Livres. Les Grandes Étoiles du XXème siècle (Buchet Chastel)

Livres. Les Grandes Étoiles du XXème siècle (Buchet Chastel). La vie d’une ” étoile ” de la danse (le terme a été créé pendant l’occupation par Serge Lifar), au sommet de ses possibilités, ne dure guère plus de 30 ans : c’est un papillon magnifique qui transcende l’instant avec cette habile combinaison entre haute technicité, style, élégance, et parfois une puissante expressivité celle plus rare, d’un vrai tempérament tragique ou pathétique. Les rôles des ballets romantiques surtout offrent en effet des possibilités réelles pour les danseurs qui sont aussi acteurs.

Les grandes étoiles du XXe siècle. Gérard Mannoni
grandes_etoiles_XXeme_siecleVoici donc le trop court portrait de 50 artistes mémorables ayant marqué l’histoire de la danse au XXème siècle soit par le seul pouvoir de leur interprétation soit aussi comme maîtres de ballet et comme chorégraphes… Tous, russes, français, britanniques, italiens… ont ébloui sur la scène du monde chorégraphique à la Scala de Milan, au Royal ballet de Londres, au Palais Garnier et à Bastille à Paris… 
Pour chaque hommage évocation, comportant le portrait photographique des intéressés, l’auteur retrace les principales étapes de sa vie et de sa carrière, tout en analysant les spécificités de son art.
Parmi les anciens, souvent devenus légendaires : Carlotta Zambelli née en 1875, qui bissait avec quel éclat, les pizziccati de Sylvia, sommet de la musique chorégraphique et romantique française signée Delibes ; Isadora Duncan née en 1877, pionnière absolue d’une modernité dont sont redevables aussi Loïe Fuller, Martha Graham… ; les divinités russes Pavlova, surtout Karsavina née en 1885 (muse poétique qui fit la grandeur des Ballets Russes de Diaghilev) ; mais aussi les hommes eux aussi acteurs d’une modernité encore admirable, souvent danseurs ET chorégraphes tel Vaslav Nijinski (né en 1889 dont la carrière fut aussi brêve que génial, entre autres au sein des Ballets Russes…) ; Fred Astaire (né en 1899 : un dieu plus du cinéma que de la danse classique mais adulé des grands du XXè tel Roland Petit); les anglais racés élégantissimes  Anton Dolin (né en 1904) ou Anthony Dowell (née en 1943, le partenaire de Noureev dans le film Valentino); Serge Lifar (1905-1986) qui choisi par Rouché en 1930, assura à Paris, la gloire toujours vacillante du Ballet parisien pendant l’occupation ; ce sont évidemment les Russes triomphants comme Noureev ou Barychnikov… sans omettre Yvette Chauviré, Margot Fonteyn, et plus proches de nous encore, Patrick Dupont né 1959 (et sa carrière fulgurante écourtée), Charles Jude, Agnès Letestu, Elizabeth Platel, Laurent Hilaire, Nicolas Le Riche … c’est à dire les plus grand danseurs solistes du ballet de l’Opéra de Paris. Même si la place manque toujours pour un panthéon aussi abondant en stars et étoiles, il est inimaginable qu’une danseuse de l’importance de Marie-Agnès Gillot ne figure pas ici. Un autre volume s’impose évidemment tant celui ci, écrit par un passionné accessible de la danse classique, stimule l’imaginaire et suscite l’envie d’en connaître davantage sur chaque interprète ainsi évoqué. Publication incontournable.

Liste exhaustive des artistes présents, par ordre d’apparition (et de date de naissance) dans le livre : Carlotta Zambelli – Isadora Duncan - Anna Pavlova - Tamara Karsavina – Vaslav Nijinski - La Argentina - Olga Spessivtseva - Fred Astaire - Anton Dolin - Serge Lifar - Kazuo Ohno - Galina Oulanova – Alicia Markova - Yvette Chauviré. – Margot Fonteyn – Rosella Hightower – Alicia Alonso – Serge Golovine - Zizi Jeanmaire – Maïa Plissetskaïa - Eric Bruhn – Claude Bessy - Antonio Gades - Carla Fracci - Rudolf Noureev – Natalia Makarova - Vladimir Vassiliev - Cyril Atanassoff – Ghislaine Thesmar – Anthony Dowell - Noëlla Pontois – Suzanne Farrell – Peter Martins - Jorge Donn – Mikhaïl Barychnikov - Dominique Mercy - Charles Jude - Elisabeth Platel - Patrick Dupond – Isabelle Guérin - Laurent Hilaire - Alessandra Ferri – Manuel Legris – Sylvie Guillem - Julio Bocca - José Martinez - Agnès Letestu - Tetsuya Kamakawa - Nicolas Le Riche - Uliana Lopatkina - Aurélie Dupont - Roberto Bolle – Svetlana Zakharova

