vendredi 9 octobre 2026

CRITIQUE, opéra. TOURS, Grand-Théâtre, le 1er février 2026. MOZART : L’Enlèvement au sérail (en VF). F. Valiquette, G. Blondeel, M. Vidal, E. de Hys, P. Bolleire… Michel Fau / Alizé Léhon

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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Dans un choix artistique audacieux et révélateur, l’Opéra de Tours met à son affiche « L’Enlèvement au sérail » dans la langue de Molière, redonnant toute sa fraîcheur et son intelligibilité immédiate à l’œuvre de W. A. Mozart. Cette décision, portée par une équipe artistique au sommet de son art, a transformé la soirée en une célébration vibrante et profondément accessible du génie mozartien.

 

Cette production, fruit d’une coproduction entre l’Opéra Royal de Versailles et l’Opéra de Tours Centre-Val de Loire, a fait le pari brillant de la version française historique. Chanter la partition mozartienne dans notre langue a décuplé l’impact comique et dramatique, permettant à chaque nuance des dialogues parlés et à chaque mot des airs de toucher directement le cœur des spectateurs. Sous la direction toujours éclairée et brillante du metteur en scène et comédien Michel Fau, lui-même extraordinaire dans le rôle parlé du Pacha Sélim, et la baguette énergique de la jeune cheffe Alizé Léhon, cette version francophone s’est imposée comme une évidence joyeuse et a obtenu un véritable triomphe auprès du public tourangeau !

Le choix du français a permis aux six interprètes de déployer une présence scénique et une expressivité vocale d’une rare puissance, chaque mot étant porté avec une clarté et une intention parfaites. La soprano québecoise Florie Valiquette (Konstanze) a transcendé l’air périlleux « Tourments, tourments de toute espèce ! » (« Martern aller Arten »). Sa performance, alliant une agilité technique vertigineuse à une diction cristalline, a fait de ce numéro un sommet dramatique et vocal où chaque souffrance était palpable. De son côté, Mathias Vidal (Belmonte) a insufflé une noblesse touchante à son personnage. Dans l’air « Ô combien est vive l’alarme » (« O wie ängstlich »), son timbre de ténor clair et son phrasé élégant ont parfaitement exprimé l’anxiété amoureuse, rendue plus immédiate encore par la langue française. La soprano wallone Gwendoline Blondeel (Blonde), en servante anglaise espiègle et déterminée, a brillé dans son air « Par un tendre et doux sourire », apportant une vivacité et un mordant qui annonçaient déjà la future Susanna. Sa joute verbale avec Osmin dans le duo « Je pars, mais je te le conseille » a été un morceau de bravoure comique. Le bondissant et agile Enguerrand de Hys (Pedrillo) a captivé par sa ruse et son énergie. Sa romance de l’Acte III, « Au doux son des guitares », chantée avec une simplicité et une justesse émouvantes, a suspendu le temps dans le Grand-Théâtre. Patrick Bolleire (Osmin) a magistralement incarné la colère bouffonne du gardien. Son air « Ces gueux, ces fripons par la faim conduits » (« Solche hergelaufne Laffen »), servi par une basse tonitruante et une articulation parfaite, a déclenché des rires sonores, chaque injure portant à merveille. Enfin, Michel Fau, dans le rôle parlé de Pacha Sélim a fait montre de son art de la diction et du sous-texte, trouvant dans ce personnage haut en couleurs un terrain de jeu idéal. Chaque réplique, chaque silence pesait d’un poids dramatique immense. Sa décision finale de clémence, exprimée dans un français d’une noble sobriété, a été le point d’orgue émotionnel de la soirée.

Le même Michel Fau qui a donc signé une mise en scène élégante et fluide, situant l’action dans un Orient de fantaisie du XVIIIᵉ siècle. Les dialogues, loin d’être des interludes, sont devenus de véritables scènes de théâtre, menant avec justesse aux numéros chantés. Et les décors d’Antoine Fontaine, de même que les costumes de David Belugou, ont offert un écrin visuel raffiné à cette comédie humaine.

En fosse, Alizé Léhon a dirigé l’Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire/Tours avec une énergie et unetransparencequi ont servi la voix avant tout. Dès l’ouverture aux couleurs « turques », son sens du rythme et des équilibres a créé un écrin parfait pour les chanteurs. Elle a veillé avec une attention constante à ce que l’orchestre soutienne sans couvrir, permettant à chaque syllabe du texte français d’être entendue. Cette synergie entre la fosse et la scène a été la clé de voûte du succès de cette version chantée.

Ce choix du français n’est pas anodin. Il s’inscrit dans la tradition des représentations en langue vernaculaire qui a longtemps permis au plus grand nombre d’accéder aux œuvres lyriques. En optant pour la traduction historique de Pierre-Louis Moline (celle-là même qui fut utilisée de son vivant), la production a redonné ses lettres de noblesse à une version trop souvent ignorée, révélant combien la langue française, avec ses rythmes et ses sonorités, épouse magnifiquement la musique de Mozart. Le triomphe unanime du public de Tours est venu récompenser cette audace, qui est avant tout une leçon de théâtre musical et un pur bonheur partagé..

 

 

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CRITIQUE, opéra. TOURS, Grand-Théâtre, le 1er février 2026. MOZART : L’Enlèvement au sérail (en VF). F. Valiquette, G. Blondeel, M. Vidal, E. de Hys, P. Bolleire… Michel Fau / Alizé Léhon. Crédit photographique (c) Marie Pétry
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