CRITIQUE, CD. Fauré : mélodies. Cyrille Dubois, ténor / Raes, piano (3 cd Aparté)

faure_melodies integrale dubois raes melodies aparte critique cd review classiquenewsCRITIQUE, CD. Fauré : mélodies. Cyrille Dubois, ténor / Raes, piano (3 cd Aparté) – Sur les traces du baryton Camille Maurane et surtout du ténor Gérard Souzay, champions de l’éloquence nuancée en la matière, le ténor actuel Cyrille Dubois, en complicité avec le pianiste Tristan Raës, avec lelquel il forme le duo Contraste, enregistre toutes les mélodies de Fauré : ambition sur le papier probablement précoce et périlleuse.


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Est parue en mai 2018, une précédente intégrale de grande valeur,faure melodies boucher boulianne figueroa gilmette olivier godin integrale revoew critique cd classiquenews mai 2018 atma réunissant 4 solistes ciselés, parmi les meilleurs interprètes francophones, surtout québécois (Antonio Figueroa, Hélène Guilmette, Julie Boulianne, Marc Boucher), sous le label canadien ATMA 4 cd). Accompagnés par le pianiste Olivier Godin (sur un remarquable Erard de 1859, restauré pour l’occasion et accordé à 435 Hz), les interprètes constituent depuis lors, une corpus incontournable pour tout amateur fauréen.
https://atmaclassique.com/produit/faure-integrale-des-melodies-pour-voix-et-piano/ – livret accessible ici :
https://atmaclassique.com/wp-content/uploads/livret/14e8ea76-f40b-4224-8830-5a33faa1e90a_722056274128_Booklet.pdf

Les 103 mélodies qui jalonnent la vie de Fauré tout du long, occupent ainsi 3 cd ; pudeur, mesure, mystère, suprême élégance, et toujours une subtilité qui ne doit rien sacrifier au naturel ni à la souplesse ; le ténor a tout cela, avec une fraîcheur et une ardeur, voire un vaillance… dans bien des cas, régénératrices. Seul son vibrato, que d’aucun trouveront envahissant voire sur le terme agaçant, est heureusement canalisé, jamais surimposé, mais dans certains cas, étrangement « décoratif ». Si la déclamation est irréprochable, les couleurs et l’intonation manquent parfois de nuances, de trouble, … de mystère (« C’est l’extase », est quand même une proclamation pudique qui convoque le songe le plus intime). Car derrière le verbe, se cache toujours une image intime qui se dérobe à la première lecture, mais fait sens par filiation ou correspondance ténue avec ce qui précède ou ce qui suit. Osons émettre une réserve : l’approche pour probe et lumineuse qu’elle soit, manque encore de questionnement, d’énigmes à déchiffrer, d’hallucination éthérée… D’autant que l’évolution fauréenne tend à davantage d’épure, de concision, de décantation essentielle qui à rebours de sa réputation d’amabilité de salon, atteint des sommets d’élégance rentrée, de pudeur subtile, d’une indicible puissance suggestive (« Après un rêve »). Ici l’art doit cacher la technique par l’émergence de la sincérité et du naturel. Parfois appliquée, voire précautionneuse, l’émission même palpitante, manque de profondeur, de langueur inquiète, de questionnement autant poétique que métaphysique (Au cimetière).
Le piano de Raës est au diapason de cet art de la délicatesse à défaut de la nuance : précis, coloré, d’une indéniable sincérité, parfois grave, toujours enveloppant et caractérisé.

Une intégrale est toujours intéressante en ce qu’elle explore aussi des champs souvent écartés, ou peu connus comme cette « Sérénade du Bourgeois gentilhomme », extrait d’une musique de scène pour la pièce de Molière) ; on y retrouve avec délice Shylock, les 5 mélodies de Venise, les 9 séquences de La Bonne chanson ; les 8 du Jardin clos ; les 10 du cycle La Chanson d’Eve… claire offrande à la sensualité la plus élégamment exprimée voire éprouvée…

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CRITIQUE, CD. Fauré : Intégrale des mélodies / complete songs. Cyrille Dubois, ténor. Tristan Raës, piano. Enregistré du 1er au 3 juillet et du 10 et 17 août 2020, et du 14 au 16 juin 2021, Salle Colonne, Paris. 3 cd Aparté : https://www.apartemusic.com/albums/faure-complete-songs/

