COMPTE-RENDU, concert. MONACO, le 16 mai 2021. Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, A Kantorow – J Rhorer.

Kantorow alexandre piano classiquenews festival WURTH critique classiquenewsCOMPTE-RENDU, concert. MONACO, le 16 mai 2021. Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, A Kantorow – J Rhorer. C’est par une standing ovation (chose suffisamment rare Ă  Monaco pour ĂŞtre relevĂ©e !) que l’extraordinaire moment de piano que nous a livrĂ© la star montante du piano français (et mondial) Alexandre Kantorow (LaurĂ©at du prestigieux Concours TchaĂŻkovski) s’est conclu ! Un succès auquel doit Ă©galement ĂŞtre associĂ© le chef français JĂ©rĂ©mie Rhorer Ă  la tĂŞte d’un Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo plus fabuleux que jamais ! Photo : A Kantorow, DR.

De fait, dès son entrée dans l’arène de l’Auditorium Rainier III (après une rutilante Ouverture de Ruslan et Ludmila de Glinka !), le jeune pianiste instaure un climat incroyablement vivifiant de cette joute serrée entre orchestre et soliste qui est l’âme de cette extraordinaire (et diabolique !). Rhorer y déploie un phrasé d’une rigueur rythmique impeccable, parfaitement articulé, puissamment contrasté, sollicitant tous les pupitres (cordes, flûte, clarinette et trompette…) tandis que le pianiste, en totale symbiose avec la phalange monégasque, s’engouffre avec hardiesse et virtuosité dans ce torrent de notes qui alterne entre virtuosité percussive et méditation sensible. Une interprétation marquée d’une patente complicité entre soliste et chef et d’une virtuosité pianistique échevelée… qui trouvera son aboutissement dans un époustouflant troisième mouvement, extraordinaire par son climat un peu mystérieux entretenu par les cordes, d’où émergent les notes égrenées du piano. Puis le trait se durcit, et le tempo s’accélère bientôt dans une cavalcade finale captivante, imprégnée d’urgence, qui vient achever une lecture d’où se dégage autant d’émotion que de dextérité ! Une émotion dont seront empreints les deux bis extraits du corpus brahmsien, qui vaudront un déchaînement de vivats rarement entendu en Principauté !
Le concert se poursuit après une « pause technique » par l’exécution de la 3ème Symphonie (dite « Polonaise ») de Tchaïkovski, qui se trouve quelque peu « mal à l’aise » à la charnière des deux premières, toute de fraîcheur bucolique, et du massif insurmontable des herculéennes trois suivantes. Cela explique la relative défection de cette page symphonique, qui se positionne comme la mal aimée du cycle, mais également la moins connue du compositeur russe. On gagnerait pourtant à la réécouter, même si le premier et le dernier des cinq mouvements babillent un peu : l’orchestration de Tchaïkovski est ici tout entier, avec notamment un Scherzo d’une légèreté angélique, et à y regarder mieux, on s’aperçoit qu’elle annonce, en plus d’un endroit, les trois symphonies du destin. Jérémie Rhorer veille surtout ici à restituer une forme, à travers une lecture précise et décantée, au problématique Tempo di polacca final (qui vaut à l’ouvrage son titre de « Polonaise »). Sa lecture a surtout le mérite d’un réel engagement, sillon que suit un OPMC tout feu tout flamme !

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COMPTE-RENDU, concert. MONACO, Auditorium Rainier III, le 16 mai 2021. Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Alexandre Kantorow, piano – JĂ©rĂ©mie Rhorer, direction.

COMPTE-RENDU, concerts. Festival du Printemps des Arts de Monte-Carlo, les 27 & 28 mars 2021. OPMC, Tedi Papavrami & Kazuki Yamada au Grimaldi Forum (le 27), Quatuor Zemlinsky (+ Anna Maria Pammer) à la Salle Empire de l’Hôtel de Paris (le 28)

COMPTE-RENDU, concerts. Festival du Printemps des Arts de Monte-Carlo, les 27&28 mars 2021. OPMC, Tedi Papavrami & Kazuki Yamada au Grimaldi Forum (le 27), Quatuor Zemlinsky (+ Anna Maria Pammer) à la Salle Empire de l’Hôtel de Paris (le 28).

