lundi, février 6, 2023

CRITIQUE / COMPTE-RENDU, Cycle. CAEN, Journées Gabriel Dupont (1878 – 1914), les 26 et 27 nov 2022

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CRITIQUE / COMPTE-RENDU, Cycle. CAEN, Journées Gabriel Dupont (1878 – 1914), les 26 et 27 nov 2022. 

Pléthore de chercheurs et de musicologues pour une première mémorable à Caen : les Journées Gabriel Dupont les sam 26 et dim 27 nov derniers, organisées par le Conservatoire & Orchestre et le Palazzetto Bru Zane – Centre de musique romantique française. Tout en honorant un compositeur natif, en s’appuyant aussi sur le fonds de documents et archives déposé en ses murs, le Conservatoire & Orchestre de Caen sait surprendre et créer l’événement. En programmant sur 2 journées une série de communications et de concerts dédiés au génie local, Gabriel Dupont (1878 – 1914), l’institution caenaise assure la valorisation de son patrimoine ; elle tire son épingle du jeu parmi les conservatoires hexagonaux, exploitant judicieusement ses ressources humaines et aussi ses espaces ouvertes au public. 

Dans le petit auditorium se succèdent les interventions, coordonnées par Constance Himelfarb (professeur de culture musicale) et Etienne Jardin (directeur de la recherche et des publications, Palazzetto Bru Zane, qui est issu aussi lui aussi du Conservatoire caenais !), chacune dévoilant les qualités et composants d’un génie musical à redécouvrir : Gabriel Dupont. Fauché à 36 ans, le musicien né à Caen incarne une trajectoire exemplaire qui le fait quitter sa terre natale pour Paris où il suit l’enseignement (1894) de Massenet et Widor entre autres. Moins inspiré par l’improvisation à l’orgue, le jeune musicien montre très vite une disposition pour la musique dramatique, précisément l’opéra (il laisse au total, 4 ouvrages). En remportant le fameux Concours Sonzogno de 1904, son drame La Cabrera marque un jalon : une distinction qui montre combien celui qui remporta le 2è Prix de Rome 1901 (derrière Caplet mais devant Ravel, 2è 2è Prix alors) adopte sans état d’âme et avec une finesse expressive le vérisme. La Cabrera, aujourd’hui totalement inconnue, est créée à l’Opéra-Comique, en mai 1905. On rêve qu’une recréation soit enfin produite afin de mesurer le souffle d’une écriture expressive et sensuelle de première valeur, proche du Mascagni de Cavalleria Rusticana, précédent talent révélé par Sonzogno (1890) – Gemma Bellincioni, créatrice de Santuzza de Cavalleria créera La Cabrera. Le profil du compositeur pour l’opéra dénote un tempérament à part que son portrait par son frère, Robert, exprime idéalement : romantique mais moderne, sachant dépasser la volupté séduisante hyper élégante de Fauré tout en s’appropriant le réalisme dramatique de Massenet… 

 

Intégrale des mélodies, La Cabrera réestimée…

Le Conservatoire & Orchestre de CAEN
ressuscite le génie lyrique de Gabriel Dupont

 

 

Chaque journée voit ainsi se succéder 3 interventions, toutes pointant un aspect de la créativité de Dupont à travers son œuvre spécifique et aussi dans le contexte de la Belle Époque proustienne qui est la toile de fond, historique, esthétique concernée. On mesure l’assimilation rapide de cette « étoile filante » du dernier romantisme français, collègue de Ravel donc pour le Prix de Rome, et plus chanceux que ce dernier ! En architecte du drame musical, Dupont s’affirme surtout comme compositeur d’opéras et tout indique après ces deux journées de communication, l’urgence à produire rapidement une production de La Cabrera ou d’Antar (conte héroïque, visiblement somptueux, créé à l’Opéra de Paris en mars 1921).

Les journées auront dévoilé en particulier la riche inspiration du Dupont mélodiste (entre décadentisme et symbolisme) – ses 30 mélodies ayant même ainsi été recréées grâce à la participation active des artistes-enseignants et des élèves du Conservatoire, cas unique et admirable d’implication artistique. Ses journées n’ayant pas uniquement pour enjeux, les apports scientifiques d’un colloque véritable, mais il apporte aussi le bénéfice d’interventions vivantes – au piano, en chant, et lors de deux soirées de concerts mémorables ; la transmission professeurs / élèves se réalise ainsi, chacun apportant un éclairage personnel dans l’esprit de la transmission et du partage. 

La première soirée (sam 26 nov) a mis l’accent sur la place de Dupont au sein des salons parisiens au début du XXè : un « Petit Salon » évoque l’activité des cénacles privés, élitistes où se jouent les carrières ; s’y distinguent entre autres le soprano ductile, expressif de la jeune Valentine Ford dans la mélodie tardive (et développée) : Chansons des Six petits oiseaux (1912) et le Quintette pour piano de Vierne par les artistes-enseignants – la seconde soirée (dim 27 nov) était entièrement dédiée aux mélodies (Anne Warthmann, soprano et Ilaria Carnevali, piano), dévoilant outre la maîtrise d’un égal de Fauré, le souffle de son inspiration lyrique car un extrait d’Antar justement était créé pour l’occasion : trop court extrait, scène ample et harmoniquement raffinée qui laisse envisager l’exigence et le travail de Gabriel Dupont sur le métier opératique. Le buste de Gabriel Dupont qui siège dans le hall du Conservatoire rappelle combien le compositeur est l’enfant du territoire, une personnalité indissociable même des lieux et de la ville de Caen – il était temps de lui dédier ces 2 Journées souhaitons-le inaugurales d’un nouveau cycle de concerts-découvertes et de programmations réguliers, à venir. En attendant, les riches données collectées pendant ce colloque – festival seront bientôt mises en ligne sur le site du Palazzetto Bru Zane, prélude à une éventuelle publication des communications.

 

 

 

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Compte-rendu critique Festivals, Cycles. CAEN, Conservatoire & Orchestre, les 26 et 27  nov 2022 – Journées Gabriel Dupont (1878 – 1914) : communications et concerts.

 

 

 

 

 

 

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