dimanche, janvier 29, 2023

CRITIQUE CD. MEYERBEER : Robert le diable. M Minkowski – 3 cd Palazzetto Bru Zane

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CRITIQUE CD. MEYERBEER : Robert le diable. M Minkowski – 3 cd Palazzetto Bru Zane  –  En réussissant l’équation grandiose et intimisme, spectaculaire et tendresse pathétique, collectif et individualités, Robert le Diable créé en 1831 (opéra Le Peletier) est un modèle opératique  du « grand opéra » à la française ; la présente lecture unifie cette totalité en apparence éclectique ; elle reprécise le relief des personnalités, comme l’enjeu des ensembles. Dans un contexte de manipulation diabolique, riche en apparitions surnaturelles s’impose évidemment la fameuse pantomime au tombeau de Sainte-Rosalie, peinte par Degas, tableau des nonnes, fermant l’acte III, qui pilotées par Bertram, envoûtent et séduisent littéralement, à coup de bassons sardoniques et grimaçants,… le trop naïf Robert, objet d’une emprise infernale. 

Malgré l’immersion dans l’abject, le terrifique, l’illusion, perce l’éclat du couple tendre et amoureux, Robert (en quête de sa mère, d’où sa fragilité consubstantielle) et Isabelle, vrai emploi de soprano coloratoure, digne des standards Belliniens… leurs duos sont ciselés et de fait, véritablement entraînants.

A l’écoute de cette version, on distingue et ressent bien les ressorts de cet opéra « grand format » qui inaugure la tradition française des grands décors et des beaux airs : diversité des tableaux, entre héroïque et pathétique… la construction et la tension vont crescendo jusqu’au cœur sentimental de l’acte central (II), le duo Robert / Isabelle (« avec bonté, voyez ma peine ») et bien sûr l’ultime scène (chute de Bertram et mariage in extremis des fiancés), en passant par la délirante bacchanale des nonnes (dénudées) du III donc. 

Dans l’ombre de la basse Bertram (Nicolas Courjal, caverneux, parfois trop vibré, mais à l’articulation maîtrisée), Robert est une personnalité écartelée, tiraillée, en quête de sa mère comme le précise son air / prière puis marche, du II « O ma mère, ombre si tendre »…

Arguments de poids : les bons solistes pour le duo amoureux Robert / Isabelle : alliant agilité et bonne intelligibilité, John Osborn et Amina Edris incarnent deux âmes éprouvées, constamment justes, finalement réunies. Au terme de l’action, le fils saura se libérer du père, respectant sans le savoir, les volontés de sa défunte mère. 

Toujours vive, hyper expressive, la baguette de Minkowski défend un tempo d’enfer (chœur dansé de la Bacchanale) ; il n’écarte pas hélas la grandiloquence qui devient même ampoulée dans le finale (apothéose inespérée de Robert) à force d’effets parfois ronflants ; voilà qui nous ferait croire que l’art cinématographique de Meyerbeer s’appuie presque exclusivement sur le grand déballage. A tort évidemment. On lira avec intérêt les textes accompagnant les 3 cd pour mesurer combien le profil des personnages, comme la diversité des situations envisagent d’autres options comme d’autres séduisantes finesses. 

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CRITIQUE CD. MEYERBEER : Robert le diable. John Osborne, Amina Edris, N Courjal, … – Orch Nat Bordeaux Aquitaine / M Minkowski – 3 cd Palazzetto Bru Zane – enregistré en sept 2021 à Bordeaux, LIVRE-DISQUE.

Giacomo Meyerbeer : Robert le Diable – Collection “Opéra français » vol. 33

Solistes  :  John Osborn, Nicolas Courjal, Amina Edris, Erin Morley, Nico Darmanin, Joel Allison, Paco Garcia / Marc Minkowski, direction : ORCHESTRE NATIONAL BORDEAUX AQUITAINE / CHŒUR DE L’OPÉRA NATIONAL DE BORDEAUX – 3 CD / 168 pages – Bru Zane Label 

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