Opéra de NICE : Macbeth de VERDI

Verdi à Paris : Jérusalem, Don Carlos à l'OpéraNICE, Opéra. VERDI : Macbeth. 20-26 mai 2022  -  Avec Schiller, Shakespeare demeure une source constante pour Giuseppe Verdi. Avant Otello et Falstaff, drames de la dernière maturité, Macbeth, emblème de la tragédie du pouvoir, l’occupe en 1847 : à travers l’ascension puis la chute du diabolique couple écossais (Macbeth et son épouse, cruelle et barbare), Verdi bouleverse aussi la tradition lyrique héritée de Rossini, Bellini et Donizetti… Pour aiguiser le réalisme fantastique de l’action, Verdi écrit une musique âpre et hallucinée ; choisit une chanteuse à la voix plus rauque que séduisante pour incarner la redoutable Lady Macbeth… entité démoniaque, ivre de puissance, qui pousse son mari à commettre l’irréparable… Sa scène de somnambulisme, avant de sombrer dans la folie, reste un moment inoubliable.
Les crimes s’enchaînent ; et la culpabilité des bourreaux s’épaissit… le remord ne tarde pas à ronger les deux âmes criminelles

______________________________________________
4 représentations de Macbeth à l’Opéra de Nice
20 mai 2022  à  20h
22 mai 2022  à  15h
24 mai 2022  à  20h
26 mai 2022  à  20h

Direction musicale : Daniele Callegari
Mise en scène et lumières : Daniel Benoin
Macbeth: Levante Molnár

Lady Macbeth: Silvia Dalla Benetta
Macduff: Ivan Defabiani
Banco: Giacomo Prestia
Malcom: David Astorga
Une servante: Marta Mari
Un docteur: Geoffroy Buffiere

Orchestre Philharmonique de Nice
Chœur de l’Opéra Nice Côte d’Azur

Réservez vos places ici
directement sur le site de l’Opéra de Nice
https://opera-nice.org/fr/evenement/766/macbeth

__________

Opéra en quatre actes / Livret de Francesco Maria Piave d’après Shakespeare / Création au Teatro della Pergola de Florence le 14 mars 1847/ Deuxième version au Théâtre Lyrique de Paris le 19 avril 1865
Nouvelle production de l’Opéra Nice Cote d’Azur en coproduction avec le Théâtre Anthéa d’Antibes et l’Opéra de Saint-Etienne

CRITIQUE, opéra. NICE, le 27 mars 2022. LULLY : Phaéton. Cachet, Lombard, Goicoechea, Caton, Richard… Corréas / Oberdorff.

CRITIQUE, opéra. NICE, le 27 mars 2022. LULLY : Phaéton. Cachet, Lombard, Goicoechea, Caton, Richard… Corréas / Oberdorff. Saluons l’Opéra de Nice de produire cet opéra de Lully, indéniablement un chef d’œuvre : la force des tableaux, des contrastes entre eux, l’équilibre entre récits, duos, ensembles,… sans omettre l’architecture globale et le déroulement même du drame : pas un temps mort.
On ne cesse à chaque écoute de Lully de découvrir et d’apprécier tel et tel aspect, telle nuance de son écriture, son raffinement instrumental, son intelligence dramatique, et dans le choix du sujet, des thèmes moraux et philosophiques qui transportent ; son travail sur la langue, son expressivité musicale comme sa justesse poétique qui captivent à chaque session. Comme Wagner, en effet, Lully a pensé l’opéra comme un spectacle total. En une dizaine de drames, il aura inventé l’opéra à la française. Phaéton appartient à ses derniers.

 

 

 

A Nice, un Phaéton poétique,
visuellement puissant et noir

 

 

phaeton-opea-de-nice-apollon-et-phaeton-lombard-opera-critique-classiquenews

 

 

« L’opéra du peuple » ainsi qu’on l’a nommé à sa réception à Versailles en 1683 (comme on dit d’Atys que c’est « l’opéra du roi ») met l’accent de fait sur la figure héroïque de Phaéton, figure suprême de l’ambition comme du courage humain… Mais le propre de Lully est d’humaniser son héros, de creuser ses failles et sa part d’ombre… d’en faire un amant “sans foi”, un traître par vanité et par orgueil, vis à vis de l’ardente et si loyale Théone (véritable protagoniste de ce drame tragique), sorte d’Elvira avant l’heure, qui l’aime passionnément autant que lui ambitionne ; tout en la trouvant admirable, il n’hésite pas à sacrifier leur amour pour sa gloire : ainsi épouser Libye pour devenir roi ; se faire reconnaître d’Apollon comme le fils indiscutable de ce dernier… et à ce titre pouvoir conduire le char du soleil – rien de moins.

Pas facile de mettre en scène un ouvrage spectaculaire et tragique, qui surtout articule en un vrai huis-clos psychologique, les passions humaines ; et, tout en suivant Phaéton, en sa volonté déraisonnable, précipite sa chute…
C’est bien un coup de génie d’avoir préparer ainsi le spectateur vers le tableau final : trop ambitieux, trop téméraire… mais pas assez maître de lui-même, Phaéton est foudroyé par Jupiter ; le soleil, malconduit, allait brûler la terre. A travers ce héros d’argile, Lully et Quinault plonge au cœur du mystère du pouvoir et de sa filiation divine : Louis XIV ne détenait-il pas sa souveraineté de Dieu lui-même ? Aucun autre « prétendant » ne pourrait occuper son rôle. Cela est dit de façon violente, autoritaire et pourtant (grâce à la magie de la musique), poétique. La mise en scène d’Éric Oberdorff a la qualité de l’épure et de la lisibilité, tout en n’écartant pas l’intimisme ni les suggestions multiples d’un Lully autant héroïque et barbare, qu’attendri et rêveur.

