mercredi 14 octobre 2026

OPÉRA ORCHESTRE NORMANDIE ROUEN. TCHAÏKOVSKY : Iolanta, les 5 et 7 mars 2026. Mané Galoyan, Thomas Lehman, Bogdan Volkov… Ben Glassberg (version de concert)

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Une jeune princesse aveugle, Iolanta, protégée du monde par son père, vit recluse dans un jardin magique. Doit-on lui dire qu’elle est aveugle ? Pour autant, préservée et solitaire, l’héroïne doit-elle être écartée de tout amour ? De l’ombre à la pleine lumière… Sa rencontre avec un jeune homme (le Chevalier Vaudémont) promet une métamorphose imprévue… et l’accomplissement de son destin.

 

 

 

D’un orientalisme fraternel voire humaniste, Iolanta (1892) est le dernier trésor lyrique livré par Tchaikovsky ; il est pourtant rarement joué sur scène. A Rouen, en version de concert, le spectacle révèle toute sa pureté musicale et émotionnelle. « Princesse du silence et des parfums », Iolanta, séquestrée, isolée, ignore tout du monde, jusqu’à sa propre cécité. Mais le temps de l’action est celui d’un miracle… quand elle rencontre l’amour, s’émeut, découvre tout un monde nouveau.

A la fois fantaisiste, fantastique, féerique, l’ouvrage relève d’une sublime parcours initiatique ; il inspire à Piotr Illiytch, l’une de ses plus belles musique : airs, duos, mais aussi chœurs enivrés et d’une rare beauté…
Dans cette version de concert, orchestre, chœur, solistes sans mise en scène déploient les seules ressources de la divine musique. Sous la baguette du chef Ben Glassberg dont c’est le dernier spectacle lyrique comme directeur musical, une distribution très convaincante devait exprimer chaque profil psychologique avec la finesse et la profondeur requises : Iolanta évidemment, princesse vouée à l’ombre, promise à la lumière ; Vaudémont, le libérateur ; le médecin maure Ibn-Hakia, le guérisseur imprévu…

Une heure quarante de musique envoûtante « où l’âme de Tchaïkovsky se livre dans toute sa sensibilité ».

 

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ROUEN, Théâtre des Arts
Piotr Ilitch Tchaïkovsky : Iolanta
Jeudi 5 mars 2026 à 20h
Samedi 7 mars 2026 à 18h
Opéra en un acte
Livret de Modeste Tchaïkovsky
Créé à Saint-Pétersbourg en 1892
Durée : 1h40, sans entracte
en russe surtitré en français
ROUEN, Théâtre des Arts
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site de l’Opéra Orchestre  Normandie Rouen : https://www.operaorchestrenormandierouen.fr/programmation/iolanta-tchaikovsky/

 

 

distribution

Direction musicale : Ben Glassberg

Iolanta : Mané Galoyan
René : Ilia Kazakov
Robert : Vladislav Chizhov
Comte Godefroy de Vaudémont : Bogdan Volkov
Ibn Hakia : Thomas Lehman
Alméric: Maciej Kwaśnikowski
Bertrand :Nicolas Legoux
Martha : Lucile Richardot
Brigitta : Lise Nougier
Laura : Anne-Lise Polchlopek

Orchestre de l’Opéra Normandie Rouen
Chœur accentus / Opéra Orchestre Normandie Rouen

Concert enregistré par France Musique pour diffusion prochaine. Puis disponible en streaming sur le site de France Musique et l’appli Radio France.

 

Autour du spectacle / introduction à l’œuvre / Opéra, Théâtre des Arts
jeu 05 mars 19h / sam 07 mars 18h (Gilets vibrants)

 

 

 

 

entretien avec Ben Glassberg

Ben Glassberg. Opéra de Rouen Normandie. 18/01/2025. Photo Caroline Doutre
A l’occasion des deux représentations de Iolanta de Piotr Ilitch Tchaikovsky (en version de concert, les 5 puis 7 mars 2026), le chef Ben Glassberg précise sa propre vision de l’ouvrage ; il évoque aussi les défis spécifiques que doit relever les musiciens… c’est ainsi le dernier opéra qu’il propose comme directeur musical de l’Opéra Orchestre Normandie Rouen… LIRE notre entretien ici
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Photo portrait de Ben Glassberg © Caroline Doutre

 

 

 

