CD ̩v̩nement, annonce. MER(S) : Elgar / Chausson / Jonci̬res par Marie-Nicole Lemieux, contralto / Orch Nat Bordeaux Aquitaine, Paul Daniel Р1 cd ERATO

lemieux-MERS-erato-cd-homepage-concerts-cd-critique-classiquenewsCD événement, annonce. MER(S) : Elgar / Chausson / Joncières par Marie-Nicole Lemieux, contralto / Orch Nat Bordeaux Aquitaine, Paul Daniel – 1 cd ERATO. Somptueux programme sur le thème marin et ici selon l’esthétique et les fantasmes propres à la fin et l’extrême fin du XIXè, wagnérienne et post wagnérienne. Le disque est avant tout une immersion majeure dans l’orchestre hollywoodien fin de siècle / Belle-Époque, celle de Richard Strauss, de Puccini, et bientôt de Ravel… C’est d’abord sur le plan chronologique, la première mondiale de la MER, ode – symphonie du très wagnérien Victorin Joncières dont on connaît bien la Symphonie romantique, récemment révélée : ici la partition de 1881 pour choeur, mezzo et grand orchestre déploie des effluves vaporeuses, celle des facettes de l’océan, tout à tour, qui berce, fascine et hypnotise, emporte, foudroie et enveloppe… mer tueuse et mer sirène, l’océan selon Joncières est un animal indomptable d’une puissance poétique manifeste, qui profite ici de ses avancées après son opéra triomphal Dimitri de 1876.

MN Lemieux chante Elgar, Chausson, Joncières
Extases marines…

Toute aussi wagnérienne est la lyre d’Ernest Chausson qui dans le triptyque du Poème de l’amour et de la mer (1892), de la décennie suivante, déploie une plus grande révérence à Wagner tout en la renouvelant totalement : la délicatesse picturale de l’orchestre renforce néanmoins la profonde langueur dépressive de l’écriture qui plonge dans les tréfonds de l’âme humaine (la mort de l’amour)… Enfin, en anglais, et sublimés par la formidable musique de Sir Edward Elgar, le plus impérial des compositeurs du british empire, les 5 poèmes symphoniques ou SEA PICTURES de 1899, offrent une flamboyante fresque orchestrale inspirée des éléments océaniques dont le premier, « Berceuse de la mer » (Sea slumber song), le plus enivré et extatique, exprime un émerveillement perpétuel… La voix ample, chaude, si charnelle et maternelle de Marie-Nicole Lemieux, en guest star, apporte ce grain humain fraternel souvent irrésistible. Critique complète à venir le jour de la parution du cd MER(S) Elgar / Chausson / Joncières par Marie-Nicole Lemieux, Orch Nat Bordeaux Aquitaine, Paul Daniel, le 13 sept 2019.

 

 

 

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CLIC D'OR macaron 200CD événement, annonce. MER(S) : Elgar / Chausson / Joncières par Marie-Nicole Lemieux, contralo / l’Orch Nat Bordeaux Aquitaine, Paul Daniel – 1 cd ERATO – CLIC de CLASSIQUENEWS de la rentrée 2019

CD. Compte rendu critique. Sibelius : 2ème symphonie, Lemminkaïnen (ONBA, Paul Daniel, 2015, 1 cd ONBA Live, Actes Sud)

