mardi 16 avril 2024

OPÉRA GRAND AVIGNON : Une Flûte enchantée – le souffle de la Paix. Débora Waldman (les 20 et 21 janvier 2024)

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Le théâtre de Mozart se prêt-il à une adaptation participative et inclusive ? Le compositeur n’aurait certes pas refuser cette version en français qui fait participer (et chanter) les spectateurs pendant le spectacle, invitation concrète pour favoriser l’accessibilité au Théâtre, aiguiser les esprits critiques et questionner le sens comme les sujets de l’opéra le plus populaire de Wolfgang…

 

Certes La Flûte enchantée est un conte merveilleux (et initiatique au regard de ses références au rituel maçonnique) ; il invite à un parcours critique qui mène, comme le précise la présentation de l’ouvrage sur le site de l’Opéra Grand Avignon : de » l’ignorance à la sagesse et des illusions vers la vérité », avec cette « volonté tenace de dépasser les idées préconçues… ».

 

 

l’opéra participatif
des ténèbres vers la lumière

Curieux, avisés, les spectateurs s’immergent dans une action en forme d’enquête afin de « réexaminer les valeurs établies et questionner les figures d’autorité ; (…) … la Flûte illustre avant tout un conflit de narrations contradictoires, parmi lesquelles il s’avère parfois peu aisé de trancher… ». En effet à l’époque où règnent les contre vérités, les narratifs fallacieux mais séducteurs qui sont des fakes, qui croire ? La Reine de la Nuit qui veut se venger du grand Prêtre ? ou croire ce dernier, Zarastro, pourtant sage parmi les sages et qui prône un autre parcours pour une autre réalité … Il faut percer les apparences et dévoiler la vérité.

Mozart et sa fabuleuse musique en sont le guide ; La cheffe Débora Waldman grande spécialiste de l’orchestre mozartien devrait faire scintiller une partition éblouissante par sa grâce dramatique et son raffinement expressif. Sur le chemin des Lumières, elle accompagne vers la fraternité et l’amour ; « c’est elle seule qui parvient à triompher des ténèbres, et à nous ramener sur le chemin de la paix. Et c’est encore avec une étonnante clairvoyance que l’opéra se termine, car déjà au XVIIIe siècle nous suggérait-il, grâce au personnage de Pamina, que l’émancipation des hommes devait nécessairement passer par l’émancipation des femmes… ». On ne peut que souscrire à un tel projet qui démocratise le genre lyrique et lui restitue ses valeurs fondatrices : discernement, clairvoyance, féerie… L’opéra n’est-il pas ce miroir qui nous permet de nous questionner toujours afin de trouver le sens juste ? 2 dates événements pour un spectacle inédit à Avignon.

 

__________________________

Opéra Grand Avignon
Samedi 20 janvier 2024 à 16h
Dimanche 21 janvier 2024 à 16h

Réservez vos places directement sur le site de l’Opéra Grand Avignon :
https://www.operagrandavignon.fr/une-flute-enchantee-le-souffle-de-la-paix

Durée : 1h15

 

 

Opéra participatif en version française d’après La Flûte enchantée de Mozart.
Arrangement musical Giacomo Mutigli avec la participation de Véronique Tollet.
Traduction française musicale du livret et dramaturgie Caroline Leboutte
Éditions Casa Ricordi

Direction musicale : Débora Waldman
Mise en scène : Caroline Leboutte

Tamino : Julien Henric
Pamina / Deuxième Dame : Charlotte Bonnet
Sarastro / Prêtre / Homme en arme : Jean-Denis Piette
La reine de la nuit / Première Dame : Inès Lorans
Papageno / Prêtre / Homme en armes : Timothée Varon
Papagena / Troisième Dame : Julia Deit-Ferrand

Orchestre national Avignon-Provence

Décors et costumes : Aurélie Borremans
Lumières : Nicolas Olivier
Vidéo : Damien Petitot
Chorégraphie : Isabelle Lamouline
Études musicales : Ayaka Niwano

 

 

 

VIDÉO teaser Une Flûte enchantée – Opéra pour la Paix, nouvelle production d’Opéra Grand Avignon

 

 

 

 

entretien avec Caroline Leboutte, metteure en scène

 

CLASSIQUENEWS : De quelle façon avez-vous adapté l’opéra de Mozart pour en faire un opéra « participatif » ?

Caroline Leboutte : Je suis convaincue que tout art vivant est par essence « participatif ». Je vois un spectacle comme une rencontre où chacun.e performer.euse / spectateur/rice  fait un pas vers l’autre. C’est de la curiosité et de l’ouverture dont chacun.e fait preuve que dépend la qualité du moment. 

