Compte-rendu : Bordeaux. Auditorium de Bordeaux, le 26 septembre 2013. Purcell, Mahler … Orchestre National Bordeaux Aquitaine. Paul Daniel, direction.

Paul Daniel PortraitPremier concert de la nouvelle saison de l’ONBA, l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine qui dĂ©bute sa saison symphonique Ă  Bordeaux avec un nouveau directeur musical : le chef anglais Paul Daniel (photo ci dessus). D’une longue trajectoire, il a collaborĂ© avec le compositeur Michael Tippett, entre autres. Sa prĂ©sence au disque concerne surtout la musique vocale, mais aussi le rĂ©pertoire symphonique anglais. Lors de la prĂ©sentation de son projet artistique avec l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine, la maestro a rĂ©vĂ©lĂ© sa prĂ©dilection pour la musique romantique et contemporaine, comme sa volontĂ© d’insertion sociale  et son souci de diversitĂ©, au sein de l’orchestre comme et avec le public. 

 

Une saison d’ampleur et de nouveautĂ©

 

En effet, il compte inviter des femmes chefs d’orchestre et des jeunes chefs mais aussi explorer et faire dĂ©couvrir la musique contemporaine aux bordelais. De mĂŞme, l’orchestre entrera en contact avec de nouveaux publics, sur place Ă  l’OpĂ©ra et Ă  l’Auditorium de Bordeaux mais aussi hors de ces lieux familiers ; dans son dĂ©sir d’insertion et d’Ă©largissement de l’expĂ©rience et de l’activitĂ© musicale, Paul Daniel propose des concerts gratuits, invitant toute l’Ă©chelle socio-Ă©conomique Ă  dĂ©couvrir le bonheur de la musique classique et les qualitĂ©s de l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine.

La saison 2013-2014 dĂ©bute avec un concert symphonique, mais aussi choral, tout Ă  fait exemplaire.  C’est une sorte d’avant-goĂ»t des ambitions de la saison remplie de temps forts et d’Ă©vĂ©nements immanquables ! Certainement un pari gagnĂ© avec Paul Daniel ; les mois qui viennent nous le diront.

Au rendez-vous de ce soir, voici Purcell et Mahler, chiaroscuro et solennitĂ© pleins de maestria et de caractère. Le programme commence avec la Musique pour les funĂ©railles de la Reine Mary de Henry Purcell, père de la musique anglaise. Purcell a composĂ© une musique Ă  la solennitĂ© rayonnante, aux effectifs pourtant rĂ©duits pour l’occasion. Une marche et une canzona purement instrumentales ainsi qu’une mise en musique d’un texte liturgique. Paul Daniel a dĂ©cidĂ© d’inclure Ă©galement un extrait choral du compositeur anglais de la renaissance Thomas Morley. Dans cet extrait « Man is born », les voix masculines du choeur rĂ©duit enchantent par leur sombre dignitĂ©. Purcell s’accorde brillamment au style antique de Morley avec « You knowest, Lord, the secrets of our heart » mais injecte de sublimes harmonies tout Ă  fait particulières. La marche et la canzona sont interprĂ©tĂ©s magistralement par les musiciens, nous remarquons surtout la canzona d’une beautĂ© sĂ©vère et austère mais aussi d’une grande difficultĂ© pour les cuivres. A ce prĂ©ambule baroque, s’enchaĂ®ne directement le premier mouvement de la 2e symphonie de Gustav Mahler.

RĂ©surrection de l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine

Le premier mouvement est une sorte de marche funèbre (il s’agĂ®t Ă  l’origine d’un poème symphonique) en forme de sonate modifiĂ©e. Dès le dĂ©but, l’orchestre joue avec une sĂ»retĂ© Ă©tonnante. Le sens de l’Ă©preuve existentielle si typique Ă  Mahler est prĂ©sentĂ© de façon impeccable sous la direction de Paul Daniel. Les permanentes transitions entres les tĂ©nèbres post-wagnĂ©riennes et un lyrisme bucolique et quelque peu pompier sont plus subtilement exprimĂ©s encore. Les vents sont puissants ; les bois, d’une teinte pastorale et les cuivres Ă©poustouflants. Nous retenons notamment les excellentes flĂ»tes et trompettes.

Le deuxième mouvement est un andante moderato de grande beautĂ© et limpiditĂ©. Les cuivres apportent un cĂ´tĂ© sombre et sensuel pourtant. Les cordes jouant en pizzicato accompagnĂ©es du piccolo instaurent une ambiance presque enfantine, une certaine innocence mais non dĂ©nuĂ©e d’humour. Le troisième mouvement en forme de scherzo n’est pas sans rappeler le Mendelssohn de l’ouverture « Les HĂ©brides », notamment par les cordes et la clarinette. Un certain aspect folklorique juif se mĂ©lange ici avec le pathos obligatoire et poussĂ© si cher aux post-romantiques. L’orchestre passe facilement du massif brouhaha brucknĂ©rien Ă  l’intimitĂ© de la chambre pour revenir Ă  l’intensitĂ© bruyante avec un fortissimo peut-ĂŞtre trop fort vers la fin du mouvement.

