CRITIQUE, opéra. LYON, le 9 oct 2021. VERDI : Falstaff. Opéra de Lyon, Rustioni / Kosky

CRITIQUE, opĂ©ra. LYON, le 9 oct 2021. VERDI : Falstaff. OpĂ©ra de Lyon, Daniele Rustioni (direction). AprĂšs les festivaliers d’Aix-en-Provence cet Ă©tĂ© en juillet, les Lyonnais ont eu la primeur de cette superbe production. Une nouvelle rĂ©ussite du duo Barrie Kosky et Daniele Rustioni, magnifiĂ©e par une distribution exemplaire. Une soirĂ©e importante Ă  plus d’un titre : l’OpĂ©ra de Lyon inaugure sa saison avec une jauge enfin maximale et inaugure en mĂȘme temps le mandat de son nouveau directeur Richard Brunel, particuliĂšrement Ă©mu au dĂ©but et Ă  l’issue de la reprĂ©sentation. Commencer une nouvelle saison par le dernier opus de Verdi faisait Ă©galement sens, d’autant que Falstaff n’avait pas foulĂ© l’OpĂ©ra lyonnais depuis 17 ans. Et le duo Kosky / Rustioni nous a mijotĂ© une comĂ©die aux petits oignons.

 

 

Un Falstaff finement cuisiné

 

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Sur scĂšne en effet, le Falstaff de Christopher Purves apparaĂźt en cuisinier affairĂ© ; s’il n’a pas la corpulence attendue du rĂŽle, il en a les contours, tour Ă  tour drolatique et sĂ©rieux, extraordinaire de prĂ©sence scĂ©nique. La magie de Barrie Kosky opĂšre une fois de plus (aprĂšs son fabuleux Coq d’Or vu ici mĂȘme en juin dernier). Sa direction d’acteur d’une prĂ©cision d’entomologiste fait merveille. Aucun temps mort, une musique virevoltante pour un drame parmi les plus littĂ©raires (la plume magistrale de Boito) et les plus dramatiquement efficaces du rĂ©pertoire verdien. Les dĂ©cors de Katrin Lea Tag sont dĂ©licieusement vintage, couleurs acidulĂ©es au mur (qu’on retrouvera dans le costume qu’endosse Falstaff au 3Ăš acte), tables et chaises de bistrot, qui composent un tableau Ă  la Hockney et illustrent une sorte de temporalitĂ© figĂ©e en contraste avec le tourbillon des personnages en perpĂ©tuelle agitation dans cette comĂ©die d’une Ă©poustouflante jeunesse, comĂ©die « de la boisson, de la nourriture et du sexe », nous dit le metteur en scĂšne. En Ford, StĂ©phane Degout est toujours aussi magistral, voix solidement charpentĂ©e, diction impeccable, ambitus vocal passant sans aspĂ©ritĂ© aucune du grave Ă  l’aigu, d’une Ă©lĂ©gance extrĂȘme dans son costume trois piĂšces, dotĂ©e d’une moustache en berne qui ne laisse pas deviner la hargne qui le saisit quand il apprend que sa rĂ©putation est Ă©cornĂ©e.
En contrepoint, deux jeunes premiers idĂ©alement incarnĂ©s par Giulia Semenzato (Nannetta), timbre finement projetĂ©, tout en grĂące aĂ©rienne, malgrĂ© une moindre puissance, mais comĂ©dienne remarquable, et par son fiancĂ© Juan Francisco Gatell (Fenton), tĂ©nor rompu aux rĂŽles rossiniens, mĂȘlant grĂące de tenorino et puissance dramatique efficace dans le magnifique duo du premier acte, tendre et Ă©lĂ©giaque Ă  souhait. Tout aussi drĂŽle et pleine d’abattage, la mezzo jubilatoire de Daniela Barcellona dans le rĂŽle de Mrs Quickly, coryphĂ©e d’exception des commĂšres Alice (impeccable Carmen Giannattasio) et Meg (Antoinette Dennefeld, tout aussi irrĂ©sistible), qui s’empiffrent de faux gĂąteaux gĂ©ants, ornant le lit conjugal au 2Ăš acte ; saluons le CaĂŻus de Gregory Bonfanti, tĂ©nor racĂ©, thĂ©Ăątralement efficace, et le Bartolo de Rodolphe Briand, Ă©galement irrĂ©prochable. Seul le Pistola de Antonio di Matteo déçoit un peu par son Ă©mission engorgĂ©e, malgrĂ© une voix de basse prometteuse, mais trop souvent instable.
Dans la fosse, la baguette magique de Daniele Rustioni fait toujours autant de merveilles pour servir brillamment une partition proprement Ă©blouissante. La fugue finale, d’une prodigieuse complexitĂ©, dans laquelle intervient, dans son intĂ©gralitĂ©, l’excellent ChƓur de l’OpĂ©ra de Lyon, restera l’un des grands moments de thĂ©Ăątre d’une soirĂ©e mĂ©morable.

