mercredi 17 avril 2024

CRITIQUE, opéra. NANTES, Théâtre Graslin (du 20 au 28 février 2024). J. STRAUSS : Die Fledermaus. S. Genz, E. Marguerre, C. de Sévigné, S. Houtzeel… Jean Lacornerie / C. Schnitzler.

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique et à l’opéra - et notamment avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
Après l’Opéra de Rennes le mois dernier, Angers-Nantes Opéra – avant les Opéras d’Avignon et de Toulon, autres maisons co-productrices du spectacle,- propose actuellement (du 20 au 28 février) une réjouissante production de Die Fledermaus (La Chauve-Souris) de Johann Strauss, signée par Jean Lacornerie, l’ex-directeur du Théâtre de la Croix-Rousse, dont on a pu goûter moult fois le talent grâce à ses coproductions avec l’Opéra de Lyon. La première bonne idée qu’il a eue a été de mélanger les versions allemandes et françaises de l’ouvrage, en gardant la langue originale pour les airs et le français pour les parties parlées. Mais il a surtout eu l’idée géniale de confier à un seul et même personnage, exogène au livret, le soin de les déclamer à leur place. D’une part cela facilite la compréhension pour les spectateurs néophytes, et cela confère un incroyable dynamisme à la soirée, surtout quand on choisit Anne Girouard, la célèbre et drôlissime Guenièvre dans la série Kaamelott, pour incarner cette narratrice / femme-orchestre / caméléon – qui endossera également les habits de Frosch (l’impayable gardien de prison) dans le dernier acte. Habillée alla Marlène Dietrich tant qu’il s’agit de mener le bal, elle quitte ses oripeaux pour incarner un Frosch accroc au Cognac dont il s’imbibe de matin au soir, faisant crouler de rire les spectateurs présents dans une salle pleine à craquer en cette soirée de Première !

 


Du spectacle lui-même, il faut saluer l’ingénieux et superbe décor de Bruno de Lavenère, composé au I d’un immense cadre à foyers multiples (sous forme de cadres aussi : voir la photo), représentant la demeure du couple Eisenstein/Rosalinde, tandis qu’une simple rampe d’escalier et des rideaux dorés suffiront à poser le décor du palais du Prince Orlofsky lors du bal costumé qu’il organise. L’acte III garde l’escalier (qui mène aux cellules) et une cage à transformation voit défiler un à un les principaux protagonistes de cette histoire de fous dont Falke tire les ficelles par vengeance…

La soprano allemande Eleonore Marguerre et son compatriote Stephan Genz se retrouvent à Nantes pour incarner le couple Rosalinde / Eisenstein, après l’avoir déjà défendu à l’Opéra de Lausanne en 2018. La première propose une remarquable Rosalinde, sophistiquée et sûre d’elle. Le timbre est à la fois corsé et brillant, et la célèbre « Czardas » s’avère un moment de félicité, couronné d’un contre-Ut final qui nous a laissé pantois ! Même satisfaction pour son Eisenstein de mari, dont Stephan Genz souligne la parfaite fatuité bourgeoise, avec une voix qui en revanche possède toute la rondeur et le moelleux requis. De son côté, la jeune soprano colorature Claire de Sévigné (Adèle) possède l’éclat vocal et la présence scénique exigés par sa partie, notamment dans la scène « du rire ». Annoncé souffrant, sans que cela n’impacte sa prestation (en dehors d’une quinte de toux vite réprimée), le ténor d’origine serbe Milos Bulajic campe un Alfred digne du théâtre de boulevard, avec une voix qui fait preuve de puissance, en plus de qualités d’émission et d’un timbre agréable qui ajoutent au charme du personnage. Efficacement grimée, la mezzo allemande Stephanie Houtzeel joue à merveille les travestis, et campe un Prince Orlofsky impeccable, sombre de timbre et magnétique de présence. Enfin, Horst Lamnek tient son rang en Frank, aux côtés d’un Falke tout aussi solide (Thomas Tatzl), d’une Ida (Veronika Seghers) pleine d’aplomb, et d’un François Piolino toujours aussi impayable dans chacun de ses rôles (ici le Dr Blind).

A la tête d’un Orchestre National de Bretagne en excellente forme, le vétéran Claude Schnitzler (qu’Anne Girouard interpelle à moult reprises par des « Monsieur Claude ! » pendant son numéro du III) n’en a pas moins imposé un rythme soutenu, en  faisant ressortir toutes les couleurs de la merveilleuse partition de Johann Strauss. Enfin, de leurs côtés, les membres du Chœur de chambre Mélisme(s) (superbement préparés par Gildas Pungier) de même que les six formidables danseurs (remarquables chorégraphies signées par Raphaël Cottin) complètent le tableau d’un spectacle qui s’avère être une éclatante réussite !

 

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CRITIQUE, opéra. NANTES, Théâtre Graslin (du 20 au 28 février 2024). J. STRAUSS : Die Fledermaus. S. Genz, E. Marguerre, C. de Sévigné, S. Houtzeel… Jean Lacornerie / C. Schnitzler. Photos (c) Laurent Guizard.

 

VIDEO : Carlos Kleiber dirige l’Ouverture de “La Chauve-Souris” de Johann Strauss à la tête du Philharmonique de Vienne

 

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