Entre temps combien de séquences oniriques, souvent pastorales qui expriment le sentiment du compositeur pour la nature ; et aussi la nuit [quand Protée s'endort avant de dévoiler à sa mère Clymène, le sort de son fils Phaéton, fin du I] ; mais également la mort [quand Apollon convoque l'esprit du Styx en jurant d’exaucer Phaéton, au IV]. Car Phaéton est un opéra sombre et grave, noir.

La production démontre plusieurs atouts : elle utilise habilement la tournette sur le plateau permettant, parce qu’elle ne cesse de se mouvoir, s’ouvrant et se refermant : mouvements, actions simultanées, apparitions, ensembles…, mais aussi il combine astucieusement danseurs (Compagnie Humaine)  et chanteurs dont certains n’hésitent pas non plus à bouger, et jouer sans entrave.

On reste ébloui par la concision du texte, l’acuité et la beauté des images comme des sentiments qu’ils expriment. Il faut infiniment de précisions, d’agilité technique pour ciseler et projeter les mots de Quinault dont l’éloquence égale répétons le, Racine.

Confrontés à ce défi linguistique et expressif, seuls quelques solistes s’en tirent brillamment, plus naturellement intelligibles que leurs partenaires : Jean-François Lombard en triton puis surtout en Apollon donne une leçon de caractérisation ciselée ; les voix basses ensuite, Arnaud Richard [Protée] et Frédérique Caton [le roi] ; puis l’Épaphus de Gilen Goicoechea, cœur noble, princier, loyal à sa promise Libye. Des chanteuses, seule la Théone de Deborah Cachet tire son épingle du jeu : abattage, articulation, caractère… Tout suggère idéalement chez elle, la passion amoureuse qui la dévore littéralement et d’ailleurs explique son très bel air désespéré au début du III, au point où sans espoir ni illusion sur son aimé, l’amoureuse écartée exhorte les dieux à punir Phaéton, avant de se dédire. Magnifique incarnation. Pleine de finesse, et de lumineuses noirceurs, il est le plus travaillé sous la plume de Lully et Quinault et le plus bouleversant.
A l’inverse, dommage que Chantal Santon-J., certes aux beaux sons filés [dans ses duos avec Épaphus] incarne une âme finalement trop linéaire et plus lisse, malgré ce lien qui les reliait alors mais qui à cause d’un Phaéton trop ambitieux, est désormais rompu [magnifique duo des deux voix accordées au IV]. Difficile d’évaluer la prestation de l’américain Mark Van Arsdale dans le rôle-titre : annoncé avec une laryngite, le ténor se sort honnêtement d’un rôle écrasant et lui aussi finement portraituré. Mais l’articulation pêche par imprécision, ce qui peut refroidir quand ici chaque mot revêt une importance capitale.

Dans la fosse, l’orchestre (Les Paladins) peine dès l’ouverture à exprimer sous la majesté lullyste, son allant, ses respirations, sa texture sensuelle et flamboyante. Même la superbe chaconne qui ferme le II, manque d’accents et de relief comme d’onctuosité : tout sonne serré et trop dense. La tenue s’améliore évidemment en cours de représentation sans pour autant faire oublier ce que d’autres en leur temps ont su exprimer de l’orchestre de Lully, décidément rebelle mais captivant : Rousset et ses Talens Lyriques parfois ; avant lui, Christie ou Reyne, surtout JC Malgoire. Nonobstant ces infimes réserves la production égale notre enthousiasme ressenti à cet autre spectacle lullyste présenté au début de ce mois, au Grand Théâtre de Genève : Atys par Preljocaj et Alarcon (lire ci-après), lequel, avec un tout autre projet chorégraphique, ne disposait pas d’un aussi beau plateau vocal.

 

 

 

phaeton-mort-opera-de-nice-deborah-cachet-theone-critique-classiquenews

_______________________________

CRITIQUE, opéra. NICE, le 27 mars 2022. LULLY : Phaéton. Cachet, Lombard, Goicoechea, Caton, Richard… Corréas / Oberdorff. Photos : © Opéra de Nice mars 2022.

 

 

 

 

Autres spectacles / cd LULLY récents critiqués sur CLASSIQUENEWS
________________________________

 

ATYS à GENEVE, par Alarcon / Preljocaj, le 4 mars 2022 :

 

 

 

ATYS-lully-gradn-theatre-geneve-alarcon-preljocaj-critique-opera-classiquenewsCRITIQUE, opéra. GENÈVE, GTG, le 3 mars 2022. LULLY: Atys. Alarcón / Preljocaj. Voici un Atys très convaincant dont le mérite tient à cette fusion réussie entre danse et action ; ce défi singulier renforce la cohésion profonde du spectacle conçu par le chorégraphe (et metteur en scène) Angelin Preljocaj lequel a travaillé l’éloquence des corps qui double sans les parasiter le chant des solistes lesquels jouent aussi le pari d’un opéra dansé, chorégraphiant avec mesure et justesse airs, duos, trios ; même le chœur est sollicité offrant {entre autres} dans le sublime tableau du sommeil (acte III), cette injonction collective qui vaut invective car alors que la déesse Cybèle avoue son amour à Athys endormi, chacun lui rappelle ici qu’il ne faut en rien décevoir la divinité qui a choisi d’abandonner l’Olympe pour aimer un mortel…