 

 

CRITIQUE, opĂ©ra. LYON, le 9 oct 2021. VERDI : Falstaff. Christopher Purves (Falstaff), StĂ©phane Degout (Ford), Juan Francisco Gatell (Fenton), Carmen Giannattasio (Alice Ford), Daniela Barcellona (Mrs Quickly), Giulia Semenzato (Nannetta), Antoinette Dennefeld (Mrs Page), Francesco Pittari (Docteur CaĂŻus), Rodolphe Briand (Bardolfo), Antonio di Matteo (Pistola), Barrie Kosky (mise en scĂšne), Katrin Lea Tag (dĂ©cors et costumes), Franck Evin (lumiĂšres), Olaf A. Schmitt (Dramaturgie), Anass Ismat (Chef des chƓurs), Orchestre et ChƓurs de l’OpĂ©ra de Lyon, Daniele Rustioni (direction).

 

 

 

Vannina Santoni chante Manon de Massenet

Massenet jules cherubin Jules_Massenet_portraitFRANCE MUSIQUE, sam 25 sept 2021, 20h. MASSENET : Manon / V Santoni (PARIS, TCE, 15 sept 2021). Ouverture de la saison 21 – 22 du ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es avec cette version de concert de Manon de Massenet. Vannina Santoni remplace Patricia Petitbon en Manon, Jean-SĂ©bastien Bou Artur RuciƄski en Lescaut : les auditeurs n’auront rien perdu au change. Vannina Santoni retrouve ainsi Samir Pirgu, en un duo dĂ©jĂ  apprĂ©ciĂ© in situ dans la Traviata (2018).

Convaincante MANON de Vannina Santoni

vaninna-santoni-chante-manon-opera-critique-classiquenewsVannina Santoni campe une Manon convaincante, nuancĂ©e et crĂ©dible : insouciante et dĂ©munie (« Je suis encore toute Ă©tourdie »), sensible et passive (« Adieu notre petite table »), triomphante au Cours La Reine ; passionnĂ©e, conquĂ©rante quand il faut re-sĂ©duire Desgrieux devenu abbĂ© Ă  saint-Sulpice (« n’est ce pas ma main
) : l’évolution du personnage, de plus en plus Ă©prouvĂ© et grave – jusqu’à la solitude fatale, est brillante et palpable. L’intelligence de l’interprĂšte, rayonnante et cohĂ©rente. Dommage que le des Grieux de Pirgu manque d’assise, de nuances, d’intelligibilitĂ© : sensible certes mais trop contrastĂ©, son chant se durcit dans des aigus forcĂ©s. Le Lescaut de Jean-SĂ©bastien Bou incarne le parisien corrompu par le jeu, astucieux, irresponsable, d’une insouciance crasse mais la sĂ©duction de ce jouisseur impĂ©nitent brille dans l’air « Ô Rosalinde », manifeste d’une langueur Ă©perdue. Nicolas TestĂ© tire son Ă©pingle du jeu par sa carrure indĂ©fectible, son autoritĂ© souveraine (Des Grieux pĂšre).
MĂȘme verve piquante, mordante, contrastĂ©e pour les seconds rĂŽles (essentiels en vĂ©ritĂ©) : les 3 sirĂšnes vĂ©nales (Poussette, Javotte et Rosette, incarnĂ©es par Margot Genet, Amandine Ammirati et ClĂ©mence Poussin), leur victime, le riche et crĂ©dule Guillot de Morfontaine (Eric Huchet).
TrÚs dramatique, voire contrastée et nerveuse, la direction de Daniele Rustioni restitue à la partition de Massenet son nerf, ses muscles, une intensité évidente.

Concert donnĂ© le 15 septembre 2021 au ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es Ă  Paris. Manon de Jules Massenet, opĂ©ra-comique en 5 actes d’aprĂšs le roman de l’abbĂ© PrĂ©vost, « l’Histoire du chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut » (1731), crĂ©Ă© Ă  l’OpĂ©ra-Comique de Paris le 19 janvier 1884.