Après avoir purement et simplement annulé sa précédente édition pour les raisons que l’on sait, le Printemps des Arts de Monte-Carlo répond bel et bien présent cette fois (du 13 mars au 11 avril cette année), d’autant plus qu’à Monaco les lieux culturels seront toujours restés ouverts après le premier confinement, et nous avons ainsi pu rendre compte dans ces colonnes de nombreux concerts avec l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo entre octobre et février dernier. Cette nouvelle édition est aussi la dernière de Marc Monnet qui s’apprête à quitter la direction artistique du festival après presque vingt années de bons et loyaux services passés en Principauté.

schoenberg arnold moses und aaron opera classiquenews presentation reviewLe 3ème week-end des festivités, auquel nous avons assisté, était consacré aux compositeurs de la Seconde école de Vienne, dont Berg et Schönberg (photo ci-contre) furent les plus emblématiques représentants. Le premier concert se tient dans la fameuse Salle des Princes pour un concert de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, placé sous la direction de son chef titulaire Kazuki Yamada, dans un programme Berg/Schönberg. C’est le violoniste albanais Tedi Papavrami qui a été sollicité pour interpréter le poignant « Concerto à la mémoire d’un ange » d’Alban Berg, que le compositeur autrichien composa après avoir été bouleversé par la mort de la fille d’Alma Mahler. Dans son interprétation, le chef japonais nous fait partager la douleur du compositeur en générant des climats d’une grande tristesse. Lorsque, dans les ultimes accords, la tonalité reprend ses droits sur l’atonalité, le dialogue des clarinettes avec le violon solo accentue fortement ces sentiments de deuil et d’absence. Artisan concentré de ce voyage dans la mort, Papavrami se fond dans la masse orchestrale. Dans la domination sonore de son instrument enveloppée dans le flot musical, grâce à son extrême sensibilité, il reste continuellement en totale symbiose avec l’orchestre. Alors qu’il lui serait facile de briller techniquement, il centralise ses efforts dans l’intériorité du propos avec une simplicité et un naturel qu’il faut ici saluer, et l’on regrette qu’il n’ait pas sacrifié à la tradition des bis… En deuxième partie, c’est au gigantisme (dix-sept bois, cinq clarinettes, huit cors, quatre trompettes, cinq trombones, huit percussions, deux harpes etc. !) du poème symphonique « Pelléas et Mélisande » de Schönberg que la phalange monégasque s’attaque. Si dans son opéra d’après le poème de Maeterlinck, Debussy suggère et murmure à partir d’une orchestration fine et sensuelle, le viennois affirme avec fougue, dans une partition où lyrisme et passion s’entrecroisent dans une orchestration très straussienne, opulente et rutilante, d’une grande richesse thématique. Un exercice de direction particulièrement ardu où Yamada empoigne la musique à bras le corps dans une gestuelle large et précise, d’une grande efficacité. La vision du chef japonais favorise tout particulièrement la clarté du discours, sans jamais sacrifier à la tension, et en maîtrisant magnifiquement l’élan des crescendi. Tous les pupitres de l’OPMC sont à la fête parmi lesquels il faudra donner une mention au hautbois, à la clarinette et au cor… sans oublier la harpe ! Une interprétation très théâtrale et très ensorcelante qui restera assurément dans les annales du festival monégasque !

