CRITIQUE, concert. LILLE. Lille Piano(s) Festival 2021. Sam 19 juin 2021. Concert symphonique. Orchestre de Picardie, Arie van Beek, direction. Alexandra Dogvan, piano. Naïri Badal, Adélaïde Panaget (Duo Jatékok), piano.

CRITIQUE, concert. LILLE. Lille Piano(s) Festival 2021. Sam 19 juin 2021. Concert symphonique. Orchestre de Picardie, Arie van Beek, direction. Alexandra Dogvan, piano. NaĂŻri Badal, AdĂ©laĂŻde Panaget (Duo JatĂ©kok), piano. Concert symphonique kalĂ©idoscopique pour la deuxiĂšme journĂ©e du fabuleux Lille Piano(s) Festival 2021. L’Orchestre de Picardie sous la direction d’Arie van Beek joue Beethoven et Poulenc aux cĂŽtĂ©s de la jeune virtuose Alexandra Dogvan et du duo de pianistes « JatĂ©kok » (NaĂŻri Badal et AdĂ©laĂŻde Panaget). Un concert pour tous les goĂ»ts !

Le piano pour tous !

 

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Le Duo Jatékok (© Ugo Ponte / ON LILLE 2021)

L’enfant prodigue Alexandra Dogvan (nĂ©e en 2007) ouvre le concert avec son interprĂ©tation bien appliquĂ©e du deuxiĂšme concerto pour piano de Beethoven. DĂšs le premier mouvement, les vents de l’orchestre sont charmants et rayonnants, s’accordant Ă©lĂ©gamment au jeu sensible, romantique si l’on veut, de la jeune pianiste qui offre une interprĂ©tation irrĂ©prochable. Lors de l’adagio central la beautĂ© sublime des vents est toujours en vedette, tandis que pour le rondo final tout l’ensemble ainsi que la soliste s’envolent dans une performance plus dĂ©monstrative et plus gaillarde en somme. Alexandra Dogvan offre un bis bouleversant de beautĂ©, fiĂ©vreux, l’étude-tableaux en do majeur de l’op. 33 de Rachmaninov, oĂč elle exprime davantage la virtuositĂ© prĂ©coce de son talent, pour le plus grand bonheur de l’auditoire.

AprĂšs cette respiration post-romantique vient le tour du Duo JatĂ©kok ; au programme, le Concerto pour deux pianos et orchestre en rĂ© mineur de Francis Poulenc. Une Ɠuvre bien particuliĂšre du rĂ©pertoire pianistique du 20e siĂšcle. Le registre en est trĂšs vif, nĂ©oclassique avec parfum jazzy. Les vents et les percussions de l’orchestre y sont en permanence sollicitĂ©s et nous remarquons la direction prĂ©cise du chef qui rĂ©ussit une performance tonique et millimĂ©trique ; l’orchestre assure un accompagnement idĂ©al qui prĂ©serve les pianos en vedette. Le deuxiĂšme mouvement Ă  la facture plus mozartienne est l’occasion pour les cordes de se montrer plus prĂ©sentes, avec un beau mĂ©lange de tendresse et de gravitĂ©. Le concert se termine avec un troisiĂšme mouvement plus ravĂ©lien et Ă©clectique oĂč absolument tous les instrumentistes rayonnent.
Les pianistes NaĂŻri Badal et AdĂ©laĂŻde Panaget offrent une prestation magistrale du dĂ©but Ă  la fin. Elles font preuve de la complicitĂ© et du jeu d’ensemble nĂ©cessaires pour cet opus particulier. Fabuleuses dĂšs le premier mouvement crĂ©ant une sorte de conversation, parfois agitĂ©e, entre les pianos, tout en passant par le dialogue sentimental terriblement beau du larghetto central ; les deux pianistes terminent le concerto avec une gaĂźtĂ© taquine parfois pompiĂšre, toujours spectaculaire et hautement expressive. TrĂšs Ă©mues de la rĂ©action chaleureuse du public, elles offrent en bis une version de l’air cĂ©lĂšbre de Carmen « L’amour est un oiseau rebelle » ainsi qu’un extrait jazzy de leur avant dernier album « The boys » : excellente Ă©quation !

CRITIQUE, concert. LILLE. Lille Piano(s) Festival 2021. Sam 19 juin 2021. Concert symphonique. Orchestre de Picardie, Arie van Beek, direction. Alexandra Dogvan, piano. Naïri Badal, Adélaïde Panaget (Duo Jatékok), piano.

POINT D’ORGUE de THIERRY ESCAICH

point-d-orgue-voix-humaine-escaich-poulenc-petibon-opera-critique-classiquenewsFRANCE MUSIQUE, sam 27 mars 2021, 20h. POULENC / ESCAICH. La soprano familiĂšre des grands dĂ©fis vocaux chante La Voix humaine du premier, Point d’orgue du second (crĂ©ation, prĂ©sentĂ©e en mars au TCE, sans public). Captation les 3 et 5 mars 2021 pour diffusion sur la toile ultĂ©rieure (avril 2021?).

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 FRANCE MUSIQUE, Samedi 27 mars 2021, 20h

Programme double :
La Voix Humaine de Poulenc / Point d’Orgue de Thierry Escaich (crĂ©ation mondiale).
Mise en scĂšne : O.Py,
avec P. Petibon (Elle), J.S Bou (Lui), C.Dubois (L’Autre) – Orchestre National de Bordeaux / J. Rhorer, direction.

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LA VOIX HUMAINE de Jean Cocteau – Francis Poulenc
Tragédie lyrique en un acte (1958)
Paroles : Jean COCTEAU
Musique : Francis POULENC
CREATION MONDIALE

POINT D’ORGUE de Thierry Escaich – Olivier Py
Opéra en un acte
Livret : Olivier PY
Musique : Thierry ESCAICH

En 1958, deux ans aprĂšs son opĂ©ra tragique et historique Dialogues des CarmĂ©lites, Francis Poulenc Ă©crit La Voix humaine, partition en un acte composĂ©e pour une seule voix de soprano, tragĂ©dienne moderne Ă©garĂ©e, abandonnĂ©e, impuissante face au dĂ©sarroi de la rupture amoureuse. Le TCE Ă  Paris commande au compositeur (et organiste, d’oĂč le titre de son Ɠuvre), une nouvelle partition lyrique qui serait comme le double de l’ouvrage de Poulenc. Escaich imagine ainsi la suite du monologue sous forme d’un dialogue renouĂ© entre Elle et Lui. « Lui » qui n’apparaĂźt jamais dans l’oeuvre de Poulenc / Cocteau. La parole, le dialogue sont le sujet principal des deux Ɠuvres ainsi prĂ©sentĂ©es en miroir.
Ainsi le « trio » Patricia Petibon, Olivier Py et JĂ©rĂ©mie Rhorer se recompose, aprĂšs leur prĂ©cĂ©dente coopĂ©ration pour Dialogues des CarmĂ©lites de Francis Poulenc, crĂ©Ă© au ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es en 2013. On se souvient aussi que JĂ©rĂ©mie Rhorer, formĂ© par Thierry Escaich dans ses annĂ©es d’apprentissage, dirigea la crĂ©ation de son opĂ©ra Claude (livret de Robert Badinter, adaptĂ© de Claude Gueux de Victor Hugo) Ă  l’OpĂ©ra de Lyon, une production mise en scĂšne par Olivier Py et oĂč Jean-SĂ©bastien Bou interprĂ©tait le rĂŽle-titre. Les retrouvailles scellent donc la nouvelle production du TCE autour du diptyque POULENC / ESCAICH 2021.