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CD1

1. Mai op.1 no. 2
2. Le Papillon et la Fleur op. 1 no. 1
3. Puisque j’ai mis ma lèvre op. posth.
4. Tristesse d’Olympio op. posth.
5. Dans les ruines d’une abbaye op. 2 no. 1
6. Les Matelots op. 2 no. 2
7. Chant d’automne op. 5 no. 1
8. Rêve d’amour (S’il est un charmant gazon) op. 5 no. 2
9. L’Absent op. 5 no. 3
10. L’Aurore op. posth.

Cinq mélodies “de Venise” op. 58
11. Mandoline
12. En sourdine
13. Green
14. À Clymène
15. C’est l’extase

16. Les Présents op. 46 no. 1
17. Clair de lune op. 46 no. 2
18. Soir op. 83 no. 2
19. Prison op. 83 no. 1
20. Larmes op. 51 no. 1
21. Au cimetière op. 51 no. 2
22. Spleen op. 51 no. 3
23. La Rose (Ode anacréontique) op. 51 no. 4

La Bonne Chanson op. 61
24. Une Sainte en son auréole
25. Puisque l’aube grandit
26. La lune blanche luit dans les bois
27. J’allais par les chemins perfides
28. J’ai presque peur, en vérité
29. Avant que tu ne t’en ailles
30. Donc, ce sera par un clair jour d’été
31. N’est-ce pas ?
32. L’hiver a cessé

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CD2

1. Au bord de l’eau op. 8 no. 1
2. Ici-bas ! op. 8 no. 3
3. La Rançon op. 8 no. 2
4. Sylvie op. 6 no. 3
5. Tristesse op. 6 no. 2
6. Aubade op. 6 no. 1
7. Chanson d’amour op. 27 no. 1
8. La Fée aux chansons op. 27 no. 2
9. Aurore op. 39 no. 1
10. Fleur jetée op. 39 no. 2
11. Le Pays des rêves op. 39 no. 3
12. Les Roses d’Ispahan op. 39 no. 4
13. Nell op. 18 no. 1
14. Le Voyageur op. 18 no. 2
15. Automne op. 18 no. 3
16. Notre amour op. 23 no. 2
17. Les Berceaux op. 23 no. 1
18. Le Secret op. 23 no. 3
19. Le plus doux chemin op. 87 no. 1
20. Le Ramier op. 87 no. 2

Shylock op. 57
21. Chanson
22. Madrigal

23. Dans la forêt de septembre op. 85 no. 1
24. La Fleur qui va sur l’eau op. 85 no. 2
25. Accompagnement op. 85 no. 3

La Chanson d’Ève op. 95
26. Paradis
27. Prima verba
28. Roses ardentes
29. Comme Dieu rayonne
30. L’Aube blanche
31. Eau vivante
32. Veilles-tu, ma senteur de soleil ?
33. Dans un parfum de roses blanches
34. Crépuscule
35. O mort, poussière d’étoiles

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CD3

1. Lydia op. 4 no. 2
2. Chanson du pêcheur (Lamento) op. 4 no. 1
3. Hymne à Apollon op. 63
4. Sérénade from Le Bourgeois gentilhomme

Poème d’un jour op. 21
5. Rencontre
6. Toujours
7. Adieu

8. Le Don silencieux op. 92
9. Chanson op. 94

Le Jardin clos op. 106
10. Exaucement
11. Quand tu plonges tes yeux dans mes yeux
12. La Messagère
13. Je me poserai sur ton cœur
14. Dans la nymphée
15. Dans la pénombre
16. Il m’est cher, Amour, le bandeau
17. Inscription sur le sable

18. Nocturne op. 43 no. 2
19. Noël op. 43 no. 1
20. En prière
21. C’est la paix op. 114

Mirages op. 113
22. Cygne sur l’eau
23. Reflets dans l’eau
24. Jardin nocturne
25. Danseuse

