Bolshoi, réouverture : Anna Netrebko chante Elisabeth de Valois

Anna-netrebko-lady-macbeth-ROH-DRBOLSHOI : réouverture de l’Opéra avec ANNA NETREBKO dans Don Carlo (6,8 et 10 sept 2020). Alors que l’Opéra de Paris demeure dans la tourmente, organisant a minima son nouveau Ring en version de concert, à Radio France entre autre, le Bolshoi réouvre enfin avec Don Carlo de Verdi. Anna Netrebko y chante Elisabeth de Valois, fiancée volée à l’Infant Carlo au profit de son père, l’autoritaire et si malheureux Felipe II… Après Leonora, Lady Macbeth, voici un nouveau rôle verdien pour la plus bouleversante des divas actuelles. Bolshoi, les 6, 8 et 10 sept 2020 (Adrian Noble, mise en scène).

https://www.bolshoi.ru/performances/en/711/
VOIR le cast ici : https://www.bolshoi.ru/en/performances/711/roles/#20200908190000

Opéra Bastille, le Don Carlo de Warlikowski

don-carlo-bastille-critique-opera-warlikowski-alagna-pape-critique-opera-classiquenewsFRANCE MUSIQUE, sam 25 janv 2020. VERDI : Don Carlo. Luisi. DON CARLO de VERDI à Bastille. Exit la mise en scène indigente et laide de Warlikowski, digne d’une pièce de théâtre sans enjeux ni perspective, uniquement centrée sur les conflits intérieurs qui déchirent chaque protagoniste. La cour d’Espagne n’est pas réjouissante loin de là : le Roi Philippe II souffre de n’être pas aimé par Elisabeth de Valois, laquelle lui préfère toujours son premier fiancé, le propre fils de Philipe II, L’infant Don Carlo. Mais la Princesse Eboli aime quant à elle, vainement, ce Carlo qui apparaît toujours en décalé, comme un cœur amoureux impropre à la réalité (il n’est pas un héros de Schiller pour rien)… Et d’ailleurs pour le sauver de cette situation inextricable, où pèse aussi le poids écrasant de la religion à travers la figure du grand inquisiteur, véritable père la morale qui inféode jusqu’au roi lui-même, un deus ex machina sort des cintres et exfiltre littéralement Carlo, démuni, solitaire, impuissant…
La reprise de la mise en scène de Warlikowski créée in loco en 2007 fixe aussi la version de Don Carlo de 1886 sur les planches parisiennes. France Musique diffuse la reprise   d’un spectacle finalement triste, et sans véritable vision théâtrale, sinon les élucubrations du metteur en scène, soucieux d’expliquer par la vidéo, les tourments intérieurs des protagonistes (comme si la musique de Verdi n’y suffisait pas). Quelques solistes sauvent le plateau et la tension du spectacle : aux côtés de Roberto Alagna, toujours aussi impliqué dans le rôle-titre, distinguons le Philippe blessé, âpre et cynique de la très solide basse René Pape ; le tendre et très humain Rodrigo du baryton canadien Etienne Dupuis (à l’éloquence ciselée et élégante) ; l’Eboli également très solide et embrasée de Anita Rachvelishvili ; enfin, le timbre charnel d’Alexandra Kurzak qui incarne une Elisabeth à la fois humaine et fragile mais aussi habité par la dignité de son rang, princesse digne mais elle aussi blessée. Dans la fosse, Fabio Luisi soigne les équilibres, fait jaillir des joyaux fantastiques, exploitant le choeur maison impeccable, en particulier dans le tableau final où surgit le spectre de Charles Quint, sauveur de Carlo démuni. Illustration : ONP / V Pontet / Service de presse Opéra national de Paris

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FRANCE MUSIQUE, Samedi 25 janvier 2020, 20h. Opéra. VERDI : DON CARLO / Alagna, Pape, Kurzak… Fabio LUISI. Représentation du 7 novembre 2019 à 19h à l’Opéra Bastille à Paris.