En 1920, le « moine et voyou » Poulenc rejoint le Groupe des Six, dont le porte-parole est Jean Cocteau : les Ɠuvres de cette pĂ©riode sont lĂ©gĂšres, virtuoses. Mais aprĂšs 1936 avec la mort de son ami le compositeur Pierre Octave Ferroud, l’inspiration de Poulenc se fait plus grave et sombre (Stabat Mater) tout en poursuivant cette impertinence proche de Satie (Les Mamelles de TirĂ©sias). En 1958, Poulenc s’empare du monologue Ă©ponyme de Jean Cocteau (1930) et en dĂ©duit un opĂ©ra en un acte crĂ©Ă© en 1959 salle Favart, par la soprano Denise Duval, son amie et sa complice.
AprĂšs Les Enfants terribles (1929) et avant son film La Belle et la BĂȘte (1945), Cocteau imagine en un huis clos Ă©touffant la dĂ©sespĂ©rance d’une femme amoureuse qui tente de renouer le fil avec son amant, au tĂ©lĂ©phone, dans sa chambre d’hĂŽtel.

POINT D’ORGUE… Une apothĂ©ose pour ELLE
L’organiste et compositeur, Thierry Escaich retrouve son ancien Ă©lĂšve JĂ©rĂ©mie Rhorer (classe de composition) pour la crĂ©ation de Point d’orgue dont le sujet offre une suite Ă  La Voix humaine de Poulenc / Cocteau. Escaich a longtemps jouĂ© le Concerto pour orgue et orchestre de Poulenc, au flux Ă©nergique, aux audaces harmoniques singuliĂšres. Pour son nouvel ouvrage conçu en « miroir », Escaich dĂ©veloppe en rĂ©sonance et par goĂ»t personnel, un univers harmonique, post-tonal, polytonal, qui vient plutĂŽt de Debussy, Ravel, Poulenc, Dutilleux, Honegger. La continuitĂ© de l’un Ă  l’autre ouvrage, vient du mĂȘme instrumentarium, dans l’esprit d’un orchestre Mozart.
A la descente aux enfers que dessine le mĂ©lodrame de Cocteau, Escaich, inspirĂ© par le livret de Py pour Point d’orgue, offre une sublime rĂ©surrection Ă  Elle, dans une conclusion qui frappe par sa sĂ©rĂ©nitĂ©. La force inĂ©dite de l’hĂ©roĂŻne si malmenĂ©e par Poulenc et Cocteau, submerge la scĂšne d’une force virile saisissante qui finit par emporter comem dans un thriller psychologique, les deux rĂŽles masculins : Lui et l’Autre, respectivement pour baryton et tĂ©nor. Le compositeur trouve Ă  chaque mots du livret, une nuance musicale propre Ă  ciseler et Ă©clairer les composantes d’un Ă©chiquier du sentiment et de la passion humaine.
L’écriture vocale de Point d’orgue est plus opĂ©ratique que l’ouvrage prĂ©cĂ©dent, Claude. Escaich utilisant la forme d’arias, qui rĂ©sonnent parfois comme des pastiches, « des sortes d’éclipses dans un esprit opĂ©ra bouffe bien que la tonalitĂ© gĂ©nĂ©rale du texte soit plutĂŽt sombre. » Thierry Escaich connaĂźt Ă  prĂ©sent idĂ©alement les performances artistiques de Jean-SĂ©bastien Bou et Patricia Petibon. Concernant le tĂ©nor Cyrille Dubois, son timbre correspond parfaitement Ă  l’idĂ©e du personnage telle qu’elle s’est affirmĂ©e peu Ă  peu au cours de la rĂ©daction du livret d’Olivier Py.

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Livre événement, critique. Le Clavecin des Romantiques par Jean-Patrice BROSSE (éditeur BLEU NUIT, déc 2019)

brosse jeanpatrice livre critique review classiquenews clic de classiquenews bleu nuit editeur 9782358840927-475x500-1Livre Ă©vĂ©nement, critique. Le Clavecin des Romantiques par Jean-Patrice BROSSE (Ă©diteur BLEU NUIT, dĂ©c 2019)  -  Dans ce dernier tome de son histoire du clavecin, l’auteur met en lumiĂšre le destin du clavier baroque dĂšs la fin du XVIIIĂš, avec l’essor des nouveaux modĂšles ou pianoforte fortement concurrentiels ; l’instrument emblĂ©matique de l’Ancien rĂ©gime sous la RĂ©volution française, certes a Ă©tĂ© dĂ©truit, dĂ©testĂ© en raison de ce qu’il reprĂ©sentait ; mais l’auteur montre combien le clavecin s’est maintenu tout au long du XIXĂš, rĂ©vĂ©lant l’action de producteurs de concerts Ă  Paris (FĂ©tis, Prince de la Moskova, AmĂ©dĂ©e MĂ©reaux
) qui continuent de programmer les oeuvres de Rameau ou Couperin, suscitant mĂȘme l’enthousiasme des grands pianistes romantiques passionnĂ©s eux aussi par l’instrument et le rĂ©pertoire baroque ; le cas le plus emblĂ©matique reste Chopin, comme on le sait, passionnĂ© par JS Bach et aussi, ce qui est moins connu, François Couperin. Cette filiation avĂ©rĂ©e, passionnante n’est toujours pas abordĂ©e au concert : on s’en Ă©tonne toujours. Certains virtuoses du clavier romantique, jouent le clavecin comme Ignaz Moscheles (sur un Shudi) chez FĂ©tis d’ailleurs.

Ailleurs, ce sont les grands virtuoses du  piano qui cultivent une saine curiositĂ© pour les Baroques, jouant leurs piĂšces conçues pour le clavecin : Louis Farrenc et son Ă©lĂšve Marie Mongin (Rameau, Couperin, Bach), 
 tout cela conforte le goĂ»t de Berlioz qui n’a jamais goĂ»tĂ© rĂ©ellement le timbre ni les dĂ©lices de la mĂ©canique du clavecin. Pour lui quand un piano sonnait mal, il sonnait comme un clavecin qui « clapote »  voilĂ  qui est dit.

En dĂ©finitive, le goĂ»t du Baroque n’a jamais faibli tout au long du XIXĂš romantique ; saluons FĂ©tis et ses concerts parisiens qui dans les annĂ©es 1830 et jusqu’au milieu des annĂ©es 1850, programme encore les compositeurs baroques et aussi de la Renaissance dont Jannequin ! Pionnier et visionnaire FĂ©tis rĂ©vĂšle une sensibilitĂ© inouĂŻe aux timbres et Ă  l’aptitude des instruments Ă  jouer « leur » rĂ©pertoire ; il n’hĂ©site pas Ă  mesurer exactement en le discrĂ©ditant la pertinence d’un Erard s’agissant des partitions du Fitzwilliam virginal Book (qui regroupe une collection d’Ɠuvres anglaises signĂ©es Byrd, Bull, Gibbons, Morley
).

 

Des Ă©lĂ©ments mĂȘlĂ©s
 A contrario d’une histoire de l’art et de la musique oĂč tout s’enchaĂźne distinctement ; oĂč de nouveaux Ă©lĂ©ments prennent la place des anciens, l’auteur montre en rĂ©alitĂ© que tout se mĂȘle, se chevauche et souvent fusionne
. ainsi le clavecin, instrument royal Ă  l’époque des LumiĂšres perdure quand les premiers pianoforte affirment leur voix spĂ©cifique : incroyable rĂ©vĂ©lation que cet instrument double Ă  la fois clavecin et pianoforte, comportant deux claviers avec sautereaux et becs de plume, et un clavier dont les cordes sont frappĂ©es avec des marteaux ; les 2 esthĂ©tiques se mĂȘlent et peuvent ĂȘtre jouĂ©es par le mĂȘme musicien ; un tel « monstre fascinant » est prĂ©sent chez les Mozart ; il est aussi louĂ© par Diderot et D’Alembert dans leur EncyclopĂ©die mĂ©thodique (1785).