Distribution :
Vannina Santoni (soprano) : Manon Lescaut
Jean-Sébastien Bou (ténor) : Le Chevalier des Grieux
Artur Rucinski (baryton) : Lescaut, le cousin de Manon
Eric Huchet (ténor) : Guillot de Morfontaine, un noble
Philippe EstÚphe, baryton, Monsieur de Brétigny
Nicolas Testé (baryton-basse) : Le comte des Grieux, le pÚre du Chevalier
Margot Genet (soprano) : Poussette, une comédienne
Amandine Ammirati (soprano) : Javotte, une comédienne
Clémence Poussin (mezzo-soprano) : Rosette, une comédienne

ChƓurs de l’OpĂ©ra national de Lyon
(dirigés par Roberto Balistreri)
Orchestre de l’OpĂ©ra national de Lyon
Daniele Rustioni, direction

Rustioni dirige Le Coq d’Or de Rimsky : attention, prodige !

RIMSKY-COQ-D-OR-KOSKY-Opera-de-lyon-aix-en-provence-festival-2021-critique-opera-par-classiquenewsFrance Musique, sam 18 sept 2021, 20h. RIMSKY-K.: Le Coq d’or. L’intelligence de la mise en scĂšne de Barrie Kosky pour cette nouvelle production lyonnaise a su dialoguer Ă  Ă©galitĂ© avec la partie musicale portĂ©e par le chef Daniele Rusconi. France Musique est bien inspirĂ©e de garder trace de cet excellent spectacle
. magique donc mĂ©morable Ă  bien des Ă©gards. Reine de Chemakha percutante et timbrĂ©e (Nina Minasyan), nourrice Amelfa aussi tendre que vĂ©hĂ©mente (Margarita Nekrasova), tsar Ă  la fois ridicule et sincĂšre (Dmitry Ulyanov), car il s’agit bien d’une critique du pouvoir tsariste, sans omettre la basse dĂ©lirante, onirique, parfois surrĂ©aliste 
. Mischa Schelomianski dans le rĂŽle Ă©trange de Polkan
 chacun tient sa partie et nourrit la richesse trouble des personnages. Le rĂŽle clĂ© de l’opĂ©ra demeure assurĂ©ment celui de l’Astrologue qui ouvre et referme le livre fabuleux, en manipulateur suprĂȘme : Andrey Popov se rĂ©vĂšle dans toute la sĂ©duction trouble du caractĂšre central. Le Choeur de l’OpĂ©ra de Lyon est de la mĂȘme eau, scintillante, irradiante et la direction du chef Rustoni dĂ©taille, articule un prodige lyrique et dramatique, entre onirisme et cynisme. Du grand art. PHOTO : Le Coq d’or / OpĂ©ra de Lyon juin 2021 (DR : © Jean-Louis Fernandez)

Concert donnĂ© le 20 mai 2021 Ă  l’OpĂ©ra de Lyon.
Nikolaï Andreïevitch Rimski-Korsakov : Le Coq d’or
OpĂ©ra en trois actes sur un livret de Vladimir I. Bielski, d’aprĂšs le conte d’Alexandre Pouchkine crĂ©Ă© le 7 octobre 1909 au ThĂ©Ăątre Solodovnikov Ă  Moscou.

Avec
Dmitry Ulyanov, basse, Le tsar Dodon‹Andrei Popov, tĂ©nor, l’Astrologue‹Mischa Schelomianski, basse, Polkan‹Nina Minasyan, soprano, la reine de Chemakha
Margarita Nekrasova, mezzo-soprano, Amelfa
Andrei Zhilikhovsky, baryton, le tsarévitch Aphron
Anna Denisova, soprano, la voix du Coq d’or‹Vasily Efimov, tĂ©nor, le tsarĂ©vitch Gvidon‹ChƓurs de l’OpĂ©ra de Lyon‹Orchestre de l’OpĂ©ra de Lyon‹Direction : Daniele Rustioni

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LIRE ici la critique complĂšte de notre rĂ©dacteur JF Lattarico, tĂ©moin de la reprĂ©sentation lyonnaise du 2 juin 2021 : « Un Coq double et fascinant qui chante et enchante  »,
http://www.classiquenews.com/critique-opera-lyon-le-2-juin-2021-rimski-korsakov-le-coq-dor-rustioni-kosky/

CRITIQUE opĂ©ra. LYON, le 2 juin 2021. RIMSKI-KORSAKOV, Le Coq d’or. Rustioni / Kosky