Livres. Les Grandes Étoiles du XXème siècle (Buchet Chastel). Série : Les Grands Interprètes. Date de parution : 16 janvier 2014. Format :14 x 20,5 cm, 360 p., 23.00 €. ISBN 978-2-283-02713-4

Compte-rendu : Paris. Palais des Congrès, le 1er juin 2013. Gala Noureev & Friends. Orchestre Pasdeloup. Olga Jegunova, piano. Valery Ovsianikov, direction

Nureyev portraitLe Palais des Congrès annonce une soirée vraiment extraordinaire. ” Noureev & Friends ” est un gala de danse sous le patronage de la Fondation Rudolf Noureev, célébrant le 75e anniversaire de la naissance du danseur icônique. Pour l’événement, une quinzaine d’Étoiles des meilleures compagnies de ballet dans le monde interprètent des extraits de chorégraphies liées à Noureev. L’Orchestre Pasdeloup assure  la partie musicale sous la direction du chef Russe Valery Ovsianikov.

 

 

Souvenirs de Noureev

 

Charles Jude, actuel directeur du Ballet de l’Opéra National de Bordeaux crée le programme de la soirée avec David Makhateli, ancien danseur Étoile du Royal Ballet. Le programme très complet présente les différent facettes de l’art de Noureev ; le chorégraphe, certes, mais aussi le danseur légendaire, représentant par excellence de l’héritage classique ainsi que l’artiste assoiffé de modernité. Les prestations sont entrecoupées par des témoignages vidéos d’une beauté rare et particulièrement touchants. Ainsi Mikhail Baryshnikov partage avec un public ému, le fait que Rudolf lui manque et qu’il pense à lui tous les jours de sa vie… Nous partageons ce sentiment à 100%.

Les danseurs du Ballet National de Bordeaux commencent la soirée avec la Petite Mort de Jirí Kylián. Nous avons vu et apprécié la reprise du ballet lors des Quatre Tendances ce printemps à l’Opéra National de Bordeaux.

Ce soir, nous avons le plaisir d’entendre un Orchestre Pasdeloup immaculé et le piano sensible d’Olga Jegunova dans les mouvements lents des concertos pour piano n° 21 et 23 de Mozart. Dans ce sens, l’ambiance est encore plus sensuelle et les danseurs paraissent plus expressifs et cohésifs.

Cohésion et complicité s’accordent à l’entrain et à l’athlétisme de Maia Makhateli et Remi Wörtmeyer du Ballet National de Hollande, dans Two pieces for Het du chorégraphe Hollandais Hans Van Manen. Ils font preuve d’un tempérament à la fois imposant et décontracté dans les deux pièces ; lui avec une sensualité et une virtuosité trépidante ; elle, avec une personnalité électrique.

Puis paraît non sans délices, un pas de deux de La Sylphide, dans la chorégraphie d’August Bournonville rarement programmée en France. Rudolf Noureev affectionnait particulièrement ce ballet de l’École Danoise. Iana Salenko et Marian Walter du Ballet de l’Opéra d’État de Berlin l’interprètent. La grâce infinie du couple se distingue très nettement, et notamment les beaux sauts et les impeccables entrechats de Marian Walter en James. Si Paris est peu habituée aux galas, elle est moins encore habituée aux ballets de Bournonville. Nous aimerions voir davantage les merveilles du style Bournonville en France, avec son épaulement singulier, sa pantomime raffinée, sa batterie exquise.

Exquise est aussi la prestation de Tamara Rojo, Étoile incroyable du Royal Ballet et de l’English National Ballet, où elle exerce aussi la direction artistique.  D’abord dans le pas de deux de la chambre du ballet Manon de MacMillian où l’Orchestre Pasdeloup est rayonnant dans la musique somptueuse de Massenet. Tamara Rojo forme un couple ravissant avec son partenaire Federico Bonelli du Royal Ballet. Elle est tellement passionnée et passionnante dans sa performance… Son style captive par son engagement émotionnel et son sens de l’abandon. Tout comme dans Marguerite et Armand, créé spécialement pour Rudolf Noureev et Margot Fonteyn par le chorégraphe Sir Frederick Ashton. L’occasion est rare et donc d’autant plus appréciée de voir ce bijou chorégraphique particulièrement émouvant. Le couple avec Robert Pennefather du Royal Ballet est de même très beau, lui avec des lignes particulièrement élégantes.