 

Les sociĂ©tĂ©s de musique ancienne Ă  Paris, comme les mĂ©cĂšnes ayant favorisĂ© ce goĂ»t de l’AntiquitĂ© sont Ă©voquĂ©es avec justesse. Les concertos de Poulenc ou de Falla n’émergent pas d’un contexte nouveau ; ils participent et prolongent d’une tradition qui n’a en rĂ©alitĂ© jamais cessĂ© de se maintenir. Dans ce regard qui efface bien des classements et compartimentations rĂ©ducteurs, l’auteur souligne l’apport de certaines Ɠuvres trĂšs riches en enseignement dans ce rapport continu au XVIIIĂš : ainsi Manon l’opĂ©ra de Massenet qui en 1884 cristallise la passion de l’époque pour un certain XVIIIĂš : l’ouvrage lyrique est nourri de danses baroques et de rĂ©fĂ©rences Ă©videntes, assumĂ©es.

CLIC D'OR macaron 200Erudit mais accessible, voire souvent passionnant, l’auteur Jean-Patrice Brosse, claveciniste et organiste, tort le cou Ă  nombre de prĂ©jugĂ©s et d’idĂ©es reçues. C’est toute une perspective de la connaissance et de la recherche qui s’en trouve modifiĂ©e ; l’apport est majeur et le livre, captivant. CLIC de CLASSIQUENEWS de fĂ©vrier 2020.

 

 

 

 

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CLIC_macaron_2014Livre Ă©vĂ©nement, critique. Le Clavecin des Romantiques par Jean-Patrice BROSSE (Ă©diteur BLEU NUIT, dĂ©c 2019) – RĂ©f: 9782358840927 (176 pages) – 20 x 14 cm – collection « Horizons », 2Ăš Ă©dition – CLIC de classiquenews de fĂ©vrier 2020.

http://www.bne.fr/page77.html

COMPTE-RENDU, opéra. TOULOUSE, le 26 nov 2019. POULENC : Dialogues des Carmélites. O Py / JF Verdier.

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. TOULOUSE. CAPITOLE. Le 26 Novembre 2019. F. POULENC. DIALOGUES DES CARMELITES. O. PY. A. CONSTANS. A. MOREL. J DEVOS. J.F. LAPOINTE. J.F. VERDIER. Cette belle production d’Olivier Py avait dĂ©jĂ  eu bien du succĂšs au ThĂ©Ăątre des Champs ÉlysĂ©es Ă  Paris, et au ThĂ©Ăątre de la Monnaie Ă  Bruxelles en 2013. La grande Ă©lĂ©gance stylisĂ©e des dĂ©cors et des costumes y est pour beaucoup. La force Ă©galement qui se dĂ©gage des Ă©clairages et des mouvements puissants des dĂ©cors Ă  vue marquent durablement les esprits. Le jeu des chanteurs-acteurs est toujours sobre. Il y a comme une certaine distanciation en permanence qui Ă©vite toute Ă©motion trop forte. L’intelligence,  les symboles sont lisibles et le contexte historique de la RĂ©volution Française est prĂ©sent.

 

 

Au Capitole, de beaux Dialogues

mais un peu froids

 
 
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Mais il y une distanciation trĂšs contemporaine avec le tragique des faits historiques qui nuit Ă  l’émotion forte de certaines scĂšnes. Les faits historiques sont exposĂ©s et compris mais non vĂ©cus. Il faut dire que la prĂ©sence du ChƓur dans les loges de part et d’autre de la scĂšne ou dans le cĂŽtĂ© du thĂ©Ăątre avec une prĂ©sence trĂšs forte en habits contemporains, a minorĂ© l’impact Ă©motionnel de la sublime scĂšne finale. En effet le bourdon trop prĂ©sent a couvert le dĂ©nuement qui gagne le chant des moniales au fur et Ă  mesure que la guillotine s’active. MĂȘme la scĂšne de la mort de la prieure dans un habile dispositif, a gardĂ© comme une distance avec l’ Ă©motion.

Pourtant l’engagement des chanteurs a Ă©tĂ© notable. En particulier la jeune AnaĂŻs Constans qui est une Blanche de la Force impressionnante de prĂ©sence tant vocale que scĂ©nique. En MĂšre, Marie, AnaĂŻk Morel a su trouver la duretĂ© du personnage avec une voix comme minĂ©rale. Janina Baechle est une premiĂšre prieure plus humaine que certaines avec une mort presque trop polie. Catherine Hunold en nouvelle prieure sait de sa voix homogĂšne mettre le moelleux nĂ©cessaire Ă  la dimension maternelle du rĂŽle. Jodie Devos incarne tant vocalement que scĂ©niquement la force de vie du rĂŽle de Constance avec beaucoup de naturel et de charme. C’est elle qui dĂ©livre le chant le plus porteur d’émotion, surtout durant le final.
Les hommes n’ont pas dĂ©mĂ©ritĂ© sans s‘imposer particuliĂšrement. Les petits rĂŽles sortis du ChƓur ont tous Ă©tĂ© excellents, tout particuliĂšrement Catherine Alcoverro trĂšs Ă©mouvante en Jeanne.
L’orchestre du Capitole a Ă©tĂ© parfait.  Les nuances ont Ă©tĂ© parfois un peu trop prĂ©sentes sans mettre en danger les chanteurs. Jean-François Verdier dĂ©veloppe la dimension symphonique de la partition. Lui aussi en accord avec la mise en scĂšne appuie la clartĂ© du discours, la perfection formelle des Ă©quilibres sonores. Mais cette Ă©lĂ©gance, comme celle de la mise en scĂšne nous a semblĂ© manquer d’émotion.
Ces dialogues ont donc Ă©tĂ© bien accueillis par le public, mais sans beaucoup d’yeux humides


 
  
 

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COMPTE-RENDU, opĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole , le 26 Novembre 2019. Françis Poulenc (1899-1963) : Dialogue des CarmĂ©lites. OpĂ©ra en trois actes et douze tableaux ; Texte de la piĂšce de Georges Bernanos, adaptĂ© avec l’autorisation d’Emmet Lavery ; D’aprĂšs une nouvelle de Gertrud von Le Fort (La DerniĂšre Ă  l’échafaud) et un scĂ©nario du RĂ©v. Raymond Leopold Bruckberger et de Philippe Agostini ; ÉditĂ© par CASA RICORDI MILANO ; CrĂ©ation le 26 janvier 1957 au Teatro alla Scala de Milan. Coproduction ThĂ©Ăątre des Champs ElysĂ©es et du  ThĂ©Ăątre Royal de la Monnaie de Bruxelles. Olivier Py : mise en scĂšne ; Pierre-AndrĂ© Weitz : dĂ©cors et costumes ; Bertrand Killy : lumiĂšres Avec : AnaĂŻs Constans, Blanche de la Force ; AnaĂŻk Morel, MĂšre Marie de l’Incarnation ; Janina Baechle, Madame de Croissy, premiĂšre Prieure ; Catherine Hunold, Madame Lidoine, nouvelle Prieure ; Jodie Devos,  Constance de Saint-Denis ; Jean-François Lapointe, Le Marquis de la Force ; Thomas Bettinger, Le Chevalier de la Force ; Vincent Ordonneau, L’AumĂŽnier ; JĂ©rĂŽme Boutillier, Le GeĂŽlier / Thierry / Monsieur Javelinot ; ChƓur du Capitole, Alfonso Caiani direction ;  Orchestre national du Capitole ; Jean-François Verdier direction. Photo © Patrice Nin

 
 
 

Compte rendu, opĂ©ra. Tours, OpĂ©ra, le 10 avril 2015. Poulenc : La Voix humaine. Ravel : L’Heure Espagnole. Anne-Sophie Duprels, Elle. Aude Estremo (Concepcion)
 OSRCT. Jean-Yves Ossonce, direction. Catherine Dune, mise en scĂšne.