sibelius symphonie 2 retour de Lemminkainen onba bordeaux paul daniel direction actes sud musicales_cd_review_critique_compte rendu CLASSIQUENEWS cd review critique cd octobre 2015CD. Compte rendu critique. Sibelius : 2ème symphonie, Lemminkaïnen (ONBA, Paul Daniel, 2015, 1 cd ONBA Live, Actes Sud). Suite de la collection initiée par l’Orchestre de Bordeaux et Actes Sud : un cycle de live dévoilant la performance de la phalange bordelaise souvent à l’Auditorium local dans des programmes destinés à rassembler l’audience des mélomanes locaux ou célébrer des anniversaires incontournables. Evidemment pour les 150 ans de la naissance du plus grand symphoniste européen au XIXème avec Mahler s’entend, et pour la première moitié du XXè, l’ONBA et son chef Paul Daniel (depuis septembre 2013) se devaient de lire l’ardente vivacité de Sibelius dans un programme de fait très accessible : les milles séductions de la Symphonie n°2, composé en 1902 au moment où Mahler rédige sa 5ème, amoureuse et si sensuelle- ; la Symphonie n°2 de Sibelius est une vaste fresque panthéiste, d’un souffle irrépressible et irrésistible, ont été auparavant compris et magnifiquement servis par Bernstein le bacchique, ou Karajan l’Olympien. Ce dernier servi lui-même par une prise de son exemplaire (voir chez ses enregistrements chez DG récemment réédités dans le coffret Edition Sibelius 2015, CLIC de classiquenews d’octobre 2015), écrase la discographie d’autant qu’ici l’ingénieur du son préfère lisser et fusionner toutes les aspérités de la partition, propre à la recherche de couleurs d’un Sibélius en communion étroite avec les moindres frémissements de la nature, nature matricielle, nature irréductible à toute expression qui la caricaturerait : entre l’organique débridé de Bernstein, et le contrôle hédoniste et si détaillé, -palpitant- d’un Karajan, Paul Daniel s’appuie sur l’équilibre et la grande cohérence d’une sonorité solaire, avec un souci permanent des équilibres au point de gommer (comme la prise de son) les étagements sonores, la vitalité des contrastes entres les séquences et malgré la très grande caractérisation de chaque pupitre.

 

 

Pourtant en verve et détaillé, le chef Paul Daniel n’est pas un sibélien

Sibelius solennel, clinquant, dénaturé

ONBA_Paul-Daniel-Nicolas-Joubard-4--708x350Cependant, son Sibelius sonne solennel et pafois grandiose, quant les plus grands chefs sibéliens sont restés organiques et frémissants. C’est un Sibelius plus wagnérisé que proche de Tchaikovski (référence très présente dans cette seconde symphonie). Le Sibelius de Daniel est ressenti et restituée comme une ascèse nettoyée de ses doutes, vertiges, gouffres pourtant inscrits et présents dans la partition. Classique dans ses développements et sa compréhension, Daniel s’entend à gommer les écarts qui contredise son souci d’équilibre, or la Symphonie n°2 (Allegretto) est un condensé de toute la démarche esthétique de Sibelius, tiraillé dans la croissance organique de la forme, entre organisation et déstructuration, implosion et reconstruction : tout l’édifice se nourrit de ses deux forces antinomiques mais indissociables et complémentaires. Le second mouvement tempo andante soufre d’une asthénie foncière, atténuation qui finit par lisser tous les plans et réduire les séquences pourtant nettement contrastées en une continuité dévitalisée : c’est le mouvement le plus contestable de cette approche certes originale mais qui frôle le contresens. L’aspiration finale de ce 2è mouvement est comme dévitalisée, son effet irrépressible et viscéral d’aspiration (11’34), totalement gommé, quel dommage. Trop lisse, trop conforme, trop rond dans son approche, nous voulons citer le désir de rugosité et de force primitive d’un Sibelius qui s’adressant à son élève Bengt von Törne, et désignant comme illustration de sa démonstration des rochers de granit : “Quand nous les voyons, nous savons pourquoi nous capables de traiter l’orchestre comme nous le faisons”. Déclaration qui vaut intention esthétique pour toutes ses symphonies et qui est justement cité dans la notice du livre cd. Epars, éclaté, fractionné, dilué, la chef ne parvient pas à maintenir un fil centralisateur dans le déroulement confus et pour le coup désorganisé du 3ème mouvement vivacissimo, pour le coup totalement décousu. Ici le chef hors sujet semble assembler les épisodes sans en comprendre l’enchaînement ni la structure inhérente et souterraine : la logique sibélienne, organique, à la fois éclatée mais unitaire, lui échappe définitivement. Le cycle est réduit à une succession polie, plutôt terne, où le sens profond qui naît des contrastes enchaînés est absent. La formidable continuité avec le dernier mouvement et sa fanfare incandescente sont tout autant amollis, sans nerf, atténué, et sur un tempo dépressif : quel manque de passion (au sens où l’entendait Benrstein : écoutez en urgence ce que le chef américain, éperdu, ivre, échevelé fait autrement entendre). Que ce Sibelius sonne mesuré, assagi, dévitalisé. Paul Daniel n’est pas sibélien. Le geste est clair, articulé, équilibré mais tellement timoré : l’assemblage ne prend pas. Manque de vision globale de souffle prenant, incandescent, fulgurant. Le chef passe manifestement à côté, dans un finale rien que démonstratif et grandiloquent, en définitive lourd et presque racoleur, sans aucune fièvre. Quelle déception et quelle incompréhension profonde de l’écriture sibélienne.

