Compte rendu, ballet. Paris. Opéra Bastille, le 5 décembre 2013. « La Belle au bois dormant ». Rudolf Noureev / Nureyev, chorégraphie et mise en scène (d’après Petipa). Piotr Tchaikovsky, musique. Mathieu Ganio

Le Ballet de l’Opéra National de Paris revisite le grand ballet classique La Belle au bois dormant, dans la somptueuse production de Rudolf Nureev d’après Petipa créée en 1989 et remaniée en 1997. C’est sur la scène de l’Opéra Bastille, un festin chorégraphique luxueux et inoubliable.

 

 

Œuvre phare de la danse classique

 

Belle au bois dormant tchaikovski noureevRudolf Nureev (1938 – 1993), phénomène de la danse au XXe siècle et ancien directeur du ballet de l’Opéra de Paris, entreprend à la fin de sa vie de faire rentrer au répertoire parisien les grands ballets classiques qu’il a travaillé en Russie. Nous pouvons aujourd’hui nous délecter dans la grandeur académique de ces ballets grâce à l’héritage de Noureev. La Belle au bois dormant, deuxième ballet de Tchaikovsky et première collaboration avec le maître de ballet Marius Petipa, est une œuvre que Noureev connaissait très bien. Il s’agît non seulement du premier ballet qu’il interprète en France avant sa défection, avec le ballet du Kirov (aujourd’hui Mariinsky), mais aussi le premier qu’il interprète après sa demande d’asile. Dans son souci de remonter les œuvres de Petipa en Occident, il crée la Belle d’abord en Italie, au Canada, en Angleterre et puis en Autriche avant qu’elle n’arrive finalement à Paris. La ville a dû attendre pourtant jusqu’à 1997 pour une nouvelle production, définitive, avec les somptueux décors d’Ezio Frigerio et les bellissimes costumes de Franca Squarciapino. Ces talents concertés ont créé un spectacle qui ensorcelle le public, incapable en l’occurrence de rester insensible et silencieux devant les tableaux qui s’enchaînent, certes d’une immense beauté.

Le ballet en un prologue et trois actes est inspiré du conte de Charles Perrault. Une princesse tombe dans un sommeil inéluctable à cause de la méchanceté d’une fée. Seule le baiser d’un prince la réveillera. La narration est mince mais riche en couleurs, s’agissant en effet d’un ballet démonstratif. Occasion parfaite pour les solistes et le corps de ballet de l’Opéra de briller dans l’écriture si parfaite et si exigeante de Noureev et Petipa. Le corps de ballet offre une performance spectaculaire. Que ce soit les serviteurs de la fée Carabosse au prologue, les fileuses mignonnes ou sujets du royaume au premier acte, où encore les pierres précieuses au dernier, ils sont tous charmants et conscients des subtilités de l’œuvre… Une pantomime réussie, une coordination impressionnante, les talents des danseurs du corps dans ce diamant de la danse classique fait rêver !

Mathieu Ganio, Etoile, est le Prince Désiré. Le danseur d’une noblesse et d’une élégance saisissante est probablement le meilleur prince de la compagnie. Si nous devons patienter jusqu’au deuxième acte pour le voir rentrer sur scène, l’attente est sans doute bien récompensée. Très rapidement nous sommes conquis par la beauté de sa ligne, séduits par son attitude aristocratique mais sensible et surtout impressionnés par la qualité de son ballon. S’il est juste un peu tremblant au pas de deux final, sa variation lente au deuxième acte (un des heureux ajouts de Noureev) est un sommet de poésie, d’expression, de tension. La nouvelle Etoile Eleonora Abbagnato est moins convaincante dans le rôle de la Princesse Aurore. Nous nous demandons s’il était peut-être précipité de lui confier ce rôle si technique et si difficile pour cette première? Ses traits caractéristiques, une vivacité, un piquant à la fois moderne et méditerranéen, sont pourtant absents. Si elle demeure quand même charmante pendant les trois heures de représentation, l’adage à la rose au premier acte, un des sommets de virtuosité dans l’histoire de la danse classique, est malheureusement bancal. Elle se rattrape légèrement pour le pas de deux final, surtout dans sa variation, mais le couple princier est bien inégal.

Remarquons l’Oiseau Bleu de l’Etoile Mathias Heymann, avec des sauts formidables et des impeccables entrechats, ou encore le premier danseur Audric Bezard, l’or des pierres précieuses au dernier acte. Sa performance a été exemplaire, lui aussi avec de superbes entrechats et une alléchante présence sur scène. Révélation de l’année 2014 ? Fayçal Karoui dirige l’orchestre de l’Opéra National de Paris avec aisance. La magnifique partition de Tchaikovsky est interprétée de façon magistrale et enjouée.

 

 

Un véritable cadeau pour tous les sens ! Nous invitons nos lecteurs à baigner dans la grandeur de ce « ballet des ballets » encore à l’affiche à l’Opéra Bastille les 10, 11, 13, 15, 16, 20, 21, 23, 25, 26, 27, 28 et 29 décembre 2013 ainsi que les 2, 3, et 4 janvier 2014.

 

 

Paris. Opéra National de Paris (Bastille), le 5 décembre 2013. « La Belle au bois dormant » ballet en un prologue et trois actes. Rudolf Nureyev, chorégraphie et mise en scène (d’après Petipa). Piotr Tchaikovsky, musique. Mathieu Ganio, Myriam Ould-Braham, Mathias Heymann, Audric Bezard… Ballet de l’Opéra. Orchestre de l’Opéra. Fayçal Karoui, direction.

 

 

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