FamiliĂšre de la scĂšne tourangelle, la soprano Catherine Dune – qui chantait cette saison Despina de Cosi  fan Tutte de Mozart, offre ici sa premiĂšre mise en scĂšne Ă  Tours. La sensibilitĂ© et l’humanitĂ© de l’artiste se ressentent  dans l’approche du diptyque choisi par le chef et directeur Jean-Yves  Ossonce : en associant les deux drames en un acte, La voix humaine puis L’Heure espagnole, de Poulenc et Ravel respectivement, il s’agit bien Ă  travers chaque hĂ©roĂŻne : “Elle ” puis la femme  de l’horloger Torquemada, Concepcion, de deux portraits de femmes que la question du dĂ©sir et de l’amour taraude, exalte, exulte, met au devant de la scĂšne.

 
 

Nouvelle production convaincante Ă  l’OpĂ©ra de Tours

Deux portraits du désir féminin

 

heure-espagnole-ravel-opera-de-tours-aude-estremo-clip-video-classiquenews-copyright-2015Deux espaces clos, lieux de l’enfermement, unissent les deux univers lyriques mais le poids Ă©touffant du huit clos – vĂ©ritable billot sentimental  et cathartique oppresse chanteuse et spectateurs dans La Voix humaine quand les dĂ©lices doux amers, tragico comiques de la dĂ©licieuse comĂ©die  de Ravel, produisent un univers tout autre :  magique et onirique surtout fantastique et surrĂ©aliste. C’est ce second volet qui nous a le plus  sĂ©duit. … non pas tant par sa durĂ©e : presque une heure quand La voix humaine totalise  3/4 d’heure,  que par la profonde cohĂ©rence qu’apporte la mise en scĂšne.
L’Heure espagnole impose sa durĂ©e impĂ©rieuse au couple dĂ©luré  et si mal appareillĂ© de l’horloger Torquemada (en blouse et Ă  lunettes, sorte de voyeur de laboratoire), et de son Ă©pouse la belle brune Concepcion dont l’excellente Aude Estremo fait une prodigieuse incarnation : tigresses toute en contrĂŽle, la pulpeuse collectionne les amants sans ĂȘtre satisfaite, -frustration inconfortable qui on le comprend en cours de soirĂ©e n’est pas sans ĂȘtre cultivĂ©e par son Ă©poux lui-mĂȘme dont Catherine Dune fait l’observateur assidu mais discret des frasques de sa femme. La sensibilitĂ© extrĂȘme de la metteure en scĂšne sait aussi cultiver la pudeur et l’innocence quand surgit l’amour vĂ©ritable entre Concepcion et le muletier Ramiro dont le charme direct et physique contraste avec le poĂšte Gonzalvo, bellĂątre mou des corridas d’opĂ©rettes, aux Ă©lans amoureux toujours vellĂ©itaires (impeccable Florian Laconi).
Dans cet arĂšne  de pure fantasmagorie, Didier Henry a le ton juste du songe ; le baryton Alexandre Duhamel (Ramiro),  celui naturel  du charme sans esbroufe, et c’est surtout la mezzo Aude Estremo, dĂ©cidĂ©ment qui en donnant corps au personnage central,  rend son parcours trĂšs convaincant d’autant que la voix est sonore, naturellement puissante et finalement articulĂ©e. Son piquant et son tempĂ©rament L’univers dĂ©lurĂ© fantasque dĂ©fendu ici  souligne avec finesse les multiples joyaux dont la partition est constellĂ©e ; c’est un travail visuel qui s’accorde idĂ©alement Ă  la tenue de l’orchestre dont le raffinement permanent et le swing hispanisant convoquent le grand opĂ©ra : l’air de Concepcion,  qu’elle aventure qui marque le point de basculement du personnage (son coup de foudre troublant vis Ă  vis du muletier) fait surgir une vague irrĂ©pressible de candeur et de sincĂ©ritĂ© dans une cycle qui eut paru artificiel par sa mĂ©canique rĂ©glĂ©e Ă  la seconde  (les sacs  de sable que l’on Ă©ventre pour en faire couler la matiĂšre comme un sablier).

voix-humaine-anne-sophie-duprels-tours-opera-classiquenews-copyright-2015En premiĂšre partie de soirĂ©e (La Voix humaine), Anne-Sophie Duprels sĂ©duit indiscutablement par son chant velouté  et puissant Ă  la diction parfois couverte par l’orchestre. Sur un matelas dĂ©multipliĂ©, ring de ses ressentiments sincĂšres amĂšres, le chant se libĂšre peu Ă  peu dans une mise en scĂšne Ă©purĂ©e presque glaçante dont les lumiĂšres accusent la progression irrĂ©pressible : la cage qui enserre le coeur meurtri de l’amoureuse en rupture s’ouvre peu Ă  peu Ă  mesure que les cordes qui la composent et qui descendent depuis les cintres, sont levĂ©es, ouvrant l’espace ; rĂ©vĂ©lant l’hĂ©roĂŻne Ă  elle-mĂȘme en une confrontation ultime : dire, exprimer et nommer la souffrance, c’est se libĂ©rer. C’est au prix de cette Ă©preuve salvatrice – essentiellement cathartique-,  qu‘Elle prend conscience de sa force et de sa volontĂ© ; volontĂ© de dire : tu me quittes. Soit je l’accepte. Laisser faire, lĂącher prise, renoncer. … autant d’expĂ©riences clĂ©s que la formidable soprano Ă©claire de sa prĂ©sence douce et carressante, nuancĂ©e et intense.

Dans la fosse, en maĂźtre des couleurs et des teintes atmosphĂ©riques, Jean Yves Ossonce fait couler dans la Voix humaine le sirop onctueux et ductile de l’ocĂ©an de sensualitĂ© dont a parlĂ© Poulenc,  lequel semble compatir avec Elle ; le chef trouve aussi le charme d’une dĂ©contraction Ă©lĂ©gantissime de l’Heure Espagnole, dont le dialogue idĂ©al avec la mise en scĂšne et les dĂ©cors suscite un formidable cirque nocturne, enchanteur et rĂ©aliste Ă  la fois. La profondeur se glisse continĂ»ment dans cet Ă©loge feint de la lĂ©gĂšreté  La rĂ©ussite Ă©tant totale, voici aprĂšs le formidable Trittrico de Puccini prĂ©sentĂ© en mars dernier (prĂ©cision et sĂ©duction cinĂ©matographique), la nouvelle production de l’OpĂ©ra de Tours  qui crĂ©e lĂ©gitimement l’Ă©vĂ©nement dans l’agenda lyrique de ce printemps. A voir au Grand ThĂ©Ăątre de Tours les 10, 12 et 14 avril 2015.