 

 

 

 

lully-grands-motet-vol-2-miserere-stephane-fuget-les-epopees-cd-critique-classiquenews-review-chateau-versailles-spectacle-CLIC-de-classiquenewsGRANDS MOTETS par Stéphane Fuget / Les ÉPOPÉES – cd CVS Volume 2 : Grands MotetsCe Volume 2 des Grands Motets complète la réussite du premier volume ; il confirme l’excellence du chef Stéphane Fuget à l’endroit de Lully dont il révèle comme aucun avant lui, le sentiment de grandeur et l’humilité misérable du croyant ; la sincérité de l’écriture lullyste, sa langue chorale et solistique, surtout son génie des étagements, un sens de la spacialité entre voix et orchestre (qui prolonge les essais polychoraux des Vénitiens un siècle avant Lully). Le Florentin recueille aussi les dernières innovations des français Formé et Veillot. D’ailleurs le seul fait de dévoiler la maîtrise de Lully dans le registre sacré est déjà acte audacieux tant nous pensions tout connaître du Florentin, à la seule lumière de sa production lyrique (déjà remarquable). Et pourtant le Surintendant de la musique n’occupa aucune charge officielle à la Chapelle royale. Paru en mars 2022.

 

//////////

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Autres spectacles / productions de l’Opéra de Nice,  critiqués sur CLASSIQUENEWS
________________________________

 

glass-akhnaten-philip-GLASS-opera-on-line-opera-de-nice-classiquenews-annonce-critique-operaCOMPTE-RENDU, opéra. Opéra de Nice, e-diffusion du 20 nov 2020. GLASS : Akhnaten. Di Falco, Ciofi… Lucinda Childs / Warynski (session enregistrée in situ le 1er nov 2020). L’Opéra de Nice multiplie les initiatives et malgré l’épidémie de la covid 19, permet à tous de découvrir le premier opéra à l’affiche de sa nouvelle saison lyrique. Une e-diffusion salutaire et exemplaire… Danses hypnotiques de Lucinda Childs, gradation harmonique par paliers, vagues extatiques et répétitives de Philip Glass, Akhnaten (1984) est un opéra saisissant, surtout dans cette réalisation validée, pilotée (mise en scène et chorégraphie) par Lucinda Childs, par visio conférences depuis New York. Les cordes produisant de puissants ostinatos semblent recomposer le temps lui-même, soulignant la force d’un drame à l’échelle de l’histoire. Les créations vidéo expriment ce vortex spatial et temporel dont la musique marque les paliers progressifs. Peu d’actions en vérité, mais une succession de tableaux souvent statiques qui amplifient la tension ou l’intensité poétique des situations.

 GLASS-AKHNATEN-akhenaton-opera-de-nice-critique-opera-classiquenews-novembre-decembre-2020

 

 

 

LIRE aussi notre ANNONCE d’Akhnaten de Philipp Glass à l’Opéra de Nice, Live streaming du 20 nov 2020 : https://www.classiquenews.com/opera-de-nice-akhnaten-de-philip-glass-en-streaming-des-le-20-nov-2020/

 

 

CRITIQUE, Opéra. NICE, le 17 fév 2022. OFFENBACH : Le Voyage dans la lune. Chloé Dufresne / Olivier Fredj.

offenbach-voyage-dans-la-lune-opera-critique-classiquenews-palazzettoCRITIQUE, Opéra. NICE, le 17 fév 2022. OFFENBACH : Le Voyage dans la lune. Chloé Dufresne / Olivier Fredj.    Après avoir été étrennée à Montpellier en décembre 2020, puis avoir fait les beaux soirs de nombreux théâtres lyriques français (dont récemment celui de Marseille, en janvier dernier), la production du Voyage dans la lune de Jacques Offenbach conçue par Olivier Fredj a remonté la Méditerranée vers l’Italie, pour accoster à l’Opéra de Nice. Récemment renommée « Génération Opéra », le CPFL (Centre français de promotion lyrique) est à l’origine du projet, et ce sont donc essentiellement de jeunes chanteurs français en devenir qui ont été soigneusement choisi pour défendre ce nouvel opus, qui n’investira pas moins de quinze scènes hexagonales (et suisses), jusqu’en décembre 2024. A contrario de Marseille et Montpellier, l’ouvrage est ici donné sans entracte, soit deux heures d’une soirée ininterrompue (si l’on excepte un problème technique qui a grippé l’horlogerie interne du spectacle pendant plus de 10 minutes !). Signalons enfin que, partenaire du projet, l’indispensable Palazetto Bru Zane publiera prochainement – dans sa collection livres-disques « Opéra français » – l’ouvrage d’Offenbach… dans sa version complète cette fois nombre des dialogues parlés ayant été ici supprimés.

Côté spectacle, on retrouve, avec les mêmes plaisir et émerveillement les magnifiques et délirants décors et costumes imaginés par Jean Lecointre et Malika Chauveau, qui s’intègrent parfaitement dans la proposition scénique d’Olivier Fred qui se veut un hommage tant à l’univers des Monthy Python pour l’action sur terre, qu’à celui de George Méliès pour ce qui est des épisodes sur la lune. L’homme de théâtre français signe également les vidéos, dont le portrait du « petit Mozart des Champs-Elysées » à chaque début d’acte. La mise en abyme du tournage de film est en revanche un peu vue et revue, même si elle offre de belles perspectives comme ce premier acte vu au travers de l’obturateur d’une caméra. Le régisseur follasse qui ne cesse d’hurler et d’invectiver son monde aurait également pu être dispensable. Mais on rit de bon cœur à toutes les bonnes trouvailles dont est émaillé le spectacle, à commencer par le traitement des personnages : la reine Popotte grimée en éponge et son mari en sorte de poire à l’image du fameux portrait de Louis-Philippe par Philippon. Signalons, enfin, les nombreuses chorégraphies réglées par Anouk Viale, exécutées par une joyeuse (et talentueuse) bande de danseurs/circassiens.

