dimanche 11 octobre 2026
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CRITIQUE, festival. 17e VARIATIONS MUSICALES DE TANNAY (Suisse), Tente du Château de Tannay, le 21 août 2026. DVORAK / RACHMANINOV / CHOSTAKOVITCH. David KADOUCH (piano), Edgar MOREAU (violoncelle)

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Sous la Tente du Château de Tannay, ce vendredi 21 août, s’est tenu le concert d’ouverture tant attendu des 17e Variations Musicales de Tannay. Une soirée placée sous le signe de l’amitié musicale et de l’excellence, avec le retour tant applaudi de deux artistes qui ne sont plus à présenter (à commencer dans cette même ville de Tannay, où les deux compères se sont produit à de multiples reprises) : le violoncelliste prodige Edgar Moreau et le pianiste virtuose David Kadouch. Leur complicité, forgée au fil de plus de dix années de scène et d’enregistrements communs, a une fois de plus opéré sa magie pour le plus grand bonheur d’un public conquis d’avance, sous une tente pleine à craquer.

 

Avant de plonger dans ce programme slave d’une indéniable force émotionnelle, il convient de saluer la vision artistique de ce festival. Depuis l’an passé, c’est le célèbre violoniste albanais Tedi Papavrami qui insuffle une nouvelle dynamique à ces rendez-vous musicaux lémaniques. Son empreinte, faite d’exigence intellectuelle et de passion communicative, se fait déjà sentir – et cette ouverture en est la plus éclatante démonstration.

Le duo Moreau-Kadouch a offert un véritable voyage au cœur de l’âme romantique et tourmentée de l’Europe de l’Est, un programme intitulé à juste titre « Chants et confidences ». La soirée s’est néanmoins ouverte dans le climat chaud et dansant des Sept mélodies tziganes op. 55 n° 4 d’Antonin Dvořák. Ici, le violoncelle de Moreau s’est fait tour à tour langoureux et fougueux, capturant à la perfection l’esprit libre et mélancolique des chants populaires. La complicité entre les deux hommes était à son comble, Kadouch l’accompagnant avec un sens aigu du rythme et de la couleur, comme pour esquisser une danse sous les étoiles. Puis retour à la douceur, presque en apesanteur, grâce la Mélodie pour violoncelle et piano en sol mineur op. 21 n° 9 de Sergueï Rachmaninov. D’emblée, la complicité des deux artistes a enveloppé la tente. David Kadouch, dont le toucher est d’une subtilité infinie, a tissé un écrin délicat autour du violoncelle, tandis qu’Edgar Moreau déployait un chant d’une pureté et d’une nostalgie poignantes. Une confidence murmurée qui a suspendu le temps… et qui a sonné le temps de l’entracte !

 

 

Après les collations d’usage (entre deux averses…), le premier sommet de la soirée fut atteint avec la Sonate pour violoncelle et piano en sol mineur op. 19 de Rachmaninov. Œuvre massive et architecturée, écrite en 1901 au sortir d’une période de profonde dépression créatrice, elle est un défi d’envergure. Le duo l’a abordée avec une grande maestria. Dans le Lento – Allegro moderato initial, la puissance et la finesse d’Edgar Moreau ont éclaté, son jeu tour à tour héroïque et d’une fragilité déchirante, porté par un piano d’une richesse orchestrale. David Kadouch n’a pas été un simple accompagnateur, mais un partenaire de poids, rivalisant de virtuosité dans les cascades de notes qui font la particularité de cette sonate, sans jamais éclipser le lyrisme du violoncelle. L’Andante fut un moment de pur ravissement, un échange à voix nue où les respirations des deux musiciens ne faisaient qu’un, avant le Finale endiablé. Puis, la soirée s’est achevée en apothéose avec la Sonate pour violoncelle et piano en ré mineur op. 40 de Chostakovitch, composée en 1934. Œuvre aux multiples facettes, elle navigue entre ironie mordante, lyrisme désolé et énergie frénétique. Edgar Moreau, son violoncelle vibrant d’une chaleur presque humaine, et David Kadouch ont su incarner toute l’ambivalence de cette musique. Le Largo, notamment, fut un moment d’une beauté saisissante, une méditation à la fois déchirante et magnifique, annonçant déjà l’univers des grands quatuors du compositeur. Le finale, burlesque et pétillant de malice, a conclu cette fresque en beauté, laissant le public sous le choc de tant d’émotion et de virtuosité.

Après l’apothéose de la Sonate de Chostakovitch et alors que le public, transporté, ne cessait de manifester (bruyamment) son enthousiasme, Edgar Moreau et David Kadouch ont réservé une ultime surprise. De retour sur scène, ils ont offert en bis d’abord une transcription (à eux) de la célèbre Valse n° 2 de Chostakovitch, mais surtout un second bis qui n’avait rien du simple « supplément », mais bien d’une révélation : le mouvement lent de la Sonate pour violoncelle et piano de Rita Strohl, intitulé « Solitude ». Composée en 1887 et publiée une décennie plus tard sous le sous-titre de « Rêverie », cette pièce est une « romance sans parole » d’une pureté et d’une élégie absolues. Le choix de ce morceau, véritable pépite du répertoire français longtemps oublié, a immédiatement scellé l’intensité du moment. Jouée en rappel, ils ont partagé une découverte, exhumant un trésor du répertoire avec une complicité et une sensibilité qui ont touché chaque spectateur au plus profond. Ce fut l’ultime preuve de leur maîtrise et de leur amour du partage, une fin de concert inoubliable !…

Bref, une soirée mémorable, qui confirme que les Variations Musicales de Tannay, sous la houlette avisée de Tedi Papavrami, restent un incontournable de l’été musical suisse.

 

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CRITIQUE, festival. 17e VARIATIONS MUSICALES DE TANNAY (Suisse), Tente du Château de Tannay, le 21 août 2026. DVORAK / RACHMANINOV / CHOSTAKOVITCH. David KADOUCH (piano), Edgar MOREAU (violoncelle). Crédit photographique (c) Nassissi

 

 

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CRITIQUE, festival. ROSSINI OPERA FESTIVAL 2026, Teatro Rossini, le 19 août 2026 (à 11h). ROSSINI : Il Viaggio a Reims. Emilio SAGI / Sieva BORZAK

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Au Rossini Opera Festival, Il Viaggio a Reims tient moins, en réalité, d’une production au sens ordinaire que d’un rite de passage annuel, ce moment de chaque mois d’août où la promotion sortante de l’Accademia Rossiniana « Alberto Zedda » se trouve présentée au monde lyrique tout entier.

 

L’événement s’est déroulé au Teatro Rossini, dans la production désormais vénérable qu’Emilio Sagi a créée en 2001 et que Matteo Anselmi a reprise cette année encore, avec un soin réel et sans esbroufe. Je le dis en tant que spectateur ayant également assisté, cette même année, aux reprises de La Scala di seta et de L’Occasione fa il ladro : cette représentation d’étudiants m’a paru tout aussi réjouissante que ces deux farces déjà bien établies au répertoire.

Ce qui m’a véritablement saisi, et cela s’est produit presque dès la première entrée, c’est la richesse et l’agilité insoupçonnées de voix sorties d’interprètes si jeunes. Tout a commencé au moment où le médecin de l’hôtel a ouvert la bouche pour chanter, avec une résonance et une profondeur qui semblaient presque démentir l’âge de celui qui les produisait ; a suivi alors, en peu de temps, une voix fraîche et souple après l’autre, chacune paraissant plus assurée que la précédente. On sait, dans l’abstrait, que l’Accademia existe précisément pour repérer et polir des talents de cette trempe ; mais il en va tout autrement de s’asseoir au Teatro Rossini et d’entendre ce phénomène se produire en temps réel, voix après voix arrivant déjà pleinement formées, ou presque, chez des interprètes qui ne comptent guère plus de quelques années hors du conservatoire.

 

Ce qui a frappé par-dessus tout, à l’écoute de la seconde distribution le 19 août, c’est le caractère résolument international de cette promotion de l’Accademia, un constat que l’on ressentait dans la salle avant même de le confirmer au programme. Des sopranos venues du Kazakhstan et de Croatie ont côtoyé deux chanteuses japonaises ; les rangs des mezzo-sopranos ont puisé au Canada comme aux États-Unis ; les ténors et barytons ont fait appel à la Chine, à la Corée du Sud et de nouveau au Japon, aux côtés d’un solide noyau de jeunes chanteurs italiens sans lesquels, on l’imagine, aucun ensemble rossinien digne de ce nom ne saurait vraiment tenir. C’est là, lorsqu’on y songe plutôt que de le prendre pour acquis, une chose véritablement remarquable : qu’une institution fondée pour préserver et transmettre une tradition de chant spécifiquement italienne recrute aujourd’hui ses talents les plus prometteurs aux quatre coins du globe. Cela en dit long, tant sur le rayonnement que l‘Accademia s’est patiemment bâti en près de quatre décennies que sur l’attrait résolument sans frontières de ce répertoire : une œuvre aussi profondément, aussi ouvertement italienne dans ses ressorts comiques s’est trouvée ici défendue, avec une telle conviction, par une distribution rassemblée sur trois continents.

Sous la baguette de Sieva Borzak, l’Orchestra Filarmonica Gioachino Rossini a livré une lecture agile et soignée, particulièrement attentive au détail des timbres, pour un résultat vif et rythmiquement tendu tout au long de la soirée, la direction s’est distinguée surtout par sa vitalité dans les grands ensembles finaux, où l’ensemble de la troupe semblait véritablement prendre plaisir à jouer.

Aucune de ces observations ne concerne, en définitive, telle ou telle prestation isolée, si séduisantes que plusieurs d’entre elles se soient révélées ; il s’agit plutôt de ce que cette vitrine annuelle accomplit pour les élèves de l’Accademia et, par extension, pour la santé même de ce répertoire. Une douzaine de jeunes chanteurs venus d’autant de coins du monde, réunis pour quelques semaines seulement et sommés de maîtriser non seulement les notes mais le rythme, la comédie physique et l’assurance stylistique que cette œuvre exige, avant d’être livrés devant un public de Pesaro nombreux et réputé exigeant : voilà une formation d’une rigueur et d’une visibilité que bien peu d’institutions offrent ailleurs à leurs élèves, et qui continue, à en juger par cette soirée, de produire des résultats que plus d’une compagnie pleinement professionnelle envieraient.

 

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CRITIQUE, festival. ROSSINI OPERA FESTIVAL 2026, Teatro Rossini, le 19 août 2026. ROSSINI : Il Viaggio a Reims. Emilio SAGI / Sieva BORZAK. Crédit photo (c) Rossini Opera Festival

 

 

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CRITIQUE, festival. ROSSINI OPERA FESTIVAL 2026, Teatro Rossini, le 20 août 2026. ROSSINI : L’Occasione fa il Ladro. M. Amati, D. Mizzi, D. Monaco… Jean-Pierre Ponnelle / Alessandro Bonato

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Le Rossini Opera Festival de Pesaro retrouve, pour cette reprise de L’Occasione fa il ladro, l’une de ses productions les plus fidèles : celle que Jean-Pierre Ponnelle avait imaginée en 1987 et que le festival ne cesse, depuis, de faire revivre. Sonja Frisell en assure cette année la reprise, avec un soin qui ne trahit jamais l’esprit de l’original.

 

Tout part d’une valise. Sur ce simple objet, Ponnelle construit un dispositif d’une grande intelligence : décor dans le décor, univers qui se déploie puis se replie devant le public au fil de la représentation. Le procédé séduit toujours par sa fraîcheur, quarante ans après sa création. Le plateau conserve aussi, avec un plaisir non dissimulé, quelques archaïsmes savoureux : une machine à tonnerre bien réelle, un bâton frappé contre le plancher pour figurer les coups à la porte, et cette petite troupe de machinistes que l’on retrouve, à juste titre, saluant elle aussi en fin de soirée.

Le procédé rappelle, par un curieux jeu d’échos, une production désormais ancienne du Welsh National Opera : un Barbiere di Siviglia monté comme une pièce donnée sur une place de village, les rideaux en guise de décor, les habitants eux-mêmes assis en scène pour observer l’action. La scène dans la scène n’a rien d’un procédé neuf ; mais celui de Ponnelle possède une force particulière, car il ne se contente pas d’habiller la farce, il en épouse le sujet même. L’Occasione fa il ladro raconte l’identité dissimulée, l’invention de soi ; l’opéra, par nature, procède de la même fiction, chanteurs et public consentant, le temps d’une soirée, à la même illusion partagée.

 

 

Une coïncidence mérite d’être relevée : cette production galloise fut le tout premier ouvrage dirigé par Carlo Rizzi pour le Welsh National Opera, en mars 1990. Or Rizzi dirige justement à Pesaro, cet été, la nouvelle production du Siège de Corinthe. On aimerait savoir s’il a lui-même assisté à cette reprise, et s’il y a retrouvé, dans l’univers de valises de Ponnelle, un lointain écho de ses tout premiers pas de chef, à Cardiff…

L’ouvrage rassemble, en une heure et demie, tout ce que Rossini affectionne : l’orage inaugural qui lance la machine comique, les ensembles de stupeur où chaque personnage se fige, deux airs pour l’héroïne plutôt qu’un seul, ce plaisir constant du brouillage social où l’aristocrate se fait passer pour un domestique et réciproquement, avant que l’ordre ne se rétablisse au dernier rideau. La production ne cède jamais à la routine : l’énergie et l’esprit de la troupe emportent chaque numéro avec une vivacité de tous les instants.

La distribution, entièrement composée de jeunes chanteurs, impose d’emblée son unité. Damiana Mizzi campe une Berenice au chant chaleureux, d’une aisance totale dans les exigences de la partition ; son jeu porte une malice constante, celle d’un personnage seul à mesurer, avec lucidité, l’ampleur du jeu qui se noue autour d’elle. Matteo Mancini prête à Don Parmenione une présence physique généreuse et un abandon comique réjouissant, construisant avec soin la panique grandissante du personnage. Dave Monaco offre au Conte Alberto une élégance naturelle, sans jamais forcer le trait du jeune premier. Martiniana Antonie compose une Ernestina pleine de charme malicieux, présence constante même dans les scènes où l’intrigue la relègue au second plan. De son côté, le Martino de Giuseppe Toia mérite une attention particulière : le personnage synthétise, à lui seul, toute une généalogie de valets d’opéra. On y reconnaît le futur Figaro rossinien du Barbiere, ce plaisir de mener le jeu depuis le rang le plus modeste ; l’héritage mozartien affleure aussi, entre le Figaro des Nozze et la complicité trouble d’un Leporello. Toia réunit ces trois ascendances dans un jeu d’une lassitude amusée du plus bel effet, celui d’un homme qui a déjà tout vu et qui s’en amuse encore. Manuel Amati, enfin, dispose du rôle le plus modeste de la distribution, Don Eusebio, et en tire pourtant l’un des meilleurs effets comiques de la soirée : gestuelle nerveuse, sens du silence parfaitement calculé, une véritable leçon d’économie théâtrale.

 

 

Le dénouement, où l’enfant noble égaré retrouve in extremis son rang, évoquera aux amateurs le mécanisme familier de Gilbert et Sullivan, quoique avec une morsure sociale bien moindre que chez les maîtres victoriens. Ensemble, ces six chanteurs forment une troupe véritablement soudée, où chacun conserve sa personnalité propre sans jamais compromettre la cohésion générale. En fosse, Alessandro Bonato accompagne cette énergie avec une légèreté constante, sans jamais laisser le rire distancer la musique.

N’ayant jamais vu cette production de Ponnelle dans ses versions précédentes, il serait présomptueux d’attribuer à cette distribution ce qui relève, peut-être, d’une direction scénique fidèlement transmise depuis 1987. On retiendra, en tout cas, une soirée pleinement vivante, portée par des interprètes qui se sont véritablement approprié chaque instant. Le rideau retombe, la valise se referme, le plateau redevient nu : et c’est bien la troupe que le public continue d’applaudir le plus longuement, preuve, s’il en fallait, qu’une idée scénique vieille de quarante ans repose toujours, comme au premier jour, sur la seule alchimie de six personnalités justes.

 

 

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CRITIQUE, festival. ROSSINI OPERA FESTIVAL 2026, Teatro Rossini, le 20 août 2026. ROSSINI : L’Occasione fa il Ladro. M. Amati, D. Mizzi, D. Monaco… Jean-Pierre Ponnelle / Alessandro Bonato. Crédit photo (c) Rossini Opera Festival

 

 

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STREAMING, opéra. GLUCK : Orfeo ed Euridice, 21 août 2026. Daegu Opera house. Junghyun James Cho / Sookjeong Eom

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GLUCK MADE IN COREA… Orphée est dévasté par le chagrin causé par la mort de sa bien-aimée Euridice. Fort d’un chant souverain, le poète Thrace parvient à toucher le cœur de Proserpine, épouse du dieu infernal, Pluton… Les dieux lui permettent alors de la libérer des enfers, à condition qu’il ne se retourne pas pour la regarder en chemin. Mais qui peut maîtriser passions et désirs ? ORFEO obéira t il à l’injonction des dieux ?

 

Créé en 1762, Orfeo ed Euridice révolutionne l’histoire de l’opéra. En libérant l’intrigue des conventions de l’opera seria du 18ème siècle, Gluck favorise une fluidité inédite dans l’accomplissement du drame. L’alternance rigide, asséchante aria /recitativo est abandonnée ; la continuité et l’unité structurent la réforme de Gluck. Le mouvement de la musique, avec son intensité lyrique et l’entrelacement des chœurs, des chants solo et de la danse, réalisent une nouvelle totalité qui renforce la cohésion du spectacle.
La nouvelle production de l’Opéra de Daegu [Corée du sud] a clôturé la 22ème édition du Festival international d’opéra de Daegu, en écho au thème du festival, Per Sempre. Elle est dirigée par Junghyun James Cho et mise en scène par Sookjeong Eom, avec une distribution locale composée d’interprètes coréens parmi les plus engagés.

 

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VOIR le streaming opéra
GLUCK ; Orefo Ed Euridice,
Daegu Opéea house [nov 2025]
Junghyun James Cho / Sookjeong Eom :
https://operavision.eu/fr/performance/orfeo-ed-euridice-2
Diffusé le 21.08.2026 à 19h CET
En REPLAY jusqu’au 21.02.2027 à 12h CET
Enregistré le 7.11.2025
Chanté en italien
Sous-titres en
italien, coréen, anglais

 

 

Distribution

Orfeo : Jungmi Kim
Euridice : Heejin Oh
À more : Junghyun Lee

Daegu International Opera Orchestra
Chœur de Daegu Opera

…

Christoph Willibald Gluck
Texte : Ranieri de’ Calzabigi

Junghyun James Cho, direction
Sookjeong Eom, mise en scène
Youngnam Kim, décors

 

 

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OPÉRA DE DIJON, saison nouvelle 2026 – 2027 : La Cenerentola, Soulèvement, Ariane à Naxos, Ecole Amante, Beethoven…

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La culture en période sombre où « la guerre semble redevenir un mal banal », devient rempart et repère ; une lumière qui éclaire les ténèbres, l’Opéra permettant « de nous ressourcer, d’accueillir nos émotions, de découvrir d’autres univers, de nous questionner sur notre identité, de comprendre l’altérité, de partager nos rêves et de réfléchir ensemble au futur que nous voulons construire », ainsi précise Antonella Zedda, directrice générale et artistique.

 

 

 

Cette saison 2026 – 2027 est sa première, foncièrement « altruiste », ouverte, favorisant le dynamisme, la création, la production, la transmission. Pour preuve de cet engagement dans la société, un éclectisme qui s’adresse à tous. Opéras, Théâtre musical, danse, concerts symphoniques, cirque, ciné-concerts, spectacles jeune public … tous les genres, tous les styles s’affichent ainsi pour le plaisir de tous, jusqu’en juin 2027.

Opéras — Parmi les temps forts lyriques : La Cenerentola de Rossini (4-10 nov 2026) sous la baguette de la jeune maestra NIL VENDITTI (Mirabelle Ordinaire,mise en scène) dans une vision onirique qui s’inspire des romans de Lewis Carrol ; puis Ariane aux Naxos de Richard Strauss (7 et 9 fév 2027) que met en scène Myriam Marzouki avec la participation de Joseph Bastian, chef principal de l’Orchestre Dijon Bourgogne ; L’Avare de Francesco Gasparini (3 et 4 mars 2027) dans la mise en scène de Théophile Gasselin, par les équipes du Poème Harmonique, sous la direction de Vincent Dumestre…
Sans omettre, le « cas » Carmen, tel qu’il est porté par la production « The Carmen Case », relecture contemporaine conçue par Alexandra Lacroix sur la figure mythique léguée par Bizet dont la musique dialogue avec les inserts de Diana Son (15 mars 2027).
Enfin, le chef Leonardo Garcia Alarcon propose la redécouverte de l’opéra du plus grand compositeur vénitien après Monteverdi, Cavalli : Ercole amante (11, 13, 14 mai 2027), à travers la clé de lecture résolument contemporaine de Raphaëlle Boitel comprenant chanteurs, danseurs, circassiens …

 

Inaugurée avec un splendide premier concert porté par l’excellent Bergen Philharmonic Orchestra (19 sept dernier = lire ici notre critique), la saison SYMPHONIQUE promet bien des vertiges sonores ; à ne pas manquer ainsi, jusqu’en juin 2027 : Orchestre National de France (7 janv 2027), Orchestre Philharmonique de Radio France (20 mars 2027), Orchestre national du Capitole de Toulouse (24 mai 2027), Orchestre National de Lyon (17 juin)…

Côté DANSE, réservez dès à présent pour « Soulèvement » de Preljocaj (15 et 16 janv 2027), La Chute des Anges (7 et 8 oct 2026), « House / Le sacre du Printemps », « Hope & Dance » (Ballet de l’Opéra de Lyon, les 9 puis 11 déc 2026), « Passages » de Noé Soulier (24 mars 2027), « Crossover » (Ballet de Marseille, La Horde, les 5 et 6 juin 2027)…

Mobile, inventif, le Chœur de l’Opéra de Dijon, « force vive de la Maison », propose tout au long de la saison, à l’Auditorium comme hors les murs, sur le territoire, de nombreuses offres artistiques : opéras en version de concert, et mis en scène, concerts avec orchestre, dispositif a capella ou à double chœur… entre autres rvs, les 22 déc 2026, 9 mars, 12 juin 2027…)…

Année Beethoven oblige, 2027 multiplie les concerts et événements dédiés au génie Beethovénien, dont entre autres : le cycle des Sonates par Viktoria Mullova et Alasdair Beatson en 3 rvs (les 15 déc 2026, puis 8 avril et 31 mai 2027) ; la série « Beethoven Folk » avec le Quatuor Zaïde (les 16 déc 2026, et 28 mai 2027)…

 

 

 

 

TOUTES LES INFOS, le détail des distributions, les œuvres à l’affiche, les cycles thématiques, les chefs, les chorégraphes, les grands solistes invités, etc… sur le site de l’Opéra de Dijon : http://opera-dijon.fr/fr

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CRITIQUE, festival. 60e FESTIVAL DE LA CHAISE-DIEU (Abbatiale Saint-Robert), le 19 août 2026. RACHMANINOV : Concerto pour piano n°3 (Isata Kanneh-Mason, piano) / MAHLER : Symphonie n°1 dite « Titan ». Budapest Festival Orchestra, Iván Fischer (direction)

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C’est dans l’écrin majestueux de l’Abbatiale Saint-Robert que s’est ouvert, en grande pompe, la 60e édition du Festival de La Chaise-Dieu. Fondé sur la passion de la musique sacrée, ce festival, qui célèbre cette année six décennies d’existence, n’a cessé de marier la spiritualité des lieux à l’excellence artistique. Et pour cette édition anniversaire, son directeur, Boris Blanco, a visiblement voulu frapper un grand coup.

 

Quelques jours après leur passage au Menuhin Festival Gstaad, c’est donc en Auvergne que la célèbre et magnifique phalange du Budapest Festival Orchestra, sous la direction de son fondateur Iván Fischer, est venu enchanter un nouveau public. Considéré comme l’un des joyaux de la scène symphonique mondiale, l’orchestre répondait présent pour la première fois au Festival de La Chaise-Dieu, et ce, avec un programme taillé sur mesure pour ce lieu chargé d’histoire. La présence d’un aréopage d’élus, du président de la Région Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, aux ministres de la Culture et des Affaires Etrangères, Catherine Pégard et Jean-Noël Barrot, témoignait de l’importance de ce moment.

 

 

La soirée débuta par la Vocalise n°14 de Sergueï Rachmaninov, dans une transcription pour orchestre, où quatorze musiciens – disséminés dans la travée centrale du célèbre jubé de l’Abbatiale – dialoguaient avec l’espace sacré. La sonorité, telle une brume lumineuse, s’élevait sous les voûtes, créant une atmosphère d’une grande intimité. Les cordes, d’une transparence et d’une pureté absolues, semblaient faire corps avec les pierres centenaires. Puis vint le choc Isata Kanneh-Mason, la jeune prodige afro-britannique du piano, qui s’empara du redoutable Troisième Concerto pour piano du même Rachmaninov. Cette œuvre fleuve, véritable Everest du répertoire pianistique, coula sous ses doigts avec une virtuosité qui n’excluait jamais la poésie. Le premier mouvement déploya sa monumentalité, chaque phrasé ciselé avec une intelligence rare, tandis que l’immense cadence finale, démoniaque, fut surmontée avec une aisance confondante. Dans l’Intermezzo, l’Adagio central, Iván Fischer sut suspendre le temps, étirant les respirations avec une souplesse expressive qui faisait basculer l’auditoire dans un rêve éveillé. L’orchestre hongrois, dans un écrin de nuances, accompagnait la soliste avec une complicité fusionnelle. Le finale, nerveux et conquérant, fut une chevauchée triomphale, ponctuée d’accents brillants. La jeune pianiste répondit à l’ovation par un bis, une courte pièce du même compositeur, qui confirma un talent exceptionnel, à l’instar de la gloire déjà rencontré par son frère violoncelliste, le plus médiatique Sheku.

Après l’entracte, passée « à la fraîche » sur l’interminable volée de marches qui mène vers l’entrée du Saint des Saint (l’Abbatiale regorge de trésors, dont le gisant en marbre du Pape Clément VI, ou la Célèbre fresque de « La Danse macabre« …), Iván Fischer et ses musiciens s’attaquèrent à la Symphonie n°1 dite « Titan » de Gustav Mahler – créée à Budapest en 1889 – autant dire un ouvrage cher à toute phalange hongroise !… Et ce fut un moment de grâce et de bonheur absolus. La maîtrise des nuances par le chef hongrois, la façon dont il individualisa le relief de chaque bois, la tenue des cordes d’une volupté insolente, et les appels en coulisse des cuivres annoncèrent une interprétation d’une intensité dramatique inouïe. Dès le prélude misterioso, le public fut happé dans un cheminement irrépressible, de l’ombre à la lumière, de la nature à l’extase. Dans cette Symphonie Titan, Fischer n’a rien laissé au hasard. Il a offert une lecture qui n’était pas architecturale maisélémentaire, comme un écosystème sonore vivant et palpitant. Le geste, précis et souple, économe mais ample, a ciselé chaque nuance instrumentale, exprimant tour à tour la fureur contenue, l’inquiétude, l’exultation grandissante de l’immense finale. L’orchestre, symbiotique avec son chef de légende, a révélé toute la modernité et la fulgurance de cette symphonie-source. Le son, enveloppant, semblait résonner avec les échos du monde. À l’issue de ce périple symphonique, où l’on a réellement assisté à notre plus beau concert (à  ce jour…) sous les voûtes du somptueux édifice gothique, le public a manifesté son fol enthousiasme, debout, pour de multiples rappels. 

Mais cette soirée d’ouverture, aussi grandiose fût-elle, n’est que la promesse de ce qui attend les mélomanes pendant cette 60e édition. Car Boris Blanco a concocté une programmation prestigieuse entre toutes, faisant la part belle aux grandes phalanges internationales, aux récitals intimes et aux découvertes. Après Budapest, ce seront d’autres formations mythiques qui investiront l’abbatiale, tandis que les chapelles et les cloîtres du village résonneront au rythme des musiques anciennes et des créations contemporaines.

La Chaise-Dieu n’est pas un festival comme les autres. Ici, pas de faste superficiel ni de frénésie citadine : la musique y est vécue comme une offrande, un dialogue intime entre les pierres centenaires de l’Abbatiale Saint-Robert et des artistes qui, tous, avouent ressentir une émotion particulière sous ces voûtes. C’est un festival à part, où la ferveur du public, sa connaissance et son exigence, en font un public unique, capable de soutenir une Symphonie de Mahler dans un silence absolu comme de libérer, à la dernière mesure, une ovation torrentielle. Soixante ans déjà que cette aventure dure, soixante ans que l’on vient, de tous les horizons, s’asseoir dans la nef pour écouter l’éternité. Ce premier concert du 19 août 2026 en a offert la plus belle des preuves. La suite de la programmation s’annonce tout aussi exceptionnelle, et l’on sait déjà que cette édition anniversaire restera gravée dans les annales de la manifestation casadéenne !…

 

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CRITIQUE, festival. 60e FESTIVAL DE LA CHAISE-DIEU (Abbatiale Saint-Robert), le 19 août 2026. RACHMANINOV : Concerto pour piano n°3 (Isata Kanneh-Mason, piano) / MAHLER : Symphonie n°1 dite « Titan ». Budapest Festival Orchestra, Iván Fischer (direction). Crédit photographique (c) Emmanuel Andrieu

 

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CRITIQUE, Festivals. 70e MENUHIN FESTIVAL GSTAAD, le 16 août 2026. Rachmaninov (Concerto pour piano n°3 / Isata Kanneh-Mason, piano), Mahler : Symphonie n°1 « Titan ». Budapest Festival Orchestra, Iván Fischer, direction

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Emblématique des valeurs du Festival depuis ses débuts, entre transmission et émergence, la 2ème soirée de notre séjour au Menuhin Festival Gstaad 2026, met l’accent sur une jeune artiste qui, dans le Concerto choisi, bénéficie de la très solide expérience de l’orchestre invité, le somptueux Budapest Festival Orchestra, et son chef IVAN FISCHER… lequel au début du programme, se voit décerné pour ses qualités humaines autant qu’artistiques, le « Beethoven Friendship Award », des mains de Daniel Hope, intendant du Festival (et aussi pour cette occurrence, président de la Beethoven-Haus Bonn). Reconnaissance ô combien méritée. Dans les faits, la soirée va crescendo, elle devient même mémorable, en particulier pour sa 2ème partie, où chef et orchestre réalisent un Mahler littéralement… passionnant.