 

CLASSIQUENEWS : Qui faites-vous participer et que font-ils / elles concrètement pendant le spectacle ?

Caroline Leboutte : Le caractère participatif est amplifié sur ce projet par le fait que les spectateur/rices sont amené.es à se préparer à cette rencontre. En effet, ils.elles apprennent une partie des airs qu’ils/elles chanteront à plusieurs moments durant l’opéra et préparent une banderole qu’ils.elles brandiront lors de la scène finale… une manifestation pacifiste.

Par ailleurs, aussi au sein de mon équipe, j’apprécie l’engagement au sens large, la choralité du travail. J’estime que chacun.e participe bien plus qu’à l’élaboration de son propre rôle. Je suis convaincue qu’en les additionnant, on obtient bien plus que la somme de nos énergies individuelles.

 

CLASSIQUENEWS : Comment réussir l’accessibilité dans ce projet ? et d’ailleurs de quelle accessibilité parlons-nous ? qui est concerné et quelles sont les solutions que vous proposez ?

Caroline Leboutte : Au delà du projet « accessibilité » qui a été développé autour de la création du spectacle (sensibilisation à la langue des signes, ateliers à destination des personnes sourdes et malvoyantes avec matériel adapté en braille, tablettes tactiles…), la question de l’accessibilité à l’opéra se pose encore et toujours au sens large.

En effet, nos créations lyriques sont encore trop souvent réservées à un public d’initié.e.s. Et ce, bien plus pour des questions de culture que des raisons financières. Il s’agit ici « d’ouvrir la porte du temple » dès le plus jeune âge, de proposer des spectacles émancipateurs qui entrent en résonance avec notre monde. J’envisage l’opéra comme un lieu politique où, à travers les grands mythes fondateurs, notre Histoire, notre société, sont questionnées. C’est pourquoi il me semble essentiel d’en donner les clés à la jeunesse.

 

CLASSIQUENEWS : Qu’est-ce qui vous séduit dans l’ouvrage de Mozart sur le plan dramatique ? Quelles en sont les situations et les thèmes qui vous ont inspirée ?

Caroline Leboutte : Ce n’est pas un hasard si la Flûte est sans cesse remontée. C’est une oeuvre labyrinthique. Il y a tant d’analyses, de ré-interprétations, de lectures divergentes.  En tant qu’artiste d’aujourd’hui, j’ai pris le parti de travailler sur ce qui me dérangeait et sur ce qui faisait écho avec notre insupportable actualité.

Discours populistes florissants, luttes de pouvoir, guerres du récit qui n’ont de cesse de se répéter sans que personne ne se résigne à faire un pas vers l’autre. Comment ne pas voir à quel point Sarastro et la Reine de la Nuit sont le miroir de nos extrémismes. Comment vouloir encore choisir un camp quand seule la paix pourra nous apporter un équilibre?

Cette lutte pour rallier le public à sa cause, pour booster les « like » ou gagner des électeurs, est amplifiée par la présence omniprésente de la presse sur le plateau. A qui donneront-ils la parole?

Pour finir, j’ai voulu remettre le personnage de Pamina à sa juste place. Non pas gémissante, endormie ou subissant les assauts de la vie, comme on la voit souvent, mais bien debout, jeune femme militante, initiatrice, véritable actrice de son destin.

 

CLASSIQUENEWS : Quel regard, quel éclairage cette adaptation apporte-t-elle à l’opéra originel ? 

Caroline Leboutte : L’issue du spectacle sera particulièrement surprenante pour les aficionados car au lieu de faire gagner la lumière sur la nuit comme dans le livret originel, les jeunes décident de changer de paradigme et refusent de perpétuer la guerre de leurs ainés. Ils imposent un cessez-le-feu immédiat, ouvrant dès lors un nouveau chemin.

 

CLASSIQUENEWS : Que souhaitez-vous que les spectateurs vivent, éprouvent, apprennent pendant le spectacle ?

Caroline Leboutte : Nous avons tous/tes nos parts d’ombre et de lumière. Nos bravoures et nos faiblesses. Nos folies et nos sagesses. Les personnages de la Flûte sont autant de parts de nous-même. Il n’y a pas à choisir. Nous sommes multiples. Je nous souhaite de pouvoir réconcilier toutes ces facettes.

 

 

Propos recueillis en janvier 2024
caroline leboutte : carolineleboutte.com

 

 

 

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