 

 

 

APPROFONDIR : voir notre clip vidĂ©o La Voix humaine et l’Heure espagnole au Grand thĂ©Ăątre de Tours les 10,12,14 avril 2015

 

 

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Illustrations : © studio CLASSIQUENEWS.TV 2015

Tours, OpĂ©ra : La Voix humaine, L’heure espagnole, les 10,12,14 avril 2015

heure-espagnole-ravel-opera-de-tours-aude-estremo-clip-video-classiquenews-copyright-2015VIDEO,clip. Tours: La Voix humaine,L’heure Espagnole. Les 10,12,14 avril 2015. Catherine Dune met en scĂšne deux portraits du dĂ©sir fĂ©minin : La Voix humaine sur un vaste lit, sorte de ring oĂč s’exacerbent les jalons d’une catharsis Ă©motionnelle ; puis L’Heure espagnole dont le dispositif visuel plonge dans une fantasmagorie onirique d’une profonde cohĂ©rence. Deux interprĂštes se distinguent : Anne-Sophie Duprels qui incarne “ELLE”, Ăąme dĂ©vastĂ©e certes mais promise Ă  une renaissance imprĂ©vue ; puis Aude Estremo dont le personnage de Concepcion, sauvage et fragile Ă  la fois, dominateur et contrĂŽlĂ© n’est pas sans rappeler par sa finesse de ton et sa forte intĂ©rioritĂ©, les femmes chez Bunuel… Nouvelle production Ă©vĂ©nement au Grand ThĂ©Ăątre de Tours. RĂ©alisation : Philippe-Alexandre Pham © studio CLASSIQUENEWS.TV 2015. LIRE aussi notre prĂ©sentation de La Voix humaine et de L’Heure espagnole Ă  l’OpĂ©ra de Tours.

 

 

 

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Sensible et en tension, la soprano Anne-Sophie Duprels incarne “Elle”, la voix palpitante et sur le fil,  de Poulenc et Cocteau (illustrations © CLASSIQUENEWS.TV 2015)

 

 

 

 

 

Opéra de Tours
LA VOIX HUMAINE
FRANCIS POULENC

L’HEURE ESPAGNOLE
MAURICE RAVEL

   
Catherine Dune, mise en scĂšne
Jean-Yves Ossonce, direction  

boutonreservationVendredi 10 avril 2015 – 20h
Dimanche 12 avril 2015 – 15h
Mardi 14 avril 2015 – 20h

Conférence, samedi 28 mars 2015, 14h30
Grand Théùtre, Salle Jean Vilar
entrée gratuite

distributions

LA VOIX HUMAINE
Tragédie lyrique en un acte 
Livret de Jean Cocteau
Création le 6 février 1959 à Paris
Editions Ricordi

Direction : Jean-Yves Ossonce
Mise en scĂšne : Catherine Dune
DĂ©cors : Elsa Ejchenrand
Costumes : Elisabeth de Sauverzac
LumiÚres : Marc DelaméziÚre

Elle : Anne-Sophie Duprels

L’HEURE ESPAGNOLE
Comédie musicale en un acte
Livret de Franc-Nohain, d’aprùs sa piùce
Création le 19 mai 1911 à Paris
Editions Durand

Direction : Jean-Yves Ossonce
Mise en scĂšne : Catherine Dune
DĂ©cors : Elsa Ejchenrand
Costumes : Elisabeth de Sauverzac
LumiÚres : Marc DelaméziÚre

Conception : Aude Extremo
Gonzalvo : Florian Laconi
Torquemada : Antoine Normand
Ramiro : Alexandre Duhamel
Don Inigo Gomez : Didier Henry

DVD. Poulenc : Dialogues des CarmĂ©lites (Rhorer, Py, 2013) – 1 dvd Erato

poulenc dialogues des carmelites dvd erato py rhorer piau petibon gensDVD. Poulenc : Dialogues des CarmĂ©lites (Rhorer, Py, 2013). Le transfert de cette production admirable vocalement et scĂ©niquement est comme sublimĂ© encore par le choix des plans serrĂ©s sur les visages, insistant sur le travail d’acteurs de chaque chanteuse : un approfondissement rare qui se rĂ©vĂšle d’une crĂ©dibilitĂ© cinĂ©matographique rendant cette rĂ©alisation proche d’un long mĂ©trage : la progression de plus en plus tragique jusqu’aux exĂ©cutions finales n’en est que plus haletante. Il est vrai que le plateau vocal rĂ©unit la crĂšme des chanteuses francophones actuelles : Piau (qui n’a certes pas l’Ăąge de Constance mais n’en exprime pas moins sa juvĂ©nilitĂ© fragile et dĂ©sespĂ©rĂ©e), Petibon (d’une criante vĂ©ritĂ© dans le rĂŽle protagoniste de Blanche de la Force, l’aristocrate convertie marchant vers son martyre), enfin Gens (digne et bouleversante Lidoine). Hors sujet, Lehtipuu – outrĂ©, caricatural- et la Prieur de Plowright, vocalement hors style et dĂ©passĂ©. Dommage, car l’unitĂ© et la cohĂ©rence de l’ensemble s’en trouvent dĂ©sĂ©quilibrĂ©es.  Au service d’un drame scĂ©niquement millimĂ©trĂ©, le chef Rhorer qui a dĂ©posĂ© sa baguette historiquement informĂ©e pour conduire l’opulent Philharmonia Orchestra, trouve la fluiditĂ© et le mordant nĂ©cessaires, une vision elle aussi qui dans la fosse affirme une excellente intelligence expressive.  Sans les erreurs du casting, ce dvd mĂ©ritait Ă©videmment un CLIC de classiquenews. Le duo Piau / Petibon fonctionne Ă  merveille : touchant et bouleversant mĂȘme par leur fragilitĂ© et leur humanitĂ©.

Poulenc : Dialogues des CarmĂ©lites (Rhorer, Py, 2013) – 1 dvd Erato. Sophie Koch (MĂšre Marie de l’Incarnation), Patricia Petibon (Blanche de La Force), VĂ©ronique Gens (Madame Lidoine), Sandrine Piau (Soeur Constance de Saint Denis), Rosalind Plowright (Madame de Croissy), Topi Lehtipuu (Le Chevalier de La Force), Philippe Rouillon (Le Marquis de La Force), Annie Vavrille (MĂšre Jeanne de l’Enfant JĂ©sus), Sophie Pondjiclis (Soeur Mathilde), François Piolino (Le PĂšre confesseur du couvent), JĂ©rĂ©my Duffau (Le premier commissaire), Yuri Kissin (Le second commissaire, un officier) & Matthieu LĂ©croart (Le geĂŽlier). Philharmonia Orchestra & ChƓur du ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es, JĂ©rĂ©mie Rhorer, direction. Olivier Py, mise en scĂšne. EnregistrĂ© sur le vif en 2013, Paris, TCE.

CD. Poulenc : mélodies. Sophie KarthÀuser, soprano (2013, Harmonia Mundi).

poulenc karthauser sophie cd harmonia mundi sophie karthauser les anges musiciensCD. Poulenc : mĂ©lodies. Sophie KarthĂ€user, soprano (2013, Harmonia Mundi). Exquise interprĂšte de la finesse piquante parfois ambivalente du Poulenc mĂ©lodiste (d’une fausse simplicitĂ© apparente et d’une grande profondeur poĂ©tique en vĂ©ritĂ©), la soprano Sophie KarthĂ€user nous offre ici une vĂ©ritable leçon de chant français, dans le sillon de sa compatriote belge Anne-Catherine Gillet dont l’album dĂ©diĂ© aux Illuminations de Britten d’aprĂšs Rimbaud et Ă  l’éternel Berlioz (Les Nuits d’étĂ© : cd Aeon) avait de la mĂȘme façon convaincu la RĂ©daction cd de classiquenews.com. SubtilitĂ©, grĂące volubile, richesse poĂ©tique et intonation stylĂ©e, alliĂ©e Ă  une perfection articulĂ©e font ici la valeur de ce recueil choisi oĂč l’impertinence flirte avec la dĂ©licatesse en une combinaison divinement trouble : les climats poĂ©tiques sont aussi divers et ciselĂ©s que leurs auteurs littĂ©raires : Apollinaire (superbe ivresse d’HĂŽtel
), Louise de Vilmorin (Ă©maillĂ©s de vocalises emperlĂ©es rĂ©jouissantes), Paul Éluard (Tel jour tel nuit, 1937), Maurice CarĂȘme (la facĂ©tie s’y glisse en dĂ©lire parfois surrĂ©aliste : « les anges musiciens » qui donnent leur titre au rĂ©cital, ou « Quelle aventure! »  extraits de La Courte Paille, cycle de mĂ©lodies, crĂ©Ă© en 1961)
 Au-delĂ  de la constellation polysĂ©mantique, se cache subrepticement une gravitĂ© douloureuse, la conscience plus grave qui s’enracine Ă  l’évocation des souvenirs tragiques (Bleuet, 1939, d’aprĂšs Apollinaire -de loin le poĂšte qui l’inspire le plus : Ă©vocation des jeunes forces viriles fauchĂ©es sacrifiĂ©es sur le front de guerre : l’on ne saurait alors omettre de mettre en parallĂšle le propre destin d’Apollinaire