L’excellente équipe de jeunes chanteurs français donne pleine satisfaction. En fantasia, Teva Shehoval séduit par ses aigus cristallins, par la beauté du timbre et par la souplesse de l’émission. Son Prince (Caprice) trouve en la mezzo française Violette Polchi une interprète de choix, à la présence scénique affirmée et au timbre velouté. Impayable la Popotte de Marie Lenormand, à la gouaille et aux accents comiques inénarrables, tandis que Chloé Chaume est un luxe dans le court rôle de Flamma, de son côté grimée en lampadaire !

Côté messieurs, Matthieu Lécroart possède toute la truculence attendue en Roi V’lan, tandis que Thibaut Desplantes n’amuse pas moins en bonhomme Roi Cosmos. Vocalement, c’est le jeune ténor Kaëlig Boché qui retient le plus l’attention, avec son beau timbre clair et bien projeté (Quipasseparla). Enfin, Eric Vignau (Microcosmos) et Pierre-Antoine Chaumien (Cactus) complètent efficacement la distribution.

En fosse, la jeune cheffe d’orchestre Chloé Dufresne obtient des phrasés aériens de l’Orchestre Philharmonique de Nice, qui jamais ne couvre les chanteurs. La folie orchestrale voulue par Offenbach dans l’acte « sélénite » ne passe pour autant pas à la trappe, et l’on se réjouit d’avoir enfin pu voir diriger cette cheffe précédée (à bon escient) d’une réputation flatteuse !

________________________________________________________________________________
CRITIQUE, Opéra. Nice, Théâtre de l’Opéra, le 17 février 2022. Jacques Offenbach : Le Voyage dans la lune. Chloé Dufresne / Olivier Fredj.

Lully par Les Paladins. Nouveau Phaëton à Nice

phaeton_nice_correas opera classiquenews annonce critique classiquenews-1-1NICE, Opéra. LULLY : Phaëton. 23, 25, 27 mars 2022. Jérôme Corréas et son ensemble Les Paladins réalisent une nouvelle production de l’opéra Phaëton de Lully, ouvrage rare, créé en 1683. La caractérisation des passions est un champ artistique investi depuis longtemps par le baryton Jérôme Corréas et son ensemble sur instruments d’époque, les Paladins : ils viennent de faire paraître un excellent programme Haendel avec Sandrine Piau… A Nice, les interprètes remontent le temps jusqu’à la création de l’opéra français au XVIIè, conçu pour Louis XIV, comme le miroir spectaculaire de son prestige et de son pouvoir. Phaëton ne fait pas exception. En abordant le cas du fils du Soleil, qui par ambition désobéit, ose conduire le char de son père, risque et les foudres autoritaires et menace l’équilibre du monde. Le message est évident et direct : le pouvoir du Roi-Soleil est unique, exclusif, omnipotent, indiscutable. Comme les rois de l’Egypte ancienne, ne puisant son autorité que de Dieu lui-même, le roi terrestre est aussi le seul garant de l’ordre universel. Voilà qui est dit. Tout ennemi est condamné à être foudroyé, comme le fut le surintendant Fouquet après son éclat à Vaux qui en éblouissant le Roi-Soleil par sa superbe, suscita immédiatement les foudres royales.

PHAËTON FOUDROYÉ… A Lully et à son librettiste en titre, le poète Quinault, de mettre en scène et en musique l’épisode qui voit, l’ambition déraisonnable de Phaëton, sa fausse ascension pilotant le char solaire, sa chute et sa mort, la menace qu’il fait peser sur la terre, les premiers ravages, fruits de son acte sacrilège, puis le rétablissement de l’ordre…
Outre le relief des héros : Phaëton l’ambition incompétent, c’est son rapport aux parents (Clymène et Hélios), c’est aussi la figure protectrice et très humaine d’Apollon qui séduit et s’impose parmi la distribution. Elément important des tragédies de Lully, l’articulation et la déclamation du texte dont être parfaite, intelligible, aux justes accents. Et l’expression de tableaux spectaculaires, ciselée dans la puissance et la précision : Phaëton s’il est l’opéra le plus court (et le plus efficace) de Lully, est celui qui déploie de formidables tableaux : les métamorphoses de Protée à la fin du I ; le tableau des heures et des saisons au début du IV… évidemment la chute du char du soleil au moment où Jupiter foudroie l’orgueilleux fils irresponsable…
On connait la précédente lecture et l’enregistrement du drame lullyste par Les Talens Lyriques (oct 2012 : imparfait en raison d’erreurs dans le choix des solistes) :
https://www.classiquenews.com/cd-lully-phaeton-1683-rousset-2012/

En courtisan aussi avisé qu’il était bon musicien, Lully tint à faire de Phaéton un ambitieux et non un maladroit. Le Roi- Soleil assista à toutes les représentations : la vengeance est un plat qui se mange froid…
La Tragédie lyrique privilégiait le sens des paroles chantées à la pure virtuosité vocale, faisait alterner le chant, les chœurs et les divertissements dansés, jouait d’une ma- chinerie sophistiquée. Ce fut une merveille d’équilibre entre les arts, entre les affects et les passions. Car Phaéton est aussi une histoire d’amour et d’amour du pouvoir. La Tragédie lyrique tint bon pendant deux siècles, jusqu’à la Révolution française et à la chute de la monarchie.

