privilégient souvent la précision rythmique sans pourtant rien lâcher sur le caractère dansant tout en souplesse. Cela met en lumière les éléments très modernes de la partition, comme des contretemps et des effets swingants.

Une courte pose est nécessaire pour réajuster l’accord (la sècheresse de la vaste Halle-aux-Grains est redoutable pour les instruments baroques). Donnée sans entracte, la messe avance avec une énorme conviction. Cette interprétation se rapproche d’un idéal d’émotion. Le sens de la rhétorique contenu dans la partition est particulièrement manifeste. Le Crucifixus ferait pleurer des pierres et le Et resurrexit est une véritable explosion de joie incompressible. Le Credo est comme gravé dans le marbre. Dans le Sanctus, les vagues, reposant sur des basses splendides, sont d’une présence admirable évoquant un océan de foi que rien ne peut limiter. Le final Donna nobis, avec les solistes qui rejoignent le chœur, semble particulièrement important en ces jours si assombris par des conflits guerriers actuels si nombreux. L’ampleur de ce final laisse le public abasourdi. 

La concentration du public et son quasi-silence absolu témoignent de la grâce qui ce soir est descendue. Les artistes eux même ont semblé ravis par leur interprétation qui a obtenu un succès retentissant. La gratitude a été particulièrement vive car la spiritualité et la beauté se sont mariées comme rarement. Laurence Equilbey en associant son chœur et son orchestre avec le Monteverdi Choir a réussi un pari audacieux. Cette interprétation semble concentrer les qualités des versions de référence comme celle de Herreweghe, de Gardiner, Savall ou Jacobs. On espère un enregistrement de cette interprétation tout à fait exceptionnelle. La profondeur de cette interprétation est inoubliable car elle rencontre la profondeur de l’œuvre.

 

_____________________________________________
CRITIQUE, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 7 avril 2026. BACH : Messe en si. Choeur Accentus & Monteverdi Choir, Insula Orchestra, Laurence Equilbey (direction). Crédit photographique (c) Hubert Stoecklin

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

70ème MENUHIN FESTIVAL GSTAAD : du 16 juillet au 5 septembre 2026, « Family Matters » / Histoires de famille. Daniel Hope (Mehta, Zukerkman, Schiff, Hampson,…)

image_pdfTélécharger (.pdf)

Sous son titre générique : « Family matters » / Histoire de famille, le  MENUHIN Festival GSTAAD va vivre un jalon important de sa (très) riche histoire artistique et humaine : à l’été 2026 quand le nouvel intendant, le violoniste DANIEL HOPE prendra officiellement ses fonctions, le bouillonnant festival fondé par le légendaire Yehudi Menuhin, vivra sa 70ème édition… Une édition anniversaire semée d’étoiles prestigieuses et immortelles, constellée aussi de jeunes prodiges prometteurs…

 

 

Mehta, Zukerkman, Schiff, Hampson,…
GSTAAD expose les légendes

Affiche de légendes… Ils ont marqué la planète classique de ces dernières décennies. Ils seront à Gstaad cet été pour continuer à faire vibrer cet art auquel ils ont dédié leur vie, pour émouvoir voire éblouir, surtout partager et transmettre… À la baguette comme Zubin Mehta (les 16 juillet, concert des 70 ans), ou à l’archet comme Pinchas Zukerman (le 24 juillet ; photo ci contre DR), en récital comme Sir András Schiff (le 31 juillet) ou en soliste comme Thomas Hampson (le 19 août : « American songbook », vocals de Berlin, Kern, Porter, Gershwin, Rodgers, Weill … . Et même dans le rôle de professeur à l’enseigne de la Gstaad Academy (par exemple Thomas Hampson qui est le nouveau directeur de la Vocal Academy). Des artistes complets. Des étoiles Immortelles.

 

 

la relève, place aux jeunes talents…
et grands artistes de demain

Le premier Festival estival en Suisse invite les « perles de demain », soit les jeunes tempéraments au (très) fort potentiel artistique… Fidèle à l’esprit de son fondateur, le Menuhin Festival Gstaad réserve un tremplin privilégié à la relève. En lui offrant davantage qu’un strapontin dans sa programmation : de «vrais», de grands concerts au sein de son affiche principale. Avec le nouveau cycle «  Next Generation « , Daniel Hope (portrait ci contre DR) renforce encore cet engagement en faveur des jeunes artistes. Le cycle est décliné en matinées dans le cadre idéal de la Chapelle de Gstaad (intimiste et acoustiquement idéal), mais également à Rougemont, Saanen, Zweisimmen, Gsteig, et même sous la Tente du Festival de Gstaad, soit dans tous les lieux emblématiques du Menuhin Festival Gstaad : https://www.menuhin.ch/fr/programme-and-location/programme-2026

 

 

Ainsi ne manquez pas entre autres, les « premiers pas », déjà attendus des jeunes artistes tels que Alexander Gilman (photo ci contre DR) et LGT Young Soloists (2 août), les pianiste Maxim Lando (21 juillet), Hayato Sumino (10 août), Marie Sophie Hauzel (20 août), le LEONKORO Quartett (27 août)… A noter aussi dans le cadre des samedis matins à la Chapelle de Gstaad : les violonistes Lora Markova (18 juillet), Julian Kainrath (8 août), Raphael Nussbaumer (15 août), Ilva Eigus (22 août) et Edna Unseld (5 septembre), sans omettre le pianiste Dmitry Batalov (29 août)…

 

 

 

 

Recevez et consultez le programme ici : https://www.menuhin.ch/fr/service/contact?form=ecrivez-nous

 

 

Toutes les infos, la billetterie, le détail des programmes, les artistes invités à l’affiche de la 70ème  Menuhin Festival Gstaad : https://www.menuhin.ch/fr

 

 

____________________________________________________

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

LES ARTS FLORISSANTS. Festival de Printemps, les 24, 25, 26 avril 2026 (Sud-Vendée). Scarlatti, père & fils… Paul Agnew, William Christie (direction)

image_pdfTélécharger (.pdf)

Musique sacrée dans les églises du Sud-Vendée… Plus vivante, plus vibrante et émouvante que jamais, la musique baroque sacrée rayonne dans les églises du Sud-Vendée, le temps du Festival de Printemps des Arts Florissants, les 24, 25, 26 avril 2026. Ainsi sous la direction de Paul Agnew et de William Christie, 3 grands concerts, 2 concerts & café, avec en bonus toujours recherché, l’accès aux jardins (enchanteurs) de William Christie à Thiré (Vendée), première ouverture depuis le sommeil de l’hiver (les 25 et 26 avril, accès possible avec un billet acheté – visites guidées à 12h et 15h).

 

 

Cette édition 2026 célèbre en particulier le génie des Scarlatti, père et fils, précisément la Messe de Sainte-Cécile d’Alessandro (sous la direction de William Christie le 25 avril, 20h) et le Stabat mater à 10 voix de Domenico son fils (clôture le 26 avril à 17h). Depuis sa création en 2017, le Festival de Printemps a permis d’entendre quelques-unes des plus belles musiques de Charpentier, Bach, Vivaldi, Handel, Schütz, Purcell, Monteverdi… interprétées par les artistes des Arts Florissants et dans les églises et écrins patrimoniaux de Vendée. Expérience inoubliable.

 

 

 

Temps forts

 

 

Vendredi 24 avril 2026

20h – FONTENAY LE COMTE, église Notre-Dame
Petits motets
(Alessandro Scarlatti : Salve Regina, Stabat Mater, Quae es ista)
https://www.arts-florissants.org/evenements/petits-motets-0

 

 

Samedi 25 avril 2026

11h – Concert & café : Sonates pour clavecin
Scarlatti, père & fils / Vaz de Seixa…
Béatrice Martin, clavecin
SAINT-JUIRE CHAMPGILLON, église Saint-Georges

20h – Alessandro Scarlatti : Messa di Santa Cecilia
VIVALDI : Magnificat
CHANTONNAY, église Saint-Pierre
William Christie, direction
https://www.arts-florissants.org/evenements/messa-di-santa-cecilia

 

 

Dimanche 26 avril 2026

11h – Concert & café : duos, trios de Scarlatti, père et fils
Béatrice Martin, clavecin / Emmanuel Resche-Caserta, violon / Cyril Poulet, violoncelle
SAINT-JUIRE-CHAMPGILLON, église Saint-Georges
https://www.arts-florissants.org/evenements/concert-cafe-duos-et-trios-de-scarlatti-pere-et-fils

17h – Stabat Mater
Lotti, Leo, D. Scarlatti (Stabat mater a 10)…
Luçon, Cathédrale ND de l’Assomption
Paul Agnew, direction
https://www.arts-florissants.org/evenements/stabat-mater-1

 

 

 

 

VIDÉO
Le Festival de Printemps des Arts Florissants

Chaque printemps, plongez dans l’univers d’un grand compositeur baroque, à travers une série de concerts de musique sacrée dans les églises du Sud-Vendée / Each spring, plunge into the universe of a great baroque composer, through a series of concerts of sacred music in the churches of the South Vendée.

 

 

 

PLUS D’INFOS sur le site des ARTS FLORISSANTS : https://www.arts-florissants.org/musique/festival-de-printemps
Soutenez Les Arts Florissants • Support Les Arts Florissants : https://bit.ly/2OvtXro

__________________________________

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

OPÉRA DE SAINT-ÉTIENNE. Charles SILVER : La Belle au bois dormant (recréation), les 24 et 26 avril 2026. Déborah Salazar, Kévin Amiel… Laurent Delvert (mise en scène) / Guillaume Tourniaire (direction)

image_pdfTélécharger (.pdf)

Acteur majeur pour la diffusion du répertoire français, particulièrement de l’époque de Massenet (l’enfant du pays), l’Opéra de Saint-Étienne affiche la recréation d’un opéra totalement inconnu du grand public (non joué depuis plus d’un siècle), et qui, mérite une place privilégiée dans la programmation des maisons d’opéras : féerie dramatiquement séduisante voire enivrante, grâce entre autres à l’élégance et au raffinement de son orchestre, « La Belle au bois dormant » de Charles Silver composé en 1902, quand Puccini et Debussy conçoivent respectivement Tosca et Pelléas, affirme son indiscutable force d’attraction.

 

« Musique poétique au lyrisme somptueux, orchestre chatoyant », la partition de Silver semble concentrer le meilleur de son époque : soit l’art d’un « Massenet impressionniste », ou d’un « Debussy qui aurait travaillé pour les meilleurs Disney »… Le compositeur français renouvelle le mythe de la Belle Princesse qu’un envoûtement voue au sommeil avant de renaître à la vie et à l’amour… Le Prélude de l’Acte I (e Sommeil d’Aurore), le divertissement royal, le duo au jardin… sont les pépites d’une partition particulièrement éblouissante qui sait ménager les effets spectaculaires et les trouvailles voluptueuses…

Mêlant lyrisme et esprit bouffon, tragique et comique, romantisme troubadour et comédie paysanne, cet opéra-féérie ressuscite l’esprit du conte de Perrault, un caractère d’onirisme raffiné qui se positionne aussi sans réserve aux côtés du ballet de Tchaikovski dont l’opéra de Silver semble prolonger les enchantements fantastiques.

En coproduction avec le Palazzetto Bru Zane – Centre de musique romantique française, l’Opéra de Saint-Étienne réveille ainsi une belle oeuvre endormie depuis plus de 100 ans. Le spectacle s’annonce comme l’un des événements de la saison 25-26 de la scène stéphanoise. Pour ce faire, l’Opéra de Saint-Étienne retrouve le metteur en scène Laurent Delvert (particulièrement applaudi in loco pour ses Nozze di Figaro il y a trois saisons), avec dans les rôles de la Reine et de la Princesse Aurore, une jeune nouvelle venue, Déborah Salazar, sous la baguette d’un autre défenseur ardent de l’opéra français, l’excellent chef Guillaume Tourniaire, à présent familier de la scène stéphanoise précédemment applaudi dans Samson et Dalila en mai 2025, et Les Pêcheurs de perles de Bizet en 2024 …). La Belle au bois dormant de Charles Silver est une œuvre envoûtante à ne pas manquer les 24 puis 26 avril 2026. Production événement

 

_________________________________________________
Charles SILVER : La Belle au Bois au Dormant (recréation)
SAINT-ÉTIENNE, Grand Théâtre Massenet
Vendredi 24 avril 2026 : 20h
Dimanche 26 avril 2026 : 15h
Opéra en quatre actes – Première création depuis 1902
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’Opéra de Saint-Étienne : https://opera.saint-etienne.fr/otse/saison-25-26/spectacles//type-lyrique/la-belle-au-bois-dormant/s-879/1
Tarifs série A : (1) 64 € – (2) 50 € – (3) 29 € – ÉCO : 10 €
Durée 3h environ, entracte compris
Parlé, chanté en français, surtitré en français

 

 

Pensez-y
Découvrez l’oeuvre à travers la pratique, en présence du metteur en scène, d’une chanteuse et du chef de choeur : Sam. 14/03/26 • 10h à 16h
Tarif • 19 € / pers. – Réservation obligatoire (nombre de places limité) : [email protected]
Propos d’avant-spectacle
Par Fabien Houlès, professeur agrégé de musique, une heure avant chaque représentation.
Gratuit sur présentation du billet du jour.