le chant pudique, facétieux, suggestif de Sophie KarthÀuser

CLIC D'OR macaron 200La clartĂ© du timbre, la prĂ©cision naturelle de l’intelligibilitĂ© apportent une touche de juvĂ©nilitĂ© savoureuse : on y goĂ»te autant la perfection du verbe chantĂ© que le raffinement poĂ©tique d’une interprĂšte Ă  la pudeur suggestive. L’éloquence de la diva pour ce premier rĂ©cital discographique a ciselĂ© un choix de mĂ©lodies parmi les plus inspirĂ©es et les plus secrĂštement facĂ©tieuses, jouant de la simplicitĂ© comme d’une fausse ingĂ©nuitĂ©. Mais la sincĂ©ritĂ© du ton, l’élĂ©gance des phrasĂ©s expriment la richesse du Poulenc mĂ©lodiste, un peintre miniaturiste qui n’écarte pas la pluralitĂ© des sens. Sophie KarthĂ€user est une remarquable diseuse, habile et charmeuse, Ă  l’énoncĂ© franc et railleur, capable de fraĂźcheur et de sincĂ©ritĂ© comme de vĂ©ritĂ© crue, glaçante, saisissante par sa candeur rĂȘveuse, toujours trĂšs juste. Elle se hisse d’emblĂ©e au niveau de ses meilleures annĂ©es : Felicity Lott et RĂ©gine Crespin.

C’est aussi la complicitĂ© de deux artistes qui semble ressusciter le duo Francis Poulenc et le baryton Pierre Bernac : mĂȘme amour du verbe, mĂȘme suggestivitĂ© filigranĂ©e grĂące Ă  l’accord voix/piano. Seule rĂ©serve cependant : parfois la caractĂ©risation experte du pianiste dans couleurs et rĂ©sonances infimes trouble la claire projection du chant de la cantatrice qui elle rĂ©alise une prĂ©sence miraculeuse de chaque mot.

L’album enregistrĂ© au moment du 50Ăšme anniversaire de la mort de « Poupoule » apporte aujourd’hui sa plus vibrante offrande, celle d’une mozartienne accomplie, fervente interprĂšte baroque Ă©galement que l’on n’attendait pas chez Poulenc avec autant de suavitĂ© grave, de justesse sincĂšre.  Nouvelle rĂ©fĂ©rence et donc CLIC de classiquenews.

Sophie KarthĂ€user, soprano. MĂ©lodies de Francis Poulenc – 1 cd Harmonia Mundi HMC 902179. Enregistrement rĂ©alisĂ© en 2013

Compte-rendu : Fontdouce. Abbaye, 20Úme festival estival, le 26 juillet 2013. Concert inaugural. Baptiste Trotignon, Natalie Dessay, Philippe Cassard. Mélodies françaises.

philippe cassard et natalie dessay Ă  fontdouceSaint-Bris des Bois en Charente-Maritime accueille l’inauguration du 20Ăšme Festival de l’Abbaye de Fontdouce. L’endroit magique datant du 12e siĂšcle concentre beautĂ© et mystĂšre. Le concert exceptionnel d’ouverture se dĂ©roule en deux parties Ă  la fois contrastĂ©es et cohĂ©rentes. Il commence de façon tonique avec le pianiste jazz Baptiste Trotignon et se termine avec un duo de choc, la soprano Natalie Dessay et Philippe Cassard au piano !

 

 

Festival de l’Abbaye de Fontdouce,
le secret le mieux gardĂ© de l’Ă©té !

 

SituĂ©e entre Cognac et Saintes, Ă  deux pas de Saint-Sauvant, l’un des plus beaux villages de France, l’ancienne Abbaye Royale obtient le classement de Monument Historique en 1986. Elle fait ainsi partie du riche patrimoine naturel et culturel de la rĂ©gion. Elle en est sans doute l’un de ses bijoux, voire son secret le mieux gardé ! Le maĂźtre du lieu (et prĂ©sident du festival Thibaud Boutinet) a comme mission de partager la beautĂ© et faire connaĂźtre l’histoire et les milles bontĂ©s du site acquis par sa famille il y a presque 200 ans. AprĂšs notre sĂ©jour estival et musical Ă  l’Abbaye de Fontdouce, toute l’Ă©quipe met du coeur Ă  l’ouvrage et le festival est une indĂ©niable rĂ©ussite !

Le Festival comme le site historique acceptent avec plaisir la modernitĂ© et font plaisir aussi aux amateurs des musiques actuelles. L’artiste qui ouvre le concert est un pianiste jazz de formation classique : Baptiste Trotignon rĂ©gale l’audience avec un jeu Ă  l’expressivitĂ© vive, presque brĂ»lante, qui cache pourtant une vĂ©ritable dĂ©marche intellectuelle. Notamment en ce qui concerne sa science du rythme, trĂšs impressionnante. Le pianiste instaure une ambiance d’une gaĂźtĂ© dansante, dĂ©contractĂ©e, contagieuse avec ses propres compositions ; il fait de mĂȘme un clin d’oeil Ă  la musique classique avec ses propres arrangements « dĂ©rangeants » d’aprĂšs deux valses de Chopin. Mais son Chopin transfigurĂ© va trĂšs bien avec son Ă©loquence subtilement jazzy. La musique du romantique  d’une immense libertĂ© formelle, se prĂȘte parfaitement aux aventures euphoriques et drolatiques de Trotignon. Un dĂ©but de concert tout en chaleur et fort stimulant qui prĂ©pare bien pour la suite classique ou l’oĂč explore d’autres sentiments.

L’entracte tonique est l’occasion parfaite pour une promenade de dĂ©couverte, tout en dĂ©gustant les boissons typiques du territoire. Le sensation de beautĂ© paisible au long du grand prĂ©, l’effet saisissant et purement gothique de la salle capitulaire, les couleurs et les saveurs du patrimoine qui font vibrer l’Ăąme… Tout prĂ©pare en douceur pour le rĂ©cital de mĂ©lodies par Natalie Dessay et Philippe Cassard.

Ils ont dĂ©jĂ  collaborĂ© pour le bel album des mĂ©lodies de Debussy « Clair de Lune » paru chez Virgin Classics. Pour ce concert d’exception, les deux artistes proposent Debussy mais aussi Duparc, Poulenc, Chabrier, FaurĂ©, Chausson… Un vĂ©ritable dĂ©lice auditif et poĂ©tique, mais aussi sentimental et thĂ©Ăątral. Natalie Dessay chante avec la vĂ©racitĂ© psychologique et l’engagement Ă©motionnel qui lui sont propres. Un registre grave limitĂ© et un mordant moins Ă©vident qu’auparavant n’enlĂšvent rien Ă  la profondeur du geste vocal. Elle est en effet ravissante sur scĂšne et s’attaque aux mĂ©lodies avec un heureux mĂ©lange d’humour et de caractĂšre. La diva interprĂšte « Le colibri » de Chausson  avec une voix de porcelaine : la douceur tranquille qu’elle dĂ©gage est d’une subtilitĂ© qui caresse l’oreille. Philippe Cassard est complĂštement investi au piano : il s’accorde merveilleusement au chant avec sensibilitĂ© et rigueur. La « Chanson pour Jeanne » de Chabrier, la plus belle chanson jamais Ă©crite selon Debussy, est en effet d’une immense beautĂ©. Les yeux de la cantatrice brillent en l’interprĂ©tant ; nous sommes Ă©blouis et Ă©mus, au point d’avoir des frissons, par la dĂ©licatesse de ses nuances et par la finesse arachnĂ©enne de ses modulations. « Il vole » extrait des Fiançailles pour Rire de Poulenc est tout sauf strictement humoristique. La complicitĂ© entre les vers de Louise de Vilmorin et la musique du compositeur impressionne autant que celle entre le pianiste et la soprano. Sur scĂšne, ils s’Ă©clatent, font des blagues, quelques fausses notes aussi, se plaignent du bruit des appareils photo… ils mettent surtout leurs talents combinĂ©s au service de l’art de la mĂ©lodie française, pour le grand bonheur du public enchantĂ©.