L’élégance et l’excellence sont aussi au rendez-vous en ce qui concerne Myriam Ould-Braham et Mathias Heymann, Étoiles du Ballet de l’Opéra de Paris. Elle impressionne avec ses pointes irréprochables, une présence et un charisme irrésistible dans le pas de deux de Raymonda, version Noureev. Ici ils débordent de brio lors des variations et la coda n’est pas moins que géniale. Mathias Heymann interprète également le solo Manfred, chorégraphie rare et intense de Noureev. Le danseur français offre une prestation puissante et dramatique. Il tient l’audience en haleine avec son envol et ses sauts. La performance des deux est à la hauteur de l’occasion et fait sans doute honneur au Ballet de l’Opéra de Paris.

Tout à fait honorable est aussi Evgenia Obrazstova, Étoile du Bolchoï. Pendant le pas de deux de La Belle au Bois dormant, elle est spectaculaire. Ses mouvements sont pleins de grâce, sa technique est parfaite ;  son expression d’une immense musicalité. Nous sommes totalement éblouis par la majesté et la subtilité de sa danse.

L’oeuvre qui clôt le programme n’est autre que le fameux pas de deux du ballet de Petipa Le Corsaire (il s’agît à l’origine d’un pas de trois). La pièce de bravoure et de virtuosité est pour toujours liée à Noureev, devenu célèbre dans son adolescence en l’interprétant. Aleksandra Timofeeva du Ballet du Kremlin et Vadim Muntagirov de l’English National Ballet la dansent ce soir. Le jeune couple est à couper le souffle. Lui avec ses manèges époustouflants, elle avec ses 29 fouettés enflammés. C’est la cerise de virtuosité d’un gâteau d’art très bien pensé.

Saluons l’initiative de la Fondation Rudolf Noureev, et l’engagement de son équipe artistique. Les danseurs extraordinaires, le programme généreux et diversifié, l’orchestre Pasdeloup plus brillant que jamais, ont fait de cet hommage à Noureev un moment inoubliable. Le dvd de ce gala mémorable est annoncé courant 2014.

Paris. Palais des Congrès, le 1er juin 2013. Gala Noureev & Friends. Orchestre Pasdeloup. Olga Jegunova, piano. Valery Ovsianikov, direction.

Tchaïkovski : Le Lac des Cygnes (Noureev, 1984)

cygnes_lac_noureev_tchaikovskiARTE. Tchaïkovski: le Lac des cygnes, le 29 décembre 2013, 16h55. Achevée en 1876, la partition du ballet Le Lac des Cygnes de Tchaikovski témoigne de la volonté du compositeur de conférer au ballet, une ampleur et un raffinement symphonique. S’inspirant des compositeurs spécialisés comme Adam (Giselle), Delibes (Coppelia) dont il connaît le génie mélodique, Tchaïkovski apporte un souffle épique et tragique inédit au ballet romantique.

 

 

Le premier ballet symphonique russe

 

 

noureev_lac_cygnes_rudolf_noureevLe Lac des cygnes est le premier ballet du musicien russe qui écrira ensuite Casse Noisette et La Belle au bois dormant avec une cohérence renforcée. A l’époque du Lac, le chorégraphe pressenti Julius Reisinger, plutôt classique et conservateur, ne travaille pas avec le compositeur : il est même déconcerté par la modernité de la partition, son ampleur et son trop grand raffinement orchestral. Sans être un échec, la création de 1877 au Bolchoï, reste une humiliation pour Tcha¨kovski, certainement trop en attente.
Les reprises au début des années 1880 confirme l’impact du Lac auprès des spectateurs. Après la mort de Piotr Illiytch (1893), la nouvelle chorégraphie signée Petipa (et son adjoint Ivanov) en 1895 apporte un nouveau souffle au premier ballet symphonique russe.

