mercredi 16 septembre 2026

CRITIQUE, festival. MORETON-IN-MARSH, Longborough Festival Opera, le 7 juin 2026. HAENDEL : Orlando. B. Taylor, A. Devin, K. Bray, A. Foster-Williams… Sinead O’Neill / Christopher Moulds

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Mike Smith
Mike Smith
Mike écrit des chroniques de spectacles, en particulier pour la danse et à l'opéra. Il est basé au Royaume-Uni, mais travaille à l'International. Il est également journaliste de voyage. Il enseigne l'histoire ancienne et le journalisme à l'Université de Cardiff, au Pays de Galles. Mike Smith est également rédacteur en chef d'Arts Scene in Wales (asiw.co.uk).
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L’Orlando de G. F. Haendel n’est pas un ouvrage facile à défendre. Son intrigue est glorieusement complexe, l’action s’interrompt souvent pendant qu’un personnage chante ses états d’âme pendant dix minutes, et l’œuvre se situe quelque part entre la pastorale romantique, le drame psychologique et la fantaisie la plus pure. Pourtant, la nouvelle production du Longborough Festival Opera plaide avec une remarquable force pour que l’œuvre soit jouée plus fréquemment, ne serait-ce que pour le plaisir vocal qu’elle procure.

 

Une grande partie de l’attention de cette mise en scène se concentre – et c’est légitime – sur la performance vocale captivante de Beth Taylor dans le rôle-titre. La mezzo originaire de Glasgow qui semble promise à de plus grandes scènes dans un proche avenir, possède un registre grave d’une grande chaleur, d’une grande souplesse et d’une grande puissance. Lorsque la jalousie et la rage d’Orlando éclatent, le son devient presque viscéral. Mais ce qui impressionne le plus, c’est l’ampleur des couleurs qu’elle apporte à son personnage. Un instant elle est un guerrier fanfaron, l’instant d’après un amant vulnérable, puis un homme qui perd peu à peu pied avec la réalité. Vocalement et dramatiquement, c’est une interprétation d’une rare intensité.

Il est important de souligner, cependant, qu’il ne s’agit pas d’un protagoniste solitaire. Dans l’Auditorium (intimiste) de Longborough, les chanteurs (et les musiciens) sont très exposés. Nulle part où se cacher. Chaque ligne vocale compte. Chaque expression est perceptible. Toute faiblesse devient immédiatement apparente. Pourtant, l’exploit de cette distribution est que les cinq chanteurs principaux relèvent magnifiquement le défi. L’Angelica d’Anna Devin a une véritable colonne vertébrale. Elle pourrait sembler n’être guère plus que l’objet des désirs de tous les autres, mais ici elle apparaît comme une femme qui fait des choix difficiles et les assume. Le Medoro de Katie Bray commence doucement et gagne en assurance tout au long de la soirée, révélant une confiance et une profondeur émotionnelle croissantes. La Dorinda de Kelli-Ann Masterson est un délice, apportant chaleur, humour et un pathétique authentique à un personnage dont les déceptions amoureuses pourraient facilement devenir répétitives. Le Zoroastro d’Andrew Foster-Williams allie autorité et juste pointe de malice, dirigeant les événements depuis la touche sans jamais s’en détacher.

 

 

La mise en scène de Sinéad O’Neill intrigue. Il n’y a pas cette agitation frénétique que les metteurs en scène semblent souvent obligés d’ajouter pendant les airs da capo. Avec la scénographe Anisha Fields et le chorégraphe Michael Ashcroft, elle crée un monde clairement artificiel mais émotionnellement convaincant. Particulièrement efficaces sont les trois figures fantomatiques et silencieuses qui accompagnent l’action. Elles glissent à travers le drame comme des manifestations du destin ou des impulsions subconscientes, n’étant ni tout à fait à l’intérieur ni tout à fait en dehors de l’histoire. Alors que l’esprit d’Orlando commence à se fracturer, elles semblent de plus en plus guider et diriger silencieusement les actions des personnages mortels, les poussant vers des décisions qu’ils ne peuvent éviter. C’est une idée simple mais efficace.

Le vrai défi avec Orlando, c’est qu’il peut ressembler moins à un drame qu’à une séquence d’airs brillamment écrits. Ce problème ne disparaît jamais complètement car il est inhérent à l’œuvre elle-même. Ce que cette distribution accomplit est assez impressionnant, car dz chaque air émerge naturellement du drame et y ramène. Le fil émotionnel reste ininterrompu. Christopher Moulds obtient de l’Academy of Ancient Music un jeu élégant et réactif, dont la contribution est cruciale. La partition de Haendel est pleine d’invention et de caractère, et l’orchestre en savoure chaque instant.

Le moment le plus mémorable de la soirée survient lors de la grande scène de folie d’Orlando, au troisième acte. Ayant tout perdu, il aspire à la mort. Accompagné par les textures orchestrales les plus épurées, Beth Taylor produit un chant d’une délicatesse et d’une vulnérabilité extraordinaires. La voix qui emplissait plus tôt le théâtre d’une rage ardente se réduit à un fil de son presque chuchoté, et dans la petite salle de Longborough, l’effet est électrisant. 

Haendel peut avoir du mal dans les grands opéras, où ces drames émotionnels intimistes peuvent sembler étrangement statiques. Longborough transforme cela en une force. Chaque sentiment est perçu. Chaque pensée compte. À la fin, ce qui reste, ce n’est pas seulement l’admiration pour la performance exceptionnelle de Beth Taylor – aussi impressionnante soit-elle – mais pour les cinq chanteurs, travaillant ensemble avec une remarquable constance et conviction. Ils transforment ce qui peut parfois sembler être une séquence d’essais vocaux en un morceau de théâtre musical véritablement captivant. 

 

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CRITIQUE, festival. MORETON-IN-MARSH, Longborough Opera Festival, le 7 juin 2026. HAENDEL : Orlando. B. Taylor, A. Devin, K. Bray, A. Foster-Williams… Sinead O’Neill / Christopher Moulds. Crédit photographique (c) Matthew Williams-Ellis.

 

 

 

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