DĂ©couvrir ainsi la magie indescriptible de l’Abbaye de Fontdouce et dĂ©guster sans modĂ©ration les musiques de son festival d’Ă©tĂ© reste une expĂ©rience mĂ©morable !

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Compte-rendu : Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 23 mai 2012. MĂ©lodies de Poulenc, Debussy, Duparc, Aulis Sallinen … Karita Mattila, soprano. Ville Matvejeff, Piano.

Karita Mattila SOPRANOToulouse la connaĂźt et l’aime. Il s’agit de son troisiĂšme rĂ©cital dans la ville rose. Il s’est terminĂ© dans une belle complicitĂ©. Karita Mattila est tout simplement l’une des plus belle voix de soprano lyrico-spinto du moment. Mozart puis Verdi, Richard Strauss, TchaĂŻkovski, Lehar, Janacek et Wagner lui doivent des incarnations inoubliables. Son rapport avec le public français est passionnel et Toulouse qui aime tant les belles voix lui voue un amour total. Car la voix est superbe, la femme ravissante et son art thĂ©Ăątral, au plus haut. Le rĂ©cital avec piano dĂ©veloppe ses qualitĂ©s de musicienne mais le cadre semble un peu Ă©troit pour un tempĂ©rament si gĂ©nĂ©reux.

 

 

Katita Matila : Diva ensorcelante

 

DĂšs son entrĂ©e en scĂšne, trĂšs thĂ©ĂątralisĂ©e, nous avons Ă©tĂ© intriguĂ© par une allure intemporelle de Diva avec robe longue et voilages, en tons assortis, nombreux bijoux et visage souriant et lisse : Elisabeth Schwartzkopf ou Victoria de Los Angeles entraient en scĂšne ainsi, crĂ©ant une magie hors du temps et du quotidien. Cette prĂ©sence impressionnante Ă©tait augmentĂ©e par la jeunesse et la passion, un rien prĂ©cieuse, du pianiste finlandais Ville Matvejeff : compositeur, chef d’orchestre et pianiste de haut vol, il est toujours visuellement expressif dans son jeu, parfois un peu trop dĂ©monstratif. Son geste pianistique un peu outrĂ© est assorti Ă  une sonoritĂ© riche, des nuances savantes, un sens du partage de la musique trĂšs amical avec la Diva et son public.

La premiĂšre partie du rĂ©cital est un hommage Ă  la mĂ©lodie française et dĂ©bute par des mĂ©lodies de Poulenc. À vouloir en exprimer le thĂ©Ăątre, Karita Mattila en fait trop et l’articulation n’est pas assez prĂ©cise alors mĂȘme que la cantatrice comprend toutes les subtilitĂ©s des textes. La voix est magnifique, ronde, riche et rĂ©pond Ă  toutes les inflexions et nuances de la musicienne. Mais l’humour français de certaines piĂšces lui Ă©chappe un peu. Ensuite les mĂ©lodies de Debussy sont superbes de timbre, couleurs et nuances, mais il manque la mĂ©lancolie et le doux amer maladif qui leur est si particulier.

La vocalitĂ© est sublimĂ©e par une voix d’une telle ampleur, sachant apprivoiser les plus subtiles nuances, mais une simple diseuse avec des moyens vocaux plus frĂȘles peut y sembler plus idiomatique dans ces poĂšmes de Baudelaire mis en musique par Debussy. Pour finir les mĂ©lodies de Duparc permettent enfin un dĂ©ploiement de la voix et du thĂ©Ăątre plus satisfaisant et le public est bien plus touchĂ© en raison de l’adĂ©quation des moyens vocaux aux partitions plus ouvertement extraverties de Duparc. Cette premiĂšre partie française est un vĂ©ritable hommage qu’il convient d’apprĂ©cier et de chĂ©rir, mais soulignons que seules les mĂ©lodies de Duparc permettent Ă  la Diva d‘offrir tout son talent gĂ©nĂ©reux en pleine libertĂ©.

La deuxiĂšme partie dĂ©bute par un cycle du compositeur finlandais Aulis Sallinen. En demandant de ne pas applaudir entre les mĂ©lodies du cycle NeljĂ€ laulua unesta, Karita Mattila obtient un degrĂ© de concentration du public trĂšs rare. Les sentiments tristes et douloureux, la lumiĂšre mĂ©lancolique de la Finlande, diffusent dans la salle et si Ville Matvejeff avait auparavant jouĂ© de maniĂšre extravertie, ici sa concentration est totale et l’attitude plus simple convient admirablement au travail d’interprĂ©tation conjointe entre le pianiste et la chanteuse exigĂ© par la dĂ©licatesse de la composition.

Ayant changĂ© de tenue, la Diva en robe noire prĂšs du corps, et grand chĂąle abricot s’en entoure pour suggĂ©rer les moments de replis mĂ©lancoliques des poĂšmes. AprĂšs ce trĂšs beau cycle, le public est conscient d’avoir Ă©tĂ© gratifiĂ© d’une interprĂ©tation proche de l’idĂ©al, la voix se dĂ©ployant large et puissante avec d’autres moments mĂ©lancoliques et doux. Mais le public n’était pas au bout de ses surprises avec un cycle allemand de Joseph Marx. La diction trĂšs articulĂ©e est particuliĂšrement sĂ©duisante. Et la voix peut sâ€˜Ă©panouir encore, avec des aigus forte magnifiques. Le parfait Ă©quilibrage et la progression vocale des mĂ©lodies proposĂ©es dans ce rĂ©cital, permettent Ă  Karita Mattila de mĂ©nager sa voix, de lui offrir un parfait avĂšnement, Ă  la maniĂšre sage dont elle gĂšre sa carriĂšre entiĂšre. Comme il est agrĂ©able d’entendre cette voix aimĂ©e comme nous la connaissons, avec un vibrato parfaitement maĂźtrisĂ©, des nuances exquises allant du piano au fortissimo et une palette de couleurs d’une richesse sidĂ©rante.

Les bis sont phĂ©nomĂ©naux : Zeugnung de Strauss est sidĂ©ral et spectaculaire autant qu’émouvant. Quand au tango final, il est vocalement et pianistiquement sensationnel : il permet Ă  la Diva de faire deviner son tempĂ©rament volcanique (celui qui fait de sa SalomĂ© une torche vive). Karita Mattila reviendra, elle nous l’a promis : le public aimant de Toulouse l’attend dĂ©jĂ .

Toulouse. Théùtre du Capitole, le 23 mai 2012. Mélodies de Francis Poulenc (1899-1963), Claude Debussy (1862-1918), Henri Duparc (1848-1933), Aulis Sallinen (né en 1935), Joseph Marx (1882-1964). Karita Mattila, soprano. Ville Matvejeff, Piano.