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Giuseppe Verdi : Don Carlo
Adaptation italienne de “Don Carlos”, « grand opéra à la française » en cinq actes sur un livret de Joseph Méry et Camille du Locle, d’après la tragédie “Don Carlos” de Friedrich von Schiller

René Pape, basse, Filippo II
Roberto Alagna, ténor, Don Carlo
Etienne Dupuis, baryton, Rodrigo
Vitalij Kowaljow, basse, Il Grande Inquisitore
Sava Vemic, basse, Un frate
Aleksandra Kurzak, soprano, Elisabetta di Valois
Anita Rachvelishvili, mezzo-soprano, La Principessa Eboli
Eve Maud Hubeaux, mezzo-soprano, Tebaldo
Tamara Banjesevic, soprano, Una Voce dal cielo Julien Dran, ténor, Il Conte di Lerma
Pietro di Bianco, baryton-basse, député flamand Daniel Giulianini, baryton, député flammand
Mateusz Hoedt, baryton-basse, député flamand
Tomasz Kumiega, baryton, député flamand
Tiago Matos, baryton, député flamand
Alexander York, baryton, député flamand
Vincent Morell, ténor, Un Araldo (Un hérault)
Vadim Artamonov, basse, Inquisitor Fabio Bellenghi, basse, Inquisitor
Marc Chapron, basse, Inquisitor
Enzo Coro, basse, Inquisitor
Julien Joguet, basse, Inquisitor
Kim Ta, basse, Inquisitor
Bernard Arrieta, baryton, Corifeo (Coryphée)

Choeurs de l’Opéra national de Paris dirigés par José Luis Basso
Orchestre de l’Opéra national de Paris
Direction : Fabio Luisi

LIRE aussi notre compte rendu CRITIQUE de DON CARLO de Verdi à l’Opéra Bastille, le 25 oct 2019 / Alagna, Kurzak, Pape, … LUISI

Parmi les spectacles phares de la saison 2017-2018 de l’Opéra de Paris figurait la nouvelle production de Don Carlos dans sa version originale de 1866 (en français), réunissant une double distribution de haut vol – toutefois diversement appréciée par notre rédacteur Lucas Irom, notamment au niveau du cas problématique de Jonas Kaufmann dans le rôle-titre:http://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-verdi-don-carlos-le-19-octobre-2017-arte-yoncheva-garance-kaufmann-jordan-warlikowski/ . Place cette fois à la version italienne de 1886, dite «de Modène», où Verdi choisit de rétablir le premier acte souvent supprimé, tout en conservant les autres …

COMPTE-RENDU, critique, opéra. PARIS, Bastille, le 25 oct 2019. VERDI : Don Carlo. Fabio Luisi / Krzysztof Warlikowski.

COMPTE-RENDU, opéra. PARIS, Bastille, le 25 octobre 2019. Verdi : Don Carlo. Anita Rachvelishvili, René Pape… Fabio Luisi / Krzysztof Warlikowski. Parmi les spectacles phares de la saison 2017-2018 de l’Opéra de Paris figurait la nouvelle production de Don Carlos dans sa version originale de 1866 (en français), réunissant une double distribution de haut vol – toutefois diversement appréciée par notre rédacteur Lucas Irom, notamment au niveau du cas problématique de Jonas Kaufmann dans le rôle-titre:http://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-verdi-don-carlos-le-19-octobre-2017-arte-yoncheva-garance-kaufmann-jordan-warlikowski/ . Place cette fois à la version italienne de 1886, dite «de Modène», où Verdi choisit de rétablir le premier acte souvent supprimé, tout en conservant les autres modifications ultérieures : c’est là l’illustration de vingt ans de tentatives pour améliorer un ouvrage trop long et touffu, dont la noirceur générale pourra dérouter les habitués du Verdi plus extraverti et lumineux de La Traviata (1853). Pour autant, en s’attaquant au grand opéra à la française, le maître italien cisèle un diamant noir à la hauteur de son génie, où oppression et mal-être suintent par tous les pores des personnages.

 

 

 