____________________________________________________-
Opéra de NICE
MER 23 Mars 2022 à 20h,
VEN 25 Mars 2022 à 20h,
DIM 27 Mars 2022 à 15h

PLUS D’INFOS sur le site de l’Opéra de Nice
https://www.opera-nice.org/uploads/opera_nice_saison_2021-2022.pdf

RÉSERVEZ VOS PLACES sur le site des Paladins
/ Jérôme CORREAS
https://www.lespaladins.com/agenda/phaeton/

Durée : 2h40 environ
et un entracte de 30 minutes

Tragédie en musique en 5 actes avec prologue
Livret de Philippe Quinault.
Création au Palais Royal de Versailles le 6 janvier 1683

Direction musicale : Jérôme Correas
Mise en scène : Eric Oberdorff
Lumières Jean-Pierre Michel
Théone : Deborah Cachet
Clymène, Astrée : Aurelia Legay
Libye : Anna Reinhold
Phaéton : Mark Van Arsdale
Triton, Le Soleil, La Terre : Jean-François Lombard
Epaphus : Gilen Goicoechea
Merops, Saturne : Frédéric Caton
Protée Jupiter : Arnaud Richard

Orchestre Philharmonique de Nice
Chœur de l’Opéra de Nice

COMPTE-RENDU, opéra. Opéra de Nice, e-diffusion du 20 nov 2020. GLASS : Akhnaten. Di Falco, Ciofi… Lucinda Childs / Warynski (session enregistrée in situ le 1er nov 2020).

glass-akhnaten-philip-GLASS-opera-on-line-opera-de-nice-classiquenews-annonce-critique-operaCOMPTE-RENDU, opéra. Opéra de Nice, e-diffusion du 20 nov 2020. GLASS : Akhnaten. Di Falco, Ciofi… Lucinda Childs / Warynski (session enregistrée in situ le 1er nov 2020). L’Opéra de Nice multiplie les initiatives et malgré l’épidémie de la covid 19, permet à tous de découvrir le premier opéra à l’affiche de sa nouvelle saison lyrique. Une e-diffusion salutaire et exemplaire… Danses hypnotiques de Lucinda Childs, gradation harmonique par paliers, vagues extatiques et répétitives de Philip Glass, Akhnaten (1984) est un opéra saisissant, surtout dans cette réalisation validée, pilotée (mise en scène et chorégraphie) par Lucinda Childs, par visio conférences depuis New York. Les cordes produisant de puissants ostinatos semblent recomposer le temps lui-même, soulignant la force d’un drame à l’échelle de l’histoire. Les créations vidéo expriment ce vortex spatial et temporel dont la musique marque les paliers progressifs. Peu d’actions en vérité, mais une succession de tableaux souvent statiques qui amplifient la tension ou l’intensité poétique des situations.

La nouvelle production de l’Opéra de Nice, qui lance ainsi sa nouvelle saison 2020 2021, répond aux attentes, plongeant dans l’éternelle fascination que convoque le règne de l’hérésiarque Akhnaten / Akhenaton, pharaon de la XVIIIè dynastie, fils du conquérant Aménophis III, qui osa réformer la religion traditionnelle, supprimer par là même le clergé d’Amon… instaurer un nouvel ordre politico spirituel monothéiste.
Le texte est émaillé des paroles historiques d’Akhetaton : « Il pleut des étoiles, les constellations vacillent, les doubles portes de l’horizon sont ouvertes… »,  dans le Prologue, Lucinda Childs fixe le cadre. Son visage paraît à l’écran (incarnant Amenhotep) ; la collaboratrice de Glass déclame avec la fermeté d’une sibylle – prophétesse, comme la voix d’un oracle. Célébrant la figure admirable du Pharaon illuminé, « Il n’appartient pas à ce monde, il bat des ailes comme zeret… ».

Toujours sur des formules mélodiques et rythmiques (double batterie) répétées à l’infini, la musique de Glass convient à une évocation fervente, comme un rituel qui se réalise d’une séquence à l’autre. Le son de Glass a cette faculté de distendre le temps, élargir la conscience, le temps du déroulement musical. L’action qui en découle relève du rite ; dans l’économie des attitudes et des postures, l’ouvrage fait références aux mystères, à l’accomplissement de raccourcis spirituels et mystiques, sans s’intéreser vraiment fouiller au fil psychologique des personnages. Il en découle une sorte d’oratorio lyrique, aux scansions déclamées par le choeur, par l’orchestre, aux tableaux puissants, ératiques et solennels : ainsi au début, la pesée de l’âme d’Akhnaten, où se joue le salut du Pharaon, dont l’âme est évaluée selon le poids de Maât, sa plume fatidique. L’opéra commence par la sentence accordée par les dieux au Pharaon hérésiarque, en une scansion progressive jusqu’à la transe collective.