 

 

 

 

 

TEASER vidéo / CHARLES SILVER : La Belle au Bois Dormant (1902)

https://youtu.be/zMk7JSUgfmY

 

 

 

Débora Salazar et Kévin Amiel / Aurore et le Prince © CLASSIQUENEWS 2026

 

 

__________________________________________

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

ENTRETIEN avec Diana BARONI, à propos de son nouvel album « MADRE SELVA »… cd & concert, PARIS, le 360, ven 10 avril 2026

image_pdfTélécharger (.pdf)

Au printemps 2026, la flûtiste et chanteuse Diana Baroni poursuit son cheminement singulier où la voix tout en exprimant la dérive dangereuse que s’entête à suivre l’humanité, appelle aussi à agir. Chant persuasif, militant… poétique et fédérateur surtout, comme en témoigne ses complicités artistiques réalisées pour ce nouvel album « Madre Selva » : un hymne à la Nature et au Vivant que l’homme doit préserver coûte que coûte. Mère Nature inspire ainsi à l’artiste à part, un geste artistique fort et déterminé dont les audaces et la quête de sens, suscitent une collection de pièces musicales inédites, en grande partie inspirées par les textes du poète cubain Nicolas Guillen…. La latinité de Diana Baroni est éruptive, incandescente ; et sa clairvoyance est d’autant plus saisissante qu’elle est surtout poétique.

___________________________________________________
Photos : Diana Baroni © Guadalupe Miles

 

 

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Selon quels critères avez-vous sélectionné chacune des pièces de ce programme ? Quelle en est la dramaturgie et le sens dans sa continuité ?

DIANA BARONI : Les sources d’inspiration pour sélectionner le répertoire et construire MADRE SELVA étaient les éléments, les offrandes de la Terre, la spiritualité qui nous permettent de renouer avec la Nature, et la relation de nos cultures respectives avec elle.
Le disque ouvre avec une prière, la puissante chanson en quechua de Luzmila Carpio (Bolivie) dédié à la Terre ; « Sumaj Pachamama » a une force et un « pathos » qui nous a guidé pour la suite. Les interludes rhétoriques marqués par les sonorités de la forêt, des oiseaux, des aérophones pré-colombiens de Rafael Guel Frias (Mexique) fonctionnent comme un fil rouge qui veut que l’auditeur ne quitte jamais un espace sonore qui lui propose d’être ailleurs, au coeur de la Nature.
En quelque sorte, ces interludes viennent lier des chapitres imaginés : prière, lumière du jour, l’eau à l’origine de la vie, offrandes de la nature, feu, désespoir, mort, nouveau cycle. Les percussions de Keyvan Chemirani (Iran / France) et Abraham Mansfarroll (Cuba) nous rappellent elles aussi la force de résilience de notre Terre.

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Quel visage de la Nature soulignez-vous ? Voyez-vous des différences de conception et de représentation de la Nature d’une culture à l’autre ?

DIANA BARONI : Pour moi le visage le plus impressionnant, le plus émouvant de la Nature reste la résilience et son pouvoir permanent de transformation comme d’adaptation. Malgré la destruction que notre civilisation lui fait subir, il y a toujours un brin d’émerveillement, de force qui défie l’homme souvent impuissant.
Je crois que les cultures ancestrales afro-amérindiennes, des Caraïbes, du Moyen-Orient ou des peuples nomades africains gardent toutes, un lien extrêmement profond avec la Nature, avec la Terre. Selon chaque tradition, le remerciement, l’offrande et le respect sont présent d’une façon univoque ; l’homme n’est pas au centre mais une particule infime d’un tout autrement plus généreux et grandiose. Il y a une humilité que trop souvent le monde occidental, capitaliste, porté par la consommation, oublie, voir nie complètement dans notre relation avec l’univers. Dans ce sens, c’était très intéressant justement de retrouver tant de points communs entre la culture de Keyvan et celle de Tunde Jegede (UK / Nigeria) par l’éducation presque comme un rituel, les deux axes dans un apprentissage forgé exclusivement dans l’oralité et le respect des aïeux.

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Qu’apporte chaque instrumentiste dans la cohésion globale ? Pouvez-vous évoquer 1ou 2 exemples où la personnalité instrumentale de l’un de vos partenaires, renforce et éclaire le caractère d’une pièce…

DIANA BARONI : C’est vrai que l’instrumentarium de ce projet, offre quelque chose d’assez rare : une kora qui dialogue avec une viole de gambe, ou bien le zarb avec les tambours cubains… C’était une rencontre sonore difficile à imaginer jusqu’au moment où nous nous sommes enfin tous réunis à la Cité de La Voix – où nous avons d’ailleurs enregistré le programme. En plus, il ne s’agit pas juste du coloris des instruments mais des personnalités artistiques fortes, identitaires, qui ne sont pas juste des interprètes. Là, je pense que nous sommes au coeur de la musique de chambre.
La viole de gambe de Ronald Martin Alonso (Cuba) ouvre avec une sorte de ground, qu’on dirait baroque, la base de la chanson « La Caña / La canne à sucre » ; il me semble impossible de l’imaginer autrement, car son jeu lui donne cette touche ancestrale, ancienne, si singulière aujourd’hui dans notre version.
Un autre exemple est « Agua Larga / Ode à l’eau », avec le cachet apporté par la kora de Tunde et le tissage virtuose des cordes de la guitare associée à la viole de gambe autour, si magique…

 

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Avez-vous 1 ou 2 pièces favorites, qui compose(nt) particulièrement ?

DIANA BARONI : Sans doute, « Quema Llama / Flamme brulée », composition de Zenen Zeferino (Mexique) qui condense par la poésie un sujet essentiel des sociétés actuelles : la chanson a deux partis distinctes, une plutôt introspective et l’autre qui appelle à l’action. La première parle d’un monde qui n’écoute plus, qui n’a plus de lien avec son coeur ni ses sentiments, qui plonge dans le silence et l’anéantissement ; la deuxième appelle au rituel pour soulager les peines, encourager et apprendre à aimer à nouveau. Porté par le jeu d’Abraham Mansfarroll et ces tambours bata – essentiels dans la tradition yoruba afro-cubaine, elle condense une spiritualité qui me semble essentielle de nos jours.
Une autre pièce du disque est très importante dans la construction globale : « Calor ! » poème de Nicolas Guillen (Cuba) que nous avions mise en musique. Presque en miroir de « Quema Llama », le texte que je déclame en espagnol et en français, raconte la tragédie de la tragédie… Le feu qui consomme un bateau négrier. C’est obscur et grave, oui, mais nous avons introduit un choeur avec une mélodie qui éclaire et donne de l’espoir en quelque sorte ; même si le bateau succombe, il y a un espace possible de révolte.

 

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Votre voix évolue, en particulier avec les thèmes et sujets propres à chacun de vos programmes. Pour celui-ci quelle couleur vocale, quel caractère avez-vous travaillé spécifiquement ? Dans quelle pièce est-ce la plus manifeste ?

DIANA BARONI : La nouveauté dans ce disque est justement en lien avec la poésie. Nous avons intégré déjà sur la 5ème plage, le texte en nahuatl qui parle de l’éphémère, poème qui constitue un axe conceptuel très concret pour ce disque. C’était la première fois que je livrais du texte parlé au sein d’un projet musical. Pareillement avec les poèmes de Nicolas Guillen. C’est un exercice vocal nouveau que j’avais commencé à explorer dans mes compositions électroniques du vinyle « APAPACHO ». C’est proche de ce qu’on appelle « spoken words »,  une technique qui nécessite un travail avec la sonorité et le rythme des textes livrés.
Aussi du point de vue vocal, c’est vrai que dans certaines chansons, la couleur de ma voix est poussée parfois dans des registres que je ne fréquente pas souvent. Mais le défi était intéressant ; cela apporte un timbre singulier au projet.

 

 

 

 

Notre monde part en vrac,
notre terre est épuisée…

 

CLASSIQUENEWS : Comment s’inscrit ce nouveau programme par rapport à vos précédents ?

DIANA BARONI : Je crois que ce disque est encore plus radical, plus essentiel dans ces choix. Notre monde part en vrac, notre terre est épuisée ; les idéaux n’existent plus ; seul le matériel commande et guide le destin de notre civilisation.
Et à vrai dire, je sens que plus le temps passe, plus je me place de l’autre coté de la rive, loin du concept de la musique comme distraction ; la frivolité, la superficialité, la désinformation ont gagné tellement de place dans notre société. C’est effrayant de constater ces pensées, qu’on partage depuis toujours avec Ronald, lui qui voit son Cuba natal en souffrance, moi qui témoigne de la triste dérive de l’Argentine.
Personnellement je souhaite d’autant plus assumer et revendiquer l’art comme geste politique : cette mission qui m’a été donnée d’éclairer, connecter avec soi, construire des espaces de conscience, de réflexion. J’ai toujours de l’espoir… Les capsules que nous créons sur scène avec ces artistes, ces êtres humains merveilleux de Madre Selva qui font partie de mon chemin de vie, ces capsules de temps éphémères nous permettent à chaque fois d’y croire.

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Une anecdote, un souvenir, vécus au moment de l’enregistrement de l’album, et qui reste emblématique de ce que vous avez vécu avec vos partenaires ?

DIANA BARONI : La première fois que nous nous sommes réunis à Saint Michel l’Observatoire (lieu de résidences artistiques de l’Ensemble Vedado), pour commencer à construire le projet, nous avions évoqué avec Ronald l’idée d’intégrer des poèmes de Nicolas Guillen en guise de créations musicales, au sein du programme. Quand nous nous sommes retrouvés sur place, il m’a avoué qu’il n’avait pas trouvé le recueil qu’il pensait avoir à portée de mains. Tour de magie et miracle : le soir même de notre arrivée, nous dinions avec des amis chers du village… je reçois alors un cadeau : un livre fraîchement sorti chez Editions Seghers « Elégies et chansons cubaines » de Nicolas Guillen (!). En version bilingue, ce livre ne m’a jamais quitté depuis ; c’est de ce recueil que nous avons choisi « La tarde pidiendo amor & Calor! » pour notre programme.

 

Propos recueillis en avril 2026

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CD & CONCERT

 

Diana BARONI, Ronald Martín ALONSO : MADRE SELVA, Ode à la Nature. PARIS, Le 360, ven 10 avril 2026…
LIRE aussi notre annonce présentation du cd & concert MADRE SELVA par Diana Baroni : https://www.classiquenews.com/cd-concert-diana-baroni-ronald-martin-alonso-madre-selva-ode-a-la-nature-paris-360-ven-10-avril-2026/

CD & CONCERT. Diana BARONI, Ronald Martín ALONSO : MADRE SELVA, Ode à la Nature. PARIS, Le 360, ven 10 avril 2026

Après le somptueux album « MUJERES » (2023), Diana Baroni, Ronald Martín Alonso et l’Ensemble Vedado redoublent de complicité poétique dans leur nouveau cd « MADRE SELVA », nouvelle aventure humaine et artistique qui croise traditions latines, du Moyen-Orient, griots africains ; le parcours musical réalise un étonnante voyage comprenant l’Amérique latine, les Caraïbes et l’Europe, mêlant chants populaires, poésies et rythmes anciens.

 

 

https://www.classiquenews.com/cd-concert-diana-baroni-ronald-martin-alonso-madre-selva-ode-a-la-nature-paris-360-ven-10-avril-2026/https://www.classiquenews.com/cd-concert-diana-baroni-ronald-martin-alonso-madre-selva-ode-a-la-nature-paris-360-ven-10-avril-2026/

 

 

 

 

_____________________________________________________________

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

CRITIQUE, festival. PERALADA, 4e Festival de Pâques (Iglesia del Carmen), le 3 avril 2026. F. COUPERIN : Leçons de Ténèbres. Rachel Redmond, Lucia Martin Carton (sopranos), Les Arts florissants, William Christie (direction)

image_pdfTélécharger (.pdf)

Pour la 4ème édition du Festival de Pâques de Peralada, William Christie et ses Arts Florissants ont choisi l’humilité et la concentration absolue. Quittant les fastes des grandes scènes, ils se sont installés en « petit comité » : à peine trois musiciens autour du maestro franco-américain, lui-même devant un petit orgue positif, pour donner les Leçons de Ténèbres de François Couperin. Un pari sur la grâce contre la démesure, magnifiquement gagné.

 

L’effectif est donc ici particulièrement réduit – deux voix d’une pureté angélique, celles des sopranos Rachel Redmond et Lucia Martin Carton, deux violons (Emmanuel Resche-Caserta et Augusta McKay Lodge, une viole de gambe (Myriam Rignol), et ce continuo d’orgue si fragile en apparence – a inversé tous les codes du concert spectaculaire. Ici, rien à « voir » que l’attention. Et c’est là que William Christie, maître du geste aussi sobre que son orgue, a opéré sa magie : il n’a pas dirigé, il a respiré avec ses instrumentistes, créant un tel silence autour des notes que chaque dissonance, chaque « suspension » chère à Couperin, devenait un frisson collectif.

Les deux solistes, issues de l’académie Le Jardin des Voix, ont été choisies avec un soin exquis. Rachel Redmond, au timbre rond et à l’amplitude vocale lumineuse, a insufflé une noble gravité à la Seconde leçon, tandis que Lucia Martin Carton déployait dans la Première leçon une ligne de chant d’une homogénéité et d’une cohérence rares. Toutes deux ont magnifiquement dialogué dans la Troisième leçon à deux voix, offrant un concertant fluide et émotif. On a tremblé à « Jerusalem, convertere ad Dominum Deum tuum » : leurs voix montaient, se brisaient juste ce qu’il faut, comme un sanglot retenu. L’auditoire, suspendu à ce fil ténu, vivait cette « leçon » dans son sens premier – une lecture intime, presque secrète, où chaque ornement du « Petit Livre » de Couperin prenait chair sous les doigts de Christie à l’orgue, qui tirait de son petit instrument des couleurs d’une tendresse inouïe.

Dans l’écrin acoustique de l’Eglise del Carmen, aucun bruit de programme, aucune toux ; juste le lent déroulement de ces ténèbres qui, paradoxalement, éclairaient les âmes. Le public de Perelada, souvent habitué aux grands effectifs des festivals d’été, a découvert ici l’essence même des Arts Florissants : non pas la reconstitution muséale, mais l’émotion rendue vivante, fragile et pourtant souveraine. À la fin de la Troisième leçon, le silence a duré plusieurs secondes – ce silence qui est la plus belle des ovations. William Christie, en apôtre d’un baroque dépouillé, nous a rappelé que la plus grande fête pascale commence parfois dans la nuit la plus intime. Une leçon d’éternité.