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C’est précisément la figure tourmentée du roi Philippe II qui intéresse Krzysztof Warlikowski, caractérisant d’emblée la difficulté à succéder à un monarque aussi illustre que Charles Quint : le sinistre buste en cire du père trône ainsi sur le bureau comme une figure oppressante, avant qu’un acteur ne vienne l’incarner dans les scènes où Philippe croit entendre sa voix. Cette présence continuelle du passé est renforcée par la transposition de l’action au XXème siècle, où les choeurs grimés en visiteurs attendent de découvrir les pièces du château, transformé en musée figé, tandis que les projections vidéos en arrière-scène insistent sur la souffrance intérieure des principaux personnages avec leur visage en gros plan. Si l’idée d’introduire une salle d’entraînement d’escrime peut séduire par sa référence au contexte guerrier sous-jacent, on aime aussi l’allusion aux influences andalouses représentées par la cage rouge aux allures de moucharabieh. On regrette toutefois que Warlikowski n’anime pas davantage sa direction d’acteur et se contente d’un beau jeu sur les volumes avec ses éléments de décor déplacés en bloc, agrandissant ou rétrécissant la vaste scène au besoin. On a là davantage un travail de scénographe, toujours très stylisé, mais malheureusement à côté de la plaque dans la scène de l’autodafé, peu impressionnante avec son amphithéâtre simpliste et ses costumes aussi fastueux que colorés, à mille lieux de l’évocation du rigorisme religieux dénoncé par Verdi.
En revanche, l’idée de faire du Grand Inquisiteur une sorte de chef des services secrets est plutôt bien vue, de même que de placer son duo glaçant avec Philippe dans un oppressant fumoir Art déco au III.

A cette mise en scène inégale répond un plateau vocal de tout premier plan, fort justement applaudi par un public enthousiaste en fin de représentation, et ce malgré le retrait inattendu de Roberto Alagna après le premier entracte pour cause d’état grippal. Le ténor français avait montré quelques signes de faiblesse inhabituels, autour d’une ligne flottante et parfois en léger décalage avec la fosse. Le manque d’éclat face à Aleksandra Kurzak était également notable. Son remplacement par Sergio Escobar ne convainc qu’à moitié, tant la petite voix de l’Espagnol s’étrangle dans les aigus difficiles, compensant ses difficultés techniques par des phrasés harmonieux dans le medium et un timbre chaleureux. Il est vrai qu’il souffre de la comparaison face à ses partenaires, au premier rang desquels René Pape (Philippe II) et sa classe vocale toujours aussi insolente d’aisance sur toute la tessiture, le tout au service d’une composition théâtrale d’une grande vérité dramatique. C’est précisément en ce dernier domaine qu’Anita Rachvelishvili conquiert le public par la force de son incarnation, à l’engagement démonstratif : ses graves mordants, tout autant que ses couleurs splendides, font de ses interventions un régal de chaque instant. A ses côtés, Aleksandra Kurzak s’impose dans un style plus policé, mais d’une exceptionnelle tenue dans la déclamation et la rondeur vocale, notamment des pianissimi de rêve. Il ne lui manque qu’un soupçon de caractère pour incarner toutes les facettes de son rôle, mais ça n’est là qu’un détail à ce niveau. Autre grande satisfaction de la soirée avec le superlatif Rodrigo d’Étienne Dupuis, aux phrasés inouïs de précision et de raffinement, à la résonance suffisamment affirmée pour faire jeu égal avec ses partenaires en ce domaine. On notera enfin la bonne prestation de Vitalij Kowaljow, qui trouve le ton juste pour donner une grandeur sournoise au Grand Inquisiteur, tandis que le choeur de l’Opéra de Paris se montre bien préparé.

Seule la direction trop élégante de Fabio Luisi déçoit quelque peu dans ce concert de louanges, alors qu’on avait pourtant grandement admiré le geste lyrique du chef italien lors de sa venue à Paris l’an passé pour Simon Boccanegra (https://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-paris-le-15-novembre-2018-verdi-simon-boccanegra-luisi-bieito/). Il manque ici la noirceur attendue en de nombreux passages, notamment verticaux, même si les couleurs pastels des parties apaisées séduisent davantage en comparaison.

 

 
 

 

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Compte-rendu, opéra. Paris, Opéra national de Paris, le 25 octobre 2019. Verdi : Don Carlos. René Pape (Philippe II), Roberto Alagna, Michael Fabiano (Don Carlo), Aleksandra Kurzak, Nicole Car (Elisabeth de Valois), Anita Rachvelishvili (La Princesse Eboli), Étienne Dupuis (Rodrigo), Vitalij Kowaljow (Le Grand Inquisiteur), Eve-Maud Hubeaux (Tebaldo), Tamara Banjesevic (Une voix d’en-haut), Julien Dran (Le comte de Lerme), Chœur de l’Opéra national de Paris, José Luis Basso (chef de chœur), Orchestre de l’Opéra national de Paris, Fabio Luisi, direction. Krzysztof Warlikowski, mise en scène. A l’affiche de l’Opéra national de Paris jusqu’au 23 novembre 2019. Photo : Agathe POUPENEY/OnP

 

 
 

 