 

 

Entre oratorio choral et opéra extatique,
l’opéra de Glass, Akhnaten glorifie la figure du Roi hérésiarque, ivre de Rê…

 

 

glass-opera-akhnaten-opera-de-nice-critique-opera-classiquenews-critique-opera-nice-classiquenews-glass-akhnaten-akhenaton

 

  Fabrice Di Falco (Akhnaten) DR

 

 

Le prologue s’inscrit comme le procès du souverain blasphémateur :  « Vis ta vie, tu ne mourras pas» : et l’on en déduit que Akhnaten vivra des siècles et des siècles. Son nom a jamais vivant. Immortalisé. La musique rétablit le charisme d’un souverain mystique. Elle exprime l’écoulement irréversible de ce temps historique que l’alliage des instruments renforce encore par des couleurs sombres et cuivrées. La texture orchestrale traduit la fermeté d’une conviction religieuse chevillée au corps. La danse pour sa part, autre élément important du déploiement visuel, reprend ses droits en un perpetuum mobile fluide et aérien, en particulier après le décret de la fondation de la cité d’Akhetaton.

Peu à peu se précise le Pharaon miraculé après le voyage mortel, son nom couronné éternel, unificateur, fils de Rê, puissant taureau, faucon d’or, le divin de Thèbes …finalement, l’opéra de Glass réhabilite le fou de Rê (« Seigneur de joie, forme couronnée, la double couronne est posée sur ton front ») en lui insufflant une force d’évocation qu’exprime la brillance de l’orchestration (flûte, bassons… dans le tableau des 3 prêtres). Le spectacle se déroule comme une célébration de la toute puissance de Pharaon (« Salut à toi qui es en paix ! »).

Passée la première demi-heure, Glass imagine les premiers épisodes solistes : Akhnaten idéalement incarné par le contre ténor Fabrice Di Falco (timbre clair et tendu comme un trompette fragile, enivrée) dialogue avec son épouse Nefertiti (sombre chant de l’alto Julie Robard-Gendre) ; puis se joint au duo pharaonique, la Reine Tye (Patricia Ciofi, de son véritable nom Tiyi) ; soit 3 entités qui célèbrent le souffle créateur de Rê.

GLASS-AKHNATEN-akhenaton-opera-de-nice-critique-opera-classiquenews-novembre-decembre-2020

 

Julie Robard-Gendre (Nefertiti) et Fabrice Di Falco (Akhnaten) DR

 
 

 

L’action proprement dite est assurée par l’opposition des tableaux où paraît le fou d’Aton et ceux du clergé d’Amon, exhortant le dieu caché à leur insuffler la résistance à Akhnaten. Ce dernier paraît toujours sur un immense disque d’or à la fois, axe tournoyant qui donne le mouvement et miroir scintillant qui donne la lumière, support pour ses visions suprahumaines. Glass joue sur l’antagonisme entre adeptes de l’ancienne et de la nouvelle religion, produisant un opéra à la tension mystique de plus en plus affirmée (quand Akhnaten affronte seul, puis est soutenu par la Reine Tye), une foule violente qui scande son refus de la nouvelle religion ; leurs onomatopées de plus en plus affirmées sont martelées jusqu’à la transe hystérique.
On est loin des reliefs amarniens qui célèbrent la douceur de la vie familiale de Akhenaton entourée de son épouse Nefertiti et de sa myriade de filles (séquence cependant réalisée à la fin de l’action, quand le monarque sourd aux menaces laisse son pays imploser…
Tout au long de la partition, les deux époux paraissent plutôt comme deux illuminés, habités par une foi inextinguible dont l’absolu est porté par un chant exacerbé de notes tenues, hautes, forte. Leurs corps, suspendus, dans des poses étirées comme au ralenti.
Après l’implosion du royaume, entre autres sous la menace extérieure (Hittites), le dernier tableau fait paraître les 3 protagonistes atoniens : Pharaon et son épouse et la Reine Tye, comme pétrifiés, au chant exacerbé mais impuissant. Ainsi, à travers les tableaux extatiques où pharaon côtoie ses sujets et la foule, quand il paraît seul dans un solo halluciné où le roi-prêtre chante la puissance miraculeuse d’Aton, c’est la question de la transmission et de la communication, de la foi et de la révélation qui se pose ; si Akhnaten est convaincu par ses propres visions comment peut il en partager les vertiges à ses semblables ? Seule Nefertiti (double du roi) semble convaincue, elle aussi traversée par l’énergie de Rê.

En fosse, veillant à la motricité rythmique, aux paliers harmoniques, Léo Warynski soigne passages, accents, texture d’une écriture souvent dense dont le chef détaille la brillance des timbres instrumentaux (bois, vents, cuivres, cordes…) auxquels les voix collectives (chœur, trio…), apportent une incarnation puissante. Plus oratorio qu’opéra, l’ouvrage de Glass affirme ainsi une étonnante ferveur collective.

 

 

 

glass-akhnaten-opera-nice-critique-opera-classiquenews-di-falco-ciofi-akhenaton-tye-tiyi

 

  Patricia Ciofi (Tye) et Fabrice Di Falco (Akhnaten) DR

 

 

 

________________________________________________________________________________________________

COMPTE-RENDU, opéra. Opéra de Nice, e-diffusion du 20 nov 2020. GLASS : Akhnaten. Di Falco, Ciofi… Lucinda Childs / Warynski (session enregistrée in situ le 1er nov 2020).