 

 

Bon couplage que d’associer ici à la Symphonie n°2, Le retour de Lemminkaïnen (1896) opus 22 de plus de 7mn, lui-même épisode final de son cycle Lemminkaïnen, qui est une partition passionnante en ce qu’elle permet d’entendre l’assemblage progressif en une totalité organique à partir d’éléments épars exposés au préalable comme présupposés. La construction du drame et son déroulement évitent toute redite, le point culminant sur le plan de l’expression correspond au final : ici doit se réaliser la reconstruction salvatrice du héros qui a échappé à la mort et la réunification de son propre corps dit sa résurrection et sa victoire finale (à la manière du mythe égyptien d’Osiris, dieu des morts qui ayant ressuscité comme le Christ est aussi dieu de la Résurrection). Saisi comme le chant d’une chevauchée, ou comme l’éveil d’un printemps, frémissant grâce à l’acuité des instrumentistes, Daniel semble trouver une plus juste vision ici, mais hélas, l’enchaînement des épisodes confine à la fraction : tout est magnifiquement détaillé et caractérisé comme une mosaïque de séquences éparses. Mais la vision unitaire et fédératrice qui fusionne les éléments en une totalité mouvante et indivisible… ? Dans l’énoncé détaillé, le geste est séducteur.Mais dans la continuité, la vision ne laisse pas de nous laisser dubitatif, dans une prise de son qui noie les étagements des pupitres. Etrange vision où Sibelius sort plus dénaturé que grandi. Et ces tutti conclusifs rien que ronflants et démonstratifs. A bannir malheureusement. Préférez nettement les approches autrement plus captivantes et justes de Bernstein et Karajan, toutes rééditées à prix compétitif pour l’anniversaire Sibelius 2015.

 

 

 

sibelius symphonie 2 retour de Lemminkainen onba bordeaux paul daniel direction actes sud musicales_cd_review_critique_compte rendu CLASSIQUENEWS cd review critique cd octobre 2015CD. Compte rendu critique. Sibelius : 2ème symphonie, Le retour de Lemminkaïnen. Orchestre national de Bordeaux. Paul Daniel, direction. Live enregsitrement réalisé à Bordeaux en avril 2015. Collection ONBA Live, Musicales Actes Sud, parution : octobre, 2015 / 13,0 x 18,0 / 56 pages. ISBN 314-9-02807-012-5. Prix indicatif : 18, 62€

 

 

Compte rendu, opéra. Bordeaux. Auditorium de l’Opéra National de Bordeaux, le 24 septembre 2015. Verdi : Don Carlo (version milanaise de 1884). Leonardo Caimi, Tassis Christoyannis, Elza van den Heever, Keri Alkema… Ensemble Aedes, choeur. Le Cercle de l’Harmonie, orchestre. Paul Daniel, direction.

Vague verdienne en juin 2014L’ouverture de la saison lyrique de l’Opéra National de Bordeaux a lieu dans le nouvel Auditorium de la maison en cette soirée d’automne. Le début de la fin du mandat de Thierry Fouquet, directeur sortant, commence avec le Don Carlo de Verdi, dans une nouvelle production signée Charles Roubaud. Après quelques annulations, souffrances et remplacements, la direction musicale des deux premières présentations est tenue admirablement par le directeur de l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine, Paul Daniel. La distribution tourne autour de la fabuleuse Elsa van den Heever dans le rôle d’Elisabeth de Valois et compte avec des personnalités frappantes même si inégales. Un retour à Bordeaux pour la soprano citée, après Anna Bolena et Norma les deux années précédentes, retour de facto, à ne pas manquer !