 

 

___________________________________________
CRITIQUE, festival. 4e Festival de Pâques (Iglesia del Carmen), le 3 avril 2026. F. COUPERIN : Leçons de Ténèbres. Rachel Redmond, Lucia Martin Carton (sopranos), Les Arts florissants, William Christie (direction). Crédit photographique (c) Emmanuel Andrieu

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

CRITIQUE, festival. PRINTEMPS DES ARTS DE MONTE-CARLO (Grimaldi Forum), le 4 avril. DAVID : Concerto / MESSIAEN : Turangalîla symphonie. Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Bruno Mantovani & Kazuki Yamada (directions musicales)

image_pdfTélécharger (.pdf)

La Turangalîla Symphonie d’Olivier Messiaen fait partie de ces œuvres qu’on entend deux ou trois fois dans sa vie. Et encore… lorsqu’on a de la chance ! Cette chance, nous l’avons eue au Printemps des Arts de Monte-Carlo, dans la grande salle du Grimaldi Forum.

 

Le titre vient de deux mots en sanskrit – Turanga et Lîla -, dont la réunion signifie « Hymne d’amour ». L’oeuvre, comportant dix épisodes, explose en joie éclatante, en jubilations paroxystiques, mais s’apaise aussi en méditations suspendues. Dans ces moments d’extase, on croit entendre le silence respirer. Tout Messiaen est dans ce foisonnement de couleurs, ces sortilèges harmoniques, ces tintements de cloches ou évocations de chants d’oiseaux, mais aussi dans ce recueillement. L’orchestre, immense, doté d’une multitude de percussions, présente deux instruments solistes : le piano, utilisé comme instrument virtuose et percussif, et les ondes Martenot dont les glissandos métalliques et ondoyants font penser à des chants de sirènes.

L’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo fit sonner cette œuvre démesurée avec une ampleur rare. Des solos brillants émanaient de tous les pupitres. Kazuki Yamada dirigeait l’orchestre. Le chef japonais, qui conduisait cette œuvre pour la première fois, semblait la connaître dans les moindres détails, maîtrisant chaque entrée, chaque accent, chaque détail. Il la fit triompher dans son éclat et son recueillement. Au bout de l’heure et demie que dure l’œuvre, il finit les deux bras en l’air, en signe de victoire ou de célébration céleste. Au piano, Jean-Frédéric Neuberger fit jaillir les sons comme des étincelles pendant que Nathalie Forget déroulait le chant envoûtant de ses ondes Martenot.

En premier partie de ce concert, Bruno Mantovani, membre de l’Institut de France et directeur du Printemps des Artsrts, dirigea lui-même avec une totale efficacité un Concerto composé par le saxophoniste Vincent David. Cette oeuvre brillante, bien écrite, à la pulsation incessante, soutient l’intérêt d’un bout à l’autre. Elle sait aussi ménager ses moments de mystère (l’un, en particulier, avec un ostinato de harpe). Son final, essentiellement rythmique, emporte le tout avec une humeur presque badine. L’œuvre était servie par un soliste hors pair qui était le compositeur lui-même. On dit souvent « On n’est jamais mieux servi que par soi-même ». Là, c’était vraiment le cas.

 

 

__________________________________
CRITIQUE, festival. PRINTEMPS DES ARTS DE MONTE-CARLO, Grimaldi Forum, le 4 avril. DAVID, Concerto / MESSIAEN, Turangalîla symphonie. Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Bruno Mantovani & Kazuki Yamada (directions musicales). Crédit photographique (c) André Peyrègne

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

ENTRETIEN avec le claviériste Yoann MOULIN, à propos de son nouvel album « A Keyboard Song » (1 cd Scala Music)

image_pdfTélécharger (.pdf)

Chimère instrumentale… A partir d’un choix précis de clavier, de sa connaissance parfaite en terme de possibilités sonores et de façon de le toucher, Yoann Moulin propose dans son nouvel album tout un monde aussi musical que poétique qui produit un nouvel imaginaire… le musicien fait chanter et parler chaque instrument, il en aime même les mélanges imprévus, méconnus entre virginal, en particulier clavecin et orgue… se dévoile peu à peu dans cette vocalité subtilement révélée, « la voix du clavier »… C’est aussi allusivement un hommage aux Janequins, l’ensemble fondé par Dominique Visse qui a transmis au claviériste ce goût du chant. Explications.
_________________________________________________

 

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Selon quels critères avez-vous sélectionné les 2 claviers de ce programme ? Quels en sont les qualités respectives et dans quelles pièces ces qualités se révèlent-elles ?

YOANN MOULIN : Je voulais avoir la plus grande palette sonore possible, la plus grande variété possible dans les limites matérielles qu’impose un enregistrement. Mais aussi des couleurs très intenses, affirmées, contrastées. Le claviorganum est alors apparu comme idéal du fait de sa rareté et de ses nombreux registres différents ( le bourdon, le principal, la régale et le clavecin). C’est aussi un instrument qui par sa forme (il suit les courbes du clavecin) induit une spatialisation du son inédite pour un orgue de cette taille.
Enfin cet instrument convoque une façon de jouer. Il faut un geste clair et franc pour faire parler toutes ces cordes et tous ces tuyaux en même temps, c’est une forme de prononciation particulière, son accent à lui. Ce magnifique équilibre entre l’attaque du clavecin et le son de l’orgue qui la prolonge, une merveilleuse chimère. Ces qualités se retrouve dans tout le disque mais la pièce qui peut-être me tient le plus à coeur est la fantaisie de John Bull où le clavecin et l’orgue s’entremêlent plus qu’ailleurs. Ils se laissent la place, ils prennent chacun la leur avec pudeur, ils s’entraident.
Ce virginal est un instrument très singulier lui aussi. Il est presque l’opposé du claviorganum qui emmène le clavecin vers l’orgue. Ici au contraire, on plonge dans l’univers du luth. D’ailleurs la dernière pièce du disque jouée au virginal est écrite originellement pour le luth. C’est un instrument plus intérieur, moins puissant, plus intime mais dont le son est très suave, très doux, très coloré. Un seul registre ici mais chaque note à sa personnalité. Enfin pour l’anecdote, c’est un instrument qui se joue de dos, et si vous écoutez bien, avec Alban Sautour qui a fait la prise de son, on a voulu rendre ces différences entre les instruments. Et sur le disque, les aigus du clavecin sont à gauche quand ceux du virginal sont à droite, comme cela serait en concert.

 

CLASSIQUENEWS : Comment avez-vous associé les pièces les unes après les autres ? Quels passages sont les plus réussis dans ce sens ?

YOANN MOULIN : J’ai cherché avant tout des chansons. En voulant éviter les mêmes magnifiques pièces déjà tant enregistrées. Je voulais aussi explorer le plus possible tout le spectre que propose cette thématique, d’où par exemple la Toccata qui n’est pas à proprement parler une pièce vocale, ou du moins pas une pièce issue d’un modèle chanté (comme le choral par exemple). Mais d’une part, elle est toujours comparée aux madrigaux (Frescobaldi le dit lui-même dans sa préface), et elle donne la voix à cet art déclamatoire, cette rhétorique, cet art du récit qui apparaît au début du XVIIe siècle.
Les chansons orientent aussi vers la période du XVIe et du début du XVIIe siècle. J’ai essayé enfin de construire ce programme un peu comme une ballade, avec des moments joyeux, vifs et d’autres plus introspectifs. J’aime toutes les pièces de ce disque mais il m’est impossible de dire ce qui est réussi ou pas car j’ai trop peu de recul et j’entends trop ce que j’aurais aimé faire mieux.

 

CLASSIQUENEWS : Quelle est la dramaturgie, le sens général du programme ? Quel cheminement proposez vous à l’auditeur ?

YOANN MOULIN : L’objet de ce disque est d’explorer la voix du clavier. Comment ça chante. Est-ce que c’est possible? Et de donner la parole à tous ces merveilleux musiciens qui se sont inspirés de la voix pour écrire au clavier. Mais je ne voulais pas que des chansons d’amour! Il y en a bien sûr, certaines d’ailleurs plus grivoises que d’autres. J’ai voulu commencer comme lorsqu’une chanson nous vient en tête. Quelque chose d’assez « simple » quelque part, spontané. Une mélodie qui nous traverse, quelques notes qui évoquent tant de choses. Et je trouvais que cette version anonyme de Daphné correspondait un peu à ça. J’ai essayé de raconter cette histoire sans parole, où les mots sont cachés, au loin, mais néanmoins présents. Il y a la mort, la douleur, Dieu, l’humour, des moments sérieux, d’autres plus légers.

 

CLASSIQUENEWS : Comment s’inscrit ce programme dans votre travail global ? Amorce-t-il un nouveau champs de travail, en prolonge-t-il un ?

YOANN MOULIN : J’ai appris la musique en chantant à 7 ans à la Maîtrise de Caen sous la direction de Robert Weddle. Robert Weddle est un musicien et un chef de choeur extraordinaire, qui m’a profondément marqué. Ma formation musicale est donc liée au chant. En tant que claveciniste, dans nos études, le chant est omniprésent. Il est cité comme modèle dans les traités, les préfaces des grands auteurs, dans les textes des facteurs. On est un peu « cerné » par la voix. Ce disque est une façon de se se réapproprier cet apprentissage, de le questionner, de l’explorer. J’en fait quelque part une analyse amoureuse et poétique.

 

CLASSIQUENEWS : Un souvenir, une anecdote vécus au moment de l’enregistrement de ce disque qui en exprime l’atmosphère, le déroulement ?

YOANN MOULIN : Ce disque est dédié aux Janequins. J’ai la chance de travailler avec l’Ensemble Clément Janequin dirigé par Dominique Visse depuis presque 15 ans. Je leur dois beaucoup et c’est grâce à Dominique Visse que j’ai découvert un autre répertoire dont certaines pièces du disque font parties. C’est aussi avec eux que j’ai appris à chanter aux claviers, les ayant littéralement « sous les doigts » car je jouais « colla parte » avec eux. C’est à dire que je jouais exactement ce qu’ils chantaient. Je devais respirer avec eux, phraser comme eux, les suivre dans leur individualité, tout en gardant la cohérence de la polyphonie. C’est un immense privilège et une expérience rare et je leur en suis extrêmement reconnaissant. Et pour l’anecdote, j’ai enregistré mon premier solo avec eux. Basé sur une chanson !

 

Propos recueillis en avril 2026

 

 

CD
 » A keyboard song  » – YOANN MOULIN, claviers (virginal, claviorganum, clavecin) – parution avril 2026

 

 

LIRE aussi notre annonce présentation du cd YOANN MOULIN : « A Keyboard Song » (1 cd Scala Music) : https://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-yoann-moulin-a-keyboard-song-1-cd-scala-music/

Maître de la mécanique instrumentale, l’alchimiste inspiré fait naître une nouvelle musicalité ; son clavier (ou plutôt ses claviers : – claviorganum et virginal) envisagent des perspectives et des architectures dont l’intimité captive. L’expérience proposée place l’instrument au premier plan, dévoilant sa capacité singulière à parler, murmurer, soupirer, chanter comme le fait la voix
A travers une collection choisie de partitions parcourant les époques et les styles (Renaissance, Baroque, Moderne…), l’interprète compose un cheminement personnel dont l’éloquence redessine le relief et l’ossature des écritures abordées ; elle revivifie tout autant la vitalité des timbres comme la dramaturgie du discours… Bull, Trabaci, Byrd, Frescobaldi, JS Bach, Obrecht, Desprez… entre autres, sont les jalons surprenants de ce jardin musical inédit.
_____________________________________________________________________

 

concert

Concert de sortie, lundi 13 avril 2026, 19h15 (Scala Paris) – Plus d’infos : https://lascala-paris.fr/?s=moulin

présentation du concert
Le programme propose de faire entendre une heure durant ce chant du clavier, mystérieuse alchimie d’une mécanique sonore, à travers différents genres, compositeurs, lieux,époques. Il s’ouvre par un effet de manche cher aux rhéteurs, et que Girolamo Frescobaldi maîtrisait parfaitement dans son art déclamatoire. Il se poursuit avec l’art de la diminution où chaque figure dans son dessin possède sa signification propre mais sert aussi à révéler la polyphonie. Le Choral, cette « prière deux fois dite » (Luther), allie la sensualité du chant à sa dimension métaphysique. Enfin, certaines pièces illustrent une virtuosité tantôt démonstrative, vitesse digitale qui veut compenser l’absence de corde vocale, tantôt discrète, invisible et néanmoins prodigieuse dans sa tentative de faire apparaître devant nous 4, 5 ou 6 voix, avec … deux mains.

vidéo
A Keyboard Song – Yoann Moulin | Bande annonce

 

____________________________________________________________

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

CD & CONCERT. Diana BARONI, Ronald Martín ALONSO : MADRE SELVA, Ode à la Nature. PARIS, Le 360, ven 10 avril 2026

image_pdfTélécharger (.pdf)

Après le somptueux album « MUJERES » (2023), Diana Baroni, Ronald Martín Alonso et l’Ensemble Vedado redoublent de complicité poétique dans leur nouveau cd « MADRE SELVA », nouvelle aventure humaine et artistique qui croise traditions latines, du Moyen-Orient, griots africains ; le parcours musical réalise un étonnante voyage comprenant l’Amérique latine, les Caraïbes et l’Europe, mêlant chants populaires, poésies et rythmes anciens.

