CRITIQUE, festival. ISTANBUL : 15ème Festival d’Opéra et de Ballet d’Istanbul, Atatürk Kültür Merkezi (Opéra d’Istanbul), le 12 juin 2024. Carl ORFF : Carmina Burana (version chorégraphique). Choeur, Orchestre et Ballet de l’Opéra National d’Istanbul / Tolga Atlay Ün (direction).

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.

Étrenné avec une version scénique de Der Fliegende Höllander de Richard Wagner, le 15ème Festival d’Opéra et de Ballet d’Istanbul s’est achevé, le 14 juin, par un Concours de Ballet doublé d’un Gala réunissant certaines Étoiles des plus grandes maisons de ballet du monde – soit un jour après la clôture (avec un récital de Khatia Buniatishvili, nous y reviendrons…) de l’autre grand festival stambouliote qu’est le Festival de Musique d’Istanbul (qui fêtait, lui, sa 52ème édition…). Les 11 et 12 mai, c’est à une version chorégraphique de la célèbre Cantate scénique Carmina Burana de Carl Orff que le public stambouliote était convié, celui-ci étant venu en masse (les deux dates affichaient complets depuis long…) dans la superbe grande salle de l’Atartük Kültür Merkezy (Centre Culturel Atatürk), sis sur la non moins célèbre Place Taksim, le coeur battant de la mégalopole turque (avec ses 15 millions d’habitants). 

 

 

Le festival, dirigé par Tan Sagtürk (Directeur général et artistique de toutes les maisons d’opéra et festivals lyriques “nationaux” de Turquie), n’a pas lésiné sur les moyens pour en mettre plein les yeux (et les oreilles) du public (le spectacle a vocation à tourner dans les grands festivals d’été en Turquie type Bodrum, Ephèse ou encore Aspendos), avec une pléthorique équipe artistique comprenant – en plus du Choeur, de l’Orchestre et du Ballet de l’Opéra National d’Istanbul (plus un choeur et un ballet d’enfants) dirigé ce soir par le chef turc Tolga Atalay Ün – deux metteurs en scène (Volkan Ersoy et Sunal Savaskurt), 5 chorégraphes (Deniz Özaydin, Berk Saribay, Özgür Adam Inanç, Alper Marangoz et Fehrat Günes), Fehrat Karabaya à la scénographie, Olcay Engin Kaymaz aux costumes et enfin Buhran Sezer aux lumières !

Toutes les installations techniques de la principale scène lyrique d’Istanbul sont mises à contribution, et ce que l’on voit est tout simplement spectaculaire, avec une scène tournante et les tuyaux du sofito (le plafond à barreaux fait pour permettre aux décors de se déplacer sur la scène) qui se voient ici attribuer une place centrale en se mouvant en tout sens pour former un flot ininterrompu d’images saisissantes, comme des vagues mouvantes, tandis que les danseurs “performent” en contrebas, dans des lumières vives toujours changeantes, souvent rougeoyantes ou bleutées. Le résultat est un vrai show à l’américaine (ou plutôt alla turca !), où l’on ne sait où donner des yeux et de l’oreille, avec ses choeurs, ses danseurs, et ses solistes (danseurs ou chanteurs) qui s’entrecroisent/s’entremêlent non-stop pendant les 1h15 que dure la cantate du compositeur allemand, écrit pour la scène mais pas (spécifiquement) pour un ballet.   

Lequel, ici, enchaîne les figures acrobatiques, les gestes saccadés, les sauts, les portés audacieux, et autres roulés, censés illustrer les mots de la Cantate de Carl Orff. Dans les variations infinies de gestes, dans les courses effrénées, dans les changements fréquents de pas, de figures, de pirouettes, les ensembles sont impressionnants d’énergie et d’engagement. Peu ou pas d’interruptions, de temps laissé à la poésie d’un corps s’évadant dans l’espace, car c’est tout le corps de ballet qui est continûment en scène et ensemble, hors lors d’interventions du choeur (qui se meut également en tout point du vaste plateau de l’AKM), ou des solistes qui affichent rien moins que le grand baryton italien Simone Piazzola (en guest star), mais la soprano colarature turque Nazli Deniz Süren n’a pas à pâlir devant son confrère, avec ses aigus cristallins, tandis que le ténor turc Ufut Toker offre une voix vaillante et bien projetée (et ce d’autant plus facilement que les trois solistes sont “sonorisés”). Les 24 chants qui composent Carmina Burana (à partir de poèmes et textes dramatiques des XIe, XIIe et XIIIe siècles) sont non seulement servis par un plateau vocal de belle tenue, mais aussi par une remarquable prestation du chœur (pleine d’homogénéité et de musicalité), évidemment au centre de la partition, et un orchestre au sommet de sa forme (avec notamment un pupitre de flûtes de très haut niveau). 

Un spectacle longuement plébiscité par le public stambouliote – et dont on est personnellement sorti abasourdi !

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CRITIQUE, ballet. ISTANBUL, Atatürk Kültür Merkezi (Opéra d’Istanbul), le 12 mai 2024. Carl ORFF : Carmina Burana (version chorégraphique). Choeur, Orchestre et Ballet de l’Opéra National d’Istanbul / Tolga Atlay Ün (direction). Photos (c) DR.

 

 VIDEO : Extrait de « Carmina Burana » à l’AKM d’Istanbul

 

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