Don Carlo ou le grand-opéra revisité

La nouvelle production frappe immédiatement par l’absence presque totale de décors (il y a quand même une croix quelque part, à un moment). Remarquons d’ores et déjà la fabuleuse création vidéo de Virgile Koering ; ses projections sur la scène ingrate (sans cintres ni coulisses), habillent le plateau en costumes espagnols, de façon plus qu’habile. Une très belle excuse pour faire une mise en scène qui est plutôt mise en espace. Les costumes d’époque de Katia Duflot sont très beaux et donnent davantage de caractère et d’élégance à la mise en scène dépouillée. Les chanteurs rentrent et sortent du plateau (mais pas les chÅ“urs, aux sièges derrière la scène), certes. Le directeur scénique laisse donc, «parler la musique ». Soit. Une idée non dépourvue de poésie, surtout en ce qui concerne la partition de Verdi, des plus réussies d’un point de vue orchestral, mais trop souvent la chose qu’on dit quand on n’a vraiment rien à dire. Matière à réflexion pour la prochaine direction de la maison.

verdi don carlo bordeaux paul danielAprès l’excellente performance de l’orchestre sous la baguette de Paul Daniel, malgré un répertoire auquel ne va pas sa prédilection, le maestro a des choses à dire. Intéressantes en plus. Sa direction est à la fois passionnante et raffinée, avec des belles subtilités au cours des quatre actes. Les contrastes sont privilégiés, sans pourtant offenser l’ouïe par des procédés faciles (rappelons qu’il s’agît d’un grand opéra à la française sous la plume de Verdi). Le choix de produire la quatrième version de l’opus (Milan,1884), à la base Don Carlos, en français, créé pour l’Opéra de Paris en 1867, non sans d’innombrables péripéties culturelles et stylistiques-, s’avère très juste. La dernière version de Modena étant en vérité la version Milanaise + le premier acte de la version de Paris, donc avec une certaine discordance stylistique, puisque le compositeur remania l’orchestration et parties vocales pour Milan. Cette version, plus concise, raconte toujours l’histoire très librement inspirée de la vie de l’Infant Don Carlos, petit-fils de Charles-Quint, devenu personnage romantique sous la plume de Schiller, modèle des librettistes de Verdi, Joseph Méry et Camille du Locle. Amoureux d’Elisabeth de Valois, nouvelle femme de son père Philippe II, Carlo termine dans les mains de l’Inquisition à cause de cet amour impossible.

L’Elisabeth d’Elsa van den Heever est remarquable par son interprétation d’une Reine tourmentée, aux motivations sincères et dont la noblesse de caractère ne la quitte jamais. La voix large de la jeune cantatrice s’adapte à souhait aux besoins expressifs de la partition et elle campe une performance fantastique, en dépit d’une certaine froideur. Le Don Carlo de Leonardo Caimi (remplaçant de Carlos Ventre) touche par la beauté du timbre et par le charme et la candeur juvéniles qu’il imprime au rôle, mais le chanteur se trouve très souvent dépassé par celui-ci. Seulement l’intensité douloureuse de son jeu et vocal et théâtral (et ce dans une mise en scène, disons, économe) touche l’auditoire. Le Marquis de Posa de Tassis Christoyannis quant à lui, touche le public de plusieurs façons. Une belle et bonne projection, une articulation distinguée mais chaleureuse, et le jeu d’acteur remarquable qui lui est propre, font partie des qualités de son interprétation des plus réussies. Le Philippe II d’Adrian Sâmpetrean, prise de rôle, peine à convaincre de son statut. Si ses qualités vocales sont toujours là, et nous sommes contents de le découvrir dans ce répertoire, son attribution paraît un contresens. Ainsi dans le très beau quatuor vocal du III : « Giustizia, Sire! » avec Elisabeth, Eboli, Posa et Philippe, il est le maillon faible comparé à ses partenaires qui y excellent. De la Princesse Eboli de Keri Alkema, dans une prise de rôle, nous retenons également l’intensité mais aussi l’agilité, étonnamment. La chanson mauresque qu’elle interprète au II : « Nel giardin del bello saracin ostello » est tout à fait délicieuse. Remarquons aussi l’Inquisiteur de la basse Wenwei Zhang à la profondeur sinistre à souhait, et les choeurs de la maison avec le choeur Intermezzo, en bonne forme, avec un dynamisme de grand ferveur.