OPCM MONTE CARLO concert crtiique classiquenews _Quatuor ZemlinskiChangement radical de lieu et de registre le lendemain avec le Quatuor Zemlinsky pour un concert chambriste entièrement consacrĂ© Ă  Schönberg dans la majestueuse « Salle Empire » du mythique HĂ´tel de Paris ! En première partie, ils donnent Ă  entendre le rare « Quatuor Ă  cordes n°2 » Opus 10 (composĂ© en 1910), dans lequel la soprano autrichienne Anna Maria Pammer se joint aux Zemlinsky, car dans cet ouvrage-phare du compositeur viennois, ce dernier cherche Ă  sortir du cadre formel en ajoutant la voix chantĂ©e (dans les deux derniers mouvements), et en se libĂ©rant de la tonalitĂ© Ă  la fin de l’œuvre. L’écriture d’une remarquable concision et la luxuriance de la polyphonie sont soutenues avec beaucoup d’intelligence par les quatre archets. On sait que les deux poèmes de Stefan George (extraits du « Septième anneau ») choisis par Schönberg pour terminer sa partition font Ă©cho Ă  un pĂ©riode douloureuse de son existence qui lui avait fait penser au suicide. MalgrĂ© quelques aigus au bord de la rupture, la chanteuse offre une belle projection et beaucoup de relief Ă  sa partie, grâce Ă  sa voix ample et chaleureuse qui confèrent Ă©normĂ©ment de teneur expressive dans ces intenses passages. En seconde partie, les Zemlinsky sont rejoints par deux membres du Quatuor Prazak (le violoncelliste Michal Kanka et l’altiste Josef Kluson), pour la sublime « Nuit transfigurĂ©e » (Verklärte Nacht) du mĂŞme compositeur, composĂ©e en 1899 pour sextuor Ă  cordes d’après le poème de Richard Dehmel dont il admirait les textes, et qui s’avère une Ĺ“uvre charnière entre le post-romantisme germanique dĂ©clinant et une modernitĂ© iconoclaste en gestation dont il allait ĂŞtre un des moteurs principaux. Et l’on ne sait ici qu’admirer le plus : la beautĂ© transcendante des phrasĂ©s, le legato parfait, la variĂ©tĂ© des climats, le respect total de la partition ou encore la sonoritĂ© ample de l’ensemble… Le public – rĂ©duit ici Ă  une demi-jauge comme la veille au Grimaldi Forum en respect des règles sanitaires… – ne s’y trompe pas, et fait un triomphe amplement mĂ©ritĂ© aux artistes. Vivement l’édition 2022 !

COMPTE-RENDU, concerts. Festival du Printemps des Arts de Monte-Carlo, les 27 & 28 mars 2021. OPMC, Tedi Papavrami & Kazuki Yamada au Grimaldi Forum (le 27), Quatuor Zemlinsky (+ Anna Maria Pammer) à la Salle Empire de l’Hôtel de Paris (le 28).

COMPTE-RENDU, concert. MONACO, Auditorium Rainier III, le 10 janvier 2021. Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, FP Zimmermann (violon), Y Yamada (direction)

COMPTE-RENDU, concert. MONACO, Auditorium Rainier III, le 10 janvier 2021. Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, FP Zimmermann (violon), Y Yamada (direction). Moins d’un mois après notre dernière venue (http://www.classiquenews.com/compte-rendu-concert-monaco-auditorium-rainier-iii-les-1213-dec-2020-orchestre-philharmonique-de-monte-carlo-daniel-lozakovich-violon-cornelius-meister-direction-le-12-frank-pe/), les choses ont quelques peu changé sur le Rocher. Si la vie culturelle continue de battre son plein, les concerts (et désormais les représentations d’opéra…) sont avancés à 14 heures (pour les opéras) ou 14 heures trente (pour les concerts et les ballets), le couvre-feu est avancé à 19 heures au lieu de 22, et les restaurants et bars, s’ils restent ouverts, ne sont désormais accessibles qu’aux résidents monégasques, à ceux qui y travaillent, ou à ceux qui y séjournent à l’hôtel… En attendant, nous ne boudons pas notre plaisir, et profitons d’un luxe qui est inaccessible à (quasiment) toute l’Europe (heureux monégasques !), et nous avons pris la bonne habitude de couvrir la majeure partie des événements culturels en Principauté, à l’instar de ce nouveau concert de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, cette fois placé sous la férule de son directeur musical et artistique, le chef japonais Kazuki Yamada.

