lundi 28 septembre 2026

Critique, festival. 47ème Festival « Piano aux Jacobins ». TOULOUSE, Salle capitulaire du cloître, le 25 septembre 2026. Récital de Nicolas Stavy

A lire aussi
image_pdfTélécharger (.pdf)

Nicolas Stavy offre un récital d’une grande originalité axé sur la modernité des œuvres. Il existe des pièces de Franz Liszt très peu connues et très peu jouées. Il en va ainsi de son étonnant « Du berceau jusqu’à la tombe ». Il s’agit d’une de ses toutes dernières œuvres, empreinte d’un dépouillement que l’on n’imagine pas a priori chez ce pianiste qui fut un être de flammes. Tout est doux, en camaïeux de tons pastel et de nuances subtiles. Ce piano épuré, à la limite de la tonalité annonce l’avenir.

 

Puis la musique d’Alfred Schnittke est à l’inverse d’une modernité toujours renouvelée. Ses 5 aphorismes sont des pièces assez complexes et peu homogènes. Elles présentent des éclats incisifs et des silences subis, c’est une musique avec des angles aigus et des temps comme suspendus qui créent une atmosphère de tension permanente. Les silences semblent faire partie de la musique et sont toujours chargés d’émotion. Le jeu de Nicolas Stavy met en valeur les contrastes saisissants de la partition. Les nuances sont extrêmes avec des fortissimi telluriques et des pianissimi éthérés. L’écoute de ces pièces n’est pas si facile tant l’angoisse qu’elles contiennent est contagieuse. Nicolas Stavy qui enregistre beaucoup l’œuvre pour piano solo de Schnittke semble particulièrement à l’aise chez ce compositeur. Il semble avoir un projet d’enregistrement intégral qui devrait devenir une référence.

Puis une autre partition de Franz Liszt, plus conforme aux attendus de romantisme du beau pianiste virtuose, nous est proposée. Ce « Saint François de Paule marchant sur les eaux » est un moment très théâtral que Nicolas Stavy joue avec beaucoup de facilité malgré une grande difficulté technique. Puis le pianiste s’engage dans la Deuxième sonate de Schnittke. Œuvre de 1990, elle garde un parfum de grande modernité avec des nuances cataclysmiques, des accords improbables à l’oreille, des violences incroyables et des silences assourdissants d’angoisse. C’est une œuvre très difficile d’accès pour l’auditeur. Nicolas Stavy sait nous en montrer les beautés et les richesses. C’est vraiment un interprète qui se sent fortement concerné par ce compositeur et nous en rapproche. Il faudra au public un peu de temps pour apprécier plus facilement ce compositeur si les pianistes le mettent à l’honneur comme Nicolas Stavy. 

Pour terminer ce concert vertigineux, Nicolas Stavy a choisi une œuvre emblématique. La Chacone de la Deuxième partita pour violon seul de J. S. Bach. C’est un véritable un défi pour les violonistes qui doivent donner l’impression de jouer plusieurs instruments. Les difficultés pour les violonistes les plus doués demeurent extrêmes. Bach offre au violon ses lettres de noblesse lui permettant d’atteindre des sommets d’émotion et de perfection. Johannes Brahms a su rendre hommage à cette audace incroyable de Bach en adaptant la Chacone au piano. Afin de garder quelque chose des difficultés incroyables demandées au violon, Brahms demande au pianiste de ne jouer que de la main gauche. Après tout, la main gauche du violoniste fait toutes les notes avec ses cinq doigts ! Brahms atteint le même sommet d’émotion que Bach. C’est absolument génial. Nicolas Stavy s’empare de la Chacone avec une énergie intense et dans un tempo assez allant, il trouve des nuances, des couleurs et des phrasés de toute beauté. C’est totalement électrisant et le public exulte.

Afin de remercier son public qui semble conquis, Nicolas Stavy offre un Nocturne de Chopin particulièrement lumineux. Nous avons vécu un bien beau concert dans ce merveilleux cloître des Jacobins. Le responsable des lumières a su trouver des colorations variées qui ont illuminé le cloître, ses vitraux, ses colonnes et son plafond avec art. Ainsi la magie du lieu a rencontré la magie de la musique comme rarement.

 

 

_______________________________
Critique, festival. 47ème Festival « Piano aux Jacobins ». TOULOUSE, Salle capitulaire du cloître, le 25 septembre 2026. Récital de Nicolas Stavy. Crédit photo (c) Hubert Stoecklin

 

image_pdfTélécharger (.pdf)
Derniers articles

CLERMONT AUVERGNE OPÉRA, nouvelle saison 2026 – 2027. « Gemmes » : Le Jeu de Robin et Marion, Fidelio, L’Orfeo, Cendrillon, le Requiem de Mozart,…

Riche et accessible, la saison 2026-2027 de Clermont Auvergne Opéra (CAO) s’intitule « GEMMES », soit une saison pensée...

Découvrez d'autres articles similaires

- Espace publicitaire -spot_img