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Photos © Raphaël Faux 2026

 

 

 

 

Sommet redoutable du répertoire pianistique, le Concerto pour piano n°3 de Rachmaninov (créé à New York en 1909) coule sous les doigts de la pianiste Isata Kanneh-Mason. Pendant les 50 mn requises, l’interprète portée par l’Orchestre du Festival de Budapest (Budapest Festival Orchestra) et son chef Ivan Fischer, d’une souplesse expressive continue, affronte toutes les séquences – dont l’immense et démoniaque cadence qui conclut comme une ultime récapitulation, le monumental premier mouvement.
Orchestre et chef éclairent en nuances, vertiges, éclairs, l’une des partitions les plus spectaculaires et flamboyantes de l’auteur (en particulier les climats des deux premiers mouvements) qui simultanément compose son poème fantastique « l’île des morts ».
De son côté, la jeune pianiste affronte sans sourcilier, une partition fleuve, aux milles voluptés virtuoses que l’orchestre fait basculer comme dans un rêve éveillé (cf le second mouvement Intermezzo – Adagio) … le chef y étire davantage chaque longue phrase dans des respirations suspendues. Tandis que le finale, « alla breve » affirme des carrures rythmiques plus nerveuses et conquérantes, dans une chevauchée constellée d’accents brillants et tout aussi rêveurs.

 

 

 

Le Mahler fulgurant
d’Iván Fischer

Les malhériens avertis, connaisseurs, comme les néophytes adeptes des accomplissements symphoniques auront vécu une expérience décisive ce soir. La « Titan » (première symphonie de Gustav Mahler) revêt une sonorité particulière sous la direction de l’excellent Iván Fischer. La maîtrise des nuances, le relief individualisé de chaque bois et vents (en particulier les clarinettes dès le prélude misterioso), la tenue des cordes d’une volupté insolente ; celle des cuivres dont l’appel en coulisse)… annoncent la couleur de ce qui va se produire : le jaillissement d’une symphonie cosmique, comme s’il s’agissait de sa création. L’auditeur en suit chaque séquence comme l’élément d’un drame ineffable et imprévisible (aux forts ancrages autobiographiques).

Le geste du chef est magistral : précis et souple, économe et ample ; il ralentit volontiers les tempi (certains diront trop, surtout dans le second mouvement), cisèle chaque nuance instrumental ; obtient tout de l’orchestre, exprimant la fureur contenue, inquiète, intranquille, comme l’exultation grandissante, accomplissant ce qui est en jeu précisément, et ce qu’explique le maestro hongrois lui-même en introduction au concert : un cheminement irrépressible, d’une tension impérieuse, de l’ombre à la lumière, de l’enfer au… Paradis. Vers son point final , culminant qui est une exultation.

Cette symphonie-source, créée dans sa version définitive en 4 parties en 1896 à Berlin, montre avant la culmination finale, un chemin tortueux, immense, vertigineux, retors, où le compositeur, proche de Jean-Paul, exprime lui-même quantité d’épisodes contrastés, autant d’épreuves d’une vie terrestre où les morsures du destin et les revers de fortune alternent avec des rêves amoureux trop vite évaporés. Pas de salut sans souffrance. Et la victoire finale est ici, comme dans toutes les symphonies de Mahler, remportée de (très) haute lutte.

Impérial et poète, véritable sorcier des illusions sonores, Iván Fischer ensorcèle l’audience (tout en électrisant ses musiciens). Sans omettre, le délire et la verve parodique, d’une saveur amère et ironique dans la valse-laendler du 2è mouvement, où jaillissent la vulgarité et le ton débridé des trompettes ; sans omettre aussi l’élan fantomatique voire spectrale de la marche funèbre développée dans l’ambivalence géniale du 3è mouvement, alternant Frères Jacques et le thème bohémien, essentiellement parodique.

Dans ce labyrinthe trouble qui mêle tendresse et démonisme, visions et sentiments, horreur et tendresse, le chef réalise un voyage intérieur d’une rare puissance, exprimant enfin dans le Final, la jubilation attendue dans la lumière et la vérité (du ré majeur).
Généreux, tendre, mais aussi fiévreux et finalement impérial, Iván Fischer démontre à nouveau sa très fine compréhension des massifs malhériens. Soirée mémorable, orchestralement captivante.

 

 

 

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CRITIQUE, Festivals. 70è MENUHIN FESTIVAL GSTAAD, le 16 août 2026. Rachmaninov (Concerto pour piano n°3 / Isata Kanneh-Mason, piano), Mahler : Symphonie n°1 « Titan ». Budapest Festival Orchestra, Iván Fischer, direction

 

 

 

Nouvelles randonnées
au Menuhin Festival Gstaad 2026

Randonnées musicales

Plus qu’un prolongement des valeurs incarnées par Yehudi Menuhin, le violoniste Daniel Hope en dirigeant désormais la ligne artistique du Menuhin Festival Gstaad, retrouve l’esprit même de l’Événement à ses débuts. Ce retour aux fondamentaux originels s’exprime surtout sous deux aspects : le soutien aux jeunes interprètes émergeants ; et aussi le lien avec la Nature désormais sanctuarisée, source essentielle pour les musiciens et les compositeurs, comme écrin générique qui confère au festival dans son ensemble, sa singularité marquante. C’est à l’adresse de tous les publics, les festivaliers comme les artistes invités, des randonnées qui associent le temps du Festival, l’expérience musicale et l’épreuve si régénératrice de la marche en plein air…

 

 

AU MENUHN FESTIVAL GSTAAD
Nature et Musique, l’équation stimulante

Pas de Festival sans les chalets, les paysages, les cimes, … la présence du vivant et de ce cadre végétal qui transmet l’idée d’une communauté pastorale font du Menuhin Festival Gstaad un événement artistique indissociable de son environnement naturel. Les diverses identités visuels et affiches le montrent à chaque édition : pas de Festival sans le profil des montagnes environnantes.
L’édition 2026, celle des 70 ans, voit ainsi l’apparition des randonnées à flanc de montagnes ; intitulées « President’s Hikes » (et de fait pilotées et guidées par le Président du Festival, Richard Müller, lui-même guide expérimenté), les « marches » en pleine nature invitent les festivaliers à rétablir dans leur expérience du Festival, la place centrale de la Nature et du Vivant.
Celle à laquelle nous avons participé, commençait à 10h30, se terminait à 14h30, soit 4h d’un contact avec la nature, entier et régénérant, que les propos de Yehudi Menuhin lui-même, inscrivent dans une optique générale, visionnaire et particulièrement engagée : le violoniste fondateur du Festival en 1956, déclarait à la tribune de l’UNESCO en oct 1969 : « Le droit au silence, à un air pur, à une eau limpide, aux prairies, aux forêts et à une alimentation authentique, devrait être inscrit dans la constitution de tous les États. »
Comme s’il prenait aux pieds de la lettre cette déclaration saisissante, le Menuhin Festival applique très concrètement l’adage devenu légendaire… et pour renforcer davantage Nature et Musique, un concert en plein air ponctue la randonnée, comme une offrande récompensant l’effort fourni. Au programme de ce 16 août : Poulenc, Bernstein, Glazounov, entre autres par les cuivres de l’Orchestre du Festival, le GFO / Gstaad Festival Orchestra. Cette année, 3 randonnées sont programmées : la prochaine a lieu jeudi 27 août 2026 (à partir de 10h30).

L’expérience du plein air complète l’offre déjà existante sur les cimes : les concerts sur l’Eggly (cycle intitulé « Mountain spirit ») font désormais partie de la programmation, avec une vue spectaculaire sur le Saanenland, sur Gstaad entre autres ; de quoi respirer, prendre de la hauteur et rétablir ce lien central entre Nature et Musique. Les musiciens jouent quand le soleil se couche derrière les montagnes permettant aux festivaliers de vivre une expérience unique à partir de la tombée de la nuit… Incontournable.

 

 

 

 

 

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prochains concerts symphoniques

Prochains grands concerts symphoniques sous la tente de GSTAAD, entre autres :
Royal Danish Orchestra / Nikolaj S-Znaider, violon / direction : Marie Jacquot (concerto pour violon de Brahms / Romeo et Juliette de Prokofiev, extraits, sam 22 août 2026, 19h30),
Royal Philharmonic Orchestra / Vasily Petrenko et Thomas Hampson, baryton (Lieder d’Alma Mahler, Rockert-lieder et Symphonie n°5 de Gustav Mahler, ven 28 août 2026, 19h30),
Roya Philharmonic Orchestra, Vasily Petrenko et Behzod Abduraimov, piano (Concerto pou piano n°1 et Symphonie n°5 de Tchaikovski, sam 29 août 2026, 19h30)… Plus d’infos sur le site du MENUHIN FESTIVAL GSTAAD 2026, jusqu’au 5 septembre 2026 : https://www.menuhin.ch/fr

 

 

 

 

présentation

LIRE aussi notre présentation du 70è MENUHIN FESTVAL GSTAAD (16.7 – 5.9.2026) :

https://www.classiquenews.com/menuhin-festival-gstaad-2026-daniel-hope-inaugure-sa-premiere-programmation-family-matters-16-juil-5-sept-2026-temps-forts-1/

 

 

et aussi notre dépêche 4 :
https://www.classiquenews.com/menuhin-festival-gstaad-2026-16-juil-5-sept-2026-temps-fort-4-lancement-de-la-70eme-edition-family-matters/

 

 

 

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MENUHIN FESTIVAL GSTAAD 2026. Le Beethoven Friendship Award est décerné au maestro Iván Fischer

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Sous la Tente de Gstaad, ce dimanche 16 août 2026, le chef d’orchestre et compositeur hongrois Iván Fischer s’est vu décerné pour la deuxième édition du Prix Beethoven Friendship Award. Ainsi est récompensé son engagement artistique exceptionnel en faveur de l’œuvre de Ludwig van Beethoven. Le Prix lui a été remis par Daniel Hope, Président du Beethoven-Haus Bonn et Intendant du Menuhin Festival Gstaad.

En tant que cofondateur et directeur musical du Budapest Festival Orchestra, Iván Fischer a écrit l’une des plus belles pages de l’histoire de la scène orchestrale internationale. Grâce à des tournées dans le monde entier et à une série d’enregistrements unanimement célébrés, parmi lesquels de nombreuses interprétations et intégrales consacrées à Beethoven, il s’est forgé une réputation indiscutable comme interprète exceptionnel du génie de Bonn.
«Iván Fischer est considéré comme un réformateur de l’orchestre, qui conjugue les traditions avec une pensée contemporaine, explique Daniel Hope. Ses programmations et interprétations de Beethoven, particulièrement réfléchies, ont à maintes reprises, suscité l’attention de la scène internationale et marqué l’histoire de l’interprétation. Fischer accorde une importance particulière à la valeur de la pratique musicale collective et à la conviction que toute interprétation naît de la créativité commune de l’ensemble des musiciennes et musiciens impliqués.»

 

Iván Fischer (au centre), lauréat du Beethoven Friendship Award décerné pour la deuxième fois, et Daniel Hope (à gauche), président de la Beethoven-Haus Bonn et directeur artistique du Menuhin Festival Gstaad, début du concert du 16 août 2026, Tente de Gstaad – Photo : Raphael Faux

 

Le Prix est une initiative du Beethoven-Haus Bonn et des domaines viticoles Wegeler, avec le soutien de grands producteurs de vin européens. La distinction s’inspire d’un verre de l’amitié que Ludwig van Beethoven avait offert en 1816 à son ami d’enfance bonnois Franz Gerhard Wegeler et qui est aujourd’hui présenté au sein de l’exposition permanente de la Beethoven-Haus à Bonn.

Remise du Prix dans le cadre du Menuhin Festival Gstaad
Iván Fischer a reçu ainsi la distinction, le 16 août 2026, au début du concert qu’il a donné avec le Budapest Festival Orchestra sous la Tente du Festival de Gstaad. L’hommage a été prononcé par Daniel Hope. Le programme musical de la soirée était composé de «Vocalise», du Troisième Concerto pour piano de Rachmaninov (soliste : Isata Kanneh-Mason), et la Symphonie n° 1 «Titan» de Mahler. LIRE ici notre critique de ce concert mémorable.

Le Beethoven Friendship Award se compose d’une réplique fabriquée artisanalement du verre de l’amitié.
Le Beethoven Friendship Award distingue des artistes qui se sont particulièrement illustrés par leur contribution à la culture musicale et qui partagent le plaisir du vin. Il est décerné à l’initiative de la Beethoven-Haus Bonn et des domaines viticoles Wegeler, avec le soutien de dix domaines parmi les plus renommés d’Europe: le Domaine Paul Jaboulet Aîné, Rhône; Tenuta di Trinoro Vini Franchetti, Toscane; Paul Fürst, Franconie; Château Lascombes, Bordeaux; le Domaine Champagne Laurent-Perrier, Champagne; Erwin Sabathi, Styrie; Schloss Gobelsburg, Kamptal; Château Smith Haut Lafitte, Bordeaux; Vega Sicilia, Ribera del Duero; Weingut Krone, Rheingau  et Weingut Wegeler, Moselle. Le premier lauréat du Prix, en 2025, était le compositeur et chef d’orchestre Tan Dun.

 

 

À propos du Menuhin Festival Gstaad
Fondé en 1957 par Yehudi Menuhin, le Menuhin Festival Gstaad est aujourd’hui l’un des plus importants festivals de musique classique d’Europe. Chaque été, il réunit des artistes internationaux, des orchestres de renom et des jeunes talents prometteurs dans les églises et les salles de concert du Saanenland et du Pays-d’Enhaut. Avec plus de 75 concerts par an, le Festival allie excellence musicale, promotion des jeunes musiciens et dialogue culturel au cœur de l’une des plus belles régions alpines d’Europe. Outre ses concerts de haut niveau, le Festival s’engage à soutenir les jeunes musiciens et à promouvoir un large accès à la musique classique grâce à ses académies, ses programmes de découverte et ses initiatives de médiation. Depuis 2026, le Festival est placé sous la direction artistique du violoniste Daniel Hope. La 70e édition se tient du 16 juillet au 5 septembre 2026, sous le thème de «Family Matters».

 

 

LIRE aussi notre présentation du 70e MENUHIN FESTVAL GSTAAD (16.7 – 5.9.2026) : https://www.classiquenews.com/menuhin-festival-gstaad-2026-daniel-hope-inaugure-sa-premiere-programmation-family-matters-16-juil-5-sept-2026-temps-forts-1/

 

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CRITIQUE, festival. 51e FESTIVAL DE QUATUORS DU LUBERON (Abbaye de Silvacane), le 17 août 2026. WEBERN / SMETANA / DVORAK. Quatuor HERMES, Geoffroy COUTEAU (piano)

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 Ce 17 août, dans l’écrin somptueux du Cloître de l’Abbaye de Silvacane, le Quatuor Hermès et le pianiste Geoffroy Couteau ont offert un concert qui restera certainement comme l’un des sommets de ce 51e Festival de Quatuors du Luberon. Devant un public en extase, les deux bras latéraux du cloître archi-combles (tandis qu’une estrade était placée à leur intersection pour y accueillir les artistes), les cinq musiciens ont scellé une union parfaite entre le génie des compositeurs et une interprétation d’une souveraine maturité.

 

Le voyage commençait dans la concentration absolue avec les Bagatelles op. 9 d’Anton Webern. En quelques miniatures d’une très forte densité, le Quatuor Hermès a su créer un espace de silence vibrant, où chaque note, chaque interruption, devenait un événement en soi. La clarté de leur articulation et leur capacité à faire chanter ces aphorismes expressionnistes ont posé d’emblée le niveau d’exigence de la soirée, révélant toute la poésie contenue dans ces fragments.

Puis ce fut le cœur émotionnel de la soirée : le Quatuor n° 1 en mi mineur « De ma vie » de Bedřich Smetana. D’emblée, emportées par l’ardeur du violon d’Omer Bouchez, les Hermès ont déroulé un récit d’une magnifique intensité. Ils ont magnifiquement restitué le caractère autobiographique de l’œuvre, alternant avec une aisance déconcertante entre la fougue impétueuse du jeune compositeur, les réminiscences de la polka, l’élan romantique et cette plainte déchirante de l’ultime mouvement, ce surdité si poignant. Leur approche, à la fois lyrique et incisive, a conféré à cette fresque intime une dimension universelle, suscitant l’émotion la plus profonde chez un public suspendu à leurs archers.

 

 

Après un entracte convivial, c’est un tout autre univers qui s’ouvrait avec le Quintette avec piano en la majeur, op. 81 d’Antonín Dvořák, où le célèbre pianiste Français Geoffroy Couteau a rejoint les Hermès. Et là, l’alchimie fut totale. Geoffroy Couteau, que nous avons déjà salué dans ces colonnes comme un brahmsien d’exception pour son jeu profond et engagé, s’est fondu avec une intelligence rare dans la texture colorée et foisonnante du quintette de Dvořák. Loin d’un dialogue de solistes, les musiciens ont créé un équilibre parfait, un brassage vibrant de timbres où le piano de Couteau, puissant et coloré, devenait le cinquième membre à part entière d’un quatuor rayonnant. Le Quatuor Hermès, confirmant avec brio sa place parmi les meilleurs ensembles de sa génération, a fait preuve d’une souplesse et d’une transparence admirables, laissant la musique de Dvořák s’épanouir dans toute sa générosité mélodique, sa nostalgie douce-amère et ses danses slaves endiablées. Le succès fut immense, salué par des tonnerres d’applaudissements qui ont contraint les artistes à un bis tout aussi magnifique : le mouvement lent du Quintette avec piano de Brahms, offert avec une gravité et une tendresse très touchantes.

Ce concert magistral était aussi l’occasion de saluer avec une émotion particulière Mme Hélène Salmona, qui, après quinze années de bons et loyaux services à la tête du festival, va bientôt passer le flambeau, à l’issue de cette 51e édition du festival. Sous sa direction, ce dernier n’a cessé de se développer en s’ouvrant notamment – et avec bonheur  ! – aux quatuors du monde entier. Et c’est précisément à Geoffroy Couteau, dont l’engagement artistique et la complicité avec les Hermès ont été si éclatants ce soir, que revient désormais la lourde mais excitante tâche de poursuivre l’aventure. À en juger par la qualité exceptionnelle du concert, l’avenir du Festival de Quatuors du Luberon est entre de très bonnes mains. Merci Madame Salmona, et bravo à tous les artistes pour ce petit moment d’éternité offert au happy few ayant assisté à cette magnifique soirée de musique de chambre !…

 

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CRITIQUE, festival. 51ème festival de Quatuors du Luberon (Abbaye de Silvacane), le 17 août 2026. WEBERN / SMETANA / DVORAK. Geoffroy COUTEAU (piano), Quatuor HERMES. Crédit photographique (c) Emmanuel Andrieu

 

 

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CRITIQUE, festival. 103e Festival des Arènes de Vérone, le 9 août 2026. VERDI : Aïda. A. Kurzak, R. Alagna, C. Margaine, Y. Park… Franco ZEFFIRELLI / Francesco OMMASSINI

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Deux visions radicalement différentes d’Aïda, l’opéra le plus emblématique et le plus représenté du Festival des Arènes de Vérone, habillent cette année le gigantesque amphithéâtre de l’Arena di Verona : l’Aïda « de cristal », abstraite et symbolique, de Stefano Poda, créée en 2023 à l’occasion du centenaire du Festival, et l’Aïda « d’or », minutieuse et historiciste, de Franco Zeffirelli, créée en 2002. Et c’est la monumentale production de Zeffirelli que nous avons vue dans l’amphithéâtre véronais, à l’affiche de sept des quinze représentations du chef d’oeuvre de Verdi programmées cet été.

 

Dominée par une immense pyramide centrale dorée, entourée de sphinx, de temples et de colonnes, la traditionnelle scénographie conçue en son temps par Franco Zeffirelli lui-même reconstitue avec éclat, minutie et somptuosité l’Égypte imaginaire des pharaons, sans chercher aucunement à la réinterpréter et en exploitant au maximum les possibilités monumentales offertes par l’amphithéâtre romain. À cet égard, la contribution de la costumière Anna Anni, collaboratrice habituelle de Zeffirelli, fut essentielle. Elle créa des costumes non seulement d’inspiration historique, mais aussi multicolores et riches en textures et en éléments ornementaux, qui contribuèrent à l’esthétique opulente recherchée par le metteur en scène. La qualité du spectacle fut également rehaussée par le travail minutieux des lumières de Paolo Mazzon, qui sut modeler et enrichir l’ensemble par des atmosphères élaborées, offrant un spectacle éblouissant depuis tous les points de l’amphithéâtre.

 

 

Autre aspect remarquable de la production : le sens aigu du théâtre de Zeffirelli, manifeste dans la minutieuse direction des foules de prêtres, soldats, esclaves, danseurs et figurants qui, réparties sur différents niveaux, tantôt occupant les gradins, tantôt regroupées autour de la grande pyramide, se déplacèrent selon des mouvements parfaitement calculés et organisés de manière symétrique, produisant toujours une forte impression d’ordre et donnant naissance à des compositions d’un puissant impact visuel. Enfin, et ce n’est pas le moindre de ses mérites, il convient de saluer le solide travail du danseur russe Vladimir Vasiliev, dont les chorégraphies, à l’esthétique résolument cérémonielle, contribuèrent à créer de grands tableaux visuels et à renforcer le caractère monumental de la proposition.

La distribution vocale se révéla très appropriée. Dans le rôle d’Aida, la soprano polonaise Aleksandra Kurzak se confronta à une partie qui mit ses possibilités vocales à rude épreuve. Au-delà de ses prétentions de soprano « spinto », son instrument demeure essentiellement lyrique et, si elle sortit avec les honneurs de l’exercice grâce à l’intelligente maîtrise de sa voix et à son engagement interprétatif, il apparut clairement que la partie s’avérait trop lourde pour ses moyens vocaux. Les difficultés se firent particulièrement sentir dès son premier air, « Ritorna, vincitor! », où la voix manquait de corps dans le médium et présentait des graves plutôt pâles. À partir du deuxième acte, toutefois, sa prestation alla progressivement crescendo. Après avoir conclu le concertato final du deuxième acte par un impressionnant suraigu, elle offrit un grand moment vocal dans « O patria mia ». Elle y exploita les passages les plus lyriques de l’écriture pour mettre en valeur le meilleur de sa vocalité : un chant legato exquis, riche de nuances, de notes filées et de pianissimi. Dans ses duos avec Radamès, « Pur ti riveggo… » au bord du Nil et « O terra addio… » à la fin de l’opéra, la complicité avec le ténor fut remarquable et se transmit au chant, donnant lieu à des moments d’une véritable intensité et d’une émotion débordante. Malgré ses limites, Kurzak parvint à s’imposer en Aïda, l’un des personnages les plus complexes de la galerie verdienne, livrant une interprétation d’une grande dignité et confirmant qu’elle est une artiste d’une immense stature, de celles qui, aujourd’hui, se comptent sur les doigts d’une main.

 

 

La mezzo française Clémentine Margaine démontra posséder des moyens idéaux pour l’exigeante partie d’Amneris, la fille orgueilleuse et autoritaire du pharaon. Dotée d’une voix veloutée, opulente et d’une grande ampleur, elle livra, avec engagement et caractère, une interprétation magistrale, dont le sommet vocal fut atteint dans le duo avec Radamès, « Già i sacerdoti adunansi… », puis dans la scène du jugement, deux des moments les plus électrisants de la représentation. Complétant le triangle amoureux, Roberto Alagna, infatigable et toujours charismatique, impressionna par sa forme vocale. Il fut un Radamès de tout premier ordre qui, à 63 ans et fort de près de quatre décennies de carrière, conserve une voix fraîche, robuste et brillante, ainsi qu’une énergie inépuisable et un engagement scénique admirable. Son air d’entrée, « Celeste Aida… », avec ses si bémols aigus judicieusement dispensés et son délicat pianissimo final, constitua le prélude à une prestation qui ne fit que gagner en intensité au fil de la soirée. Son Radamès offrit de grands moments, notamment dans le duo au bord du Nil, où il conféra à chaque phrase sa juste mesure expressive, ainsi que dans le duo final, où il déploya un chant empreint de lyrisme, de demi-voix et d’une émotion enivrante à laquelle il fut difficile de ne pas succomber. Chapeau l’artiste !

 

 

Dans le rôle d’Amonasro, le jeune baryton sud-coréen Youngjun Park répondit aux exigences de la partie et s’en acquitta honorablement grâce à la puissance, au grain et à la projection de sa voix. Sur le plan interprétatif, toutefois, sa prestation se révéla plus pauvre, avec un phrasé monocorde et une intention expressive limitée qui l’empêchèrent de restituer pleinement la férocité, l’autorité et l’arrogance du roi des Éthiopiens. Doté de moyens vocaux largement suffisants, la basse russe Alexander Vinogradov affronta sans difficulté majeure les exigences du rôle du grand prêtre Ramfis. De son côté, la basse sud-coréenne Simon Lim campa avec conviction un roi d’Égypte crédible tant sur le plan vocal que scénique. Très correctes également furent les interventions de la Prêtresse de Francesca Maionchi et du Messager de Riccardo Rados. Irréprochable, le chœur placé sous la direction de Roberto Gabbiani sut tirer parti de chacun des nombreux moments que lui offrit la partition pour mettre en valeur son excellente préparation et sa parfaite homogénéité.

Depuis le podium, le chef italien Francesco Ommassini constitua une absolue garantie de qualité, proposant une lecture de haut vol, au rythme ferme, riche en contrastes dynamiques et soutenue par une concertation particulièrement soignée.

 

 

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CRITIQUE, festival. 103e Festival des Arènes de Vérone, le 9 août 2026. VERDI : Aïda. A. Kurzak, R. Alagna, C. Margaine, Y. Park… Franco ZEFFIRELLI / Francesco OMMASSINI. Crédit photographique (c) Ennevi

 

 

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CRITIQUE, festival. 29ème FESTIVAL DURANCE LUBERON (Salle des Fêtes de Grambois), le 16 août 2026. SCHUBERTIADE avec Carole MEYER (soprano), Vladik POLIONOV et Tristan LEGRIS (pianistes), Didier Schlupp (cor) et Patrick Ségard (clarinette)

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Pour ce deuxième rendez-vous (en ce qui nous concerne, après la « Tosca » en version de poche, donnée deux jours plus tôt), au 29e Festival Durance Luberon, la météo en a décidé autrement : ce n’est donc pas sur la Place de l’Église de Grambois, sous les étoiles, que la « Schubertiade » (mise à l’affiche en ce dimanche 16 août…) a eu lieu, mais dans la Salle Polyvalente du village. Au final, le public, venu en nombre, a gagné en confort acoustique ce qu’il a perdu en charme visuel… Et l’acoustique de cette salle fermée s’est révélée l’alliée idéale d’un programme entièrement dédié à Franz Schubert. Une fois encore, Luc Avrial, directeur infatigable du festival, nous a offert une superbe soirée musicale, portée par des artistes habités.

 

La soirée s’ouvre par la célèbre Marche militaire en ré majeur (D. 733), jouée à quatre mains par deux complices : Vladik Polionov et Tristan Legris. D’emblée, c’est l’allégresse qui s’empare de la salle. Le dialogue entre les deux pianistes est d’une précision jubilatoire, les accents rythmiques parfaitement ciselés, sans jamais sacrifier la fluidité schubertienne. Le public, conquis, applaudit déjà chaleureusement ces deux musiciens qui, on le verra, ne vont pas quitter la scène de la soirée.

Place ensuite au cœur du génie schubertien, avec pas moins de quatre Lieder, délivrés par la soprano Carole Meyer, accompagnée au piano par Tristan Legris – qui n’est pas seulement son complice musical, mais aussi son époux à la ville, un détail qui ajoute forcément à la tendresse de l’instant. La voix de la soprano, claire, lumineuse et d’une grande sincérité expressive, s’empare d’abord du « Pigeon voyageur » (Die Taubenpost), ce lied-posthume d’une mélancolie douce-amère. La légèreté du chant, le phrasé aérien et la subtile poésie de l’interprétation touchent immédiatement les cœurs. Enchaînement tout en retenue avec « Tu es le repos » (Du bist die Ruh), l’un des Lieder les plus purs de Schubert. Carole Meyer y déploie un legato d’une intensité contenue, et Tristan Legris, au clavier, tisse un tapis sonore d’une délicatesse quasi transparente. Puis vient le fameux « Marguerite au rouet » (Gretchen am Spinnrade), chef-d’œuvre de la jeune vingtaine de Schubert. La soprano donne ici une lecture poignante de ce tourbillon obsessionnel : le rouet haletant, l’élan passionné de Marguerite, la chute sur le dernier mot « Sein Kuss » — tout est parfaitement dosé. Le piano de Legris est à la fois moteur et complice, faisant palpiter le drame avec une énergie contenue.

On change de registre pour le « Roi des Aulnes » (Erlkönig). On connaît la difficulté quasi orchestrale de cette partition, que le jeune pianiste domine avec une grande puissance et louable variété de toucher. Carole Meyer, qui doit incarner à elle seule quatre personnages (le narrateur, le père, l’enfant, le roi des aulnes), relève le défi avec un brio époustouflant : sa voix se fait tour à tour inquiète, tendre, étranglée de peur, puis diabolique. L’effet est saisissant et la salle se montre comme suspendue jusqu’à l’ultime accord, avant d’exploser en applaudissements nourris.