Compte rendu, opéra. Opéra National du Rhin, Strasbourg, le 17 juin 2016. Verdi : Don Carlo. Robert Carsen

Compte rendu DON CARLO à STRASBOURG… Fin de saison flamboyante à Strasbourg. La saison lyrique s’achève à Strasbourg avec une nouvelle production de Don Carlo de Verdi, signée Robert Carsen. L’Opéra National du Rhin engage pour l’occasion la fabuleuse soprano et étoile montante, Elza van den Heever dans le rôle d’Elisabeth de Valois. L’excellente distribution d’une qualité rare ainsi que l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg sont dirigés magistralement par le chef italien invité Daniele Callegari. Une fin de saison bien plus qu’heureuse … étonnante même, pour plusieurs raisons !

 

 

 

La nouvelle production de Don Carlo à Strasbourg remporte tous les suffrages : c’est un succès manifeste

Don Carlo chic et choc

 

 

 

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Don Carlos, créé à Paris en 1867, (chanté en français) est l’un des opéras de Verdi qui totalise le plus de versions existantes, sans omettre faits divers et controverses. Au fait des dernières recherches sur la genèse de l’Å“uvre, le Directeur de l’Opéra National du Rhin, Marc Clémeur, précise selon les dernières recherches, que le livret de Méry et Du Locle d’après le poème tragique éponyme de Schiller (1787), n’est pas la seule source de Verdi ; la partition emprunte aussi au drame de circonstance d’Eugène Cormon intitulé Philippe II Roi d’Espagne datant de 1846. Ensuite, le fait qu’il s’agît bien d’un Grand Opéra français de la plume d’un grand compositeur italien attise souvent les passions des mélomanes, décriant souvent une quelconque influence d’un Wagner et d’un Meyerbeer. Bien qu’il soit bel et bien un Grand Opéra, c’est aussi du Verdi, indéniablement du Verdi. Et si la version présentée ce soir à Strasbourg est la version italienne dite « Milanaise » de 1884, en 4 actes, sans ballet, plus concise et courte que la version française d’origine, elle demeure un Grand Opéra italianisé, avec une progression ascendante de numéros privilégiant les ensembles, un coloris orchestral riche en effets spectaculaires, des scènes fastueuses ne servant pas toujours à la dramaturgie, mais ajoutant à l’aura et au decorum… L’aspect le moins controversé serait donc la question de l’historicité : Verdi dit dans une lettre à son éditeur italien Giulio Ricordi « Dans ce drame, aussi brillante en soit la forme et aussi noble en soient les idées, tout est faux (…) il n’y a dans ce drame rien de véritablement historique ». Plus soucieux de véracité poétique qu’historique, Verdi se sert quand même de ce drame si faux pour montrer explicitement ses inclinaisons bien réelles. On pourrait dire qu’il s’agît ici du seul opéra de Verdi où la vie politique est ouvertement abordée et discutée de façon sérieuse et adulte.

Le sérieux qui imprègne l’opus se voit tout à fait honoré ce soir grâce à l’incroyable direction musicale du chef italien Daniele Callegari dirigeant l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg avec maestria et une sophistication et un raffinement des plus rares ! S’agissant d’un des opéras de Verdi où l’écriture orchestrale est bien plus qu’un simple accompagnant des voix, saisissent directement ici la complicité étonnante entre fosse et scène, l’excellente interprétation des instrumentistes, le sens de l’équilibre jamais compromis, la tension permanente et palpitante de la performance et surtout les prestations des chanteurs-acteurs de la distribution.

 

La soprano Elza van den Heever reprend le rôle d’Elisabeth de Valois après l’avoir interprété à Bordeaux la saison précédente. Si à Bordeaux nous avions remarqué ses qualités, c’est à Strasbourg que nous la voyons déployer davantage ses dons musicaux et théâtraux ! Sa voix large et somptueuse a gagné en flexibilité, tout en restant délicieusement dramatique. Elle campe une performance encore plus profonde avec une superbe maîtrise des registres et une intelligence musicale lui permettant d’adapter brillamment l’intensité de son chant, de nuancer la force de son expression.
Le Don Carlo du jeune ténor italien Andrea Carè est prometteur. Bien que moins fort dans l’expression lyrique, il a une voix chaleureuse qui sied bien au personnage et une technique assez solide. Certains lui rapprocheront ne pas être un Domingo ou un Alagna (selon les goûts), pourtant il s’est donné à fond dans un rôle où la difficulté ne réside pas, malgré le type de voix plutôt léger, dans la virtuosité vocale mais dans le style et l’expression globale. Dans ce sens nous ne pouvons que louer l’effort, et remarquer particulièrement le timbre qui se distingue toujours dans les ensembles.