26. Après un rêve op. 7 no. 1
27. Hymne op. 7 no. 2
28. Barcarolle op. 7 no. 3
29. Sérénade toscane op. 3 no. 2
30. Seule ! op. 3 no. 1
31. Arpège op. 76 no. 2
32. Le Parfum impérissable op. 76 no. 1

L’Horizon chimérique op. 118
33. La mer est infinie
34. Je me suis embarqué
35. Diane, Séléné
36. Vaisseaux, nous vous aurons aimés

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CD événement, annonce. CLAIRS DE LUNE : QUATUOR MANFRED. Nuits d’été de Berlioz, Mélodies de Fauré : transcriptions. Quatuor de Fauré (1 cd PARATY)

CD événement, annonce. CLAIRS DE LUNE : QUATUOR MANFRED. Nuits d’été de Berlioz, Mélodies de Fauré : transcriptions. Quatuor de Fauré (1 cd PARATY) – Le Quatuor Manfred « ose » transcrire à 4 cordes seules (auxquelles répond le chanteur soliste Jean-Paul Fauchécourt), les mélodies de Berlioz : Les Nuits d’été en sortent sublimées. Le résultat est un miracle de musicalité concertante et textuelle. La fine texture instrumentale restitue les couleurs de l’imaginaire berliozien, tout en préservant l’acuité et le relief du verbe poétique.
BERLIOZ FAURE CLAIRS DE LUNE CD PARATY critique annonce cd paraty critique review cd classiquenews mai juin 2019Franchise de l’émission, sincérité de l’intonation, le ténor ne calcule rien, évite toute affectation comme toute posture pour négocier la très juste déclamation berliozienne. Les Nuits d’été forment le modèle absolu de la mélodie française accompagnée, et sans le concours de l’orchestre au complet, mais dans l’intimité éloquente du quatuor à cordes, en son économie épurée, essentielle, chaque séquence gagne une profondeur, une vérité accrue. Les Manfred réalisent ici l’un de leur meilleur album : derrière la couleur berliozienne, s’écoute aussi ce qui fait leur parcours identitaire, comme un arrière plan chantant : leur intégrale des Quatuors de Haydn, de Schubert… La couleur, le son, l’écoute et cet équilibre des timbres forment le plus pur halo résonant autour de la voix soliste, riche en connotations et perspectives oniriques (pleurs et amertume sans minauderie du lamento endeuillé « Sur les lagunes »…) : la mélodie atteint un sommet de la souffrance assumée, avant la profonde solitude éprouvée face à l’Absence (de l’aimée) de la mélodie qui suit : il faut un legato infini (aigus tenus, non vibrés, clairs et droits), et une articulation précise et naturelle pour réussir les défis expressifs : Jean-Paul Fauchécourt réussit tout cela, délivrant une leçon de prosodie subtile et sensible. Tout s’accomplit entre allusion et évanouissement dans « Au cimetière », énoncé comme le dernier râle d’une vie d’amour et de tendresse exaucés… comme une vision narrée, entre réalité et songe ivre. La fusion sonore des instruments et de la voix se révèle particulièrement convaincante ici. La simplicité et l’articulation du chanteur font toute la valeur de sa lecture des 6 mélodies de Berlioz d’après Gautier.

Les transcriptions de l’altiste du Quatuor Manfred, Emmanuel Haratyk saisissent par l’intelligence et l’extrême sensibilité de la conception, produisant la souplesse détaillée du geste, des options, de toutes les nuances instrumentales dont les 4 instrumentistes ont désormais le secret. Tout relève ici de l’alchimie expressive et des équilibres ténus. L’intonation et la sonorité des cordes s’avèrent même miraculeuse tellement leur travail colle à l’articulation de la voix. Travail d’accentuation et de correspondances instruments / voix / texte, d’une extrême délicatesse : le résultat est saisissant : en cela « Au cimetière » est l’acmé du cycle : « son clair de lune » respire la langueur enveloppante de Schubert ; diffuse l’extase empoisonnée de Wagner. La musicalité qui s’en dégage est irrésistible. Et l’espérance qui naît dans « L’île inconnue » se pare de cette même torpeur hallucinée, couleur du rêve et de l’enchantement qui unit toute l’approche.Remarquable.