Après l’entracte, la soirée prend un tour plus instrumentale, avec « Fantaisie en fa mineur » (D. 940) pour piano à quatre mains. Quel bonheur de retrouver Vladik Polionov et Tristan Legris dans ce chef-d’œuvre de l’intimité schubertienne ! Ce n’est pas un simple duo, c’est un dialogue d’âmes. L’attaque, sombre et presque inquiète, cède la place à des échanges d’une folle virtuosité. Les deux pianistes se répondent, s’enlacent, se déchirent parfois, mais toujours avec une unité de vision stupéfiante. Les ruptures soudaines de climat, les élans lyriques, les fugati endiablés — tout est restitué avec une lisibilité admirable. Le public, captivé, assiste à une véritable conversation musicale, où le « nous » l’emporte sur le « je »…

Puis, la soirée retourne vers les Lieder, avec d’abord « Sur le fleuve » (Auf dem Strom), écrit pour ténor, mais ici confié avec bonheur à la soprano Carole Meyer, accompagnée par le cor de Didier Schlupp et le piano de Tristan Legris. Rarement donné, ce lied déploie une couleur mélancolique et nocturne où le cor, tel une voix de la nature, dialogue avec la voix humaine. Didier Schlupp, au cor, fait preuve d’un timbre chaud et rond, parfaitement fusionné avec la ligne vocale. Meyer, quant à elle, trouve dans cette partition des accents d’une intériorité touchante, le piano de Legris tissant des harmonies profondes comme l’eau du fleuve. Et le concert se conclut par un sommet de la musique de chambre schubertienne : « Le Pâtre sur le rocher » (Der Hirt auf dem Felsen), avec la clarinette de Patrick Ségard, le piano de Vladik Polionov et la voix lumineuse de Carole Meyer. Dès l’introduction, le timbre clair, moelleux et parfaitement projeté de la clarinette de Ségard enveloppe la salle d’une douceur presque pastorale. La soprano s’élance alors, passant des vers chantants du début à la flamboyance joyeuse du final, avec une aisance confondante. L’accompagnement de Polionov, d’une intelligence fine, soutient l’édifice de ce lied sans jamais l’écraser. Les trois artistes respirent à l’unisson, et le dernier éclat de clarinette, porté vers l’aigu, s’éteint dans un silence recueilli… avant une ovation méritée.

Le public, debout, ne veut pas laisser partir ses interprètes. C’est alors que Carole Meyer, avec la complicité de ses cinq amis musiciens, offre un bis totalement inattendu : un arrangement endiablé de la Marche militaire d’ouverture, agrémenté d’un texte original signé de la main de la soprano elle-même, intitulé « Tambour Major ». Le quintette improvisé réunit à nouveau Polionov et Legris au piano, Schlupp au cor, Ségard à la clarinette, et la soprano en chef de chœur malicieuse. Ambiance de réjouissance musicale, rythmes martiaux, sourires complices… Le morceau, interprété sur un tempo d’enfer, emporte tout sur son passage. Le final est une explosion de joie, de sons et d’amitié. Le public, conquis, applaudit à tout rompre. Bravi les Artistes !…

 

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CRITIQUE, festival. 29ème FESTIVAL DURANCE LUBERON (Salle des Fêtes de Grambois), le 16 août 2026. SCHUBERTIADE avec Carole MEYER (soprano), Vladik POLIONOV et Tristan LEGRIS (pianistes), Didier Schlupp (cor) et Patrick Ségard (clarinette). Crédit photographique (c) Emmanuel Andrieu

 

 

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CRITIQUE, Festival. 70e MENUHIN FESTIVAL GSTAAD (Tente du Festival), le 15 août 2026. ELGAR : Concerto pour violon (Daniel Hope, violon) / BEETHOVEN : Symphonie n°5. Gstaad Festival Orchestra (GFO), Alexander Shelley (direction)

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Les projecteurs sont braqués sur cette édition anniversaire du premier festival de musique classique en Suisse ; Daniel Hope, nouvel intendant, allait-il être à la hauteur des attentes… allait-il être fidèle à l’esprit du fondateur – Yehudi Menuhin – pour cette 70ème édition ? Mieux, allait-il prolonger tout en la renouvelant, la cohérence d’une programmation à nulle autre pareille (dans sa diversité et ses engagements) ?…

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Photos : Raphael Faux / MENUHIN FESTIVAL GSTAAD 2026

 

Avouons d’emblée que les défis (multiples) ont été relevés avec une énergie et une élégance indiscutables ; le nouvel intendant paraissant sur tous les fronts, présentant les concerts (et aussi participant au premier sommet « Art et économie »), portant lui-même comme pédagogue, l’Académie des cordes ; remettant sur scène les distinctions couronnant les meilleurs jeunes chefs.fes participant à la Conducting Academy (où participait aux côtés de Jaap Von Zweeden, le chef britannique Alexander Shelley)… LIRE notre dépêche : Tess Jackson et Leonhardt Kreutzmann, co-lauréats du Menuhin Conducting Prize 2026 : https://www.classiquenews.com/menuhin-festival-gstaad-menuhin-conducting-prize-2026-tess-jackson-et-leonhard-kreutzmann-co-laureats/.

 

Daniel Hope joue Elgar :
filiations et esprit de famille

En plus des valeurs défendues et incarnées dès l’origine par Yehudi Menuhin, Daniel Hope souligne avec raison tout ce qui compose cette esprit de famille mis à l’honneur par le thème fédérateur de cette édition (« Family matters »). Dans les faits jouer ce soir en première partie, le Concerto pour violon d’Elgar (1910) n’est pas anodin : Daniel Hope l’ayant travaillé sous les conseils de Menuhin lui-même, lequel l’avait joué en complicité avec le compositeur quand il avait 16 ans… Le jeune Menuhin l’enregistra aussi pour la première fois sous la conduite de l’auteur. La partition concentre ainsi une communauté artistique et rappelle cette filiation toujours active qui produit la richesse des propositions. Ce soir, le chef hyper élégant dans sa gestuelle (main gauche) comme dans ses choix expressifs, Alexander Shelley, exprime l’impérieux bouillonnement sonore d’une orchestration généreuse, l’écriture d’Elgar redoublant d’effets, de reprises, de variations dans ce concerto où le violon doit se confronter à une masse continument présente et mouvante (pas moins de 6 motifs mélodiques se succédant dans le premier mouvement Allegro), d’une activité et d’un format… symphoniques, – le Concerto ayant été conçu en 1910, entre 2 Symphonies. Daniel Hope défend la partie violonistique avec une ardeur inébranlable, droite, tendue, qui enfin – après l’évocation des 2è, 4è thèmes, s’épanche en un lyrisme contemplatif avec le 5è. Le chef permet au soliste d’émerger suffisamment dans cette tempête à la fois solennelle et spectaculaire, viscéralement orchestrale, grave et furieusement contrastée.

 

 

Daniel Hope nuance davantage sa partie dans le 2ème mouvement ; l’épisode plus introspectif, déploie un chant enveloppant, chambriste, comme une prière retenue, seule véritable échappée intime plus franche et conduite sur le fil du violon qui ne perd jamais sa souterraine tension. Puis c’est un jeu plus libre et d’un écoulement rhapsodique dont le format orchestral souligne et nourrit l’ampleur croissante dans un 3ème et dernier mouvement (Allegro molto) plus énergique encore que le premier Allegro. Le souffle grandiose prenant le pas sur l’intimisme et l’économie formelle. Chef et soliste trouvent le ton juste ; un format toujours corseté et magnifiquement déclamatoire; jouant sur les contrastes et dans cette séquence, les successions de modulations ; jamais réellement clair et franc, le chant du violon semble exprimer sans révéler ; se cantonner à une maîtrise continue, une pudeur de mise dont les racines ont à voir avec la vie personnelle du compositeur : Elgar pensant constamment sans en confesser son impuissante frustration, à l’être aimée (qui est aussi le sujet central de la 13ème des « Variations Enigma », la femme aimée secrètement, l’américaine Julia H. Worthington, qui mourra après la création du Concerto en 1913). La connaissance de cette indice autobiographique tend à amenuiser la couleur solennelle, un rien « pompier » de la partition. Le mérite de Daniel Hope est de défendre la partition à échelle humaine, à hauteur des sentiments, certes refoulés mais continument présents.

 

Alexandre Shelley :
puissance et élégance

En seconde partie (l’incandescente Symphonie n°5 de Beethoven), Alexander Shelley développe toutes les qualités détectées dans la première : geste ample, percutant, détaillé, ouvragé avec un feu communicatif et une souplesse so british ; sachant en particulier tout obtenir de l’Orchestre du Festival : le GFO Gstaad Festival Orchestra. D’un bout à l’autre des 4 mouvements de ce fabuleux galop orchestral, s’accomplit cette obstination furieuse et conquérante qui s’exprime par le rythme et la vitalité mordante des pupitres. Dès le premier Allegro, surgit détaillé et percutant, le relief individualisé du cor et du hautbois, l’énergie irrésistible des cordes ; l’Andante permet aux violoncelles de déployer de superbes phrasés et des respirations qui semblent chercher le sens profond de chaque mesure ; le chef y cultive ce lien organique d’une volupté inédite et dansante (emblèmes là encore de la grande élégance de sa direction). Le 3è mouvement immerge dans l’esprit de la fatalité la plus sombre, suggérant l’esprit du destin
auquel Beethoven apporte sa réponse définitive ; dans le dernier mouvement justement, que le chef aborde plus articulé que jamais, dans une exultation et un jaillissement primitif impérieux, en y apportant ce sentiment de pure joie qui prolonge la jubilation de son opéra Fidelio (final dont la composition est quasi simultanée), et qui fera les délices ultimes de la future 9è symphonie (et son ode triomphale).

 

 

En bis, Alexandre Schelley dirige une ouverture des Noces de Figaro dont l’effervescence bienvenue semblait prolonger l’exaltation beethovénienne, Daniel Hope ayant rejoint le pupitre des violons, dans cet esprit de communauté fraternelle si stimulante. Programme symphonique pleinement réussi, d’autant plus qu’il s’agissait du premier grand concert orchestral sous la Tente de Gstaad avec Daniel Hope, en soliste mais aussi dans l’orchestre.

 

 

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CRITIQUE, Festival. 70e MENUHIN FESTIVAL GSTAAD, sam 15 août 2026. Concerto pour violon d’Elgar (Daniel Hope, violon), Symphonie n°5 de Beethoven, GFO Gstaad Festival Orchestra, Alexander Shelley, direction – Photos © Raphael Faux / Menuhin Festival Gstaad 2026

 

 

prochains concerts symphoniques

Prochains grands concerts symphoniques sous la tente de GSTAAD, entre autres :
Royal Danish Orchestra / Nikolaj S-Znaider, violon / direction : Marie Jacquot (concerto pour violon de Brahms / Romeo et Juliette de Prokofiev, extraits, sam 22 août 2026, 19h30),
Royal Philharmonic Orchestra / Vasily Petrenko et Thomas Hampson, baryton (Lieder d’Alma Mahler, Rockert-lieder et Symphonie n°5 de Gustav Mahler, ven 28 août 2026, 19h30),
Roya Philharmonic Orchestra, Vasily Petrenko et Behzod Abduraimov, piano (Concerto pou piano n°1 et Symphonie n°5 de Tchaikovski, sam 29 août 2026, 19h30)… Plus d’infos sur le site du MENUHIN FESTIVAL GSTAAD 2026, jusqu’au 5 septembre 2026 : https://www.menuhin.ch/fr

 

 

présentation

LIRE aussi notre présentation du 70è MENUHIN FESTVAL GSTAAD (16.7 – 5.9.2026) :

https://www.classiquenews.com/menuhin-festival-gstaad-2026-daniel-hope-inaugure-sa-premiere-programmation-family-matters-16-juil-5-sept-2026-temps-forts-1/

 

Menuhin Festival Gstaad 2026 : Daniel Hope inaugure sa première programmation : « Family Matters », 16 juil – 5 sept 2026 (temps forts 1)

 

et aussi notre dépêche 4 :
https://www.classiquenews.com/menuhin-festival-gstaad-2026-16-juil-5-sept-2026-temps-fort-4-lancement-de-la-70eme-edition-family-matters/

 

Menuhin Festival Gstaad 2026, 16 juil – 5 sept 2026 (Temps forts 4). Lancement de la 70ème édition : « Family Matters »…

 

 

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MENUHIN FESTIVAL GSTAAD. Menuhin Conducting Prize 2026 : Tess Jackson et Leonhard Kreutzmann, co-Lauréats

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Tess Jackson et Leonhard Kreutzmann sont les Lauréats du Menuhin Conducting Prize 2026, une distinction qui leur apporter de nouveaux engagements.

 

Avec le Menuhin Conducting Prize, le Menuhin Festival Gstaad [fondé en 1957 par Yehudi Menuhin] participe activement à la formation des jeunes chefs d’orchestre. Créé en 2015 sous le nom de Neeme Järvi Prize, le Prix s’est doté en 2026 d’une orientation nouvelle, renforçant davantage son soutien à la nouvelle génération des chef.fes d’orchestre.
Lors de sa 11e édition, Leonhard Kreutzmann [ALLEMAGNE] et Tess Jackson [ROYAUME-UNI]  ont reçu conjointement le Menuhin Conducting Prize. Gonzalo Alarcón Burriel [ESPAGNE], le Prix du public.

Académie de jeunes talents… depuis le 28 juillet, 10 chefs d’orchestre ont travaillé intensivement avec les chefs Jaap van Zweden, Alexander Shelley, Johannes Schlaefli et Stef Collignon dans le cadre de la Conducting Academy. Le concert final du 13 août 2026 sous la Tente du Festival à Gstaad a départagé les plus méritants : les finalistes devant jury et public ont dirigé le Gstaad Festival Orchestra dans le Concerto pour violon d’Edward Elgar (Raphael Nussbaumer, soliste) et la Symphonie n° 4 de Johannes Brahms.

 

 

Les Lauréats :

Co lauréats du Prix 2026, Tess Jackson (2000) et Leonhard Kreutzmann (2003) ont particulièrement convaincu. Tess Jackson a convaincu par sa prestation dans le troisième mouvement, Allegro molto, du Concerto pour violon d’Elgar. Leonhard Kreutzmann conduisant la Symphonie n° 4 de Brahms à son point culminant avec force et énergie.

 

 

Les 2 lauréats ex aequo seront invités à diriger les 5 orchestres partenaires, à siéger au sein du jury d’un futur Conducting Prize, enfin à accompagner le chef Jaap van Zweden en tant qu’assistant lors d’un projet avec l’un des orchestres.

Pour la première fois cette année, un Prix du public a également été décerné. Au cours du concert final, le public a élu numériquement [23% des voix exprimées] pour l’Espagnol Gonzalo Alarcón Burriel (2001) qui remporte ainsi le Prix du public. Il a dirigé le Gstaad Festival Orchestra dans le premier mouvement, Allegro, du Concerto pour violon d’Elgar.

 

 

Le jury 2026 : Le jury était composé des professeurs de la Conducting Academy, de représentants du Gstaad Festival Orchestra ainsi que des cinq orchestres partenaires: Alexander Shelley, Johannes Schlaefli, Polina Peskina et Witold Moniewski (Gstaad Festival Orchestra), Christopher Dingstad (Dresdner Philharmonie), Florian Scholz (Berner Symphonieorchester), Dieter Kaegi et Yannis Pouspourikas (Theater Orchester Biel Solothurn TOBS !), Ulrich Amacher et Sebastian Hazod (Musikkollegium Winterthur), ainsi que Michael Nassauer (Philharmonie Südwestfalen, absent).

 

Plus d’infos sur le site du MENUHIN FESTIVAL GSTAAD 2026 

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CRITIQUE, festival. 10ème Festival « Opéra & Concerts au Coucher du soleil » (Place de la Croix à Oppède-le-Vieux), le 15 août 2026. PUCCINI : « La Bohème ». I. Kalugina, J. F. Marras, A. Giacobbe, D. Mykolenko… Paris Symphonic Orchestra, Cyril Diederich (direction musicale)

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Pour cette 10ème édition du festival « Opéra et Concerts au coucher de Soleil », toujours dans l’idyllique écrin de la Place de la Croix au Vieil-Oppède (dans le Luberon), le chef français Cyril Diederich (fondateur et directeur de la manifestation provençale) a offert une lecture de La Bohème de Giacomo Puccini qui a réussi la gageure de faire oublier les fastes des grandes scènes pour ne garder que l’essence de l’œuvre. Sous sa baguette alerte, le Paris Symphonic Orchestra (composée des meilleurs instrumentistes des formations parisiennes) a déployé une belle palette de couleurs, tissant une toile sonore qui a épousé avec naturel les frémissements de la nuit provençale.

 

La magie opère d’emblée, grâce au cadre naturel et somptueux du spectacle, qui semble avoir été imaginé pour accueillir les amours contrariées de Mimi et Rodolfo : la muraille millénaire de la cité médiévale, le majestueux micocoulier centenaire, et ce ciel illuminé d’étoiles, sous lequel Puccini fait chanter ses plus belles mélodies ce soir. La mise en scène, volontairement sobre, signée Cyril Diederich et les solistes vocaux, fait le choix d’une épure qui laisse toute sa place à la musique. Les costumes, d’une superbe élégance, et quelques accessoires essentiels, comme le poêle du I ou le divan où Mimi expire au IV, suffisent à planter un décor d’une vérité touchante.

 

 

Mais c’est bien sûr la distribution qui emporte l’adhésion. La soprano Ukrainienne Inna Kalugina, en Mimi bouleversante (après sa Violetta dans La Traviata, il y a un an jour pour jour !), possède ce timbre à la fois fragile et lumineux qui semble flotter dans l’air chaud du Luberon. Sa voix, d’une intensité poignante, trouve un écho parfait dans le Rodolfo du ténor corse Jean-François Marras, au charisme évident et au legato ardent. Leur « O soave fanciulla« , à la fin du premier acte, est un moment de grâce, un de ces instants suspendus où la musique semble s’arrêter pour mieux enlacer les cœurs. Les seconds rôles ne sont pas en reste : Antonino Giacobbe (Germont père, l’an passé) campe un Marcello truculent et généreux, tandis que Daria Mykolenko incarne une Musette espiègle et vocalement éclatante. De son côté, le baryton Trystan Aguerre campe un Schaunard enjoué, espiègle et d’une belle,agilité vocale saisissante, quand la basse chinoise Zhiyi Zhu offre ses beaux graves au personnage de Colline, tout en délivrant un touchant « Vecchia zimarra« . Enfin, Olivier Lagarde complète efficacement la distribution, dans la double partie de Benoît et d’Alcindoro, sans oublier de mentionner le Parpignol bondissant de Francesco Valadez Aguilera. La scène du Café Momus, réinventée par la présence de trois comédiennes-chanteuses (Annie Dydynski Gao, Serafima Liberman, et Catherine Moss) incarnant le Choeur d’enfants, prend une fraîcheur et une verve toute nouvelle, tandis que deux autres chanteuses (Laurine Martinez et Olga Kreps) viennent renforcer les solistes dans les parties chorales.

 

 

Le temps d’une soirée, le magnifique village perché du Vieil-Oppède s’est mué en un théâtre à ciel ouvert, où chaque recoin semble résonner de l’âme de Puccini. La direction musicale de Cyril Diederich, qui a maîtrisé les moindres nuances de la partition, malgré sa formation restreinte (dans une réduction orchestrale due à Jean-Philippe Kuzma), a offert une interprétation pleine de vie et de pathos, portée par les quinze instrumentistes du Paris Symphonic Orchestra, tandis que les lumières d’Olivier Daulon ont sculpté les murailles et les visages avec une poésie qui ont magnifié le drame. 

Le nombreux public – rassemblé en arc de cercle autour de l’estrade qui supportait la formation orchestrale – est visiblement ressorti ému et enchanté par sa soirée, conscient d’avoir assisté à quelque chose d’à la fois intemporel et profondément ancré dans l’instant présent !…

 

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CRITIQUE, festival. 10ème Festival « Opéra & Concerts au Coucher du soleil » (Place de la Croix à Oppède-le-Vieux), le 15 août 2026. PUCCINI : « La Bohème ». I. Kalugina, J. F. Marras, A. Giacobbe, D. Mykolenko… Paris Symphonic Orchestra, Cyril Diederich (direction musicale). Crédit photographique (c) Emmanuel Andrieu

 

 

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CRITIQUE, festival. 47èmes Semaines Musicales de Quimper (Jardin de l’Evêché), les 13 & 15 août 2026. VILLA-LOBOS, MILHAUD, C. GONZAGA, BEL AIR DE FORRO, NORDESTINOZ…

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En ce mois d’août 2026, la 47ème édition des Semaines musicales de Quimper met le cap sur le Brésil. Les récitals de piano, guitare, cavaquinho et de mélodies côtoient les orchestres de samba et les groupes brésilo-bretons dans le Jardin de l’Evêché, au pied de la Cathédrale Saint-Corentin. Vivent les musiques en dialogue!

 

Après la traversée en Andalousie (2024), puis celle à Cuba (2025), le festival quimpérois met le cap sur le Brésil en présence de la Vice-consule du Brésil en France. Comme lors de l’édition cubaine, les présentations documentées de Marcel Quillévéré (producteur sur France Musique) animent les récitals. Sur quatre jours d’intense activité festivalière, nous avons écouté un récital de piano et les musiques populaires, tous acclamés par le public.

On parle souvent de complicité musicale entre les interprètes d’une formation. Ce 13 août, le dialogue complice entre la pianiste Juliana Steinbach et l’ethnomusicologue Marcel Quillévéré était de cet ordre-là, sur le modèle informel d’une traversée radiophonique entre Europe et Brésil, nourrie de fragments épistoliers. En préambule, le public découvre donc le répertoire de salon et d’opéra brésiliens (transcrit au piano) du XIXe siècle, adapté des danses européennes. Les rythmes entêtants de maxixe (tango dit brésilien) sont chaloupés chez la compositrice Chiquinha Gonzaga, plus chahutés avec Ernesto Nazareth, improvisateur des cinémas de Rio de Janeiro. Francisco Mignone, compositeur d’opéra, dote la congada (célébration religieuse d’esclaves afrodescendants) d’éclairages harmoniques savants. La traversée à double mouvement se poursuit avec Heitor Villa-Lobos – qui se qualifiait d’« Indien blanc » pour le public européen –, entremêlée à celle de Darius Milhaud, attaché culturel français à Rio auprès de Paul Claudel (1917-1918). Familière de ce répertoire, la pianiste franco-brésilienne sélectionne certaines danses stylisées que ce dernier incorpore dans son cycle Saudades do Brasil. Si leurs sous-titres dessinent une cartographie depuis Rio jusqu’au littoral, une même nostalgie anime les tangos et sambas « exotisés » de Sorocaba et la polytonalité de Botafogo, alors que les ostinati complexes et superposés d’Ipanema se déploient avec virtuosité. Différemment, le jeu volontairement percussif enflamme sa sélection du Ciclo brasileiro (1936) avec une pâte sonore dense, sans doute un peu trop monolithique dans le toucher et les nuances. L’accalmie d’Impressões Seresteiras, sous l’influence de l’impressionnisme français, cède la place à la rutilance des danses. Elle culmine dans Festa no Sertão qui libère une vitalité fougueuse et martelée (toccata), déchaînant les applaudissements du public.

Entre les côtes bretonnes et celles du Brésil, les musiciens seraient-ils aussi aventureux que les marins ? Il faut dire que le fonds commun de danses caractéristiques les rapproche intimement : celles de la capitale de Cornouailles comme celles afro-brésiliennes ! Aussi, le Festival quimpérois a judicieusement organisé un double espace pour que l’écoute des spectateurs s’harmonise à la pratique dansée, élaborée dans les ateliers de danse parallèles au festival. Les auditeurs sont assis sous le barnum abritant la scène tandis que les danseurs bénéficient du fond de salle, prolongé par le jardin de l’Evêché.

La soirée du 15 août offre la richesse de l’interculturalité brésilo-bretonne avec deux groupes de haut vol. Bel Air de Forró (2012) communique une alchimie envoûtante et rodée par trois artistes accomplis : la chanteuse brésilienne Mariana Caetano, à la chaude voix rauque, le percussionniste virtuose Marcelo Costa et l’accordéoniste inspiré Yann le Corre, issu de la nouvelle vague bretonne. Développé dans les terres du Sertão, craquelées par le soleil, le forró vibre sur une rythmique trépidante que martèle la zabumba (grosse caisse plate, frappée de deux mailloches) ou le pandeiro, alliés au triangle. Grâce aux travailleurs Nordestins exilés, le forró a voyagé vers les mégapoles brésiliennes … et jusqu’en terre bretonne où la rythmique vigoureuse des danses de fest-noz (gavotte, plinn) s’avère une passerelle pour cette fusion créative. Avec ce trio, la transe du forró devient un partage avec les festivaliers par les refrains chantonnés.

Quant à Nordestinoz, il diffuse une fièvre immersive pour les danseurs et auditeurs. Le groupe de six musiciens (chanteuses, flûte, violon, accordéon, percus) semble capter le point commun entre danses brésiliennes et bretonnes : une battue à 2/4, aux accentuations certes différentes. Sans déracinement, leur répertoire de bal invente cette fusion virevoltante avec une énergie vitaminée. Celle-ci est autant vocale qu’instrumentale avec des chorus inventifs – mention spéciale au flûtiste Jean-Luc Thomas – et quelques contrepoints hypnotiques. Aussi, leur bis dans lequel se mêlent danseurs et musiciens au pied de la scène symbolise-t-il l’attractivité fédératrice du festival, un aspect développé par l’actuelle direction.

Si l’éclipse solaire du 12 août a momentanément fait de l’ombre au festival – les rivages de Cornouaille sont propices au coucher de l’astre… –, la fréquentation est repartie dès le lendemain. Sur un même espace festivalier, artistes inspirés et publics mixtes prennent le large au coude-à-coude !

 

 

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CRITIQUE, festival. 47émes Semaines Musicales de Quimper (Jardin de l’Evêché), les 13 & 15 août 2026. VILLA-LOBOS, MILHAUD, C. GONZAGA, BEL AIR DE FORRO, NORDESTINOZ… Crédit photographique (c) Droits réservés

 

 

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CRITIQUE, festival. 103e Festival des Arènes de Vérone, le 8 août 2026. VERDI : Nabucco. Y. Park, M. Torbidoni, A. Vinogradov, F. Meli… Stefano PODA / Sebastiano ROLLI

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Une nouvelle fois cet été, le Festival des Arènes de Vérone ont présenté Nabucco, œuvre fondamentale dans la production de Giuseppe Verdi, puisqu’elle révéla le compositeur au grand public et ouvrit une nouvelle étape dans l’histoire du mélodrame italien. Le livret, écrit par Temistocle Solera, s’inspire principalement de plusieurs livres de la Bible — les Livres des Rois, de Jérémie, des Lamentations et de Daniel —, même si sa source littéraire directe fut le drame français Nabuchodonosor, d’Auguste Anicet-Bourgeois et Francis Cornu. Créé à la Scala de Milan en 1842, l’ouvrage raconte l’histoire des Hébreux soumis et déportés par le roi babylonien Nabuchodonosor. Toutefois, le public italien de l’époque vit dans les Hébreux exilés une image de l’Italie elle-même, divisée et soumise à des puissances étrangères, et fit de son célèbre chœur « Va, pensiero » le symbole du désir de liberté et d’unité nationale. Résolument romantique et représentatif du premier Verdi, Nabucco demeure étroitement lié à la tradition belcantiste.

 

Pour cette reprise, le Festival italien a fait appel à la production scénique polémique entièrement signée par le metteur en scène italien Stefano Poda, qui, depuis sa création en 2025, n’a cessé de susciter débats et controverses. Aussi éblouissante que déroutante, la proposition dépouille l’opéra d’une grande partie de son contenu historique et, sans modifier la dramaturgie, le conçoit comme un vaste conflit de forces opposées évoluant dans un univers visuel autonome. La mise en scène, divertissante et futuriste, davantage proche d’un spectacle de science-fiction que d’un opéra de Verdi, propose une scène inclinée aux géométries monumentales, dominée par un long escalier central sur lequel se lit l’inscription latine « Forsan et haec olim meminisse iuvabit » (« Peut-être qu’un jour il nous sera agréable de nous souvenir de ces choses »), citation de l’Énéide de Virgile ; un sablier transparent suspendu au-dessus de la scène, sur lequel est inscrit le mot « Vanitas », symbole de la fugacité de l’existence et du passage inexorable du temps ; ainsi que deux grandes demi-sphères lumineuses représentant des particules qui s’attirent et se repoussent.

Sur scène, quelque 500 personnes, parfaitement chorégraphiées et soumises à des mouvements ritualisés et disciplinés, se déplacent constamment dans des costumes futuristes, au milieu d’une impressionnante débauche d’effets spéciaux comprenant des jeux de lumière, des explosions, des rayons laser, etc. Si les deux camps sont parfaitement différenciés par les costumes — marron pour les Hébreux et bleu pour les Babyloniens —, les protagonistes finissent par se dissoudre dans les masses, si bien que ni les relations qui ne les unissent ni la personnalité de chacun des personnages n’acquièrent suffisamment de relief théâtral. Mais surtout, le mouvement incessant de la proposition finit par devenir épuisant et par phagocyter la musique du génie de Busseto. Une proposition à prendre ou à laisser : ce qui constitue pour certains une vision intellectualisée de l’essence de l’opéra n’est pour d’autres rien moins qu’un véritable massacre de l’un des titres les plus emblématiques du répertoire verdien.

Heureusement, le consensus fut bien plus large en ce qui concerne la dimension musicale. À la tête de l’Orchestre du festival, le chef italien Sebastiano Rolli a accompli un travail mémorable et a constitué l’un des piliers essentiels du succès de la représentation. Maîtrisant parfaitement la partition verdienne, il proposa une lecture musicale pleine d’énergie et de précision, parfaitement concertée et d’un style soigné. Superbe prestation également du chœur maison, placé sous la direction de l’expérimenté Roberto Gabbiani, protagoniste d’une soirée glorieuse et qui mérita pleinement une part importante des ovations finales.