CRITIQUE opĂ©ra. LYON, le 2 juin 2021. RIMSKI-KORSAKOV, Le Coq d’or. Rustioni / Kosky. Avant les festivaliers d’Aix-en-Provence cet Ă©tĂ© en juillet, les Lyonnais ont eu la primeur de cette magnifique production qui restera gravĂ©e dans toutes les mĂ©moires. Une rĂ©ussite magistrale et exemplaire. DĂšs le prologue, l’Astrologue avertit le public : ce Coq d’or est une fable ; comprenons : une allĂ©gorie critique du pouvoir tsariste. Comme toute fable, alors qu’elle s’inscrit dans un contexte politique prĂ©cis (la tourmente rĂ©volutionnaire de 1905 qui affecta le compositeur), celle-ci s’inscrit dans une sorte d’intemporalitĂ© et d’indĂ©termination topographique qui renforce son caractĂšre universel. Le metteur en scĂšne Barrie Kosky en a parfaitement saisi l’essence et propose une lecture d’une force dramatique proprement hallucinĂ©e qui tient en haleine les spectateurs durant les plus de deux heures du spectacle donnĂ© sans entracte. Les contraintes sanitaires ont ici une vertu : l’absence d’interruption magnifie la progression dramatique de l’Ɠuvre et en rĂ©vĂšle la force et la parfaite cohĂ©rence.

 

 

Prodige Ă  l’OpĂ©ra de Lyon,
mis en scĂšne par Barrie Kosky

un Coq double et fascinant qui chante et enchante

 

 

 

RIMSKY-COQ-D-OR-KOSKY-Opera-de-lyon-aix-en-provence-festival-2021-critique-opera-par-classiquenewsLe Coq d’or – production de l’OpĂ©ra de Lyon, juin 2021 (DR : © Jean-Louis Fernandez)

 

 

 

Sur scĂšne, un champ d’ajoncs Ă  perte de vue et un arbre sec servant de perchoir au volatile ; cĂŽtĂ© personnages, le tsar n’est pas en tenue d’apparat, mais porte un maillot de corps maculĂ© de sang et de sueur, tandis que ses deux fils – seul clin d’Ɠil Ă  une lecture plus contemporaine – apparaissent comme des bureaucrates d’une Russie soviĂ©tique. L’armĂ©e n’a point de visage, qui s’indiffĂ©rencie dans des dizaines de tĂȘtes de chevaux en jarretelles et bas en dentelles, Ă©voquant un gigantesque jeu d’échecs dont le tsar se croit le roi incontestĂ©. Le caractĂšre hybride et sexuellement indiffĂ©renciĂ© du conte (inspirĂ© de Pouchkine, lui-mĂȘme se souvenant des Contes de l’Alhambra de J. Irving) se retrouve chez les deux personnages essentiels de l’intrigue : l’Astrologue, tour Ă  tour fĂ©minin et masculin, dans la voix comme dans l’attitude, et chez le coq, peinturlurĂ© d’or et « vĂȘtu » d’une seule chaussure Ă  talon aiguille, tandis que la reine de Chemakha semble tout droit sortie d’une revue de music-hall ou d’un film glamour des annĂ©es cinquante, rappelant avec sa robe Ă  paillettes telle MarlĂšne Dietrich entourĂ©e de ses quatre boys exĂ©cutant de suggestives danses lascives.

La distribution rĂ©unie pour cette production magique ne mĂ©rite que des Ă©loges. La reine est campĂ©e par la soprano armĂ©nienne Nina Minasyan, d’un aplomb, d’une prĂ©sence scĂ©nique et d’une aisance stupĂ©fiante dans les aigus sans que cela n’affecte un timbre charnu d’une grande sensualitĂ© qui constamment enchante ; dans le rĂŽle de la nourrice Amelfa, Margarita Nekrasova conjugue puissance masculine et grande douceur, en particulier dans sa berceuse du premier acte. L’hybridisme est aussi celui du coq, incarnĂ© par Wilfried Gonon, Ă  la trouble sensualitĂ©, et, pour la voix, par Maria Nazarova, au timbre Ă  la fois flĂ»tĂ© et sonore, sans qu’à aucun moment n’apparaisse l’étrangetĂ© de cette double incarnation. Le tsar illustre un autre aspect de la dualitĂ© Ă  l’Ɠuvre dans cet opĂ©ra : son caractĂšre ridicule, jouet du destin dont le coq tire les ficelles, n’obĂšre jamais la beautĂ© ni la qualitĂ© de la voix. Dmitry Ulyanov respecte avec constance et bonheur ces deux aspects a priori contradictoires du personnage. CachĂ© sous sa tĂȘte de cheval, le gĂ©nĂ©ral Polkan – personnage absent chez Pouchkine – est le parangon du chef militaire dĂ©vouĂ©, aux vocifĂ©rations canines (inspirĂ© du folklore russe oĂč il apparaĂźt en crĂ©ature monstrueuse mi-homme mi-chien). Le timbre caverneux de la basse Mischa Schelomianski perce sans effort le voile Ă©pais de son costume d’équidĂ©, avant de disparaĂźtre sans qu’on sache vraiment comment.