Philip GLASS : Akhnaten

Opéra en trois actes (avec prologue et épilogue)
Livret de Philip Glass, Shalom Goldman, Robert Israel, Richard Riddell
Création au Württembergisches Staatstheater de Stuttgart le 24 mars 1984

Nouvelle production
Dans le cadre du Festival du MANCA

Distribution
Direction musicale : Léo Warynski
Mise en scène et chorégraphie : Lucinda Childs
Scénographie et costumes : Bruno De Lavenère
Lumières : David Debrinay
Vidéo : Étienne Guiol

Akhnaten : Fabrice Di Falco
Nefertiti : Julie Robard-Gendre
Reine Tye : Patrizia Ciofi
Horemhab : Joan Martín-Royo
Amon : Frédéric Diquero
Aye : Vincent Le Texier
Amenhotep (rôle parlé) : Lucinda Childs
Six filles d’Akhnaten : Karine Ohanyan, Rachel Duckett*, Mathilde Lemaire* Vassiliki Koltouki*, Annabella Ellis *, Aviva Manenti *

Avec la participation des danseurs du Pôle National Supérieur Danse Rosella Hightower
*Artistes du CALM, Centre Art Lyrique de la Méditerranée

 

 
 

 

OPERA DE NICE : GLASS, Akhnaten.

TEASER vidéo
https://www.youtube.com/watch?v=jZxSlNGd7To&list=PLMoJMIybJdBAIiRjiaqfM_U1DeAcAoBGh&index=2

 
 

 

 

________________________________________________________________________________________________

VOIR L’INTÉGRALE vidéo
https://www.youtube.com/watch?v=jSAOrULT-F4

 
 

Opéra de Nice : Akhnaten de Philip GLASS, en streaming dès le 20 nov 2020

glass philip coffret box cd review cd critique classiquenews homepage_large.9078cd9bINTERNET, OPERA ON LINE : GLASS, AKHNATEN, Opéra de Nice, le 20 nov 2020. Fermé, covid 19 oblige, l’Opéra de Nice assure sa programmation sur le net. L’opéra digital se réalise ainsi par la diffusion ven 20 nov 2020 à 16h, de la nouvelle production d’Akhenaten, opéra de Philip Glass, inspiré par la figure de l’hérésiarque légendaire Akhenaton, pharaon de la XVIIIè dynastie, qui osa remplacer le culte d’Amon par Aton, le disque solaire, écartant tous les dieux traditionnels de l’Egypte antique, en faveur du disque solaire Rê (Aton). Le drame est mis en scène et chorégraphié en visio conférence depuis New-York par Lucinda Childs, partenaire habituel de Glass (depuis leur précédent Einstein on the beach). Lucinda Childs assurera aussi le rôle d’Amenhotep (rôle parlé) L’Opéra de Nice diffuse ainsi le spectacle enregistré le 1er novembre ce 20 novembre à 16h sur deux sites :

le site de l’Opéra Nice Côte d’Azur :
https://www.opera-nice.org

et sur le site de la Ville de Nice :
https://cultivez-vous.nice.fr

La production d’Akhnaten ouvre ainsi la saison lyrique 2021/2022 de l’Opéra de Nice.

________________________________________________________________________________________________

 

 

Opéra de NICEglass-akhnaten-philip-GLASS-opera-on-line-opera-de-nice-classiquenews-annonce-critique-opera
Philip Glass : Akhnaten
Opéra en trois actes
(avec prologue et épilogue)
Livret de Philip Glass, Shalom Goldmann, Robert Israël et Richard Ridell
Création au Württembergisches Staatstheater Stuttgart le 24 mars 1984

Disponible dès le 20 novembre 2020 à partir de 16h
Orchestre Philharmonique de Nice
Chœur de l’Opéra de Nice
Léo Warynski, direction
Chorégraphie et mise en scène : Lucinda Childs.

Akhenaton impose l’un des premiers monothéismes de l’histoire, faisant de Râ / Rê, le dieu soleil, la seule et unique divinité de son royaume, invitant le peuple à adorer l’astre dans les cours à ciel ouvert de tous les temples d’Egypte.

________________________________________________________________________________________________

 

 

Distribution complète :

Participation des élèves
du Pôle National de Danse Rosella Hightower

Mise en scène et chorégraphie : Lucinda Childs
Collaboration à la chorégraphie : Eric Oberdorff
Scénographie et costumes : Bruno De Lavenère
Lumières : David Debrinay
Vidéo : Etienne Guiol

Distribution :
Akhnaten : Fabrice Di Falco
Nefertiti : Julie Robard-Gendre
Reine Tye : Patrizia Ciofi
Horemheb : Joan Martín-Royo
Grand Prêtre d’Amon : Frédéric Diquero
Aye : Vincent Le Texier
Amenhotep (rôle parlé) : Lucinda Childs
6 filles d’Akhnaten : Karine Ohanyan,
Rachel Duckett*, Mathilde Lemaire*
Vassiliki Koltouki*, Annabella Ellis*,
Aviva Manenti *

(*Artistes du CALM, Centre Art Lyrique de la Méditerranée)

________________________________________________________________________________________________

 

 

Créé en 1984, Akhnaten referme la trilogie d’ouvrages inspirés de grandes personnalités ou de grands moments de l’histoire, les deux autres titres étant Einstein on the Beach (1976), consacré à l’itinéraire du célèbre physicien, et Satyagraha (1980) qui retrace le combat du Mahatma Gandhi.

Utilisant des textes de l’époque, dont un poème du pharaon lui-même, Akhnaten évoque le règne du monarque, successeur de son père Aménophis III, époux de la belle venue de l’est : Nefertiti, jusqu’à sa chute. Minimaliste, la partition enchaîne plusieurs tableaux d’une grande force poétique.