 

 

Sur le plan vocal, la distribution répondit avec un niveau de qualité exceptionnel. Dans le rôle-titre, le jeune et prometteur baryton sud-coréen Youngjun Park, grand habitué du festival, fit montre d’une voix fraîche, généreuse, étendue et d’une séduisante couleur, qu’il conduisit avec des moyens techniques très maîtrisés, même si l’on ne put lui reprocher qu’un chant quelque peu dépourvu de caractère et de poids dramatique. Dans le rôle de sa fille illégitime Abigaille, l’excellente soprano italienne Marta Torbidoni remporta un triomphe mérité grâce à des moyens vocaux prodigieux : une voix robuste, un médium consistant, des graves solides et des aigus fermes, lumineux et bien projetés. Son aria « Anch’iodischiuso un giorno… », riche en nuances et en demi-voix, puis sa cabalette « Salgo già del tronoaurato… », chantée avec une fureur implacable, des agilités maîtrisées et des aigus assurés, offrirent deux des meilleurs moments vocaux de la soirée. Sur le plan strictement interprétatif, elle se montra très investie dans la composition de son personnage, auquel elle conféra une grande variété de ressources expressives.

De son côté, Alexander Vinogradov mit au service de Zaccaria une voix de basse au timbre sombre, bien projetée et aux accents nobles, à la hauteur de l’autorité qu’exige le chef religieux des Hébreux. Bien qu’il ne dispose pas d’un véritable air de bravoure, le ténor italien Francesco Meli parvint à tirer le meilleur parti de sa partie à chacune de ses interventions. Pris entre l’amour et le conflit opposant deux peuples, son Ismaele acquit un relief particulier grâce à une voix d’une grande beauté de timbre, une ligne de chant impeccable et un phrasé d’« Altri tempi », élégant, noble et d’une exquise musicalité. Très convaincante, la mezzo-soprano allemande Anna Werle offrit une Fenena au timbre chaleureux et rond, dont elle sut tirer le meilleur parti dans sa prière finale « Oh, dischiuso è il firmamento… », s’attirant ainsi les faveurs du public. Les rôles secondaires d’Anna, d’Abdallo, du soldat babylonien, et du Grand Prêtre de Baal furent assurés avec beaucoup de métier par Elisabetta Zizzo, Matteo Macchioni et Gabriele Sagona, respectivement.

Les saluts finaux se révélèrent bien maigres et peu enthousiastes de la part d’un public qui sembla bien peu sensible à une distribution que nombre des grandes maisons d’opéra de premier plan pourraient pourtant lui envier…

 

 

 

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CRITIQUE, festival. 103e Festival des Arènes de Vérone, le 8 août 2026. VERDI : Nabucco. Y. Park, M. Torbidoni, A. Vinogradov, F. Meli… Stefano PODA / Sebastiano ROLLI. Crédit photographique (c) Droits réservés

 

 

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30ème Festival International ALBERT ROUSSEL : 12 sept – 28 nov 2026. Floréal Dervin, Emmanuel Hocdé, Damien Top, Jessica Dahmani, Vincent Delage…

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Au cœur des Flandres françaises, le CIAR / Centre International Albert Roussel, fondé en 1992 agit pour le rayonnement de l’œuvre d’Albert Roussel en France, en Europe et partout dans le monde. Sa médiathèque conserve à présent des milliers de documents autographes et des archives qui concernent l’histoire de la musique française et flamande des 19 et 20èmes siècles. Le fonds regroupe aussi la plus importante collection de pièces concernant le compositeur Albert Roussel (manuscrits, lettres autographes, photographies, livres, enregistrements, etc…). Il continue de s’enrichir régulièrement soit par des acquisitions faites par l’association, soit par des dons.

 

 

Le FESTIVAL INTERNATIONAL ALBERT ROUSSEL créé en 1997, complète l’activité et l’objet du CIAR / Centre international Albert Roussel. Sous la direction artistique de Damien Top, le Festival chaque année, propose une programmation qui permet la redécouverte de nombreux compositeurs issus de Flandre : Auguste Taccoen, François Knorr, Valentin Neuville, Maxime Dumoulin, Francis Loriaux, Vic Legley, Christophe Looten, Raymond Loucheur, … ou du Pays de Caux : Claude Delvincourt, Maurice Thiriet, Pauline Amblard, etc. En outre la collection de cd qui conserve la trace de nombreux projets musicaux, prolonge son action d’ambassadeur culturel privilégié. A l’automne 2026, le Festival Albert Roussel fête sa 30ème édition.

 

 

30ème Festival 
du 12 septembre au 29 novembre 2026
7 événements incontournables

 

 

Samedi 12 septembre 2026 à 20h
Collégiale Notre-Dame de Cassel
Concert d’ouverture
Floréal Dervin, piano

Albert Groz : Epithalame
1. ?…
2. Paysage – Portrait – Amour – Rêves
3. Gens de la noce – Danses bourgeoises et rustiques
4. Cloches – Cortège – Epousailles – Duo – Avenir

Albert Roussel : Des Heures passent… op.1
1. Graves, légères…
2.Joyeuses…
3.Tragiques…
4.Champêtres…

Vincent d’Indy : Tableaux de voyage op.33 (extraits)
1.?
2. En marche
3. Le Lac vert
4. La pluie

Aventures sentimentales et exploration des sommets alpins se succèdent au cours du programme interprété par un jeune pianiste émergent. Floréal Dervin rend hommage à la Schola Cantorum, réunissant le maître Vincent d’Indy et deux de ses brillants disciples.

Entrée : 10 €
*****

 

 

Orgue en Fête
Samedi 3 octobre à 20h
Hazebrouck – église Saint-Eloi

Emmanuel Hocdé
titulaire de l’église Saint-Eloi à Paris et de la cathédrale de Laval
Grand Prix de Chartres

Alexandre Guilmant : Sonate pour orgue en ré mineur op 42
Introduction et Allegro
Albert Roussel : Prélude et fughetta
Eugène Gigout : Grand chœur dialogué
Auguste Fauchard : Finale de la première symphonie
Valentin Neuville : Vitrail
Nadia Boulanger : Prélude (extrait des 3 pièces)
Vincent d’Indy : Prélude pour GO op.66
Louis Vierne : Carillon de Westminster
*****

 

 

 

Autour de la harpe
Samedi 10 octobre à 17h
Église Saint-Vaast de Zuytpeene

Le ténor Damien Top et la harpiste Jessica Dahmani interprètent des chansons de troubadours ainsi que des morceaux pour harpe seule signés Albert Roussel et Pierrette Mari. L’alliance subtile entre les mélismes de la voix et les sonorités de la harpe.

René de Castéra : Chansons de troubadours
Albert Roussel : Impromptu op. 21 pour harpe
Maurice Thiriet : Deux ballades médiévale
André Caplet : Deux Sonnets de Joachim du Bellay
Pierrette Mari : Deux Promenades pour harpe
Joseph Canteloube : Pastourelle (Chant d’Auvergne)

Entrée : 10 euros
****

 

Autour de la Schola Cantorum
Dimanche 18 octobre à 17h00
Château de Morbecque

Damien Top, ténor et Vincent Delage, piano
Plusieurs manuscrits retrouvés de compositeurs issus de la Schola Cantorum sont interprétés pour la première fois au cours d’un programme varié, reflétant la diversité stylistique de cette école qui marqua l’histoire de la musique française.

Vincent d’Indy : Lied maritime (Vincent d’Indy)

Albert Roussel : Le départ (Henri de Régnier)

René de Castéra : Je ne sais pourquoi (Paul Verlaine)

Charles Bordes : Vier Melodische Sätze (Nikolaus Lenau)
création mondiale
1 – Drüben geht die Sonne schelden…
2 – Trübe wird’s, die Wolken…
3 – Au dem Teich, dem regungslose…
4 – So oft sie kam, erschien mir…

Léon de Saint-Réquier : Petits poèmes (Maurice Rollinat)
création mondiale
1 – Le bruit de l’eau
2 – La lanterne
3 – Rondeau de printemps

Georges Auric : Huit poèmes chinois (Henri-Pierre Roché)
création mondiale
La lune pâle
Sur la touffe de bambou
Les oiseaux envolés
Une tortue repose
Vous demandez pourquoi
Ici, accablé et malade
Hier soir tu étais une fiancée
Ecoute cette chanson

Joseph Canteloube : Autour du palais de cristal
création mondiale

Daniel Brel : Milonga (Virginie Desplain)
création mondiale

Albert Roussel :
Cœur en péril (René Chalupt)
Le bachelier de Salamanque (René Chalupt)

Entrée : 20 €
En présence de Daniel Brel
buffet en compagnie des artistes après le concert
*****

 

 

Hommage à Pierre Etaix
Cinéma « Arcs-en-Ciel » d’Hazebrouck
Lundi 2 novembre à 20h

Soirée cinéma et humour en hommage à Pierre Etaix
disparu il y a dix ans, le 14 octobre 2016

Rencontre avec Odile Etaix
Projection du film « Le Grand Amour »
Cinéaste, clown, dessinateur, Pierre Etaix a marqué le monde du spectacle par son humour et sa distinction. Une rencontre autour de son œuvre animée par son épouse Odile Etaix suivie de la projection de Le Grand amour.

Entrée : 5,90 €
*****

 

 

Le salon romantique
d’Edmond de Coussemaker
Vendredi 20 novembre à 20h
Eglise Saint-Erasme de Sercus

Damien Top, ténor
Jessica Dahmani, harpe
Eric Hénon, piano

Gioachino Rossini
Sérénade extrait du Barbier de Séville

Michele Carafa
Cavatine extrait de Masaniello ou le pêcheur napolitain

Edmond de Coussemaker
Quadrille de contredanse

Franz Liszt : Consolation

Franz Schubert

Godefroid : Etude pour harpe

Zoé de La Rue : Romance

Edmond de Coussemaker
Que faire il faut y passer tous – Cecilia – Le Sénateur

Entrée : 10 €
Un verre de l’amitié permettra d’échanger avec les artistes à l’issue du concert
*****

 

 

Concert de Clôture

Par amour du sax
Dimanche 29 novembre à 17h
Eglise Saint-Omer de Bavinchove

Michel Supéra, saxophone
Jean-Michel Dayez, piano

Claude Delvincourt : Croquembouches
Vincent d’Indy : Choral varié op.55
Jules Demersseman : Fantaisie op.32
Claude Debussy : Rapsodie
Pierrette Mari : Allégorie – création
Albert Roussel : Mélodies
Darius Milhaud : Scaramouche op.165b

Entrée : 10 euros
En présence de Pierrette Mari
Un verre de l’amitié permettra d’échanger avec les artistes à l’issue du concert

 

 

TOUTES LES INFOS, le détail des programmes, les artistes invités, les œuvres jouées… sur le site du 30ème Festival International Albert Roussel 2026 : https://ciar.e-monsite.com/pages/festival-2026.html

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CRITIQUE, festival. 29ème FESTIVAL DURANCE LUBERON (Cour d’honneur du Château de la Tour d’Aigues), le 14 août 2026. PUCCINI : Tosca. I. Stopina, C. Berry, F. Leroux-Roche… Vladik POLONIOV (piano et mise en scène)

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Le Festival Durance Luberon, pour cette 29e édition toujours menée de main de maître par Luc Avrial, a frappé un grand coup en proposant, dans la majestueuse écrin de la Cour d’Honneur du Château de la Tour d’Aigues, une version de poche de Tosca de Giacomo Puccini. Portée par le génie protéiforme de Vladik Poloniov – au piano et à la mise en scène ! –, cette adaptation imaginative a su captiver un public conquis et lui offrir une expérience lyrique d’une superbe intensité.

 

Fidèle à sa réputation d’homme de théâtre complet, Vladik Poloniov a livré une lecture de l’œuvre tout à la fois respectueuse du livret et résolument inventive. La version, certes amputée de quelques scènes annexes et du personnage du Sacristain, se concentre avec une redoutable efficacité sur le triangle infernal formé par les trois protagonistes. L’idée maîtresse de la mise en scène, l’ajout d’un ensemble de huit choristes de l’Atelier d’Art lyrique du Conservatoire de Vitrolles, a fait mouche. Vêtus de manteaux noirs tels des spectres, à la manière de Belphégor, ces choristes sont apparus comme une force obscure et dramatique, venant clôturer de manière saisissante les deux premiers actes. Leur intervention la plus marquante restera sans doute l’ensevelissement de Scarpia à la fin du IIe acte, une évocation puissante du Commandeur entraînant Don Giovanni aux enfers, qui a glacé d’effroi le public (photo principale). La conclusion de l’opéra a également été l’objet d’un parti pris scénique particulièrement intéressant. Ici, pas de saut dans le vide depuis les douves du Château Saint-Ange. La Tosca de cette version de poche, après avoir poignardé son bourreau, se suicide avec le même revolver qui a servi à occire son amant Mario un peu plus tôt. Ce choix, aussi brutal que logique, ancre le drame dans une forme de réalisme tragique, bouclant la boucle d’une violence destructrice où la mort de l’héroïne est un acte désespéré et intime, faisant écho à celui qui a scellé le sort de son amant.

Pour incarner ce drame en musique, le festival avait réuni une distribution d’exception, portée par des artistes dont la fougue a électrisé la soirée. Au premier rang, Irina Stopina, dans le rôle-titre, a imposé une Tosca d’une présence scénique flamboyante. Son ancienne formation de mezzo-soprano lui confère une voix large, sombre et d’une puissance impressionnante, qui embrase littéralement les planches. Si cette tessiture lourde peut sembler parfois moins aérienne, et son fameux « Vissi d’arte » moins bouleversant qu’il ne pourrait l’être, elle s’avèrerait en revanche idéale pour les emplois plus dramatiques du répertoire verdien, comme Abigaïlle ou Lady Macbeth. Sa performance, dans son intensité et son engagement, n’en a pas moins brûlé les planches de la scène de la Cour d’Honneur.

Face à elle, Christophe Berry, en Mario Cavaradossi, a littéralement « mangé du lion » ce soir. Son ténor, épanoui et rayonnant, a soulevé le public dès ses premières interventions. Son interprétation du célèbre air « E lucevan le stelle« , chanté dans un pianissimo détaillé et d’une émotion à fleur de peau, restera comme le sommet vocal et émotionnel de la soirée. Pilier du festival, le baryton marseillais Florent Leroux-Roche a composé un Scarpia d’autant plus terrifiant qu’il possédait une beauté magnétique, tant dans son physique de jeune premier que dans sa voix de baryton magnifiquement timbrée, à la fois charnue, autoritaire et profondément séduisante. Son incarnation du chef de la police, à la fois suave et brutal, a hypnotisé le public tout au long de la soirée. La distribution était parfaitement complétée par le solide Maurel Endong en Angelotti et le Patrick Agard en Spoletta, dont la présence a contribué à la densité dramatique de l’ensemble.

Un moment de grâce et de passion pure, où l’essentiel, la musique et les voix, ont brillé avec une émouvante intensité sous le ciel étoilée du Luberon !

 

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CRITIQUE, festival. 29ème FESTIVAL DURANCE LUBERON (Cour d’honneur du Château de la Tour d’Aigues), le 14 août 2026. PUCCINI : Tosca. I. Stopina, C. Berry, F. Leroux-Roche… Vladik POLONIOV (piano et mise en scène). Crédit photographique (c) Droits réservés

 

 

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CRITIQUE, festival. 103e Festival des Arènes de Vérone, le 7 août 2026. PUCCINI : Turandot. A. Pirozzi, S. Baek, M. Sicilia… Franco ZEFFIRELLI / Andrea BATTISTONI

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Alors que cette année coïncide avec le centenaire de la création de Turandot, l’opéra posthume et inachevé de Giacomo Puccini, le Festival des Arènes de Vérone a choisi de commémorer cet anniversaire en reprenant la monumentale production signée par le regretté metteur en scène italien Franco Zeffirelli, créée en 2010 pour l’amphithéâtre italien, et devenue depuis l’une des productions les plus emblématiques et les plus plébiscitées de l’histoire récente du Festival. Conçue spécifiquement pour les dimensions monumentales des Arènes, dont elle exploite pleinement les possibilités, cette production foisonnante, soignée jusque dans les moindres détails et véritablement féerique demeure aujourd’hui encore aussi efficace, fascinante et spectaculaire que lors de sa création.

 

La scénographie monumentale et hypertraditionnelle, signée par Zeffirelli lui-même, recréait avec beaucoup de réussite la Chine fantastique et féerique imaginée par Carlo Gozzi, dont Puccini et ses librettistes se sont inspirés pour l’opéra. Dragons, pagodes, palais impérial et une foule composée du peuple, de la cour, de danseurs et de figurants occupaient l’immense surface des Arènes et animaient constamment la scène. Cette profusion d’éléments et de personnages finissait toutefois, par moments, par provoquer une certaine saturation visuelle, rendant difficile l’identification des protagonistes. Les costumes riches et somptueux de la créatrice japonaise Emi Wada apportaient une dimension supplémentaire à l’univers visuel de la production et, en parfaite adéquation avec la mise en scène, opposaient les tonalités ternes des vêtements du peuple à la splendeur colorée de la cour impériale chinoise. Ils contribuaient ainsi à établir les différents niveaux sociaux de cet univers imaginaire, renforçant visuellement la distance entre le peuple et le pouvoir impérial. Autre facteur décisif dans la réussite de l’ensemble : le traitement extrêmement élaboré des lumières, qui, d’une part, accompagnait avec efficacité les transformations de la scénographie et, d’autre part, dans une production aussi chargée, aidait à guider le regard du spectateur. Excellent travail également de Maria Grazia Garofali, responsable des mouvements chorégraphiques du spectacle.

 

 

Sur le plan vocal, la soirée se révéla magnifique. Dans le rôle de l’impitoyable princesse chinoise, la soprano napolitaine Anna Pirozzi, authentique soprano dramatique, démontra une fois encore pourquoi elle est considérée comme l’une des grandes références vocales du rôle. Dotée d’un instrument puissant, riche en couleurs, malléable et homogène, la redoutable tessiture de la partie ne sembla lui poser ni difficulté ni obstacle, donnant lieu à une interprétation particulièrement virtuose. Elle déploya de véritables torrents de voix dans une interprétation combative et anthologique de l’air « In questa reggia… », tout en sachant maîtriser son volume sonore afin d’apporter la morbidezza requise dans les passages les plus lyriques du personnage. Sur le plan interprétatif, elle chanta avec beaucoup de goût et d’expressivité et livra, à travers son chant, un portrait psychologique particulièrement fouillé de la personnalité complexe de la princesse de glace.

À ses côtés, en grande forme, le jeune SeokJong Baek conçut un Calaf enthousiaste, parfaitement crédible et doté d’une remarquable puissance vocale. Le ténor sud-coréen fit valoir un registre médium solide, des graves agréablement timbrés et des aigus faciles et sûrs, des qualités qui se révélèrent idéales pour les exigences du rôle. Son « Non piangere, Liù… » fut un véritable déploiement de qualités vocales et interprétatives, porté par un phrasé captivant et une expressivité à fleur de peau. Dans le célèbre « Nessun dorma… », les aigus, émis avec une facilité déconcertante et un éclat remarquable, déclenchèrent l’enthousiasme du public, dont les ovations faillirent même provoquer un bis.

 

 

Véritable révélation de la soirée, la soprano italienne Mariangela Sicilia, dotée d’une voix lumineuse, parfaitement maîtrisée et particulièrement ductile dans les demi-voix et le chant en piano, incarna une Liù débordante de douceur et de profondeur expressive. Elle construisit un personnage d’une grande humanité qui ne tarda pas à conquérir le public. Le trio des ministres impériaux fut défendu avec efficacité par Gezim Myshketa (Ping), Saverio Fiore (Pang) et Matteo Macchioni (Pong), qui remplirent largement leur mission, tant sur le plan vocal que scénique. Un véritable luxe que ce roi tatar déchu Timur incarné par la basse russe Alexander Vinogradov, qui imposa le personnage avec une grande autorité grâce à une voix puissante et sombre, aux graves profonds et résonnants. Convaincant également, l’empereur Altoum du ténor italien Carlo Bosi, toujours très professionnel. Irréprochable, le Mandarin du baryton-basse mongol Ankhbayar Enkhbold. Parfaites, enfin, les deux suivantes de la princesse, Grazia Montanari et Tamara Zandonà. Le chœur d’adultes comme le chœur d’enfants, autres grands protagonistes de l’opéra, firent preuve d’une excellente préparation, d’un bon équilibre entre les différents cordes et d’une sonorité homogène, sous la direction attentive de Roberto Gabbiani et de Matteo Valbusa, respectivement.

Depuis le podium, le chef italien Andrea Battistoni se montra particulièrement soucieux de maintenir la tension dramatique et de préserver au mieux l’équilibre entre la scène et la fosse, proposant toutefois une lecture correcte mais routinière, avare de nuances et de contrastes dynamiques, qui trouva ses meilleurs moments dans les scènes les plus grandiloquentes de la partition. D’interminables ovations au terme de l’opéra saluèrent le travail de l’ensemble des interprètes et transformèrent l’amphithéâtre romain en une véritable fête.

 

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CRITIQUE, festival. 103e Festival des Arènes de Vérone, le 7 août 2026. PUCCINI : Turandot. A. Pirozzi, S. Baek, M. Sicilia… Franco ZEFFIRELLI / Andrea BATTISTONI. Crédit photographique (c) Ennevi

 

 

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CRITIQUE CD événement. GIORDANO : MARINA (1888). Eleonora Buratto, Freddie De Tommaso, Coro del Teatro Petruzzelli di Bari, Orchestra I Pomeriggi Musicali, Vincenzo Milletarì (1 cd DECCA classics, fév 2026)

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Belle surprise et véritable révélation de l’été 2026 dans le registre lyrique. Cet enregistrement en première mondiale réalisé en février 2026 à Milan répare un oubli regrettable. Ainsi se dévoile le premier essai lyrique d’Umberto Giordano, compétiteur comme Mascagni du Concours organisé par l‘éditeur Sonzogno en 1888. Depuis, l’opéra de ce dernier, Cavaleria Rusticana, chef d’œuvre absolu et justement couronné a jeté dans l’ombre les ouvrages simultanés dont cette « Marina » de Giordano.

 

 

 

En moins d’1h de temps (donc plus rapide encore que Mascagni), la tragédie de Giordano allie idéalement puissance mélodique d’un orchestre suggestif et mordant, et duos éperdus, intensément passionnels, entre les deux protagonistes, soprano et ténor, que pourtant tout opposait en début d’action : Marina monténégrine et Giorgio, officier serbe. Sur fond de guerre et de barbarie ordinaire, les deux âmes se croisent, s’aimantent et contre la fatalité de leur clan, s’aiment jusqu’à la mort…

Giordano maîtrise indiscutablement les rouages de l’écriture lyrique, précisément vériste, selon le goût de son époque. La distribution est exemplaire ; Voix ample et fine, le soprano lyrique et dramatique d’Eleonora Buratto incarne avec une grande classe, une intensité nuancée, le profil de la monténégrine MARINA, qui selon la tradition d’hospitalité de son pays, accueille dans sa maison, l’officier serbe Giorgio Lascari, un rôle à la Cavaradossi, taillé pour l’ardent et très engagé Freddie de Tommaso.

Le premier air de Marina, âme ardente aussi puissante et sensible que Tosca, expose d’emblée le profil de l’héroïne (qu’un Puccini n’aurait pas désavouer). L’admirable jeune femme éblouit par sa vaillance et ses valeurs humanistes, sa droiture morale en temps de guerre. Car le jeune Giordano aborde la tragédie de la guerre et l’horreur barbare des rivalités déclarées, l’ignominie des haines répétées au nom des postures « officielles ». Ici, Marina est tiraillée entre son humanité fraternelle et la loi du clan auquel elle appartient, celui de son frère Daniele et de son « fiancé » Lambro.
La 2è partie, après l’exposition des caractères et de la situation fratricide imposée, fouille davantage l’âme des protagonistes. Si Marina est accusée de traîtrise et Giorgio fait prisonnier, l’orchestre exprime le diamant moral des deux condamnés ; dans un précipité tragique, le jaloux Lambro tue Marina… droiture de l’amour contre la fatalité de la haine.

Parmi les réussites de cette tragédie parfaitement construite, saluons le duo / confrontation du frère et de la sœur qui conclut la Partie I ; le très bel intermède ouvrant la partie II – introspectif et sinueux, au diapason de la passion haineuse qui emporte tout ; le monologue de Giorgio, puis son admirable duo avec Marina qui exacerbent les passions d’un drame à l’issue inéluctable… où l’éclat d’un amour imprévu et sincère se dresse contre la barbarie environnante. Les chœurs magnifiquement impliqués, sont très bien écrits, intégrés astucieusement dans le déroulé de l’action, l’orchestre milanais requis ne manque ni de relief ni de couleurs, évitant la surcharge comme l’épaisseur ; l’enregistrement en première mondiale est un sans faute absolu et la révélation lyrique de l’été. CLIC de CLASSIQUENEWS été 2026

 

 

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CRITIQUE CD événement. UMBERTO GIORDANO : Marina, première mondiale (1888). Eleonora Buratto, Freddie De Tommaso, Coro del Teatro Petruzzelli di Bari, Orchestra I Pomeriggi Musicali, Vincenzo Milletarì (1 cd DECCA classics) – CLIC de Classiquenews été 2026
PLUS D’INFOS sur le site de l’éditeur DECCA classics : https://store.deccaclassics.com/products/marina-by-umberto-giordano?srsltid=AfmBOoq1xW3pAK7lyWALP-0qYoKDZP-liBaIppMRNUCPTT-_rhGaXTh9

 

 

 

 

 

 

LIRE aussi notre présentation de MARINA de Giordano, récréation et première mondiale : https://www.classiquenews.com/cd-evenement-annonce-giordano-marina-1888-eleonora-buratto-freddie-de-tommaso-coro-del-teatro-petruzzelli-di-bari-orchestra-i-pomeriggi-musicali-vincenzo-milletari-1-cd-decca-classics/

 

Recréation mondiale… Oublié depuis près de 140 ans, le premier opéra de Giordano, « Marina », ressuscite dans cet enregistrement réalisé pour Decca classics. C’est l’un des temps forts lyriques de l’année 2026. Enregistré lors de la première mondiale au Teatro dal Blockchain de Milan en février 2026, l’ouvrage s’inscrit dans la veine vériste mais avec ce sens du drame et de la mélodie propre au compositeur.

CD événement, annonce. GIORDANO : MARINA (1888). Eleonora Buratto, Freddie De Tommaso, Coro del Teatro Petruzzelli di Bari, Orchestra I Pomeriggi Musicali, Vincenzo Milletarì (1 cd DECCA classics)

 

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CRITIQUE, festival. 50ème Festival du Vigan (Eglise St-Pierre), le 13 août 2026. VIVALDI : « Magnificat » et « Gloria » par l’Orchestre de Chambre de Toulouse et le Choeur de l’Abbaye de Sylvanès, Michel Piquemal (direction)

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50 ans que le Festival du Vigan rayonne dans les Cévennes, porté par la passion inaltérable de son fondateur, le pianiste Christian Debrus. Pour ce demi-siècle d’existence, l’édition 2026 a su, une fois encore, conjuguer l’exigence artistique et la célébration d’un patrimoine exceptionnel. Après le concert intimiste et lumineux du Temple d’Aumessas, en juillet dernier, c’est dans l’écrin (néo)gothique de l’Eglise Saint-Pierre du Vigan, bondée de cinq cents spectateurs massés jusque dans les travées latérales, que s’est tenu l’événement le plus important de cette édition anniversaire. Un cadre grandiose, une acoustique généreuse, et un public venu en nombre pour un pèlerinage musical d’une grande beauté.

 

Cette soirée du 13 août était placée sous le signe d’Antonio Vivaldi, et le choix du programme s’est avéré un véritable coup de maître. D’abord présentée (comme toujours avec un savant mélange d’humour et d’érudition…) par notre cher confrère André Peyrègne, la soirée a d’abord retenti de l’éclat solennel du Magnificat RV 610, magnifique cantique marial composé par Il Prete rosso – et déployé ici avec une clarté et une spiritualité qui ont d’emblée imposé le recueillement. L’œuvre, dans sa structure complexe et sa polyphonie exubérante, a offert un premier sommet, faisant résonner les voûtes de Saint-Pierre avec une énergie communicative.

Entre les deux grandes œuvres vocales, l’intermède instrumental de la Sinfonia al Santo Sepolcro RV 169, brève page orchestrale d’une gravité méditative, a servi de lien idéal, créant une respiration entre les deux sommets choraux. Le geste de Vivaldi, dans ce morceau à la fois dépouillé et profond, a trouvé ici un écho parfait dans l’atmosphère sacrée du lieu. Le premier acte s’est achevé sur le motet Ostro picta, armata spina RV 642, une pièce pour soprano solo d’une superbe expressivité, portée par la voix lumineuse et le lyrisme d’Éva Plouvier.

Enfin, vint le fameux Gloria RV 589, chef-d’œuvre absolu de la musique sacrée baroque, qui a couronné ce voyage musical. Sous la direction précise et amoureuse de Michel Piquemal, l’œuvre a déployé toute sa palette de lumières et d’ombres. Des fulgurances de l’introduction aux délicates prières intimes, en passant par des mouvements d’une joie exubérante, la partition de Vivaldi a pris vie avec une évidence confondante. Le Chœur de l’Abbaye de Sylvanès a fait preuve d’une homogénéité et d’une ferveur remarquables, tandis que l’Orchestre de chambre de Toulouse apportait une transparence et un soutien de tous les instants. La soprano Éva Plouvier et la mezzo-soprano Gaëlle Mallada se sont illustrées par leur engagement et la beauté de leur timbre, leurs voix se mêlant et se répondant avec une grâce infinie.