 

Monaco est une FĂŞte !
Kazuki Yamada dirige le Philharmonique de Monte-Carlo

 

 

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En préambule du concert, séquence émotion avec la prise de parole de la Première violoniste Liza Kerob, puisque le concert est dédié à la mémoire de Yakov Kreizberg, directeur de la phalange monégasque de 2008 à 2011, et dont on fête le dixième anniversaire de la mort cette année. Après ce vibrant hommage, place à la musique avec toutefois un programme quelque peu bousculé, comme s’en excuse Didier de Cottignies (Conseiller et Délégué artistique de l’OPMC) auprès du public, pour raccourcir le concert et permettre aux auditeurs des Alpes Maritimes de regagner leurs foyers à temps avant le couvre-feu avancé à 18h depuis peu dans ce département limitrophe de la Principauté. Exit donc la Trumpet ouverture de Mendelssohn, et le violoniste allemand Frank Peter Zimmermann (entendu in loco au lendemain du concert précité dans l’Intégrale des Sonates pour Violon et Piano de Beethoven) s’avance après les deux discours pour interpréter le Concerto pour Violon de Robert Schumann : une première partie qui vaut presque avant tout pour la parure orchestrale que tisse le Maestro Yamada, qui apparaît comme étrangement mélancolique et désabusée ; non que les tempi soient en eux-mêmes particulièrement lents, mais l’élan vital et le romantisme incandescent sont ici sacrifiés au profit d’une vision méditative et triste dans laquelle se coule le violon de Zimmerman. C’est dans le mouvement lent et le dialogue avec le violoncelliste solo de l’OPMC que réside le meilleur moment de ce début de programme.

Le plat de résistance, donné sans entracte dans la foulée, est la monumentale 9ème Symphonie de Bruckner que le compositeur autrichien, comme on le sait, avait dédié à… Dieu ! Inspiré en effet par une foi profonde, Bruckner a malheureusement terminé sa carrière symphonique sans pouvoir mettre un point final à sa Neuvième symphonie. Les trois mouvements achevés représentent tout de même une bonne heure de musique, résultat de sept années de travail pour le compositeur. Les cuivres y sont très largement sollicités dans le premier mouvement (on compte ce soir neuf cors et cinq trombones !), une partition où des climax démesurés portent l’orchestre vers de ténébreux sommets, alternant avec des ponctuations méditatives qui laissent chanter les bois et les cordes. Le second mouvement permet à Yamada d’étirer à l’envi les dynamiques de la partition de Bruckner, et les pizzicati des cordes prennent alors un relief saisissant préfigurant le passage dévastateur des cuivres qui décrivent d’effrayants enfers ! Les cuivres s’avèrent flamboyants et le rythme martelé à travers ces pages s’avèrent magnifiquement articulé, matérialisant une implacable tension. L’Adagio qui suit traduit toujours plus de passion, les phrasés confiés aux cordes menant la phalange monégasque vers des sommets d’émotion. Malgré le caractère éprouvant d’une partition qui n’épargne aucun des pupitres de l’orchestre, le chef japonais parvient à communiquer à ses musiciens un souffle narratif jusqu’aux ultimes notes. Au terme d’un concert riche en émotions, il reçoit alors la juste et amplement méritée standing ovation d’une salle comble (mais avec un siège sur deux disponible seulement, respect des règles sanitaires oblige !).

On ne cesse de le répéter… Monaco est une Fête !

 

 

 

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COMPTE-RENDU, concert. MONACO, Auditorium Rainier III, le 10 janvier 2021. Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Frank Peter Zimmermann (violon), Yazuki Yamada (direction).

