OPERA EN LIGNE, critique. ZURICH, le 6 déc 2020. VERDI : Simon Boccanegra. Gerhaher, Fischesser. Luisi / Homoki

OPERA EN LIGNE, critique. ZURICH, le 6 dĂ©c 2020. VERDI : Simon Boccanegra. Gerhaher, Fischesser. Luisi / Homoki. Dans le Prologue, tremplin de voix viriles, on comprend comment Simon le corsaire, celui qui vient du peuple et a sauvĂ© GĂȘnes des pirates, fut Ă©lu doge grĂące au concours de Paolo Albiani lui aussi plĂ©bĂ©ien et qui n’a que haine pour l’Ă©lite patricienne gĂ©noise, surtout les Fieschi. Verdi Ă©tablit d’ailleurs un contraste Ă©loquent entre le cƓur noir de Paolo, manipulateur fini, vipĂšre de l’ombre, et la grandeur morale de celui qui ne s’était pas vu en doge : Simon.

 

 

 

Christian Gerhaher réussit son premier Boccanegra

 

 

gerhaher-christian-baryton-classiquenews-simon-boccanegra-zurich-opera-review-opera-classiquenewsLes deux hommes sont au pied de l’immense palais oĂč est prisonniĂšre Maria, l’aimĂ©e de Simon ; paraĂźt Fiescho pĂšre meurtri qui porte le deuil de sa fille morte Ă  cause de Simon (Miserere) somptueuse priĂšre d’un pĂšre dĂ©truit (la justesse de cet air – avec choeur Ă©plorĂ© en coulisse, est bouleversant car Verdi lui-mĂȘme Ă©prouva le deuil en perdant ses filles).. La confrontation entre Fiescho et Simon tourne au dĂ©lire de vengeance ; Fiescho lui demande alors la fille nĂ©e de Maria et Simon et alors ce dernier sera pardonnĂ© : mais la fille a disparu. Le baryton allemand CHRISTIAN GERHAHER rĂ©ussit sa prise de rĂŽle car il apporte en diseur si fin dans le lied, une sensibilitĂ© humaine qui Ă©paissit la candeur du personnage, sa tendresse permanente, sa profonde loyautĂ© Ă  laquelle Fiescho demeure insensible, d’une inflexible arrogance… patricienne (excellent baryton basse Christof Fischesser). De son cĂŽtĂ©, la couleur vocale de GERHAHER s’approche de celle d’un Rigoletto, mĂȘme essence tragique pour voix de baryton, douĂ© d’une souplesse tendre qui fonde l’humanitĂ© admirable du rĂŽle : Gerhaher ne serait-il pas le baryton Verdi idĂ©al actuellement ? En maĂźtre dramaturgique, verdi cumule l’Ă©lection de Simon comme doge et sa dĂ©couverte bouleversante du corps mort de Maria. Contraste saisissant comme il les aime : solitude et tragĂ©die personnelle mais grandeur et gloire officielle. La mise en scĂšne Ă©purĂ©e, noble, sombre, grandit encore le profil psychologique des acteurs.

Puis, le fameux grand air d’Amelia, qui ouvre l’acte I, au rythme ocĂ©anique, assoit les aigus solides de Jennifer Rowley, comme la largeur d’une voix parfois trop puissante et grave pour le caractĂšre angĂ©lique du personnage. Mais la soprano forme avec l’Adorno du trĂšs bon tĂ©nor Otar Jorjikia, lui aussi assurĂ© et nuancĂ©, un duo puissant, finement caractĂ©risĂ© qui rĂ©tablit le thĂ©Ăątre dans une intrigue compliquĂ©e, de filiation contrariĂ©e, de manipulations, de lutte pour le pouvoir.
Le quatuor Fiescho / devenu pÚre Andrea, Adorno, Amelia, et Simon est donc bien incarné ; le plateau vocal ainsi défendu assure la réussite de cette production (remarquable quatuor final à ce titre).
Reste le Paolo de la basse Nicholas Brownlee, pas assez fin Ă  notre avis et qui caricature le profil de celui qui saura le temps venu exiger du doge rĂ©tribution pour son aide Ă  son Ă©lection (par exmeple au II, son “o cual belta” … manque de suggestion et de trouble
). Le chant est constamment droit, parfois brutal. Dommage car Verdi et son librettiste Boito ont ciselĂ© le profil du personnage le plus diabolique et sournois du thĂ©Ăątre verdien.