CLIC D'OR macaron 200Les Nuits sont couplées avec le Quatuor de Fauré : nourri à la même source, d’une vive et ardente vie intérieure, parsemée d’éclairs et de douceur triste. Comme inspiré par son sujet, Emmanuel Haratyk ajoute 6 transcriptions d’après 6 mélodies du même Fauré dont La chanson du pêcheur d’après Théophile Gautier fait le lien avec les 6 Berlioz miraculeux qui ont précédé. Au geste allusif, introspectif ou véhément des cordes en grâce, répond la voix du ténor, faite, simplicité, naturel, poésie. Magistral. D’autant plus opportun en cette année BERLIOZ 2019 (dossier spécial classiquenews : BERLIOZ 2019 : sélection concerts festivals opéras, cd et livres BERLIOZ 2019).

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BERLIOZ FAURE CLAIRS DE LUNE CD PARATY critique annonce cd paraty critique review cd classiquenews mai juin 2019CD événement, annonce. CLAIRS DE LUNE : QUATUOR MANFRED. Nuits d’été de Berlioz, Mélodies de Fauré : transcriptions. Quatuor de Fauré (1 cd PARATY – enregistrement réalisé à Paris en mai 2018) – Parution le 31 mai 2019. Grande critique à venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews – CLIC de CLASSIQUENEWS de mai et juin 2019

Requiem de Fauré à Poitiers

sargent-faure-gabriel-portrait-1280px-John_Singer_Sargent_-_Gabriel_Faure-livres-homepage-magazine-livres-classiquenews-582POITIERS, TAP. Le 20 mars 2019. FAURE : Requiem, Pelléas. C’est la concrétisation attendue d’un projet réalisé entre l’Orchestre des Champs Elysées et le TAP. Depuis sa création en 2014, Chœur et orchestre des jeunes implique des jeunes du territoire poitevin, issus de divers horizons. Cette année les lycéens d’établissement d’enseignements général, technologique, professionnel et agricole, et les élèves des conservatoires sont rejoints par des jeunes en situation de handicap sans pratique musicale régulière. Une expérience de rencontre et de partage, de sensibilisation et de transmission, autour d’une ambition commune. Au programme de cette 6ème édition, le Requiem de Fauré, œuvre majeure du compositeur qui frappe par sa paradoxale douceur et son appel à l’espérance, et la création d’un jeune compositeur, auquel l’Orchestre des Champs-Elysées a passé commande.

Au cœur de l’expérience, associant jeunes chanteurs et musiciens sur instruments d’époque de l’Orchestre des Champs Elysées, l’œuvre raffinée, profonde mais si mesurée voire pudique de Gabriel Fauré, qu’il faut jouer avec clarté, transparence et un art des nuances, consommé. Le Requiem version pour grand orchestre de 1900, est couplé avec la suite Pelléas, véritable manifeste de musique française propre à l’extrême fin du XIXè (1898) : Fauré écrivant cette musique de scène après que Debussy eut décliné la commande énoncée par l’actrice Mrs Patrick Campbell. Dans sa version pour orchestre, – sans mise en scène, Fauré a lui-même orchestré (la partition pour le théâtre ayant été réalisée par son élève Charles Koechlin) ; la délicatesse de l’orchestration n’empêche pas une certaine ampleur proche des climats souterrains, marins du poème initial de Maeterlinck.

 

 

 

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POITIERS, TAPboutonreservation
Mercredi 20 mars 2019, 19h30
Gabriel Fauré  : Requiem op. 48 (version pour grand orchestre de 1900), Pélléas et Mélisande
Louis Daval Frerot : The unquestioned answer
Chœur et orchestre des jeunes
Orchestre des Champs-Elysées
Mathieu Romano, direction

 

 

 

RESERVEZ VOTRE PLACE
https://www.tap-poitiers.com/spectacle/choeur-et-orchestre-des-jeunes-4/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

