vendredi 14 juin 2024

CRITIQUE, concert. PARIS, Paris Opera Festival (Sainte Chapelle), le 1er mai 2023. Récital « Amore Vincitore » : Fabienne Conrad, Christophe Berry (Jean-François Boyer, piano).

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.

 

Pour son cinquième et dernier WE, le Paris Opera Festival – sis dans le sublime écrin de la Sainte Chapelle – invitait deux stars du monde lyrique, la caméléonesque mezzo Marina Viotti et le sémillant contre-ténor polonais Jakub Jozef Orlinski. Puis, pour le concert de clôture – à tout seigneur tout honneur -, la directrice artistique du festival, Fabienne Conrad, se produisait en compagnie de l’attachant ténor stéphanois Christophe Berry, après s’être entourée du baryton Régis Mengus (nous y étions : programme « femmes de pouvoir, 14 avril 2023) ou de l’alto bordelaise Aude Extrémo, lors d’autres soirées lyriques (toujours en duo, Fabienne Conrad a cette élégance-là – en plus de celles de robes de hautes coutures à chaque fois renouvelées – ce soir rouge passion ! -, et toutes aussi étourdissantes les unes que les autres).

 

 

 

Comme pour ses récitals précédents, il faut la voir jouer chaque air comme si elle était sur une scène d’opéra, amoureuse ou déchaînée (comme pour sa Tosca lors du récital précité), mais c’est ce soir sous le signe de l’Amour vainqueur (« Amore Vincitore ») qu’est placé la soirée. Et ce sont ainsi les plus beaux airs et duos amoureux de l’opéra qui seront égrenés, à commencer par celui qui ouvre le concert, « Nuit d’hyménée » extrait du Roméo et Juliette de Gounod (dit aussi « Duo de la chambre) » – tandis que les deux artistes arrivent chacun de leur côté pour se retrouver au-dessous de la fameuse châsse qui abrita un temps la célèbre Couronne d’épine du Christ pour laquelle Saint-Louis fit construire (en un temps record) la Sainte Chapelle. Yeux dans les yeux, avant d’échanger un vrai baiser de cinéma (!), le couple fonctionne à merveille dans l’enlacement de leur voix respective et dans leur crédibilité scénique. Ils ont comme écrin le piano enveloppant de Jean-François Boyer, déjà à l’œuvre dans le récital précité. Mais il doit ce soir partager l’aspect musical de la soirée, avec le Quatuor Classik Ensemble, dirigé du violon par le talentueux David Braccini (qui régalera le public, un peu plus tard, d’une délectable Méditation de Thaïs de Massenet). Et c’est en formation quatuor que Fabienne Conrad entonne ensuite le bouleversant « Io son l’umile ancella » extrait d’Adriana Lecouvreur de Cilea, qu’elle délivre avec l’impeccable tenue musicale qu’on lui connaît, et qui sait infléchir ses grands moyens pour donner cet aria magnifique de bouleversantes nuances. Émotion renouvelée dans la non moins bouleversante « Chanson du saule » tiré d’Otello de Verdi, dont elle interprète le final (l’Ave Maria) qu’elle achève dans un murmure, sur le souffle, dans un pianissimo longuement tenu, qui suspend le temps avant de tirer un déchaînement de vivats de la part d’un public (très international) déjà conquis.

Christophe Berry, de son côté, ne récolte pas moins un triomphe dans le célébrissime air « E lucevan le stelle » extrait de Tosca de Puccini, qu’il sait envelopper de ce phrasé voluptueux et de cette douce mélancolie dont cet air ne peut faire l’économie. C’est également l’autre tube de la partition, le non moins fameux « Vissi d’arte, vissi d’amore » que Fabienne Conrad livre à un public suspendu à ses lèvres, dans un lieu qui inspire déjà silence et recueillement, sous la voûte gothique constellées d’étoiles et de fleurs de lys. On savoure une nouvelle fois la beauté intrinsèque du timbre, mais aussi la sincérité théâtrale de l’artiste, qui n’oublie pas de jouer sa partie, délivrant des piani à faire pleurer les pierres pendant cet air sublime – comme elle avait été également capable d’explosions de violence, lors d’un affrontement avec Scarpia (Régis Mengus) qui avait laissé les spectateurs haletants et transis quinze jours plus tôt ! L’air « Addio del passato » extrait de La Traviata de Verdi permet à nouveau de goûter à ses talents de comédienne/tragédienne, ici vécu comme une glissade vertigineuse, jusqu’à ces mots ultimes, « Rinasce, rinasce », avant de s’effondrer comme un arbre foudroyé : tout est frémissant et beau dans le chant et l’interprétation de Fabienne Conrad. La soirée se termine comme elle avait commencé, par un duo qui les voit arriver sur la scène depuis le fond de la nef (soit le porche de l’église), où les deux artistes interprètent la formidable scène de Saint Sulpice (Manon de Massenet). Ils débordent d’éclat et de passion, de fougue et sensibilité mêlées, qui fait que l’on croit à leurs personnages, qu’ils gratifient également de leur chant ardent et puissant, couronnés de contre-Ut parfaitement émis… et tenus ! Devant le charivari du public, à l’issue de ce dernier air, les deux chanteurs le mettent à contribution pour leur bis, l’incontournable « Libiamo » tiré de La Traviata !

En guise de conclusion, il faut ici remercier le Centre des Monuments nationaux d’avoir permis la tenue de cette quinzaine de concerts pendant un gros mois, dans un lieu aussi magique mais également fragile et ultra-sécurisé, mais surtout la société Euromusic, dirigé par le passionné Yann Harleaux, d’avoir cru en Fabienne Conrad pour monter, en un temps record, un festival lyrique d’un tel degré de qualité et d’exigence artistique. On nous promet déjà une deuxième et même une troisième édition en 2024 et 2025, mais avisons le lecteur qu’Euromusic organisera également très prochainement un très intéressant festival de piano – le Festival « Résonances – (du 10 au 25 juin), dans lequel des artistes de la trempe de Vanessa Wagner, Olivier Beaumont ou encore Romain Descharmes viendront enchanter le public par leur talent ; Longue vie au Paris Opera Festival (et au Festival « Résonances ») !

 

 

 

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CRITIQUE, concert. Paris, Paris Opera Festival (Sainte Chapelle), le 1er mai 2023. Récital « Amore Vincitore » : Fabienne Conrad, Christophe Berry (Jean-François Boyer, piano). Photos © Antoine Monfajon

 

 

 

 

VIDÉO : Fabienne Conrad chante « Vissi d’arte » dans Tosca de Puccini

 

 

 

 

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