Plus impressionnante encore la voix de l’Astrologue Ă  la tessiture invraisemblable, irrĂ©elle, parfois d’une laideur alliciante, Ă  l’image de l’étrangetĂ© fascinante de ce personnage qui ouvre et achĂšve l’opĂ©ra. Andrey Popov en propose une lecture Ă©poustouflante, magnifiĂ©e par un jeu scĂ©nique qui fige le regard et l’écoute des spectateurs. Les chƓurs sont un personnage Ă  part entiĂšre de l’intrigue et, comme pour chaque production, les ChƓurs de l’OpĂ©ra de Lyon, superbement dirigĂ©s par Roberto Balistreri, maintiennent un trĂšs haut niveau d’excellence que la direction habile de Barrie Kosky met en valeur, aussi bien en cavaliers d’échec qu’en foule tchadorisĂ©e, finissant presque par se confondre avec le dĂ©cor vĂ©gĂ©tal.

A nouveau Daniele Rustioni dĂ©montre son exceptionnelle habiletĂ© Ă  s’approprier une partition redoutable, qui conjugue sortilĂšges orientalisants et ĂąpretĂ© des timbres : le grotesque cĂŽtoie le sublime, fruit d’une imagination sans limite, comme dans le cortĂšge des crĂ©atures bizarres qui fait dire au peuple mĂ©dusĂ© ce qui fait office de profession de foi esthĂ©tique : « Le monde est plein de prodiges ! »

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CRITIQUE opĂ©ra. LYON, le 2 juin 2021. RIMSKI-KORSAKOV, Le Coq d’or. Dmitry Ulyanov (Le Tsar Dodon), Nina Minasyan (La Reine de Chemaka), Andrey Popov (L’Astrologue), Margarita Nekrasova (Amelfa), Mischa Schelomianski (Polkan), Andrey Zhilikhovsky (Le TsarĂ©vitch Aphron), Vasily Efimov (Le TsarĂ©vitch Gvidon), Maria Nazarova (La voix du Coq d’or), Wilfried Gonon (Le Coq d’or), StĂ©phane Arestan-OrrĂ©, RĂ©mi Benard, Vivien Letarnec, Christophe West (Danseurs), Barrie Kosky (mise en scĂšne), Rufus Didwiszus (dĂ©cors), Victoria Behr (costumes), Franck Evin (lumiĂšres), Otto Pichler (Dramaturgie), Roberto Balistreri (Chef des chƓurs), Orchestre et ChƓurs de l’OpĂ©ra de Lyon, Daniele Rustioni (direction).

COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. LYON, le 6 nov 2019. VERDI : Ernani. F. Meli
 Orch et chƓur de l’opĂ©ra de Lyon, Daniele Rustioni

COMPTE-RENDU, critique, opĂ©ra. LYON, le 6 nov 2019. VERDI : Ernani. F. Meli
 Orch et chƓur de l’opĂ©ra de Lyon, Daniele Rustioni. Avant une production scĂ©nique trĂšs attendue de Rigoletto en mars prochain (2020), le cycle Verdi se poursuit avec un Ernani en version de concert de trĂšs haute volĂ©e. La direction de Daniele Rustioni fait encore mouche face Ă  une distribution dominĂ©e par un exceptionnel Francesco Meli.

 

 

 

Lyon fait rugir le lion de Castille

 

 