Le triomphe fut complet devant un public conquis, qui a réservé une standing ovation à l’ensemble des (nombreuses) forces en présence. La direction de Michel Piquemal – pour sa 35e année consécutive (!) de fidélité au festival fondé par Christian Debrus -, a été saluée comme celle d’un véritable chef de chœur et d’orchestre, capable de conférer à cette musique une profondeur et une vitalité hors du commun. La communion entre les chœurs, l’orchestre, les solistes et ce public silencieux et attentif a été totale, confirmant que, cinquante ans après sa création, le Festival du Vigan demeure l’un des rendez-vous majeurs de la musique classique en Occitanie, un lieu où l’excellence artistique se marie à l’émotion d’un partage unique. Bravissimi Tutti !…

 

 

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CRITIQUE, festival. 50ème Festival du Vigan (Eglise St-Pierre), le 13 août 2026. VIVALDI : « Magnificat » et « Gloria » par l’Orchestre de Chambre de Toulouse et le Choeur de l’Abbaye de Sylvanès, Michel Piquemal (direction). Crédit photographique (c) Emmanuel Andrieu

 

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CRITIQUE, Opéra. WINGFIELD, IF Opera (Church Farm), le 12 août 2026. BIZET : Carmen. James HURLEY / Olivier GOOCH

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Après le très rare « Soldat en chocolat » d’Oscar Straus, Carmen de Georges Bizet reçoit un vrai coup de fouet dans la nouvelle production de James Hurley montée à l’IF Opera. Les deux ouvrages marquent la 30ème édition du festival (la deuxième à Church Farm) – et un nouveau petit miracle lyrique pour une compagnie qui monte une saison de cette qualité sans le moindre argent public.

 

Church Farm demeure l’un des grands plaisirs du circuit des festivals d’été : une ferme élégamment restaurée et sa minuscule église paroissiale de St Mary, du quatorzième siècle, nichées parmi les pelouses, une mare à canards et des jardins, avec l’auditorium couvert du Saddlespan planté dans les champs, et le Westbury White Horse découpé dans la colline en toile de fond. Arrivez tôt, pique-niquez sur l’herbe, et la soirée a déjà commencé bien avant la première note. Dois-je préciser qu’il faisait une chaleur toute sévillane du début à la fin, quelle que soit la géographie officielle de la production ? Et il n’y eut aucun compromis sur les horaires à cause de l’éclipse ce soir-là non plus : le rideau se leva pile à l’heure, sans égard pour le fait qu’un bon morceau du soleil se faisait tranquillement grignoter par la lune quelque part au-dessus du Wiltshire pendant que nous prenions nos places.

Le parti pris de Hurley consiste ici à transposer tout l’opéra dans le Paris du tournant du vingtième siècle, apparemment au moment d’une des grandes expositions universelles que la ville accueillit à cette époque, avec une Carmen réinventée non pas en cigarière andalouse mais en artiste de rue, tirant sa subsistance d’une troupe de comédiens plutôt miteux, une véritable attraction de fête foraine, et ce dans le meilleur sens du terme, avec, pour faire bonne mesure, un mini french cancan glissé parmi les numéros de cabaret. L’idée est intéressante, et s’avère enracinée dans les origines mêmes de l’œuvre : l’opéra-comique est né du vieux théâtre forain parisien, et Hurley est allé jusqu’à restituer une scène de pantomime comique pour le premier acte, la fameuse Scène de l’anglais, rarement sinon jamais donnée dans les productions modernes. Vu le concept, il y a une jolie ironie à ce que cette scène, à la guérite, mette en jeu un Anglais, exactement le genre d’élément importé que cette production semble elle-même faire passer en contrebande.

D’où, justement, le hic. Nous sommes à Paris, et les contrebandiers font passer leur marchandise depuis l’Angleterre via Le Havre. La taverne de Lilas Pastia se retrouve plantée quelque part dans l’est de Paris plutôt que du côté de Séville, et pourtant, au quatrième acte, toute la troupe s’est déplacée, par bateau semble-t-il, jusqu’aux arènes de Séville, en vue, faut-il croire, de la prochaine grande exposition du circuit. Les soldats de l’original de Bizet deviennent des policiers dans cette mise en scène, ce qui se tient plutôt bien vu le cadre parisien, sauf que lorsque Don José, cassé pour faute grave, rejoint la Légion étrangère française, un corps qui recrutait aussi bien à Marseille qu’à Paris, mais qui cadre mal avec un policier parisien en civil. Micaëla, quant à elle, semble accomplir le trajet entre son village natal, Paris, puis Séville, à une vitesse qui aurait stupéfié jusqu’à la SNCF. Et puisque toute la troupe, à l’exception d’Escamillo, se révèle résolument française plutôt qu’andalouse, toute la couleur flamenco, les costumes et les danses, doit être comprise comme un spectacle dans le spectacle, monté par ces artistes parisiens pour un public parisien avide d’un peu de flamme espagnole exotique.

Rien de tout cela ne tient vraiment debout, sacré bleu, et il y eut des moments où je me suis surpris à faire plus de calcul géographique que ce que le drame demande normalement à son public. Mais c’est une manière authentiquement fraîche et intéressante d’aborder une œuvre pourtant archi-connue, avec un vrai je ne sais quoi, même s’il y a un peu trop de sais-pas quant à sa propre géographie interne, et tout le mérite en revient à Hurley et à son équipe pour avoir tenté autre chose qu’une énième version tout droit sortie des arènes et de la manufacture de cigarettes. C’est, au bout du compte, plus café-concert que corrida, une Carmen de boulevardier pour la Belle Époque, ou pas loin.

 

 

Rien de tout cela ne gêne en rien une soirée musicalement solide. La Carmen de Sophie Kidwell n’en fut que plus délicieuse pour avoir été reprise au pied levé, marquant ses débuts à l’IF Opera, et il n’y avait rien de timide là-dedans : magnifique de voix et pleinement convaincante en actrice, tout à fait crédible en femme qui sait précisément l’effet qu’elle produit sur les hommes et se soucie précisément fort peu des conséquences. Ce fut une véritable prise pour la compagnie, et un vrai bonheur pour le public, que de l’avoir sur cette scène, tout simplement. Elle bénéficia du soutien excellent de Marie Cayeux et Sofia Kirwan-Baez en Mercédès et Frasquita, toutes deux remarquables, chantant avec un vrai caractère et un bel équilibre dans leur trio de la scène des cartes avec Carmen. De son côté, Eric Fennell compose un Don José efficace, chanté avec puissance, même si ce José paraît d’emblée expérimenté et endurci plutôt que l’innocent aux yeux grands ouverts que suggère le texte ; la chute en grâce se lit ainsi moins comme une chute que comme la confirmation de quelque chose qui était déjà là. C’était aussi ses débuts à IF Opera, et une belle carte de visite pour ce ténor américain, installé à Berlin, qui a déjà plusieurs Don José à son actif ailleurs.

Yuriy Yurchuk campe un Escamillo à l’arrogance on ne peut plus juste, une présence scénique statuesque doublée d’un chant plein de panache et de puissance. La Micaëla de Sarah Gilford, en dépit de la logistique déroutante de ses déplacements, chanta ses airs avec une grande assurance et beaucoup de style, dans la meilleure tradition du rôle, offrant certains des moments les plus émouvants de la soirée ; encore des débuts à l’IF Opera, qui montrèrent bien pourquoi elle fut finaliste du Cardiff Singer of the World. Il y eut aussi de solides débuts plus loin dans la distribution : Giuseppe Pellingra apporta une réelle autorité à Zuniga, Seán Tester fut un Remendado vif et bien chanté, Lisa Dafydd donna une Lilas Pastia particulièrement vivante, et Paul Grant livra un Moralès fermement dessiné.

Oliver Gooch tira du Bristol Ensemble un jeu élégant, chaleureux et plein d’idiome tout au long de la soirée, et les qualités scéniques n’étaient pas en reste : les décors de Laura Jane Stanfield, d’une simplicité trompeuse, un cadre art nouveau agrémenté d’une jolie touche, une tête de taureau intégrée au motif, faisaient énormément avec très peu, et la mise en scène de James Hurley se montra assez alerte pour emmener la production, et le public, de Paris à Séville sans jamais laisser traîner les changements de décor.

Cette production ne recule pas non plus devant la violence, et il y en a sensiblement plus qu’à l’accoutumée : coups de poing, coups portés, bien avant que n’arrive l’inévitable coup de couteau final. L’honnêteté de la mise en scène sur ce point est tranchante comme une orange de Séville, sans le moindre adoucissement sentimental. Éprouve-t-on la moindre compassion pour quiconque au bout du compte ? Pas vraiment. Ils l’avaient tous bien cherché.

 

 

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CRITIQUE, Opéra. WINGFIELD, IF Opera (Church Farm), le 12 août 2026. BIZET : Carmen. James HURLEY / Olivier GOOCH. Crédit photograpĥique (c) Craig Fuller

 

 

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CD annonce. Dimitri NAÏDITCH : « FRENCH KISS », nouvel album avec Polina de Carlo (sortie : 16 oct 26 / concert le 7 nov 26, PARIS, Salle Cortot)

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Conçu par le pianiste Dimitri Naïditch, réalisé avec la complicité de Polina de Carlo, l’album « FRENCH KISS » est un hommage à la musique française, de Maurice Ravel à Michel Legrand dans un cycle pour piano à quatre mains.

 

 

Après un album dédié à l’Ukraine, son pays natal, aujourd’hui dévasté et meurtri (« SoLiszt », déc 2022, lire ici notre article : https://www.classiquenews.com/cd-portrait-dimitri-naiditch-pianiste-compositeur-soliszt-ukraine/ ), Dimitri Naïditch rend hommage à la France, sa patrie d’adoption. Conçu pour piano à quatre mains avec la pianiste classique Polina De Carlo, sa compagne dans la musique comme dans la vie, French Kiss explore à deux cœurs, le « charme à la française » à travers les œuvres de Saint-Saëns, Debussy, Ravel, Fauré, Massenet, Legrand, Lai, Piaf, Aznavour et Gainsbourg — réinventées avec les couleurs et les rythmes du jazz, l’autre répertoire favori du pianiste compositeur.

« Je pars de ces œuvres magnifiques pour composer, arranger et improviser de nouvelles versions, plus ou moins éloignées des originales, en y apportant des couleurs de jazz ou d’autres styles modernes. » Dmitri Naïditch cultive les divagations créatives, porté par la complicité de sa compagne ; l’album « French Kiss » propose un dialogue entre deux parcours : né en Ukraine, formé entre musique classique et jazz, le pianiste compositeur arrangeur a trouvé en France sa terre d’élection ; de son côté, Polina, formée en Biélorussie et longtemps installée aux États-Unis, a fait le même choix amoureux pour l’Hexagone. L’Est et l’Ouest, le classique et le jazz, ce sont deux trajectoires qui se rejoignent en une seule, deux sensibilités qui soulignent tout ce qui les rapproche de la France et des compositeurs français ; deux artistes inspirés qui nourrissent une musique aussi personnelle que généreuse. Les deux artistes renouvellent aussi l’approche musicale à 4 mains. Photo © Marc Ribes

 

 

 

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CD événement, annonce. «  French Kiss » le nouvel album du pianiste Dimitri Naïdith – Sortie du cd, le 16 octobre 2026 chez Dinaï Records – Concert le 7 novembre 2026, Salle Cortot, Paris – PLUS D’INFOS directement sur le site de la salle Cortot : https://sallecortot.com/event/dimitri-naiditch-et-polina-de-carlo-piano-ravel-legrand-improvisations/

 

 

 

Photos © Marc Ribes

 

 

Programme du concert du 7 nov (Salle Cortot, PARIS) :

Dimitri et Polina – inspiré par « Mon cœur s’ouvre à ta voix », extrait de Samson et Dalila, Op. 47.
Valse pour Claude – inspirée par « La Fille aux cheveux de lin », extrait des Préludes, Livre I, CD 125 ; L. 117.
Improvisation en do dièse mineur – Inspiré par op84 n°5 de Gabriel Fauré
Improvisations sur Les Parapluies de Cherbourg de Michel Legrand.
Une femme et un homme – Variations sur Chabadabada de Francis Lai.
Improvisations sur « Une vie d’amour » de Georges Garvarentz.
Les Jeux à deux – Inspiré par « Jeux d’eau » de Maurice Ravel.
Prélude en la mineur – M65 de Maurice Ravel.
La plus que lente – CD 128 ; L. 121 de Claude Debussy.
Fantaisie sur « Padam… Padam… » de Norbert Glanzberg.
Parfums de Thaïs – inspirés par la « Méditation de Thaïs » de Jules Massenet.
Improvisations sur « La Javanaise » de Serge Gainsbourg.

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VIDÉO

Dmitri Naïditch & Polina De Carlo – Saint-Saëns re imagined with a Jazz touch

Présentation : Dimitri Naïditch – piano, composition & improvisation Polina De Carlo, piano – Un extrait de Dimitri et Polina, une réinvention libre à quatre mains de Mon cœur s’ouvre à ta voix, extrait de Samson et Dalila de Camille Saint-Saëns. Composée par Dimitri Naïditch et interprétée avec Polina De Carlo, la pièce transforme le lyrisme sensuel de l’air original en un dialogue intime entre deux pianistes. Peu à peu, l’énergie du jazz prend le dessus, jusqu’à une culmination ardente, romantique et rythmique, portée par des harmonies inattendues.

ENGLISH : An excerpt from Dimitri et Polina, a free four-hand reinvention of Mon cœur s’ouvre à ta voix from Samson et Dalila by Camille Saint-Saëns. Created by Dimitri Naïditch and performed with Polina De Carlo, this piece transforms the sensual lyricism of the original aria into an intimate dialogue between two pianists. Little by little, the energy of jazz takes over, leading to a fiery, romantic and rhythmic culmination, carried by unexpected harmonies.

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CRITIQUE, festival. 103e Festival des Arènes de Vérone, le 6 août 2026. VERDI : La Traviata. R. Feola, G. Salas, L. Salsi… Paul CURRAN / Michele SPOTTI

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Unique nouvelle production scénique du (103e) Festival des Arènes de Vérone, la reprise de la populaire et très prisée Traviata de Giuseppe Verdi suscitait une grande attente. Chargé de cette nouvelle proposition scénique, le réputé metteur en scène écossais Paul Curran a conçu un spectacle original qui, sans chercher à révolutionner l’œuvre et tout en respectant l’intrigue, a permis d’apprécier l’opéra sans grands bouleversements.

 

L’action est transposée du Paris du milieu du XIXe siècle aux premières années du XXe siècle, en pleine Belle Époque, ce qui permet à Curran d’intégrer à sa proposition l’univers nocturne de Montmartre et, surtout, celui du célèbre cabaret parisien : le Moulin Rouge. Celui-ci devient le cœur de la mise en scène, faisant de Violetta la vedette du Moulin Rouge. Dans une approche résolument cinématographique, la production établit en outre un lien direct avec le film homonyme de Baz Luhrmann, sorti en 2001, dont l’univers visuel constitue l’une des principales références de cette mise en scène.

Les décors réalistes de Juan Guillermo Nova reconstituaient avec une grande fidélité l’atmosphère du célèbre établissement parisien, avec une immense scène au centre et, de part et d’autre, deux de ses symboles historiques : un gigantesque moulin rouge et le décoratif et exotique éléphant d’inspiration orientale, qui comptait parmi les principales attractions de l’établissement à ses débuts. Dans les scènes les plus intimes, la scénographie s’adaptait efficacement pour représenter les espaces privés où se déroulait l’histoire d’amour entre Violetta et Alfredo, rompant ainsi avec l’atmosphère festive, luxueuse et débridée des grandes scènes d’ensemble. Il en allait de même pour les magnifiques costumes de Stefano Ciammitti qui, soignés jusque dans les moindres détails, accentuaient le contraste entre l’univers nocturne de la Belle Époque parisienne et l’intimité de Violetta, accompagnant avec subtilité la transformation de la protagoniste, de l’éblouissante courtisane du Moulin Rouge à la femme vulnérable et sacrifiée du dernier acte. Dans le même esprit, les lumières de Fabio Barettin se révélaient particulièrement réussies, contribuant de manière décisive à définir les différentes atmosphères et à renforcer les contrastes entre l’univers animé du spectacle et l’intimité progressive du drame. Excellent travail également de Kyle Lang, dont les chorégraphies, intelligemment intégrées au développement de l’action, apportaient du dynamisme aux scènes d’ensemble et constituaient un élément essentiel de la richesse visuelle du spectacle.

 

 

Enfin, il convient de souligner l’excellente direction d’acteurs des solistes vocaux et le soin apporté à la construction de leurs relations scéniques, ainsi que l’intégration particulièrement réussie des chœurs, des danseurs et des figurants, tous parfaitement fondus dans le déroulement de l’action. Paul Curran se distingue également par l’attention portée aux petits détails, dont beaucoup, directement inspirés des indications du livret de Piave, prennent ici la forme d’actions scéniques simples, concrètes et d’une grande efficacité théâtrale. Ainsi, lorsque Violetta, alitée et mourante, entend au loin le tumulte du carnaval, celui-ci ne reste pas un simple bruit de fond : on aperçoit réellement le cortège évoluer dans les gradins des Arènes, au-dessus de la protagoniste. Une trouvaille scénique aussi simple qu’efficace, qui témoigne de l’intelligence avec laquelle Curran donne corps aux indications du livret. Chapeau !

Sur le plan vocal, la soprano italienne Rosa Feola remporta un véritable triomphe, incarnant une Violetta de grande valeur, portée par une voix au timbre velouté et homogène, dotée d’une bonne projection et, surtout, d’un chant d’une grande expressivité, souple et richement coloré, capable de se charger de dramatisme selon les exigences du personnage. Son solide bagage technique lui permit d’affronter avec aplomb les difficultés du rôle, même si ce furent les moments de plus grande intensité lyrique qui lui offrirent le terrain le plus favorable pour donner le meilleur de ses moyens. Au premier acte, Feola surmonta avec brio les difficultés de « È strano… Sempre libera », négociant les vocalises avec agilité et les incursions dans l’aigu avec une belle sûreté. Dans « È strano », la soprano imprima à son chant une expressivité contenue, laissant entrevoir la transformation intérieure de Violetta face à l’éveil amoureux inattendu. Dans la cabalette « Sempre libera », en revanche, elle fit preuve d’une remarquable maîtrise technique, qui lui permit d’aborder avec aisance les vocalises et les aigus, sans réduire le célèbre morceau à un simple exercice de virtuosité. Ce fut toutefois à partir du deuxième acte que son interprétation atteignit sa plus grande profondeur. Son chant y acquit une dimension plus lyrique et, à mesure que l’opéra avançait, une intensité plus dramatique. Particulièrement émouvantes furent « Amami, Alfredo » et « Addio, del passato », portées par un chant d’une intense émotion, sans jamais tomber dans l’emphase.

Remplaçant Enea Scala, initialement prévu, le jeune et prometteur ténor mexicain Galeano Salas constitua une très agréable surprise dans le rôle d’Alfredo Germont. Doté d’une séduisante voix de ténor lyrique, richement timbrée, homogène sur toute l’étendue du registre et d’une remarquable musicalité, il sut tirer le meilleur parti du rôle, alliant l’impétuosité juvénile du personnage à une ligne de chant expressive. Il brilla particulièrement dans son aria « Lunge da lei… », grâce à la noblesse de son phrasé, et surtout dans sa cabalette « O mio rimorso! O infamia! », où l’assurance et l’éclat de ses aigus lui valurent une chaleureuse ovation du public. En parfaite harmonie avec la soprano, il manifesta également une émouvante implication dans les duos « Un dì, felice, eterea » et « Parigi, o cara », dans lesquels il sembla tout donner, rendant pleinement perceptible la sincérité des sentiments de son personnage.

 

 

Dans le rôle de son père, le sévère Giorgio Germont, le baryton italien Luca Salsi, dans un rôle qu’il connaît manifestement bien et dont il sait tirer le meilleur parti, déploya une voix au timbre noble, sombre et généreux, d’une grande qualité, soutenue par une musicalité irréprochable. Sa caractérisation évita toute rigidité excessive, laissant progressivement affleurer la dimension humaine d’un personnage d’abord sévère et inflexible. Son aria « Di Provenza il mar, il sol », interprétée avec une vaste palette de nuances expressives et une profonde humanité, constitua l’un des meilleurs moments de la soirée.

Dans le rôle d’Annina, la soprano italienne Francesca Maionchi apporta un relief inhabituel à la brève partie de la servante de Violetta. Le reste de la distribution secondaire se montra également d’un très bon niveau, avec notamment le Gastone du toujours efficace ténor italien Carlo Bosi, le Barone Douphol du sonore baryton italien Nicolò Ceriani et la Flora Bervoix pleine d’aisance de la mezzo-soprano Anna Werle. Le chœur de la maison, placé sous la direction de l’Italien Roberto Gabbiani, se montra à la hauteur des exigences de la partition, faisant preuve de discipline, d’une belle homogénéité, d’un bon équilibre entre les différents pupitres et d’une remarquable précision dans ses interventions.

Sur le plan musical, le chef d’orchestre Italien Michele Spotti tira le meilleur parti de l’Orchestre du Festival des Arènes de Vérone, proposant une lecture au rythme soutenu, aux tempi justes, au style verdien maîtrisé et à la concertation soignée. Les préludes des actes I et III furent particulièrement réussis, abordés avec délicatesse, lyrisme et un raffinement qui fut très apprécié du public.

Sans constituer une relecture révolutionnaire de l’œuvre, la prioduction de Curran réussit peut-être quelque chose de plus important encore : faire en sorte qu’un opéra aussi souvent donné sur cette scène que La Traviata retrouve sa proximité, son pouvoir de séduction et sa capacité à enthousiasmer le public des Arènes.

 

 

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CRITIQUE, festival. VERONE, Arènes, le 6 août 2026. VERDI : La Traviata. R. Feola, G. Salas, L. Salsi… Paul CURRAN / Michele SPOTTI. Crédit photographique (c) Droits réservés

 

 

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CRITIQUE, Opéra. WINGFIELD, IF Opera (Church Farm), le 11 août 2026. Oscar STRAUS : The Chocolate Soldier. Jeff CLARKE / James HAM

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Quel bonheur que cette confiserie signée Oscar Straus en 1908, adaptation enjouée d’Arms and the Man de George Bernard Shaw, créée dès 1894, une partition aussi riche et fondante qu’un bon chocolat noir. À l’image de My Fair Lady, version aimée et allégée de Pygmalion, voici un Shaw de pur plaisir, ici réécrit et mis en scène par Jeff Clarke pour IF Opera, à Church Farm (sur la commune de Wingfield, près de Bradford-on-Avon…), après un passage remarqué au Wilton’s Music Hall de Londres.

 

IF Opera a changé plusieurs fois de lieu au fil des saisons ; voici la deuxième année consécutive à Church Farm, cadre d’une réelle beauté : un chapiteau provisoire, en dos de selle, abrite l’orchestre, les instrumentistes, les chanteurs et le public, avec vue sur le célèbre Westbury White Horse et sur les jolis jardins de la ferme. Une soirée d’été idyllique pour qui séjourne à Bath ou à Bradford-on-Avon, et une raison suffisante, à elle seule, de découvrir cette région. IL S’AGIT, DE FAIT, DE LA PREMIÈRE PRODUCTION PROFESSIONNELLE ENTIÈREMENT MISE EN SCÈNE DE L’ŒUVRE EN GRANDE-BRETAGNE DEPUIS 1940, année où sa création londonienne au Shaftesbury Theatre fut interrompue par un bombardement, – épisode que Clarke tisse discrètement dans sa mise en scène. Les costumes d’époque sont signés Nigel Howard, le décor, aussi ingénieux que modulable, Elroy Ashmore, l’orchestration James Widden. Le livret et les chansons originales sont dues à Rudolf Bernauer et Leopold Jacobson, d’après, bien sûr, la pièce de George Bernard Shaw.

Le livret porte, de façon surprenante, une sensibilité résolument moderne sur l’absurdité de la guerre, doublée du sport toujours en vogue qu’est la satire des classes sociales, de la tendre bêtise des rapports entre hommes et femmes, et d’une bonne dose d’hypocrisie bourgeoise, le tout enrobé d’un rire constant. Sous ces emballages tape-à-l’œil, bien sûr, le propos de Shaw est clair : tous ces personnages sont, au fond, de la même saveur, quel que soit leur rang ou leurs prétentions. Il y a là, en vérité, un net parfum de Gilbert et Sullivan.

Comme la pièce de Shaw, l’œuvre se déroule sur fond de conflit entre la Bulgarie et la Serbie. Le mercenaire suisse Bluntschli trouve refuge dans la chambre de Raina et lui confie ne transporter aucune munition, tout juste du chocolat, d’où le titre. Raina est fiancée au fringant officier Sergius, favori tout naturel de son père militaire Kasimir et de sa mère, Catherine, aussi attachée qu’obsédée par le rang social. Elles ont pour servante la futée Louka. Mais qui, vraiment, peut résister à un jeune soldat charmant muni de chocolat ? Ni la mère, ni la fille, ni la servante, comme la suite le montre, toutes conquises par cette offensive chocolatée bien plus efficace que n’importe quelle offensive militaire. On songe, non sans gravité, que plus d’un siècle plus tard, les rivalités interétatiques balkaniques n’ont jamais tout à fait disparu, et s’embrasent encore de temps à autre en conflit ouvert, ce qui confère à la satire légère de l’œuvre sur l’absurdité de la guerre un tranchant, et un arrière-goût résolument doux-amer, que le public édouardien ne pouvait ressentir de la même façon. C’est, du reste, la rivalité pour le contrôle de la Serbie qui allait, à peine six ans après la création de l’opérette, allumer la mèche de la Première Guerre mondiale, ironie amère au regard du message pacifiste de l’œuvre.

 

 

La partition séduit de bout en bout, foisonnante de valses et de polkas, riche d’une couleur orchestrale constante dans la nouvelle orchestration de James Widden, portée par le Bristol Ensemble sous une baguette légère et sûre de James Ham, le tout servi par des dialogues enlevés et pétillants.

Les personnages sont tous dessinés avec vivacité et jouent avec un cœur et une jovialité manifestes, à commencer par la Catherine de Kristin Finnigan, mère de Raina vieillissante mais restée jeune de cœur, et son ridicule époux Kasimir Petkoff, campé par Paul Featherstone avec la même faconde martiale qu’il apporte à ses rôles chez Gilbert et Sullivan. Toutes les femmes, la mère, la fille et la servante Louka, succombent sans réserve au charme du soldat au chocolat Bluntschli, chanté et incarné avec malice par le grand et charmant jeune ténor Guy Elliott, dans une prestation fondante, à se lécher les babines, mais jamais mièvre ni écœurante. Il forme un contraste réjouissant avec le Sergius vaniteux, moustachu et fringant de Robin Bailey, chanté avec panache et un vrai sens du personnage. Eleanor Sanderson Nash prête à Raina une présence vive et lumineuse, au cœur de l’œuvre, tandis que la Louka de Felicity Buckland, finement dessinée, fait office de commentaire mordant sur les doubles standards de ses riches employeurs. Felix Kemp complète la distribution principale en Massakroff, d’abord officier bourru, révélant peu à peu un cœur fondant sous la carapace.

 

 

Un raid aérien s’invite aussi dans la représentation, en parfaite cohérence avec le cadre de guerre, et n’est pas, comme signalé plus haut, un simple clin d’œil, mais bien une référence directe au sort de la création londonienne de l’œuvre ; le programme de salle porte d’ailleurs, non sans malice, un avertissement invitant le public à ne pas céder à la panique si une sirène venait à retentir durant la représentation.

Au final, une véritable boîte de chocolats de spectacle : une confiserie à savourer, sucrée sans jamais verser dans le mièvre, et la vraie friandise incontournable de la saison d’IF Opera. Et sous tout ce charme perce, malgré tout, un arrière-goût doux-amer : un rappel, enveloppé de valses et de rires, que les querelles balkaniques à l’origine de l’intrigue n’étaient nullement une invention de confiseur, et que la paix que trouvent Bluntschli et Raina se gagne, dans la vraie vie, bien plus difficilement que sur scène.

 

 

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CRITIQUE, Opéra. WINGFIELD, IF Opera (Church Farm), le 11 août 2026. Oscar STRAUS : The Chocolate Soldier. G. Elliott, E. Sanderson Nash, R. Bailey, K. Finningan… Jeff CLARKE /Opera della Luna / James HAM. Crédit photographique © Craig Fuller

 

 

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CD événement, annonce. J. S. BACH Köthen (1717-1723), Les Arts Florissants, Paul Agnew et Emmanuel Resche-Caserta, direction (1 cd HM – Les Arts Florissants)

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A Weimar, Bach, maître de concerts et organiste de la Cour est jeté en prison en nov 1717 : triste fin pour un compositeur injustement considéré. Libéré début déc 1717, il rejoint Köthen (pour 6 années) où heureux présage, il retrouve un patron (le prince calviniste Léopold d’Anhalt-Köthen) qui «non seulement aimait la musique, mais la comprenait ». Le prince musicien lui-même, réunit les meilleurs instrumentistes (surtout berlinois) pour constituer un orchestre prometteur que dirige… JS Bach. Sa charge ne comprend aucune obligation de livrer de la musique sacrée : les partitions de Köthen sont exclusivement instrumentales.

 

 

 

L’option de Paul Agnew privilégie  le format d’un petit orchestre au diapason français, un ton en dessous du 440 Hz du piano moderne, optant ainsi pour 400 Hz. La période financièrement confortable, n’en est pas moins douloureuse : en juillet 1720, l’épouse de Bach, Barbara succombe, après le décès de son fils Léopold Auguste, (septembre 1719). En décembre 1721, le mariage avec Anna Magdalena Wilcke, jeune soprano avec laquelle Bach allait avoir treize autres enfants, atténue le deuil…
Koethen illustre une période décisive dans la vie de Bach : elle prépare sa future nomination à Leipzig… sujet du volume prochain déjà annoncé par les interprètes.

Ici, le geste musical entend évoquer la maîtrise d’un Bach au sommet de ses possibilités dont témoignent des œuvres majeures : Sonates et Partitas pour violon seul, Suites pour violoncelle, Clavier bien tempéré, l’Orgelbüchlein, Concertos brandebourgeois. Mais aussi dont témoignent ces recueils pédagogiques destinés à ses fils dont Wilhelm Friedemann, comprenant des variantes des préludes BWV 846 et 847.
Les livres concentrent l’essence même de la technique compositionnelle du compositeur (modèles de progressions harmoniques et contrapuntiques).