 

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Le Philharmonique de Monte-Carlo en janvier 2021 © Emmanuel Andrieu

 

COMPTE-RENDU, concert. MONACO, Auditorium Rainier III, les 12,13 déc 2020. Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Daniel Lozakovich (violon) & Cornelius Meister (direction), le 12 – Frank Peter Zimmermann (violon) & Martin Helmchen (piano), le 13 déc 2020

COMPTE-RENDU, concert. MONACO, Auditorium Rainier III, les 12,13 déc 2020. Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Daniel Lozakovich (violon) & Cornelius Meister (direction), le 12 – Frank Peter Zimmermann (violon) & Martin Helmchen (piano), le 13 déc 2020. Comme nous l’écrivions dans notre dernier compte-rendu d’un concert de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo donné à la Salle Rainier III de Monaco en novembre dernier :

(https://www.classiquenews.com/compte-rendu-concert-monaco-auditorium-rainier-iii-le-1er-novembre-2020-orchestre-philharmonique-de-monte-carlo-sergej-krylov-violon-jukka-pekka-saraste-direction/), le Rocher fait figure d’exception culturelle (et pas que, puisque bars et restaurants y demeurent ouverts jusqu’Ă  21h30, en semaine comme les We), et en ce mois de dĂ©cembre 2020, c’est plĂ©thore de concerts, de ballets, de soirĂ©es d’opĂ©ra qu’offre ce pays dĂ©cidĂ©ment Ă  part.

Ainsi, après un opéra de jeunesse de Verdi (avec Placido Domingo) à l’Opéra et un Lac des Cygnes chorégraphié par Jean-Christophe Maillot pour ses Ballets de Monte-Carlo à la Saint-Sylvestre (compte-rendu à suivre sur CLASSIQUENEWS), votre serviteur a pu assister à un bien beau doublé musique symphonique & musique de chambre, dans le cadre de la riche saison de l’OPMC / Orchestre Philharmonique de Monte Carlo.

LOZAKOVICH Daniel violon gstaad concert critique classiquenewsLe premier soir, Ă  l’Auditorium Rainier III, nous retrouvons le virtuose suĂ©dois Daniel Lozakovich que nous avions dĂ©couvert en 2018 – avec fascination – aux Rencontres musicales d’Evian (https://www.classiquenews.com/compte-rendu-concert-evian-les-6-7-juillet-2018-r-strauss-l-van-beethoven-p-i-tchaikovski-j-j-kantarow-orch-de-chambre-de-lausanne-salonen-lozakovich/). DĂ©laissant le Concerto de TchaĂŻkovski pour celui de Mendelssohn (opus 64), le jeune violoniste n’en Ă©blouit pas moins : il possède toutes les qualitĂ©s techniques et dĂ©jĂ  une belle expĂ©rience des salles de concert les plus prestigieuses pour s’imposer, mais c’est aussi par sa personnalitĂ© qu’il sĂ©duit, celle du visage d’un adolescent glabre et sage sous lequel brĂ»le un feu ardent. ExtrĂŞmement Ă  l’aise avec la partition, Lozakovich joue de façon brillante et enlevĂ©e, et rien ne lui rĂ©siste : avec son Stradivarius, il avale les mesures, bondit de trilles en trilles, distille ce qu’il faut de vibrato et sculpte de son archet bondissant aussi prompt Ă  la soumission qu’aux puissantes attaques de cordes, une interprĂ©tation qui restera dans notre mĂ©moire. Il faut dire qu’il est soutenu avec maestria par le chef allemand Cornelius Meister, dĂ©sormais directeur musical de la Staatsoper de Stuttgart, qui lui offre un somptueux tapis musical Ă  la tĂŞte du non moins somptueux Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo. En bis, le violoniste offre une rare « Danse rustique » d’Eugène YsaĂże dont la virtuositĂ© arrache des vivats de la part d’un public monĂ©gasque (masquĂ© et Ă  distance raisonnable les uns des autres comme il se doit).
En seconde partie, après une Ouverture d’Obéron de Weber rondement menée et enlevée, c’est la fameuse Symphonie n°1 (dite « Le printemps ») de Robert Schumann. Dès les premières mesures, l’engagement des pupitres est admirable. D’emblée, Meister réussit une synthèse rare dans ce répertoire, car elle associe la puissance et la délicatesse, atouts qui appartiennent généralement à des ensembles aux effectifs plus réduits que le pléthorique OPMC. Ce soir, la phalange monégasque se plie sans brusquerie ni raideur aux lignes brisées et aux changements continus d’atmosphères de la partition du maître allemand. Le chef aborde le Larghetto d’une manière très « beethovénienne », appuyant le rythme de la marche., tandis que le Scherzo remémore quelque page de Schubert, tout en annonçant, par son énergie passionnée, la raillerie des partitions du postromantisme, notamment de Mahler. Aucune dureté dans cette lecture pourtant très « encadrée », aux cuivres rutilants et aux bois champêtres, qui s’unissent dans un finale fiévreux, véritable hymne à la jeunesse.