L’action va son cours, dans un dĂ©cor de superbes et Ă©lĂ©gantes parois lambrissĂ©es qui tourne en un manĂšge Ă  vue, Ă  vide : la course folle du destin qui entraĂźne (Ă  leur perte) chaque protagoniste ? Le duo final entre Simon et Fiescho, rare duo de baryton / basse est un grand moment lyrique grĂące Ă  l’économie et au style des deux chanteurs. D’autant plus touchants dans leur « rĂ©conciliation » que leur sincĂ©ritĂ© sobre affleure constamment.
Le chef, Fabio Luisi manque parfois de contrastes et de noirceur tragique dans l’opĂ©ra le plus sombre de Verdi, qui doit autant Ă  Don Carlos (on y retrouve un duo virile, semĂ© de tendre paritĂ© Posa / Carlos) et Ă  Otello (sobriĂ©tĂ© et tension de l’orchestre en un dramaturgie crĂ©pusculaire qui cultive les tĂ©nĂšbres, les Ă©clairs, l’hallucination
). Saluons enfin la performance technique aussi puisque le chƓur, l’orchestre et les chanteurs sont placĂ©s dans 3 lieux diffĂ©rents, – mesures sanitaires oblige (pas de promiscuitĂ© ni de foule dans un mĂȘme espace). Tous Ă©tant rĂ©unis par la technologie visuelle dans un son tout Ă  fait acceptable. Belle soirĂ©e.

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PLUS D’INFOS sur le site de l’OpĂ©ra de Zurich / Oper ZĂŒrich
https://www.opernhaus.ch/en/spielplan/calendar/simon-boccanegra/2020-2021/

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Direction musicale : Fabio Luisi
Mise en scĂšne : Andreas Homoki

Simon Boccanegra : Christian Gerhaher
Amelia Grimaldi : Jennifer Rowley
Jacopo Fiesco : Christof Fischesser
Gabriele Adorno : Otar Jorjikia
Paolo Albiani : Nicholas Brownlee
Pietro : Brent Michael Smith
Magd Amelias : Siena Licht Miller

Philharmonia ZĂŒrich
Chor der Oper ZĂŒrich
ChorzuzĂŒger
Statistenverein am Opernhaus ZĂŒrich

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 EN REPLAY SUR LE SITE D’ARTECONCERT

 

 

Prochains rvs ARTE pour Noël 2020 :
Le 13 dĂ©c 2020 : TannhaĂŒser de Wagner, Statsoper de Berlin avec Roberto Alagna (prise de rĂŽle)

Le 1er janvier 2021 : Saint Sylvestre, concert du 1er janvier 2021 avec le Berliner Philharmoniker, Kiril Petrenko, direction.

 

 
 

 

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Opéra Bastille, le Don Carlo de Warlikowski

don-carlo-bastille-critique-opera-warlikowski-alagna-pape-critique-opera-classiquenewsFRANCE MUSIQUE, sam 25 janv 2020. VERDI : Don Carlo. Luisi. DON CARLO de VERDI Ă  Bastille. Exit la mise en scĂšne indigente et laide de Warlikowski, digne d’une piĂšce de thĂ©Ăątre sans enjeux ni perspective, uniquement centrĂ©e sur les conflits intĂ©rieurs qui dĂ©chirent chaque protagoniste. La cour d’Espagne n’est pas rĂ©jouissante loin de lĂ  : le Roi Philippe II souffre de n’ĂȘtre pas aimĂ© par Elisabeth de Valois, laquelle lui prĂ©fĂšre toujours son premier fiancĂ©, le propre fils de Philipe II, L’infant Don Carlo. Mais la Princesse Eboli aime quant Ă  elle, vainement, ce Carlo qui apparaĂźt toujours en dĂ©calĂ©, comme un cƓur amoureux impropre Ă  la rĂ©alitĂ© (il n’est pas un hĂ©ros de Schiller pour rien)
 Et d’ailleurs pour le sauver de cette situation inextricable, oĂč pĂšse aussi le poids Ă©crasant de la religion Ă  travers la figure du grand inquisiteur, vĂ©ritable pĂšre la morale qui infĂ©ode jusqu’au roi lui-mĂȘme, un deus ex machina sort des cintres et exfiltre littĂ©ralement Carlo, dĂ©muni, solitaire, impuissant