__________________________________________________
Photo : Diana Baroni © Guadalupe Miles

 

 

Pensé comme un rituel, MADRE SELVA évoque la mère forêt, nature originelle à la fois nourricière et indomptable ; les chants portent des prières dédiés à la terre, à l’eau, au cycle du jour et de la nuit, à la vie et à la mort. Percussions, souffle et pulsations incarnent une musique vivante et riche.
Du chant dédié à la PACHAMAMA, figure de la Terre nourricière dans les cultures andines, aux musiques de l’aube et du crépuscule, de la finesse baroque à l’énergie et à la vitalité des traditions orales, MADRE SELVA ressuscite les cultures, les langues, les époques, les fait dialoguer, convoquant à travers les rites et la mémoire, le lien fragile qui relit l’homme à l’éblouissante Nature… ce lien aujourd’hui menacé qui pourtant nous rappelle à l’essentiel, à notre humanité.
Diana Baroni poursuit un itinéraire personnel, engagé voire militant, au service d’un geste entier, en quête de vérité et de partage… pour ce faire, l’artiste fédératrice s’entoure de plusieurs instrumentistes familiers avec lesquels la flûtiste et chanteuse a su cultiver des affinités singulières, développant de programmes en programmes, une complicité créative souvent bouleversante, car sa voix est celle d’une instrumentiste affûtée qui sait aussi enrichir sa trajectoire auprès des grandes voix féminines d’Amérique Latine… CD élu  » CLIC de CLASSIQUENEWS « .

 

 

_____________________________________________________
Diana Baroni & Ensemble Vedado
Ronald Martin Alonso
DIANA BARONI, chant, traverso & direction artistique
Ronald Martin Alonso, viole de gambe, direction artistique
Rafael Guel Frias, guitare baroque, jarana, flutes, chant
Keyvan Chemirani, zarb, percussions orientales
Abraham Mansfarroll, tambours batá, percussions cubaines
Tunde Jegede, kora

 

 

CONCERT

PARIS, le 360
Vendredi 10 avril 2026, 20h
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site du 360 :
https://le360paris.com/portfolio/diana-baroni-ensemble-vedado-ronald-martin-alonso-madre-selva/

 

 

 

mosaïque culturelle et métissage inspirant

Les pièces choisies puisent dans le répertoire ancré dans l’héritage ancestral de l’Amérique Latine : précisément des Andes au Mexique, des Caraïbes aux plateaux boliviens. Oralité, pièces portées par poètes ou compositeurs contemporains, l’itinéraire musical mêle récits, traditions musicales et spirituelles, chansons en langues indigènes, (nahuatl, quechua…), explore des sources plus anciennes issues de l’histoire ibérique et européenne. Le rythme, la danse, la plainte ou la célébration célèbrent les éléments qui constituent l’origine du monde, l’eau, la terre, le feu et l’air, mais aussi son abondance, sa beauté, les fruits qu’elle nous concède.
Les artistes fédérés autour de Diana Baroni, cultivent chacun des liens personnels, intimes avec des traditions de transmission, qu’elles soient issues du Moyen Orient, des traditions latines, d’Afrique. Dialogue inspirant de cultures, MADRE SELVA dessine un espace artistique commun qui relie les mémoires au delà des frontières.
Les percussions occupent une place structurante mises en lumière par le jeu de Keyvan Chemirani et la couleur des tambours cubains d’Abraham Mansfarroll. Autour d’elles se déploie le tissage des cordes, la viole de gambe de Ronald Martin Alonso, la kora de Tunde
Jegede, ainsi que la jarana et les aérophones pré-colombiens de Rafael Güel Frías, entrelaçant chaque tableau à l’intérieur du récit. Au coeur de cette matière scintillante, la voix de Diana Baroni tisse un fil qui accompagne l’auditeur dans un voyage intemporelle inédit.

 

 

 

 

MADRE SELVA : Ode à la nature
Diana BARONI  & Ensemble Vedado / Ronald Martin Alonso
NOUVEAU CD
Parution streaming 10 avril 2026
Parution physique 17 avril 2026

 

 

 

VISITEZ le site officiel de DIANA BARONI :
https://www.dianabaroni.com/

 

 

 

______________________________________________________________

 

 

plateformes

ECOUTER / ACHETER
https://lnk.to/El_Amanecer_Madre_Selva

 

 

 

VIDÉO : Calor ! / MADRE SELVA (Diana Baroni)

Extrait de CALOR ! (Nicolas Guillen / Ensemble Vedado Cuba) de l’album MADRE SELVA / Diana Baroni & Ensemble Vedado Prière, célébration, poésie a travers les musiques de l’Amérique Latine, les Caraïbes et l’Europe MADRE SELVA fait dialoguer les cultures, les langues et les traditions, dans un geste artistique au delà des frontières, en forme d’hommage à la nature, a ces forces invisibles, à son souffle indompté

 

 

 

entretien

ENTRETIEN avec Diana BARONI, à propos de son nouvel album « MADRE SELVA »… cd & concert, PARIS, le 360, ven 10 avril 2026

Au printemps 2026, la flûtiste et chanteuse Diana Baroni poursuit son cheminement singulier où la voix tout en exprimant la dérive dangereuse que s’entête à suivre l’humanité, appelle aussi à agir. Chant persuasif, militant… poétique et fédérateur surtout, comme en témoigne ses complicités artistiques réalisées pour ce nouvel album « Madre Selva » : un hymne à la Nature et au Vivant que l’homme doit préserver coûte que coûte. Mère Nature inspire ainsi à l’artiste à part, un geste artistique fort et déterminé dont les audaces et la quête de sens, suscitent une collection de pièces musicales inédites, en grande partie inspirées par les textes du poète cubain Nicolas Guillen…. La latinité de Diana Baroni est éruptive, incandescente ; et sa clairvoyance est d’autant plus saisissante qu’elle est surtout poétique et incarnée.
___________________________________________________
Photos : Diana Baroni © Guadalupe Miles

 

 

 

 

 

Diana Baroni sur CLASSIQUENEWS :

https://www.classiquenews.com/?s=diana+baroni

L’aventure classiquenews aux côtés de Diana Baroni, tempérament incandescent, engagé, halluciné est jalonné de plusieurs programmes mémorables : Emidy Project, Pan Atlantico, Mujeres et au printemps 2026… « Madre Selva » … https://www.classiquenews.com/?s=diana+baroni

 

Photos : Diana Baroni © Guadalupe Miles

 

________________________________________

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

CD événement, annonce. Samuel Strouk : « Elise, mon mirage », concerto pour violoncelle et guitare (nouvel album – 1 cd Well Done Simone! records) – parution annoncée : le 24 avril 2026

image_pdfTélécharger (.pdf)

Compositeur, guitariste soliste, chef d’orchestre, Samuel Strouk s’impose depuis plus de dix ans sur la scène symphonique contemporaine, par sa singularité virtuose, sa sensibilité et sa grande culture musicale. En avril 2026, le compositeur publie un nouvel album « Elise, mon mirage », regroupant deux nouveaux concertos comme odes à l’amour et à la paix, l’un pour violoncelle et guitare, le second pour guitare… deux nouvelles partitions enregistrés en France avec l’Orchestre National de Bretagne sous la direction d’Aurélien Azan Zielinski.

 

 

 

Œuvres de maturité, les deux opus marquent une nouvelle étape dans l’enrichissement et la maturation de son langage orchestral. La parution fait suite à la création mondiale au Zaryadye Concert Hall de Moscou, dans le cadre du festival Viva Cello (novembre 2021). Prolongeant son dernier album orchestral intitulé « Le rêve de Maya », Samuel Strouk développe une écriture fondée sur « la dramaturgie du temps musical ». Chaque mouvement s’inscrit dans une trajectoire expressive dont la forme est le lieu d’un récit intérieur. « À l’instar de Gustav Mahler, sa musique n’est jamais abstraite : elle se construit dans la tension, la mémoire, la transformation des motifs, faisant de l’orchestre un espace de narration à part entière. En héritier de Leonard Bernstein et de György Ligeti, Samuel Strouk compose dans un langage alliant écriture contemporaine et tonalité. »
Très incarnée, révélant les forces souterraines et psychiques qui pilotent les affects, l’écriture de Samuel Strouk sait fusionner dramatisme et poésie.

Le double concerto « Élise, mon mirage » décrit le voyage sentimental de deux amants tissant les liens d’une vie, incarnés par le violoncelle et la guitare, dont le dialogue devient le fil conducteur du récit musical. C’est une ode à l’amour qui interroge le rapport entre le matériel et le spirituel. « Les émotions naissent au contact du réel pour aussitôt lui échapper : c’est le mirage, éternel et insaisissable, qui donne son souffle à l’œuvre. » Interprétée par le violoncelliste Boris Andrianov et le guitariste Dimitri Illarionov, « Élise, mon mirage » est née d’une rencontre artistique initiée dès 2019 en Russie. Le succès de la création de l’œuvre en 2021 a scellé la volonté commune des artistes d’enregistrer cette partition ambitieuse, malgré un contexte international bouleversé.

Samuel Strouk est le soliste de l’album, du second Concerto pour guitare intitulé « Égalité », inspiré du poème éponyme de José Asunción Silva, qui interroge l’universalité de la condition humaine à travers une figure poétique de l’égalité. Partenaire de longue date de Samuel Strouk, l’Orchestre National de Bretagne accompagne cet enregistrement sous la direction d’Aurélien Azan Zielinski, dont la lecture précise et engagée met en valeur la clarté de l’écriture et les équilibres de la partition.

 

___________________________________
CD événement, annonce. ÉLISE, MON MIRAGE, le nouvel album de Samuel Strouk (guitariste, compositeur) – 1 cd Well Done Simone ! records – parution le 24 avril 2026 – CD CLIC de CLASSIQUENEWS printemps 2026 – prochaine critique complète à venir sur CLASSIQUENEWS

 

 

 

 

 

AUDIO / Déjà disponible sur les plateformes :
https://bfan.link/elise-mon-mirage

 

VIDEO / Coulisses de l’enregistrement :

témoignages des instrumentistes de l’Orchestre de Bretagne :
https://www.youtube.com/playlist?list=PLdJukeE2Gn6QAxYtn79z3yzOHzcnEURdt

 

Plus d’infos : https://www.instagram.com/welldonesimone/

 

 

biographie des solistes du Concerto pour violoncelle et guitare
Musicien américano-russe, Boris Andrianov s’affirme pour la profondeur expressive de son jeu et son engagement dans la création musicale.
Guitariste virtuose à la carrière internationale, Dimitri Illarionov apporte à l’œuvre une dimension intime et poétique grâce à la finesse de son interprétation.
Prochains concerts 2026 de Samuel Strouk
09.04 : Salle l’Escoure, Lacanau (33)
01.05 : Ermitage Sant-Ferréol, Lorgues (83)
02.05 : Église de l’Annonciation, Cotignac (83)
15.05 : Le Caveau d’Hermonville, Hermonville (51)
21.05 : Festival Jazz à Saint-Germain-des-près, Paris (75) – feat. Stéphane Belmondo
31.05 : Les Musicales de Compensière, Genève (Suisse)
10.06 : Festival Jazzellerault, Châtellerault (86) – feat. Bireli Lagrene
26.06 : Tournai Jazz Festival, Tournai (Suisse)
01.07 : Festival Jazz in Aiacciu, Ajaccio (2A) – feat. Bireli Lagrene
05.07 : Château de Vollore, Vollore-Ville (63)
Visitez le site officiel de Samuel Strouk : https://samuel-strouk.fr/

_______________________________________

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE, du 29 avril au 16 mai 2026. Les Belles Sorties. LUTOSŁAWSKI, RAVEL, MENDELSSOHN… Amanda FAVIER, violon solo / Lamar ELIAS, direction

image_pdfTélécharger (.pdf)

 » Belles Sorties  » de printemps… L’Orchestre national de Lille, véritable acteur démocratique, se déplace sur le territoire et vient à votre rencontre !  En 6 escales, l’Orchestre partage vertiges et délices de l’expérience symphonique à destination de tous… Sous la direction de la cheffe palestinienne Lamar ELIAS, dont le charisme fédérateur a particulièrement marqué jury et spectateurs du dernier Concours de direction « La Maestra » de la Philharmonie de Paris (2026),  l’Orchestre National de Lille invite à la danse à travers un grand voyage qui mène de la Pologne aux îles d’Écosse en passant par un détour par la France de la Renaissance. La Petite Suite fait découvrir les partitions d’inspiration traditionnelle de Witold Lutosławski, compositeur polonais majeurs du siècle dernier.

_______________________________________________________
Photo : © Pauline Ballet / la maestra palestinienne Lamar Elias

 

 

Véritable monument au mort et hommage à la musique française du passé, le Tombeau de COUPERIN est pour Ravel, le moyen de conjurer les affres de la Première Guerre mondiale pour mieux célébrer la vitalité rythmique et la saveur spécifique des danses anciennes dont entre autres le rigaudon, le menuet… ou encore la forlane. Après la pause, pleins feux sur l’énergie solaire de Mendelssohn… Comme la Symphonie italienne (1833), la Symphonie « écossaise »  est un souvenir de voyage, une œuvre qui nous invite à imaginer les impressions profondes que paysages et nombreuses musiques du pays ont pu avoir sur un jeune explorateur de 20 ans.

