samedi 10 octobre 2026

CRITIQUE, concert. LYON, Salle Molière, le 4 février 2026. Récital pianistique de Joseph MOOG (Beethoven / Chopin / Debussy / Liszt)

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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iuufifuIl est des soirées où l’air même semble chargé d’électricité, où chaque silence suspendu précède une déflagration de beauté. Ce mercredi 4 février 2026, la Salle Molière de Lyon a vécu l’une de ces nuits d’exception, offerte par l’institution « Piano à Lyon«  (et son directeur artistique Jérôme Chabannes). Dans l’écrin historique du Palais Bondy, baigné par l’atmosphère des quais de Saône, le jeune et prodigieux pianiste allemand Joseph Moog a livré un récital de haute volée, couronné par une ovation debout d’un public lyonnais conquis.

 

La prestigieuse saison 25 / 26 de « Piano à Lyon », réputée pour son audace et son exigence, a une fois de plus frappé fort en accueillant ce jeune artiste déjà célébré. Considéré comme l’un des interprètes les plus intéressants de sa génération, Joseph Moog a montré pourquoi sa réputation le précède sur toutes les grandes scènes mondiales, du Wigmore Hall de Londres au Concertgebouw d’Amsterdam.

Le programme, savamment construit et très « éclectique », était un voyage à travers l’histoire du piano, exigeant une maîtrise technique absolue et une profondeur d’interprétation rare. Le voyage a commencé par les orages et les élans lyriques de la Sonate « Pathétique » de Ludwig van Beethoven, dont Moog a restitué toute la puissance dramatique avec une clarté de propos saisissante. Puis, l’univers de Frédéric Chopin a pris vie sous ses doigts : la fierté noble de la Polonaise op. 26 n°1, la rêverie introspective du Nocturne op. 15 n°2, et enfin le tourbillon démoniaque du Scherzo n°1 op. 20 ont démontré une palette expressive d’une finesse extrême. La première partie s’est achevée dans l’éblouissement avec « L’Isle joyeuse » de Claude Debussy, une pièce où les jeux de lumière et de rythme ont trouvé en Moog un interprète idéal, capable de peindre avec les sons.

La seconde partie, entièrement dédiée à Franz Liszt, a été le terrain de jeu de sa virtuosité phénoménale. De la « La Leggierezza », étude de concert exigeant une légèreté aérienne, à la fougue de la Polonaise n°1, le pianiste a navigué avec une aisance déconcertante. Puis vint le cœur poétique du récital : les Sonnets de Pétrarque (47, 104, 123). Dans ces extraits des Années de pèlerinage, Moog a transcendé la technique pour atteindre une spiritualité et un lyrisme bouleversants, faisant véritablement chanter le piano. Le voyage italien s’est conclu en apothéose avec « Venezia e Napoli ». La mélancolie de la Gondoliera, la chanson populaire de la Canzone et la frénésie irrésistible de la Tarentella finale ont transporté l’auditoire des canaux vénitiens aux fêtes napolitaines, dans un final d’une énergie et d’une précision vertigineuses.

Face à un public debout, acclamant chaleureusement, Joseph Moog est revenu devant son Steinway, affable et souriant, pour offrir pas moins de… 5 bis ! Dans un français parfait, il a présenté une transcription « toute personnelle » de « It’s Wonderful » de George Gershwin, un clin d’œil jazzy et raffiné qui a ravi l’assistance, mais la vraie surprise fut le premier bis, une pièce du compositeur Charles-Valentin Alkan, maître du romantisme virtuose, et l’un de ces petits trésors cachés que Moog aime à exhumer… mais il a poursuivi, devant les enthousiastes rappels du public lyonnais, avec des pièces de Schumann, Rachmaninov et enfin Scarlatti… éclectique et généreux on vous dit !…

Cette soirée résumait parfaitement l’art de Joseph Moog : une virtuosité transcendante mise au service d’une musicalité profonde et d’une curiosité insatiable. Sa capacité à passer de l’intimité la plus fragile à la puissance la plus spectaculaire, sans jamais sacrifier la clarté du propos, a offert une expérience pianistique totale. Le public lyonnais, exigeant et connaisseur, lui a réservé un accueil triomphal, reconnaissant en lui l’un des grands pianistes de notre temps.

Et cet événement majeur ouvre la voie à une série de concerts tout aussi exceptionnels dans le cadre de la Saison 25/26 de « Piano à Lyon« , durant laquelle les mélomanes lyonnais auront le privilège d’entendre (par exemple, et d’ici la fin de la saison…) : le britannique Benjamin Grosvenor, à la poésie et à l’élégance reconnues mondialement, ou l’argentine Martha Argerich, légende vivante du piano, dont chaque apparition est un événement, ou encore le jeune phénomène russe Alexander Malofeev, qui fascine la planète musicale par sa maturité et son talent flamboyant. Ces concerts prestigieux se tiendront tantôt dans l’intimité acoustique de la Salle Molière, tantôt sur la grande scène de l’Opéra de Lyon, poursuivant la mission d’excellence de l’institution culturelle lyonnaise dirigée par l’infatigable défricheur de talents qu’est Jérôme Chabannes !…

 

 

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CRITIQUE, concert. LYON, Salle Molière, le 4 février 2026. Récital pianistique de Joseph MOOG (Beethoven / Chopin / Debussy / Liszt). Crédit photographique (c) Emmanuel Andrieu

 

 

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