POITIERS, TAP. Le 20 mars 2019. FAURE : Requiem, Pelléas

sargent-faure-gabriel-portrait-1280px-John_Singer_Sargent_-_Gabriel_Faure-livres-homepage-magazine-livres-classiquenews-582POITIERS, TAP. Le 20 mars 2019. FAURE : Requiem, Pelléas. C’est la concrétisation attendue d’un projet réalisé entre l’Orchestre des Champs Elysées et le TAP. Depuis sa création en 2014, Chœur et orchestre des jeunes implique des jeunes du territoire poitevin, issus de divers horizons. Cette année les lycéens d’établissement d’enseignements général, technologique, professionnel et agricole, et les élèves des conservatoires sont rejoints par des jeunes en situation de handicap sans pratique musicale régulière. Une expérience de rencontre et de partage, de sensibilisation et de transmission, autour d’une ambition commune. Au programme de cette 6ème édition, le Requiem de Fauré, œuvre majeure du compositeur qui frappe par sa paradoxale douceur et son appel à l’espérance, et la création d’un jeune compositeur (Louis Daval Frerot The unquestioned answer), auquel l’Orchestre des Champs-Elysées a passé commande.

Au cœur de l’expérience, associant jeunes chanteurs et musiciens sur instruments d’époque de l’Orchestre des Champs Elysées, l’œuvre raffinée, profonde mais si mesurée voire pudique de Gabriel Fauré, qu’il faut jouer avec clarté, transparence et un art des nuances, consommé. Le Requiem version pour grand orchestre de 1900, est couplé avec la suite Pelléas, véritable manifeste de musique française propre à l’extrême fin du XIXè (1898) : Fauré écrivant cette musique de scène après que Debussy eut décliné la commande énoncée par l’actrice Mrs Patrick Campbell. Dans sa version pour orchestre, – sans mise en scène, Fauré a lui-même orchestré (la partition pour le théâtre ayant été réalisée par son élève Charles Koechlin) ; la délicatesse de l’orchestration n’empêche pas une certaine ampleur proche des climats souterrains, marins du poème initial de Maeterlinck.

 

 

 

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POITIERS, TAPboutonreservation
Mercredi 20 mars 2019, 19h30
Gabriel Fauré  : Requiem op. 48 (version pour grand orchestre de 1900), Pélléas et Mélisande
Louis Daval Frerot : The unquestioned answer
Chœur et orchestre des jeunes
Orchestre des Champs-Elysées
Mathieu Romano, direction

 

 

 

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POITIERS, TAP. Deshayes, Vitaud…jouent Debussy, Fauré, Duparc

deshayes-karine-recital-debussy-faure-vitaud-annonce-classiquenewsPOITIERS, TAP, le 11 déc 2018. Deshayes, Vitaud… Le TAP / Théâtre Auditorium de Poitiers fête le centenaire Claude Debussy (1862-1918). D’abord par le chant du piano seul avec la Suite bergamasque (amorcée dès 1890, publiée en 1905) : Debussy y joue des formes du passé (Prélude, Menuet, Passepied) et produit un son et des harmonies nouveaux. Le 4ème épisode, un Clair de lune, vite célèbre, allie douceur et invention mélodique.
Même ivresse sonore et forme planante, inédite dans  L’Après-midi d’un faune, d’après  le poème de Mallarmé où le désir et la pulsion érotique du faune conduisent le développement, la trajectoire, la forme des harmonies. La sensualité déborde dans cette partition crée le 22 décembre 1894, immédiatement saluée par le si difficile et le très exigeant Ravel. La transcription pour clavier seul qu’en déduit le pianiste Jonas Vitaud sait préserver l’énoncé allusif de ce rêve éveillé,  tout en creusant sa part de mystère voire son essence énigmatique.

PIANO & MELODIES ROMANTIQUES et POST ROMANTIQUES
Le chemins de la modernité

Le programme à Poitiers laisse une part majeure au verbe poétique en particulier aux poèmes mis en musique par Debussy, Duparc (1848-1933), Fauré (1845-1924), tous trois maîtres de la mélodie française… depuis le génie d’un Berlioz au début du siècle. La trilogie ainsi exposée à Poitiers met en lumière ce passage essentiel du romantisme au postromantisme et à la modernité telle qu’elle s’affirme dans le cas de Debussy.

Cycle majeur de Gabriel Fauré : La Bonne chanson (1894). À l’origine pour ténor et piano, le recueil des 9 poèmes mélodies s’inspire de Verlaine. Le concert en propose quatre parmi les plus emblématiques de la facilité de Fauré dans ce genre qui unit le verbe et le son en une suite de peintures sonores picturales : Puisque l’Aube grandit, La Lune blanche,  N’est-ce pas ? L’Hiver a cessé.

