mercredi 19 juin 2024

CRITIQUE CD événement – BERLIOZ : Roméo et Juliette/ Cantate Cléopâtre – Joyce DiDonato, Cyrille Dubois… / Orchestre Philharmonique de Strasbourg – John Nelson, direction (2 CD Erato – juin 2022)

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D’emblée c’est l’énergie parfois hallucinante, le nuancier subtilement contrasté de la tenue orchestrale qui compose la valeur du présent enregistrement : Nelson, affûté, vif-argent, à la fois scintillant et furieux, cisèle toutes les aspérités de l’orchestre berliozien, avec une virulence et une intensité, ce dès l’introduction (à l’évocation des batailles criminelles et suicidaires opposant / détruisant les familles affrontées, Montaigus / Capulets : « combats / tumulte ») ; aux cordes survoltées, aux cuivres à l’impérieuse solennité, le chef désormais complice familier des musiciens strasbourgeois sait canaliser chaque accent, ce dans chaque mouvement dramatique de la partition de 1839 ; Berlioz le passionné, celui qui fut capable de quitter Rome, pourtant lauréat du Prix de Rome, pour retrouver sa chère et tendre, éblouit ici dans une activité continument frénétique ; son orchestre directement connecté aux vibrations (et convulsions) de son cœur exalté ;

Dans le spectre expressif si intelligemment contrasté d’un Berlioz surtout amoureux, Nelson sait s’alanguir dans les séquences les plus suspendues, auxquelles il confère un souffle extatique (« Scène d’amour » enchantée, enivrée).

Vocalement, regrettons les approximations du chœur Gulbenkian,qui malgré un louable effort d’articulation, reste souvent inintelligible ; dommage. Evacuons le baryton Christopher Maltman qui fait un Père Laurence incompréhensible et boursouflé, lui aussi au verbe inintelligible (et au vibrato envahissant, surexpressif, hors sujet : hélas, erreur de casting) ; … et distinguons plutôt le chant habité, ductile, aux couleurs somptueuses du contralto Joyce DiDonato qui sait exprimer l’espérance première des « Premiers transports », manifeste dont Berlioz fait en réalité une confession autobiographique : l’ivresse éperdue qui s’en dégage, s’avère plus que convaincante – au demeurant, sa Cléopâtre – complément heureux à Roméo (dans le CD2), cultive la même finesse suave, un souci du texte, de ses intentions harmoniques.
A cette voix souple et onctueuse, d’un activité purement onirique, répond ensuite le chant précis, tout aussi percutant et précisément linguistique du ténor Cyrille Dubois ; CLASSIQUENEWS a récemment salué son récital dédié aux airs pour ténor de grâce (So romantique) : même approche superlative pour sa séquence aussi fugace que saisissante : « Mab, la messagère fluette et légère » est un modèle de chant dramatique, sobre, , lui aussi halluciné, articulé. L’abattage et le tempérament du chanteur sont impeccables : un feu follet au verbe millimétré. Avec Joyce DiDonato, on ne saurait rêver meilleurs interprètes berliozien.

 

John Nelson,  irrésistible berliozien

Orchestralement, Nelson déploie des trésors de suggestions instrumentales ; les cordes ciselant l’humeur et le goût du songe, cette appel à l’ivresse amoureuse infinie qui a fait aussi la réussite de La Fantastique : le chef américain exprime les moindres aspirations et sentiments de Roméo (« Roméo seul ») : être à la fois ardent et solitaire, noir et insouciant, véritable héros romantique… la profondeur du geste orchestral, la finesse des intentions, les couleurs intérieures attestent de la sensibilité d’un chef authentiquement berliozien qui même pourrait transmettre ici une leçon de plénitude et de justesse orchestrale, absolument admirable ; évidemment à mettre en relation et perspective avec ses autres lectures berlioziennes à Strasbourg : Les Troyens, et la Damnation de Faust (lire ci-après). Le Scherzo de cette fabuleuse page instrumentale, éblouit par son relief expressif, la pertinence des options, nuances, accents, respirations… Du Berlioz flamboyant et détaillé. Remarquable travail du chef.
Toute la scène d’amour (plages 8 et 9) qui serait l’Adagio de cette vaste fresque symphonique avec voix, est emblématique de la direction de Nelson : pure poésie où la conception globale préserve à la force des élans passionnels, et l’extrême ciselure murmurée des pages amoureuses, d’une transparence et d’une volupté, délectables. De toute évidence, le Berlioz qu’il sait exprimer, est le legs de toute une vie dédiée amoureusement à Berlioz. De ce point de vue l’Adagio est une merveille orchestrale à écouter d’urgence. Pour l’implication éblouissante des deux solistes Joyce DiDonato et de Cyrille Dubois, pour la conception très aboutie de John Nelson, la lecture est superlative… et mérite notre CLIC de CLASSIQUENEWS.

 

 

 

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CRITIQUE CD événement – BERLIOZ : Roméo et Juliette / Cantate CléopâtreJoyce DiDonato, Cyrille Dubois… / Orchestre Philharmonique de StrasbourgJohn Nelson, direction (2 CD Erato – juin 2022) – Note : 5 / 5 – CLIC de CLASSIQUENEWS printemps 2023

 

 

 

Approfondir

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Nos autres critiques CLASSIQUENEWS des CD / concerts BERLIOZ par John Nelson / Orchestre Philharmonique de Strasbourg :

 

CD Les Troyens par John Nelson :
https://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-berlioz-les-troyens-john-nelson-4-cd-1-dvd-erato-enregistre-en-avril-2017-a-strasbourg/

 

CD / DVD La Damnation de Faust par John Nelson / CLIC de CLASSIQUENEWS 2019 :
https://www.classiquenews.com/cd-coffret-evenement-berlioz-la-damnation-de-faust-spyres-courjal-nelson-2-cd-1-dvd-erato-avril-2019/

 

CRITIQUE, concert. BERLIOZ, La Damnation de Faust / Strasbourg, 25 avril 2019 : https://www.classiquenews.com/compte-rendu-opera-strasbourg-palais-de-la-musique-le-25-avril-2019-hector-berlioz-la-damnation-de-faust-spyres-di-donato-courjal-duhamel-john-nelson/

 

 

 

 

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