giuseppe-verdi_jpg_240x240_crop_upscale_q95OpĂ©ra Ă©minemment politique au sein de la production de jeunesse de Verdi (c’est son cinquiĂšme opus aprĂšs le succĂšs en demi-teintes des Lombardi), Ernani rĂ©unit pour la premiĂšre fois de façon claire (Nabucco mis Ă  part) la typologie vocale verdienne dĂ©sormais topique : un tĂ©nor, une soprano dramatique, un baryton Ă  l’ample ambitus et une basse d’exception. La distribution rĂ©unie ici remplit presque toutes ses promesses.
Dans le rĂŽle-titre, le tĂ©nor Francesco Meli Ă©blouit par un timbre clair, magnifiquement projetĂ©, une diction impeccable, dĂšs son air d’entrĂ©e (« Oh tu, che l’alma adora »), et se dĂ©marque largement dans les nombreux ensembles. Son interprĂ©tation, toujours attentive aux mille nuances du texte, jamais ne tombe dans la caricature du tĂ©nor belcantiste qui sacrifie l’expressivitĂ© du chant au profit d’une virtuositĂ© gratuite. Les mĂȘmes qualitĂ©s se retrouvent dans le Silva de Roberto Tagliavini, chanteur racĂ©, timbre de bronze d’une grande noblesse qui, sans avoir l’ñge du personnage, sert admirablement l’un des plus beaux rĂŽles verdiens des « annĂ©es de galĂšre », et sans doute l’un des plus complexes de cette partition inĂ©gale mais souvent fascinante. Son dernier air dans lequel il reste sourd aux priĂšres de sa victime (« Solingo, errante e misero »), est un moment d’une grande intensitĂ© pathĂ©tique. On retrouve dans le rĂŽle musicalement trĂšs riche de Don Carlo, le baryton-basse mongol Amartuvshin Enkhbat, dĂ©jĂ  entendu dans Attila, et dans Nabucco en novembre dernier Ă  l’Auditorium de Lyon. On ne peut que louer la parfaite maĂźtrise de la langue et l’intelligence du texte servies par une voix caverneuse thĂ©Ăątralement toujours efficace, mĂȘme si l’on peut regretter une Ă©mission trop souvent voilĂ©e qui tranche avec la clartĂ© d’émission des deux autres chanteurs masculins. Son grand air du 3e acte a cependant pĂ©trifiĂ© le public, rĂ©vĂ©lant un chant d’une grande nuance et subtilitĂ©. La dĂ©ception vient en revanche de la soprano Carmen Giannantasio, dans le rĂŽle moins fouillĂ© d’Elvira. Si la voix est bien lĂ , si l’ambitus vocal, plutĂŽt impressionnant, Ă©pouse assez bien les difficultĂ©s vocales du personnage – comparable Ă  bien des Ă©gards Ă  l’Abigaile de Nabucco –, on regrette une interprĂ©tation trop poussive (peu Ă©lĂ©gante, avec des aigus forcĂ©s et sans nuance) qui rompt ainsi l’homogĂ©nĂ©itĂ© d’une distribution qui autrement eĂ»t Ă©tĂ© sans faille. Les autres rĂŽles secondaires sont correctement tenus, avec cependant un italien Ă  la prononciation pas toujours trĂšs orthodoxe.
rustioni-daniele-maestro-chef-opera-critique-annonce-opera-festival-concert-classiquenewsLes chƓurs, qui dans ces opĂ©ras patriotiques ont, comme on le sait, une fonction importante (ils sont l’incarnation de l’identitĂ© collective du peuple), sont une fois de plus remarquablement dĂ©fendus par les forces de l’OpĂ©ra de Lyon dirigĂ©s par Johannes Knecht, mĂȘme si on eĂ»t prĂ©fĂ©rĂ© des choix de tempi moins rapides qui nuisent Ă  l’intelligibilitĂ© du texte, notamment le chƓur d’entrĂ©e (« Evviva, beviam »), soulignant davantage la pulsation rythmique que le message dont l’habillage musical (Verdi y attachait une grande importance) est censĂ© ĂȘtre porteur. Dans la fosse, Daniele Rustioni consolide sa rĂ©putation de chef exceptionnellement engagé : toujours la mĂȘme prĂ©cision et le mĂȘme Ă©quilibre des pupitres qui distillent une fabuleuse Ă©nergie au service du drame, maĂźtre-mot de l’opĂ©ra verdien.

 
 

Compte-rendu. Lyon, OpĂ©ra de Lyon (Auditorium), Verdi, Ernani, 6 novembre 2019. Francesco Meli (Ernani), Carmen Giannattasio (Elvira), Amartuvshin Enkhbat (Don Carlo), Roberto Tagliavini (Don Ruy Gomez de Silva), Margot Genet (Giovanna), KaĂ«lig BochĂ© (Don Riccardo), Matthew Buswell (Jago), Johannes Knecht (Chef des chƓurs), Orchestre et chƓur de l’OpĂ©ra de Lyon, Daniele Rustioni (direction). Diffusion de la reprĂ©sentation donnĂ©e Ă  Paris dans la foulĂ©e, le 23 nov 2019 sur France Musique.

 
 