Les 3 chansons de Bilitis d’après Pierre Louÿs sont mises en musique par Debussy en 1897. Il s’agit d’évoquer, mieux d’exprimer le souffle filigrané et sensuel de l’Antiquité grecque, comme c’était l’enjeu et donc la réussite du Faune de 1894.

Henri Duparc comme cet autre intransigeant et perfectionniste Paul Dukas, ne laisse à la postérité que ces partitions les plus parfaites. En témoignent les mélodies jouées ce soir : La Vie antérieure, d’après Baudelaire (1884) d’un pouvoir incantatoire et mystérieux irrésistible ; et  L’Invitation au voyage (1870),  d’après Baudelaire aussi, qui envisage des climats musicaux d’une profondeur inédite.

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deshayes-karine-recital-debussy-faure-vitaud-annonce-classiquenewsDEBUSSY, FAURE, DUPARC
MARDI 11 décembre 2018, 20h30
TAP Poitiers
Durée : 1h30 avec entracte

Karine Deshayes, mezzo-soprano
Jonas Vitaud, piano

> Claude Debussy: Ballade, Suite Bergamasque, Prélude à l’après-midi d’un faune (transcription Jonas Vitaud), Chansons de Bilitis
> Gabriel Fauré : 4 mélodies extraites de La Bonne Chanson op. 61

> Henri Duparc : Mélodies

RÉSERVEZ VOTRE PLACE

https://www.tap-poitiers.com/spectacle/debussy-faure-duparc/

Strasbourg, Opéra. Pénélope de Fauré. Du 23 octobre au 3 novembre 2015.

Antonacci pianoStrasbourg, Opéra. Pénélope de Fauré. Du 23 octobre au 3 novembre 2015. Trois noms devraient assurer la réussite de cette nouvelle production de Pénélope de Fauré à l’Opéra du Rhin : le chef Patrick Davin, le metteur en scène Olivier Py et surtout la cantatrice qui a déjà chanté le rôle : la soprano Anna Caterina Antonacci.  Après Strauss et Puccini, compositeurs si inspirés par la féminité, Fauré emboîte le pas à Massenet (Esclarmonde, Manon, Thaïs, Cléopâtre, Thérèse…) et Saint-Saëns (Hélène, 1904), Fauré aborde le profil mythologique de Pénélope, épouse loyale qui attend le retour de son mari Ulysse, parti batailler contre les Troyens. Son retour fut mis en musique par Monteverdi au XVIIè ; Fauré, mélodiste génial s’intéresse au profil de la femme fidèle que l’attente use peu à peu… L’ouvrage créé à l’Opéra de Monte-Carlo le 4 mars 1913 pâtit du livret très fleuri et sophistiqué, un rien désuet d’un jeune poète dramaturge René Fauchois : le jeune homme comédien dans la troupe de Sarah Bernhardt, avait été présenté à Fauré par la cantatrice Lucienne Bréval qui souhaitait ainsi chanter un opéra du Maître. C’est pour Fauré un défi de la maturité et suivre son tempérament taillé pour l’élégance, l’intériorité, le raffinement, éprouvé par la nécessité du théâtre, reste passionnant. Il ne cesse de rabrouer son jeune librettiste, lui reprochant toujours son “verbiage”. A Monte-carlo, le succès n’est que d’estime ce qui désespère l’auteur. Il faut vraiment attendre la reprise parisienne à l’Opéra-Comique en 1919 avec Germaine Lubin pour que l’ouvrage suscite une passion publique.

