Claudio Abbado est mort

Claudio Abbado, chef milanais d’origine sarde, nĂ© le 26 juin 1933 s’est Ă©teint ce jour Ă  Bologne (Nord de l’Italie), Ă  l’âge de  80 ans. De la gĂ©nĂ©ration des Carlos Kleiber ou Seiji Ozawa, Claudio Abbado a dirigĂ© les plus grands orchestres du monde, pilotant La Scala de Milan (1968-1986), se dĂ©diant Ă  la fin de sa carrière au sein d’orchestres nouvellement constituĂ©s (la plupart Ă  son initiative), dans le cadre de festivals qu’il a pilotĂ© Ă©galement, Ă  l’interprĂ©tation profonde et intime des oeuvres, favorisant aussi la professionnalisation de la jeune gĂ©nĂ©ration de musiciens.  FormĂ© Ă  Vienne, il est rĂ©vĂ©lĂ© Ă  Salzbourg en 1965 dans la Symphonie n°2 ” RĂ©surrection ” de Gustav Mahler Ă  l’invitation de Karajan. Dès lors, ce choriste qui a observĂ© la direction de Walter et de Böhm, n’a de cesse d’Ă©tudier les oeuvres choisies avec un acharnement exemplaire, prolongeant l’Ă©toffe des plus grands tel Carlos Kleiber dont chaque lecture est l’accomplissement d’heures de travail pour la comprĂ©hension la plus juste des partitions.
Ses choix sont minutieux, ouverts Ă  la modernitĂ© et Ă  la crĂ©ation (ardent dĂ©fenseur comme le pianiste Maurizio Pollini des Ĺ“uvres de Luigi Nono). Mahler et Mozart restent ses compositeurs fĂ©tiches : il a laissĂ© la quasi intĂ©grale du premier, au cd comme au dvd, frappant les spectateurs par la concentration et le recueillement quasi mystiques qu’il savait atteindre et nourrir avec ses orchestres.

 

 

 

Claudio Abbado est mort

Le chef d’orchestre Claudio Abbado est mort aujourd’hui lundi 20 janvier 2014 Ă  Bologne.

 

 

 

ABADDO_Claudio_Abbado__6__Credit_Kasskara__highA l’OpĂ©ra, travaillant avec de grands metteurs en scène (Ponnelle), Abbado apprĂ©cie Rossini (Le Barbier de SĂ©ville avec Berganza) et Verdi (Simon Boccanegra ou Don Carlos chantĂ© en français) : toujours son Ă©lĂ©gance et son Ă©loquence, soucieuse des Ă©quilibres, des dynamiques et des timbres servent essentiellement la clartĂ© et la tension dramatique comme de plus en plus avec le temps, le sens humaniste des sujets et des situations. C’est dans le sillon de  ce chambrisme serti de nouvelles couleurs qu’il devient directeur du Philharmonique de Berlin Ă  la succession de Karajan en 1989. PĂ©riode fĂ©conde pour l’artiste phare du label Deutsche Grammophon.RĂ©cemment,  Claudio Abbado qui se sortait d’un cancer (comme l’atteste son physique marquĂ© lors du Requiem de Verdi retransmis Ă  la tĂ©lĂ©vision en 2000), a crĂ©Ă© l’orchestre du Festival de Lucerne en 2003, oĂą les meilleurs solistes des Philharmoniques de Berlin et de Vienne, et du Concertgebauw d’Amsterdam cĂ´toient les jeunes instrumentistes du Mahler Chamber Orchestra (autre phalange qu’il a fondĂ© en 1985, lui-mĂŞme successeur de l’Orchestre des Jeunes de la communautĂ© europĂ©enne crĂ©Ă© dès 1978)).
A Lucerne, Claudio Abbado poursuit son exploration familière des Symphonies de Mahler, cycle qu’il dirige comme s’il s’agissait de son propre testament musical.
Monstre de travail, d’une finesse rare et d’une authentique humilitĂ©, Claudio Abbado laisse un hĂ©ritage discographique et audiovisuel d’une richesse mĂ©sestimĂ©e, meilleur outil pour comprendre Ă  prĂ©sent sa gestuelle racĂ©e, faussement modeste. D’une pudeur qui se rĂ©vèle pendant le concert, Abbado demeure un modèle incontestĂ©. A l’Ă©poque des instruments d’Ă©poque, sa direction (sur instruments modernes le plus souvent), aĂ©rienne, transparente, intuitive offre le modèle d’une conception musicienne oĂą le goĂ»t+, serviteur de la musique, s’impose devant toute autre considĂ©ration. EngagĂ© (nommĂ© sĂ©nateur Ă  vie en Italie), Claudio Abbado affirmait il y a quelques semaines : ” la musique aide Ă  mieux vivre ensemble “. Un dernier message auquel on ne peut que souscrire. 

 

Claudio Abbado au disque :
Parmi nos coups de coeur : Le Barbier de SĂ©ville de Rossini prĂ©cĂ©demment citĂ© (DG) ; le rĂ©cital  (Sehnsucht) de Jonas Kaufmann chez Decca pour son Wagner immensĂ©ment humain (air de Siegmund de La Walkyrie) ; Don Carlos de Verdi : un Verdi Ă©blouissant lĂ  encore de tendresse sincère, de lumineuse finesse Ă  l’orchestre… (Decca).

Chez Deutsche Grammophon, sort le 17 fĂ©vrier un nouvel album Mozart : 2 Concertos pour piano de Mozart avec une complice de longue date, la pianiste Martha Argerich (n°20 et 25). Avec l’Orchestre Mozart.

 

 

 

Illustration : Portrait de Claudio Abbado (1933-2014) © Kasskara pour Deutche Grammophon

 

 

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