Noureev chorégraphe
Rêve-cauchemar entre fantastique et féerie

La version de Noureev conçue en 1984 pour l’Opéra de Paris souligne la caractère hautement tragique du ballet : l’impuissance du prince Siegfried, la malédiction du magicien Rothbart contre Odette, emprisonnée dans son corps de cygne.  La figure noire d’Odile offre aussi un contrepoint très dramatique (solo, duos et trios au III) à l’intrigue. Noureev imagine Siegfried, possédé par ses rêves et fantasmes où l’idéal féminin reste inaccessible. Seul, détruit, vaincu par Rothbart en fin d’action, Siegfried tend une main impuissante face au spectacle des deux amants réellement réunis : Odile qui l’a trompé et Rothbart qui s’élèvent, libérés, dans le ciel…
C’est l’une des lectures du ballet les plus cohérentes et les plus captivantes. Elle s’inscrit même dans le drame intime du compositeur qui homosexuel déchiré a voulu croire dans l’espoir d’un mariage voué à l’échec. De fait, Tchaïkovski ne se remettra jamais réellement de ses noces ratées qui débouche sur une course aux abîmes… Odile le cygne blanc incarne une union rêvée qui lui est interdite. Et dans la vision de Noureev, le prince ne peut que finir fou en fin d’action. Epuré des figures non efficaces, réécrit en particulier pour les solos des figures masculines (Siegfried et Rothbart), Le Lac version Noureev raconte un rêve (les 2 tableaux des 32 cygnes blancs sur le lac : deux tableaux blancs qui synthétisent la tradition des tableaux illusoires à la fois fantastiques et féeriques, au I et au III), rêve qui tourne au cauchemar et à la folie. La figure du prince est fatalement passive et impuissante : c’est la confession pour Tchaïkovski de la fatalité à laquelle il se soumet malgré. C’est la clé tragique de toute son oeuvre, perceptible dans la dramaturgie de ses opéras (Onéguine) et de ses Symphonies.
 
Tchaïkovski
Le lac des Cygnes
1877, version Noureev, 1984

Arte, dimanche 29 décembre 2013, 16h55
Opéra de Paris, 2011 avec José Martinez, Karl Paquette, Agnès Letestu dans les rôles de Siegfried, Rothbart, Odile/Odette…). La version diffusée par Arte ne réunit pas la meilleure distribution possible à Paris : certes les trois solistes ne manquent pas d’élégance ni de technique mais la virtuosité souvent froide et mécanique de Martinez et de Letestu n’empêchent pas un caractère désincarné qui ôte à la vision essentiellement passionnée et introspective de Noureev sa troublante attractivité. De toute évidence, on attend une distribution plus fulgurante.

  

Compte rendu, ballet. Paris. Opéra Bastille, le 5 décembre 2013. « La Belle au bois dormant ». Rudolf Noureev / Nureyev, chorégraphie et mise en scène (d’après Petipa). Piotr Tchaikovsky, musique. Mathieu Ganio

Le Ballet de l’Opéra National de Paris revisite le grand ballet classique La Belle au bois dormant, dans la somptueuse production de Rudolf Nureev d’après Petipa créée en 1989 et remaniée en 1997. C’est sur la scène de l’Opéra Bastille, un festin chorégraphique luxueux et inoubliable.

 

 

Å’uvre phare de la danse classique

 

Belle au bois dormant tchaikovski noureevRudolf Nureev (1938 – 1993), phénomène de la danse au XXe siècle et ancien directeur du ballet de l’Opéra de Paris, entreprend à la fin de sa vie de faire rentrer au répertoire parisien les grands ballets classiques qu’il a travaillé en Russie. Nous pouvons aujourd’hui nous délecter dans la grandeur académique de ces ballets grâce à l’héritage de Noureev. La Belle au bois dormant, deuxième ballet de Tchaikovsky et première collaboration avec le maître de ballet Marius Petipa, est une Å“uvre que Noureev connaissait très bien. Il s’agît non seulement du premier ballet qu’il interprète en France avant sa défection, avec le ballet du Kirov (aujourd’hui Mariinsky), mais aussi le premier qu’il interprète après sa demande d’asile. Dans son souci de remonter les Å“uvres de Petipa en Occident, il crée la Belle d’abord en Italie, au Canada, en Angleterre et puis en Autriche avant qu’elle n’arrive finalement à Paris. La ville a dû attendre pourtant jusqu’à 1997 pour une nouvelle production, définitive, avec les somptueux décors d’Ezio Frigerio et les bellissimes costumes de Franca Squarciapino. Ces talents concertés ont créé un spectacle qui ensorcelle le public, incapable en l’occurrence de rester insensible et silencieux devant les tableaux qui s’enchaînent, certes d’une immense beauté.