 
 
A-ONR_DONCARLO_photoKlaraBeck_3046-1-362x543Tassis Christoyannis en Posa montre aussi une évolution par rapport à Bordeaux l’année passée. Toujours détenteur des qualités qui lui sont propres, comme la prestance et un je ne sais quoi d’extrêmement touchant, à Strasbourg, il est davantage malin et à la chaleur du timbre, le baryton ajoute du brio presque autoritaire. Le tout présenté d’une façon élégante et dynamique à souhait. Remarquons le duo de la liberté avec Don Carlo, au 1er acte tout héroïco-romantique sans être frivolement pyrotechnique. Quant à la virtuosité vocale et aux feux d’artifices vocalisants, parlons maintenant de la mezzo russe Elena Zhidkova dans le rôle de la Princesse Eboli. Tout en ayant un timbre velouté et une belle présence scénique, elle a dû mal avec son air du 1er acte « Nel giardin del bello saracin Ostello », – pourtant LE morceaux le plus mélodique et virtuose de la partition ! Il est en l’occurrence plutôt … mou. Ce petit bémol reste vétille puisque la distribution est globalement très remarquable. Continuons avec le Roi Philippe II de la basse danoise Stephen Milling, à la voix large et profonde, campant au 3ème acte une scène qui doit faire partie des meilleures et des plus mémorables pages jamais écrites par Verdi : « Ella giammai m’mamo » , grand aria avec violoncelle obbligato, où la douleur contenue du souverain est exprimée magistralement. Ou encore son duo avec le Grand Inquisiteur de la basse croate Ante Jerkunica, dont nous avons également fortement apprécié la prestation et vocale et théâtrale. Remarquons finalement l’instrument et la présence de la jeune soprano espagnole Rocio Perez, chantant Thibault le page de la Reine, avec des aigus célestes, … divins. Divine aussi la performance surprenante des choeurs de l’Opéra, sous la direction de Sandrine Abello.

 
 
 

OPERA national du RHIN : le DON CARLO sombre et lumineux de Carsen

 
 

L’ART DE ROBERT CARSEN. Que dire enfin de la création de celui qui doit être le metteur en scène d’opéras actuellement le plus célèbre et le plus sollicité ? Robert Carsen et son équipe artistique présentent un spectacle sobre et sombre, dans un lieu unique dépouillé, à la palette chromatique consistant en noir sur gris sur noir, et quelques éclats des accessoires métalliques ou diamantés… Si l’intention de faire une mise en scène hors du temps est bien évidente, il y a quand même une grande quantité d’éléments classiques qui font référence au sujet… Des religieux catholiques bien catholiquement habillés, des croix par ci et par là, mais jamais rien de gratuit (sauf peut-être un ordinateur portable à peine remarquable mais qui frappe l’oeil puisque quelque peu déplacé). Comme d’habitude chez Carsen le beau, le respect de l’oeuvre et l’intelligence priment. Cette dernière à un tel point que le Canadien réussi à prendre une liberté audacieuse avec l’histoire originale qui dévoile davantage les profondeurs de l’œuvre. Déjà riche en intrigues, le Don Carlo de Verdi selon Carsen explore une lecture supplémentaire dont nous préférons ne pas donner les détails, tellement la surprise est forte et la vision, juste !

Rien ne résiste à l’appel de ce Don Carlo de toute beauté, aucun obstacle pour nos lecteurs de faire le déplacement à l’Opéra National du Rhin, à Strasbourg et à Mulhouse, pour cette formidable nouvelle production qui clôt l’avant-dernière saison de la maison sous la direction visionnaire de Marc Clémeur. A l’affiche à Strasbourg du 17 au 28 juin et puis à Mulhouse du 8 au 10 juillet 2016.