 

Infos & réservations / RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE : https://www.onlille.com/choisir-un-concert/categories/les-belles-sorties-2
MERCREDI 29 AVRIL 2026 – 20h
Marquette-lez-lille, Le Kiosk
MERCREDI 6 MAI – 20h
La Bassée, Salle Vox
SAMEDI 9 MAI – 20h
Fretin, Salle des fêtes Renaud
MERCREDI 13 MAI – 20h
Herlies, Église Saint-Amé
VENDREDI 15 MAI – 20h
Willems, Pôle Éclat
SAMEDI 16 MAI – 20h
Lezennes, Salle Brassens
WITOLD LUTOSŁAWSKI (1913-1994)
Petite Suite (Version pour orchestre de chambre) (1950) 11’
1. Fujarka (Petite flûte pastorale)
2. Hurra Polka (Polka Hourra)
3. Piosenka (Chanson)
4. Taniec (Danse)

 

MAURICE RAVEL (1875-1937)
Le Tombeau de Couperin (1917) 16’
1. Prélude
2. Fugue (orchestration Benjamin Attahir)
3. Forlane
4. Menuet
5. Rigaudon
6. Toccata (orchestration Benjamin Attahir)

 

 

ENTRACTE

 

FELIX MENDELSSOHN-BARTHOLDY (1809-1847)
Symphonie n°3 en la mineur op.56 « Écossaise » (1842) 39’
1. Andante con moto – Allegro un poco agitato
2. Vivace non troppo
3. Adagio
4. Allegro vivacissimo – Allegro maestoso assai

 

 

 

LAMAR ELIAS, direction
ORCHESTRE NATIONAL DE LILLE
AMANDA FAVIER, violon solo
Programme : les Belles Sorties

 

 

 

MAURICE RAVEL
(1875-1937)
Le Tombeau de COUPERIN [1917)

Autre époque, autre guerre mondiale… et autre danse ! Une vingtaine d’année avant l’insurrection de Varsovie, Maurice Ravel part au front. Pourtant exempté de service militaire pour « faiblesse », le compositeur revient à la charge en 1914 pour servir la France. Dès septembre 1914, il s’occupe des soldats blessés de l’hôpital de Saint-Jean-de-Luz. En 1915,  finalement, il est chauffeur dans le 13 e Régiment d’artillerie. Entre les bombes, Ravel entend des chants célestes : Trois beaux oiseaux du paradis (1915), les airs exotiques de son Trio en la mineur M.67 (1914) sans omettre le Tombeau de Couperin. Composée entre 1914 et 1917 et achevée cette année-là pendant une période de convalescence passée à Lyons-la-Forêt, la partition célèbre la musique française par l’intermédiaire de François COUPERIN. C’est aussi un hommage aux amis tombés pendant la guerre.

Dédié au lieutenant Jacques Charlot, le « Prélude » se souvient des arabesques que l’on entend à l’entrée des suites baroques du 17 ème siècle. Puis après une Fugue sereine et diaphane, se déroule une « Forlane », danse italienne à deux temps originaire du Frioul. Allègre, rafraichissant, facétieux, le hautbois rehausse le côté pastoral du « Menuet ». Ravel souligne le caractère de la danse en allégeant la matière instrumentale du « Menuet », le temps d’un « Trio » marqué par des notes suspendues, scintillantes et aiguës, de cor et de cordes.  Enjoué, bonhomme, le « Rigaudon » contraste par sa placidité aimable, avec l’énergique Toccata finale.

 

 

FELIX MENDELSSOHN-BARTHOLDY
(1809-1847)

Symphonie n°3 en la mineur
op.56 « Écossaise » (1842)

Sur les traces de la reine Marie, au lieu où elle a vécu, face à l’autel de sa chapelle, le jeune Mendelssohn exprime la réalité du site et exprime dans le même temps la fragilité humaine…  » Tout y est brisé et vermoulu, et l’on y voit resplendir le ciel clair. Je crois avoir trouvé aujourd’hui le début de ma Symphonie écossaise » [lettre à ses parents de juillet 1829 depuis Edinburgh], soit un Prélude tragique et sombre que les auditeurs découvrent enfin à Leipzig lors de la création de l’œuvre en 1842.
Mendelssohn exprime les sensations éprouvées pendant son périple et les  dépose dans la symphonie conçue comme un carnet de voyage où percent les éléments saillants de cette épopée écossaise : ainsi ente autres souvenirs tenaces, les clarinettes évoquant les cornemuses [ « Vivace »]… ou le chant pompeux et cérémoniel des cordes dans le majestueux et royal  « Adagio »… dont le souffle solennel dans l’ultime séquence du finale, retentit comme un hymne patriotique, d’une irrésistible elegance.

 

 

___________________________________________________________

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

CRITIQUE, concert. OPÉRA GRAND AVIGNON, ORCHESTRE NATIONAL AVIGNON-PROVENCE, le 3 avril 2026. Charlotte SOHY, Gustav MAHLER, Wolfgang Amadeus MOZART. Aude Extrémo (mezzo), Débora Waldman (direction)

image_pdfTélécharger (.pdf)

Ce soir l’Orchestre National Avignon-Provence nous offre un programme comme on les aime, original et percutant, associant avec élégance voire jubilation, le méconnu enivré [Sohy], l’éblouissant jubilatoire [Mozart], avec pour corolaires, les vertiges émotionnels si contrastés d’un Mahler nostalgique et dans son printemps prometteur [mouvement Blumine] émerveillé par un chant nocturne que sublime la prière suspendue de la trompette aux lointains…

 

 

Le fil rouge en serait le format median de l’Orchestre dans un effectif moyen [une quarantaine d’instrumentistes], entre symphonisme et chambrisme qui expose magnifiquement chaque timbre en particulier chez Mahler dont le génie des couleurs et des timbres, semble dialoguer avec le Mozart visionnaire de la Jupiter…

Révélation portée de longue date déjà par Debora Waldman et l’Orchestre qui les a même enregistrées, les mélodies de CHARLOTTE SOHY, remarquablement réalisées et dans ce format orchestral, idéalement articulées. De Charlotte Sohy, aux côtés de quantité d’autres compositrices françaises récemment ressuscitées, avec un égal bénéfice [Augusta Holmès, Marie Jaell, Rita Strohl, Elsa Barraine …], les oeuvres jouées dévoilent un métier impressionnant, autant dans son écriture instrumentale que dans son sens de la construction dramatique.

DÉBORA WALDMAN déploie même en le ciselant, une écriture crépitante qui est celle d’un tempérament de braise, fusionnant l’imagination instrumentale de Berlioz et le bouillonnement psychique de Wagner… Entre l’épaisseur vénéneuse d’un Chausson et le génie dramatique du meilleur Massenet, Charlotte Sohy se révèle à nous, elle expose avec un passion lumineuse toutes les émotions de ses héroïnes qui à travers le chant fauve, crépusculaire de l’excellente mezzo-soprano AUDE EXTRÉMO, – pythonisse ardente, spectrale, incantatoire et pourtant souvent d’une tendresse enchantée,… captive de bout en bout. On aurait souhaité goûter le sens des paroles et l’enjeu des situations en temps réel, grâce aux sous-titres… hélas absents. La voix est large et profonde aux teintes sépulcrales, qui semble fouiller et faire surgir des sentiments enfouis ; toute une mémoire de ressentiments et d’épreuves cachées affleurent et nourrissent le très riche terreau instrumental ; elle a cette capacité à incarner des puissantes figures dramatiques dont l’opéra romantique et post romantique regorge et nous régale. Il faudrait compter aussi avec Charlotte Sohy, créatrice majeure de la Belle Époque, qui a composé pour l’opéra. Une piste future pour Debora Waldman ? … nous l’espérons.

De l’écoute des mélodies choisies [Trois chants nostalgiques, puis les deux mélodies : « Trois anges »,- qui donne le titre du concert, et « Ton âme »] se confirme une sensibilité en réalité captivante qui paraît taillée pour le théâtre et les situations hautement dramatiques.

L’activité de l’Orchestre sertie dans une remarquable orchestration, dévoile une compositrice de première valeur qui dans un format court édifie de véritables scènes opératiques dont la charge émotionnelle et la tension d’un orchestre psychologique s’avèrent captivantes : les cuivres [cors], les vents et les bois accompagnent et enveloppent cette voix hallucinée à la fois incarnée et suggestive ; ils en font jaillir toutes les nuances psychiques… D’autant que Debora Waldman ne manque ni de finesse ni d’intensité, ce dans chaque séquence idéalement caractérisée.

CHARLOTTE SOHY a le sens du théâtre, la maîtrise naturelle de la structure dramatique, sachant exprimer toute la passion et le dévoilement des sentiments les plus divers voire contradictoires, mais dans une langue orchestrale d’une voluptueuse cohérence… Inspirée, la cheffe sait détailler en maîtresse des accents ; Débora Waldman éclaire autant d’idées instrumentales raffinées, dans la transparence d’un orchestre où brille et dialogue chaque pupitre. La cohérence du son, l’équilibre des réponses entre les familles d’instruments, surtout l’art des nuances entre chaque séquence confirment la virtuosité et d’abord l’accord en complicité de Debora Waldman et les instrumentistes de l’Orchestre.

La prestation de la soliste est d’autant plus convaincante qu’elle a pu chauffer sa voix entre rugosité et velours, au cours des 4 Lieder de GUSTAV MAHLER qui précèdent (« Lieder eines fahrenden Gesellen », créés en 1896 ) ; le 4e lyrique exprimant un ample et irrésistible appel à la paix, issue espérée, attendue après l’expression des épreuves terrestres qui ont jalonné les 3 mélodies précédentes. Le soin de la baguette calibre idéalement le relief des timbres superbement associés : harpe, cors, flûte, hautbois et clarinette, sans omettre le chant grave et onctueux à la fois, de la clarinette basse. Les interprètes en détaillent le climat enchanté et tragique, jusqu’à la prière finale (et le trio conclusif magique : harpe, flûte, clarinette basse).

 

 

Complément royal à ce programme intense et dramatique, Débora Waldman réalise un final apollinien, solaire avec la « Jupiter » de MOZART, – ultime offrande au genre symphonique, joyau d’équilibre et de finesse structurelle dont la cheffe, grande mozartienne depuis ses débuts, éclaire l’énergie impérieuse, cette gravité tendre qui parcourt tout le 2ème mouvement auquel le balancement très nuancé du Scherzo apporte une autre couleur,… celle de l’humour et de la grâce d’une facétie très subtilement suggérée ; si ce dernier mouvement s’inscrit dans la tradition symphonique de Haydn, le Finale est l’apothéose du programme : un bouillonnement jubilatoire dont le caractère conquérant, impérieux rappelle l’excitation impatiente des Noces [ouverture] et aussi préfigure par l’autorité de son architecture, les conquêtes beethovéniennes à venir. Un bien beau concert, original, intense et élégant, servi par des maîtres interprètes, passionnant à plus d’un titre.

 

 

_________________________________
CRITIQUE, concert. OPÉRA GRAND AVIGNON, ORCHESTRE NATIONAL AVIGNON PROVENCE, le 3 avril 2026. CHARLOTTE SOHY, MAHLER, MOZART… Aude Extrémo, mezzo soprano / Débora Waldman, direction
Charlotte Sohy
Trois chants nostalgiques
Deux poèmes : Les 3 anges, ton âme
Gustav Mahler
Lieder eines fahrenden Gesellen
Symphonie n°1 : II. « Blumine »
Wolfgang Amadeus Mozart
Symphonie n°41 en ut majeur KV 551 « Jupiter

 

 

_______________________________________
Mozart / Malher / Sohy (Les trois anges)
Débora WALDMAN, direction
  /  Aude EXTRÉMO, mezzo-soprano
Opéra Grand Avignon / Avignon

vendredi 3 avril 2026, 20h
Durée : 1h40
LIRE notre présentation du concert LES 3 ANGES par l’Orchesrre National Avignon Provence / Débora Waldman : https://www.classiquenews.com/orchestre-national-avignon-provence-charlotte-sohy-les-3-anges-mahler-mozart-ven-3-avril-2026-debora-waldman-direction/
programme

Charlotte Sohy,
Trois chants nostalgiques, Deux poèmes

Gustav Mahler,
Lieder eines fahrenden gesellen

Gustav Mahler,
Symphonie n°1 : II. Andante allegretto «Blumine »

Wolfgang Amadeus Mozart,
Symphonie n°41 en ut majeur, KV 551, « Jupiter »

 

 

_______________________________________________

 

 

prochain concert de l’Orchestre National Avignon Provence
à ne pas manquer :

Jean-François Zygel – Mon Beethoven à moi
Direction, Débora WALDMAN, vendredi 17 avril 2026, 20h (Opéra Grand Avignon / conception, piano et improvisation, : Jean-François ZYGEL : infos & réservations : https://www.orchestre-avignon.com/concerts/mon-beethoven-a-moi/

 

 

 

 

LIRE aussi notre présentation du concert « Jean-François Zygel – Mon Beethoven à moi »/ Orchestre National Avignon Provence : https://www.classiquenews.com/orchestre-national-avignon-provence-mon-beethoven-a-moi-17-avril-2026-jean-francois-zygel-pianodebora-waldman-direction/

 

 

 

_______________________________________________

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

CINÉMA. « VIVALDI ET MOI » de Damiano Michieletto. Sortie le 29 avril 2026

image_pdfTélécharger (.pdf)

Le Prete Rosso au cinéma… Le metteur en scène d’opéra, Damiano Michieletto, qui confesse volontiers être inspiré par le langage musical, en particulier lyrique, le démontre clairement au grand écran en proposant à compter du 29 avril son [premier] long métrage « Vivaldi et moi« .

 

Synopsis

VENISE, début du XVIIIe siècle… l’Ospedale della Pietà recueille et forme de jeunes orphelines à la musique. Dissimulées au public, souvent masquées ou derrière une grille, les jeunes instrumentistes se produisent pour les riches mécènes de l’institution lors de concerts mémorables dont ont témoigné nombre de visiteurs [Rousseau au premier chef…] . Parmi les jeunes protégées virtuoses… Cécilia, 20 ans, y excelle en tant que violoniste. Jusqu’au jour où l’arrivée d’un nouveau maître de musique, Antonio Vivaldi, vient bousculer sa vie et celle de l’Ospedale…

 

 

 

Une chronique cinématographique vivaldienne

Aux côtés de Bach et de Haendel, Antonio Vivaldi (1678-1741) demeure la figure majeure du plein baroque [settecento / XVIII]. Célèbre à son époque, il subit une plongée dans l’oubli [après sa mort et jusqu’aux années 1970…, soit 2 siècles !] et particulier comme compositeur d’opéra, facette restituée depuis 50 ans à présent.
La recherche musicologie n’a cessé de découvrir de nouvelles partitions, précisant l’essor de son style opératique, concurrent de l’école napolitaine… Prochaine critique complète sur Classiquenews

Au cinéma le 29 avril 2026.