 

 

faure-penelope-opera-du-rhin-octobre-2015-presentation-review-critique-CLASSIQUENEWSRetour de l’éternelle attente… Pénélope a trouvé la parade aux prétendants qui souhaitent l’épouser car il faut redonner à l’île d’Ithaque, un roi et un nouvel avenir après le départ d’Ulysse. La souveraine défait chaque soir l’ouvrage qu’elle a tissé pendant la journée : elle a fait le voeu en effet d’accepter un nouvel époux quand son métier serait achevé. Pour faire antique, Fauré compose donc une fresque épurée, sensuelle, colorée de danses « orientales », soit un cadre vraisemblable et riche pour mettre en avant la cantatrice vedette dont le rôle exige tempérament, constance, vérité et profondeur tragiques. La musique de Fauré, consciemment ou non, interroge la formulation et le sens de l’attente : il faut l’espérance pour oser prétendre à l’inespéré. Mais Pénélope qui patiente et attend, a-t-elle conscience de son propre avenir qui est à l’extrémité de son attente ? Qu’espère-t-elle au demeurant ? Quel enseignement va-t-elle découvrir à la fin de son attente ?

 

faure gabriel portrait gabriel faure CLASSIQUENEWSGabriel Fauré voulait un sujet mythologique pour son opéra. Les derniers chants de l’Odyssée inspire un livret resserré mais Homère est ici réactualisé dans le Paris de 1907, année où Fauré commence sa partition. Olivier Py estime la poésie du librettiste et rappelle qu’au moment de l’écriture de Fauré, le Titanic a sombré emportant avec lui toute une époque, celle de Fauré. justement. Dans Pénélope, Fauré cible l’abstraction, c’est à dire une action universelle : l’attente de Pénélope (Fauré concentre son action sur la figure féminine au point que le personnage de Télémaque a disparu) désire comprendre mais elle reste absente à tout discernement, et demeure aveugle à sa propre actualité (au point d’ailleurs dans l’opéra de ne pas reconnaître Ulysse qui est revenu…) : Fauré, c’est Pénélope qui ne voit pas venir le marxisme, la Guerre mondiale, ce gouffre terrible qui va surgir. La couronne de Télémaque et d’Ulysse jetées dans une flaque d’eau : tel est le défi de base proposé par Olivier Py à son responsable des décors, Pierre-André Weitz. Il en découle un dispositif scénique continûment mobile, composé de plateaux tournants, posés sur une étendue d’eau… qui fait vaciller l’ensemble du décor et de la machinerie : c’est un prodige d’ombres, de formes évanescentes qui trouble l’entendement du spectateur. De sorte que nous sommes exactement dans cette perte de la conscience qui a peu à peu enseveli la raison de celle qui attend et s’est perdue. La dramaturgie est nourrie d’espérance déçue, d’attente, de pudeur très noble (pas de place pour le burlesque et le comique ou l’ironie). Le cadre choisi est celui d’un éternel retour…

HUNOLD catherine-hunold1Une autre voix pour la générale… Dernière minute : c’est Catherine Hunold (photo ci-contre), sublime diseuse et voix ample et timbrée qui a assuré finalement le rôle de Pénélope pour la Générale : la diva française a confirmé ainsi ses affinités avec le récitatif fauréen, subtile prosodie entre chant et parole… Elle poursuit une série de prise de rôles de plus en plus convaincants : Bérénice à Tours (recréation saluée par CLASSIQUENEWS), et dernièrement au disque, Sémélé, cantate pour le prix de Rome de Paul Dukas présentée malheureusement en 1889 : un coup de génie bien peu reconnu par l’Institution.Il existe seulement deux enregistrements : l’un en live par Ingelbrecht  avec Régine Crespin (1956), l’autre en studio par Charles Dutoit avec Jessye Norman (1980). 

 

 

 

boutonreservationPénélope de Fauré à l’Opéra de Strasbourg
7 représentations à ne pas manquer
Les 23, 27, 29, 31 octobre puis 3 novembre 2015.
A Mulhouse (La Filature), les 20 puis 22 novembre 2015

Direction musicale: Patrick Davin
Mise en scène: Olivier Py
Décors et costumes: Pierre-André Weitz
Lumières: Bertrand Killy

 

Pénélope: Anna Caterina Antonacci
Ulysse: Marc Laho
Euryclée: Élodie Méchain
Cléone: Sarah Laulan
Mélantho: Kristina Bitenc
Phylo: Rocío Pérez
Lydie: Francesca Sorteni
Alcandre: Lamia Beuque
Eumée: Jean-Philippe Lafont
Eurymaque: Edwin Crossley-Mercer
Antinoüs: Martial Defontaine
Léodès: Mark Van Arsdale
Ctésippe: Arnaud Richard
Pisandre: Camille Tresmontant