Dialogues des Carmélites de Poulenc en direct du TCE, Paris

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logo_france musiqueFrance Musique Ă  19h. Poulenc : Dialogues des CarmĂ©lites (JĂ©rĂ©mie Rhorer, direction) …  en direct du TCE, Paris. AprĂšs Alceste et AĂŻda pour l’Opera de Paris, sans flamme ni feu remarquable, Olivier Py revient Ă  cette profondeur critique, tendue, comme empoisonnĂ©e qui avait tant concaincu dans sa lecture de Tristan und Isolde de Wagner… ses Dialogues des CarmĂ©lites offrent un veritable sentiment de brĂ»lure spirituelle voire de transe mystique, certes toujours sobrement maĂźtrisĂ©e, selon le tempĂ©rament du metteur en scĂšne qui est un croyant interrogatif voire insatisfait comme Poulenc. Sage et directe ferveur: celle du peintre Fra Angelico qui s’invite dans ce retable lyrique (pour les interludes composĂ©s pour la  creation scaligĂšne)…

Le plateau vocal convainc rĂ©unissant de superbes tempĂ©raments fĂ©minins :  Rosalind Plowright fait une Madame de Croissy brute et Ăąpre (sa mort saisit); surtout Patricia Petibon nous Ă©pargnant ses accents aigus parfois maniĂšristes incarne une Blanche sincĂšre, sensible, juste d’autant que Py exploite les mĂȘmes talents d actrice qui nous avait valu avec lui Ă  GenĂšve sa troublante et fĂ©line Lulu. MĂȘme accomplissement superlatif pour la Constance de Anne-Catherine Gillet (remplacant Sandrine Piau souffrante) et aprĂšs avoir chantĂ© pour Angers Nantes OpĂ©ra le personnage de Blanche,  nous Ă©blouit dans le rĂŽle de Constance dont elle fait le double Ă©motionnel de Blanche entre gandeur et exaltation; veritable torche vivante, celle fulgurante des jeunes mystiques.

On reste de marbre en revanche face Ă  Sophie Koch (mĂšre Marie) et VĂ©ronique Gens prĂ©sentes sans guĂšre d’approfondissement.

Jeune baguette familiĂšre des approches historiques, JĂ©rĂ©mie Rhorer a troquĂ© son Cercle de l’Harmonie pour les somptueux instrumentistes du Philharmonia. Le chef rĂ©tablit sans prĂ©cipitation ni sĂ©cheresses toute l’activitĂ© instrumentale d’une partition qui se lit dĂ©sormais comme un retable grouillant de vie, d ‘irrĂ©pressible ferveur… jusqu’Ă  la chute finale au tragique glaçant.

 

 

Livres. La musique Ă  Paris sous l’Occupation (Fayard)

Livres. La musique Ă  Paris sous l’Occupation, Ouvrage collectif sous la direction de Myriam ChimĂšnes et Yannick Simon (Fayard) …   En couverture, un duo franco-allemand dans une ambiance de sculptures nĂ©oclassiques (signĂ©es Arno Breker, le sculpteur  prĂ©fĂ©rĂ© d’Hitler), Wilhelm Kempff et Alfred Cortot jouant sous l’Occupation dans un concert d’allĂ©geance Ă  l’occupant  (Orangerie, aoĂ»t 1942). VoilĂ  Ă  peu prĂšs campĂ©e la situation historique et culturelle qui est l’objet de ce passionnant opuscule.
Sous le rĂ©gime de Vichy, la France qui a capitulĂ© et croit en une nouvelle Europe dĂ©sormais nazifiĂ©e, cultive l’essor d’une intense activitĂ© musicale dont ce livre Ă©clairant, dĂ©cisif retrace les volets les plus emblĂ©matiques. Ce sont plusieurs personnalitĂ©s de premier plan qui ont pactisĂ© avec l’occupant, rĂ©vĂ©lant parfois un zĂšle qui fait froid dans le dos. Le recensement anticipĂ© des artistes ou Ă©tudiants juifs y est rĂ©alisĂ© sans commande formelle prĂ©cise des autoritĂ©s hitlĂ©riennes ; des chanteurs  convertis, comme la wagnĂ©rienne Germaine Lubin qui chante Isolde en mai 1941, jour anniversaire du compositeur, sous la direction du jeune … Karajan ; ou Alfred Cortot serviteur de la cause hitlĂ©rienne comme Jean Français ouvertement pĂ©tainiste… Le lecteur apprend infiniment par la lecture des nombreuses contributions,  Ă©tonnantes dans leurs apports, complĂ©mentaires l’une Ă  l’autre oĂč aussi au sein de la section Collaboration (au moins le titre est clair Ă  ce sujet), les compositeurs tels Max d’Ollone dirigent prĂ©cisĂ©ment et concrĂštement la vie musicale française, parisienne surtout, sous l’occupation. C’est aussi Florent Schmitt (dont nous aimons tant la musique par ailleurs) qui crie (certainement avec un sens de la provocation certes limite mais liĂ©e au personnage) son allĂ©geance au FĂŒrher… 

 

 Musiciens collabos…

 

paris_occupation_fayard_musiqueLes articles redonnent vie Ă  l’activitĂ© des musiciens ” purs “, ainsi favorisĂ©s par des lois barbares : emplois confortables et sĂ©curisĂ©s au sein de la Radio française (Radio-Paris pilotĂ©e par les allemands) ; vie des sociĂ©tĂ©s de concerts, place des oeuvres du rĂ©pertoire et focus sur les crĂ©ations et  sur les oeuvres contemporaines… et aussi propagande douteuse relayĂ©e par les medias et critiques de l’Ă©poque, tous majoritairement complaisants et soumis Ă  l’occupant.
On admire d’autant plus Francis Poulenc ; on reste plus soupçonneux vis Ă  vis d’Olivier Messiaen et d’Arthur Honegger ainsi que d’Alfred Cortot, Germaine Lubin, Charles Munch et Wilhelm Kempff… Dans l’histoire du goĂ»t, ce sont aussi des Ă©clairages majeurs sur l’apprĂ©ciation alors des compositeurs anciens tels Berlioz vĂ©nĂ©rĂ©, admirĂ© ; Mozart dont 1941 marque avec pompe et honteuse instrumentalisation, le 150Ăšme anniversaire… surtout Wagner, jouĂ© Ă  l’OpĂ©ra Garnier, vĂ©ritable Bayreuth français pendant les annĂ©es 1940.
Au moment oĂč l’Orchestre Philharmonique de Berlin fait lui-mĂȘme son autocritique sur la mĂȘme pĂ©riode, rĂ©vĂ©lant une complicitĂ© tacite avec le rĂ©gime hitlĂ©rien dont il est l’un des meilleurs ambassadeurs culturels, voici donc un corpus documentaire et scientifique trĂšs Ă©loquent sur ce qui s’est passĂ© Ă  Paris entre 1939 et 1945. La trace mĂ©morielle que nourrit ces textes continue son oeuvre actuellement oĂč les symptĂŽmes d’un certain malaise intellectuel et culturel continuent de faire leur oeuvre. La question primordiale qui surgit en fin de lecture est : pouvons-nous encore Ă©couter avec la mĂȘme admiration les oeuvres et l’hĂ©ritage des compositeurs et interprĂštes zĂ©lĂ©s ou complaisants sachant tout ce qu’ils ont commis Ă  cette pĂ©riode ? Superbe contribution en rĂ©alitĂ© qui rĂ©tablit l’Ă©quation toujours dĂ©licate et polĂ©mique entre art et politique.

 

La musique Ă  Paris sous l’Occupation. Editions Fayard. EAN : 9782213677217. Parution : 20 novembre 2013. 288 pages. Format : 152 x 236 mm. Prix indicatif : 30.00 €