 
 

Compte rendu, opéra. Opéra National du Rhin, Strasbourg, le 17 juin 2016. Verdi : Don Carlo (version Milanaise 1884). Stephen Milling, Andrea Caré, Elza van den Heever, Tassis Christoyannis… Choeurs de l’Opéra du Rhin. Sandrine Abello, direction. Orchestre Philharmonique de Strasbourg, orchestre. Daniele Callegari, direction. Robert Carsen, mise en scène. LIRE notre présentation annonce de la nouvelle production de Don Carlo à l’Opéra national du Rhin : “Elza van den Heever chante ELisabetta…” 

 

Illustrations : K. Beck / Opéra national du Rhin © 2016

  
 

Compte rendu, opéra. Bordeaux. Auditorium de l’Opéra National de Bordeaux, le 24 septembre 2015. Verdi : Don Carlo (version milanaise de 1884). Leonardo Caimi, Tassis Christoyannis, Elza van den Heever, Keri Alkema… Ensemble Aedes, choeur. Le Cercle de l’Harmonie, orchestre. Paul Daniel, direction.

Vague verdienne en juin 2014L’ouverture de la saison lyrique de l’Opéra National de Bordeaux a lieu dans le nouvel Auditorium de la maison en cette soirée d’automne. Le début de la fin du mandat de Thierry Fouquet, directeur sortant, commence avec le Don Carlo de Verdi, dans une nouvelle production signée Charles Roubaud. Après quelques annulations, souffrances et remplacements, la direction musicale des deux premières présentations est tenue admirablement par le directeur de l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine, Paul Daniel. La distribution tourne autour de la fabuleuse Elsa van den Heever dans le rôle d’Elisabeth de Valois et compte avec des personnalités frappantes même si inégales. Un retour à Bordeaux pour la soprano citée, après Anna Bolena et Norma les deux années précédentes, retour de facto, à ne pas manquer !

Don Carlo ou le grand-opéra revisité

La nouvelle production frappe immédiatement par l’absence presque totale de décors (il y a quand même une croix quelque part, à un moment). Remarquons d’ores et déjà la fabuleuse création vidéo de Virgile Koering ; ses projections sur la scène ingrate (sans cintres ni coulisses), habillent le plateau en costumes espagnols, de façon plus qu’habile. Une très belle excuse pour faire une mise en scène qui est plutôt mise en espace. Les costumes d’époque de Katia Duflot sont très beaux et donnent davantage de caractère et d’élégance à la mise en scène dépouillée. Les chanteurs rentrent et sortent du plateau (mais pas les chÅ“urs, aux sièges derrière la scène), certes. Le directeur scénique laisse donc, «parler la musique ». Soit. Une idée non dépourvue de poésie, surtout en ce qui concerne la partition de Verdi, des plus réussies d’un point de vue orchestral, mais trop souvent la chose qu’on dit quand on n’a vraiment rien à dire. Matière à réflexion pour la prochaine direction de la maison.

verdi don carlo bordeaux paul danielAprès l’excellente performance de l’orchestre sous la baguette de Paul Daniel, malgré un répertoire auquel ne va pas sa prédilection, le maestro a des choses à dire. Intéressantes en plus. Sa direction est à la fois passionnante et raffinée, avec des belles subtilités au cours des quatre actes. Les contrastes sont privilégiés, sans pourtant offenser l’ouïe par des procédés faciles (rappelons qu’il s’agît d’un grand opéra à la française sous la plume de Verdi). Le choix de produire la quatrième version de l’opus (Milan,1884), à la base Don Carlos, en français, créé pour l’Opéra de Paris en 1867, non sans d’innombrables péripéties culturelles et stylistiques-, s’avère très juste. La dernière version de Modena étant en vérité la version Milanaise + le premier acte de la version de Paris, donc avec une certaine discordance stylistique, puisque le compositeur remania l’orchestration et parties vocales pour Milan. Cette version, plus concise, raconte toujours l’histoire très librement inspirée de la vie de l’Infant Don Carlos, petit-fils de Charles-Quint, devenu personnage romantique sous la plume de Schiller, modèle des librettistes de Verdi, Joseph Méry et Camille du Locle. Amoureux d’Elisabeth de Valois, nouvelle femme de son père Philippe II, Carlo termine dans les mains de l’Inquisition à cause de cet amour impossible.

