samedi 15 juin 2024

CRITIQUE, concert. MONACO, Grimadi Forum (Salle des Princes), le 24 septembre 2023. MAHLER : Symphonie N°2 (dite “Résurrection”). Eleanor Lyons (soprano), Catriona Morison (mezzo), Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Kazuki Yamada (direction).

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Emmanuel Andrieu
Emmanuel Andrieu
Après des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de Montpellier, Emmanuel Andrieu a notamment dirigé la boutique Harmonia Mundi dans cette même ville. Aujourd’hui, il collabore avec différents sites internet consacrés à la musique classique, la danse et l’opéra - mais essentiellement avec ClassiqueNews.com dont il est le rédacteur en chef.

Le concert d’ouverture de la saison 23/24 de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo faisait figure d’événement à plus d’un titre. D’une part, parce que la Deuxième Symphonie de Gustav Mahler est un monument dans la littérature symphonique, véritable pierre de touche pour toute formation symphonique, et parce qu’une partie de la famille Princière était présente dans sa loge privée au sein de l’immense Salle des Princes du Grimaldi Forum. Et le concert a répondu à toutes les attentes, se clôturant par une interminable standing ovation dès la fin des dernières mesures, ou plus exactement après un louable silence tant l’émotion était à son comble. Mais il faut bien dire que sur le papier tout s’annonçait sous les meilleurs auspices avec un Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo qui suscite toujours autant l’enthousiasme, de même que son chef Kazuki Yamada, les deux étant rejoints ici par le formidable CBSO Chorus (préparé par Simon Halsey) et un duo de solistes de haut vol (la soprano néo-zélandaise Eleanor Lyons et la mezzo écossaise Catriona Morison). 

 

 

Finesse et excellence instrumentales, cohérence interprétative et beauté lyrique sont les premiers mots qui viennent à l’esprit pour décrire cette lumineuse lecture de la Résurrection par maestro Yamada, toute en intériorité et en pudeur, dont l’émotion se construira patiemment. Et il y a quelque chose de Seiji Ozawa dans la gestique de son jeune compatriote : une attention inouïe portée aux musiciens et aux nuances, une vraie passion pour la partition comme pour la ligne de chant, une délicatesse et une retenue qui rendent les moments d’embrasement plus incandescents encore. Il faut pourtant apprivoiser une telle approche dans Mahler : le début du Totenfeier fait d’emblée grande impression, avec ses violoncelles tranchants. On admire, dans ce premier mouvement, tout autant la beauté du son que la patience de la construction, le geste sûr de Kazuki Yamada, d’une étonnante richesse : une abondance de détails découle de ce travail d’orfèvre qui amène lumière et clarté à cette symphonie appréhendée, de manière générale, sous un angle plus spectaculaire et sombre. 

La même concentration permet à l’Andante moderato d’être effectivement Sehr gemächlich : on reste estomaqué par la finesse des cordes, et leur incroyable volupté, notamment dans la redoutable partie en pizzicati. La touchante simplicité de ce morceau – rendue possible par l’extrême professionnalisme des musiciens – s’avère particulièrement émouvant. Mais le japonais se montre tout aussi à son aise dans la pulsation du Scherzo, dont il fait tranquillement ressortir tout le côté grinçant. Puis, c’est toute l’humanité de l’Urlicht qui prend à la gorge l’audience, grâce à la voix intense et blessée de Catriona Morison notamment. Cette humanité, on la trouve également dans la partie chorale du dernier mouvement – et d’abord dans la voix lumineuse d’Eleanor Lyons -, mais aussi dans le frémissement de la flûte comme dans le frisson des trombones – au terme de la lente montée vers le Wild herausfahrend. Quant au près des 100 choristes de Birmingham, transcendés par l’événement, vibrants d’émotion dans le Bereite dich zu leben ! (« Prépare-toi à vivre ! »), engagés comme jamais dans le climax final, ils dissipent tout doute quant au niveau d’excellence de cette soirée d’anthologie !

 

Mais n’oublions pas d’évoquer la première partie de soirée qui a permis au public monégasque de découvrir (ou redécouvrir… l’œuvre ayant été créée dans la Principauté il y a 59 ans !) et d’apprécier l’ampleur et l’opulence mystique de la Sinfonia Sacra d’Andrzej Panufnik, qui débute par un appel des trompettes dispersées aux quatre coins de l’orchestre, à l’instar de L’Orfeo de Monterverdi. Une entrée “en fanfare” qui cède rapidement la place à l’élégie éthérée des cordes. Kazuki Yamada conduit avec précision les multiples ricochets rythmiques distribués sur tout l’orchestre, dans les deux mouvements de cette courte symphonie. La musique de Panufnik nous empoigne dans son élan tentaculaire, jusque dans l’exaltation du crescendo final !

 

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CRITIQUE, concert. MONACO, Grimadi Forum (Salle des Princes), le 24 septembre 2023. MAHLER : Symphonie N°2 dite “Résurrection”. Eleanor Lyons (soprano), Catriona Morison (mezzo), Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Kazuki Yamada (direction). Photos © Manuel Vitali & Emma Dantec.

 

VIDEO : Claudio Abbado dirige la Deuxième Symphonie de Mahler au Festival de Lucerne

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