Chœurs de l’Opéra national du Rhin
Maîtrise de l’Opéra national du Rhin – Petits chanteurs de Strasbourg
Orchestre symphonique de Mulhouse
Éditions Heugel

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Compte-rendu : Paris. Théâtre des Champs-Elysées, le 20 juin 2013. Fauré : Pénélope. Roberto Alagna, Anna Caterina Antonacci … Chœur et Orchestre Lamoureux. Fayçal Karoui, direction 


Antonacci pianoIl fallait bien recourir à deux « superstars » lyriques comme Roberto Alagna et Anna Caterina Antonacci, pour faire salle comble avec Pénélope de Gabriel Fauré.
Deuxième tentative opératique du compositeur, l’œuvre entrée en 1913 au répertoire du Théâtre des Champs-Elysées avait toute sa place pour cette saison centenaire 2012-2013 qui touche à sa fin. Elle aura pourtant connu moins d’une dizaine de représentations dans toute son histoire et bénéficié de seulement deux enregistrements : l’un en live par Ingelbrecht  avec Régine Crespin (1956), l’autre en studio par Charles Dutoit avec Jessye Norman (1980).

 

 

Pénélope, rare et ensorcelante …

 

Le succès mitigé de cet opéra peut s’expliquer de plusieurs manières : le livret de René Fauchois plat et mal construit ; une partition de Fauré, elle aussi peu théâtrale, loin du style habituel du compositeur et encore plus éloignée de ce qui se faisait de plus moderne à l’époque pour rester à la postérité. La musique, il faut bien l’avouer, n’est pas des plus séduisantes. Elle fonctionne plutôt en longs tableaux diluant une même ambiance, sans contrastes forts ni arrêtes saillantes, avec des couleurs orchestrales qui évoquent des tons pastels… Tandis que l’écriture vocale et la prosodie restent assez plats. Néanmoins, en dehors de son intérêt purement « historique », sa richesse harmonique comme la beauté de plusieurs de ses pages – notamment aux actes II et III – en font une œuvre à ne pas négliger.
Les quelques faiblesses de la partition ont d’ailleurs été accentuées par l’interprétation peu frémissante de Fayçal Karoui. Le chef semble pourtant vouloir insuffler de l’énergie à l’Orchestre Lamoureux – dont le niveau est, au demeurant, tout à fait respectable – mais la mayonnaise ne prend pas et laisse une impression assez molle de l’ensemble, sauf lors de quelques passages brillants.
Avec un plateau vocal aussi luxueux, cette interprétation fera certainement date dans la (courte) histoire discographique de l’opéra. Habituée aux héroïnes plus ardentes, Anna Caterina Antonacci est parvenue à insuffler au rôle de Pénélope la vigueur et la passion qui lui fait parfois défaut. La tessiture et la vocalité du rôle lui convenaient à merveille, laissant libre court à son talent de tragédienne. Quant à Roberto Alagna, son aisance et son charisme en font un Ulysse lumineux, solaire… irrésistible.
L’opéra ne comporte pas de véritable de second rôle, hormis peut-être le berger Eumée, incarné par Vincent Le Texier dont la voix ample très engorgée semblait en décalage dans ce répertoire.
Pénélope n’est pas une œuvre qui se livre aisément, elle dévoile ses charmes progressivement, à force de persévérance. Malheureusement, si le spectacle a été enregistré par le Théâtre, aucune diffusion n’est prévue pour l’instant, alors que cette œuvre mérite un véritable coup de projecteur et une visibilité digne de ce nom.

Paris. Théâtre des Champs-Elysées, le 20 juin 2013. Fauré, Pénélope. Roberto Alagna, Anna Caterina Antonacci, Vincent Le Texier, Edwin Crossley-Mercer,  Marina de Liso, Julien Behr, Sophie Pondjiclis, Jérémy Duffau, Khatouna Gadelia, Marc Labonette  et Antonin Rondepierre. Chœur Lamoureux, direction Patrick Marco. Orchestre Lamoureux, direction Fayçal Karoui.

Illustration : Anna Caterina Antonacci (DR)