L’Elisabeth d’Elsa van den Heever est remarquable par son interprétation d’une Reine tourmentée, aux motivations sincères et dont la noblesse de caractère ne la quitte jamais. La voix large de la jeune cantatrice s’adapte à souhait aux besoins expressifs de la partition et elle campe une performance fantastique, en dépit d’une certaine froideur. Le Don Carlo de Leonardo Caimi (remplaçant de Carlos Ventre) touche par la beauté du timbre et par le charme et la candeur juvéniles qu’il imprime au rôle, mais le chanteur se trouve très souvent dépassé par celui-ci. Seulement l’intensité douloureuse de son jeu et vocal et théâtral (et ce dans une mise en scène, disons, économe) touche l’auditoire. Le Marquis de Posa de Tassis Christoyannis quant à lui, touche le public de plusieurs façons. Une belle et bonne projection, une articulation distinguée mais chaleureuse, et le jeu d’acteur remarquable qui lui est propre, font partie des qualités de son interprétation des plus réussies. Le Philippe II d’Adrian Sâmpetrean, prise de rôle, peine à convaincre de son statut. Si ses qualités vocales sont toujours là, et nous sommes contents de le découvrir dans ce répertoire, son attribution paraît un contresens. Ainsi dans le très beau quatuor vocal du III : « Giustizia, Sire! » avec Elisabeth, Eboli, Posa et Philippe, il est le maillon faible comparé à ses partenaires qui y excellent. De la Princesse Eboli de Keri Alkema, dans une prise de rôle, nous retenons également l’intensité mais aussi l’agilité, étonnamment. La chanson mauresque qu’elle interprète au II : « Nel giardin del bello saracin ostello » est tout à fait délicieuse. Remarquons aussi l’Inquisiteur de la basse Wenwei Zhang à la profondeur sinistre à souhait, et les choeurs de la maison avec le choeur Intermezzo, en bonne forme, avec un dynamisme de grand ferveur.

Enfin, un début de saison plein de qualités et plutôt gagnant en dépit des péripéties et incompréhensions… Une distribution inégale mais engageante, une mise en scène très belle mais absente. Surtout un orchestre fabuleux et un moment d’intensité lyrique comme on les aime. Encore à l’affiche le 30 septembre puis le 2 octobre 2015 à l’Opéra National de Bordeaux.

Compte rendu, opéra. Bordeaux. Auditorium de l’Opéra National de Bordeaux, le 24 septembre 2015. Verdi : Don Carlo (version Milanaise 1884). Leonardo Caimi, Tassis Christoyannis, Elza van den Heever, Keri Alkema… Ensemble Aedes, choeur. Le Cercle de l’Harmonie, orchestre. Paul Daniel, direction.

Compte-rendu : Toulouse. Théâtre du Capitole, le 20 juin 2013. Giuseppe Verdi (1843-1901) : Don Carlo. Mise en scène de Nicolas Joël. Direction musicale: Maurizio Benini.

Don Carlo Joël ToulouseLe Capitole présente pour sa fin de saison opératique l’une des productions les plus accomplies de son histoire. Déjà en 2005, il n’y avait eu presque que des louanges. Cette année, un pas de plus est franchi, avec une distribution … proche de l’idéal.

Le Don Carlo du ténor Dimitri Pittas est passionnant alors que le rôle est plein d’ambiguïtés vocales. Le timbre très clair permet de camper la jeunesse du personnage. La puissance vocale l’autorise à passer admirablement dans les ensembles grâce à un habile placement de voix. Le jeu scénique suggère l’inhibition dont souffre le jeune Infant, sa crainte face à son père, sa fragilité devant son amour dévorant pour Elisabetta. L’évolution du personnage est passionnante avec un pauvre amoureux déçu et un fils castré au premier acte. Puis dans le duo avec Elisabetta, il explose de déception amoureuse et arrive à exprimer ses sentiments jusque dans son malaise hystérique. Enfin la sublimation de l’amour auquel il se contraint au dernier tableau est rendue crédible par la franchise de l’émission et la classe de la ligne de chant, parfaitement assortie aux courbes vocales d’Elisabetta.

 

 

Le Capitole affiche un Don Carlo de rêve …

 