Enfin, un début de saison plein de qualités et plutôt gagnant en dépit des péripéties et incompréhensions… Une distribution inégale mais engageante, une mise en scène très belle mais absente. Surtout un orchestre fabuleux et un moment d’intensité lyrique comme on les aime. Encore à l’affiche le 30 septembre puis le 2 octobre 2015 à l’Opéra National de Bordeaux.

Compte rendu, opéra. Bordeaux. Auditorium de l’Opéra National de Bordeaux, le 24 septembre 2015. Verdi : Don Carlo (version Milanaise 1884). Leonardo Caimi, Tassis Christoyannis, Elza van den Heever, Keri Alkema… Ensemble Aedes, choeur. Le Cercle de l’Harmonie, orchestre. Paul Daniel, direction.

Compte-rendu, concert. Bordeaux. Auditorium de Bordeaux. Le 18 février 2015. Hector Berlioz : La Damnation de Faust (Version de concert). Eric Cutler, Géraldine Chauvet, Laurent Alvaro, Frédéric Gonçalves. Paul Daniel, direction.

Légende dramatique ou opéra en version de concert ? Berlioz a longtemps hésité entre les deux termes pour définir son opus faustien. Dans tous les cas, il ne semble pas avoir songé à une réalisation scénique, et c’est sous forme concertante que l’Opéra National de Bordeaux a retenu ce titre, donné trois soirées dans le formidable Auditorium dont s’est dotée la ville il y a deux ans.

Eric CutlerDans la partie de Faust, le ténor américain Eric Cutler s’avère – aux côtés de Michael Spyres (qui l’a justement remplacé le 20, Cutler étant souffrant) – le titulaire le plus enthousiasmant actuellement : perfection de la diction, clarté des aigus, raffinement de la ligne, intensité vocale, tout y est. La douceur de son air de la troisième partie, les notes émises en falsetto dans son duo avec Marguerite, le corps à corps avec la houle de l’orchestre dans l’Invocation à la nature, … tous les écueils sont franchis avec une indéniable réussite !

En revanche, la mezzo française Géraldine Chauvet offre une prestation bien lisse face à lui, et se trouve trop souvent à court de souffle, d’articulation et d’influx passionnels pour vraiment convaincre en Marguerite. Par bonheur, le baryton-basse Laurent Alvaro sait lui ce que chanter Berlioz veut dire, et il en traduit magnifiquement le style, colorant chacune de ses interventions de toute l’ambiguïté requise. Nous resterons malheureusement muet sur la prestation de Frédéric Gonçalves (Brander), un “accident de personne” dans le train, entre Toulouse et Bordeaux, nous ayant fait arriver en gare de Bordeaux alors que le concert avait déjà débuté, et en salle après qu’il eût interprété la fameuse “Chanson du rat”…

Paul DanielHabité d’une fougue communicative, le chef britannique Paul Daniel confère à l’Orchestre National Bordeaux-Aquitaine – dont il est le directeur musical depuis septembre 2013 -, une chaleur, une jubilation et une précision enthousiasmantes. Sous sa battue, l’orchestre vit, les cordes chantent, les bois se distinguent et les mille et un détails qui innervent la partition sont magnifiquement ciselés. Cependant, les choristes lui voleraient presque la vedette : par leur cohésion et leur articulation parfaitement naturelle du français, les membres des Choeurs conjugués de l’Opéra de Bordeaux et de l’Armée française forment une seule et même grande voix qui se plie à toutes les nuances voulues par le compositeur. Quand on pense à la manière dont Berlioz les sollicite dans cet ouvrage, on ne peut qu’applaudir pareille réussite. L’apothéose de Marguerite – avec l’arrivée légère et galopante des jeunes chanteurs de la Jeune Académie vocale d’Aquitaine – est d’ailleurs le radieux couronnement de cette superbe soirée.

Compte-rendu, concert. Bordeaux. Auditorium de Bordeaux. A l’affiche les 18, 20, 22 février 2015. Hector Berlioz : La Damnation de Faust (Version de concert). Eric Cutler, Géraldine Chauvet, Laurent Alvaro, Frédéric Gonçalves. Paul Daniel, direction.