Ensuite nous trouvons la contralto française Nathalie Stutzmann au quatrième mouvement « Urlicht ». Il s’agĂ®t originellement d’un lied, et si le mouvement est court il est davantage saisissant. Surtout grâce Ă  la voix puissante et idiosyncratique de Stutzmann ainsi qu’Ă  la prestation du premier violon. Ce court mouvement prĂ©pare au cinquième et dernier mouvement choral (qui est aussi le plus long, plus de 30 minutes!) oĂą participe Ă©galement la soprano soliste Henriette Bonde-Hansen. L’inspiration formelle beethovĂ©nienne est Ă©vidente mĂŞme si le langage est complètement diffĂ©rent. La couleur orchestrale est exploitĂ©e Ă  l’extrĂŞme et de façon spectaculaire, le son est distinct mais la cohĂ©sion n’est jamais compromise.

Dans une  remarquable cohĂ©rence, jamais l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine n’a semblĂ© jouer avec autant de suprĂ©matie, de virtuositĂ©. Après un dĂ©but sobre arrive le triomphe brillant et glorieux, la rĂ©surrection ! (le surnom programmatique de la symphonie est prĂ©cisĂ©ment « RĂ©surrection »). Une marche pompeuse du mouvement a, dans la lecture de Paul Daniel, une sonoritĂ© presque Elgarienne, ce qui rehausse le charme de la partition. La fanfare revient plus tard, et si Mahler a conçu tout un programme mĂ©taphysique pour la symphonie, cette marche Ă©voque plus un hĂ©roĂŻsme de pacotille qu’une expĂ©rience religieuse. Le sentiment mystique arrive avec les choeurs de l’OpĂ©ra National de Bordeaux et de l’Orfeon PamplonĂ©s, au dĂ©but très solennels mais gagnant en intensitĂ© avec le solo pour soprano Ă  la fois sentimental et lumineux. A partir de ce moment, les frissons nous submergent en permanence. Stutzmann se joint Ă  la soprano ; puis un violon Ă©lĂ©giaque sert de prĂ©lude aux choeurs revenants. Nous sommes au sommet de l’expressivitĂ© et du drame dans le duo des chanteuses auquel s’ajoutent les choeurs en crescendo. L’effet est d’une incroyable et inclassable beautĂ©, les frissons se complètent de larmes inĂ©luctables devant tant de talent et de majestĂ©. L’extase de la fin touche les cĹ“urs de l’auditoire et des interprètes qui sont aussi en larmes.

Après le concert nous sommes de surcroĂ®t enthousiasmĂ©s par la riche programmation de la saison 2013-2014 oĂą l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine devrait briller. L’excellente direction du chef Paul Daniel, mĂ©langeant subtilitĂ© et vivacitĂ©, est inspiratrice et allĂ©chante.

Les prochains concerts sont dĂ©jĂ  fortement attendus ! Le 9 et 11 octobre, il revient Ă  l’Auditorium cette fois-ci avec la soprano Heidi Melton pour un concert dĂ©diĂ© Ă  Wagner. Des extraits de Tannhäuser, Tristan et Isolde et Le CrĂ©puscule des dieux seront au rendez-vous. Nous en sommes impatients et invitons tous nos lecteurs Ă  dĂ©couvrir et redĂ©couvrir la force et les couleurs de l’Orchestre bordelais.

Les 28 et 29 novembre suivants, le pianiste Bertrand Chamayou, artiste associĂ© de la saison, sera aussi Ă  l’Auditorium pour un concert prometteur associant des Ĺ“uvres de Richard Strauss (dont le Burlesque pour piano et orchestre) Ă  la 9e symphonie de Dvorak.

Les 22 et 23 janvier, Paul Daniel aborde avec le violoniste franco-Serbe Nemanja Radulovic  Mendelssohn et Haydn ainsi que le compositeur anglais Eric Coates, rarement entendu en France. Des Ă©vĂ©nements Ă  ne surtout pas rater, vous pouvez consulter le programme de la saison sur le site de l’OpĂ©ra National de Bordeaux.  Bordeaux nouvelle capitale symphonique : nous sommes prĂŞts Ă  relever le pari ! Rendez-vous dans quelques semaines pour un premier bilan critique.

Bordeaux. Auditorium de Bordeaux, le 26 septembre 2013. Nathalie Stutzmann, contralto. Henriette Bonde-Hansen, soprano. Choeur de l’OpĂ©ra National de Bordeaux, Choeur de l’Orfeon PamplonĂ©s. Orchestre National Bordeaux Aquitaine. Paul Daniel, direction.

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