lundi 28 septembre 2026

CRITIQUE, opéra. ROUEN, Théâtre des Arts, le 25 septembre 2026. VERDI : Macbeth. A. Isaev, E. Sinnakova, P. Chen, M. Roma… Ambre KAHAN / Pierre DUMOUSSAUD

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Disons le d’emblée, la nouvelle production de Macbeth de Giuseppe Verdi présentée par l’Opéra Orchestre Normandie Rouen, en coproduction avec l’Opéra national de Bordeaux, est un véritable événement. Rarement le chef-d’œuvre shakespearien revu par Verdi n’aura paru aussi viscéral, aussi moderne, aussi nécessaire. Portée par la vision organique de la metteuse en scène Ambre Kahan et la direction tout feu tout flamme du jeune chef bordelais Pierre Dumoussaud, cette soirée marque les esprits et confirme, s’il en était besoin, le formidable dynamisme de la maison normande.

 
 

Pour sa toute première mise en scène lyrique, Ambre Kahan, fondatrice de la compagnie Get Out, frappe un grand coup. Loin des reconstitutions historiques figées, elle choisit de tisser une métaphore visuelle saisissante : la nature y envahit peu à peu l’espace scénique, recouvrant ses droits à mesure que la paranoïa et le remords rongent les protagonistes. La boue, le sang, le feu et la fumée côtoient l’esthétique corsetée de la Renaissance italienne, plongeant les spectateurs dans une Écosse sauvage hantée par ses défunts. On ne sort pas indemne de la forêt de Birnam, confie-t-elle, analysant le couple Macbeth comme une « entité monstrueuse soudée par une infertilité tragique ». Le décor d’Anne-Sophie Grac, les costumes de Colombe Lauriot-Prévost et les lumières de Zélie Champeau concourent à cette plongée dans les tréfonds de la psyché humaine et de la soif de pouvoir. C’est une lecture exigeante, intelligente, qui ne sacrifie jamais le drame à l’esthétique.

La distribution vocale par ailleurs réunie pour cette production est tout simplement exceptionnelle. Chaque artiste porte son rôle avec une intensité confondante, et l’alchimie entre les voix est constante, à commencer par le baryton Russe Aleksei Isaev qui incarne un Macbeth d’une puissance et d’une fragilité déchirantes. Sa voix, à la fois sombre et lumineuse, épouse les méandres du tyran avec une vérité saisissante. Face à lui, la soprano Ukrainienne Ekaterina Sannikova est une Lady Macbeth d’une incandescence absolue. Sa voix incisive et puissante, d’une agilité rare dans les pages les plus redoutables de la partition, glace le sang autant qu’elle fascine. Leur duo est d’une rare complémentarité, véritable colonne vertébrale de la tragédie.

 

 

La basse Chinoise Peixin Chen campe un Banco d’une noblesse et d’une profondeur remarquables, tandis que le jeune et excellent ténor italien Matteo Roma livre un Macduff enthousiasmant, notamment dans l’air « Ah, la paterna mano », où toute la douleur du père est rendue avec une émotion rare. Le ténor Néstor Galván incarne un Malcolm convaincant et bien chantant. La mezzo-soprano Irina Sherazadishvili prête sa voix à la Suivante de Lady Macbeth avec un engagement constant. De son côté, le jeune baryton-basse Lysandre Châlon campe avec une autorité tranquille le Médecin, le Héraut, le Domestique et une Apparition. Enfin, le comédien Jean Aloïs Belbachir, également dramaturge de la production, donne chair au roi Duncan avec une présence magnétique.

Dans la fosse, Pierre Dumoussaud signe ses débuts en tant que directeur musical de l’Orchestre de l’Opéra Normandie Rouen, et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’événement tient toutes ses promesses ! De cette œuvre inconfortable, le jeune chef bordelais restitue les micro-organismes corrosifs, la violence poisseuse et les éclaboussures fulgurantes. Sa baguette ne traîne jamais : la musique a toujours l’ascendant, elle précède le mouvement, elle catalyse les obsessions des personnages. Les cuivres de l’Orchestre de l’Opéra Normandie Rouen sont droits et nobles, les cordes incisives, et l’adrénaline insufflée par le chef à travers des motifs qui se coupent tour à tour la parole réagit à l’appel des ténèbres sous une forme toujours différente. Le Chœur Accentus / Opéra Orchestre Normandie Rouen et le Chœur de l’Opéra national de Bordeaux, préparés par Vito Lombardi, ajoutent à la grandeur de l’ensemble.

Il est intéressant de noter que, au même moment, Liège propose une autre lecture de l’ouvrage, signée Stefano Poda. Entre le minimalisme futuriste et l’univers post-apocalyptique du metteur en scène italien, qui tisse de rouge le destin tragique de Macbeth dans une scénographie démesurée, et l’approche organique et tellurique d’Ambre Kahan à Rouen, le public a l’immense privilège de pouvoir comparer deux visions radicalement différentes du même chef-d’œuvre. C’est le signe d’une vitalité artistique exceptionnelle, et cette double actualité ne peut que réjouir les amoureux d’opéra.

 

 

 

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CRITIQUE, opéra. ROUEN, Théâtre des Arts, le 25 septembre 2026. VERDI : Macbeth. A. Isaev, E. Sinnakova, P. Chen, M. Roma… Ambre KAHAN / Pierre DUMOUSSAUD. Crédit photographique (c)  Caroline Doutre

 

 

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