 

 

 

 

 

Damiano Michieletto
Outre son intérêt pour le théâtre lyrique don’t témoignent ses mises en scènes d’opéras, Damiano Michieletto s’ouvre au cinéma avec   » Vivaldi et moi « , son premier long métrage, prolongeant ainsi son exploration des liens entre musique, théâtre, image sur les scènes européennes.
Il participe aussi à la direction artistique du Festival de Caracalla, qui favorise la création.

 

 

 

Musiques du film  » Vivaldi et moi « 

Musique composée et orchestrée par Fabio Massimo Capogrosso,
Interprétée par l’Orchestre et le Chœur du Theatro la fenice
Direction : Carlo Boccadoro
Violon solo : David Romano et Daniele Orlando
Flûte traversière : Angelo Mordente
Violon Leonardo : Spined

 

 

Distribution

Tecla Insolia : Cecilia
Michele Riondino : Antonio Vivaldi
Andrea Pennacchi : Gouverneur
Fabrizia Sacchi : Prieure
Hildegard De Stefano : Laura
Cosima Centurioni : Marietta
Federica Girardello : Agnese
Rebecca Antonaci : Caterina
Chiara Sacco : Maddalena
Miko Jarry : Roi Du Danemar
Avec la participation de Valentina Bellè : Elisabetta Parolin
Et de Stefano Accorsi : Sanfermo

TEASER VIDÉO : VIVALDI ET MOI
https://youtu.be/clJE_v1vock?is=z-MdBdUljDc1y9-Y

_______________________________________

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

CRITIQUE, opéra. ZURICH, Opernhaus, le 02 avril 2026. LECLAIR : Scylla et Glaucus, C. Skerath, E. Benoit, A. Gregory, G. Blondeel… Claus Guth / Emmanuelle Haïm

image_pdfTélécharger (.pdf)

Grâce au Festival Zurich Barock, l’unique opéra du lyonnais Jean-Marie Leclair –Scylla et Glaucus – retrouve les honneurs de la scène ; il est brillamment défendu par Emmanuelle Haïm et son Concert d’Astrée, et une distribution sans faille, mais la mise en scène très gauchement décalée de Claus Guth peine à convaincre.

 

Scylla et Glaucus, tragédie lyrique en un prologue et cinq actes, n’est plus totalement inconnue, bénéficiant d’au moins quatre enregistrements discographiques, même si les versions scéniques sont assez rares, depuis la célèbre production lyonnaise de 1986 dirigée par John Eliot Gardiner. On saluera donc l’initiative de l’opéra de Zurich qui voue un certain intérêt pour le répertoire baroque (Haendel tout dernièrement, ou Eliogabalo de Cavalli dans une mise en scène ratée de Bieito). Claus Guth, qui nous avait ébloui dans le récent Il viaggio, Dante de Dusapin, reste fidèle à son obsession de la transposition, adepte d’un regietheater modéré, qui a néanmoins le mérite de la cohérence, même s’il ne nous a convaincu qu’à moitié. Comme c’est souvent le cas pour ce genre de répertoire extrêmement codé (le même problème se pose pour l’opéra seria), le prologue, musicalement superbe, passe à la trappe. Les metteurs en scène contemporains, généralement débordant d’imagination, ne savent qu’en faire et le supprime purement et simplement. L’intrigue, déjà traitée avec succès plus d’une quarantaine d’années auparavant par Teobaldo di Gatti (Scylla, 1701), conte les amours malheureuses de la nymphe des mers Scylla et de la divinité marine Glaucus, amours contrariées par la jalouse Circé qui à la fin transformera Scylla en rocher, danger suprême pour les marins imprudents qui s’y aventurent. Guth transpose l’action dans un lycée, qui porte le nom du compositeur ; les deux protagonistes sont devenus des adolescents chastement amoureux qui partageant la même classe, gravitant de manière obsédante devant la source transformée ici en ballon d’eau potable. 

Les décors contemporains de Etienne Pluss et les costumes très « british college » et aussi très colorés de Ursula Kudrna, contribuent à donner de la vigueur et à insuffler un certain dynamisme à une action qui ne l’est pas vraiment. On y voit ainsi un décor modulable, représentant tour à tour une bibliothèque bien achalandée, une salle de classe et un gymnase, dont la responsable, Circé, tente de briser le couple nouvellement constitué. Mais dans la tragédie lyrique, le statisme relatif de l’intrigue est compensé par le dynamisme pathétique des vers (l’opéra français est et reste d’abord une tragédie) et surtout par le merveilleux, ici souvent tourné en dérision (la salle riait au comportement souvent désinvolte de Circé, quand elle s’assoit en bouddha ou quand elle sort de la douche en sifflotant La vie en rose, ou encore aux minauderies au moment des danses, alors qu’il n’y a pas une once d’humour dans cet opéra). Les effets sont en outre excessivement appuyés (les coups de tonnerre à répétition qui couvrent l’orchestre et brise les tympans dans le 4e acte. La chorégraphie, assurée par Sommer Ulrikson, est d’un intérêt inégal, oscillant entre des gestes banalement adaptés au rythme de la musique (comme dans le premier menuet), la danse lascive expressionniste (dans la marche des sylvains), ou en étant carrément à contre courant du rythme (comme dans la très belle passacaille).

Heureusement, cette mise en scène, ringarde plus que d’avant-garde (ce genre de transposition pullule chez les tenants du regietheater) est brillamment compensée par une distribution de très haute volée. Dans le rôle de Scylla, Elsa Benoit impressionne par un timbre à la fois juvénile et magnifiquement projeté, ne sacrifiant jamais l’intelligibilité du texte, y compris dans le registre aigu. On a pu assister, tout au long des plus de deux heures de l’opéra, à une palette d’affects subtilement distillés. Face à la nymphe infortunée, Anthony Gregory incarne un magnifique Glaucus : sa voix à la fois précise et puissante de ténor allie une grande aisance dans les vocalises et une élégance maîtrisée dans la déclamation, doublée d’une présence scénique qui constamment fait mouche. La soprano belgo-suisse Chiara Skerath campe une Circé dynamique, très expressive, grâce à une voix charnue, aussi à l’aise dans le médium que dans le registre aigu (avec parfois quelques défauts de justesse quand son chant se transforme en cri dans l’acte des Enfers). Elle parvient cependant à offrir elle aussi une palette de sentiments, de la plainte déchirante à la fureur ardente. Les seconds rôles sont brillamment défendus, notamment Témire, la suivante de Scylla, par l’impeccable Gwendoline Blondeel, à la ligne de chant parfaitement homogène, frisant l’épure, sans renoncer pour autant à une certaine véhémence expressive. C’est le cas aussi de Jehanne Amzal qui prête à Dorine sa voix superbement étoffée, à l’émission franche et aux aigus cristallins. Une mention spéciale pour les chœurs de la Zürcher-Sing-Akademie, d’une qualité exceptionnelle, puissants et toujours précis, d’une diction sans faille.

Dans la fosse, légèrement surélevée, Emmanuelle Haïm dirige Le Concert d’Astrée des grands jours : netteté, homogénéité, équilibre remarquable des pupitres, c’est à un véritable dialogue dramatique avec les voix auquel on assiste ; par sa direction toujours alerte, magnifiée par un grand sens du théâtre, elle met en valeur, dès la brillante ouverture, puis dans les nombreuses danses qui ponctuent la partition, le génie de l’orchestration qu’était Jean-Marie Leclair. Au final, une production qui se laisse voir sans déplaisir, avec un peu de frustration tout de même, mais qui vaut surtout pour sa musique, chef-d’œuvre incontesté du genre.

 

 

____________________________________
CRITIQUE, opéra. ZURICH, Opernhaus, le 02 avril 2026. Leclair : Scylla et Glaucus, C. Skerath, E. Benoit, A. Gregory, G. Blondeel… Claus Guth / Emmanuelle Haïm. Crédit photographique (c) Monika Ritterhaus

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

CRITIQUE, festival. PERPIGNAN, 40e Festival de Musique Sacrée (Eglise des Dominicains), le 2 avril 2026. BACH / VIVALDI. Floriane Hasler (mezzo), Le Caravansérail, Bertrand Cuiller (direction)

image_pdfTélécharger (.pdf)

Quarante ans de ferveur, de découvertes et de dialogue entre le sacré et le beau : le Festival de Musique Sacrée de Perpignan célèbre son anniversaire sous le signe d’un mot choisi comme un manifeste : « Allégresse ». Et c’est précisément cette joie profonde, méditative mais vibrante, qui a saisi l’auditoire le 2 avril en l’Église des Dominicains. Sous la voûte austère et lumineuse du magnifique édifice gothique, Bertrand Cuiller et son ensemble Le Caravansérail, rejoints par la mezzo-soprano française Floriane Hasler, ont offert un programme sobrement intitulé « Vers la Paix » – un chemin de musique où chaque pièce semblait une étape vers une sérénité conquise.

 

Plutôt que d’aligner les pages les plus célèbres de la musique religieuse baroque, Cuiller a choisi d’« encadrer » deux Cantates (pour alto) de J. S. Bach – les BWV 169 et 170 – par deux éclats vivaldiens. D’abord, le Printemps issu des Quatre Saisons d’Antonio Vivaldi confié à l’archet solaire de Vadym Makarenko. Loin de la simple carte postale, son violon a déployé une énergie presque liturgique : les oiseaux virtuoses du premier mouvement, la douceur pastorale du second, la danse finale d’une précision grisante. Makarenko jouait de son instrument avec une allégresse contagieuse qui a réchauffé la pierre froide des Dominicains. Un peu plus tard, l’Adagio du Concerto pour violoncelle en sol mineur RV 416 par Emmanuel Jacques. Rarement un mouvement lent n’aura paru si dépouillé et si habité. Le violoncelle d’Emmanuel Jacques, grave et chantant, semblait venir d’un autre âge, d’une autre rive – un adagio où chaque note suspendait le temps. Dans la pénombre de l’église, on entendait les respirations retenues.

La première des deux Cantates de Jean-Sébastien Bach, la BWV 170, « Vergnügte Ruh, beliebte Seelenlust » (« Paix réjouie, doux plaisir de l’âme« ), a confirmé cette symbiose. Dès l’air d’ouverture, Floriane Hasler a déployé un legato d’une douceur infinie, porté par un orchestre où chaque intervention soliste (hautbois, violon, alto) devenait un commentaire amoureux du texte. L’allégresse promise par le festival n’était pas une gaieté bruyante, mais cette joie grave et lumineuse que seule la musique de Bach peut donner quand elle est servie par de tels artistes. Le contrepoint de Bertrand Cuiller placé à l’orgue positif, toujours au service du sens, laissait respirer chaque mot, chaque silence.

La BWV 169, Gott soll allein mein Herze haben (« Dieu seul doit avoir mon cœur« ), ouvrit un espace d’intimité bouleversante. L’Ensemble Le Caravansérail a déployé une transparence rare : bois chaleureux, cordes précises, un orchestre qui respire comme un seul homme. Mais c’est Floriane Hasler qui a littéralement illuminé la soirée. Son timbre, d’une rondeur et d’une clarté accomplies, a su rendre l’abandon confiant du texte. Dans l’arioso initial puis dans le célèbre « Stirb in mir » (« Meurs en moi, monde troublé »), sa voix semblait épouser les voûtes, ni trop d’apparat ni trop d’effusion – juste la vérité nue de Bach.

En trois mots : intelligence, beauté, paix. Bertrand Cuiller confirme qu’il est l’un des plus fins architectes du baroque européen. Le Caravansérail, formation modèle de complicité, a trouvé en Floriane Hasler une égale – voix de miel et de gravité. Et Vadym Makarenko et Emmanuel Jacques, chacun dans son éclat, ont rappelé que le chemin vers la paix passe aussi par la lumière de l’été vivaldien et les larmes d’un adagio. Perpignan, pour ses 40 ans, n’aurait pu rêver plus belle offrande. Allégresse, oui. Mais une allégresse qui sait d’où elle vient et où elle mène : vers la paix.

 

___________________________________
CRITIQUE, festival. PERPIGNAN, 4e Festival de Musique Sacrée (Eglise des Dominicains), le 2 avril 2026. BACH / VIVALDI. Floriane Hasler (mezzo), Le Caravansérail, Bertrand Cuiller (direction). Crédit photographique (c) Michel Aguilar / Festival de Musique Sacrée de Perpignan

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

PARIS, Salle Gaveau. Récital Natacha Kudritskaya : Couperin, ven 10 avril 2026. Chants d’oiseaux, piano et théâtre d’ombre…

image_pdfTélécharger (.pdf)

Récital événement ce 10 avril à Paris…
Son premier album Rameau (2012) l’avait déjà distinguée ; s’ensuivit en 2016, le programme « Nocturnes » (chez DG Deustche Grammophon) également distingué par classiquenews : la pianiste ukrainienne Natacha Kudritskaya a enregistré un nouvel album à paraître au printemps 2026, aussi personnel et original, associant l’écriture de François Couperin (1668-1733) et en filigrane, les chants d’oiseaux…

 

Le concert annoncé est aussi un Théâtre d’ombres avec la marionnettiste Leslie Laugero dont la féerie visuelle, projetée sur scène, propose un écho poétique aux pièces jouées au piano.