Parmi les oeuvres choisies de cet album, la serenata Durchlauchtster Leopold BWV 173a, seule partition datée de la période Koethen, créée le 10 décembre 1722, pour le 28è anniversaire de son patron, est emblématique de la décennie. L’œuvre, circonstancielle, célèbre la gloire du Prince dédicataire ; le matériel en sera plus tard recyclé dans la cantate Erhöhtes Fleisch und Blut BWV 173b. Le duo soprano et basse “Unter seinem Purpursaum” élève son centre tonal d’une quinte à chaque couplet successif, comme pour rehausser encore l’éloge des voix (de sol à ré) – prochaine critique complète sur classiquenews – CLIC de Classiquenews été 2026

 

 

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CD événement, annonce. JS BACH : KÖTHEN (1717-1723). Les Arts Florissants, Paul Agnew, direction (BWV 1067 et 173a), Emmanuel Resche-Caserta, direction (BWV 1050), Benjamin Alard, clavicorde, clavecin (1 cd HM – Les Arts Florissants)

 

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LES TALENS LYRIQUES, Christophe Rousset. Nouvelle saison 2026 – 2027 : La Clemenza di Tito, Ascanio in Alba, Hippolyte et Aricie, Roméo et Juliette de Steilbert (1793, recréation mondiale)…

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Pour leur nouvelle saison 2026 – 2027, Les Talens Lyriques proposent pas moins de 6 opéras : La Clemenza di Tito et Ascanio in Alba de Mozart, Ariodante de Haendel ; de Rameau, Hippolyte et Aricie et Les Indes galantes ou l’Ailleurs de l’Amour ; enfin une rareté de 1793, opéra comique créé en pleine Terreur, Roméo et Juliette de Daniel Steilbert (première, recréation mondiale). Toujours au service des partitions les plus exigeantes, Les Talens Lyriques s’engagent à révéler la force poétique de chaque ouvrage ; ainsi s’annoncent comme incontournables, leurs prochaines lectures lyriques… et d’autres programmes à l’affiche jusqu’en juin 2027.

 

 

le rêve d’un ailleurs

Christophe Rousset évoque « le rêve d’un ailleurs »pour caractériser cette nouvelle saison ; face au monde incertain et anxiogène, aux guerres, aux extrêmismes, le directeur musical des Talens lyriques invite « à trouver un refuge. Non pas un abri atomique qui est un refus des réalités, mais un monde de beauté qui est à la portée de tous, qui rend la vie plus douce, le monde des Muses qui nous fait voyager, et le plus souvent sans même quitter notre salon. Ce sont ces voyages que
 je vous invite à faire avec nous ».

Les escales de ce nouveau cycle s’annoncent passionnantes : ROME (dans La Clemenza di Tito) ; ATHENES (celle des grands mythes grâce à Hippolyte et Aricie), mais aussi l’ÉCOSSE (Ariodante), et ALBE (Ascanio in Alba)… tandis que Roméo et Juliette ressuscite le mythe de l’éternelle VÉRONE comme capitale de l’Amour, dans un ouvrage oublié, composé en pleine Terreur et enfin recréé !

Mais Les Talens Lyriques promettent bien d’autres programmes, tout aussi enchanteurs et dépaysants : au carnaval de Venise, mystérieux et bachique (avec Monteverdi et Cavalli : « aux sources de l’opéra moderne », les 2 puis 16 mars 2027), sans omettre le parcours conçu en complicité avec l’artiste dessinateur Grégoire Pont qui mène du Chaos à… l’ordre (et la divine harmonie) de la Nature et des saisons : « Peindre la Nature… », concert dessiné (les 9, 17 déc puis 20, 27 et 28 février 2027). C’est une fresque panthéiste où les plus grands compositeurs baroques célèbrent la divine Nature ; pour ce faire, Christophe Rousset a sélectionné plusieurs partitions qu’il affectionne particulièrement : Les Élémens de Rebel, le « Ballet des fleurs » des Indes galantes de Rameau
et Les Quatre Saisons de Vivaldi… Autant d’univers visuels et sonores qui inspirent des voyages menés à la pointe de l’archet et du crayon.

Dans le REGISTRE SACRÉ, un cheminement intense et passionné s’annonce tout aussi réfléchi et prometteur : lamentation et cris « vers le dieu que l’on voudra, autre refuge d’une humanité un peu perdue » : un Requiem (de Campra, les 20 et 22 août puis 3 et 6 octobre 2026), des Leçons de Ténèbres sur les Lamentations de Jérémie (MA Charpentier / Couperin, le 23 mars 2027), ou le Stabat Mater au pied de la Croix de Pergolèse (les 21 puis 29 janvier 2027).

Engagés et mobiles, les Talens Lyriques ne se cantonnent pas aux grandes salles de concert ou aux Maisons d’opéra ; l’Ensemble prend soin de jouer tout au long de la saison, dans les écoles, les collèges, les lycées, les hôpitaux, pour « entrouvrir les portes de l’Art, de la Beauté et montrer combien est accessible cette émotion qui fait résonner en tous notre part de divin ».

 

TOUTES LES INFOS, la billetterie en ligne, le détail des programmes et des productions, les interprètes et les œuvres sur le site des Talens Lyriques saison 2026 – 2027 : https://www.lestalenslyriques.com/

 

 

 

 

Les Talens Lyriques
Temps forts de la saison 2026 – 2027

Consulter l’agenda saison 2026 – 2027 / Les Talens Lyriques :
https://www.lestalenslyriques.com/agenda/

 

 

MOZART : La Clemenza di Tito
Mardi 9 juin 2026 • 17h
Mercredi 10 juin • 17h
The Grange Festival Alresford
Vendredi 12 juin • 19h30
Samedi 13 juin • 19h30 Mozartfest,
Residenz, Kaisersaal Würzburg
HAENDEL: Ariodante
Samedi 4 juillet 2026 • 21h
BEAUNE, Festival international d’opéra baroque
Avec entre autres EVE-MAUD HUBEAUX, Ariodante
MARIE LYS, Ginevra…

 

 

 

 

2027

MOZART : Ascanio in Alba
Samedi 13 mars 2027 • 19h
Samedi 20 mars 2027, 19h
Opernhaus Zurich
Avec entre autres, ALISA KOLOSOVA, Ascanio
ANNA EL-KHASHEM,
Silvia MÉLISSA PETIT, Venere

 

 

RAMEAU : Hippolyte et Aricie
Dimanche 11 avril 2027 • 16h
Philharmonie de Paris,
Grande salle P. Boulez Paris

Lundi 19 avril 2027 • 19h Barbican Centre Londres

Vendredi 23 avril 2027 • 20h
Teatro alla Scala Milan

Avec entre autres, REINOUD VAN MECHELEN, Hippolyte
MARIE LYS, Aricie
APHRODITE PATOULIDOU, Phèdre
CHRISTIAN IMMLER, Thésée
JULIETTE MEY, Diane …
CHŒUR DE CHAMBRE DE NAMUR
THIBAUT LENAERTS, chef de chœur

 

 

RAMEAU : Les Indes Galantes
Opéra mis en espace

Jeudi 20 mai 2027 • 20h
Opéra de Dijon

Dimanche 23 mai 2027, 19h
Megaron Concert Hall Athènes

RAPHAËLLE BLIN, dramaturgie
ANKA POSTIC, chorégraphie et danse
MÉLISSA PETIT, soprano
AMBROISINE BRÉ, mezzo-soprano
PETR NEKORANEC, ténor haute-contre
LYSANDRE CHÂLON, baryton
CHŒUR DE CHAMBRE DE NAMUR
THIBAUT LENAERTS, chef de chœur

 

 

 

DANIEL STEILBERT : Roméo et Juliette, 1793
Mercredi 9 juin 2027 • 19h30
Théâtre des Champs-Élysées Paris
Pianiste virtuose, l’allemand installé à Paris, Daniel Steibelt fait créer dans la capitale française, le 11 septembre 1793 (au Théâtre Feydeau), son Roméo et Juliette, avant ceux de Bellini ou de Gounod. Le succès est immédiat et l’ouvrage repris partout en Europe… En pleine Terreur, Steilbert livre un opéra somptueusement orchestré, admis en cela par Berlioz… et qui respecte le genre opéra comique avec sa fin heureuse qui voit in fine l’union apaisée des deux amants… Première, recréation mondiale – Avec entre autres,
MÉLISSA PETIT, Juliette
CYRILLE DUBOIS, Roméo
MATHIEU LÉCROART, Capulet
EMMA FEKETE, Cécile
MATHIAS VIDAL, Cébas
JEAN KRISTOF BOUTON, Antonio
FRANÇOIS ROUGIER,
Alberti, Don Fernand
CHŒUR DE LA RADIO FLAMANDE

 

 

 

TOUTES LES INFOS, la billetterie en ligne, le détail des programmes et des productions, les interprètes et les œuvres sur le site des Talens Lyriques saison 2026 – 2027 : https://www.lestalenslyriques.com/

 

 

Consulter la brochure de la nouvelle saison 2026 – 2027 des Talens Lyriques : https://www.lestalenslyriques.com/wp-content/uploads/2026/06/Brochure-Talens26-27-PDF.pdf

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CRITIQUE CD, événement. « Carré d’as ». Portraits musicaux : Marais, Couperin, Forqueray, Rameau… Les Timbres (1 cd CVS Château de Versailles Spectacles, juin 2025)

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CARTES CAPTIVANTES… Le jeu chambriste des Timbres, trio virtuose et sensible, s’ingénie à défendre dans ce programme original, un « carré » de génies, soit 4 compositeurs baroques français ayant particulièrement marqué l’histoire de la musique : Marin Marais, François Couperin, Antoine Forqueray et Jean-Philippe Rameau, le plus récent. Chacun éblouit littéralement par sa justesse et sa profondeur, son unicité, son imaginaire ; clarté de Couperin, expressivité de Forqueray, sentiment de Marais, puissance suggestive chez Rameau, … tous les 4 ont en partage, l’ampleur de la vision poétique et une élégance toute française. Ils ont aussi le goût des filiations ou des hommages ; ainsi leurs portraits des confrères admirés, respectés : voici donc Couperin par Forqueray ; et vice versa ; Rameau par Forqueray ; surtout Marais et Forqueray par Rameau (en conclusion)…

 

Dans ce brillant aréopage, c’est Forqueray qui inspire le plus (pas moins de 8 portraits lui sont ici consacrés) ; puis Couperin (5 portraits)… quand Rameau (trop impressionnant ?), n’en suscite que … 3. Mais quand l’auteur d’Hippolyte et Aricie portraiture Marais et Forqueray, son invention produit un jaillissement irrésistible …

 

L’ART DU PORTRAIT MUSICAL

« La Superbe » de Couperin, ou le portrait de Forqueray (plage 1) berce par son élégance et une noblesse claire et transparente qui charme par son naturel sous les doigts du claveciniste Julien Wolfs. Belle ouverture, développée dans une grâce idéalement équilibrée entre mélancolie et douceur, où berce une sérénité solaire de plus de 4mn. Ce portrait premier ne contredit d’ailleurs en rien le portrait du même Forqueray par Duphly cette fois (23), douceur et tendresse, noblesse et gravité, surtout intériorité et pudeur s’affichent sans réserve aussi sous le doigts du claviériste. Même nostalgie d’une infinie douceur, dans les 5 sonates de Jean-Féry Rebel (2), contrastées, capricieuses, d’une activité ciselée (suggestivité nuancée dans le Récit), mais aussi électrisée par le feu des Timbres (Viste et Gai).

Et comment se voyait Couperin lui-même ? Car le programme sélectionne aussi quelques autoportraits : le 7 donne la clé ou suggère un climat : vivant, naturel, présent (grâce là encore à l’éloquence sans apprêts de l’excellent Julien Wolfs) – une grâce volubile qu’expose aussi son portrait par d’Agincourt de 1733, ou que confirme l’entrain à 3 de la Gigue de Dornel (17)…

Et Rameau ? Il est selon Caix d’Hervelois : d’une vitalité active, où le Trio exprime la rondeur aimable d’une mondanité dansante (voilà qui tranche avec la réputation du théoricien suffisant, un rien acariâtre et tendu). Dans l’esprit de Collage, Marais paraît tel un rêveur nocturne (pour le clavier seul), tandis que les 3 instrumentistes redoublent d’exquises nuances dialoguées, dans un jeu de surenchère idéalement canalisée, dans le portrait de Forqueray par Lafont.

Il revient enfin à Rameau de conclure, avec son esprit synthétique et puissant, sur lui-même : obstinée et joviale, la charge n’a rien d’incisif ni de mordant, plutôt animé par un feu vaillant, volubile et insistant, d’une vitalité bouillonnante (28).
S’agissant de Forqueray, Rameau est tout aussi inspiré d’une éloquence vive, alternant assauts conquérants et rebonds d’une fine ciselure nostalgique (29), cependant que son Marais, plus court, jaillit comme une même eau vive, riche en rebonds et d’une infinie sensualité.

Dans ce jeu d’hommages, d’admirations, Les Timbres redoublent de connivence experte, de dialogues filigranés ; qu’il s’agisse de Julien Wolfs seul au clavecin, ou des 3 complices associés (avec Yoko Kawakubo, violon et Myriam Rignol, viole de gambe), … chaque timbre coopère dans un équilibre collectif superlatif ; ils éblouissent dans la finesse expressive, l’éloquence poétique, l’alliance parfaite entre intériorité et séduction. Chaque portrait gagne une profondeur allusive : l’intention du portraitiste rehausse la vitalité de son observation, tissant des nuances musicales au diapason de son acuité psychologique ; dans cet art réaliste et introspectif, qui n’écarte pas une dose de subjectivité, le génie de Rameau convainc plus que tout autre dans les deux portraits qu’il a conçus, de ses ainés, Couperin et Forqueray. Magistral.

 

 

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CRITIQUE CD événement. CARRÉ D’AS : portraits musicaux : Couperin, Forqueray, Marais, Rameau… LesTimbres – Yoko Kawakubo, Myriam Rignol, Julien Wolfs. Enregistré majoritairement à Pompierre-sur-Doubs, en juin 2025. 1 cd CVS Château de Versailles Spectacles – CLIC de CLASSIQUENEWS été 2026.

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CRITIQUE, festival. 7ème OPERAFEST LISBOA & OEIRAS (Cloître du Monastère des Chartreux), le 9 août 2026). PUCCINI : Turandot. O. Golovneva, E. Ašceric, A. Pascu, N. Dias… Osvaldo FERREIRA / Daniela KERCK

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La 7e édition du désormais incontournable Operafest Lisboa & Oeiras s’est ouverte sur un coup de théâtre. Du 5 au 9 août, dans le cadre somptueux du Cloître du Convento da Cartuxa « (Monastère des Chartreux »), à Caxias, la production du Turandot de Giacomo Puccini, signée par Daniela Kerck pour le Hessisches Staatstheater de Wiesbaden, a littéralement enfammé le public lusitanien. Une réussite éclatante qui confirme le statut du festival – dirigé par Catarina Molder – comme l’un des rendez-vous lyriques les plus excitants d’Europe.

 

Ce cru 2026, placé sous le signe de « L’Énigme », avait pour lourde tâche de célébrer le centenaire du chef-d’œuvre inachevé de Puccini. Pari plus que relevé ! Sous la baguette fièvreuse du chef Osvaldo Ferreira, l’Orchestre Philharmonique du Portugal a fait surgir l’univers sonore fascinant de la Chine antique, mêlant orientalisme de carte postale et dissonances d’une modernité audacieuse. La phalange a brillé par sa clarté, offrant aux chanteurs un écrin musical d’une transparence et d’une puissance rares, notamment dans les redoutables tutti qui jalonnent la partition.

Visuellement, c’est un choc esthétique. Daniela Kerck, qui signe ici la mise en scène et les décors, a su transcender les clichés de l’opéra impérial. Avec sa collègue Andrea Schmidt-Futterer aux costumes et Astrid Steiner à la vidéo, elle crée un univers épuré, presque onirique, qui magnifie la cruauté du récit. Le travail sur les projections vidéo, en parfaite symbiose avec les lignes architecturales du cloître, est un atout majeur, plongeant le spectateur dans une atmosphère tour à tour glaciale et incandescente. Les apparitions du Prince de Perse (Hugo Cabral Mendes) ou les interventions des trois masques Ping, Pang et Pong – campés avec un brio comique et tragique par Tiago Amado Gomes, Bruno Almeida et Alberto Sousa – gagnent en densité dramatique grâce à une chorégraphie signée Rosana Ribeiro qui insuffle une vie constante à l’espace scénique.

 

 

Mais c’est évidemment le plateau vocal qui a emporté l’adhésion. La Turandot de la soprano russe Olesya Golovneva est une interprétation de référence. Sa voix, d’une puissance dévastatrice, incarne la princesse de glace avec une autorité souveraine, faisant de son redoutable « In questa reggia » un moment de pur vertige lyrique. Face à elle, Calaf a trouvé un interprètes remarquable – avec Rodrigo Garull dans une première ditribution -, mais, c’est le ténor bosniaque Ermin Ašćerić que nous avons eu le privilège d’entendre, le 9 août. Ce ténor possède une projection exceptionnelle et une vaillance héroïque idéale pour le rôle ; son « Nessun dorma », attendu de tous, a été un moment d’émotion collective intense, porté par une ligne de chant d’une grande noblesse.

Autour d’eux, la distribution tient toutes ses promesses. On retiendra la Liù déchirante d’Aida Pascu, dont le timbre pur et la vulnérabilité bouleversante ont arraché des larmes lors de son suicide. Le Timur du Nuno Dias impose le respect par sa présence tragique, tandis que Luís Caetano, en empereur Altoum, et Diogo Oliveira, en mandarin, complètent avec élégance ce tableau. Mention spéciale aux Chœurs de l’Operafest, préparés avec un soin minutieux par Filipa Palhares. Leur intervention, massée dans les étages du cloître, a ajouté une dimension spectaculaire et presque sacrée à la représentation.

 

 

Catarina Molder, directrice artistique du festival et de l’Ópera do Castelo, avait promis une fin surprenante. En utilisant la version brute et inachevée de Puccini, elle et Daniela Kerck offrent une conclusion d’une sobriété désarmante. Fini le traditionnel happy end ; place à un dénouement tragique, qui nous ramène au cœur du drame et à la véritable énigme du personnage de Turandot. Ce parti-pris, d’une intelligence rare, a achevé de convaincre le public, qui a réservé aux artistes de longues ovations debout.

Avec cette production, l’Operafest Lisboa & Oeiras ne se contente pas d’honorer le centenaire de Puccini, mais prouve qu’un festival indépendant, ambitieux et dirigé avec passion peut offrir des soirées lyriques d’un niveau international. Comme nous le soulignions déjà dans nos précédents compte-rendus dans ces mêmes colonnes (Don Giovanni de Mozart en 2024 ou Carmen à l’été 2023), la manifestation lisboète est bien devenu le cœur battant de la création lyrique portugaise, où l’exigence artistique se marie à la magie des lieux et à l’enthousiasme communicatif de son public. Un triomphe… tout simplement !

 

 

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CRITIQUE, festival. 7e OPERAFEST LISBOA & OEIRAS (Cloître du Monastère des Chartreux), le 9 août 2026. PUCCINI : Turandot. O. Golovneva, E. Ašceric, A. Pascu, N. Dias… Osvaldo FERREIRA / Daniela KERCK. Crédit photographique (c) Antonio Saldanha

 

 

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CRITIQUE, festival. MACERATA OPERA FESTIVAL, Sferisterio, le 9 août 2026. VERDI : Nabucco. A. Ganbaatar, A. Bartoli, A. Comes, A. Scotto Di Luzio… Paul Emile FOURNY / Fabrizio Maria CARMINATI

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Il est une heure particulière en plein été – à Macerata, dans les Marches, en Italie -, où la ville semble renoncer à elle même. Dès quatre heures de l’après midi, les rues autour de la Loggia dei Mercanti se vident presque entièrement, les volets se ferment, la chaleur s’accumule dans la pierre comme si la ville tout entière avait discrètement décidé de cesser d’exister jusqu’à nouvel ordre. La sensation n’a rien de déplaisant à proprement parler, elle tient plutôt d’une sieste générale si complète qu’elle frise l’abandon, et un visiteur tout juste descendu du train pourrait se demander s’il existe seulement un festival d’opéra dans cette ville.

 

Mais que l’on observe ces mêmes rues lorsque le soleil descend et que la température l’accompagne, et la ville se souvient d’elle même. Les portes se rouvrent, les voix reviennent sur le Corso, et vers huit heures et demie toute la vie du soir se met à couler, presque littéralement, en pente douce vers la Piazza Mazzini et à travers les grilles du Sferisterio, comme si la chaleur du jour n’avait fait que retenir chacun en réserve pour la nuit. Ireneo Aleandri construit l’arène en 1829, financée par une centaine de familles souscriptrices de la ville, comme théâtre pour les jeux de balle que la noblesse de Macerata finira par transformer en l’un des plus beaux lieux d’opéra en plein air d’Italie. La scène est un mur, littéralement, une vaste étendue de brique de près de quatre vingt dix mètres, cernée d’une courbe néoclassique de colonnes et de loges pour le public. Ce que la mise en scène de Paul Émile Fourny comprend, c’est que cette ampleur, qui est aussi une immense toile vierge, constitue déjà un cadeau, et n’a nul besoin d’être comblée par des décors matériels.

Il faut le dire clairement, pour quiconque voyage régulièrement en Italie l’été pour assister à des opéras en plein air, et s’est installé dans l’habitude des Arènes de Vérone comme référence en Italie, que Macerata mérite de figurer sur la même liste, que ce soit en complément ou en véritable substitut. L’accès y est certes moins immédiat, il n’existe pas de vol direct vers un aéroport proche comme c’est le cas pour Vérone, et la liaison en voiture ou en train depuis Rome ou la côte adriatique demande un peu plus d’effort que le trajet bien rodé vers Vérone. Mais le Sferisterio offre ce que l’Arène de Vérone, malgré son ampleur romaine et son propre charme réel, ne peut pas offrir, un public qui n’a pas encore été entièrement absorbé par le circuit des autocars de tourisme, et des mises en scène, celle ci comprise, qui utilisent l’architecture même du lieu comme partie intégrante du récit plutôt que de simplement remplir un très vaste espace vide de spectacle. L’effort supplémentaire pour s’y rendre est récompensé dès la première demi heure de n’importe quelle soirée ici. Le festival possède aussi une véritable spécialité qu’il convient de connaître avant de réserver, Macerata est tout aussi à l’aise à bâtir une soirée autour d’un chanteur en pleine ascension qu’à engager une voix déjà incontestablement au sommet de la profession, et cette distribution en offre une belle illustration, Ariunbaatar Ganbaatar encore clairement en plein essor, et une Anastasia Bartoli déjà « célèbre », tous deux traités par le festival avec le même sérieux, sans que l’un ne soit présenté comme la vedette et l’autre comme simple faire valoir.

 

 

Oui, la mise en scène de Paul Emile Fourny s’appuie beaucoup sur la vidéo. Cependant, de véritables segments de mur sont déplacés par la figuration silencieuse, transformant Jérusalem en Babylone au fil de la soirée, si bien que l’architecture elle même devient presque un personnage à part entière, changeant de camp scène après scène comme le fait l’intrigue. La vidéo, signée Mario Spinaci, fait le reste, et ne ressemble que rarement à un ornement plaqué sur un décor statique, les fleuves de Babylone sont projetés courant sur la brique, autour et au dessus du chœur rassemblé en dessous, et au final le Temple de Baal connaît une destruction par le feu à la même échelle que tout ce qui a précédé.

Mais le véritable coup de maître de la production survient plus tôt et plus discrètement que ces deux morceaux de bravoure, lorsque le vaste mur de brique de l’arène, conçu pour la scène par Benito Leonori, cesse d’être le Sferisterio pour devenir, progressivement puis totalement, le Mur Occidental, le Mur des Lamentations de Jérusalem, reconstruit dans la lumière plutôt que dans la pierre. C’est l’image la plus forte de la soirée, et elle frappe avec une véritable force précisément parce que rien ne l’annonce, Fourny laisse au public le soin de faire lui même ce moment de reconnaissance plutôt que de le souligner.

Les costumes de Giovanna Fiorentini refusent d’ancrer l’action dans une époque précise, évitant à la fois la reconstitution d’archives et l’artifice désormais un peu usé de la modernisation forcée, et ce choix sert bien l’ouvrage ; les lumières de Ludovico Gobbi accomplissent le travail plus délicat de rendre cet immense mur lisible d’un instant à l’autre, isolant une seule silhouette contre toute cette brique lorsque le drame appelle l’intimité, puis rouvrant tout l’espace lorsqu’il appelle l’ampleur. À eux deux, l’équipe scénographique résout le problème que cette arène pose à presque toute production qui s’y frotte, comment être grandiose sans devenir vide, et le fait avec une légèreté qui n’attire jamais l’attention sur sa propre habileté.

Dans la fosse, le chef italien Fabrizio Maria Carminati atteint le cœur même de l’ouvrage, qui n’est en réalité pas tant Babylone antique qu’une forme particulière de nostalgie, celle des Hébreux captifs pour une patrie qu’ils ne peuvent plus atteindre, mais aussi, en dessous, la nostalgie propre de Verdi pour une Italie du Risorgimento pas encore unifiée, et en dessous encore, le drame plus intime d’un père dont tout le sentiment de lui même se défait dans sa querelle avec le divin. Carminati tient ces trois registres dans la même lecture sans jamais laisser l’un écraser les autres, et la conduite du tempo est superbe de bout en bout, patiente là où la partition demande la patience, urgente là où elle demande l’urgence, tirant de l’Orchestra Filarmonica Marchigiana (FORM) un jeu d’une vraie transparence et d’une vraie chaleur, dans une lecture véritablement envoûtante plutôt que simplement accomplie.

Le célébrissime « Va, pensiero » lui même est l’un des grands morceaux d’épreuve du répertoire choral, l’un de ces numéros si connus qu’une compagnie parvient soit à le faire sonner comme neuf, soit confirme simplement ce que chacun dans la salle soupçonnait déjà, qu’il est devenu du papier peint. Ici, il ne fut ni tenu pour acquis ni surjoué. La scène reste dépouillée et s’appuie sur de magnifiques projections vidéo d’eau, les fleuves de Babylone glissant lentement sur cet immense mur de brique, accompagnant le chœur triste et nostalgique. C’est un passage qui repose entièrement sur cet équilibre à trouver, et Carminati et Fourny, à eux deux, l’ont trouvé exactement.

Ce dont parle vraiment ce chœur mérite qu’on s’y arrête, car il est facile, après tant de rappels de concert, de n’y entendre qu’une simple mélodie et de cesser d’écouter les mots. Nabucco est, dans son fondement même, un opéra sur un peuple opprimé, exilé, réduit en esclavage et menacé de destruction, et Verdi comme Solera ont puisé cette histoire directement dans le récit biblique de la captivité à Babylone. Que le peuple juif ait survécu à la destruction des deux Temples, à l’exil, à des siècles d’expulsion, de persécution et de pogroms à travers l’Europe et le Moyen Orient, aux génocides de la Shoah, et à l’acharnement incessant qui continue de s’exercer contre lui jusque dans le monde d’aujourd’hui, tient véritablement du miracle d’endurance humaine, une endurance qu’aucun empire, quelle qu’ait été la totalité de son dessein, n’est jamais parvenu à éteindre ; et une production qui fait de son image centrale le propre mur du souvenir de Jérusalem, plutôt qu’une ruine antique générique, invite discrètement le public à entendre le choeur « Va, pensiero » comme portant sur cette continuité là, plutôt que comme un morceau d’antiquité décorative. C’est tout au crédit de Fourny qu’il fasse confiance à l’image pour porter ce propos sans le souligner.

 

 

Le rôle-titre revient à Nabucco, mais la soirée, en vérité, appartenait à l’Abigaille d’Anastasia Bartoli, et lui appartenait presque dès son entrée. C’est une prestation d’une véritable puissance vocale et, chose plus rare, d’une véritable beauté logée à l’intérieur de cette puissance, une voix qui trouve dans l’aigu tout l’éclat et l’étendue du véritable belcanto avant de s’ouvrir, sans effort apparent, sur un territoire plus proche du mezzo dans le grave, sombre et plein là où le rôle se contente généralement du seul volume. La caractérisation est finement dessinée de bout en bout et ne cède jamais à la fureur générique que le rôle peut inviter ; le finale en particulier est mené avec une véritable intelligence, Bartoli maintenant Abigaille physiquement droite et non brisée alors même que le personnage est amené à genoux à implorer le pardon, si bien que l’effondrement se lit comme celui d’une femme qui refuse de s’effondrer tout à fait plutôt que d’une femme qui s’effondre simplement.

Ariunbaatar Ganbaatar, ancien finaliste du Cardiff Singer of the World, apporte au rôle titre un instrument véritablement stupéfiant, parfaitement adapté à l’arrogance initiale de Nabucco, ce dieu autoproclamé convaincu de sa propre conquête. Ce qui le distingue d’une simple grande voix, cependant, c’est l’intelligence avec laquelle il réduit cet instrument pour les passages plus doux, plus humbles, notamment dans le grand duo avec Abigaille, où Nabucco se retrouve physiquement et mentalement diminué, père suppliant plutôt que souverain, et Ganbaatar y trouve une couleur entièrement différente, bien plus vulnérable.