Le couple qu’il forme avec Tamar Iveri est très crédible dans le jeu scénique et les voix sont magnifiquement assorties. La voix ronde et chaude de Tamar Iveri, sa capacité de nuances, l’égalité des registres et la variété de ses couleurs vocales font merveille. Le recherche de maîtrise de soi, comme la fierté face à son époux violent font d’elle une reine admirable, certes victime de son destin, mais consciente des événements. Le duo final de l’opéra, après un « Tu che le vanità » absolument magnifique de ligne et d’équilibre des registres, est un pur moment de grâce.
Certes l’abandon de l’acte de Fontainebleau nous a privé de leur premier duo, mais ce couple d’amoureux obligé de se refugier dans la sublimation est particulièrement touchant : il domine l’action. Les relations tant vocales que scéniques entretenues par le rôle titre avec Posa et Philippe comme Eboli sont également parfaitement équilibrées et crédibles. Avec un magnifique Don Carlo, un des principaux écueils de cet opéra complexe est dépassé. Le drame fonctionne à merveille. Don Carlo au centre des relations permet à la dramaturgie de dérouler le drame.
Le Posa de Christian Gerhaher appartient à la lignée des grands diseurs capables de donner sens au texte et à l’éthique du personnage. La voix est agréablement timbrée et de volume confortable, la ligne de chant soignée ; le raffinement vocal serait tout à fait complet si tous les trilles étaient soigneusement réalisés. La force morale du personnage s’impose par un charisme scénique et vocal passionnants. Cette prise de rôle est un grand succès.
Le roi Philippe peut compter lui aussi sur un immense artiste. Roberto Scandiuzzi a une vraie voix de basse, son autorité est indiscutable, et la leçon de chant ému de sa grande scène convainc comme déjà en 2005. Le lamento de la prison après la mort de Posa, qui sera repris par Verdi pour le Lacrymosa du Requiem, est magnifiquement lancé par sa voix d’airain.

Pour Eboli, le Capitole a choisi deux cantatrices. Christine Goerke lors de la soirée du 20, ne nous a pas convaincu dans la chanson du voile, ni vocalement, ni scéniquement. Il ne s’agit après tout qu’un air décoratif. Par la suite et dès le trio avec Elisabetta et Posa, elle se révèle actrice subtile comme chanteuse passionnante. Dans le trio avec Carlo et Posa elle explose véritablement comme une bombe de passion, avec une voix de falcon puissante et équilibrée sur tous les registres. Elle domine le trio de manière sidérante. Dans sa scène avec Elisabetta, le remord la submerge et son « O don fatale » est … cataclysmique. Torrent de passion reposant sur une vocalité sans faille, il laisse le public abasourdi.
Il reste à évoquer le Grand Inquisiteur de Kristinn Sigmundsson dont le timbre ingrat et la voix sonore, donnent pourtant corps à la violence sinistre du rôle. Les autres rôles sont tous admirablement distribués avec le même soin que les premiers rôles. Une mention particulière pour l’émotion alliée à la beauté du chant chez les députés Flamants lors de l’Autodafé.
A chaque instant, le chœur du Capitole fait honneur à la riche partition verdienne. Le travail d’Alfonso Caiani a porté ce chœur au sommet des maisons d’opéra.
La direction de Maurizio Benini est celle d’un grand verdien. Les tempi sont assez rapides et certaines phrases sont ciselées avec une pointe de maniérisme. Le drame avance et jamais le temps ne semble long. Il faut dire combien un travail en profondeur est possible avec un orchestre du Capitole en très grande forme, capable de nuances et de couleurs rares.
La mise en scène de Nicolas Joël est sobre, l’époque est respectée sans transposition. Les décors d’Ezio Frigerio jouent habilement avec l’exiguïté de la scène, créant un spectaculaire sentiment d’écrasement des personnages comme du public du parterre avec une énorme Christ en croix suspendu au ciel. Les costumes de Franca Squarciapino sont absolument somptueux, offrant un peu de luxe dans l’austère cour de Philippe II.

Toulouse. Théâtre du Capitole, le 20 juin 2013. Giuseppe Verdi (1843-1901) : Don Carlo, opéra en quatre actes, version de 1884 créée à Milan. Nicolas Joel : Mise en scène ; Stéphane Roche : réalisation de la mise en scène ; Ezio Frigerio : Décors ; Franca Squarciapino : costumes ; Vinicio Cheli : Lumières ; Avec, Dimitri Pittas : Don Carlo ; Roberto Scandiuzzi : Philippe II ; Christian Gerhaher : Rodrigo, marquis de Posa ; Kristinn Sigmundsson : Le Grand Inquisiteur ; Jordan Bisch : Un moine ; Tamar Iveri : Élisabeth de Valois ; Christine Goerke : La Princesse Eboli ; Daphné Touchais : Tebaldo ; Alfredo Poesina : Le Comte de Lerme; Dongjin Ahn : Un héraut royal ; Julia Novikova : Une voix céleste; Orchestre National du Capitole de Toulouse; Choeurs du Capitole, direction : Alfonso Caiani ; Maurizio Benini, Direction musicale.

Illustration : David Herrero