ERNANI de VERDI, par Daniele Rustioni

VERDI_442_Giuseppe_Verdi_portraitFRANCE MUSIQUE, sam 23 nov 2019, 20h. VERDI : ERNANI. RUSTIONI. Suite du cycle verdien initiĂ© depuis Lyon… Concert donnĂ© le 8 novembre 2019 Ă  19h30 au ThĂ©Ăątre des Champs-ElysĂ©es Ă  Paris. D’aprĂšs le compte rendu de notre rĂ©dacteur JF Lattarico, tĂ©moin de la production prĂ©sentĂ©e en nov Ă  l’OpĂ©ra national de Lyon, le plateau (comprenant certains jeunes apprentis du Studio lyrique local) et l’orchestre mĂ©ritaient le meilleur accueil. Voici ce qu’écrivait notre collaborateur envoyĂ© spĂ©cial Ă  Lyon Ă  propos de l’excellente distribution masculine : 
 « La direction de Rustioni fait encore mouche face Ă  une distribution dominĂ©e par un exceptionnel Francesco Meli. OpĂ©ra Ă©minemment politique au sein de la production de jeunesse de Verdi (c’est son cinquiĂšme opus aprĂšs le succĂšs en demi-teintes des Lombardi), Ernani rĂ©unit pour la premiĂšre fois de façon claire (Nabucco mis Ă  part) la typologie vocale verdienne dĂ©sormais topique : un tĂ©nor, une soprano dramatique, un baryton Ă  l’ample ambitus et une basse d’exception. La distribution rĂ©unie ici remplit presque toutes ses promesses.
Dans le rĂŽle-titre, le tĂ©nor Francesco Meli Ă©blouit par un timbre clair, magnifiquement projetĂ©, une diction impeccable, dĂšs son air d’entrĂ©e (« Oh tu, che l’alma adora »), et se dĂ©marque largement dans les nombreux ensembles. Son interprĂ©tation, toujours attentive aux mille nuances du texte, jamais ne tombe dans la caricature du tĂ©nor belcantiste qui sacrifie l’expressivitĂ© du chant au profit d’une virtuositĂ© gratuite. Les mĂȘmes qualitĂ©s se retrouvent dans le Silva de Roberto Tagliavini, chanteur racĂ©, timbre de bronze d’une grande noblesse qui, sans avoir l’ñge du personnage, sert admirablement l’un des plus beaux rĂŽles verdiens des « annĂ©es de galĂšre », et sans doute l’un des plus complexes de cette partition inĂ©gale mais souvent fascinante. Son dernier air dans lequel il reste sourd aux priĂšres de sa victime (« Solingo, errante e misero »), est un moment d’une grande intensitĂ© pathĂ©tique. On retrouve dans le rĂŽle musicalement trĂšs riche de Don Carlo, le baryton-basse mongol Amartuvshin Enkhbat, dĂ©jĂ  entendu dans Attila, et dans Nabucco en novembre dernier Ă  l’Auditorium de Lyon. »

FRANCE MUSIQUE, sam 23 nov 2019, 20h. VERDI : ERNANI. RUSTIONI. Giuseppe Verdi : Ernani – OpĂ©ra en quatre actes sur un livret de Francesco Maria Piave tirĂ© du drame romantique de Victor Hugo Hernani et crĂ©Ă© au Teatro La Fenice de Venise le 9 mars 1844

Francesco Meli, ténor, Ernani
Carmen Giannattasio, soprano, Elvira
Amartuvshin Enkhbat, baryton, Don Carlos
Roberto Tagliavini, basse, Don Ruy Gomez de Silva
Margot Genet, soprano, soliste du Studio de l’OpĂ©ra National de Lyon, Giovanna
KaĂ«lig BochĂ©, tĂ©nor, soliste du Studio de l’OpĂ©ra National de Lyon, Don Riccardo
Matthew Buswell, baryton-basse, soliste du Studio de l’OpĂ©ra National de Lyon, Jago
Choeurs de l’OpĂ©ra National de Lyon
Orchestre de l’OpĂ©ra National de Lyon
Direction : Daniele Rustioni

Stiffelio de Verdi

VERDI_442_Giuseppe_Verdi_portraitFrance 2. VERDI : Stiffelio, jeudi 24 janvier 2019, minuit. MĂȘme en ses annĂ©es «  de galĂšre » (de 1842 Ă  1850) comme il le dit lui-mĂȘme, le jeune Verdi maĂźtrise comme personne la coupe frĂ©nĂ©tique et dramatique, rĂ©ussissant Ă  rĂ©gĂ©nĂ©rer par son nerf et sa fougue virile, le genre opĂ©ratique dans l’Italie romantique, bientĂŽt libĂ©rĂ©e du joug autrichien. Tous ses opĂ©ras, avec leur action qui porte la volontĂ© et l’autodĂ©termination des peuples rĂ©voltĂ©s, trouvent un Ă©cho immĂ©diat auprĂšs du peuple italienne, cette nation qui n’est pas encore unifiĂ©e mais qui est sur le point de l’ĂȘtre. On insistera jamais assez sur la modernitĂ© et l’actualitĂ© prĂ©Ă©minente des ouvrages verdiens Ă  leur Ă©poque. Verdi est en phase avec la vibration de son temps et rĂ©pond, entretient, nourrit l’élan libertaire et l’esprit rĂ©volutionnaire des Italiens.
En 8 années, le compositeur génial compose prÚs de 14 opéras, depuis le triomphe de Nabucco, son premier succÚs.
Conçu en 1850, quasi simultanĂ©ment Ă  Rigoletto, Stiffelio Ă©voque les souffrances d’un Pasteur trompĂ© par sa femme. Le sujet, scandaleux, dĂ©clencha les foudres de la censure : Verdi dut revoir sa copie originelle. L’amour, le devoir
 y forment un terreau fertile en confrontations et situations conflictuelles, entre Stiffelio (vrai tĂ©nor verdien, Ă  la fois passionnĂ© et tendre, d’une nouvelle Ă©paisseur psychologique) et son Ă©pouse Lina. Au couple principal (Stiffelio / Lina), Verdi imagine aussi, celui du pĂšre et de sa fille, Stankar / Lina, tout autant fouillĂ© et bouleversant : leurs scĂšnes trĂšs ciselĂ©es, rĂ©vĂ©lant une relation profonde et complexe, annoncent sur le mĂȘme thĂšme, – pĂšre / fille, Rigoletto (Gilda), ou Simon Boccanegra (Amelia)
 ne relation essentielle dans les opĂ©ras de maturitĂ© de Verdi, lui-mĂȘme, ayant Ă©tĂ© particuliĂšrement foudroyĂ© par le destin car il perdit son Ă©pouse et ses deux filles

