jeudi 29 octobre 2026

CRITIQUE CD événement. CHOSTAKOVICH : Symphonie n°7 « Leningrad ». SAN DIEGO SYMPHONY Orchestra / Rafael PAYARE, direction (1 cd Delos 2026)

A lire aussi
image_pdfTélécharger (.pdf)

Moins médiatique que son compatriote vénézuélien Gustavo Dudamel, Rafael Payare (premier prix du Concours Malko pour jeunes chefs d’orchestre, Danemark, 2012) a récemment joué les symphonies de Chostakovitch avec l’Orchestre Symphonique de Montréal (OSM) dont il est directeur musical depuis 2021. On le retrouve dans cet enregistrement à la tête du San Diego Symphony Orchestra (SDSO) dont il est également directeur musical depuis 8 années. C’est l’un des jalons de leur intégrale Chostakovitch en cours, et le plus convaincants, heureusement gravé au cd.

 

 

 

Parmi le cycle des Symphonies de guerre de Chostakovich, figurent, tels deux gemmes irradiants, les Symphonies n°6 et n°7. Créée à Leningrad en 1939 par le légendaire Evgeni Mravinski, la Symphonie n° 6 op. 54, est la plus courte des symphonies.
La 7è Symphonie dite « Leningrad » citant des airs patriotiques, est amorcée avant le siège de la cité, dès l’été 1941, puis achevé après l’occupation, en décembre suivant, pour être créée triomphalement en mars 1942, comme un hymne libératoire et victorieux.
L’opus 60 célèbre le sang versé des résistants et des défenseurs de Leningrad, valeureux combattants contre la barbarie des nazis impérialistes. Son architecture spectaculaire s’inscrit dans le fracas des armes et des tireurs embusqués,
la partition, se confrontant à son architecture impressionnante (pas moins de 30 mn pour l’Allegretto) dans lequel Chostakovitch sculpte avec clarté le motif de l’invasion fasciste, répété, martelé comme un leit motiv obsessionnel (bois puis cordes) : il s’agit bien d’exprimer la vision terrifiante des hordes nazies déchirant la vie paisible russe. Le crépusculaire et le glaçant n’étant jamais bien loin chez Dmitri, le chef tire à profit la couleur sombre et cynique du basson, finement détaillé comme agent d’un destin inquiétant.
Dans l’Adagio, perce l’évocation saisissante du front de guerre, dans sa partie centrale : la mécanique hurlante de la machine guerrière, secousses et tremblements terrifiants, sauvagerie barbare et fracas métalliques… autant de dissonances et d’hurlements qui citent les cris jaillissant dans le premier mouvement (Allegretto)…
La partition se fait fresque d’une impérieuse énergie, marquante aussi par son souffle épique. D’ailleurs, chaque séquence s’y distingue dans sa portée historique : Leningrad d’avant le siège (choral initial de l’Adagio), puis champs de guerre et champs de ruines où perce l’appel des cuivres à la fois stridents, enivrés.
On repère sans ménagement aucun, la sourde mélodie des cordes hallucinées, éreintées qui rappelle le motif inquiétant de l’opéra Lady Macbeth de Mzensk, autre évocation des ténèbres.

Ambassadeur inspiré et communicatif des convulsions et des contrastes, le chef Rafael Payare écoute et transmet les déflagrations du champs de guerre. Sa direction est large, détaillée sans dilution, d’une netteté souvent chirurgicale ; elle capte et transmet l’ample respiration de l’Histoire qui portant la victoire russe à Leningrad, emporte l’allant de chaque mouvement ; ainsi la vitalité impérieuse de la formidable marche du I / « Allegretto » : la sonorité incisive, l’engagement des instrumentistes de San Diego expriment idéalement le basculement de l’invasion brillante vers une mécanique de destruction massive et systématique où ce qui aurait pu s’apparenter au début à une avancée lumineuse et joyeuse se mue en apocalypse, nébuleuse lugubre et hideuse, démoniaque … Dans l’Allegro ma non troppo : tout l’effectif orchestral produit la série de fortissimos, à laquelle répond un passage moderato soit la marche funèbre qui célèbre tous les soldats morts, sacrifiés, avant que ne s’affirme comme un hymne définitif, le sentiment de liesse populaire…
Expressivité incisive, intelligence caractérisée des instruments, souffle de l’orchestre dans l’horreur comme dans la jubilation finale… les musiciens de San Diego atteignent des sommets pleinement assumés sous la baguette d’un chef électrisant.

 

approfondir
LIRE aussi notre critique de la Symphonie n°7 Leningrad de CHOSTAKOVITCH par le chef Andris Nelsons – 2 cd DG oct 2019 / BostonSymphony Orchestra : https://www.classiquenews.com/cd-critique-shostakovich-chostakovitch-symphonies-n6-et-7-boston-symph-orch-andris-nelsons-2-cd-deutsche-grammophon/

_______________________________________________

 

image_pdfTélécharger (.pdf)
Derniers articles

CD événement, annonce. Porpora: Ifigenia in Aulide Melissa Petit, Anne Hallenbergh… Les Talens Lyriques, Christophe Rousset (2 cd aparté, 2025)

Première mondiale baroque…, recréé avec passion au Festival de Bayreuth 2025, l'Ifigenia in Aulide de Porpora est un sommet...

Découvrez d'autres articles similaires

- Espace publicitaire -spot_img