Opéra Bastille, le Don Carlo de Warlikowski

don-carlo-bastille-critique-opera-warlikowski-alagna-pape-critique-opera-classiquenewsFRANCE MUSIQUE, sam 25 janv 2020. VERDI : Don Carlo. Luisi. DON CARLO de VERDI à Bastille. Exit la mise en scène indigente et laide de Warlikowski, digne d’une pièce de théâtre sans enjeux ni perspective, uniquement centrée sur les conflits intérieurs qui déchirent chaque protagoniste. La cour d’Espagne n’est pas réjouissante loin de là : le Roi Philippe II souffre de n’être pas aimé par Elisabeth de Valois, laquelle lui préfère toujours son premier fiancé, le propre fils de Philipe II, L’infant Don Carlo. Mais la Princesse Eboli aime quant à elle, vainement, ce Carlo qui apparaît toujours en décalé, comme un cœur amoureux impropre à la réalité (il n’est pas un héros de Schiller pour rien)… Et d’ailleurs pour le sauver de cette situation inextricable, où pèse aussi le poids écrasant de la religion à travers la figure du grand inquisiteur, véritable père la morale qui inféode jusqu’au roi lui-même, un deus ex machina sort des cintres et exfiltre littéralement Carlo, démuni, solitaire, impuissant…
La reprise de la mise en scène de Warlikowski créée in loco en 2007 fixe aussi la version de Don Carlo de 1886 sur les planches parisiennes. France Musique diffuse la reprise   d’un spectacle finalement triste, et sans véritable vision théâtrale, sinon les élucubrations du metteur en scène, soucieux d’expliquer par la vidéo, les tourments intérieurs des protagonistes (comme si la musique de Verdi n’y suffisait pas). Quelques solistes sauvent le plateau et la tension du spectacle : aux côtés de Roberto Alagna, toujours aussi impliqué dans le rôle-titre, distinguons le Philippe blessé, âpre et cynique de la très solide basse René Pape ; le tendre et très humain Rodrigo du baryton canadien Etienne Dupuis (à l’éloquence ciselée et élégante) ; l’Eboli également très solide et embrasée de Anita Rachvelishvili ; enfin, le timbre charnel d’Alexandra Kurzak qui incarne une Elisabeth à la fois humaine et fragile mais aussi habité par la dignité de son rang, princesse digne mais elle aussi blessée. Dans la fosse, Fabio Luisi soigne les équilibres, fait jaillir des joyaux fantastiques, exploitant le choeur maison impeccable, en particulier dans le tableau final où surgit le spectre de Charles Quint, sauveur de Carlo démuni. Illustration : ONP / V Pontet / Service de presse Opéra national de Paris

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FRANCE MUSIQUE, Samedi 25 janvier 2020, 20h. Opéra. VERDI : DON CARLO / Alagna, Pape, Kurzak… Fabio LUISI. Représentation du 7 novembre 2019 à 19h à l’Opéra Bastille à Paris.

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Giuseppe Verdi : Don Carlo
Adaptation italienne de “Don Carlos”, « grand opéra à la française » en cinq actes sur un livret de Joseph Méry et Camille du Locle, d’après la tragédie “Don Carlos” de Friedrich von Schiller

René Pape, basse, Filippo II
Roberto Alagna, ténor, Don Carlo
Etienne Dupuis, baryton, Rodrigo
Vitalij Kowaljow, basse, Il Grande Inquisitore
Sava Vemic, basse, Un frate
Aleksandra Kurzak, soprano, Elisabetta di Valois
Anita Rachvelishvili, mezzo-soprano, La Principessa Eboli
Eve Maud Hubeaux, mezzo-soprano, Tebaldo
Tamara Banjesevic, soprano, Una Voce dal cielo Julien Dran, ténor, Il Conte di Lerma
Pietro di Bianco, baryton-basse, député flamand Daniel Giulianini, baryton, député flammand
Mateusz Hoedt, baryton-basse, député flamand
Tomasz Kumiega, baryton, député flamand
Tiago Matos, baryton, député flamand
Alexander York, baryton, député flamand
Vincent Morell, ténor, Un Araldo (Un hérault)
Vadim Artamonov, basse, Inquisitor Fabio Bellenghi, basse, Inquisitor
Marc Chapron, basse, Inquisitor
Enzo Coro, basse, Inquisitor
Julien Joguet, basse, Inquisitor
Kim Ta, basse, Inquisitor
Bernard Arrieta, baryton, Corifeo (Coryphée)

Choeurs de l’Opéra national de Paris dirigés par José Luis Basso
Orchestre de l’Opéra national de Paris
Direction : Fabio Luisi

LIRE aussi notre compte rendu CRITIQUE de DON CARLO de Verdi à l’Opéra Bastille, le 25 oct 2019 / Alagna, Kurzak, Pape, … LUISI

Parmi les spectacles phares de la saison 2017-2018 de l’Opéra de Paris figurait la nouvelle production de Don Carlos dans sa version originale de 1866 (en français), réunissant une double distribution de haut vol – toutefois diversement appréciée par notre rédacteur Lucas Irom, notamment au niveau du cas problématique de Jonas Kaufmann dans le rôle-titre:http://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-verdi-don-carlos-le-19-octobre-2017-arte-yoncheva-garance-kaufmann-jordan-warlikowski/ . Place cette fois à la version italienne de 1886, dite «de Modène», où Verdi choisit de rétablir le premier acte souvent supprimé, tout en conservant les autres …

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