 

approfondir

De fille séquestrée, infantilisée, elle devient femme désirable et conquise… A la suite de Tatiana d’Eugène Onéguine, Iolanta doit d’abord prendre conscience de sa cécité avant de trouver son identité, diriger son destin, devenir elle-même. La qualité et la richesse des mélodies qui se succèdent intensifient le drame, conçu en un seul acte sur le livret du frère de Piotr Illiych, Modeste. L’ouverture et la mise en avant des instruments à vents (chant plaintif et vénéneux, presque énigmatique du hautbois et du cor anglais, accompagné par les bassons et les cors…), cette aspiration échevelée aux couleurs et résonances de l’étrange réalisant une immersion dans un monde féerique et fantastique mais intensément psychologique (l’ouverture a été très critiquée par Rimsky), la figure du docteur maure Ebn Hakia (baryton), rare incursion d’un orientalisme concédé (beaucoup plus flamboyant chez les autres compositeurs russes comme Rimsky), la concentration de la musique sur la vie intérieure des protagonistes, l’absence des chœurs, tout l’itinéraire de la jeune fille aux résonances psychanalytiques, des ténèbres à l’éblouissement positif final-, fondent l’originalité du dernier opéra de Tchaïkovski : comme l’expérience d’un passage, de l’enfance aveugle à l’âge adulte (pleinement conscient), Iolanta est un huis clos où s’exprime le mouvement de la psyché d’une jeune femme à l’esprit ardent, tenue (par son père le roi René) à l’écart du monde.
Après la mort de Tchaïkovski (1893), Mahler assure la création allemande de Iolanta (Hambourg). L’oeuvre plus applaudie que Casse Noisette à sa création russe (Saint-Pétersbourg en 1892), traverse l’oublie jusqu’en 1940 quand la cantatrice russe Galina Vichnievskaïa, affirme et la figure captivante du personnage d’Iolanta, et la magie symphonique d’un opéra à redécouvrir. Car tout Tchaïkovski et le meilleur de son inspiration se concentrent dans Iolanta, véritable miniature psychologique. Et fait rare chez le compositeur de la Symphonie « tragique », le drame se finit bien.

L’INTRIGUE de Iolanta. L’Opéra Iolanta est en un acte et 9 tableaux. Alors que le Roi René tient à l’écart du monde, sa propre fille Iolanta, aveugle, absente à sa propre infirmité, le médecin maure Ebn Hakia (baryton) annonce que la jeune princesse doit prendre conscience de son handicap pour s’en détacher et peut-être en guérir…le Roi trop possessif demeure indécis mais le comte Vaudémont (ténor), tombé amoureux de Iolanta, lui apprend la lumière et l’amour : Iolanta, consciente désormais de ce qu’elle est, peut découvrir le monde et vivre sa vie. La jeune femme tenue cloîtrée, fait l’expérience de la maturité : en se détachant du joug paternel, elle s’émancipe enfin.
LIRE notre dossier Iolanta de Tchaikovsky : https://www.classiquenews.com/iolanta-a-lopera-de-tours/

 

 

LIRE aussi notre critique du cd IOLANTA / TCHAIKOVSKY avec Anna Netrebko (fév 2015) :

En jouant sur l’imbrication très raffinée de la voix de la soliste et des instruments surtout bois et vents (clarinette, hautbois, basson) et vents (cors), Tchaïkovski excelle dans l’expression profondes des aspirations secrètes d’une âme sensible, fragile, déterminée : un profil d’héroïne idéal, qui répond totalement au caractère radical du compositeur. Toute la musique de Tchaïkovski (52 ans) exprime la volonté de se défaire d’un secret, de rompre une malédiction… La voix corsée, intensément colorée de la soprano, la richesse de ses harmoniques offrent l’épaisseur au rôle-titre, ses aspirations désirantes : un personnage conçu pour elle. Voilà qui renoue avec la réussite pleine et entière de ses récentes prises de rôles verdiennes (Leonora du trouvère, Lady Macbeth) et fait oublier son erreur straussienne (Quatre derniers lieder de Richard Strauss).
L’interprétation de la diva convainc de bout en bout… D’abord dans le tableau féminin, d’ouverture, celui de Iolanta et de sa suite : la langueur démunie, rêveuse mais insatisfaite d’âmes cloîtrées se précise. Puis, introduit par une fanfare de cor noble vagement cynégétique, paraissent les hommes ; ainsi s’accomplit la rencontre de Iolanta avec celui qui va la sauver Vaudémont (Sergey Skorokhodov), grâce auquel la princesse aveugle osant affronter le risque et l’inconnu, se défait seule de l’aveuglement qui la contraint depuis sa naissance… Le rôle du médecin est lui aussi parfaitement tenu. Aucune faute de distribution en général sauf pour la basse Vitalij Kowaljow qui fait un Roi René un rien droit, placide et épais sans guère de trouble…

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