Illustrations : Eric Cutler et Paul Daniel (DR)

Compte-rendu : Bordeaux. Auditorium de Bordeaux, le 26 septembre 2013. Purcell, Mahler … Orchestre National Bordeaux Aquitaine. Paul Daniel, direction.

Paul Daniel PortraitPremier concert de la nouvelle saison de l’ONBA, l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine qui débute sa saison symphonique à Bordeaux avec un nouveau directeur musical : le chef anglais Paul Daniel (photo ci dessus). D’une longue trajectoire, il a collaboré avec le compositeur Michael Tippett, entre autres. Sa présence au disque concerne surtout la musique vocale, mais aussi le répertoire symphonique anglais. Lors de la présentation de son projet artistique avec l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine, la maestro a révélé sa prédilection pour la musique romantique et contemporaine, comme sa volonté d’insertion sociale  et son souci de diversité, au sein de l’orchestre comme et avec le public. 

 

Une saison d’ampleur et de nouveauté

 

En effet, il compte inviter des femmes chefs d’orchestre et des jeunes chefs mais aussi explorer et faire découvrir la musique contemporaine aux bordelais. De même, l’orchestre entrera en contact avec de nouveaux publics, sur place à l’Opéra et à l’Auditorium de Bordeaux mais aussi hors de ces lieux familiers ; dans son désir d’insertion et d’élargissement de l’expérience et de l’activité musicale, Paul Daniel propose des concerts gratuits, invitant toute l’échelle socio-économique à découvrir le bonheur de la musique classique et les qualités de l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine.

La saison 2013-2014 débute avec un concert symphonique, mais aussi choral, tout à fait exemplaire.  C’est une sorte d’avant-goût des ambitions de la saison remplie de temps forts et d’événements immanquables ! Certainement un pari gagné avec Paul Daniel ; les mois qui viennent nous le diront.

Au rendez-vous de ce soir, voici Purcell et Mahler, chiaroscuro et solennité pleins de maestria et de caractère. Le programme commence avec la Musique pour les funérailles de la Reine Mary de Henry Purcell, père de la musique anglaise. Purcell a composé une musique à la solennité rayonnante, aux effectifs pourtant réduits pour l’occasion. Une marche et une canzona purement instrumentales ainsi qu’une mise en musique d’un texte liturgique. Paul Daniel a décidé d’inclure également un extrait choral du compositeur anglais de la renaissance Thomas Morley. Dans cet extrait « Man is born », les voix masculines du choeur réduit enchantent par leur sombre dignité. Purcell s’accorde brillamment au style antique de Morley avec « You knowest, Lord, the secrets of our heart » mais injecte de sublimes harmonies tout à fait particulières. La marche et la canzona sont interprétés magistralement par les musiciens, nous remarquons surtout la canzona d’une beauté sévère et austère mais aussi d’une grande difficulté pour les cuivres. A ce préambule baroque, s’enchaîne directement le premier mouvement de la 2e symphonie de Gustav Mahler.

Résurrection de l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine

Le premier mouvement est une sorte de marche funèbre (il s’agît à l’origine d’un poème symphonique) en forme de sonate modifiée. Dès le début, l’orchestre joue avec une sûreté étonnante. Le sens de l’épreuve existentielle si typique à Mahler est présenté de façon impeccable sous la direction de Paul Daniel. Les permanentes transitions entres les ténèbres post-wagnériennes et un lyrisme bucolique et quelque peu pompier sont plus subtilement exprimés encore. Les vents sont puissants ; les bois, d’une teinte pastorale et les cuivres époustouflants. Nous retenons notamment les excellentes flûtes et trompettes.

Le deuxième mouvement est un andante moderato de grande beauté et limpidité. Les cuivres apportent un côté sombre et sensuel pourtant. Les cordes jouant en pizzicato accompagnées du piccolo instaurent une ambiance presque enfantine, une certaine innocence mais non dénuée d’humour. Le troisième mouvement en forme de scherzo n’est pas sans rappeler le Mendelssohn de l’ouverture « Les Hébrides », notamment par les cordes et la clarinette. Un certain aspect folklorique juif se mélange ici avec le pathos obligatoire et poussé si cher aux post-romantiques. L’orchestre passe facilement du massif brouhaha brucknérien à l’intimité de la chambre pour revenir à l’intensité bruyante avec un fortissimo peut-être trop fort vers la fin du mouvement.