 

Récital de piano : François Couperin
NATACHA KUDRITSKAYA
PARIS, Salle Gaveau
Vendredi 10 avril 2026, 20h
Réservez vos places directement sur le site de la Salle Gaveau : https://sallegaveau.com/event-pro/natacha-kudritskaya-piano/
____________________________________________
En lire plus, ENTRETIEN avec la pianiste Natacha Kudritskaya:
https://www.classiquenews.com/entretien-avec-la-pianiste-ukrainienne-natacha-kudritskaya-a-propos-de-son-nouvel-album-dedie-a-francois-couperin/

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

ORCHESTRE LAMOUREUX. PARIS, Théâtre Déjazet : 18 & 19 avril 2026. MALEVOLO et l’oiseau qui fait venir le jour…

image_pdfTélécharger (.pdf)

Ce concert spectacle qui est un conte musical fait découvrir la musique symphonique et concertante aux enfants à partir de 5 ans. Écrit et conté sur scène par Yanowski, le spectacle permet aux instrumentistes de l’Orchestre Lamoureux de jouer de nombreux extraits du répertoire (5-6 minutes maximum par extrait), choisis en adéquation avec les événements du conte, complétant chansons et compositions de Yanowski.

 

Malevolo et l’oiseau qui fait venir le jour est une expérience immersive, où l’orchestre fusionne avec un récit féérique ; Yanowski y incarne le narrateur et le personnage de Malevolo. Le violoniste et comédien Hugues Borsarello, accompagné par l’acrobate aérienne Ines Valarcher, complètent l’équipe artistique au sein d’une performance visuelle et auditive, mise en scène par Emmanuel Touchard.

VENISE, 1715… Alors que s’apprêtent forains et camelots venus des quatre coins du monde dans la Cità merveilleuse, Malevolo, cupide marchand d’oiseaux, rêve de capturer L’Uccelino, un oiseau légendaire dont le chant miraculeux est capable de faire venir le jour en pleine nuit. Seul un jeune violoniste muet, artiste dans un cirque ambulant, détient le secret du chant de l’oiseau. Le spectacle explore la beauté, la musique, la créativité comme antidote à l’avidité.

A travers l’épopée fantastique et musicale de Mavolo et du violoniste muet, Yanowski sensibilise les spectateurs aux enjeux environnementaux ; il invite les générations futures à embrasser la beauté, la musique, la créativité comme forces salvatrices.

_____________________________________________

Les 18 et 19 avril 2026 – PARIS, Théâtre Dejazet

RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’Orchestre Lamoureux :
https://orchestrelamoureux.com/saison-2025-26/
_____________________________________________

 

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

CRITIQUE, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 31 mars 2026. MOZART / RAVEL / RACHMANINOV. Martha ARGERICH et Dong HYEK LIM (pianos)

image_pdfTélécharger (.pdf)

Chaque venue de Martha Argerich à Toulouse est un triomphe. Son éternelle jeunesse subjugue. Son jeu souple, félin et facétieux ensorcèle. En véritable Déesse de la Musique, elle a bénéficié d’une standing ovation en fin de concert. Le duo qu’elle forme avec le jeune pianiste coréen Dong Hyek Lim est bien rodé. Il faut dire que les deux pianistes se sont surpassés. Ils se connaissent très bien et leurs qualités se mutualisent.

 

Au terme d’un récital généreux, devant le succès obtenu ils ont donné deux bis. Cela a formé plutôt une troisième partie de concert car le deuxième bis a été la magnifique Fantaisie de Schubert en fa mineur pour 4 mains. La première partie a offert la Sonate pour 2 pianos de Mozart et l’adaptation de La Valse de Ravel pour 4 mains. En deuxième partie, les trois terribles Danses symphoniques de Rachmaninov avec des difficultés rythmiques incroyables. Nos deux pianistes n’ont fait qu’une bouchée des pièges de ces trois œuvres. La virtuosité et la vivacité rythmique des deux pianistes est égale. Ce serait déjà en soi un miracle mais il faut rajouter le charisme de Martha Argerich qui irradie.

Si dans Mozart un petit déséquilibre s’est parfois fait percevoir, cela n’a rien enlevé au charme de cette magnifique interprétation du chef d’œuvre mozartien. Martha Argerich a un jeu d’une souplesse incroyable, ses traits sont vifs et ses nuances exquises. Son partenaire au premier piano est solaire, plein de force et joue un piano victorieux plus extraverti. Ce jeu moins nuancé, moins souple et plus solide, a par moment créé un petit décalage de musicalité. C’est dans le deuxième mouvement, moins virtuose que l’accord a été parfaitement trouvé. La Valse de Ravel avec Martha au premier piano a été d’une osmose rythmique sidérante, avec des couleurs, des nuances et des phrasés d’une rare subtilité. Partition dont l’effet grisant orchestral a été parfaitement rendu sous des mains si musicales. En deuxième partie, les Danses symphoniques de Rachmaninov (dans cette version audacieuse à deux pianos de la main du compositeur) ont monté d’un cran dans la virtuosité. Le jeu a été vibrant, les couleurs ont explosé et les nuances sont devenues fulminantes.

La joie de partager cette musique avec le public a été d’une force communicative. Le succès retentissant a permis d’obtenir un premier bis. Une adaptation à 4 mains d’un choral de Bach a été d‘une poésie totale. Puis, on n’osera pas le qualifier de bis tant cela représente une troisième partie de programme : la Fantaisie pour 4 mains de Schubert a été l’œuvre la plus parfaite de la soirée. Ainsi des absolus chefs d’œuvres ont encadré la soirée : la Sonate de Mozart à 2 pianos et la Fantaisie de Schubert à 4 Mains. Nos deux artistes musiciens nous ont offert une soirée rare de partage musical. La standing ovation spontanée n’a été qu’une évidence devant tant de générosité. Une nouvelle soirée inoubliable grâce aux Grands Interprètes.

 

 

__________________________________________
CRITIQUE, concert. TOULOUSE, Halle-aux-Grains, le 31 mars 2026. MOZART / RAVEL / RACHMANINOV. Martha ARGERICH et Dong HYEK LIM (pianos). Crédit photographique (c) Hubert Stoecklin

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

CRITIQUE, festival. 13e Festival de Pâques d’Aix-en-Provence (Conservatoire Darius Milhaud), le 30 mars 2026. Récital de Yulianna ANDEEVA (piano)

image_pdfTélécharger (.pdf)

Dans le cadre sobre et précieux de l’Auditorium du Conservatoire Darius Milhaud, le 13e festival d’Aix-en-Provence offrait l’une de ses soirées les plus attendues : le récital de la pianiste moscovite Yulianna Andeeva. Attendue, l’artiste l’était, mais elle a dépassé toute attente pour livrer un moment de musique d’une intensité rare, gravé dans les mémoires comme un événement.

 

Dés la première pièce, la Fantaisie chromatique et fugue en ré mineur de J. S. Bach, le ton est donné : Andeeva ne « joue » pas Bach, elle le respire… et le déploie dans un équilibre vertigineux entre rigueur architecturale et liberté du geste. Le chromatisme tourmenté de la fantaisie s’est élevé avec une éloquence presque théâtrale, avant que la fugue ne s’impose comme une cathédrale de voix entrelacées. D’une clarté sans sécheresse, son toucher a su rendre hommage à l’orgue, tout en restant infiniment pianistique.

Puis vint le choc Franz Liszt. Programmer ces œuvres de la dernière manière – Bagatelle sans tonalité, Csárdás macabre, Unstern ! – relève d’une audace que peu de pianistes osent. Andeeva, elle, y plonge comme en eaux troubles. La Bagatelle a claqué comme une énigme moderniste, prophétique, avec des accents qui semblaient annoncer le XXe siècle le plus radical. Le Csárdás macabre a déchaîné une danse grotesque et virtuose, où l’ironie noire le disputait à la transe. Quant à Unstern ! – Sinistre, l’atmosphère glacée, ces accords suspendus dans le vide, ces réminiscences funèbres : Andeeva a su créer un espace-temps suspendu, presque insoutenable, avant de nous offrir, en contrepoint lumineux, la Légende de Saint François de Paule marchant sur les flots. Là, son jeu s’est fait liquide, incandescent, avec des vagues perlées sous les doigts – un véritable miracle de toucher, comme si le piano lui-même s’élevait au-dessus de l’abîme.

Après l’entracte, autre univers, autre défi : les 24 Préludes op. 28 de Frédéric Chopin,  Beaucoup les jouent comme une collection de miniatures. Yulianna Andeeva en a fait un seul et même souffle, un arc tragique allant de l’éclair en ré majeur à la marche funèbre du si mineur final. Chaque prélude a trouvé son caractère propre, sans jamais briser la continuité secrète de l’œuvre. On retiendra la tendresse désolée du mi mineur, la rage contenue du sol mineur, l’extase lumineuse du ré bémol majeur, et surtout cette façon unique de faire chanter la ligne mélodique comme un violoncelle dans les pages les plus lentes. Le public, suspendu, n’a osé applaudir qu’après le dernier accord, tombé comme une pierre dans l’eau noire.

 

____________________________________________
CRITIQUE, festival. 13e Festival de Pâques d’Aix-en-Provence (Conservatoire Darius Milhaud), le 30 mars 2026. Récital de Yulianna ANDEEVA (piano). Crédit photographique (c) Caroline Doutre

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)

ENTRETIEN avec la pianiste ukrainienne Natacha KUDRITSKAYA, à propos de son nouvel album dédié à François Couperin

image_pdfTélécharger (.pdf)

Natacha Kudritskaya a vécu le déracinement, les effets d’une migration obligée, sa mère d’adoption en France, d’origine espagnole (Catalogne) ayant fui elle aussi, la dictature de Franco. Dans l’exil contraint, la reconstruction est nécessaire et la musique y contribue, en relation étroite avec son pays d’accueil : la France. Voilà qui explique ce supplément d’âme qui parcourt ses lectures et son approche du clavier. Le choix de Couperin souligne un fort tempérament, conquérant, assumé, souhaitant dans un face à face inspirant, construire sa propre sonorité… Engagée, sensible au Vivant et aux oiseaux, la pianiste sensibilise sur la destruction des écosystèmes et la migration des oiseaux, contraints eux aussi par la guerre. Connectée aux vibrations de la Planète et de la Nature, l’artiste évoque le programme de son nouvel album qui sur les traces de François Couperin nous parle de migration, d’oiseaux, de dépassement salvateur…

 

___________________________________
Photo © Lola Hakimian

 

 

 

 

 

CLASSIQUENEWS : Quelle relation entretenez-vous avec la France ? Quel est votre regard sur les Français et que vous ont-ils apporté ?

NATACHA KUDRITSKAYA : La France est un véritable pays d’adoption pour moi. Je suis arrivée toute petite là première fois, à 8 ans, dans une famille d’accueil à Châlon-sur-Saône. Ce sont des gens exceptionnels qui ont ouvert leur porte à une enfant inconnue, l’ont accueilli pendant 8 ans d’affilée, lors des vacances d’été. J’ai appris le français avec eux, la cuisine française et la cuisine catalane, d’où était originaire ma maman d’adoption, Solange, elle-même arrivée en France étant enfant à la suite de la politique dictatoriale de Franco, que fuyaient ses parents.

Si on y regarde de plus près les « immigrés » sont partout ! Ils m’emmenaient en vacances à Bourg-Saint-Maurice, à Barcelonette ou à Pra Loup … ; m’ont fait découvrir et aimer le théâtre avec le festival de « Châlon dans la rue », m’ont initié aux grands classiques du cinéma français et nous avons célébré la victoire de 1998 ensemble dans une exaltation généralisée. Ils m’ont permis d’imaginer un autre avenir .
Quand un étranger est accueilli de cette manière, il développe naturellement une relation forte avec son pays d’accueil. Je n’ai jamais senti que je devais choisir. Tout s’est fait naturellement. Je suis venue faire mes études à Paris à 19 ans.
Je suis fille d’un prêtre orthodoxe mais vivre dans un pays laïque me semble être du bon sens. J’ai laissé dans mes souvenirs la musique soviétique ; j’avais envie d’apprendre et comprendre la musique française.
Ma conscience politique s’est forgée dans les valeurs républicaines françaises et je vis la vie politique ukrainienne d’une manière habitée, avec beaucoup d’espoir car je sais que c’est un pays qui a son avenir en Europe. Les révolutions de Maidan étaient pour moi des vrais leçons de vie.

 

CLASSIQUENEWS : Pourquoi avoir choisi ce programme de musique baroque ? Pourquoi Couperin précisément ?

NATACHA KUDRITSKAYA : J’explore la musique baroque car c’est une musique qui a libéré mon audace et imagination. Le fait de la jouer au piano m’a permis de couper le cordon avec les professeurs. Les pianistes ne savaient pas l’enseigner, les clavecinistes ne voulaient pas me l’enseigner.
Je me suis retrouvée enfin seule face à l’auteur. Et ce temps était précieux. Pour un jeune musicien, l’apprentissage à travailler seul est un moment délicat. Toute votre vie, il y a quelqu’un qui « sait » comment il faut jouer ; aussi, se retrouver seul est extrêmement déroutant, au début. Le face à face avec la partition a été le révélateur de beaucoup de choses. Enfin j’écoutais avec mes propres oreilles et non pas à travers celles de mes professeurs. Je décidais en pleine conscience de comment j’avais envie que ça sonne !

 

CLASSIQUENEWS : Qu’apporte l’approche au piano par rapport au clavecin ?