A Venise, la mise en scĂšne de Johannes Weigand, dans cette production prĂ©sentĂ©e en 2016 Ă  La Fenice, reste claire et intense, rĂ©duite Ă  un immense portail mĂ©tallique, ouvert ou fermĂ© selon les sĂ©quences dramatiques, Ă©voquant le temple oĂč prĂȘche Stiffelio, le cimetiĂšre, l’intĂ©rieur du chĂąteau


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Argument / Synopsis :

Le pasteur Stiffelio prĂŽne la vertu et l’amour fraternel, alors qu’il est trahi par son Ă©pouse laquelle aime passionnĂ©ment le jeune aristocrate Raffaele. Le pĂšre de Lina est personnellement affectĂ© par la dĂ©loyautĂ© de sa fille Lina : il assassinera son amant. ConfrontĂ©s Ă  ce crime dĂ©sastreux et injuste pour la victime, Stiffelio et Lina se retrouvent, savent se pardonner
 dans l’amour de Dieu.

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France 2: “Au clair de la lune” – “Stiffelio” de Giuseppe Verdi – jeudi 24 janvier 2019 Ă  minuit

OpĂ©ra en trois actes de Giuseppe Verdi‹sur un livret de Francesco Maria Piave,  d’aprĂšs Le Pasteur ou l’Ă©vangile au foyer d’Émile Souvestre et EugĂšne Bourgeois,  crĂ©Ă© le 16 novembre 1850 au Teatro Grande de Trieste.

Orchestre et chƓur de La Fenice de Venise
Direction musicale : Daniele Rustioni
ChƓur et Orchestre du Teatro La Fenice
Mise en scĂšne : Johannes Weigand

Distribution
Stiffelio : Stefano Secco
Lina : Julianna Di Giacomo
Stankar : Dimitri Platanias
Raffaele : Francesco Marsiglia
Jorg : Simon Lim
Federico di Frengel : Cristiano Olivieri
Dorotea : Sofia Koberidze

Enregistré en janvier 2016, au Teatro La Fenice

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VERDI_402_Giuseppe-Verdi-9517249-1-402NOTRE AVIS. Nul doute que le nerf du jeune chef Daniele Rustioni apporte Ă  cette production de Stiffelio, opĂ©ra mĂ©connu mais superbe en intensitĂ©, l’énergie idĂ©ale. Dans cette version de 1850, et sur le livret de Piave, qui Ă©crit aussi celui de Rigoletto contemporain, la partition Ă©blouit par sa coupe dramatique, faisant se succĂ©der duos, trios, quatuor (jusqu’au septuor), sans interruption et avec une rĂ©elle gradation expressive et musicale, que permet quand elle est servie parfaitement, l’écriture continue d’un Verdi peu adepte des airs fermĂ©s. Comme Luisa Miller d’aprĂšs Schiller, Stiffelio est un drame noir, oĂč les passions s’embrasent et crĂ©pitent. Vivant, percutant, Ă  l’aise dans le rĂŽle-titre, le tĂ©nor Stefano Secco relĂšve le dĂ©fi de la passion noire qui traverse l’esprit impuissant du prĂȘtre dĂ©muni (mĂȘme s’il est missionnĂ© par Dieu). On note un lĂ©ger manque de naturel chez la Lina de Julianna Di Giacomo et chez le Stankar de Dimitri Platanias dont le bronze vocal cependant emporte l’adhĂ©sion. Leur couple vocal gagne en vraisemblance et intensitĂ©. Production rĂ©alisĂ©e Ă  la Fenice en janvier et fĂ©vrier 2016. DurĂ©e : 2h

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