samedi 24 octobre 2026

CRITIQUE, concert. PARIS, Philharmonie, le 22 octobre 2026. BERLIOZ : Roméo et Juliette. M. Crebassa, J. Henric, C. Maltman, Choeur et Orchestre de Paris, Klaus Mäkelä (direction)

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Il y a 50 ans, en 1976, un chœur était créé, à l’initiative du pianiste et chef d’orchestre Daniel Barenboïm, alors directeur musical de l’Orchestre de Paris. Ce chœur nouvellement constitué – dont le premier chef a été le regretté Arthur Oldham – avait pour vocation d’être le partenaire, la voix du-dit orchestre. Pour célébrer cet anniversaire, c’est la pièce d’Hector Berlioz,  Roméo et Juliette, qui a été choisie, donnée successivement les 21 et 22 octobre 2026 à la Philharmonie de Paris.

 

Ce n’est pas le fait du hasard que le choix de l’œuvre se soit porté sur l’ouvrage de Berlioz, tant ce compositeur a été sollicité par le Chœur et l’Orchestre pour les grands moments de leur histoire. Le Te Deum de Berlioz n’a-t-il pas été retenu pour le concert inaugural du Chœur, le 28 septembre 1976 ? Tout dans Roméo et Juliette de Berlioz est original. Tout d’abord, ce n’est pas un opéra, ni un oratorio, mais une symphonie… dramatique, un objet musical parfaitement inconnu à l’époque de sa création, le 24 novembre 1839 à Paris, dans la Salle du Conservatoire. Il ne s’était pas vu ni entendu pareille création musicale symphonique associant trois solistes vocaux qui ne sont pas – sauf l’un d’entre eux – les protagonistes de l’histoire. Ils en sont d’abord les récitants, les narrateurs, le chœur antique… en quelque sorte.

Berlioz, s’il a été subjugué par le génie de Shakespeare, ne se tient pas à la lettre du texte de la pièce, il procède essentiellement à un commentaire du récit. Une exception, celle de la péroraison du Père Laurent qui, à la fin de l’ouvrage, révèle qu’il a marié nos deux héros. Il donne par là même, la clé de la méprise tragique qui a abouti au drame. Roméo et Juliette est sûrement l’une des partitions les plus passionnantes de Berlioz: il y déploie tout son génie orchestral, là où les murmures mystérieux côtoient les explosions sonores et syncopées, silences intérieurs, larmes furtives. De fait, le vrai narrateur, c’est l’orchestre. C’est lui qui nous transporte dans cet univers où le drame se joue, là où la musique se fait poésie. La musique de Berlioz – en raison de sa difficulté et aussi peut-être de son étrangeté – ne supporte pas une interprétation médiocre, encore moins superficielle. Le compositeur aurait-il été satisfait de ce concert, lui qui en avait dirigé la création ? 

 

 

En tous cas, la direction inspirée, précise et enthousiaste de Klaus Mäkelä a fait de ce concert une fête, ce qui convenait pour un anniversaire. On lui aura su gré d’avoir pu, par ses phrasés, sa maîtrise des volumes et de l’amplitude, donner la respiration sensible qu’il requiert et, ainsi, assurer la continuité lyrique de l’ouvrage. Il est vrai qu’il a disposé d’une formation orchestrale qui joue… dans son jardin… avec Berlioz et Roméo. Les cordes, frémissantes entre toutes, les 8 contrebasses et les 4 harpes, les vents très impliqués et lumineux, de la petite à la grande harmonie, les percussions magistrales, ont parfaitement joué le jeu de cette célébration lyrique.

Tout juste après le Prologue, qui raconte les Combats et le Tumulte, c’est la voix inquiète et tendre de la mezzo-soprano Marianne Crebassa qui, soudainement, nous emporte avec son air, « Premiers transports que nul n’oublie », et cet éloge recueilli des premiers émois amoureux. Son chant a, tout à coup, figé et ému, la Philharmonie… Le ténor Julien Henric tente de reprendre la main dans son échange presque primesautier avec le Petit Choeur dans « Mab, la messagère »… Enfin, la parole véhémente puis apaisante du Père Laurent se fait entendre. Ce soir, c’est celle robuste et chaudement timbrée de la basse britannique Christopher Maltman qui, au pied levé, a remplacé le 22 octobre l’interprète initialement prévu, mais souffrant, Jean Teitgen. Prise de rôle certes non, car c’est un rôle qu’il possède à merveille, qu’il restitue avec une diction parfaite et le panache paternel qui sied au personnage.

Le Chœur dont c’est l’anniversaire est divisé en deux formations: d’abord le Petit Chœur, présent dès le début de l’ouvrage, d’une impeccable justesse et d’une belle posture de chœur antique – puissant et homogène – dont le récit est captivant. Puis il rejoint le Grand Chœur pour faire éclater dans le Final glorieux le bonheur de la réconciliation des Capulets et des Montaigus.

Bon anniversaire et rendez-vous dans 50 ans !…

 

 

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CRITIQUE, concert. PARIS, Philharmonie, le 22 octobre 2026. BERLIOZ : Roméo et Juliette. M. Crebassa, J. Henric, C. Maltman, Choeur et Orchestre de Paris, Klaus Mäkelä (direction). Crédit photo (c) William Beaucardet

 

 

 

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