L’Orchestre national Auvergne-Rhône-Alpes (ONAURA) ouvre sa saison clermontoise avec un programme placé sous le double signe de la jeunesse créatrice et de l’art mozartien du dialogue. Les 16 et 17 octobre 2026, l’Opéra-Théâtre de Clermont-Ferrand accueille Christian Zacharias, chef associé de la phalange et familier de longue date de la scène auvergnate, pour une soirée où le piano, la flûte et la harpe se font tour à tour solistes et partenaires d’une même conversation musicale. À ses côtés, trois interprètes de premier plan : la pianiste Magdalene Ho, le flûtiste Vincent Lucas et la harpiste Valeria Kafelnikov.
Une entrée en matière résolument contemporaine
Fidèle à l’engagement de la saison 2025-2026 de l’ONAURA en faveur de la création au féminin, le concert s’ouvre sur Entropia de Margaux Dauby. Cette pièce pour vingt-trois cordes solistes, créée le 19 décembre 2023 au CNSMD de Lyon lors du concert « Métamorphoses » (commande de Siméon Labouret et Félix Nunes), fait ici l’objet d’une reprise. Le titre dit assez la démarche : l’entropie, cette tendance à la dégradation et au désordre, devient sous la plume de la jeune compositrice un matériau sonore à part entière. Les cordes de l’orchestre, seules en scène, déploient un univers où la texture le dispute au mouvement, dans une écriture qui interroge la fragilité du monde contemporain tout en conservant une dimension résolument sensible. Une manière de rappeler que la musique d’aujourd’hui a toute sa place dans un programme où Mozart demeure le cœur battant.
Mozart, ou l’art du dialogue retrouvé
Le reste de la soirée est consacré à Wolfgang Amadeus Mozart, et plus particulièrement à trois partitions où le compositeur explore avec un bonheur constant les ressources du dialogue concertant. Le Divertimento n° 17 en ré majeur KV 334 encadre l’ensemble du programme : ses trois premiers mouvements précèdent les concertos, ses trois derniers les referment. Composée vers 1779-1780, probablement à l’occasion de la soutenance de thèse d’un membre de la famille Robinig, cette page de grande envergure pour deux violons, alto, basse et deux cors déploie une écriture d’une ampleur presque symphonique, où la musique de divertissement s’élève sans jamais perdre sa légèreté ni sa grâce. Les six mouvements alternent Allegro, thème et variations, menuets, Adagio et Rondo, dessinant une architecture où chaque intervention instrumentale participe d’un équilibre constamment négocié.
Au centre de ce dispositif, deux concertos emblématiques. Le Concerto pour flûte et harpe en ut majeur KV 299 répond à une commande parisienne du duc de Guisnes et demeure l’unique incursion de Mozart dans le répertoire de la harpe. La partition joue de la complémentarité des timbres : la flûte, agile et lumineuse, dialogue avec les arpèges et les sonorités cristallines de la harpe, dans un tissu orchestral d’une élégance constante. Les deux instruments se répondent, se croisent, s’entrelacent, faisant de ce concerto une conversation exemplaire entre deux voix que tout semble rapprocher.
Le Concerto pour deux pianos en mi bémol majeur KV 365 clôt cette galerie concertante. Écrit à Salzbourg en 1779, il était destiné à être joué par Mozart et sa sœur Nannerl, et l’on devine dans cette destination familiale une exigence d’égalité entre les deux parties. Les deux claviers se répondent avec une intimité telle qu’il devient parfois difficile de distinguer où commence l’un et où finit l’autre. La musique est vive, généreuse, souvent joueuse, et le finale en rondo emporte l’auditoire dans un élan d’une exubérance communicative.
Des interprètes au service d’une même exigence
Christian Zacharias, né en Inde en 1950, est l’une des figures les plus singulières du paysage musical européen. Pianiste et chef d’orchestre, il rejette les dogmes pour privilégier une honnêteté du jeu qui n’exclut ni la rigueur ni l’imprévu. Sa relation avec l’ONAURA, dont il est chef associé aux côtés de Thomas Zehetmair et Enrico Onofri, est ancienne et profonde. Dans ce programme, il assume à la fois la direction et la partie de piano du Concerto KV 365, retrouvant une pratique — jouer en dirigeant depuis le clavier — qui fut celle de Mozart lui-même.
À ses côtés, Magdalene Ho incarne la nouvelle génération du piano. Née en 2003 en Malaisie, lauréate du prestigieux Concours Clara Haskil en 2023, elle s’est déjà produite avec l’Orchestre de la Suisse Romande et s’impose comme l’un des talents les plus prometteurs de sa génération. Sa présence dans ce concerto pour deux pianos, face à un interprète aussi expérimenté que Zacharias, promet un échange où jeunesse et maturité se nourrissent mutuellement.
Vincent Lucas est, pour le public clermontois, une figure familière : c’est dans cette ville qu’il a commencé la flûte à l’âge de huit ans, avant d’intégrer à quatorze ans le Conservatoire national supérieur de Paris, puis de devenir flûte solo de l’Orchestre de Paris après un passage à l’Orchestre philharmonique de Berlin. Son retour dans le Concerto KV 299 prend ainsi une dimension particulière, celle d’un musicien qui retrouve la scène de ses débuts pour y défendre l’une des pages les plus lumineuses du répertoire.
Valeria Kafelnikov, harpiste franco-russe née en 1979, est soliste de l’Ensemble intercontemporain et professeure au CNSMD de Lyon. Fille d’un trompettiste de l’Orchestre philharmonique de Saint-Pétersbourg, elle a été formée auprès d’Isabelle Moretti à Paris et Fabrice Pierre à Lyon, et s’est illustrée dans un répertoire qui va du XVIIIe siècle à la création contemporaine. Sa maîtrise des harpes historiques comme de l’instrument moderne lui permet d’aborder le Concerto KV 299 avec une compréhension intime des contraintes et des beautés de l’écriture mozartienne.
Ce concert, d’une durée d’environ deux heures avec entracte, s’inscrit dans la Saison 2025-2026 de l’Orchestre national Auvergne-Rhône-Alpes, qui fait la part belle aux grandes œuvres du répertoire comme aux créations inédites. Les places sont proposées à des tarifs accessibles, de 5 € à 32 € selon les catégories et les publics, et le concert est également proposé à l’abonnement.
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Renseignements et réservations sur le site de l’ONAURA : onauvergne.com