Le ballet en un prologue et trois actes est inspiré du conte de Charles Perrault. Une princesse tombe dans un sommeil inéluctable à cause de la méchanceté d’une fée. Seule le baiser d’un prince la réveillera. La narration est mince mais riche en couleurs, s’agissant en effet d’un ballet démonstratif. Occasion parfaite pour les solistes et le corps de ballet de l’Opéra de briller dans l’écriture si parfaite et si exigeante de Noureev et Petipa. Le corps de ballet offre une performance spectaculaire. Que ce soit les serviteurs de la fée Carabosse au prologue, les fileuses mignonnes ou sujets du royaume au premier acte, où encore les pierres précieuses au dernier, ils sont tous charmants et conscients des subtilités de l’œuvre… Une pantomime réussie, une coordination impressionnante, les talents des danseurs du corps dans ce diamant de la danse classique fait rêver !

Mathieu Ganio, Etoile, est le Prince Désiré. Le danseur d’une noblesse et d’une élégance saisissante est probablement le meilleur prince de la compagnie. Si nous devons patienter jusqu’au deuxième acte pour le voir rentrer sur scène, l’attente est sans doute bien récompensée. Très rapidement nous sommes conquis par la beauté de sa ligne, séduits par son attitude aristocratique mais sensible et surtout impressionnés par la qualité de son ballon. S’il est juste un peu tremblant au pas de deux final, sa variation lente au deuxième acte (un des heureux ajouts de Noureev) est un sommet de poésie, d’expression, de tension. La nouvelle Etoile Eleonora Abbagnato est moins convaincante dans le rôle de la Princesse Aurore. Nous nous demandons s’il était peut-être précipité de lui confier ce rôle si technique et si difficile pour cette première? Ses traits caractéristiques, une vivacité, un piquant à la fois moderne et méditerranéen, sont pourtant absents. Si elle demeure quand même charmante pendant les trois heures de représentation, l’adage à la rose au premier acte, un des sommets de virtuosité dans l’histoire de la danse classique, est malheureusement bancal. Elle se rattrape légèrement pour le pas de deux final, surtout dans sa variation, mais le couple princier est bien inégal.

Remarquons l’Oiseau Bleu de l’Etoile Mathias Heymann, avec des sauts formidables et des impeccables entrechats, ou encore le premier danseur Audric Bezard, l’or des pierres précieuses au dernier acte. Sa performance a été exemplaire, lui aussi avec de superbes entrechats et une alléchante présence sur scène. Révélation de l’année 2014 ? Fayçal Karoui dirige l’orchestre de l’Opéra National de Paris avec aisance. La magnifique partition de Tchaikovsky est interprétée de façon magistrale et enjouée.

 

 

Un véritable cadeau pour tous les sens ! Nous invitons nos lecteurs à baigner dans la grandeur de ce « ballet des ballets » encore à l’affiche à l’Opéra Bastille les 10, 11, 13, 15, 16, 20, 21, 23, 25, 26, 27, 28 et 29 décembre 2013 ainsi que les 2, 3, et 4 janvier 2014.

 

 

Paris. Opéra National de Paris (Bastille), le 5 décembre 2013. « La Belle au bois dormant » ballet en un prologue et trois actes. Rudolf Nureyev, chorégraphie et mise en scène (d’après Petipa). Piotr Tchaikovsky, musique. Mathieu Ganio, Myriam Ould-Braham, Mathias Heymann, Audric Bezard… Ballet de l’Opéra. Orchestre de l’Opéra. Fayçal Karoui, direction.

 

 

Télé,Arte, ce soir: Don Quichotte de Noureev, 20h45

Télé,Arte, ce soir: Don Quichotte de Noureev, 20h45

Ballet filmé

Le Don Quichotte de Noureev

Arte, vendredi 4 janvier 2013 à 20h50

O6ApuyjMRD_201313SKAU355K9TCervantès inspire Noureev. En 1981, Noureev qui danse le rôle de Basile dans sa nouvelle chorégraphie, entre autres déjà applaudie alors à l’Opéra de Vienne, fait entrer le ballet Don Quichotte à l’Opéra de Paris: c’est un nouveau choc esthétique, alliant grâce, ardeur, souplesse, nervosité. Dans les décors inspiré de Goya, les étoiles 2012: Karl Paquette, Dorothée Gilbert, Marie-Agnès Gillot et Ludmila Pagliero réactivent la beauté d’un spectacle devenu emblématique de l’art français de la danse, défendu par le Corps de Ballet de l’Opéra national de Paris.

Don Quichotte. Chorégraphie de Noureev d’après Petipa. Opéra Bastille, décembre 2012. Musique Ludwig Minkus. Kevin Rhodes, direction musicale. En lire +