CRITIQUE, opéra. NICE, Opéra, le 30 mai 2024. STRAVINSKY / POULENC : Le Rossignol / Les Mamelles de Tiresias. Rocio Pérez, Sahy Ratia, Matthieu Lecroart… Orchestre Philharmonique de Nice, Chœur de l’Opéra de Nice. Claire Leguay / Olivier Py.

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Foutraques, impertinentes, d’une drôlerie poétique et loufoque, les Mamelles de Tiresias de Poulenc gagnent ici une pétillante irrévérence ; la mise en scène d’Olivier Py outre ses références aussi assumées que justes, doit comme toujours une bonne part de sa séduction visuelle à la machinerie qui organise les décors et structure la cohésion du spectacle. Ce qui n’était pas acquis d’emblée en associant les dites MAMELLES [1947] au…. ROSSIGNOL de Stravinsky [1914].

 

 

En outre, contrainte ou défi pour l’équipe artistique, les mêmes chanteurs assurent les rôles dans l’un puis dans l’autre opéra.  Visuellement passionnant à suivre le dispositif est celui d’un théâtre de music-hall, côté coulisses en partie 1, pour Stravinsky ; côté scène [et son superbe escalier avec grand rideau à paillettes] pour la seconde partie, Les Mamelles de Tiresias.

La subtilité est d’avoir réglé la même chorégraphie [6 danseurs aguicheurs aux poses érotiques maîtrisant tous les codes du Cabaret] qui se voit ainsi côté pile au I puis côté face au II.  Un réglage délectable du jeu d’acteurs souligne aussi la réussite de la performance et globalement l’esprit mordant et spirituel d’Olivier Py, son imaginaire pétillant riche en travestissements et autres rôles transgressifs. 

Le Rossignol est chanté ici en français comme à sa création à l’Opéra de Paris, en mai 1914 [sous la direction du génial chef français Pierre Monteux]. 

Comme dit précédemment, le dispositif profite surtout aux Mamelles dont la truculence délirante, le génie poétique qui produit des tirades hilarantes de pur loufoque, entre surréalisme et burlesque font mouche dans ce décor cabaret, des lors intitulé « Zanzibar » ; d’ailleurs c’est tout l’Opéra de Nice qui est rebaptisé ainsi, dès l’entrée depuis le parvis. Les spectateurs vont au cabaret ainsi que les y invite Olivier Py toujours amusé, inspiré à exprimer la part féminine du masculin. L’intéressé précise même qu’il a retrouvé traces d’un authentique cabaret dénommé « Zanzibar », de surcroît fréquenté par Apollinaire [qui inspire le livret des Mamelles] et par Poulenc, certes à deux périodes différentes mais cette concordance accrédite davantage la mise en scène. 

 

Le Rossignol, Les Mamelles de Tiresias 
le Cabaret Zanzibar à l’Opéra de Nice… 
Côté pile, côté face 

 

 

On comprend d’autant mieux qu’il ait été inspiré par la trajectoire de Thérèse, épouse bien sage et soumise, qui change de sexe, et devient « TIRÉSIAS », mâle à la barbe dominatrice, qui veut être conseiller municipal et même député ; cependant que son mari déconcerté après s’être lui aussi travesti,- entrepris par un policier bodybuilder-, assume désormais d’enfanter… jusqu’à produire plus de 40 000 bébés, répondant en cela à l’esprit du temps de Poulenc : après le choc de la seconde guerre, les français sont invités à rebâtir la nation et faire des enfants, y compris ceux « qui n’en faisaient guère ». 

D’un bout à l’autre, la figure très réussie de la faucheuse, squelette souriant en robe et couronnée, semble arbitrer l’action, paraît toujours au cas où on risquerait de l’oublier. Sous la poésie du conte [aux accents slaves et orientaux dans le Rossignol], derrière le masque de l’irrévérence la plus libre et fantasque [Les Mamelles], le spectacle n’oublie pas de souligner la gravité ; référence à l’humaine fragilité qui doit faire rire plutôt que pleurer. 

La finesse de l’approche écarte toute vulgarité et c’est bien là sa séduction essentielle. Qui permet d’accepter tous les délires visuels [et ils sont nombreux]. 

 

 

Vocalement Rocio Pérez assure sa partie coloratoure pour le Rossignol puis surtout Tiresias, même si l’on perd l’intelligibilité et le mordant du français. A ses côtés se distniguent en gouaille comme un précision textuelle, le très convaincant directeur de théâtre [Matthieu Lecroart] sans omette l’excellent ténor Sahy Ratia, au verbe facile, au jeu scénique naturel. Les deux chanteurs renforcent la charge poétique du spectacle, sa force séditieuse, son caractère éminemment loufoque et si juste. 

Efficace, la direction de Lucie Leguay passe sans accroc du ton suave et ironique du Rossignol, au piquant tendre et enivré des Mamelles. Peut-être aurions nous apprécie davantage de nuances et de mystère dans la partition de Stravinsky. 

On sait gré au directeur des lieux, Bertrand Rossi de choisir à propos des productions aussi musicales que décalées, dont le sens et l’esprit détonnent, produisant pour le spectateur, des expériences souvent inoubliables. Dans le sillon du déjanté opéra de Zappa [fabuleux « 200 motels – The Suites », en déc 2023], de L’Olimpiade de Vivaldi, récente production tout aussi inventive et scéniquement surprenante, ce diptyque Stravinsky / Poulenc surprend, titille autant qu’il séduit et enivre. Produisant un réjouissant moment de théâtre, la réussite est indiscutable. Encore une représentation aujourd’hui samedi 1er juin, 15h. Courrez-y !

CRITIQUE, opéra. NICE, Théâtre de l’Opéra, le 1er décembre 2023. ZAPPA : 200 motels – The suites. Antoine Gindt / Léo Warynski.

 

 

 

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CRITIQUE, opéra. NICE, Opéra, le 30 mai 2024. STRAVINSKY / POULENC : Le Rossignol / Les Mamelles de Tiresias. Rocia Pérez, Sahy Ratia, Matthieu Lecroart… Orchestre Philharmonique de Nice, Chœur de l’Opéra de Nice. Claire Leguay / Olivier Py. Photos © Dominique Jaussein.

 

 

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LIRE aussi notre CRITIQUE de 200 MOTELS de Franck Zappa à l’Opéra de Nice (déc 2023 – janv 2024) : https://www.classiquenews.com/critique-opera-nice-le-1er-decembre-2023-zappa-200-motels-the-suites-leo-warinsky-antoine-gindt/

LIRE aussi notre CRITIQUE de l’OLIMPIADE à l’Opéra de Nice (avril / mai 2024) : https://www.classiquenews.com/opera-de-nice-lolimpiade-des-olympiades-dapres-vivaldi-creation-les-30-avril-2-et-4-mai-2024-jean-christophe-spinosi-eric-oberdorff/

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