mercredi 16 septembre 2026

CRITIQUE, concert. NICE, Théâtre de l’Opéra, le 13 juin 2026. BRUCH / BRAHMS. Akiko SUWANAI (violon), Orchestre Philharmonique de Nice, Lionel BRINGUIER (direction)

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.
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Après avoir électrisé ces mêmes murs de l’Opéra Nice Côte d’Azur avec une retentissante Cinquième Symphonie de Chostakovitch en février dernier -, Lionel Bringuier a retrouvé sa ville natale, pour une série de concerts, ces 12 et 13 juin. Et quelle récidive ! Le jeune chef niçois aux deux casquettes – à la fois “Chef honoraire” de l’Orchestre Philharmonique de Nice et directeur musical de l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège (phalange à la tête de laquelle nous l’avons entendu en début de saison dans l’écrin de la Salle Philharmonique de  Liége, puis à nouveau en février en ces mêmes lieux, avant de les retrouver ensemble en déplacement à Montpellier en avril dernier) -, a offert au public de Nice un concert d’une intensité rare, confirmant si besoin était l’étendue de son talent, en même temps que la complicité viscérale qui le lie aux musiciens de l’orchestre niçois.

 

En ouverture, « La Lampe de l’Arga’Haa » du jeune compositeur français Yann Plançon. Une création mondiale audacieuse, plongeant l’auditeur dans une atmosphère sombre et épique, directement inspirée par l’univers de la « dark fantasy ». Loin des pièces contemporaines absconses, Plançon assume une écriture très hollywoodienne, flamboyante et ciselée, où l’orchestre rugit, ou chuchote avant d’exploser en fresques grandioses. Lionel Bringuier en a magnifié chaque couleur, avec une direction toute cinématographique. Le public, conquis, a applaudi chaleureusement le jeune compositeur venu saluer à l’issue de cette courte mais dense pièce symphonique : une promesse à suivre de près !

Vint ensuite la révélation Akiko Suwanai dans le Concerto pour violon n°1 de Max Bruch. Dès l’attaque du premier mouvement (Allegro moderato), on est saisi par la fougue et la noblesse du propos, avec un violon qui chante large, et un vibrato généreux mais jamais sirupeux, en plus d’une articulation incisive dans les passages virtuoses. L’Orchestre Philharmonique de Nice, sous la baguette attentive de Bringuier, répond avec une rondeur moelleuse, soutenant la soliste sans jamais l’écraser. Le fameux premier thème, à la fois mélancolique et héroïque, est déployé avec une franchise émouvante : les doubles cordes crépitent, les gammes ascendantes s’élèvent comme des appels à la lumière. Ce premier mouvement – presque une introduction symphonique à elle seule – installe une tension, une fièvre romantique qui ne demande qu’à se résoudre. Mais le miracle intervient dans le sublime Adagio, qui s’avère un moment de temps suspendu, grâce à un phrasé d’une musicalité et d’une tendresse inouïes, des sons filés qui semblent naître du silence pour mieux toucher l’âme. Suwanai joue avec le temps : elle ne le mesure pas, elle le respire. Un Adagio à faire pleurer les pierres, où chaque note est un frisson partagé avec un public totalement sous le charme. A l’issue du dernier mouvement, ce dernier s’enflamme, à juste titre, et, devant les nombreux rappels, la violoniste offre en bis un mouvement rapide d’une des nombreuses Partitas de Bach.

 

 

En seconde partie de soirée était donnée la Deuxième Symphonie de Johannes Brahms. Dès les premières notes offertes par les cors, on sent que Bringuier va aller chercher cette lumière pastorale, cette allégresse tempérée par l’inquiétude romantique. Sa direction – fluide, dynamique, jamais pesante – a sculpté chaque phrase avec une clarté exemplaire. Les bois chantent, les cordes déferlent avec rondeur, et le finale explose dans une jubilation communicative. La phalange azuréenne a joué cette symphonie de manière à la fois précise, chaleureuse, et souveraine, pour une lecture qui n’oublie ni la mélancolie brahmsienne, ni l’ivresse solaire de cette partition.

Alors oui, vivement maintenant la saison 2026/27, car le bonheur ne va pas s’arrêter là : le jeune et brillant Lionel Bringuier sera en effet à la baguette de pas moins de quatre des sept concerts symphoniques programmés lors de la prochaine saison de l’Opéra de Nice. Une présence exceptionnelle, une confiance renouvelée, et pour le public niçois, une promesse de soirées aussi enthousiasmantes que celle-ci. On ne s’en plaindra pas, au contraire… et on les a déjà noté sur notre agenda !…

 

 

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CRITIQUE, concert. NICE, Théâtre de l’Opéra, le 13 juin 2026. BRUCH / BRAHMS. Akiko Suwanai (violon), Orchestre Philharmonique de Nice, Lionel BRINGUIER (direction). Crédit photographique (c) Emmanuel Andrieu

 

 

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