Compte rendu, opéra. La Traviata de Cristina Pasaroiu convainc à Nice

Compte-rendu, opéra. Nice, Théâtre de l’Opéra, le 17 novembre 2015. Giuseppe Verdi: La Traviata. Avec Cristina Pasaroiu (Violette Valéry), Ahlima Mhamdi (Flora Bervoix), Karine Ohanyan (Annina), Giuseppe Varano (Alfredo Germont), Vittorio Vitelli (Giorgio Germont), Frédéric Diquero (Gaston de Letorières), Thomas Dear (Baron Douphol), Luciano Montanaro (Marquis d’Obigny), Mattia Denti (Docteur Grenvil). Pascale-Sabine Chevroton (mise en scène). Philippe Auguin (direction musicale).

Signée par son ancien directeur Marc Adam (dont le contrat – à notre grande déception au vu de sa passionnante autant qu’ambitieuse programmation la saison dernière – n’a pas été renouvelé par la Mairie), la saison niçoise s’ouvre avec une valeur sûre: La Traviata de Giuseppe Verdi. Confiée à Pascale-Sabine Chevroton, chorégraphe et metteure en scène qui a surtout œuvré dans les pays germaniques – la production nous a déçu, et a été sanctionnée bruyamment par le public tant de la première que celui de la dernière à laquelle nous avons assisté. Car qu’y voit-on à part des clichés, des poncifs éculés, des principes scéniques rebattus, vus mille fois ici ou là. Cela commence par une énième mise en abîme du théâtre dans le théâtre, où un chœur voyeur assiste à la déchéance de l’héroïne depuis les loges d’une salle d’opéra reconstituée. Que penser aussi de la projection vidéo, en fond de scène, d’une mer houleuse et d’un ciel menaçant qui, s’il pourrait faire sens dans Otello, n’a nul rapport avec l’histoire de la courtisane et ne fait que dénoter une carence d’imagination. Quant aux costumes de Katharina Gault, qui mêlent allègrement toutes les époques et tous les styles, ils sont pour la plupart très laids.

 

 

 

Clichés, laideur, imagination en berne… heureusement s’affirme

La Traviata de Cristina Pasaroiu

pasaroiu cristina soprano traviata opera de nice review compte rendu critique classiquenews novembre 2015Après son éclatant succès in loco dans le rôle de Rachel (La Juive de Halévy) au printemps dernier (compte rendu opéra : La Juive de Halévy à l’Opéra de Nice avec Cristina Pasaroiu, mai 2015), Cristina Pasaroiu enthousiasme dans celui de Violetta Valéry. Dotée d’un timbre ample, corsée et rond à la fois, la soprano roumaine dispose d’un métier déjà très sûr (elle n’a que 30 ans!). Le premier acte ne met en péril ni son émission, homogène et libre dans le registre aigu (magnifique «Sempre libera» couronné par un contre-mi bémol), ni une vocalisation aussi impeccable que superbement projetée. L’évolution du personnage, de l’étourdissement passionnel à l’abattement et à la déréliction, du renoncement à l’amour jusqu’à la douleur et la mort, s’avère bouleversant de vérité dramatique. Les accents toujours justes de la cantatrice trouvent à se déployer dans les grands moments de ferveur, comme dans «Amami Alfredo», poignant en terme de puissance émotionnelle. Tout ce qui est écrit piano legato est également chanté avec un superbe raffinement tel le «Dite alla giovine», aux piani divinement dosés. Enfin, les colorations du «Addio del passato» sont remarquables de variété, et concourent à rendre très émouvante la mort de la phtisique, vécue ici de l’intérieur.

Nous serons moins disert sur le ténor italien Giuseppe Varano, dont la séduction vocale et scénique frôle le néant. Que doit-on lui reprocher le plus entre un timbre grisâtre, un registre aigu chevrotant et court, une projection vocale limitée ou encore une présence en scène morne et plate…?

C’est heureusement un tout autre bonheur que distille le chant du formidable baryton italien Vittorio Vitelli (dans le rôle de Germont père), qui subjugue tant par sa ligne de chant que par son legato exemplaires, ainsi que par son phrasé et sa musicalité hors pairs, sa prodigieuse palette de couleurs, autant de qualités qui, dans le fameux air «Di Provenza il mar», procurent à l’auditoire un intense frisson. Enfin, l’acteur n’enthousiasme pas moins par sa noble stature et sa présence saisissante.

Quant aux comprimari, ils s’avèrent efficaces, à commencer par la Flora d’Ahlima Mhamdi, l’Annina de Karine Ohanyan ou encore le Baron Douphol de Thomas Dear.

Malgré une carence de dynamisme au premier acte, le directeur musical «maison», Philippe Auguin mène ensuite fort bien le reste de la partition, soucieux de trouver des couleurs et des tempi aussi fluctuants que les situations du drame, par ailleurs très bien suivi par un Orchestre Philharmonique de Nice en belle forme et par un Chœur de l’Opéra de Nice impeccable.

Compte-rendu, opéra. Nice, Théâtre de l’Opéra, le 17 novembre 2015. Giuseppe Verdi: La Traviata. Avec Cristina Pasaroiu (Violette Valéry), Ahlima Mhamdi (Flora Bervoix), Karine Ohanyan (Annina), Giuseppe Varano (Alfredo Germont), Vittorio Vitelli (Giorgio Germont), Frédéric Diquero (Gaston de Letorières), Thomas Dear (Baron Douphol), Luciano Montanaro (Marquis d’Obigny), Mattia Denti (Docteur Grenvil). Pascale-Sabine Chevroton (mise en scène). Philippe Auguin (direction musicale).