Le Zaccaria d’Alberto Comes aurait facilement pu être le point faible de la soirée, le rôle ayant tendance à se réduire à une simple prédication pieuse si un chanteur moins accompli s’y risque, mais Comes s’élève bien au dessus de ce risque, digne et inflexible dans sa présence scénique, chantant le rôle d’une ligne calme, fière et finement sensible qui donne au personnage un vrai poids plutôt qu’une simple droiture morale. La Fenena de Laura Verrecchia est plus « habillée », dans une production par ailleurs partagée entre costumes militaires tape à l’œil pour les Assyriens et sobriété pour les Hébreux, en quelque chose de plus proche d’une écologiste militante moderne, cheveux libres et drapé aux airs hippies, un choix curieux sur le papier qu’elle parvient néanmoins à rendre crédible, son grand air livré avec une résonance véritablement éplorée. L’Ismaele d’Alessandro Scotto Di Luzio possède une projection solide et une ligne nette, même si la direction d’acteurs ne lui donne guère de matière à exploiter, et le personnage marque moins fortement. Les rôles restants sont tous bien tenus, Alessia Camarin en Anna, Simone Fenotti en Abdallo et Renzo Ran en Grand Prêtre de Baal parmi eux, complétant une distribution où même les plus petits rôles semblent traités avec soin. Bravissimi !

 

 

 

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CRITIQUE, festival. MACERATA OPERA FESTIVAL, Sferisterio, le 9 août 2026. VERDI : Nabucco. A. Ganbaatar, A. Bartoli, A. Comes, A. Scotto Di Luzio… Paul Emile FOURNY / Fabrizio Maria CARMINATI. Crédit photographique (c) Macerata Opera Festival

 

 

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CD événement. SIBELIUS : Symphonies 1-7. HPO Helsinki Philharmonic Orchestra / Jukka-Pekka Saraste, direction (3 cd Ondine)

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Sibelius fait partie du répertoire central de l’Orchestre Philharmonique d’Helsinki ; c’est même un élément de son ADN, l’orchestre sous la direction du compositeur ayant créé toutes ses symphonies, la 7è exceptée.

 

 

 

Fort de cette tradition spécifique, le HPO Helsinki Philharmonic Orchestra a enregistré nombre d’intégrales dont celle fameuse de Paavo Berglund (1984-1987), de Leif Segerstam (2002-2004)… L’intégrale dirigée par Jukka-Pekka Saraste couronne un cycle interprétatif qui porte l’ADN de l’Orchestre et profite de sa compréhension profonde de l’écriture sibélienne.

 

 

 

 

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CD événement, annonce. Sibelius : The 7 Symphonies / Jukka-Pekka Saraste (3 cd box set ONDINE) – PLUS D’INFOS sur le site de l’éditeur ONDINE : https://www.ondine.net/index.php?lid=en&cid=2.2&oid=7453 – parution en juin 2026. Coffret CLIC de CLASSIQUENEWS été 2026 – Prochaine critique complète sur CLASSIQUENEWS.COM

 

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ORCHESTRE DE PARIS. MAHLER : Symphonie n°3. Mer 9, jeu 10 sept 2026. Klaus Mäkelä, direction

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Dans le cadre du cycle « LES PREM’S », festival orchestral exceptionnel à la Philharmonie de Paris, l’Orchestre de Paris – et son directeur musical Klaus Mäkela – proposent une expérience musicale incontournable : la 3ème Symphonie de Gustav Mahler où le format symphonique associé au chant soliste et choral, flirte avec le souffle cosmique… Après une intégrale des symphonies de Sibelius, – enregistrée chez Decca, Klaus Mäkelä poursuit son exploration des grands cycles symphoniques et en revient toujours à Mahler, l’un de ses compositeurs de prédilection : en ouverture de la saison 2026 – 2027 de l’Orchestre de Paris, le bouillonnant maestro finlandais dirige l’immense Troisième Symphonie…

 

MAHLER, Symphonie n°3… Après avoir atteint le sentiment d’éternité et l’expérience de la résurrection, ni plus ni moins, dans l’ultime mouvement de sa deuxième symphonie, Mahler pour sa Troisième symphonie, conservant la nostalgie des hauteurs célestes, compose un partition qui logiquement se place à l’échelle du cosmos.
L’exaltation spirituelle et mystique développée dans la Deuxième symphonie, « Résurrection », le laisse à la même altitude, un état d’ascension vertigineux, cultivée ici avec une plénitude exceptionnelle (en particulier dans le Minuetto).
A 34 ans, l’homme qui se sent asphyxié par son activité comme directeur d’opéra, – à Hambourg-, ne disposant que d’un temps trop compté pour composer, la seule activité qui compte réellement, veut en se mesurant à l’échelle universelle, démontrer sa pleine maturité de compositeur. Avec lui, le cadre symphonique gagne de nouveaux horizons, des perspectives jusque là inconnues. Affirmation d’un démiurge symphonique, la Troisième approfondit davantage le rapport unissant l’homme et la nature.

Pour mieux comprendre l’enjeu et le sens de la partition, évoquons tout d’abord sa genèse.
A l’été 1895, Mahler retrouve son ermitage au bord du lac d’Attersee. La solitude recherchée, le désir de faire communion avec l’élément naturel, la contemplation de la nature lui inspire l’une des partitions les plus démesurées. La proche végétation entourant sa cabane de compositeur lui inspire le menuet Blumenstück (morceau de fleurs), déjà cité. Création… La reconnaissance se précisera six ans après sa création, le 9 juin 1902 par l’orchestre de Cologne sous la direction du compositeur de festival de Crefed en Rhénanie. En présence de Richard Strauss, Humperdinck, Willem Mengelberg, Max Von Schillings, Mahler connut son premier véritable grand triomphe publique comme compositeur.

« Avec des œuvres médiocres, on finit par s’ennuyer. [Mais avec] Mahler, il y a toujours quelque chose d’inédit. C’est un compositeur d’une grande intensité émotionnelle. De ce fait, sa musique ne sonne jamais de la même manière », confie le chef en 2025. Klaus Mäkelä alliant précision, finesse, profondeur, dirige la musique de Mahler. La Troisième Symphonie résout les tensions des deux premières : après « combat » et « douleur », voici  la « gaieté » (dixit le compositeur). Hymne à la nature, la symphonie se divise en deux pans : un gigantesque premier mouvement un temps intitulé « l’éveil de Pan » ; puis quatre morceaux plus courts, pour certains avec voix, avant un magnifique adagio final aux allures de réconciliation ultime.

 

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PARIS, Philharmonie
ORCHESTRE DE PARIS, Klaus Mäkelä – Symphonie n°3 de Gustav MAHLER
mercredi 9 sept 2026, 20h
jeudi 10 sept 2026, 20h
RÉSERVEZ VOS PLACES sur le site de l’Orchestre de Paris / Philharmonie de Paris : https://philharmoniedeparis.fr/fr/activite/concert-symphonique/29615-orchestre-de-paris-klaus-makela?itemId=147623
Gustav Mahler : Symphonie n° 3
Orchestre de Paris
Wiebke Lehmkuhl , mezzo-soprano
Chœur de femmes de l’Orchestre de Paris
Chœur de jeunes de l’Orchestre de Paris
Chœur d’enfants de l’Orchestre de Paris
Klaus Mäkelä, direction
Richard Wilberforce, chef de chœur
Edwin Baudo, chef de chœur
Evann Loget-Raymond, chef de chœur
Rémi Aguirre Zubiri, chef de chœur
Éloïse Roux, chef de choeur

 

 

DIFFUSION
Le concert dirigé par Rafael Kubelik, sera diffusé en différé sur Radio Classique et sera disponible en streaming pendant 3 mois sur radioclassique.fr

 

DOSSIER
LIRE notre dossier dédié à la Symphonie n°3 de Gustav Mahler
https://www.classiquenews.com/gustav-mahler-3-eme-symphonie-rafael-kubelik/
Intégrale des Symphonies de Mahler par Rafael Kubelik
Mais à l’élévation des images convoquées correspond aussi l’enracinement terrestre qu’attestent le Cortège de Bacchus et ses réminiscences nettement plus « populaires », si parfaitement explicites dans les marches militaires et la musique de kiosque, dont Kubelik restitue la grandeur dérisoire, comparée à celle qui la dépasse de loin. Embrasser les deux dimensions ou les deux conceptions, terrienne ou cosmique, sensuelle ou spirituelle, créent une permanente confrontation, d’éblouissantes étincelles qui se font pépites d’incandescence tragique, de flamboyant lyrisme, grâce à l’orchestre Symphonique de la Radio bavaroise.

 

 

VIDÉO
La Symphonie n°3 de Gustav Mahler par Claudio Abbado
https://www.youtube.com/watch?v=Xplx64LVENg

 

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CRITIQUE, festival. MACERATA OPERA FESTIVAL, Sferisterio, le 8 août 2026. ROSSINI : Il Barbiere di Siviglia. R. Lupinacci, R. Gatin, G. Martyrosian, M. F. Romano… Daniele Menghini / Jacopo Brusa

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La mise en scène sur un plateau de télévision – que le metteur en scène Daniele Menghini offre au Barbiere di Siviglia de Gioacchino Rosssini – revient au Macerata Opera Festival, quatre ans après sa création, et demeure inventive et souvent très drôle, quitte à prendre le dessus sue l’opéra qu’elle est censée servir. Ce qui enchante dans cette représentation nocturne sur le vaste plateau du sublipme Sferisterio de Macerata, c’est le chant et la fosse !

 

Le décor est un plateau de télévision, ou plutôt plusieurs à la fois, le tout réuni sous l’enseigne des Siviglia City Studios : caméras, écrans, et l’équipe d’un sponsor qui tourne sa propre publicité dans le coin de scène que le drame vient de quitter. La logique tient la route. Les personnages de Rossini mentent et fabriquent des versions d’eux-mêmes, et faire de Figaro la figure tutélaire d’une industrie du divertissement ce qui relève d’une lecture sérieuse, et non d’un habillage décoratif. La production porte aussi un héritage: lauréate d’un concours pour artistes de moins de trente cinq ans dont le jury était présidé par Graham Vick, à qui elle est dédiée. Simone De Angelis éclaire le plateau comme un studio plutôt qu’une scène, chaque air cueilli dans une découpe dure et relayé en gros plan par la vidéo de Stefano Teodori. 

 

 

L’ouverture se joue sur fond d’activité de production complète, présentation des personnages, entrée d’Arlequin, techniciens au travail. On y gagne en exposition, on y perd davantage en concentration. La largeur de l’arène aggrave la chose. Le Sferisterio, construit par Ireneo Aleandri en 1829 comme arène de jeu de balle, offre une scène de près de quatre vingt dix mètres, et Menghini prend la dimension au mot: à un moment, une véritable voiture est amenée sur le plateau et garée en son centre comme un simple élément de décor. Mais d’un côté de la salle, l’équipe de tournage du sponsor occupe parfois tout le champ visuel pendant que le drame se joue soixante mètres plus loin. Le public doit choisir quel spectacle regarder. La présentatrice télé, censée nous orienter, ne fait que ralentir un opéra dont toute la méthode est l’accélération. Il y a là aussi une incohérence plus profonde: la mise en scène insiste sur un monde d’écrans et d’applications, alors que Rossini et Sterbini ont bâti l’intrigue sur le papier (le billet tombé du balcon, la liste de linge substituée, la lettre produite comme preuve…), autant d’éléments qui entrent en collision avec tout ce qui, par ailleurs, met l’accent sur les réseaux sociaux et la numérisation.

 

 

Don Basilio, lui, est tout simplement mal conçu. En faire une rock star en vogue supprime ce qui le rend drôle; il devrait être un obscur provincial ridicule, facile à acheter, et la corruption perd tout ressort comique si celui qui empoche l’argent est une célébrité. La scène de la leçon souffre du même encombrement, Almaviva déguisé accompagné d’un groupe de rock pendant que Bartolo regarde le tournage du sponsor. Face à tout cela, le personnage créé d’Arlequin trouve pleinement sa place. Absent du livret et n’ayant nul besoin d’y être, le mime dansant et silencieux, dans la chorégraphie de Livia Bartolucci, rend l’ouvrage à son ascendance de commedia dell’arte. Il observe, juge, intervient, et devient à la fin un agent plus décisif que Figaro en libérant Rosina. C’est le seul ajout qui éclaire plutôt qu’il n’encombre. Le dénouement réécrit découle de lui. Rosina s’enfuit en pleine scène, traversant la salle en courant jusqu’à l’allée centrale, les caméras à sa poursuite, la course s’achevant sur les écrans quand elle se jette dans une voiture qui démarre, joli écho de celle garée sur le plateau plus tôt. L’idée de fond est bonne, plus intéressante qu’un simple refus de la cage: elle veut se libérer de tous, d’Almaviva autant que de Bartolo. Mais rien, dans les trois heures précédentes, n’en pose la graine, aucun signe d’impatience envers Almaviva lui-même, si bien que le revirement arrive comme une conclusion du metteur en scène plutôt que du personnage. Un seul indice posé plus tôt aurait transformé un coup de théâtre en résolution, et véritablement ouvert sur Mozart et le mariage amer que Beaumarchais et Da Ponte tiennent en réserve.

Dans la fosse, Jacopo Brusa, qui a repris la direction musicale de Gianluca Martinenghi, dirige Rossini en homme du rythme plutôt que de la vitesse: tempi vifs mais jamais bousculés, crescendi construits par paliers plutôt que simplement poussés. L’Orchestra Filarmonica Marchigiana a joué avec une vraie transparence et tenu la route dans le premier final, malgré l’agitation scénique, et l’orage ouvrant le second acte fut une véritable peinture de scène plutôt qu’un remplissage. Le chœur du festival, dirigé par Christian Starinieri, a chanté avec précision et une belle unité d’attaque.

 

 

Ruzil Gatin, qui reprend l’Almaviva de la création 2022, offre la performance la plus accomplie de la soirée, clair et souple, les vocalises nettes plutôt qu’approximatives; l’aria « Cessa di più resistere » fut chanté en intégralité… et bien chanté ! La Rosina de Raffaella Lupinacci, ici recomposée en mannequin de couverture dotée de sa propre communauté de suiveurs, chante Una voce poco fa avec charme et beaucoup d’acier en dessous, et se révèle par ailleurs une véritable chanteuse d’ensemble. Le Figaro de Grisha Martirosyan, matador content de lui-même, mène le célèvre Largo al factotum à un tempo qui laisse porter les consonnes, et l’aisance scénique comme le sens du tempo font merveille. Le Bartolo de Marco Filippo Romano est la plus belle réussite comique du plateau, avec un « A un dottor della mia » sorte entièrement articulé à pleine vitesse sans jamais verser dans la caricature. Riccardo Fassi chante Basilio d’une basse ferme et sombre, La calunnia construite depuis un murmure authentique; que le personnage échoue relève de la mise en scène, non du chanteur. La Berta de Giulia Mazzola, vêtue plus en artiste de music hall qu’en gouvernante, livre l’air « Il vecchiotto cerca moglie avec un vrai style, même si la jouer perpétuellement éméchée brûle bien trop tôt la seule bonne idée d’ivresse de la production, celle du soldat feint d’Almaviva. Valerio Morelli, Marco Caudera et Davide Filipponi complètent une distribution qui travaille dur tout au long de la soirée, aux côtés d’une population réduite de stylistes doublant en musiciens, en personnel de plateau et en mascottes en peluche jamais expliquées, que l’on suppose appartenir au sponsor. Les ensembles furent le plus grand bonheur de la soirée, le premier final et le trio du second acte tous deux chantés avec des lignes individuelles audibles à l’intérieur de l’ensemble.

 

 

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CRITIQUE, festival. MACERATA OPERA FESTIVAL, Sferisterio, le 8 août 2026. ROSSINI : Il Barbiere di Siviglia. R. Lupinacci, R. Gatin, G. Martyrosian, M. F. Romano… Daniele Menghini / Jacopo Brusa. Crédit photographique (c) Macerata Opera Festival

 

 

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CRITIQUE, festival. 45e Festival de la Vézère (Château du Saillant), le 8 août 2026. ROSSINI : « La Cenerentola » par la Compagnie « Diva Opera »

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Après l’émotion poignante de La Bohème, la Compagnie Diva Opera a offert au public du Festival de la Vézère un tout autre visage de son grand talent avec La Cenerentola de Gioachino Rossini, donnée le lendemain dans la même Grange du Château du Saillant. Ce changement de registre, du drame puccinien à la comédie rossinienne, fut une véritable bouffée d’air frais, un feu d’artifice musical qui a couronné en beauté ce week-end d’exception. La troupe britannique, fidèle au festival depuis 25 ans, a une fois de plus démontré l’étendue de son art et sa parfaite maîtrise des répertoires les plus variés.

 

Comme la veille, la direction musicale était assurée depuis le piano par Bryan Evans, directeur artistique de la compagnie. Son jeu, d’une précision et d’une vitalité étincelantes, a parfaitement restitué l’effervescence et l’élan de la partition rossinienne, avec ces fameux crescendi qui font la signature du compositeur. La mise en scène de Wayne Morris, fidèle à une esthétique traditionnelle mais colorée et inventive, a su donner vie à ce conte de fées avec une intelligence dramatique et une malice réjouissantes. Les personnages, tour à tour grotesques, touchants ou héroïques, étaient campés avec une précision chirurgicale, dans un savant équilibre entre comédie et émotion.

 

 

La distribution, (quasi) entièrement renouvelée pour l’occasion, était à la hauteur de l’événement, chaque chanteur semblant s’approprier son rôle avec un bonheur communicatif. La mezzo-soprano Heather Lowe était une Angelina (Cendrillon) bouleversante de sincérité et de noblesse. Dès son premier air, « Una volta c’era un re« , sa voix, d’une grande pureté et d’une souplesse étonnante, a captivé l’auditoire. Son timbre chaud et son legato irréprochable ont magnifié la célèbre aria finale « Non più mesta« , moment d’une virtuosité éblouissante où la voix semblait s’élever vers une lumière nouvelle. Loin d’une Cendrillon résignée, elle incarnait une jeune femme pleine de caractère, dont la bonté n’excluait pas une fermeté bienvenue. Face à elle, le ténor Joseph Doody prêtait ses aigus solaires au Prince Don Ramiro. Sa voix claire et agile, d’une facilité déconcertante dans les passages les plus périlleux, a rendu justice au rôle exigeant écrit par Rossini. Son « Sì, ritrovarla io giuro » fut un moment de pur éclat vocal, porté par une ligne de chant conquérante et une présence scénique naturelle. Son jeu, à la fois noble et malicieux, a parfaitement servi les quiproquos de l’intrigue.

 


 

La famille de la jeune héroïne était campée par des interprètes d’une drôlerie irrésistible. Le baryton Matthew Hargreaves était un Don Magnifico, le beau-père tyrannique, d’une vanité et d’une cupidité hilarantes. Sa voix, puissante et autoritaire, a trouvé son apogée dans les délires d’ambition de son personnage. Le baryton Jerome Knox, déjà Schaunard la veille, se glissait ici dans la peau de Dandini, le valet du Prince déguisé en maître. Il fut un complice parfait, à la fois insolent et attachant, dont la complicité avec le Prince faisait mouche à chaque scène. Les deux sœurs, Clorinda et Tisbe, étaient interprétées par Natasha Page et Louise Mott, un duo de « méchantes » d’une perfection comique. Leurs voix, l’une soprano, l’autre mezzo, se mariaient à merveille dans les ensembles pour créer une cacophonie de disputes et de jalousies qui a ravi le public. Enfin, la basse Philip Smith prêtait sa voix grave et solennelle au sage Alidoro, le précepteur du Prince, dont l’air « Là del ciel nell’arcano profondo » apportait une touche de profondeur morale à ce joyeux canevas. Les membres du chœur – Charles St. John, Alex Pratley, William Stevens, Michael Roche, déjà aperçus pour certains la veille dans des rôles secondaires – ont une nouvelle fois fait preuve d’un engagement total, apportant une présence et une homogénéité remarquables aux passages d’ensemble. 

Devant un public conquis, la soirée s’est achevée sur une ovation méritée. Les applaudissements nourris et les sourires échangeés témoignaient du plaisir partagé par tous les spectateurs, venus en nombre pour cette avant-dernier spectacle du festival corrézien. Dans le cadre enchanteur du Château du Saillant, Diva Opera a réussi son pari : nous faire croire, le temps d’une soirée, que les contes de fées existent encore, portés par une musique étincelante et des artistes de grand talent. Un véritable enchantement qui venait couronner un week-end lyrique d’exception !

 

 

 

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CRITIQUE, festival. 45e Festival de la Vézère (Château du Saillant), le 8 août 2026. ROSSINI : « La Cenerentola » par la Compagnie « Diva Opera ». Crédit phtographique (c) Festival de la Vézère

 

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CRITIQUE CD événement. Robert SCHUMANN : Das Paradies und die Peri (1843). Lina Johnson, Marianne Beate Kielland, Kieran Carrel… la Capella Nacional de Catalunya, Le Concert des Nations, Jordi Savall (2 cd Alia Vox)

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Dans la quête de la Péri, quête de l’idéal et de l’absolu, s’exprime la quête de Schumann lui-même qui y dépose toutes les ressources et possibilités permises par la musique. Portée par un élan inextinguible, une souveraine et impérieuse volonté – beethovénienne, l’écriture de Schumann se déploie, se développe, s’affirme, en particulier dans chaque avancée de la Péri, de la partie III. L’élan vital que porte le chant de l’orchestre souligne combien est déterminée La Péri à mesure que ses épreuves la rapproche davantage de son effacement. Détaillée, active, éloquente, aux somptueuses couleurs comme capable de phrasés chambristes, souples et mordants, la baguette de Jordi Savall suit le cheminement de la Péri, de plus en plus essentielle et … aérienne.

 

 

 

Clarté, transparence, nuances, la direction éclaire un oratorio sensible et intensément dramatique, centré sur les épreuves que surmontent l’héroïne, et au cœur de sa métamorphose, sa faculté à s’émouvoir (des larmes d’un repenti), la force de l’amour qui la traverse totalement… et qui lui ouvre les portes de la félicité éternelle (extase ultime exprimée dans l’air final « Es fällt ein tropfen aufs Land.… / une goutte descend de la lune » dont l’orchestre dessine la noble gradation conçue comme le miracle d’une aurore). Mais ce miracle final vaut une séries d’épreuves, un combat de haute lutte…

Successeur d Schumann lui-même qui crée son oratorio laïque à Leipzig le 4 déc 1843, Jordi Savall veille aux équilibres sonores comme à l’architecture globale du déroulement musical. Outre la trajectoire qui mène la Péri de l’ombre à la pleine lumière, chef et orchestre écoutent les innombrables scintillements du texte schumanien. Toutes les références aux heures de la journée et de la nuit, les mille nuances d’un texte certes de couleurs orientales, – précisément persanes-, souvent pastoral et atmosphérique, qui dépeint de sublimes paysages (d’Inde, d’Égypte, de Syrie), sont finement exprimés.

La lecture d’une irrépressible intensité, édifie un cheminement de plus en plus mystique à mesure que la Péri échoue dans sa quête.  Au cœur du drame spirituel, le sentiment humaniste de compassion : tout être peut-il s’attendrir d’un autre ? souffrir, compatir, aimer… Le repenti prie d’être pardonné, touché dans son cœur par l’image d’un garçon qui prie. Dans ce jeu de regards, s’inscrit la vision même de Schumann pour son héroïne, véritable préfiguration des Isolde et Brünnhilde de Wagner.

Musicalement, Schumann se montre très proche et fidèle au sens du roman de l’irlandais Thomas Moore (« Lalla Rookh », 1817, recueil de 4 nouvelles dont Le Paradis et la Péri). Chaque épreuve pourtant loin de la décourager, attise un impérieux désir, affirme des ressources nouvelles, l’esprit du combat et de la résilience. L’orchestre en exprime chaque avancée, révélant la force d’une âme valeureuse. Il déroule un somptueux flot dramatique, accentué et transparent, où s’enchâsse aussi parfaitement le chant du chœur.

Narrateur de cette lutte qui la force au delà de ses limites, l’excellent ténor Kieran Carrel déploie son chant diamantin, d’une claire conviction comme s’il soulignait chaque séquence aux côtés de l’héroïne, soulignant son espoir, ses attentes, jusqu’à l’accomplissement final, tant espéré, cette larme d’un criminel repenti, ultime offrande, … la clé qui lui ouvre enfin, les portes de la félicité.

Dans le sillon tracé par ses augustes aînées, telles Edda Moser, Barbara Bonney, Dorothea Röschmann,… en Péri idéalement habitée, inquiète et opiniâtre, ardente et constante, Lina Johnson réalise un parcours sans fautes, exprimant la fragilité d’une âme qui doute, comme l’aplomb d’une volonté qui est honnête et droite, malgré les épreuves. En outre son allemand est fin et articulé, constamment inféodé à la sensibilité ardente et active de ce personnage si attachant.

 

 

 

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CRITIQUE CD événement. Robert SCHUMANN : Das Paradies und die Peri (1843). Lina Johnson, Marianne Beate Kielland, Kieran Carrel… la Capella Nacional de Catalunya, Le Concert des Nations, Jordi Savall (2 cd Alia Vox – parution : sept 2026) – CLIC de CLASSIQUENEWS automne 2026 – Illustration : George Frederic Watts : Hope DR – PLUS D’INFOS sur le site de l’éditeur ALIA VOX : https://www.alia-vox.com/en/

 

 

 

 

 

 

 

 

Présentation, annonce

LIRE aussi notre annonce du CD Robert SCHUMANN : Das Paradies und die Peri (1843). Jordi Savall (2 cd Alia Vox – parution : sept 2026)

CD événement, annonce. Robert SCHUMANN : Das Paradies und die Peri (1843). Jordi Savall (2 cd Alia Vox – parution : sept 2026)

La bouillonnante activité de la musiques schumanienne, vécue comme une nécessité vitale s’exprime plus que tout autre oratorio de Robert Schumann dans son Paradis et la Péri, sommet conçu par le compositeur poète. S’y déploie cette faculté à ouvrir des horizons psychiques inconnus, des paysages imaginaires sans limites, des ouvertures salvatrices pour celui qui jamais satisfait, devait mourir à … 43 ans

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PARIS, Bal Blomet, sam 12 sept 2026. Mélissa Lesnie chante Scott Fitzgerald. Jazz 1920 (ragtime, hot jazz, Tin Pan Alley…)

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Scott Fitzgerald trace le point final à son Gatsby Le Magnifique », non aux États-Unis mais sur la Riviera française, sur la Côte d’Azur en 1924, instillant à son chef-d’œuvre, une dose concertée d’élégance et de nostalgie, quand le « Jazz Age » (expression qu’il consacre déjà dans un autre ouvrage deux ans plus tôt) venait de naître.

 

Un siècle après sa publication, la chanteuse australienne Mélissa Lesnie, timbre velouté et verbe ciselé, plonge dans un univers sensuel et facétieux, bercé par les échos de ragtime, du hot jazz et de Tin Pan Alley. Avec ses complices, passionnés du jazz des années 20, Mélissa Lesnie ressuscite un Âge d’or musical, crépuscule doré du premier jazz, riche en foxtrots, charlestons sans omettre les blues des années folles, autant de rythmes et accents que l’on imagine bien avoir rythmé les fêtes éblouissantes d’un certain Jay Gatsby.

 

 

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samedi 12 sept 2026, 20h
PARIS, Bal Blomet
Melissa Lesnie : Gatsby’s Jazz & Folies
RÉSERVEZ VOS PLACES directement sur le site du BAL BLOMET, PARIS :
https://www.balblomet.fr/evenement/melissa-lesnie/edate/2026-09-12/
Melissa Lesnie – chant
Camille Schmoeker – danseuse charleston et claquettes Mathieu Meyer – piano
Pablo Lopez – guitare / banjo
Garry Nayah – contrebasse
Hippolyte Fevre – trompette
Pepijn Mouwen – saxophone

 

 

 

 

 

autres concerts de Melissa Lesnie
Retrouvez la chanteuse australienne dans le cadre de sa résidence au club de jazz 38riv (PARIS, Le marais) – sessions style cabaret un samedi après midi mensuel :
5 septembre, 15h,17h :
les plus belles pages de Hollywood, avec la pianiste Ramona Horvath : https://38riv.com/concerts/thats-entertainment-chansons-du-cinema
3 octobre :
La Sœur des Gershwin ; avec Mathieu Meyer, piano
31 octobre :
concert ‘Halloween’ / Theremine
5 décembre :
le ‘Swinging Christmas’ d’Ella Fitzgerald
Toute les infos sur le site du club 38RIV : Jazz club & bar, PARIS (Marais) : https://38riv.com/

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CRITIQUE, festival. INNSBRUCK, Tiroler landestheater, les 7 et 8 août 2026. CESTI : Il Pomo d’oro. M. Borgioni, M. Ortscheidt, S. Rennert, J. Martinez, S. Patchornik, A. Allegrezza, R. Brès-Feuillet… Fabio Ceresa / Ottavio Dantone

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Réaliser l’impossible. Pour célébrer les 50 ans du prestigieux Festival de Musique Ancienne d’Innsbruck, le plus célèbre, le plus long et le plus fastueux des opéras baroques, Il pomo d’oro de Marc Antonio Cesti, a été donné dans son intégralité pour la première fois depuis 1668. Une scénographie splendide, une distribution d’exception et une direction proprement miraculeuse.

 

Donné en deux soirées, comme ce fut le cas lors de la création à Vienne les 12 et 14 juillet 1668, Il pomo d’oro d’Antonio Cesti, sur un livret de Francesco Sbarra et des décors de Ludovico Burnacini (également architecte du Theater auf der Cortina, expressément construit pour la représentation) n’avait jamais été donné dans son entièreté. En cause sa longueur démesurée (près de huit heures de musique, ballets compris) et une partition qui nous est parvenue hélas amputée des actes trois et cinq. Doublement irreprésentable donc, même si d’aucuns ont tenté l’expérience (toute la musique préservée en version concert à Vienne en juin 1989 et en version scénique, mais incomplète, au festival de Batignano en 1998). Il s’agit en outre d’une fête théâtrale, genre très codé, étroitement lié au souverain et particulièrement spectaculaire, qui célèbre la dynastie impériale des Habsbourg, présente dans le prologue, avec les allégories de ses possessions territoriales. D’un faste inégalé (23 changements de décor, 47 personnages), la musique en fut donc composée par Marc Antonio Cesti, maître de chapelle à la cour d’Innsbruck (le festival l’a maintes fois célébré par le passé : Il Tito, Semiramide, l’Argia, l’Orontea, La Dori y ont été exhumés), avec la participation de l’empereur Léopold 1er (qui composa les scènes II, 9 et V, 5). Entretemps, une partie de la musique des actes III et V fut retrouvée à la bibliothèque Estense de Modène ; il ne restait plus qu’à Ottavio Dantone de reconstituer les parties manquantes en puisant dans les autres partitions de Cesti, ce que le chef italien a mené à bien avec une réussite exemplaire.