Montecarlo-orchestre-philharmonique-concert-duo-violon-piano-critique-concert-classiquenewsLe lendemain (13 déc 2020), toujours à l’Auditorium Rainier III, c’est le géant allemand Ludwig van Beethoven que l’on fête, en même temps que le 250ème anniversaire de sa naissance. Mais avec une formation plus réduite, celle réunissant le violon de Frank Peter Zimmermann et de Martin Helmchen, pour interpréter ses cinq dernières Sonates (les cinq premières autres ayant déjà fait l’objet d’un concert in loco deux mois plus tôt). Mis sur un pied d’égalité, c’est-à-dire assis l’un près de l’autre, les deux solistes s’entendent visiblement à merveille et cette complicité transparaît lumineusement tout au long de la soirée, qui prend ici des allures de marathon puisque les cinq Sonates seront enchaînées sans entracte… époque covidistique oblige ! Le dialogue entre les deux instruments est tout simplement extraordinaire, au sens propre du terme, tout de virtuosité et d’émotion, qui procurent de la chair à chacun des morceaux. Délaissant les consonances mozartiennes des premiers opus, souvent joyeux et aériens, le cycle se prolonge en suivant bien évidemment l’évolution stylistique de Beethoven. On le sait, les dernières Sonates atteignent une profondeur quasi mystique, et très chargée de sens, dans ses dernières compositions, notamment avec la monumentale Sonate n°9 « à Kreutzer » ainsi que la n°10, de huit ans postérieure et en rupture avec tout ce qui a été écrit jusqu’alors. Une intensité et une profondeur que l’archet de l’un et le clavier de l’autre n’ont pas de mal à restituer, ce dont l’audience n’est pas près de l’oublier… même si le couvre-feu imminent a malheureusement écourté quelque peu la durée des applaudissements… A noter, en guise de conclusion, que les deux compères ont commencé l’enregistrement de l’opus beethovénien chez Bis Classics !

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COMPTE-RENDU, concert. MONACO, Auditorium Rainier III, les 12&13 dĂ©cembre 2020. Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Daniel Lozakovich (violon) & Cornelius Meister (direction) le 12 – Frank Peter Zimmermann (violon) & Martin Helmchen(piano) le 13. CONSULTEZ la saison de l’Orchestre Philharmonique de Monte Carlo

COMPTE-RENDU, concert. MONACO, Auditorium Rainier III, le 1er novembre 2020. Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Sergej Krylov (violon), Jukka-Pekka Saraste (direction).

Jukka-Pekka-Saraste-concert-critique-review-monte-carlo-classiquenewsCOMPTE-RENDU, concert. MONACO, Auditorium Rainier III, le 1er novembre 2020. Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Sergej Krylov (violon), Jukka-Pekka Saraste (direction). A l’heure oĂą l’Europe se reconfine et que toutes les salles de concerts du vieux continent ont fermĂ© leurs portes, Monaco fait figure d’exception, et se prĂ©sente comme un havre pour le mĂ©lomane. De fait, tant sa saison d’opĂ©ra – l’on donnera très prochainement Carmen avec Aude ExrĂ©mo dans le rĂ´le-titre – que sa saison symphonique sont pour l’instant maintenues, et c’est ainsi que nous avons pu assister au 8ème concert symphonique de la saison 20/21 de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo.