NATACHA KUDRITSKAYA : La multiplication des possibilités. Ce qui ne rend pas forcément les choses plus simples, bien au contraire. La musique de clavecin était pensée pour cet instrument . Elle est parfaite sur cet instrument. Au piano, on est obligé de réinventer et inventer des nouvelles manières de jeu. Parfois se retenir, parfois pousser beaucoup plus loin, puisque la technique du piano le permet. Essayer de reproduire le son du clavecin sur le piano serait absurde.
Paradoxalement, je trouve que le piano perd en puissance face au clavecin. Les pièces triomphantes sonnent avec beaucoup plus de puissance et de mordant sur le clavecin alors que sur le piano l’articulation s’avère particulièrement exigeante dans une texture dense et par le fait que le son raisonne et que cela devient vite de la bouillie.
On a l’avantage au piano d’imaginer des sonorités différentes alors qu’au clavecin, on doit maîtriser l’articulation et l’extension du temps à la perfection.

 

CLASSIQUENEWS : Quelle serait la dramaturgie de ce nouvel album ? Quel parcours avez-vous souhaité proposer à l’auditeur ? Y a t il un plan pilotant l’ordre et la succession des pièces ainsi enregistrées ? Quel en est le sens général ?

NATACHA KUDRITSKAYA : J’ai construit l’album en évitant les danses traditionnelles de la suite, à part les rondeaux et en privilégiant les pièces binaires, les pièces de caractère, car c’est un langage plus accessible, ressemblant plus au discours moderne, telles les chansons.

Je voulais éviter de copier le clavecin mais trouver des pièces qui sonnent naturellement sur l’instrument moderne.J’ai un peu inventé ma propre succession de pièces avec un lien harmonique et une dramaturgie du discours … ainsi les pièces qui sortent du discours général sont présentées à part pour les mettre en exergue justement.

 

CLASSIQUENEWS : Avez-vous une ou deux pièces de prédilection ? Pour quelles raisons ?

NATACHA KUDRITSKAYA : Les Barricades Mystérieuses est en effet une œuvre vraiment étonnante je trouve. Et à part. Elle perd de sa valeur si on essaye de la reproduire avec le même tempo et la même allure qui lui vont si bien au clavecin. Toute cette polyphonie sonne plus étirée sur le piano moderne et le tempo s’élargit naturellement. Un gouffre du temps s’installe dans lequel on est bien. On aurait envie de jouer ce refrain à l’infini.

 

CLASSIQUENEWS : A travers le thème des oiseaux, vous évoquez les déplacements et les vols migratoires. En quoi ces thèmes vous touchent-ils ?

NATACHA KUDRITSKAYA : C’est d’actualité, mais quand on y pense, ça l’a toujours été. Ce n’est pas un phénomène et il n’est pas nouveau. Les oiseaux migrent maintenant non seulement pour des raisons de nutrition mais de plus en plus à cause de l’activité humaine qui leur est néfaste. Ce qui devient presque un pléonasme. On produit = on détruit .
Il faudrait qu’on arrête un jour de voir la terre comme un puit sans fond de potentielles « ressources ».
Je parle des industries mais aussi des géants commerciaux qui détruisent les lieux de vie, l’écosystème, les sites de reproduction d’un nombre stupéfiant d’espèces animales. Les oiseaux migrent pour des raisons climatiques, à cause des catastrophes environnementales et des guerres… tout comme l’être humain.
Tout le vivant migre, on ne peut l’empêcher. Mais on peut l’accueillir, créer des endroits d’hospitalité, pour les humains comme pour les oiseaux. Car le fait de ne pas les voir ne résout pas le problème. On ne fait pas assez attention ni aux hommes en détresse ni au vivant autour de nous de manière générale. Nous sommes tellement coupés de ce vivant dans nos jungles de pierres. C’est sur ces sujets que travaille Leslie Laugero, artiste plasticienne, qui a créé le théâtre d’ombres qui a été filmé par Benoit Lahoz et sera projeté lors du concert à la Salle Gaveau le 10 avril prochain.

 

CLASSIQUENEWS : Une anecdote, un souvenir qui reste emblématique de l’enregistrement de cet album Couperin ?

NATACHA KUDRITSKAYA : Nous avons enregistré dans l’ancienne ferme de Villefavard, qui a été réaménagée en auditorium avec une excellente acoustique. D’habitude le seul inconvénient de ce lieu d’enregistrement, … sont les oiseaux qui viennent se poser sur le toit de la grange. Ils discutent, communiquent se promènent et à l’enregistrement ça ne le fait pas ..  Pour ce disque où les oiseaux allaient être le fil conducteur justement, j’espérai leur présence pour les laisser sur la bande son ! Ben, rien du tout . Il faisait un temps à ne pas mettre le bec dehors. Particulièrement froid pour le mois de septembre. Nous avons eu beau nous promener avec les micros aux alentours et prendre les poses de 1,2,3 soleil .. décidément ils n’en avaient rien à faire de mon enregistrement cette fois-ci !

 

Propos recueillis en mars 2026

 

 

concert & cd

LIRE aussi notre annonce présentation du CD événement : COUPERIN / Natacha Kudritskaya, piano (1 cd 10001 Notes) : https://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-couperin-natacha-kudritskaya-piano-1-cd-10001-notes/

 

Son premier album Rameau (2012) l’avait déjà distinguée ; s’ensuivit en 2016, le programme « Nocturnes » (chez DG Deustche Grammophon) également distingué par classiquenews : la pianiste ukrainienne Natacha Kudritskaya a enregistré un nouvel album à paraître au printemps 2026, aussi personnel et original, associant l’écriture de François Couperin (1668-1733) et en filigrane, les chants d’oiseaux.

CD événement annonce. COUPERIN / Natacha Kudritskaya, piano (1 cd 10001 Notes)

 

 

 

 

 

Natacha Kudrtiskaya en concert

Vendredi 10 avril 2026
PARIS, Salle Gaveau – Récital COUPERIN

Le concert annoncé est aussi un Théâtre d’ombres avec la marionnettiste Leslie Laugero dont la féerie visuelle, projetée sur scène, propose un écho poétique aux pièces jouées au piano.

Réservez vos places directement sur le site de la Salle Gaveau : https://sallegaveau.com/event-pro/natacha-kudritskaya-piano/

 

Programme Couperin repris à
LIMOGES, mardi 5 mai 2026
REIMS, mercredi 24 juin 2026 : Flâneries musicales de Reims avec l’Orchestre symphonique national d’Ukraine – Concerto de Mozart (cadences écrites par Oleg Bezborodko, compositeur et professeur à l’Académie nationale de musique d’Ukraine)
REIMS, jeudi 25 juin 2026 : Flâneries musicales de Reims – Récital Couperin
LIMOGES, dimanche 19 juillet : Festival 1001 notes – Récital Couperin

______________________________________________

image_pdfTélécharger (.pdf)

CRITIQUE, festival. 13e Festival de Pâques d’Aix-en-Provence (GTP), le 29 mars 2026. VERDI : Requiem. Choeur et Orchestre de l’Opéra de Zurich, Gianandrea Noseda (direction)

image_pdfTélécharger (.pdf)

Pour sa 13ème édition, qui se tient du 28 mars au 12 avril, le Festival de Pâques d’Aix-en-Provence a choisi l’option du souffle court mais de l’impact maximal pour sa deuxième soirée (après un concert réunissant l’Orchestre national de Lille, Joshua Weilerstein et Renaud Capuçon la veille en ouverture). En conviant les forces vives de l’Opéra de Zurich — chœur et orchestre réunis — sous la baguette de leur directeur musical, Gianandrea Noseda, le festival provençal a frappé un grand coup. Le Requiem de Giuseppe Verdi résonnait comme un choix évident, presque vital : un monument d’ombre et de lumière, de terreur et de consolation, qui a trouvé dans l’acoustique du Grand-Théâtre de Provence un écrin à la mesure de sa démesure sacrée.

 

Dès les premières mesures, ce Requiem a imposé sa singularité. Loin d’une lecture compassée ou trop solennellement religieuse, l’excellent Gianandrea Noseda a livré une interprétation d’une tension dramatique exceptionnelle, fidèle à sa réputation de bâtisseur d’arcs sonores à la fois architecturaux et incandescents. Le chef italien a sculpté l’œuvre comme un opéra sacré où le chœur tient le rôle du protagoniste absolu. On a rarement entendu le Dies irae frapper avec une telle violence orchestrale, une telle précision militaire dans la terreur, avant de plonger dans des pianissimi d’une fragilité presque palpable dans les supplications du Liber scriptus ou du Lacrymosa.

Le Chœur de l’Opéra de Zurich (40 hommes et 40 femmes !), superbement préparé par Janko Kastelic, s’est révélé être un véritable mur de voix, capable du meilleur : une puissance tellurique dans les grands tableaux du Jugement dernier, mais aussi une homogénéité et une douceur confondantes dans les passages les plus méditatifs. Face à eux, l’Orchestre de l’Opéra de Zurich s’est montré à la hauteur de cette partition qui transforme la fosse en volcan. Les cordes graves, d’une noirceur magnétique, les cuivres éclatants et ce bois soliste qui a su faire pleurer l’Agnus Dei ont servi avec une ferveur communicative la vision de Noseda.

Le plateau de solistes, réuni pour l’occasion, n’a pas démérité dans ce contexte de haute exigence. Si l’on retient l’homogénéité d’un quatuor où chaque voix semblait calibrée pour s’insérer dans le tissu orchestral sans jamais le dominer artificiellement, c’est bien dans les arias solistes que l’émotion a culminé. La basse russe Alexander Vinogradov a déployé un Mors stupebit d’une autorité sombre, tandis que la mezzo-soprano polonaise Agnieszka Rehlis, véritable colonne vertébrale de l’œuvre, a offert un Lux aeterna d’une ligne de chant d’une pureté sidérante. La prestation du ténor maltais Joseph Calleja a laissé une impression plus contrastée. Attendu avec une légitime curiosité dans le célébrissime Ingemisco, il a fait entendre un timbre que l’on sait reconnaissable entre tous – cette matière solaire, presque latine, qui a fait sa légende – mais dont l’éclat a paru (ce soir) émoussé dans l’aigu. Là où l’on espérait une ascension radieuse vers le sommet de la phrase, on a perçu quelques tensions, une projection moins assurée, comme si la voix peinait à franchir pleinement la ligne de crête avec son aisance légendaire (méforme passagère ?…). Heureusement, la magnifique soprano lettone Marina Rebeka a, elle, hautement et fièrement relevé le défi du Libera me final – avec une vaillance et une intensité tragique qui a littéralement suspendu le temps, répondant en miroir à l’angoisse initiale du Requiem aeternam.

Le festival, qui se poursuit jusqu’au 12 avril avec une programmation mêlant grandes œuvres symphoniques et récitals intimes, aura du mal à égaler l’intensité tellurique de cette ouverture. Mais après une telle démonstration de force et de spiritualité mêlées, on ne peut qu’attendre la suite avec une impatience décuplée !…

 

 

__________________________________
CRITIQUE, festival. 13e Festival de Pâques d’Aix-en-Provence, le 29 mars 2026. VERDI : Requiem. Choeur et Orchestre de l’Opéra de Zurich, Gianandrea Noseda (direction). crédit photographique (c) Caroline Doutre
image_pdfTélécharger (.pdf)

ORCHESTRE NATIONAL DU CAPITOLE DE TOULOUSE, sam 18 avril 2026. Song Aa Park | Lalo | Debussy. Marie-Elisabeth Hecker (violoncelle), Kazuki Yamada (direction)

image_pdfTélécharger (.pdf)

Le chef Kazuki Yamada (actuel directeur musical du Philharmonique de Monte-Carlo) met en lumière la pièce « Sa-Ii (Gap of the Time) » (pièce lauréate du prix « Unanimes ! » 2024) en ouverture de ce programme prometteur. S’invitent ensuite deux partitions françaises, autres défis majeurs pour l’orchestre et répertoire fétiche du maestro japonais : il a joué quasiment toutes les oeuvres symphoniques et concertantes de Saint-Saëns avec le Philharmonique de Monte-Carlo.

_____________________________________________
Photo : Kazuki Yamada © Marco Borggreve

 

 

Tout d’abord, de Lalo (lillois d’origine espagnole), plus connu aujourd’hui pour sa Symphonie espagnole (1875), le Concerto pour violoncelle (en ré mineur, créé en 1877) : véritable partition éclatante et selon le compositeur lui-même, somptueux « coup de soleil dans la musique française », (cf l’Andantino en sol majeur de son Intermezzo central), d’autant plus éblouissant sous l’archet de la violoncelliste Marie-Elisabeth Hecker, l’une des plus jeunes lauréates du prix Rostropovitch. C’est comme élève du violoncelliste Baumann que Lalo au Conservatoire de Lille se dédia définitivement à la musique, obtenant son Premier Prix de violon en 1838, à … 15 ans).

De son côté, Claude Debussy, grand admirateur de son aîné Lalo, compose dans Images, un triptyque symphonique (forme privilégiée comme l’attestent aussi La Mer ou Nocturnes, autres triptyques symphoniques). Images, célèbre la vitalité onirique (et rythmique) des différents folklores, dont Iberia (créé par Gabriel Pierné en 1910), splendide plongée en Espagne qui en est le volet le plus célèbre (avec raison), en particulier admirée de Ravel, ému jusqu’aux larmes…

 

 

____________________________
Song Aa Park | Lalo | Debussy
ORCHESTRE NATIONAL DU CAPITOLE DE TOULOUSE
Kazuki Yamada / Marie-Elisabeth Hecker
Samedi 18 avril 2026, 20h
TOULOUSE, Halle aux grains
Durée : 1h20
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’Orchestre National du Capitole de Toulouse : https://onct.toulouse.fr/kazuki-yamada-marie-elisabeth-hecker/
Kazuki Yamada, direction
Marie-Elisabeth Hecker, violoncelle

 

programme

Song Aa Park : Sa-li (Gap of the Time)
Édouard Lalo : Concerto pour violoncelle
Claude Debussy : Images

 

 

________________________________________________

 

 

image_pdfTélécharger (.pdf)