Malgré sa démesure, l’intrigue concoctée par Sbarra, qui n’a pas le génie dramatique d’un Rospigliosi ou d’un Busenello, est moins complexe que bon nombre d’opéras vénitiens. Il s’agit du fameux jugement de Pâris qui doit remettre, sur ordre de Jupiter, la pomme d’or à la plus belle des trois déesses, Junon, Pallas et Vénus, chacune redoublant d’efforts pour avoir les faveurs du jeune homme épris d’Œnone qui voit d’un mauvais œil cet arbitrage, surtout quand Vénus lui promet la plus belle de toutes, la belle Hélène de Sparte. Cette trahison redonne espoir au berger Aurindo amant éconduit d’Œnone. Esthétique vénitienne oblige (Cesti est passé par Venise, avant Innsbruck et Vienne), la dimension comique plutôt rare dans ce genre éminemment courtisan, y est représentée par les personnages de Momus qui commente l’action et se moque de l’amour vénal et intéressé, et par la nourrice Filaura, digne héritière d’Arnalta et des autres nourrices nymphomanes vénitiennes. Spectacle allégorique oblige, pour ne pas faire de jalouse, Pâris remettra la pomme d’or à l’impératrice d’Autriche, synthèse des qualités des trois déesses.

Comment représenter, 358 ans après sa création, un opéra si ancré dans la réalité politique de son temps ? D’abord par le respect scrupuleux de l’intrigue (pas un mot du livret n’a été supprimé), puis, paradoxalement, en adoptant un tour ironique et décalé qui a aussi et toujours sa légitimité dans l’opéra du XVIIe siècle. C’est le cas par exemple du prologue, dont le défilé des différentes nations faisant partie ou affiliées à l’empire, a été transformé en concours de miss. La remise de la pomme d’or, dans la scène finale, à une impératrice grimée en miss Europe, en confirme a posteriori la cohérence. Symbole de paix, elle justifie le rejet, de la part de Pâris des armes et des conflits promis par Pallas et l’échec du roi d’Athènes et de son armée lors du topos de l’abbattimento, en clôture du 3e acte. On ne peut que louer l’intelligence de la mise en scène de Fabio Ceresa, les splendides décors de Nikolaus Webern, en partie inspirés des scènes peintes de Burnacini reproduites dans l’édition du livret, et les costumes d’une baroque extravagance de Giuseppe Pellela, magnifiés par les lumières très suggestives de George Tellos. Intelligence d’avoir su évoquer les fastes d’un spectacle qui impressionna l’Europe entière (comme par exemple la magnifique scène de la bouche des Enfers, l’un des plus célèbres décors de l’opéra, ou dans le riche et bariolé banquet des dieux, synthèse de l’entière mythologie, qui voit se côtoyer Jupiter et Ganymède, Mars et Vénus, Apollon, Neptune, Mercure, Hébé, Bacchus et un chœur de demi-dieux), tout en modernisant certaines scènes plus intimistes quand il s’agit de représenter les problèmes de couple, entre Mars et Vénus, Pâris et Œnone, Cécrope et Alceste. Dans ce cas, décors et costumes nous projettent dans une réalité plus contemporaine, avec un sens très aigu du théâtre, et une direction d’acteurs au cordeau, dans la transition parfaitement huilée entre les deux univers. En pivotant, ces décors modernes laissent apparaître les fameux décors peints (nuages, nacelles, animaux fantastiques, colonnes, etc.) et les divinités descendant des cintres, ce qui est une manière aussi de réactiver l’esthétique des contrastes propre au baroque.

 

 

La distribution réunie pour cette recréation mémorable (vingt chanteurs pour quarante-sept rôles) mérite dans l’ensemble les plus vifs éloges. Dans celui du fat Pâris, Mauro Borgioni excelle à souligner la duplicité du personnage, déployant un timbre de baryténor également à l’aise dans le registre aigu requis par le rôle. Son air magnifique au début du deuxième acte (« O del ben che acquisterò », jadis enregistré par Jacobs lors de la 5e édition du festival en 1980, dans le double cd Cesti, « Pasticcio »), est rendue avec toute l’adolescente naïveté de celui qui se rend à son premier rendez-vous galant. Projection et diction comme toujours admirables, tandis que ses talents d’acteur ne sont plus à démontrer. Dans le rôle de l’épouse éconduite Œnone, Mathilde Ortscheidt met son timbre chaleureux de contralto au service d’un chant pathétique, d’une rhétorique efficacité, contrebalancée par un optimisme illusoire, mais qui sera in fine récompensée grâce à la constance du jeune berger Aurindo, incarné par le contre-ténor Rémy Brès-Feuillet. Si le rôle est un peu grave pour sa voix, qui l’oblige parfois à poitriner, il s’en sort excellemment par une intelligence rare du texte, une présence scénique toujours juste et, à maintes reprises, par son potentiel impressionnant dans le registre aigu trop rarement sollicité. Il est constamment entouré par les deux personnages comiques de l’intrigue, la nourrice d’Œnone, Filaura, et Momus, dieu du sarcasme. La première trouve en Alberto Allegrezza, vêtue en soubrette boudinée qui aurait ingurgité des dizaines de Schnitzel, une incarnation proprement époustouflante. Le ténor italien, habitué des lieux, stupéfie par son jeu d’acteur d’un naturel confondant, à la fois femme de ménage, strip-teaseuse, affublée d’un énorme manteau de fausse fourrure rouge digne d’une meneuse de cabaret et défonçant comme personne de son gros pied agile une porte imaginaire. Mais il stupéfie davantage encore par son timbre, d’une projection et d’une diction qui sont un modèle du genre. Ses airs à la tonalité moralisatrice mettent en garde contre l’illusion des sentiments (« Che sciocche persone »), tout en chantant le plaisir sans entrave (« Io che appresi da un gran saggio »). 

Le second rôle comique est campé par le baryton Roberto Cavaluzzi, timbre bien affirmé et acteur plein de ressources ; dommage que son chant soit trop souvent engorgé, escamotant une claire élocution. Giacomo Nanni est un remarquable Jupiter, baryton impérial (qui chante aussi les rôles de l’Empire et du dieu Éole), pontifie à l’envi, certain de sa divine autorité, chassant la maladroite Hébé (Jiayu Jin, voix juvénile, agile et flûtée, plus convaincante encore dans le rôle musicalement plus intéressant d’Amour) au profit de son échanson Ganymède. Ce dernier a les traits et la voix toujours magnifique de Paul Figuier, très à l’aise dans ses trois rôles, et parvenant avec maestria les à différencier (l’allégorie du royaume de Bohème, hiératique à souhait, et le rôle riche et fougueux de l’Élément du Feu, bref mais fascinant au 4e acte). À la sensualité lascive de l’amant de Jupiter, il oppose avec bonheur le « stile concitato de l’allégorie du Feu. On ne peut que louer sans réserve l’interprétation des trois déesses qui rivalisent d’autorité, d’imagination et de fureur. Sophie Rennert (qui chante aussi la Gloire autrichienne) est une Junon constamment au bord de l’hystérie (bord qu’elle franchit dans le dernier acte), qui n’est pas sans rappeler la Junon de la Calisto. La scène du dernier acte où elle provoque tempêtes, éclairs et grêlons, restera comme l’un des moments musicaux les plus extraordinaires de toute la partition. La Pallas de Shira Patchornik brille par son autorité belliqueuse et son phrasé mordant qui ferait passer Mars, le dieu de la guerre (campé par un jeune Žiga Čopi vocalement encore vert) pour un anti-héros effemminato. La soprano israélienne, qui a remporté en 2021 les deux concours prestigieux de Corneille de Rouen et de Cesti d’Innsbruck, impressionne par ses triples talents scénique, vocal et d’éloquence. Son arrivée descendant des cintres au 3e acte, incitant les Athéniens à venger sa dignité offensée à travers sa grande aria polystrophique (« O mio caro, io son offesa ») est un autre grand moment de l’opéra. Des trois déesses, Vénus est la moins agitée, trouvant de pathétiques accents quand elle s’adresse à Pâris ou quand elle implore Neptune de calmer la tempête provoquée par Éole (superbe arioso : « Abbi di lui pietà »). Jone Martinez se glisse comme un gant dans la peau du personnage et sait émouvoir grâce à son timbre à la fois chaleureux et puissamment projeté. Qualités que l’on retrouve également chez l’Alceste de Margherita Maria Sala, magnifique contralto rompue à ce répertoire. 

 

 

L’épouse infortunée du roi d’Athènes Cécrope mêle avec une très grande réussite un chant d’une grande puissance pathétique et une fureur guerrière non moins puissante. Son époux, jouet du bon vouloir de Pallas, est fort bien défendu par Federico D. E. Sacchi, basse racée d’une royale autorité (« Son re » répète-t-il à l’envi au dieu mars qui l’a vaincu), qui laisse cependant transparaître une fragilité humaine, trop humaine. Les autres rôles, avec des bonheurs divers, vibrent tous avec l’énergie idoine pour donner corps et vie à cet opéra-monstre. À commencer par le Pluton et le Caron de José Coca Loza, costume somptueux pour le premier dans la scène liminaire des enfers du premier acte, évocation suggestive de la scénographie originale pour le second dans sa barque traversant le Léthé. Une voix caverneuse au service d’un double rôle infernal que la basse bolivienne parvient à différencier (chant et comportement d’une verticalité marmoréenne pour le premier vsariettes syllabiques presque involontairement comiques du second). Jeu d’acteur splendide, phrasé et sens du drame toujours aiguisé pour le contre-ténor Filippo Mineccia, incarnant un Adrasto volontaire et combattif, qui convainc tout autant en Hyménée à la ligne vocale plus doucereuse, puis en Apollon triomphant dans la grande scène du banquet des dieux. Si elle n’intervient qu’au tout début de l’opéra, la Proserpine de Neima Fischer (qui est aussi Tisiphone, une des trois Érinyes, et Aglaé, une des trois Grâces) chante sans doute le plus envoutant des lamenti de l’opéra (« E dove t’aggiri »), magnifié par un timbre ductile d’une rondeur voluptueuse. Danilo Pastore (à peine remis du premier Cavalli à Crémone) impressionne toujours par son jeu versatile et sa capacité unique à s’adapter aux différents rôles qui lui sont dévolus. Si la voix manque de puissance, il campe une Mégère fort assurée, distillant par le verbe et le geste la haine associée au personnage, tandis qu’il incarne une Grâce plus gracieuse que les deux autres dans sa robe fuchsia, armé en outre d’une paire de jambes longues et galbées que bien des dames lui envieraient. Impeccable prestation du Bacchus de la basse hongroise Balázs Bán, tandis que la Discorde d’Ester Ferraro, au phrasé et à la vocalité sans faille, manque peut-être de cette pointe de puissance supplémentaire pour un rôle qui est à l’origine du chaos.

Dans la fosse, à la tête d’une Accademia bizantina exceptionnelle, Ottavio Dantone est le grand maître d’œuvre de cette résurrection mémorable. S’il nous avait habitué davantage, avec un égal bonheur, au répertoire plus tardif du XVIIIesiècle, son excellente interprétation de la Dori de Cesti, ici même à Innsbruck en 2019, a montré sa connaissance très fine de l’orchestration raffinée du compositeur. Des pizzicati aux arpèges des cordes, de la puissance jamais envahissante des cuivres à l’équilibre miraculeux des pupitres dans le dialogue constant avec les voix, Dantone a prouvé, s’il en était besoin, qu’un respect scrupuleux de la partition et de son livret, en les dépoussiérant avec tact et intelligence, sans en retirer la patine qui seule résiste au temps, permet de rendre possible l’impossible, et de faire de ces deux soirées d’opéra un moment historique.

 

 

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CRITIQUE, festival. INNSBRUCK, Tiroler landestheater, les 7 et 8 août 2026. CESTI : Il Pomo d’oro. M. Borgioni, M. Ortscheidt, S. Rennert, J. Martinez, S. Patchornik, A. Allegrezza, R. Brès-Feuillet… Fabio Ceresa / Ottavio Dantone. Crédit photo (c) Birgit Gulfer

 

 

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CD événement, annonce. GIORDANO : MARINA (1888). Eleonora Buratto, Freddie De Tommaso, Coro del Teatro Petruzzelli di Bari, Orchestra I Pomeriggi Musicali, Vincenzo Milletarì (1 cd DECCA classics)

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Recréation mondiale… Oublié depuis près de 140 ans, le premier opéra de Giordano, « Marina », ressuscite dans cet enregistrement réalisé pour Decca classics. C’est l’un des temps forts lyriques de l’année 2026. Enregistré lors de la première mondiale au Teatro dal Verme de Milan en février 2026, l’ouvrage s’inscrit dans la veine vériste mais avec ce sens du drame et de la mélodie propre au compositeur.

 

 

 

 

La soprano Eleonora Buratto incarne Marina avec cette noblesse tragique et tendre si indiscutable ; à ses côtés le ténor Freddie De Tommaso (Giorgio) déploie son chant sombre et racé qui semble ressusciter les grandes voix des années 50 et 60 telles que Franco Corelli et Mario Del Monaco.

A 21 ans, Umberto Giordano compose ce premier opéra en un acte pour le concours Sonzogno de 1888 ; en dépit de ses qualités évidentes, c’est finalement « Cavalleria Rusticana » de son rival Mascagni qui remporte la compétition. Premier opus du futur auteur d’Andrea Chénier (1896) et de Fedora (1898)…, Marina éblouit par son développement réaliste et tragique : les deux protagonistes incarnant une bouleversante histoire d’amour déchirée par la guerre. Révélation décisive. Prochaine critique complète sur classiquenews. L’enregistrement obtient le CLIC de classiquenews été 2026. Parution : début août 2026.

 

 

 

 

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CD événement, annonce. UMBERTO GIORDANO : Marina, première mondiale. Eleonora Buratto, Freddie De Tommaso, Coro del Teatro Petruzzelli di Bari, Orchestra I Pomeriggi Musicali, Vincenzo Milletarì (1 cd DECCA classics) – CLIC de Classiquenews été 2026
PLUS D’INFOS sur le site de l’éditeur DECCA classics : https://store.deccaclassics.com/products/marina-by-umberto-giordano?srsltid=AfmBOoq1xW3pAK7lyWALP-0qYoKDZP-liBaIppMRNUCPTT-_rhGaXTh9

 

 

présentation en anglais

Forgotten for almost 140 years, the rediscovery of Giordano’s first opera ‘Marina’ is one of the operatic highlights of the year. Recorded at the world premiere performances at Milan’s historic Teatro dal Verme in February 2026. Star soprano Eleonora Buratto sings the title role – “a prima donna of extraordinary elegance, nobility, and interpretive intelligence” (Operawire), Freddie De Tommaso is “dark, handsome, very Italianate, harking back to the big voices of the ’50s and ’60s such as Franco Corelli and Mario Del Monaco” (Gramophone). Giordano was just 21 when he composed this one act opera for a competition in 1888 eventually won by Mascagni’s Cavalleria Rusticana. Its plot is pure verismo: a story of love torn apart by war.

 

Track 1: Introduction and chorus: “Son là su l’altura!”
Track 2: Scene 1: “Ha fin la pugna”
Track 3: Aria: “Oh! Qual selvaggia ebbrezza”
Track 4: Scene 2: “Soccorso! Asilo!
Track 5: “La mia ferita… Tolto ai materni baci”
Track 6: “Chi sei! Fra questi biechi monti”
Track 7: “Va via…Su! avanti sfida’l destin”
Track 8: Scene 3: “Non ci ascoltavi tu? … A Marina!”
Track 9: “A te’n Lambro l’amico presento”
Track 10: “Qui del vino!”
Track 11: “Che pria l’animo”
Track 12: Canzone Montenigra: “In guardia o Serbia tiranna!”
Track 13: Pezzo d’assieme: “Menzogna”
Track 14: “Ferito… inerme…”
Track 15: “Ebben se non ti scossero”
Track 16: Scene 4 Duet: “Ed or ti scolpa”
Track 17: Preludio
Track 18: Aria di Giorgio: “Ah! Sempre l’istessa vision!”
Track 19: “Chi sa se undi”
Track 20: Scene 2: “Stranier”
Track 21: “Conobbi appena mia madre”
Track 22: “L’ora incalza va via!”
Track 23: Scene 3: “T’arresta!” … Scene 4 – TOTAL durée : 52mn47.

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CRITIQUE, festival. 45e Festival de la Vézère (Château du Saillant), le 7 août 2026. PUCCINI : « La Bohème » par la Compagnie « Diva Opera »

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Le cadre, d’abord, vous coupe le souffle : entre les méandres de la Vézère et la silhouette altière du Château du Saillant, la 45e édition du Festival de la Vézère a offert, comme chaque début d’août, l’un de ses rendez-vous les plus courus. Fondé il y a plus de quatre décennies par les parents de Diane et Paul du Saillant, cet événement champêtre, désormais dirigé par cette fratrie passionnée, a su préserver une âme, un esprit de partage et une exigence artistique intactes, transformant la grande grange du domaine familial, aménagée pour l’occasion en salle de spectacle, en un théâtre d’exception.

 

Et quelle soirée pour ce premier titre de la mini-étape lyrique par la Compagnie Diva Opera, fidèle au festival pour la 25e année consécutive (!), qui a offert une Bohème de Puccini qui a ravi le public corrézien… à juste titre ! Cette troupe britannique itinérante, véritable ambassadrice de l’opéra de chambre, a une nouvelle fois démontré qu’elle n’avait rien à envier aux grandes maisons d’opéra, en proposant une version « de poche » piano-voix d’une grande intensité dramatique. La direction musicale, alerte et expressive, était assurée depuis le clavier par Bryan Evans, par ailleurs directeur artistique de la compagnie, dont le jeu a su insuffler à la partition toute la jeunesse et la mélancolie pucciniennes. La mise en scène, signée Wayne Morris, privilégiait une esthétique sobre et traditionnelle, laissant toute la place à l’émotion et au drame intime des personnages.

 

 

La distribution, impeccable de bout en bout, a soulevé l’enthousiasme d’un public conquis. Le ténor gallois Robyn Lyn Evans, dans le rôle de Rodolfo, campait un poète idéaliste et passionné, à la voix claire, au timbre solaire et à l’aigu éclatant qui convenait à merveille au héros puccinien. Son fameux « Che gelida manina » fut un moment de pur bonheur, porté par un legato irréprochable et une générosité vocale qui a littéralement embrasé la grange. Il formait un couple bouleversant avec la Mimi de Mary McCabe, d’une fragilité poignante et d’une présence scénique émouvante. Son timbre, d’une pureté cristalline et d’une douceur infinie, a su déchirer les cœurs dans le célèbre troisième acte, avec un « Donde lieta uscì » chargé d’une mélancolie déchirante. Leur duo final, d’une beauté désespérée, a suscité une émotion palpable dans la salle, beaucoup d’yeux humides témoignant de la puissance communicative de leur interprétation.

Autour d’eux, la « bande » des bohémiens était tout aussi remarquable. Le baryton québecois Jean-Kristof Bouton – qui nous avait subjugués en Karnak dans Le Roi d’Ys à Strasbourg en mars dernier – était un Marcello truculent, chaleureux et vocalement irréprochable, dont la présence scénique imposante et le timbre rond ont parfaitement incarné le peintre fougueux. Sa complicité avec Rodolfo, notamment dans leurs disputes et réconciliations, était d’un touchant naturel. Le Colline de Michael Roche a apporté une gravité et une noblesse naturelles à la « bande » des bohémiens. Dès son entrée, sa stature imposante et son timbre sombre ont conféré une autorité tranquille au philosophe. Son célèbre air du manteau, « Vecchia zimarra« , fut un moment de théâtre poignant : sa voix, d’une profondeur organique saisissante, a su transformer ce modeste adieu à un habit usé en un adieu sublime et résigné à sa jeunesse, offrant l’une des émotions les plus pures de la soirée. De son côté, le baryton Jerome Knox campait un Schaunard enjoué, espiègle et d’une agilité vocale saisissante, apportant une touche de légèreté bienvenue au drame. La basse Matthew Hargreaves, quant à lui, se distinguait dans un double rôle de haute volée : en Benoît, il fut un propriétaire grincheux et comique à souhait, puis en Alcindoro, il offrit une composition tout en ridicule et en dignité pincée, avec une voix profonde et autoritaire qui faisait mouche à chaque intervention. Enfin, le jeune Charles St. John, dans le petit rôle de Parpignol, apportait une fraîcheur juvénile et une malice gourmande qui ont ravi le public, notamment les nombreux enfants présents dans la salle – tandis que Louise Mott et Natasha Page complétaient la distribution comme choristes et comédiennes.

 

 

Et que dire de la Musetta de la soprano arménienne Tereza Gevorgyan ? Véritable feu d’artifice, elle a enflammé le second acte avec une valse éblouissante, d’une virtuosité et d’une insolence ravageuses. Sa voix, brillante et agile, s’est muée en un instrument de séduction pure, tandis que son jeu scénique, à la fois capricieux et attendrissant, a conquis tous les cœurs. Son duo avec Marcello, mêlant amour et querelles, était d’une justesse et d’une vitalité réjouissantes.

Dans ce lieu magique où la nature et le patrimoine se mêlent à l’art lyrique, la réussite fut totale. Le spectacle, qui a attiré une foule massive dans la grange du Saillant, a confirmé la réputation du festival, parfois surnommé le « Glyndebourne corrézien« . Un pur bonheur, qui fut prolongé avec la Cenerentola de Rossini donnée le lendemain (mais nous y reviendons…), mais déjà un grand cru que cette édition 2026 pour un festival en pleine maturité !

 

 

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CRITIQUE, festival. 45e Festival de la Vézère (Château du Saillant), le 8 août 2026. ROSSINI : « La Cenerentola » par la Compagnie « Diva Opera ». Crédit photographique (c) Festival de la Vézère

 

 

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CRITIQUE, concerts. 77ème Festival de Menton, les 5 et 6 août 2026. I Gemelli, Emiliano González Toro, Maximiliano Danta… / Vassilena Serafimova, Thomas Enhco

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Chaque été, Menton est LA destination incontournable pour qui souhaite vivre sous la voûte étoilée et en bord de mer, de nouvelles expérience musicales. On doit à la sensibilité du chef d’orchestre Paul-Emmanuel Thomas, directeur artistique, d’étonnantes prouesses musicales dont l’excellence se marie à la diversité des propositions. La sensibilité du maestro, qui sait comme nul autre cultiver l’art des affinités artistiques, permet aux festivaliers de retrouver d’immenses interprètes, dans des programmes qui les dévoilent davantage à chaque concert. Ce sont souvent de longues conversations préalables, entre le chef et chaque artiste, qui affinent le choix des œuvres jouées.

 

On se souvient ainsi de récitals mémorables où entre autres, plusieurs pianistes parmi les plus captivants, se sont révélés sur la scène du Parvis de la Basilique Saint-Michel Archange : Beatrice Rana, Fazil Say, le jeune Alexander Malofeev, ou cette année (en clôture, le 7 août dernier), l’immense poète Alexandre Kantorow… Autant de tempéraments exceptionnels, magistralement « mis en scène » dans l’écrin mentonnais qui continuent de nourrir la légende du Festival de Menton, comme scène incontournable de l’été.

Lors de notre présence, le Festival s’est illustré dans un autre registre, celui de la diversité et de l’éclectisme qui combinés avec cette quête de l’excellence, ont permis de nouveaux apports. L’interaction et la proximité avec les publics se sont pleinement réalisées dans le même temps, grâce au concert du 5 août, où la scène du Parvis de la Basilique Saint-Michel Archange accueillait l’ensemble baroque I Gemelli ; des « Gémeaux » alors très inspirés par l’esprit de la confrontation stimulante, soit une battle entre deux chanteurs, prêts à en découdre en chantant plusieurs airs extraits des opéras de Vivaldi : chef et ténor, directeur musical de la formation (avec Mathilde Étienne qui présentait chaque séquence lyrique), Emiliano González Toro déploie un sens de la scène indiscutable, accordant la puissance de son chant à une expressivité juste et nuancée. L’intérêt de cette bataille vocale se révélant à l’aulne de la profondeur voire de la nuance psychologique, accordées au brio d’une virtuosité pétaradante. De l’agilité et de la sensibilité : chaque rôle vivaldien, en dépit de ce que l’on dit, offre comme chez Haendel, une palette élargie d’affects et de situations; l’occasion pour le chanteur, de révéler aussi, outre ses capacités techniques, son épaisseur et sa finesse… comme acteur.

 

La grande Battle Vivaldi par I Gemelli et Maximliano Danta © classiquenews 26

 

Stimulé par son confrère ténor, le contre-ténor uruguayen, Maximiliano Danta, se prête au jeu de la confrontation, exhibant sans filtre un bel abattage vocal, coloratoure comprise : « l’ange » qui nous est ainsi présenté, captive par son timbre « céleste », une intensité et un feu expressif qui contrepointe idéalement avec le timbre plus charnel et terrien de son « rival » ; et quand les deux se retrouvent en duo, la suavité vivaldienne se concrétise dans une alternance de passes amoureuses, libres, parfaitement enchaînées.

Outre la performance évidente des deux chanteurs, la réussite de la soirée s’inscrit également dans son interaction avec le public ; à chaque session, les spectateurs sont chaleureusement invités à exprimer leur satisfaction en applaudissant leur champion. Car c’est ici l’applaudimètre qui départage et fera la gloire de l’un vis à vis de l’autre.
Le public mentonnais couronne ainsi le contre-ténor, digne interprète de la lyre vivaldienne, passionnée, amoureuse, enivrée jusqu’à l’extase.

 

Photo © Loic Lafontaine

 

Le lendemain (6 août, Palais de l’Europe), place à un autre duo tout aussi surprenant, celui du pianiste Thomas Enhco et de la percussionniste Vassilena Serafimova. En complices affûtés, les deux virtuoses savent depuis 17 ans, marier le clavier impétueux, percussif du piano, au timbre velouté et rayonnant du marimba. Une connivence artistique qui fait les délices de ce concert. Les deux clavieristes complices avaient présenté déjà en 2019, le premier volet de leur programme « Funambules » (LIRE ici notre critique, juin 2019 : https://www.classiquenews.com/compte-rendu-concert-festival-musique-a-la-ferme-lancon-de-provence-chevrerie-honnore-le-9-juin-2019-thomas-enhco-piano-vassilena-serafimova-marimba/. 7 ans plus tard, voici la suite…

A la séduction évidente née du mariage des timbres, s’ajoutent deux imaginaires personnels, complémentaires qui s’expriment dans la liberté du geste semblant jongler avec une maîtrise totale de l’improvisation. Portés tout deux par la passion du rythme et de la danse, les tempéraments se déploient dans de nombreuses transcriptions dont les deux premiers morceaux donnent la mesure dans l’esprit d’un jeu souple et ondulant : Prélude n°10 en mi mineur BWV 855 de Bach (à 7 temps), puis flot jaillissant et fluide de la Romance sans paroles en mi majeur opus 19b n°1 de Mendelssohn (à 5 temps). Leur complicité séduit davantage encore dans une belle volubilité dynamique et des nuances en réponses dans « les Larmes » d’après Rachmaninov (extraits des Fantaisie-tableaux opus 5), soulignant là encore dans d’amples respirations et l’esprit de ciselure, le chant lyrique et romantique du compositeur russe d’autant plus passionné qu’il est encore au début de sa carrière.

L’entente inventive entre les deux solistes se révèle tout autant dans les œuvres qu’ils ont conçus eux-mêmes ; « Le vent se lève » de Thomas Enhco, composition originale qui prolonge et développe une pièce au départ destinée à un long métrage mais jamais utilisée au cinéma : l’écriture comme improvisée, combine admirablement le chant des deux claviers. A l’onirisme évocateur du pianiste, répond la nature dansante de Vassilena Serafimova, véritable amazone volubile, qui dans ses transcriptions de danses traditionnelles bulgares, change de baguettes, produit différents sons, secs, grattés, veloutés, atmosphériques… dans une ivresse maîtrisée qui sublime l’euphorie des rythmes, le jeu des passages harmoniques, la vitalité des mélodies d’essence populaire.

Les deux « funambules » ont pour eux, la souplesse, la grâce, une inspiration toujours vive, facétieuse, amusée, directe, l’étincelle du vrai dialogue ; chacun sur son fil, accompagne l’autre ; leur chant alterné fusionne souvent, se croise, s’enlace dans un parcours endiablé dont les deux équilibristes expriment tous les élans, tous les vertiges, toute l’énergie communicative. Irrésistible.

 

Photo © Loic Lafontaine

 

 

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CRITIQUE, festivals. 77ème Festival de Menton, les 5 et 6 août 2026. Le 5 : I Gemelli, « la grande Battle / Vivaldi » avec Emiliano González Toro et Maximiliano Danta. Le 6 août : Vassilena Serafimova et Thomas Enhco, « Funambules ».

 

 

autres critiques

LIRE aussi notre critique du concert de clôture, le 7 août 2026 (Parvis de la Basilique Saint-Michel Archange), récital d’Alexandre Kantorow, piano : Bach / Liszt, Medtner, Chopin, Alkan, Scriabine, Beethoven… : https://www.classiquenews.com/77eme-festival-de-menton-bach-liszt-medtner-chopin-alkan-scriabine-beethoven-alexandre-kantorow-piano/

 

CRITIQUE, concert. 77ème Festival de Menton, le 7 août 2026. BACH/LISZT, MEDTNER, CHOPIN, ALKAN, SCRIABINE, BEETHOVEN, WAGNER/LISZT… Alexandre KANTOROW, piano

 

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