Ensuite nous trouvons la contralto française Nathalie Stutzmann au quatrième mouvement « Urlicht ». Il s’agît originellement d’un lied, et si le mouvement est court il est davantage saisissant. Surtout grâce à la voix puissante et idiosyncratique de Stutzmann ainsi qu’à la prestation du premier violon. Ce court mouvement prépare au cinquième et dernier mouvement choral (qui est aussi le plus long, plus de 30 minutes!) où participe également la soprano soliste Henriette Bonde-Hansen. L’inspiration formelle beethovénienne est évidente même si le langage est complètement différent. La couleur orchestrale est exploitée à l’extrême et de façon spectaculaire, le son est distinct mais la cohésion n’est jamais compromise.

Dans une  remarquable cohérence, jamais l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine n’a semblé jouer avec autant de suprématie, de virtuosité. Après un début sobre arrive le triomphe brillant et glorieux, la résurrection ! (le surnom programmatique de la symphonie est précisément « Résurrection »). Une marche pompeuse du mouvement a, dans la lecture de Paul Daniel, une sonorité presque Elgarienne, ce qui rehausse le charme de la partition. La fanfare revient plus tard, et si Mahler a conçu tout un programme métaphysique pour la symphonie, cette marche évoque plus un héroïsme de pacotille qu’une expérience religieuse. Le sentiment mystique arrive avec les choeurs de l’Opéra National de Bordeaux et de l’Orfeon Pamplonés, au début très solennels mais gagnant en intensité avec le solo pour soprano à la fois sentimental et lumineux. A partir de ce moment, les frissons nous submergent en permanence. Stutzmann se joint à la soprano ; puis un violon élégiaque sert de prélude aux choeurs revenants. Nous sommes au sommet de l’expressivité et du drame dans le duo des chanteuses auquel s’ajoutent les choeurs en crescendo. L’effet est d’une incroyable et inclassable beauté, les frissons se complètent de larmes inéluctables devant tant de talent et de majesté. L’extase de la fin touche les cÅ“urs de l’auditoire et des interprètes qui sont aussi en larmes.

Après le concert nous sommes de surcroît enthousiasmés par la riche programmation de la saison 2013-2014 où l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine devrait briller. L’excellente direction du chef Paul Daniel, mélangeant subtilité et vivacité, est inspiratrice et alléchante.

Les prochains concerts sont déjà fortement attendus ! Le 9 et 11 octobre, il revient à l’Auditorium cette fois-ci avec la soprano Heidi Melton pour un concert dédié à Wagner. Des extraits de Tannhäuser, Tristan et Isolde et Le Crépuscule des dieux seront au rendez-vous. Nous en sommes impatients et invitons tous nos lecteurs à découvrir et redécouvrir la force et les couleurs de l’Orchestre bordelais.

Les 28 et 29 novembre suivants, le pianiste Bertrand Chamayou, artiste associé de la saison, sera aussi à l’Auditorium pour un concert prometteur associant des Å“uvres de Richard Strauss (dont le Burlesque pour piano et orchestre) à la 9e symphonie de Dvorak.

Les 22 et 23 janvier, Paul Daniel aborde avec le violoniste franco-Serbe Nemanja Radulovic  Mendelssohn et Haydn ainsi que le compositeur anglais Eric Coates, rarement entendu en France. Des événements à ne surtout pas rater, vous pouvez consulter le programme de la saison sur le site de l’Opéra National de Bordeaux.  Bordeaux nouvelle capitale symphonique : nous sommes prêts à relever le pari ! Rendez-vous dans quelques semaines pour un premier bilan critique.

Bordeaux. Auditorium de Bordeaux, le 26 septembre 2013. Nathalie Stutzmann, contralto. Henriette Bonde-Hansen, soprano. Choeur de l’Opéra National de Bordeaux, Choeur de l’Orfeon Pamplonés. Orchestre National Bordeaux Aquitaine. Paul Daniel, direction.