Mais si la Covid-19 est peu prĂ©sente sur le Rocher (on y compte moins de 10 dĂ©cès liĂ©s Ă  la maladie depuis le dĂ©but de l’épidĂ©mie), elle n’en a pas moins chamboulĂ© le concert initialement prĂ©vu : Bertrand de Billy a dĂ» rester confinĂ© et le violoniste russe Valeriy Sokolov a Ă©tĂ© testĂ© positif Ă  l’aĂ©roport de Moscou juste avant d’embarquer pour Nice!… C’est ainsi Ă  la rescousse et Ă  la dernière minute que le chef finlandais Jukka-Pekka Saraste (portrait ci dessus, DR) et le violoniste russe Sergej Krylov ont repris le flambeau des mains de leurs confrères respectifs. Le programme aussi a dĂ» ĂŞtre modifiĂ© et Ă  la place du Cto pour violon N°3 de Saint-SaĂ«ns, c’est au final le cĂ©lĂ©brissime Cto pour violon N°1 de Bruch que le soliste a interprĂ©tĂ© !

Lauréat du Fritz Kreisler Violin Competition, le violoniste moscovite est également chef d’orchestre, et dirige l’Orchestre de Chambre de Lituanie depuis 2008. Délaissant Saint-Saëns, c’est donc à Bruch qu’il préfère se confronter. Des trois concertos pour violon le compositeur allemand composa, seul le premier connut un véritable succès. Mais quel succès ! Bruch lui-même ne tarda pas à s’en irriter : « Je ne veux plus entendre ce concerto ! n’ai-je composé que celui-là ? » déclarait-il aux solistes qui venaient l’interpréter devant lui, disant sa préférence pour le suivant (tandis que Brahms avait de son côté une prédilection pour le troisième…). Et c’est un choc pour nous que l’interprétation du violoniste russe, qui nous fait redécouvrir la partition comme au premier jour. Avec du cran et du panache, le soliste fait preuve d’une invention rafraîchissante, notamment dans l’adagio, chantant comme jamais, et qui fait ressortir une musicalité géniale. Technique impeccable, sensibilité à fleur de peau, sonorité somptueuse (ah les registres grave et médium), lyrisme incandescent et sensualité slave, tout y est !

Conditions sanitaires obligent, pas d’entracte, et Saraste embraye – juste après l’incontournable bis du soliste – sur la 3ème Symphonie de Bruckner (dĂ©diĂ©e Ă  Richard Wagner, comme on le sait…), et c’est la seconde version qui est ici jouĂ©e. Bruckner entama la composition de sa Troisième Symphonie Ă  la fin de l’annĂ©e 1872, et la termina l’annĂ©e suivante. En septembre 1873, le compositeur rendit visite Ă  Wagner qui accepta la dĂ©dicace de ce nouvel opus brucknĂ©rien, en le priant cependant d’y enlever les nombreuses citations de ses opĂ©ras, incluses dans la partition. En 1877, Bruckner fera une rĂ©vision complète de sa symphonie, la raccourcissant de dix minutes environ.

A l’issue des soixante minutes que dure cette symphonie, les qualités
de l’interprétation de Saraste l’emportent sur les quelques réserves
que nous pourrions faire ici oĂą lĂ  dans chacun des quatre mouvements.
La première qualité en est la beauté et la rondeur de la sonorité du somptueux Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, qui est en fait une des caractéristiques du style de ce chef. Il sait par ailleurs toujours trouver le bon tempo pour chaque mouvement, et il réussit à offrir ce fameux « souffle » si inhérent et essentiel à la musique de Bruckner. Cela est spécialement perceptible dans les moments apothéotiques des premier et deuxième mouvements. Car tous les connaisseurs du compositeur autrichien savent que maintenir le « souffle » est une des plus grandes difficultés de cette musique, pari que chef et orchestre monégasque réussissent avec brio et éclat !

 

 

 

 

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COMPTE-RENDU, concert. Monaco, Auditorium Rainier III, le 1er novembre 2020. Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Sergej Krylov (violon), Jukka-Pekka Saraste (direction).