La reprise de la mise en scĂšne de Warlikowski crĂ©Ă©e in loco en 2007 fixe aussi la version de Don Carlo de 1886 sur les planches parisiennes. France Musique diffuse la reprise   d’un spectacle finalement triste, et sans vĂ©ritable vision thĂ©Ăątrale, sinon les Ă©lucubrations du metteur en scĂšne, soucieux d’expliquer par la vidĂ©o, les tourments intĂ©rieurs des protagonistes (comme si la musique de Verdi n’y suffisait pas). Quelques solistes sauvent le plateau et la tension du spectacle : aux cĂŽtĂ©s de Roberto Alagna, toujours aussi impliquĂ© dans le rĂŽle-titre, distinguons le Philippe blessĂ©, Ăąpre et cynique de la trĂšs solide basse RenĂ© Pape ; le tendre et trĂšs humain Rodrigo du baryton canadien Etienne Dupuis (Ă  l’éloquence ciselĂ©e et Ă©lĂ©gante) ; l’Eboli Ă©galement trĂšs solide et embrasĂ©e de Anita Rachvelishvili ; enfin, le timbre charnel d’Alexandra Kurzak qui incarne une Elisabeth Ă  la fois humaine et fragile mais aussi habitĂ© par la dignitĂ© de son rang, princesse digne mais elle aussi blessĂ©e. Dans la fosse, Fabio Luisi soigne les Ă©quilibres, fait jaillir des joyaux fantastiques, exploitant le choeur maison impeccable, en particulier dans le tableau final oĂč surgit le spectre de Charles Quint, sauveur de Carlo dĂ©muni. Illustration : ONP / V Pontet / Service de presse OpĂ©ra national de Paris

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FRANCE MUSIQUE, Samedi 25 janvier 2020, 20h. OpĂ©ra. VERDI : DON CARLO / Alagna, Pape, Kurzak
 Fabio LUISI. ReprĂ©sentation du 7 novembre 2019 Ă  19h Ă  l’OpĂ©ra Bastille Ă  Paris.

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Giuseppe Verdi : Don Carlo
Adaptation italienne de “Don Carlos”, « grand opĂ©ra Ă  la française » en cinq actes sur un livret de Joseph MĂ©ry et Camille du Locle, d’aprĂšs la tragĂ©die “Don Carlos” de Friedrich von Schiller

René Pape, basse, Filippo II
Roberto Alagna, ténor, Don Carlo
Etienne Dupuis, baryton, Rodrigo
Vitalij Kowaljow, basse, Il Grande Inquisitore
Sava Vemic, basse, Un frate
Aleksandra Kurzak, soprano, Elisabetta di Valois
Anita Rachvelishvili, mezzo-soprano, La Principessa Eboli
Eve Maud Hubeaux, mezzo-soprano, Tebaldo
Tamara Banjesevic, soprano, Una Voce dal cielo Julien Dran, ténor, Il Conte di Lerma
Pietro di Bianco, baryton-basse, député flamand Daniel Giulianini, baryton, député flammand
Mateusz Hoedt, baryton-basse, député flamand
Tomasz Kumiega, baryton, député flamand
Tiago Matos, baryton, député flamand
Alexander York, baryton, député flamand
Vincent Morell, ténor, Un Araldo (Un hérault)
Vadim Artamonov, basse, Inquisitor Fabio Bellenghi, basse, Inquisitor
Marc Chapron, basse, Inquisitor
Enzo Coro, basse, Inquisitor
Julien Joguet, basse, Inquisitor
Kim Ta, basse, Inquisitor
Bernard Arrieta, baryton, Corifeo (Coryphée)

Choeurs de l’OpĂ©ra national de Paris dirigĂ©s par JosĂ© Luis Basso
Orchestre de l’OpĂ©ra national de Paris
Direction : Fabio Luisi

LIRE aussi notre compte rendu CRITIQUE de DON CARLO de Verdi Ă  l’OpĂ©ra Bastille, le 25 oct 2019 / Alagna, Kurzak, Pape, … LUISI

Parmi les spectacles phares de la saison 2017-2018 de l’OpĂ©ra de Paris figurait la nouvelle production de Don Carlos dans sa version originale de 1866 (en français), rĂ©unissant une double distribution de haut vol – toutefois diversement apprĂ©ciĂ©e par notre rĂ©dacteur Lucas Irom, notamment au niveau du cas problĂ©matique de Jonas Kaufmann dans le rĂŽle-titre:http://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-verdi-don-carlos-le-19-octobre-2017-arte-yoncheva-garance-kaufmann-jordan-warlikowski/ . Place cette fois Ă  la version italienne de 1886, dite «de ModĂšne», oĂč Verdi choisit de rĂ©tablir le premier acte souvent supprimĂ©, tout en conservant les autres …