mardi 3 novembre 2026

CRITIQUE, danse. MONTPELLIER, 36ème Printemps des Comédiens (Théâtre du Hangar), le 27 mai 2022. « LoveMe » par Marina OTERO

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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Dans le sillage électrisant de FuckMe (créé en 2020), l’audace de la chorégraphe argentine Marina Otero n’a pas désarmé. Dix jours seulement après le choc que nous avons vécu en assistant au premier volet de son (futur) triptyque – au Teatro Rivoli de Porto –, le 36ème Printemps des Comédiens de Montpellier présentait à son tour le second volet (en création française) de la saga imaginée par Marina Otero : LoveMe ! Si la première pièce était une délégation flamboyante de son désir à cinq corps masculins, LoveMe opère un retour à l’essence même de l’artiste : un face-à-face avec elle-même, d’une nudité artistique presque entière.

 

Là où FuckMe résonnait encore comme une mise en scène burlesque du corps empêché, LoveMe se présente comme l’aboutissement d’une introspection radicale. Co-écrit avec son complice Martín Flores Cárdenas, le spectacle abandonne la fureur collective pour un dispositif minimaliste : un simple siège à roulettes et un écran de projection. C’est tout l’arsenal scénique mis au service d’une présence absolue. Assise devant le public, Marina Otero livre une accumulation de sensations anxieuses, brutes, sans filet. Le spectacle, par essence toujours en cours, repose entièrement sur la puissance magnétique de son interprétation, loin de tout script préétabli.

 

 

Cette épure minimaliste est un pari osé, brillamment relevé par la performeuse. Sur ce plateau nu, elle transforme le « je » en un acte d’abandon total à l’autre. La question du corps, centrale dans son œuvre, y est abordée non plus comme un objet d’exhibition, mais comme une œuvre en perpétuel devenir. La suite n’est que surprises, profondément ancrées dans les préoccupations qui fondent son travail. L’artiste intègre avec une maestria troublante les concepts de provocation, de violence, de mort et de mémoire, créant un espace de communion intense avec le public.

Au Teatro Rivoli, l’atmosphère était chargée d’une incroyable émotion. Le public a assisté à une performance où la frontière entre la vie et l’art s’est définitivement estompée. En osant ce retour à l’essentiel, Marina Otero a confirmé son statut d’icône inclassable de la scène contemporaine. LoveMe n’est pas une simple suite ; c’est un acte de foi en la puissance du direct, une preuve éclatante que le corps, même diminué ou exposé sans artifice, peut être le vecteur d’une des formes d’art les plus vibrantes et les plus sincères qui soient.

 

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CRITIQUE, danse. MONTPELLIER, 36ème Printemps des Comédiens (Théâtre du Hangar), le 27 mai 2022. « LoveMe » par Marina OTERO. Crédit photographique (c) Angelo Magio

 

 

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