A l’Opéra Comédie de Montpellier, en ce dimanche 25 octobre, pour la Journée Mondiale de l’Opéra (World Opera Day), le concert lyrique prévu pour célébrer l’événement – donné à la fois en matinée et en fin d’après-midi – affichaient complet. Le programme, généreux, promettait un feu d’artifice d’airs fameux, de Mozart à Puccini, en passant par Gounod, Massenet, Strauss et Bizet. Mais au-delà des pages attendues, il y avait une promesse plus secrète : celle de découvrir une jeune soprano dont le nom commence à circuler dans la sphère opératique À l’issue du concert, le doute n’était plus permis : la révélation est bien là, éclatante, solaire, et elle porte un nom : Audrey Maignan !
Avec l’ouverture de Mignon d’Ambroise Thomas, l’Orchestre national Montpellier Occitanie – placé sous la baguette du brillant chef français Victor Jacob – donne le ton : celui d’une soirée de fête, mais d’une fête exigeante. Le jeune chef, familier de la maison et récemment distingué aux Victoires de la Musique, impose une lecture nette, précise, sans jamais alourdir la ligne. Sa gestuelle, claire et engageante, semble tirer de l’orchestre résident une vitalité nouvelle. Les cordes dessinent des contours francs, les bois se parent de couleurs subtiles, et l’ensemble respire avec une souplesse qui ne sacrifie jamais la tension dramatique. Dans les pages orchestrales qui ponctuent le programme – la Suite n°1 de Carmen, l’ouverture de Fausto de Louise Bertin (heureuse redécouverte), celle d’Orphée aux enfers ou encore l’Entr’acte du deuxième acte de Roméo et Juliette de Gounod –, la formation montpelliéraine se montre tour à tour jubilatoire, caressante et fiévreuse, portée par un chef qui laisse à la musique l’espace de respirer.
Mais le véritable choc de ce concert, c’est la voix d’Audrey Maignan. En six airs, elle traverse des univers radicalement différents avec une aisance confondante. Dès le premier air, « O zittre nicht » tiré de La Flûte enchantée de Mozart, la soprano impose un timbre corsé, riche en harmoniques, qui semble flotter dans l’acoustique de la salle. Les aigus sont faciles, projetés sans le moindre effort apparent, et le grave, nourri, donne à chaque phrase une assise réjouissante. Ce qui frappe, au-delà de la technique – époustouflante de bout en bout –, c’est la capacité de la chanteuse à changer de couleur, de caractère, de respiration, sans jamais perdre le fil de son engagement scénique.
Dans « Dis-moi que je suis belle » de Thaïs, elle déploie une sensualité vénéneuse, avant de basculer dans la fièvre tragique de l’air du poison de Roméo et Juliette. L’air des bijoux de Faust lui permet de dérouler un legato soyeux et des vocalises d’une clarté limpide, tandis que la Csárdás extrait de La Chauve-souris révèle une gouaille et une joie communicative. Avec « Sì, mi chiamano Mimì », elle touche à une forme de simplicité bouleversante, et l’on comprend alors que cette artiste possède cette qualité rare : celle de faire oublier la technique pour ne laisser passer que l’émotion. Sa présence scénique, intense, presque palpable, transforme chaque air en une scène miniature. On la sent habitée, jamais dans la démonstration, toujours dans l’incarnation.
Ce qui aurait pu n’être qu’une succession de tubes lyriques devient, grâce à elle et à la complicité de Victor Jacob, un véritable voyage. L’orchestre ne couvre jamais la voix, se fait tantôt confident, tantôt partenaire de jeu, et la synergie entre la chanteuse et l’orchestre est constante. Le public, conquis, ne s’y trompe pas : les rappels sont chaleureux, les bravos nourris, et Victor Jacob fait résonner à nouveau les accords du french cancan, sous les applaudissements frénétiques du public montpelliérain.
Un choc, assurément. Et une invitation à suivre désormais, et de très près… le parcours d’Audrey Maignan !…
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CRITIQUE, récital lyrique. MONTPELLIER, Opéra Comédie, le 25 oct 2025. World Opera Day avec Audrey MAIGNAN, l’OnMO et Victor JACOB (direction). Crédit photo (c) Emmanuel Andrieu






